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- 97.KiH.1980
-6.i'E"^9BS
17 J
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17^.t983
S - NOV 1997
— m 1999
■ NOV 1999
NOv 70fi0
^ NOV 2001
3 \m tm
CHRONIQUE
DE
MICHEL LE SYRIEN
ÎMP. ORIENTALE A. BUADIN ET C'^, ANGERS
>o o o * —
CHRONIQUE
DE
MICHEL LE SYRIEN
PATRIARCHE JACOBITE D'ANTIOCHE
(II66-II99)
Éditée pour la première fois et traduite eu français
PAR
J.-B. CHABOT
Ouvrage publié avec l'encouragement et sous le patronage de
C Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
TOME HZ
• ♦^ •
PARIS
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
28, RUE BONAPARTE, 28
1905
5^
?\
-V
'OU
LIVRE XII
Ayec l'aide de la vertu divine qui a perfectionné les Douze saints Apôtres,
NOUS COMMENÇONS ' LE DOUZIÈME LlVHE DE LA CHRONIQUE, QUI COMMENCE À l'aN
1088 DES Grecs, qui est l'an 157 de l'empire des Arabes, qui sont les Taiyayê,
l'an 6260 DEPUIS Adam, c'est-à-dire depuis le commencement du monde, et l'an
758 depuis Notre-Seigneur.
CHAPITRE [I"J. — De V époque du commencement du règne de Léon, {empereur)
des Romains^ et de Mahdt, [roi) des Taiyayê, à laquelle le saint patriarche et
martyr Mar Georgius sortit de prison.
En l'au 1088, Léon, fils de Constantinus, commença à régner sur les Romains.
La même année, 25 jours plus tard, Mahdî, fils d'Abou Dja'far, commença à
régner sur les Taiyayê. L'un et l'autre libérèrent tous les prisonniers qui
avaient été enfermés par leurs pères.
Mahdî ouvrit les trésors de son père et distribua ses richesses, comme avec
le van, non-seulement à ses troupes, mais aussi aux femmes, ses concubines;
car il était débauché et adonné aux voluptés. Il était aussi porté vers la magie, la
divination, les sortilèges, et il fit réunir des livres de magie et de divination. C'est
pourquoi Léon, empereur des Romains, lui envoya le livre intitulé lanès et
lambrès, qui renferme toute la magie des Égyptiens, et tout ce qu'ils faisaient
à rencontre de Moïse.
En l'an 1090, Mahdî vint à Alep, et les Tanoukayé sortirent à sa rencontre;
[479] ils habitaient sous destentesdansles environs d'AlepMl vit qu'ils montaient
des chevaux arabes, et étaient richement parés. Alors quelqu'un lui dit : « Tous
ces gens sont chrétiens ». 11 fut enflammé de colère et leur ordonna de se faire
musulmans. Il les y contraignit par les tortures, et les hommes apostasièrent au
nombre d'environ cinq mille : les femmes se sauvèrent, et jusqu'à présent il
s'en trouve dans les églises d'Occident. Un homme vénérable d'entre eux,
appelé Leith', souffrit le martyre.
Mahdî se porta sur le territoire des Romains, et fixa son camp sur le fleuve
Pyramus, dans la région de la ville d'Arabissus.
Il envoya son fils Haroun saccager le Beît Roumayê ; pour lui, il s'empara de
la Syrie, et se rendit à .lérusalem pour prier; son fils, après s'être emparé d'une
forteresse appelée Semalus', se livra au pillage et s'éloigna.
1. Lire : ^*;»m. — 2. Lire ainsi d'après Bar Hébr. (p. 127), lài- u»,.»»a, au lieu de i£^. Ar. ;
là^- ^|.oaio 1-9 ^(i» |aiU> tfS>-. — 3. BH : ^^.. — 4. Tb S/ifiaXoCo? xâuTpov (Theopu., ad ann, 772).
■Cf. Hist. du Bas-Emp., t. XII, p. 315, n. 7.
m
1/
2 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
En l'an 1092' des Grecs, les Taiyayê pénétrèrent dans la région d'Éphèse, et
firent captifs environ sept mille hommes. L'empereur Léon, de son côté, en-
voya une armée qui emmena en captivité les Syriens orthodoxes, et les établit
en Thrace '.
Un des écrivains chalcédoniens dit que cet empereur Léon détestait les
images et ne permettait aucunement de les vénérer, et qu'il adhérait aux Or-
thodoxes, comme son père^
En l'an 1092, Léon mourut, et son fils Gonstantinus* commença à régner.
Gomme c'était un enfant de 12 ans, sa mère, Irène", gouvernait, et était procla-
mée avec lui.
En l'an 1094, Mahdî envoya son fils [480] Haroun, avec deux généraux, dans
le pays des Romains. "Abd el-Malik' assiégea Nacolée': son armée fut taillée en
pièces et il s'enfuit couvert de honte. Bournikê' livra bataille et tua dix mille
Romains. Haroun se dirigea vers la ville impériale. Les Romains usèrent de
ruse et enfermèrent les faiyayê près du fleuve Sangarius^, entre la montagne
d'un côté et les eaux de l'autre; lesfaiyayê furent dans une grande angoisse. Ils
demandèrent la paix; Irène, selon l'esprit féminin, y consentit : on fît une trêve
de trois ans, et les faiyayê sortirent de leur difficulté'".
L'année suivante, 'Alî" bâtit la ville de Hadeth.
En l'an 109.5, mourut Mahdî*^. Son fils, Mousa^^ [commença à régner]'*, pen-
dant deux ans.
En l'an 1097, les Romains s'avancèrent avec une armée considérable et par-
vinrent jusqu'à la ville de Iladeth, qui avait été nouvellement bâtie par les
faiyayê, sur la frontière'^. Ses habitants s'enfuirent et elle demeura déserte.
Les Romains détruisirent alors totalement ses murs, et démolirent tout ce qui
y avait élé construit.
Au mois de tamouz (juilL), mourut Mousa, (roi) des Taiyayê *^ ; et après lui ré-
gna son frère, Haroun, surnommé Rasîd'^.
1. Lire : '^■^\ (BH). — 2, Thkopu., ad ann. 770. — 3. Cf. Hist. du Bas-Emp., 1. LXV, § xui. —
4. Constautin VI Porphyrogénète. — 5. >-l.;.| (BH). — 6. Il faut peut-être lire "Abd el-Kebir.
Cf. Theoph., ann. 773, 774; Weil, Gesch. d. Chai., Il, 99. — 7. NctxôXeia. Le général qui assié-
gea cette place est appelé tôv Bouvoaôv par Théophanes, l. c. ; cf. Weil, op. cit., p. 100 n. 1. —
8 Tbv Bojpvi/e (Thhoph.); l'araLe a la même leçon que notre ms. : Burnsi. — 9. im.j^l» (BH).
10. Cf. Hisl. du Bas-Emp., 1. LXVI, § vi; Geseh. d. Chai., II, 101, n. 2. — 11. Fils de Soleiman,
gouverneur de Mésopotamie et de Qennésrin en Syrie. Hist. du Bas-Emp., t. XII, p. 338, n. 1.
12. Le 22 mofiarram de l'an 169 Hég. ; 3 août 785. — 13. Abou Mohammed Mousa al-Hadi, —
14. La construction de la phrase exige le mot >^', omis par le copiste. — 15. En Cilicie; cf. op.
cit. t. XII, p. 351, a. 4. — 16. Selon les auteurs arabes, le 14 réby second de l'an 170; 15 sept.
73g 17 Le « Juste », surnom qui lui avait été donné par son père.
LIVRE XII. CHAP. I
A l'époque où Mahdî commença h
régner sur les Taiyayê, il envoya un
homme nommé Mohtasîb pour détruire
les églises qui avaient été bâties du
temps des Taiyayê ; et il ordonna de
vendre les esclaves chrétiens. Beaucoup
d'églises furent démolies ; et les esclaves
s'enfuirent.
L'église des Chalcédoniens, h Alep,
fut détruite.
Il excita aussi une persécution contre
les Manichéens en tous lieux*. Beaucoup
de Taiyayê furent convaincus de cette
hérésie, et lurent mis à mort parce
qu'ils n'y renoncèrent pas.
On détruisit un endroit appelé Pa-
dana Rabta, qui était tout rempli de Ma-
nichéens ; des chrétiens furent pris pour
avoir été injustement accusés de cette
hérésie. Un persan dénonça aussi quel-
ques personnes de la famille des Gou-
mayê, et elles furent prises; le motif
(de la vengeance) de ce persan était
qu'elles ne lui avaient pas donné le lo-
gement dans leur maison située au vil-
lage de Hînan ; il en fut irrité, et quand
il vit, à Bagdad, [479] qu'on excitait
(une persécution) contre les Mani-
chéens, il dénonça les gens des Gou-
mayê, comme étant manichéens. Huit
des principaux d'entre eux furent em-
menés et jetés en prison. Après de
nombreux tourments, trois moururent
en prison, et les cinq autres furent dé-
livrés et sortirent, grâce au Seigneur
qui les sauva.
Après neuf années d'emprisonnement
du patriarche Georgius, à Bagdad,
Mahdî, fils d'Abou Dja'far, commença à
régner et relâcha les prisonniers. Le
patriarche sortit avec eux. Mahdî lui in-
terdit d'exercer le patriarcat et de s'in-
tituler patriarche. Le bienheureux
s'étant rendu à Tagrit, y fut accueilli
comme un ange de Dieu; il fut ainsi
reçu en traversant Mossoul et toutes
les villes du Djézireh, et fut partout
traité avec honneur. Il parvint à An-
tioche. 11 y ordonna dix évêques, en
cette année; il chassa ceux de David*
et en créa d'autres à leur place. Il en
laissa cependant quelques-uns, faisant
les concessions qu'exigeait la situation
du moment.
Il excommunia et chassa Plotinus,
qui avait été établi par Sandalaya, et fit
retourner Conslantinus à Samosate'.
Quelque temps après, quand Constan-
tinus mourut, les habitants de Samosate
lui demandèrent Plotinus, [479] et il
le leur renvoya.
Après que le patriai'che eut passé
deux ans à parcourir et à soutenir les
églises, des calomniateurs l'accusèrent
près de 'Alî', émir du Djézireh, comme
ayant foulé aux pieds les ordres du roi.
Irrité, ("Alî) le fit amener de Harran à
Callinice. Avant qu'il ne parût en pré-
sence de l'émir, Theodosius, l'évêque
qui avait chassé Sandalaya', entra et
calma l'ardeur de la colère de l'éinir. 11
1 ui démontra qu'on accusait faussement
1. Cf. El-Macin, Ilistoria Saracenica, ad ann. 166.
2. Cf. tome II, p. 529. — 3. Cf. tome II, p. 521. — 4. Cf. ci-dessus, p. 2, n. 11. — 5. Lorsqu'il
•se présenta à Harran pour introniser 'Abdanî ; cf. tome II, p. 525.
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
En l'an 1095, vint la sauterelle ailée,
qu'on appelle « kalbaita ' ». Tout le
Djézireh en fut rempli ; après avoir dé-
vasté le froment, l'orge et tous les lé-
gumes, elle déposa ses œufs dans tout
le pays, dans les plaines et dans les
montagnes, et après être restée un mois
en terre, sa progéniture sortit, se mit à
ramper et à couvrir la terre. Elle s'atta-
chait à tout, montait sur les murs, les
parois, les cloisons, entrait même dans
les maisons par les fenêtres et les
portes ; le sol et le plafond en étaient
couverts, ainsi que les outres, les tapis,
les tables, les vases; quand elle entrait
dansunemaisonparle côtédusud, elleen
sortaitpar lecôtéduuord, marchant tou-
jours devant elle ; quand elle passait sur
le toit ou sur les briques des maisons,
elle marchait comme sur une surface
plane, sans être arrêtée. Elle dévorait
tout ce qu'elle rencontrait : les herbes et
les arbres, les étoffes de laine et les vê-
tements des hommes. Elle se répandit
surtout à Édesse, à Saroug, à Rês Kêphâ.
Quand elle eut épuisé tout ce qu'elle
trouva dans la région du Djézireh, elle
se traça en quelque sorte une route et
passa en Occident où elle détruisit toutes
les céréales. Elle dévora ensuite les
vignes, les arbres et toute espèce de
plantations; personne ne peut [480] ra-
conter ce cruel fléau que j'ai vu moi-
même'. Gloire au Seigneur de l'Univers !
 la suite de ce dur fléau, pendant les
le patriarche. Quand le bienheureux
entra, et quand l'émir lui exposa les
griefs (dont il était accusé), il fit admira-
blement son apologie et fut très bien
accueilli, surtout que Theodosius qui
interprétait (ses paroles) en arabe, et
qui était très bien vu de l'érair, faisait
l'éloge du patriarche, disant que c'était
un homme bon et saint, et que ceux
qui l'accusaient d'avoir imposé des
charges et des tributs aux églises
n'étaient pas véridiques. L'émir ayant
été apaisé par de semblables discours,
le patriarche se retira victorieux, et dès
lors, il gouverna sans crainte l'Église
de Dieu, jusqu'à la fin de sa vie.
A Alexandrie, le patriarche fut
Maiana ', pendant 9 ans* ; — puis Iwan-
nis.
En l'an 1095, les Edesséniens se sé-
parèrent de Zacharias leur métropoli-
tain, pour plusieurs motifs, mais prin-
cipalement parce qu'ils lui disaient de
reprendre son frère Siméon, à cause de
sa mauvaise conduite, et qu'il n'en fai-
sait rien. C'est pourquoi le patriarche
Georgius lui ordonna de quitter la ville ;
et il n'y fut plus reçu.
En l'an 1096, au mois de 'iyar, Geor-
gius rassembla un synode, au sujet de
[480] Jean de Tagrit que les Tagritains
accusaient d'actions honteuses. Celui-
ci disait : « Ils mentent ». C'est pour-
quoi le patriarche envoya avec lui quatre
évèques pour faire là une enquête sur
1 C'est-à-dire « canine ». — 2. C'est Denys de Tell-Mahrê qui parle ainsi.
3. Mina ou Mennas. — 4. Ms. : « 40 ans •> (de même dans la vers, arabe); il faut lire •^ au lieu
de :». Cf. Benaudot, ffist. pair. Alex., p. 241; El-Macin, Hist. sarac, Irad. d'Erpenius, p. 126,.
142. Jean fut élu en la première année du règne de Mousa.
LIVRE Xn. GHAP. II 5
trois années qui suivirent, [il y eut une son affaire, et ils devaient le confir-
famine causée] ' par la cherté du pain, mer s'il était trouvé innocent. Quand ils
du vin, de l'huile, et de toute sorte de parvinrent au pays de Balàd, Jean Kiou-
légumes. naya abandonna les évoques, s'enfuit
au couvent de Mar Mattai, et osa or-
donner trois évèques qui seraient ses
soutiens, et résisteraient au patriarche. Les évêques (délégués), voyant son audace, le
déposèrent ainsi que ceux qu'il avait ordonnés.
Alors le patriarche ordonna comme métropolitain de Tagrit Mar Joseph.
11 ordonna pour Edesse Zacharias, du couvent de Qartamîn' ; mais celui-ci fut aussi
chassé' par les perturbateurs qui étaient à Edesse. — Fin de ces trois récits.
CHAPITRE [II] qui expose quand et comment surgit dans l'Église la querelle
au sujet de l'expression « panem caelestem frangimus. »
Plusieurs blâment le patriarche Cyriacus comme ayant été le principe de la querelle
qui s'éleva dans l'Église au sujet de la formule : panem cselestem frangimus ; mais ils
ne sont pas dans le vrai, car dès le temps du patriarche Georgius, il y eut des doutes
à ce sujet. La lettre du bienheureux Georgius à Gouria, diacre de la famille Na'ar,
d'Edesse, en témoigne; elle s'exprime ainsi :
« Puisque ta sollicitude, ô fils bien-aimé, m'a écrit (pour savoir) quand cette expres-
sion a commencé, d'où elle est venue, quand elle a été réprouvée, et depuis quelle
époque on a commencé à être troublé par elle; je te dirai ceci :
;< Notre Seigneur, notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ nous a livré trois
sacrements : le sacrement du saint Baptême, le sacrement du Sacrifice de son corps
et de son sang, et enfin le sacrement de l'Ordination de la consécration des fonc-
tions sacerdotales. Pour chacun de ces sacrements il a institué un symbole; pour
celui du Baptême : le souffle qu'il souffla sur le visage des Apôtres, en disant*;
« Recevez le Saint-Esprit; si vous remettez les péchés a quelqu'un, ils lui seront
remis ; si vous les retenez, ils seront retenus. » Et c'est pourquoi ceux qui con-
sacrent les eaux pour le Baptême, soit évêques, soit prêtres, soufflent sur ces eaux, de
manière que le mystère de ce souffle divin s'accomplisse en elles et qu'elles reçoivent
l'Esprit-Saint pour la régénération spirituelle. — Dans le sacrement du ministère
de son corps et de sou sang; il prit le pain de ses saintes mains, le bénit, le rompit,
et le donna à ses saints Apôtres ; (ce que fait aussi le prêtre) ^ dans la prière qui
1. Ajouter ici les mots : U-iU U^^ tow (BH), omis par le copiste; Ar : ^ea L\iL i.^l.'wiw ,»o.
— 2. Il succédait à un é.v. du même nom; cf. p. 4. — 3. Lire : ow y4)^\. — 4. Joh., xx, 23. — 5. Un
copiste paraît avoir omis ici ces mots ou une phrase analogue; ils manquent aussi dans la vers. ar.
'6 CHROiNIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
vient après .S'fl«c/?/s, Sanctus; de manière que le prodige qu'a accompli le Christ
qui était la vertu toute puissante de Dieu, s'accomplit encore maintenant dans la
consécration mystérieuse qui se fait présentement par des (hommes) faibles. — Et
quand il nous livra le sacrement de l'Ordination, Luc dit, à la fin [481] de son
Évangile \ qu'il éleva les mains et bénit ses disciples au moment de son ascension.
Et pareillement, cette sainte tradition s'accomplit dans les saintes Églises, sur la
tête de tous ceux qui s'approchent du sacerdoce, soit évéques, soit prêtres, soit
diacres; de sorte qu'ici encore, le même mystère accompli par la droite de Dieu le
Père, qui est Jésus-Christ lui-même, l'est aussi par nos mains pécheresses. Trou-
bler ces règles, introduire de nous-mêmes des innovations', créer d'autres tradi-
tions, est en dehors de toutes ces divines institutions sacramentelles. En effet il
n'est pas permis de souffler après la dernière prière qui suit la première insufflation
à laquelle appartient le mystère; ni pareillement d'élever les mains sur ceux qui
doivent être consacrés, après la dernière prière qui suit l'imposition des mains qui se
fait après l'élévation des mains. Et de même que souffler une seconde fois dans le
Baptême est en dehors du mystère institué par notre Sauveur; de même, recom-
mencer la dernière prière sur la parcelle consacrée, est une institution étrangère.
Car il n'est pas écrit dans l'Évangile : il bénit et rompit, et ensuite il bénit et
rompit derechef, puis il donna 'd ses disciples. Cela, en effet, ne convenait pas à la
vertu toute puissante.
« Quant à ce que tu as demandé : « Quand (cette coutume) est-elle entrée dans
« l'Église? » Je n'en sais rien. « Quand a t-elle été réprouvée? » Je le sais. Depuis
toujours et pour toujours. L'Esprit-Saint a fait en sorte que ce sacrement, le corps et
le sang de Dieu le Verbe, fût accompli par deux hommes saints et inspirés de Dieu:
par Jacques le premier évêque, et par Marc l'Évangéliste. Les Égyptiens et toute
la province d'Alexandrie affirment que cette expression : panem cœlestem frangimus
in nomine Patris et Filii et Spiritus sancti, n'a jamais existé dans la liturgie de Marc'
fils et disciple de Pierre, le chef de tous les divins Apôtres, de qui il a appris la pré-
dication divine et l'Évangile, et reçu tous les sacrements. Tous les Grecs, et tout
d'abord les saints docteurs qui ont fait des liturgies selon la tradition de Varche-
vêque Jacques : soit Basilius, soit Gregorius, soit Timotheus, soit Severus, attestent
pareillement que cette expression paneYn cœlestem frangimus, in nomine Patris et
Filii et Spiritus sancti, ne se trouve pas dans la liturgie de l'apôtre Jacques; elle n'a
été transmise par eux, en effet, dans aucun de vos exemplaires, et elle n'existe dans
aucun des exemplaires grecs. Il est évident que, puisqu'elle n'est ni dans la sienne ni
dans les leurs, elle a été réprouvée " depuis toujours et pour toujours,
(( Cependant, pour moi, je n'ai imposé à personne de règle à son sujet : soit celle de
la dire, soit celle de ne pas la dire. Non pas que j'ignore qu'il ne convient pas de la
1. Luc, XXIV, 50. — 2. Le texte est altéré; l'Arabe semble avoir lu : R,- (li, (U>o, et traduit •
\j^ ^ »,^ 11^ ^^,j ^lo, — 3. Lire : ItsAaua,
LIVRE XII. CHAP. II 7
dire; mais pour ne pas donner occasion aux perturbateurs et à ceux qui ne se préoc-
cupent pas de l'édification de l'Église mais bien de sa ruine, de soutenir leur dessein
dans l'amour de la domination et d'en prendre prétexte pour causer un schisme et
tromper les simples. Malheur h nous, s'il y a dans notre confession un pain descendu
du ciel qui n'est pas le Fils et le Verbe de Dieu ; et si nous le rompons au nom du Père
et du Fils et du Saint-Esprit, nous avons là un auti-e fils qui n'est pas le pain descendu
du ciel. »
Et un peu plus loin : « Tu demandais dans ta lettre comment elle était entrée dans
l'Eglise ? )) Deux traditions ont cours relativement à ce mystère : l'une sainte, et
l'autre éloignée de toute sainteté. Comme les saints Apôtres avaient défini que
dans les saints jours de jeûne on n'offrirait pas l'oblation, excepté le samedi et le
dimanche, ils prescrivirent qu'on signerait le calice tous les ^autres jours de toutes
les semaines de jeûne, afin que le peuple reçût la communion au moment du soir,
et que quand le prêtre le signerait il dirait : « Le calice d'action de grâces est
signé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », et alors il y jette la parcelle
propitiatoire qui le consacre. Telle est la tradition sainte qui consacre le calice non
consacré, qui le déclare un calice de louange, qui ne répète aucune des choses
dites par notre Sauveur et dans lesquelles on reconnaît sa divinité, et qui ne répond
d'aucune façon aux apparences de son incarnation.
(( L'autre tradition, qui n'est pas sainte, est celle qu'a introduite l'impie Diodorus,
l'ennemi de la vérité [482] et l'adversaire du Christ. La voici. Il fait, comme il la
nomme, une oblation, qui n'est pas un rapprochement ' mais un éloignement de Dieu,
et il y dit : « L'Agneau de Dieu est immolé devant la Trinité sainte ». — Je dis que
ceux qui ont introduit l'usage de dire (la formule) : Panem cselestem frangimus in
nomine Palris, et Filii, et Spiritus sancti étaient ses partisans. Je sais qu'elle a été
dite par des gens simples, qui étaient aussi éloignés de l'opinion de Diodorus que
le ciel est éloigné de la terre ; mais si quelqu'un l'examine, la signification estla même.
Qu'est, en effet, l'Agneau de Dieu, sinon le pain vivant descendu du ciel ? Et cela est
attesté parle saint Baptiste qui a confesse cette expression: « Voici l'Agneau de Dieu
qui enlève le péché du monde ' ».
Et un peu plus loin: « Mais, comme je l'ai dit auparavant, quand on compare les
deux expressions^ celle qui dit : « Immolatur Agnus Dei coram Trinitate sancta et
celle qui dit : « Frangitur partis cselestis in nomine Patris et Filii et Spiritus sancti,
on ne trouve entre elles aucune divergence. Mais Diodorus, dans son esprit per-
vers, divise le Christ. Ceux-ci l'ont introduite, par rusticité, d'après la consi-
gnation du calice ; mais dans la consignation du calice, elle est employée correcte-
ment, puisqu'elle consacre le calice non consacré ; ici elle n'est pas employée correc-
tement, puisque « panem [cœlestem]' frangimus » s'applique (à celui)' qui est le Fils
1. Le même verbe, en syriaque, signifie « offrir » et « approcher ». — 2. Joa., i, 29. — 3. Sup-
pléé d'après l'Ar. — 4. Quelques mots ont pu être omis ici par un copiste ; l'Ar. a la même leçon.
8 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
même et le Verbe du Père, et signifie qu'il est rompu au nom du Père, et du Fils et
du Saint-Esprit. Elle place ce pain céleste hors du Père et du Fils et du Saint-Esprit;
de même qu'en disant : Un tel est baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-
Esprit; de même quand on dit que le pain céleste est rompu au nom du Père, et du
Fils et du Saint-Esprit, on considère ce pain céleste comme une chose différente du
Père, du Fils, et du Saint-Esprit.
« Mais pour moi, je n'ai dit à personne qu'il fallait la réciter ou ne pas la réciter,
pour ne point fournir de prétexte à ceux qui ont soif de diviser l'Église, dans leur
audace. » Et le reste de la lettre. — Fin.
CHAPITRE [111]. — De V époque du commencement du règne de Haroun, roi des
Taiyayê, et de Constantinus, empereur des Romains. De la mort du patriarche
Georgius. De ceux qui lui succédèrent dans l'Église des Orthodoxes, et des
autres événements qui survinrent à cette époque et sont consignés par écrit.
Quand Haroun, roi des Taiyayê, commença à régner, il envoya "A[b]d el-
Malik' rebâtir Hadeth. Celui-ci rassembla deux mille chariots ; les églises qui
se trouvaient à l'occident du Sanga* furent démolies, et avec leurs pierres on
rebâtit le mur. La grande église de Kaisoum fut détruite avec les 15 temples
qui se trouvaient là.
Au mois d'éloul (sept.), [483] Maléouf' (?}, pénétra dans le Beit Roumayê, et
en ramena de nombreux captifs ; ensuite Soleiman, émir de Hadeth, vint à son
tour, pilla et fit des captifs.
Au mois de sebat (févr.), Ayoub, son fils, envahit le rivage de la mer et
commit un grand pillage.
En l'an 1104, il y eut une guerre entre les Qaisayé et les Yamanayê*, dans la
région occidentale. Elle commença en Palestine et se décida à Emèse. Beau-
coup de gens des deux partis furent tués.
La même année, 'Abd el-Malik envahit de nouveau le pays des Romains : il y
fit des captifs nombreux et le quitta. Son fils, 'Abd er-Rahman y pénétra à son
tour et assiégea une forteresse, en Cappadoce, appelée Rabasah\ Quatre cents '
hommes y périrent de soif, après quoi, on livra la forteresse ; les Taiyayê, en
1. "Abd el-Malik ibn Salih. — 2. Même leçon dans BH, et en plusieurs passages. — 3. Même
leçon dans la vers, arabe. — 4. Cf. Gesch. der Chai., II, 147. — 5. Cf. Hist. du Bas-Emp., XII,
p. 357, n. 3. La ville appelée ici « Rabasah » (même, leçon dans BH) paraît être celle que Théo-
phanes appelle xb xauTpbv ©ïjêaffav (ann. 786); la vraie leçon serait alors ovmaï, — 6. Ms. : « 9 »;
lire L (BH) au lieu de ^.
LIVRE XII. CHAP. III
ayant pris possession, en tirèrent des captifs, de l'or et quantité de choses
précieuses.
A cette époque, Constantinus, empereur des Romains, scandalisé par Elpi-
di^us], patrice de Sicile, parcequ'ilavait péché avec (l'impératrice) sa mère, voulut
lui faire crever les yeux. Le patrice s'enfuit chez les Taiyayê, et l'empereur
ordonna que sa mère ne fût plus appelée impératrice. Il imposa (cette règle)
avec serment à toute la chancellerie', etil fit emprisonner les enfants et la femme
d'Elpidius^
Elpidius qui se proclamait empereur des Romains, jura aux Taiyayê de leur
livrer l'île de Sicile. Il s'engagea par serment vis-à-vis de l'émir Soleiman, et
celui-ci prit quarante mille hommes et s'en alla avec Elpidius, après avoir juré
de s'emparer de tout le pays des Romains. Quand ils arrivèrent dans la contrée
de Simison', [484] ils furent pris par l'hiver, et quatre mille d'entre eux
périrent. Dans leur embarras, ils eurent recours aux Romains. Les Romains
montrèrent delà philanthropie et ne maltraitèrent point les faiyayè, qui sortirent
de cet endroit au mois de kanoun it (janv.). Beaucoup des notables parmi eux
avaient les pieds pourris parla neige. Moi-même*, j'ai vu environ quatre cents
d'entre eux (àÉdesse').
Ensuite Constantinus refit la paix avec sa mère, Irène, et ordonna de la pro-
clamer de nouveau impératrice. Elle fut proclamée en tous lieux, excepté chez
le peuple des Arméniaques% qui ne consentirent pas à la proclamer, à cause
des serments qu'ils avaient jurés ; l'empereur les fit cruellement massacrer.
L'empereur ajouta encore à la multitude de ses actions déréglées, et foula
aux pieds les usages chrétiens ; il brava la honte, et prit une seconde femme
alors que la première vivait encore : et il devint méprisable aux yeux de tout le
peuple'.
En l'an 1100 un harouraya* nommé En l'an 1097, les Edesséniens se sé-
Walîd' réunit 5 mille hommes et vint à parèrent de nouveau de leur évêque, Za-
Nisibe. Il tuarémir,pillales marchands, charias, qui était du monastère de Qar-
et exigea de chaque chrétien 5 zouzê. tamîn. Tous les clercs et les notables
Les Taiyayê tremblaient devant lui; car lui résistèrent, au contraire de la foule,
il circulait dans les pays et massacrait Ils firent connaître la chose au patriar-
les Taiyayê. Après que Walîd eut triom- che Georgius, et celui-ci le chassa de
phé des troupes de 'Abd el-Malik, la ville.
1. TâÇiç. — 2. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXVI, § v, xxvi. — 3. Bar Hébr. : ^ûisa^U, Samsoun. —
4. Denys de Tell Mahrê. — 5. Ces deux mots sont donnés par Bar Hébr. — 6. 'Api^EViaxo! ; cf. Hist.
du Bas-Emp., LXVI, § xxviir-xxxi. — 7. Ihid., § xxxv. 11 répudia Marie et épousa Théodote.
8. Lire t Cîo^., de la secte des Harourites. — 9. Walîd ibn Tarif.
2
111.
10
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
[483] et rendu les roules désertes faute
de voyageurs, Yézîd' s'avança, engagea
le combat avec lui et le tua.
L'année suivante, le roi Haroun monta
de Bagdad et vint à Callinice pour s'y
fixer. Il bâtit des édifices pour les habi-
tants et ses officiers; et Rafiqah devint
une seconde Babylone. Il y fit aussi ame-
ner ° deux canaux pour l'irriguer : l'un de
l'Euphrate et l'autre de Saroug. II acheta
les eaux des villages de Saroug à leurs
propriétaires, leur creusa un lit nou-
veau, les fit descendre, et fit sur leurs
rives de nombreux jardins'.
En l'an 1108, Haroun, roi des Tai-
yayê, se porta vers le Beît Roumayê.
Lorsqu'il passa par Edesse, des traîtres
se présentèrent pour accuser les chré-
tiens (disant) : « Ils sont des espions ;
l'empereur des Romains vient chaque
année prier dans leur église », et ils
lui demandèrent de faire démolir la
grande église, et d'empêcher de son-
ner' la cloche. Le roi dit à Yahya^ son
conseiller : « Que te semble-t-il de cette
accusation? » Celui-ci répondit avec sa-
gesse : « Il ne convient pas de la rece-
voir ». Et aussitôt les traîtres furent
chassés et même punis.
A cette époque', ainsi que d'autres
l'ont écrit, un homme de la région de
Thrace, en creusant en un certain lieu,
trouva un sarcophage dans lequel était
un mort, et sur lequel était écrit : « Le
Christ doit naître d'une Vierge ; et
Le bienheureux Georgius s'étant mis
en route tomba malade, et quand il par-
vint au pays de Claudia [483] sa maladie
s'aggrava. C'est pourquoi il monta au
couvent de Mar Bar Çauma où il termina
sa course; il mourut en l'an 1101 des
Grecs. Son saint corps fut déposé en ce
lieu.
Au mois de hazîran (juin) de la même
année, le synode des évêques se réunit
à Badaya-ze'ourta, dans la plaine de
Harran, et ils firent choix de Joseph,
de Goubba Barraya. Quand celui ci ar-
riva, en voyant sa belle prestance, ils se
réjouirent en lui; mais quand ils goû-
tèrent son langage, ils le trouvèrent
barbare, et voulurent le renvoyer à son
couvent. Il y eut un schisme à son sujet,
parmi les évêques : les uns l'accla-
maient'', les autres n'en voulaient pas. A
la fin, craignant les habitants de son mo-
nastère qui étaient amis de la dispute,
ils l'ordonnèrent de force.
Quand Joseph eut été ordonné, sur
les instances de Zacharias d'Édesse, il
prit celui ci et vint pour réconcilier les
habitants avec lui. Tandis qu'ils se trou-
vaient dans le temple de Mar Qozma,
qui est hors de la ville, les Édesséniens
vinrent près d'eux. Ils discutèrent lon-
guement, mais les Édesséniens ne cé-
dèrent pas au patriarche et n'acceptèrent
pas Zacharias. Le patriarche partit de
là irrité, et n'entra pas dans leur ville.
Comme il descendait à Bagdad pour
1. Yézîd ibn Mouzid. Cf. Gesck. d. Chai., II, 147. — 2. Lire : «i9| (BU). _ 3. Ua.,t3, U«m«
(BH). — 4. Lire : >»tuûj. Littéralement « que le sémantron soit frappé ». — 5. Yahya ibn Khalid ibn
Barmaq. — 6. Cf. Theoph., ad ann. 773.
7. Peut-être faut-Il lire v^a ; les uns « le voulaient » (?).
LIVRE XII. CHAP. III • 11
moi, dès maintenant, je crois; le so- recevoir son diplôme, sur les instances,
leil ne me reverra pas avant' que ne des évêques, il donna à Jean la permis-
soit accompli ce que j'ai dit. » — Fin. sion de gouverner Mabboug; car, jus-
qu'à ce moment, Jean visitait seulement
le pays, et il y avait un autre évêque pour la ville.
Le patriarche Joseph, après avoir accompli son voyage h Bagdad, visita les églises
d'Orient et mourut dans le monastère de Mar Atounos, qui est situé au dessus de Tell
Besmai », au mois de kanoun ii [404] de l'an 1103. Il avait ordonné un évêque;
Anthimus, pour Ba'lbek.
En l'an 1104 des Grecs, les évêques se réunirent h Harran, et le 15 de 'ab (août),
ils ordonnèrent patriarche Cyriacus, du monastère de Bîzôna : un homme éloquent
et saint dans son corps et dans son âme. Ayant été vivement pressé par Zacharias,
il prit celui ci avec lui et vint à Edesse, où il fut reçu comme un ange de Dieu : il entra
dans la ville en grande pompe, et fut très aimé de tout le monde jusqu'au moment
où il mit en avant l'affaire de Zacharias. Alors, ils lui montrèrent de la déso-
béissance; le patriarche se donna beaucoup de peine avec eux, mais les Edesseniens
n'acceptèrent point Zacharias. A la fin, le patriarche fit un partage et donna à
Zacharias quatre districts' du diocèse qu'il visiterait pendant sa vie et qui devaient
être réunis au diocèse après sa mort. Les Edesseniens se mirent d'accord là-dessus
avec le patriarche et lui donnèrent leur consentement pour qu'il choisît* et leur
ordonnât comme évêque qui il voudrait. Il partit de là, et bientôt après, il leur
ordonna Basili[us] de Qennésrê.
Cyriacus, voyant que ses affaires prospéraient et qu'il avait réglé beaucoup de
choses en maître dans l'Église, sans faire de mauvaise rencontre, pensa que tout
réussirait pareillement, et il voulut supprimer dans lÉglise la formule : panem
cselestem frangimas . C'est pourquoi il prescrivait aux prêtres qu'il ordonnait de ne
pas la réciter. Il ne considéra point comment Georgius l'avait tolérée et ne l'avait
pas retranchée pour que l'Eglise ne soit pas divisée. Comme on commença à
s'agiter à ce propos, il réunit un synode à Beit Botîn, dans le diocèse de Harran, en
l'an 1106. Après avoir examiné l'affaire, ils décrétèrent que chacun en userait selon
son gré, et que ceux qui ne la disaient pas ne devaient point se scandaliser de ceux
qui la disaient. Ensuite, ils établirent 40 canons' au sujet des réformes que le
patriarche renouvela dans ce synode.
Mais il y avait des évêques qui lui étaient secrètement opposés. L'un d'eux était
Severus de Samosate, qui, depuis son élection, n'était pas en bons termes avec lui.
Le patriarche était aussi irrité contre lui et il se dirigea vers son diocèse, pour y
corriger les erreurs qui s'y étaient introduites par la négligence de Severus. Severus
1 . Lire ; a ,
2. Lire : u viy^ I. (BH). — 3. «Xiiiaxa. — 4. Lire : i=^^. — 5. Ils nous sont parvenus dans diverses
collections. Cl. Duval., Litt. syr.^-ç. 182,
12 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
disait : « Il s'en va poussé par la passion, afin de trouver un prétexte, » Quand le
patriarche s'y rendit, on ne lui ouvrit point la porte de l'église. Ayant montré le
diplôme du roi au gouverneur, celui-ci la lui fit ouvrir. Le patriarche monta à l'am-
bou et excommunia Severus ; puis il passa de village en village, anathématisant
Severus. Alors Severus réunit des évêques, des prêtres^ des moines et le peuple, et
il se rendit près du patriarche, à son couvent. Il reçut l'absolution et la paix fut
rétablie.
CHAPITRE [IV]. — De l'époque à laquelle l'empereur Constantinus tomba, avec
sa mère, et à laquelle Nicephorus commença â régner. De ce que fit à cette
époque Haroun, roi des Taiyayê. Du trésor qui fut découvert à Édesse. Du
trouble causé au patriarche Cyriacus par les moines ; de l'union qu'il fit avec
les Juliatiistes, et qui fut ensuite rompue.
[•48S] Tandis que Constantinus, contempteur de la loi, était méprisé par tout
le monde, lesTaiyayé pillaient de plus en plus les pays des Romains, et il n'y
avait personne pour leur résister; c'est pourquoi les Romains songèrent à le
priver de l'empire. Pour lui, loin de s'abstenir des choses odieuses, il ajoutait
encore à la débauche. Il s'emparait des filles des grands et les souillait honteu-
sement.
Étant parti en guerre contre les Bulgares, il s'avança jusqu'en Thrace : et là,
il s'abandonna à l'ivrognerie et à la débauche. Alors, les princes firent savoir
toutes ces choses à sa mère et elle leur promit de le faire cesser. A son retour,
elle lui fit crever les yeux. Il devint aveugle, et elle régna seule. Elle établit
comme premier ministre et archipatrice l'eunuque Aetius.
Quand les Taiyayê envahirent le Beit Roumayê, Aetius les vainquit. L'année
suivante, les "Taiyayê firent une nouvelle invasion et furent victorieux. Alors les
Romains voulurent faire régner sur eux Nicephorus, le Logothète, cappado-
cien. Quand Irène apprit cela, elle ordonna de lui faire crever les yeux. Aetius
le cacha. Il voulut régner lui-même, et demanda à Irène de lui donner la cou-
ronne : comme elle ne la lui donna pas, il en fut irrité. Elle-même fit connaître
au patrice Nicetas le dessein d'Aetius. Nicetas et le patriarche tinrent conseil
[486] avec le Sénat, et tous furent d'avis de faire régner Nicephorus*.
Il commença à régner en l'an 1114.
Il tenait en grand honneur l'impératrice Irène et l'eunuque Aetius. Or, ceux-
ci se disposèrent à le faire massacrer par quelques moines. Leur projet ayant
1. Tout ce qui précède est naturellement à moSifier d'après l'histoire byzantine.
LIVRE XII. CHAP. IV
13
été dévoilé, Irène fut envoyée en exil à Athènes', où elle mourut religieuse.
L'empereur ne fit point de mal aux moines, et il paya à Aetius la dette qu'il
avait contractée vis-à-vis de lui'.
Haroun, roi des Taiyayê, bâtissait à cette époque, dans la Petite Arménie ,
près de Mélitène, une ville qu'il appela Zoubatra. Tandis qu'il y était occupé ',
Stauracius fit une invasion dans la région du Péloponèse, qui était depuis
longtemps aux mains des 'Taiyayê*. Il le soumit aux Romains, y établit une gar-
nison et revint, ramenant captive une nombreuse foule de faiyayê, des trou-
peaux et des bandes de chevaux et de chameaux.
[483] A propos du trésor qui fut dé-
couvert h Édesse, Denys de Tell Mahrê
dit : « Nous avons rappelé dans le se-
cond livre que la femme du Reçaphéen ''
avait enfoui un trésor lorsque Kosrau
ordonna de la faire descendre dans le
Beit Parsayê. La maison où avait été
caché ce trésor, qui appartenait à la
famille des Reçaphayê^ passa par une
certaine succession à celle des Tell-
mahrayê ; par une femme de cette famille
qui entra dans celle des Goumayô, elle
échut à Silvestros, qui fut enfanté par
cette femme à un Goumaya. Celui-ci la
laissa en héritage à ses fils avec le reste
de sa fortune. Or, ces enfants étaient
débauchés et dissipèrent la fortune. Ils
imaginèrent (alors) de creuser la terre
dans leurs demeures,parce qu'ils avaient
entendu dire qu'un trésor y était ca-
ché. Quand ils l'eurent trouvé, comme
ils étaient des jeunes gens déréglés, ils
ne surent pas eu user sagement et firent
[485] En l'an 1109, le patriarche Cy-
riacus réunit un synode, eu vue de faire
l'union avec les Julianistes. A ce synode
était venu Gabriel, leur chef. Gabriel
lui-même reconnut la stupidité des dog-
mes de Julianus, et accepta de confesser
comme nous, lui et ses compagnons.
Toutefois, il leur répugnait de proclamer
saint Severus, bien qu'ils acceptassent
ses écrits contre Julianus, et ils ne voulu-
rent pas non plus consentir à anathéma-
tlsernommément Julianus. Le patriarche
passa sur ces choses, et se conduisit
selon les circonstances, espérant qu'on
corrigerait avec le temps tout ce qui
était défectueux.
Au sujet du patriarcat, ils définirent
que Gabriel dirigerait les Julianistes et
serait proclamé dans nos églises, de
même que Cyriacus dans les leurs, et
que quand l'un des deux mourrait, celui
qui survivraitdeviendraitlechefde toute
l'Eglise. Cyriacus offrit l'oblation et fit
l. Sic ms. et BH. En réalité à Mitylène, dans l'île de Lesbos. — 2. Le mot lacu. signifiant debi-
tum ou amor, selon la vocalisation, la phrase est ambiguë ; littéralement : « Aetio retribuit debitiim
(ou caritatem) sicut fecit ei ». D'après le contexte : il l'épargna parce qu'il l'avait caché (cf. ci-dessus ,
p. 12). — 3. BH : >*^*.^; mais la leçon du ms. "^«>^ peut être conservée ; cf. ar. Ji*,. — 4. En réa-
lité, l'expédition du Péloponèse fut dirigée contre les Bulgares sous le règne d'Irène; cf. Theoph.,
ad ann, 775. — 5. Cf. tome II, p. 380.
14
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
paraître encore plus de luxe, avec des
chevaux et des chiens pour la chasse,
Haroun, roi des Taiyayê, l'apprit, et en-
voya se saisir d'eux; il les fit emprison-
ner à Gallinice. Il envoya son eunuque'
à ÉdessCj et celui-ci prit tout ce qu'il
trouva de choses princières vendues par
eux. Il y avait parmi elles des sortes de
serpents et de scorpions d'argent, pleins
de^Y^P'O"''' Les misérables pensèrent que
c'était de la poussière et le répandirent
à terre, puis ils vendirent l'argent; et la
chose fut (ensuite) reconnue.
L'eunuque s'empara de leurs femmes
légitimes, de leur vieille mère et de tout
ce qui restait. Il prit des vases [486] d'or et
d'argent, des plats, des milîzê*, des di-
nars romains. Ensuite illes enferma cha-
cun séparément, et il emprisonna leur
sœur, qui était vierge, dans la maison
d'un chalcédonien ; celui-ci la plaça dans
le grenier, au-dessus de quatre étages, et
posta des persans pour la garder. La
jeune fille veillait, craignaut qu'ils n'en-
trassent pour la violer ; ayant entendu
un bruit de pas, elle invoqua Dieu, se
cacha le visage dans son voile, et se jeta
par la fenêtre. On la trouva dans la rue,
et le lendemain la bienheureuse mourut.
La crainte s'empara de l'eunuque, et Ha-
roun lui-même fut affligé de sa mort; il
fit sortir ses frères de prison, leur fit
rendre le cinquième de ce que l'eunuque
avait apporté, et les renvoya.
communier Gabriel et ses compagnons,
et, le lendemain, Gabriel offrit à son tour
l'oblation*.
Comme quelques-uns de nos évo-
ques murmuraient contre le patriarche,
par passion, à cause de l'union qu'il
avait faite, il rassembla de nouveau un
synode. Gabriel y vint. Les évêques lui
demandaient d'anathéiiiatiser Julianus ;
mais le patriarche les blâmait en disant :
« Nous ne devons pas user envers eux
d'une telle rigueur. Nous avons [486] des
exemples de cette conduite chez les
anciens pasteurs de l'Eglise. » Les évê-
ques prirent alors Gabriel à part et exi-
gèrent de lui qu'il anathématisât Julia-
nus et reçût Severus. Gabriel répondit :
(( Sachez^, mes frères, que si ce n'était
que je ne me suis pas détourné complè-
tement de Julianus, je n'aurais pas en-
traîné le peuple qui m'est soumis h vous
faire sa soumission. Maintenant, si c'est
moi seul que vous avez en vue : j'anathé-
matise Julianus ; si ce sont eux tous, sa-
chez que la plupart*, par ignorance ou
par une coutume invétérée, refuseront
de l'anathématiser nommément. Si vous
voulez les y contraindre, ils retourne-
ront au schisme, et l'union que nous
avons faite sera détruite. » Il leur parla
longuement sans les convaincre; maip
lis disaient : « Anathématise Julianus à
l'ambon ». Gabriel discerna leurs pas-
sions; il se levaj secoua ses vêtements
1. l&>;tt, ici et plus bas, au lieu de la forme UoMiea qu'on rencontre seulement p. 486, 1. 24, dans
ce récit, BH traduit partout (aiSûjoI. — 2, Cf. tome II, p. 523. — 3. Même leçon dans BH, Les
lexiques ne donnent pas le sens de ce mot, qui ne s'est pas encore rencontré ailleurs,
4. Ce pacte nous a été conservé dans le ms. add. 17145 du British Muséum. 5. as,»,
6. I|.» \^ » a».j; les points en marge du texte indiquent que les lignes doivent être transposées.
LIVRE XII. GHAP. V 15
sur eux et dit ; « J'ai reconnu maintenant que la rigueur que vous montrez n'est pas
en Dieu ni pour Dieu, mais vient de votre jalousie vis-à-vis de votre chef, pour em-
pêcher le bien de s'accomplir par ses mains. Dès lors, Dieu vous demandera compte'
du sang de tout ce peuple dont vous empêchez maintenant le salut. »
Et ainsi fut anéantie l'union de ces Julianistes, à cette époque, par la jalousie des
évéques, et surtout par l'opération de l'ennemi spirituel : que Dieu anéantisse et fasse
cesser ses ruses dans tous les rangs des Orthodoxes. Amen! — Ce récit est fini,
CHAPITRE [Vj. — De Vépoque du commencement du règne de Nicephorus,
[empereur) des Romains, et de Haroun Basid, {roi) des Taiyayê. Commencement
du schisme des Goubbayê contre le patriarche Cyriacus. Prodige qui eut lieu à
Mabboug, et autres événements qui se passèrent à celle époque.
Au mois de tesrînii(nov.) de l'an 1114, Nicephorus commença à régner sur les
Romains : homme vigoureux et capable de gouverner. On disait que sa famille
était de la race des 'Taîyayé. [487] Un yéménite nommé Djabalah aurait régné
sur les Yéménites chrétiens, et quand Mohammed invita les faiyayô à embrasser
l'islamisme, Djabalah et ses compagnons se firent musulmans par l'intermédiaire
de 'Omar, fils de Khattâb. Quand le roi se rendit à laQa'ba, Djabalah y alla avec
lui. Quand ils approchèrent autour de leur temple, quelqu'un marcha sur le pied
de Djabalah. Celui-ci se détourna, frappa au visage le Fazaréen' et lui brisa le
nez. Cet homme fit connaître la chose à "Omar, et "Omar dit à Djabalah : « Ou
bien calme le Fazaréen et qu'il te laisse tranquille, ou bien livre-lui ton visage
qu'il te brise le nez ». Djabalah répondit : « Comment un prince comme moi per-
mettrait-il à un plébéien de le frapper? » — 'Omar reprit : « Quoique tu sois plus
honorable que lui dans l'empire, tu es cependant son égal dans la religion ».
— Djabalah dit : « Laisse-moi jusqu'au matin pour me décider à l'une des deux
choses », — Et pendant la nuit Djabalah et ses compagnons s'enfuirent dans le
Beit Roumayê, en Cappadoce, et redevinrent chrétiens. De ce Djabalah descen-
dait Nicephorus qui régna alors.
Quand 'Abd el-Malik, qui était chargé de faire la guerre aux Romains, apprit
que Nicephorus régnait, il appela le romain Elpidius, celui qui avait livré la
Sicile aux faiyayê, et lui demanda : « Fais-moi connaître qui tu as laissé dans
le Beit Roumayê, qui soit apte à régner ». — Celui-ci répondit : « Il y a là un
homme riche, de la race des empereurs, un tel !» — Il reprit : « Et qui encore ? »
— Et il dit : « Il y a un autre homme, adonné au jeûne [488] et à la prière, intelli-
1. Littér, : B a cervicibus vestris exiget sanguinem... »
2. Homme de la tribu de ijKs. BH ; UjlP, orthographe préférable.
16 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
gent, du nom de Nicepho[rus] » . — 'Abd el-Malik ' dit ; « C'est celui qui règne ! »
— Et quand Elpidius apprit que Nicephorus régnait, il dit à 'Abd el-Malik :
« Si Nicephorus règne, rejette loin de toi ce vêtement de soie que tu portes,
revêts une armure et prépare-toi à la guerre ». — Tel que l'avait décrit Elpidi[us]
ainsi parut Nicephorus j car dans Tempire des Romains, depuis que les Taiyayè
avaient commencé à régner, personne (ne s'était montré) ' aussi courageux et
aussi brillant que lui à la guerre.
Il envoya une lettre à Haroun ' qui en fut troublé ; et ils se préparèrent à la
guerre. Haroun conduisit ses troupes et envahit le pays des Romains. Nice-
phorus vint avec ses armées. Ils campèrent pendant deux mois, parlant et
écoutant, par des messagers et des lettres, et à la fin ils firent la paix : chacun
s'en retourna dans son pays, et ils s'envoyèrent mutuellement des dons et des
présents; même les armées et les peuples se mélangèrent et firent du com-
merce.
En l'an 1115, l'armée des Romains s'avança en Cilicie et y fit des captif; ils
pillèrent ensuite la région de Mopsueste et d'Anazarbon * ; ils atteignirent les fai-
yayê qui étaient à Tarse et les emmenèrent en captivité. — Quand Haroun apprit
ces choses, en Perse, il fut très irrité; il revint à Callinice, et au mois de nisan
(avril) il s'empara d'Héraclée', Nicephorus s'avança pour lui livrer bataille.
Haroun, en voyant la nombreuse armée des Romains, prit peur et demanda la
paix. Il livra tous les Romains [489] qui étaient dans son empire. Nicephorus
consentit à faire la paix, et Haroun lui fit présent de toutes les tentes sous
lesquelles il résidait, avec leur ornementation*.
En cette année, Haroun bâtit une ville au-dessus de Callinice, et l'appela
Héraclée, à cause d'une femme qu'il avait prise de la famille d'Heraclius. Beau-
coup d'ouvriers furent rassemblés et ils y bâtissaient des édifices élevés. Comme
le peuple était tourmenté par la famine, à cause de la bâtisse de la ville, le roi
ouvrit ses trésors et ordonna de donner largement le salaire, et il fit distribuer
les richesses qu'il avait réunies.
Nicephorus, empereur des Romains, étant tranquille du côté des faiyayé, fit
rebâtir Ancyre et d'autres lieux; car de son temps les faiyayé s'étaient emparés
de Tyane et d'Héraclée''.
Un des écrivains chalcédoniens accuse ce Nicephorus de beaucoup de choses.
Haroun, roi des "Taiyayè, voulant descendre en Perse, ouvrit ses trésors, il
1. Ms. : 'Abdallah; même leçon dans l'Ar. — 2. Lacune d'un mot dans le ms.; suppl, ..(-tl ou
J^l. — 3. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXVII, § ix. — 4. Ms. : Anazarmon ; BH : laipt. — 5. Proba-
blement le m 'HpaxXéw; xâ(7Tpov de Théophanes (ann. 798). — 6. Le rdcit de ces événements est fort
confus et les rôles sont souvent intervertis. La campagne fut désastreuse pour les Romains. Cf. Hist.
du Bas-Emp,, LXVII, § xr, xiv, xv. — 7. Cf. op. cit., et Theoph., ad ann. 797.
LIVRE XII. GHAP. V
17
les traversa, et voulut connaître la quantité de sa richesse. Il se trouva que son
argent surpassait celui qu'avait rassemblé Abou Dja'far de 10.500.000 milliers*
de zouzê. Il se réjouit de sa grande richesse, et fléchit trois fois les genoux
dans chaque chambre en l'honneur de son Dieu.
Gomme il descendait contre un rebelle, il désigna pour lui succéder dans
l'empire, Mohammed, son fils aîné, et après lui Mâmoun, et ensuite Qasim.
Cela fut cause de la perturbation de leur empire. Il fit régner Mohammed à
Bagdad et Qasim en Syrie, et il fit descendre Mâmoun avec lui [490] dans le
Khorasan. Il fit cadeau 'à celui-ci des dix millions d'argent en compensation de
l'empire qu'il avait donné à Mohammed.
Il parvint à Tous, ville du Khorasan, et il y tua le rebelle. Là mourut Haroun
Rasîd lui-même, en l'an 1120, après avoir régné 23 ans^
Nicephorus, empereur des Romains, marcha contre les Bulgares : il fut vic-
torieux et en tua un grand nombre. Il parvint jusqu'à leur capitale, s'en empara
et la dévasta*. Sa sauvagerie alla à ce point qu'il fit apporter leurs petits enfants,
les fit étendre à terre et fit passer dessus des rouleaux à battre le grain.
En cette année 1122, Nicephor[us] fut tué par un Romain =.
Le 23 de hazîran (juin) de cette an-
née^, il y eut un grand tremblement de
terre à Mopsueste : son mur s'écroula
et la plupart de ses maisons furent ren-
versées, ainsi que trois villages de la
région . [487] Le cours du fleuve
Gihon, qui passe a proximité de cette
ville, fut arrêté pendant environ six
heures, et les barques se trouvèrent
sur le sol.
Il y eut aussi des sauterelles en cette
année : elles détruisirent toute espèce
de récoltes dans tout le pays.
A cette époque, il y eut à Rome, une
Le premier motif de la révolte des
Goubbayê fut celui-ci : Bacchus, leur
évêque, qui était aussi celui des Cyr-
rhestiens, se conduisait avec relâche-
ment etfaisaithypocritement'' acception
de personnes [487] dans (l'application
des) lois apostoliques. Après l'avoir
maintes fois réprimandé et excom-
munié, Cyriacus, sur les instances des
évêques, le déposa. Il garda la bles-
sure dans son cœur, et il faisait en
sorte que les prêtres de son pays réci-
tassent continuellement la formule :
panem cselestem, comme pour vexer le
1. Le mot « milliers » est aussi répété dans la vers. ar. ; on voudrait lire « 10.500.000 zouzê ».
— 2. ,1*., — 3. Le 3 djoumadi second, 193 Hég. (23 mars 809). — 4. Je pense que l'auteur fait
allusion à la prétendue victoire que l'empereur fit annoncer à Cple par un mensonge officiel
(Theoph., ann. 801), plutôt qu'aux maigres succès du début de sa dernière campagne dans laquelle
il perdit la vie {ibid., ann. 803), — 5. U avait été l'objet d'une tentative d'assassinat, mais il périt
dans la guerre contre les Bulgares (25 juill. 811), Cf. Hist. du Bas-Emp., LXVII, § xxv, xxx.
6. Probablement 1114 (803). — 7. Suppléer ainsi d'après la vers, ar, : «Ult-«i.l=.
111. 3
18
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
grande sédition. Ils se coalisèrent
contre leur patriarche Adrianus et lui
crevèrent les yeux, mais [pas"]' complè-
tement : parce que celui qui fut chargé
de les lui crever usa de miséricorde';
alors il se retira chez les Francs, car à
cette époque Rome était sous la domi-
nation des Francs.
A cette époque, il y avait' un homme
qui était païen de religion, Qoreisite
d'origine ', et s'appelait Rouhai. Comme
sa maison était voisine de l'église des
chrétiens, constamment, dès qu'il enten-
dait la voix de la prière, il se penchait
dans [l'église"] et, au moment du sacri-
fice divin et mystérieux, il jetait des bou-
lettes de terre sur le prêtre pour le mo-
lester*. Un jour qu'il regardait, selon
son habitude, Dieu, qui connaît toute
chose avant qu'elle n'existe, eut pitié
de lui, et, au lieu du pain et du vin du
sacrifice, il vit un agneau immolé et ta-
ché de sang au milieu de la patène.
Emu par cette vision, il descendit près
du prêtre pour s'assurer de ce qui
avait lieu. Ayant regardé attentivement,
il vit pareillement l'agneau, dépecé en
parties, placé sur la patène et laissant
couler le sang. Le prêtre ne comprit
rien jusqu'à ce qu'il eût appris de cet
homme ce qu^il avait vu. Alors [488] il lui
expliqua les saints mystères. Celui-ci
abandonna sa maison, s'en alla à un mo-
nastère et reçut le baptême. Quand la
patriarche. Quand arriva le moment de
sa mort, il convoqua les prêtres et les
notables de l'endroit et les adjura de ne
jamais retrancher l'expression panem
i;œZesïe/w, de ne jamais recevoir d'évêques
s'ils n'étaient pris dans leur monastère,
et il ajouta : « Rien ne m'afflige, si ce
n'est devoir que ce petit Garaméen ' qui
gouverne le pays l'a divisé en deux prin-
cipautés, et fait disparaître l'expres-
sion panem cselestem. » Or, il parlait
du patriarche Cyriacus.
Après la mort de Bacchus, Xenaias,
son disciple, se rendit près du patriarche
avec d'autres gens de Goubba Barraya,
qui lui offrirent un âne et une besace',
selon l'usage qui a cours dans l'Eglise,
et lui demandèrent de leur ordonner
Xenaias pour évêque. II répondit : « Il
n'est pas juste que ces pays soient déte-
nus comme un héritage par ce couvent.
Nous vous ordonnerons quelqu'un d'un
autre endroit, et quelqu'un de chez vous
pour un autre diocèse ». Voyant qu'il
ne faisait pas leur volonté, ils allèrent
trouver les Cyrrhestiens : ils agitèrent
le pays et disposèrent les laïcs à la ré-
volte. Ceux-ci, à cause de leur orgueil et
de l'opulence de leurs richesses, firent
facilement la volonté des moines ; ils
décidèrent de ne pas recevoir un évêque
sinon du monastère de Goubba Barraya,
et de ne pas permettre [488] que leur
pays fût divisé en deux.
1. La négation omise par un copiste est requise par le contexte. — 2. Ce traitement fut infligé
au pape Léon (III), à l'instigation des parents d'Adrien son prédécesseur (772-795), Cf. Tbeoph,,
anu. 789. ^ 3. A Mabboug. — 4. Bar Ilébr. l'appelle traître, ou apostat. — 5. Lacune d'un mot
dans le nis. — 6. Lire : iiOii«î^».
7. C.-à.-d. originaire du Beit Garmai. — 8. Bar Hébr. ajoute : « et une verge ».
LIVRE XII. CHAP. V
19
nouvelle en parvint au roi Haroun, il le
fit venir et le questionna. Celui-ci fit
courageusement connaître et proclama
la vision qu'il avait reçue de Dieu, et
(déclara) qu'il n'abandonnerait pas le
christianisme m6me si on l'accablait de
tortures. On le chargea de chaînes, et
il fut emprisonné pendant deux ans.
Après qu'on lui eut fait subir des tour-
ments, Haroun le fit appeler de nouveau
et lui promit de grands honneurs s'il
voulait renier le Christ. Il n'y consentit
point. Sur l'ordre du roi, on lui coupa
la tête avec le glaive, et on la mit sur un
piquet sur le mur de Rafiqah. Tout le
monde put voir une lumière, venant du
ciel, qui reposait sur elle. Alors, un
chrétien l'enleva pendant la nuit et
l'emporta en Perse, dans sa ville.
A cette époque, il y eut des sauterelles
pendant trois ans : elles déposèrent
leurs œufs et se reproduisirent, Elles
ravagèrent tous les pays de Mésopota-
mie ; une grande famine sévit, et des
calamités furent causées, plus encore
que par la famine^ par les impôts et les
tributs, et par la rareté de l'argent qui
avait été réuni dans le trésor royal.
En l'an 1119, la famine s'aggrava da-
vantage, et Dieu envoya des bêtes qui
arrachaient les morts des tombeaux elles
dévoraient. Elles s'attaquaient même aux
vivants, et quand des femmes ou des en-
fants sortaient, afin de cueillir de l'herbe
pour manger, ces bêtes les attaquaient,
les dévoraient et les faisaient périr.
A propos de la construction du coû-
Cyriacusleur écrivit un avertissement
et une admonition pour qu'ils crai-
gnissent Dieu et reçussent celui qu'il
envoyait. Mais ils ne le reçurent
point; ils répondirent, dans leur obsti-
nation, ces gens dont les Ecritures
disent» qu'ils sont rassasiés de pain' » :
« Nous ne recevrons personne à moins
que tu ordonnes Xenaias ; sinon, nous ne
voulons point d'évêque. » Outre que le
patriarche était d'un tempérament ar-
dent et voulait accomplir sa volonté,
Jean d'Alep et Theodosius de Séleucie
l'engagaient à ne pas céder etl'excitaient
à leur ordonner un évêque promptement
et malgré eux. Et en vérité, je dois dire
qu'il y eut ici une erreur et une faute qui
ne convenait point à la prudence de ces
vénérables (évêques). Quand il leur eut
ordonné Salomon, moine du monastère
de Mar Jacques de Cyrrhus, le mal s"en-
llamma davantage. Personne ne re-
çut l'évêque, excepté à Goubrîn et Tar-
mana'; et les Cyrrhestiens firent cesser
chez eux la proclamation' du patriarche.
Tous les rebelles et les évêques qui
avaient été déposés de l'épiscopat se
réunirent et allèrent trouver Haroun,
roi des "Taiyayê, dans la prairie de Da-
beq, au moment où il se disposait à en-
vahir le pays des Romains. Ils lui écri-
virent une supplique* inique, ainsi
conçue : « Nous faisons savoir à l'émir
protégé (de Dieu), que ce Cyriacus, qui
s'intitule patriarche, a été établi notre
chef sans notre consentement; il a un
diplôme, et nous opprime par de lourdes
exactions; il est l'ennemi du roi et
1, Cf. Prov., XXX, 22 ; Jérém,, xliv, 17. — • 2. Je crois qu'il faut lire Visoit, bien que l'Ar. porte
comme notre ms. ^p^saH, Trmîzd. — 3. Ils effacèrent son nom des diptyques. — 4. ôvaspopa.
20
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
cent de Mar Hanania. — En l'an 1104,
le patriarche Cyriacus ordonna évêque
[489] de Mardê et Kephar Touta un
homme nommé Hanania, du monastère
de Mar Mattai situé dans le mont
Elpheph, c'est-à-dire « des Milliers «
de cénobites et de moines qui se trou-
vaient dans la montagne.
Dans la chronique composée par un
nestorien du nom de Denahîsô', dans
ses histoires ecclésiastiques, au X" livre,
chapitre xvii°, il parle ainsi de Hanania,
évêque des Sévériens, qui fonda à cette
époque un couvent dans la montagne de
Mardê :
« L'évêque jacobite de Mardê et de
Kephar Touta, dans le pays de Djézireh,
s'appelait Hanania.. Il était riche et
abondamment pourvu des biens du
monde. Il possédait l'amour des étran-
gers. II était du monastère de Mar Mat-
tai, qui est sur le mont Elpheph. Il
trouva, dans le voisinage de Mardê, une
forteresse bâtie en pierres de taille du
temps des Romains. Il l'acheta et en
fit un couvent ; il y planta des vignes et
des oliviers. Il donna de l'or en quantité
aux gouverneurs, et fit taire par sa sa-
gesse la colère de ses détracteurs. Il
éleva en cet endroit une église et un
autel ; il réunit de nombreux moines,
dont il prit très grand soin sous tous
rapports. Il ne fit point cela pour la
gloire mensongère mais en vue de la
récompense d'en haut. Ce monastère a
été appelé jusqu'à ce jour (monastère)
de Mar IjLanania, qui est dans la mon-
tagne de Mardê ». — Fin.
de tous les musulmans. Il se bâtit des
églises dans le pays des Romains; il
fait passer des lettres aux Romains, et
il ne consent pas à demeurer dans le
lieu où tu es : mais quand tu viens en
Orient, il s'en va en Occident. » Quand
la lettre eut été lue, un édit parut, or-
donnant de détruire les églises de la
région de Tagra, et toute église nou-
velle; et le roi envoya chercher Cyria-
cus, pour qu'on l'amenât ignominieuse-
ment.
Mais le Seigneur eut pitié et ne per-
mit pas que le saint patriarche fût mal-
mené par les mains des impies. Theo-
dosius de Séleucie se rendit sur une
monture rapide à Callinice et dirigea
le patriarche et les évêques par une
autre route ; et ils arrivèrent à Goubrîn.
Quand le roi sortit de Iladeth pour
venir à Goubrîn, le patriarche vint à sa
rencontre à côté de la route. Quand il
lui souhaita du bien, on fit connaître
au roi que c'était le patriarche dont il
avait confié l'affaire à Isma'îl fils de
Çalih', son secrétaire, qui connaissait le
patriarche et l'aimait, afin qu'il fît une
enquête sur les accusations que les
moines avaient portées contre lui.
Quand le patriarche entra avec les
moines et les évêques de son parti, la
troupe de Caïphe arriva. Outre plusieurs
choses, ils attestaieat même que le pa-
triarche avait tué un évêque et ils l'inju-
riaient, l'outrageaient, le méprisaient.
Quand Isma'îl connut leur perversité, il
ordonna de les chasser.
A propos de Siméon, du monastère
1. De même chez Bar Hébr. ; dans VHist. saracenica, trad., p. 155 : Isma'il ibn Sabih.
LIVRE XII. GHAP. VI 21
de Goubba Barraya, qui était devenu évêque des Arabes et qui avait été tué, tandis
qu'il circulait avec ses disciples, par une troupe de brigands qui tomba sur eux, ils
disaient que le patriarche avait payé les Taiyayê qui les massacrèrent.
Bar Matar, qui avait été envoyé pour dévaster [490] les églises, commit des choses
horribles non seulement à Tagra, mais encore dans les villages (du district) d'Antioche
et à Jérusalem. Il démolit des églises anciennes, et notre église à Jérusalem. Il en re-
tira un grand profit. Tout le monde maudissait les Goubbayê qui furent la cause de
cette ruine.
Ces choses arrivèrent en l'an 1118. Le patriarche s'en alla habiter dans son cou-
vent qui était situé à Callinice.
CHAPITRE [VI]. — De la division qui eut lieu dans le royaume des Taiyayê
après la mari de Haroun, et de la division qui eut lieu à la même époque dans
l'empire des Romains, après la mort de Nicephorus. De la division qui s'éleva
au sujet du patriarche Cyriacus.
Quand Haroun Rasîd mourut, la construction de la ville d'HéracIée cessa. Son
fils, Mohammed, surnommé Amîn, commença à régner, et fit transporter, de
Callinice à Bagdad, les trésors de son père; et aussi l'argent de Mâmoun, et sa
famille', parce que Mâmoun régnait dans le Khorasan. Mohammed tomba dans la
débauche et l'intempérance, et négligea les affaires de l'empire. Mais Mâmoun,
qui était très instruit dans le Livre et la Loi, se conduisait très bien.
En l'an 1121' Mohammed et Mâmoun commencèrent à se combattre mutuelle-
ment. Le commencement du mal vint de Mohammed qui voulut annuler le tes-
tament de son père et faire régner son fils après soi, au lieu de son frère. Il ne
donna pas non plus à son frère l'argent que son père lui avait attribué ; mais il
s'attira toute l'antipathie de son frère. Ensuite, il l'envoya chercher astucieuse-
ment afin de s'emparer de lui; mais celui-ci, connaissant [491] son astuce, ne
vint point. Après cela, ils en vinrent à se faire la guerre l'un l'autre.
Alors, beaucoup de rebelles parurent dans leurs pays. Un certain 'Amrou''
qui était emprisonné à Callinice, à cause d'un meurtre' qu'il avait commis à
Samosate, ayant obtenu un cheval et un glaive, tua le gardien et ceux qui étaient
présents, coupa les chaînes de sa prison, monta sur le cheval, et s'enfuit à Samo-
sate où il massacra l'émir qui l'avait fait emprisonner ; il pilla les marchands et,
partant avec ceux qui s'étaient attachés à lui, il s'en alla en Palestine, où ils se
mirent à brigander, à tuer et à piller. Quand Mohammed envoya Soleiman'^ à
1. o,I.a*)|lo (BH). ~ 2. Ms. : 1021 ; lire : \ss>\. — 3. BH : ;-^. — 4. BH ; « de meurtres ». —
5, Soleiman ibn Mansour; cf. Gesch. der Chai., II, 187.
22 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Émèse, à Damas et dans la région de Palestine, 'Amrou se présenta à sa ren-
contre et détruisit sa troupe; Soleiman revint à Bagdad couvert de honte.
Alors, le rebelle Naçr', qui était en Arménie, ayant entendu parler de 'Amrou,
vint se joindre à lui, et ils se mirent à ruiner le monde.
Mohammed donna des présents à ses soldats et mit à leur tête "Alî', et les
envoya combattre son frère Mâmoun. Mâmoun envoya ses troupes avec Hartama'
et Tahîr' contre les troupes de son frère Mohammed. Tahîr arriva le premier,
avec quatre mille hommes, et rencontra 'Alî qui en avait trente mille avec
lui. 'Alî fut vaincu et prit la fuite ; ses troupes furent massacrées. Beaucoup de
ses soldats se noyèrent dans le fleuve du Balik, à côté duquel eut lieu la
bataille. Les troupes de Tahîr prirent beaucoup d'or, d'argent et de vêtements".
Naçr, le rebelle, passa dans le Djézireh. Il y fit des captifs et du butin. L'émir
du Djézireh, Khormîza' (?) vint à sa rencontre, frappa et massacra sa troupe;
et Naçr s'enfuit.
Mais quand Mohammed apprit que ses troupes avaient été vaincues, il fut
pris de crainte, et appela près de lui l'émir du Djézireh, Khormîza (?). Celui-ci s'y
rendit. Naçr et 'Amrou, les rebelles, l'apprirent, ils se réunirent et passè-
rent dans le Djézireh ; et, sans pitié, ils massacrèrent, pillèrent, outragèrent
les femmes mariées, les vierges et les enfants. Ils recueillirent les richesses de
ces pays ^ [492] et vinrent à Harran et à Édesse ; ils brûlèrent les villages^ les
églises et les monastères.
Quand leur troupe* arriva à Haran et pendant qu'ils en faisaient le siège,
les Taiyayè d'Édesse, ennemis des chrétiens, écrivirent à Naçr et 'Amrou que si
on envoyait quelqu'un pour détruire le ciborium de l'église des chrétiens, ceux-
ci donneraient tout leur or pour sauver leur église. Et comme le mur d'Édesse
n'avait pas été rebâti, depuis qu'il avait été démoli par Abou Dja'far : les Édes-
séniens craignirent beaucoup, parce qu'il n'y avait personne qui pût les sauver.
Alors, laissant de côté tous les efforts, ils tournèrent leurs regards vers celui
qui habite dans les cieux ; ils décrétèrent un jeûne, et se tinrent en prières.
Alors, le Seigneur « qui est proche et exauce quiconque l'invoque en vérité' »,
inspira à Yahya" fils de Sa'îd, d'aller trouver Naçr et 'Amrou, les rebelles.
Il leur conseilla de s'éloigner". Ceux-ci acceptèrent le conseil de ce vieillard ;
car le Seigneur le voulut (ainsi). Les Édesséniens donnèrent cinq mille zouzê
pour leur délivrance.
Ces choses arrivèrent en Tan 1123.
1. Naçr ibn àebet. — 2. 'Alî ibn Isa. — 3. Hartama ibn Ayan. — 4. Tahîr ibn Hosein. 5. Cf.
Gesch. der Chai., II, 182. — f!. Plus bas : iM^iias^ mais l'Ar. a U^ioiaa dans les deux passages.
7. UoUI ^. — 8. Lire : IL- (vers. ar. : ;:LDa:>^). _ 9. Cf. Ps. cxliv, 18. — 10. Lire : U»»-; BH :
ov.»^*. — 11. BH : ^a-4)ji.
LIVRE XII. CHAP. VI
23
En cette année', les mois d'hiver fu-
rent très tempérés, il y eut une pluie
modérée, et en tous lieux les semen-
ces et les récoltes de toute sorte se
développèrent. A la fin du mois de
kanoun ii (janv.), le vent du nord souf-
fla pendant huit jours, et tout fut des-
séché comme par le feu; il n^y eut abso-
lument rien cette année-là, ni céréales,
ni vendange, ni fruits, principalement
en Assyrie et en Mésopotamie.
A cette époque eut lieu la dévastation
du monastère' de Qennésrîn, de cette
manière : un nommé Rabîa', des affidés
de Naçr ', de Gisra sur l'Euphrate, leva
le drapeau* (de la rébellion) et des com-
pagnons se joignirent à lui. Il vint au
monastère de Qennésrin : et comme il
ne se trouva personne pour lui donner
quelque chose pour sa rançon, il per-
mit à ses compagnons de le piller et de
l'incendier, avec sa magnifique église
qui n'avait pas sa pareille. Ils brûlèrent
aussi l'église de Papôtre Thomas, située
au-dessus, dans le rocher, ainsi que
toute la forteresse. |^49i] Ensuite, les
Goubbayè qui étaient dans son voisi-
nage se rassemblèrent, enlevèrent les
bois et les portes et achevèrent de dé-
truire complètement le monastère. Ce
couvent fut le premier brûlé dans l'em-
pire des Taiyayè.
Alorsdanstout l'Occident, en Egypte,
en Afrique, parurent des rebelles et des
chefs de brigands ; les biens des chré-
tiens furent pris par les Yamanayê, les
Le patriarche Cyriacus voyant que
l'évèque qu'il avait ordonné pour les
Cyrrhestiens n'était pas accepté réunit
trente évêques et s'en alla à Goubrîn.Ils
écrivirent des lettres invitant à la paix,
et envoyèrent quatre évêques au village
de Halîph^, où les moines de Goubba
Barraya étaient assemblés. Ceux-ci sor-
tirent contre les évêques, semblables à
des loups arabes, avec des injures et à
coups de pierres; les évêques purent à
peine leur échapper. Le patriarche,
voyant leur malice, alla trouver l'émir du
lieu ; celui-ci fit rassembler ces moines
perturbateurs, et le patriarche en en-
ferma quarante dans le couvent. Alors
quelques-uns des notables Cyrrhestiens
s'assemblèrent, vinrent trouver le pa-
triarche, reçurent sa bénédiction, et
promirent que les moines feraient la
paix, pourvu toutefois qu'on laissât
sortir ceux qui étaient emprisonnés. Le
patriarche fit sur eux la prière d'absolu-
tion et les congédia avec les moines.
Quand ils furent de retour dans leurs
villages, ils renièrent leurs promesses, fu-
rent travaillés par Satan, et se rangèrent
[491] à l'avis deMattai deKephar Touta.
Ils méprisèrent les lois de l'Eglise, et
par l'intermédiaire de Job, qui avait été
déposé, et de Jean de Kôkta, qui avait
été chassé par le patriarche Georgius,
ils osèrent faire deux évêques : Gabriel
de Goubba Barraya pour Goulia, et
Theophanes ', du monastère d'Eusebo-
na, pour Koumît, village des Tanoukayê.
1. Yraisemblablemeut 1121 (810). — 2. Ms. : « des moines n. — 3. J'interprète ainsi le mot
« iiaçraya ». — 4. pàvSov.
5. Même leçon dans la vers. ar. ; le lieu parait être celui que Bar Hébr. appelle >ii2 ou ^^*. {Clir.
eoel., I, 339). — 6. ^'îol^'^o.
24 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
'Aqoulayê, les Gannawayê (?), les Solei- Quand les évêques qui étaient à Gou-
manayê, qui causaient en tous lieux la brîn apprirent cela, ils demandèrent à
ruine des chrétiens. l'émir d'envoyer de tous côtés et de
faire amener quiconque s'était trouvé
dans cette assemblée. Jean de Kôkta fut pris avec quelques moines.
Malgré les avertissements des évêques, ils ne se tinrent pas tranquilles, mais ils
pevsévérèïent dans leur audace contve le palriarche. Ils lui faisaient même entendre
des paroles odieuses et impies. Alors ils les excommunièrent, tandis que Philoxenus
de Nisibe, qui devait se joindre h eux quelque temps après, lacérait leurs insignes ' (?) .
Exemplaire de V excommunication des Goubbayê. — Au nom de notre Seigneur,
Dieu et Sauveur Jésus-Christ; le saint synode s'est réuni en l'an 1119, à Goubrîn,
place forte des Cyrrhestiens, à propos des affaires survenues dans l'Eglise; et, tandis
que nous étions occupés à les traiter selon la loi de l'Eglise, des hommes coupables,
criminels et pernicieux se sont tout à coup élevés contre Dieu et sa sainte Eglise et
ont laissé paraître leurs honteuses passions. L'impur Job, autrefois évêque de
Mopsueste, qui avait été auparavant convaincu de meurtre et d'ivrognerie, s'en alla,
accepta d'être collecteur de l'impôt'; il opprima son diocèse par l'exaction; il foula
aux pieds les ordres du patriarche, et tourna en dérision les saints mystères; — et
avec lui Jean, de Kôkta, ce séducteur dont la résidence n'est pas connue et qui ne doit
pas être compté parmi les évêques; ils tinrent ensemble un conseil impie, comme
Dathan et Abîram qui s'élevèrent contre Moïse', ils s'insurgèrent comme ceux-ci
contre le souverain pontificat et contre le saint synode de Goubrîn; ils amenèrent des
hommes pervers : Gabriel, Theodotus et Theophanes, et les ordonnèrent évêques,
[492] comme une assemblée d'hommes souillés. Dès lors^ notre synode, avec le sou-
verain prêtre Jésus-Christ et la phalange des Apôtres, a prononcé la déposition de
Job, de Jean, de Gabriel, de Theodotus, de Xenaias, de Mattai, de Siméon, de Theo-
phanes ; et il a défini, par la parole vivante de Dieu devant laquelle tremblent les
armées des ténèbres et toute créature, que Dieu ne les reconnaît pas parmi les évoques
ou les prêtres ni au nombre des chrétiens, mais qu'ils sont excommuniés et que
personne ne peut les recevoir sans être condamné. >>
« Cyriacus, par la miséricorde de Dieu, patriarche du siège apostolique d'Antioche,
j'ai prononcé la déposition de tel et tel » — ceux qui sont indiqués. Jean de Germa-
nicia, Lazarus d'Aurim, et les autres évêques signèrent de même.
Après que le synode se fut séparé, Abraham, moine de Qartamîn, vint trouver le
patriarcbe an monastère du Pilier, sollicita sa prière et demanda le pardon pouv
son frère Siméon de Goubba Barraya. Il blâmait et réprimandait son frère qu'il vou-
1. Le seus du mot la* est incertain ; il se dit d'une chose qui peut être déchirée et recousue ; et.
Thés, syr., col. 4021. — 2. Le mot l^.^û■= se retrouve encore plus bas (texte, p. 516, 1. 4) avec le
seus d'impôt; l'ar. traduit, ici et là, («■•>^ « capitation », ce qui parait justilié par le contexte, —
3. Cf. Num., XVI.
LIVRE XII. CHAP. VII 25
lait aller réprimer' et amener près du patriarche. Celui-ci lui promit (le pardon), le
munit du viatique de la prière et le laissa partir. Comme il s'y rendait, il rencontra
Matlai de Kephar Touta ; par les flatteries et la philanthropie Abraham oublia ses
promesses et se joignit au rebelle. Ces évèques, qui avaient été déposés deux fois,
■se réunirent et le firent honteusement leur patriarche; dès lors leur secte fut
affermie, et ils devinrent une épine pour l'Eglise. Ce misérable commença par créer
de prétendus évêques, sans diocèse, qui circulaient et disaient : « Nous com-
battons en faveur de l'expression joa/zem cœlestem », et qui appelaient le patriarche
« un hérétique uni aux Julianistes ». Ils scandalisaient^ les fidèles, car la formule
panem cœlestem avait coutume d'être récitée dans les églises de Syrie, de Mésopo-
tamie et d'Assyrie. Ils circulèrent (dans ces régions), mais ils se rendirent aussi à
Alexandrie et en Egypte, et s'efforcèrent d'exciter un schisme entre Marcus et Cy-
riacus. Quand Cyriacus en eut connaissance^ il envoya une lettre au pape Marcus
«t lui fit connaître toute l'affaire'. Quand Marcus l'eut apprise, il ordonna de chasser
ces moines, rassembla les évêques et anathématisa Abraham, ceux qui l'avaient
ordonné, et tous les Goubbayê.
CHAPITRE [VII]. — Sur Vépoque des guerres civiles des Taiyayê, et des
rebelles. Du meurtre de deux empereurs des Romains. De la reconstruction des
murs d'Édesse, de Kaisoum et de Samosate. De la lutte et de la résistance contre
le patriarche Cyriacus, qui furent continuées par les rebelles excommuniés.
A celte époque, en l'an 1124, plusieurs rebelles, à l'exemple de 'Amr' et de
Naçr, parurent dans l'empire des Taiyayê. — Naçr et "Amr montèrent à Tar-
se kyana°, à Beît Zabîrajê, à Bâmarayê, à "Tispha"^, pillant et incendiant. Ils par-
vinrent au village de Hadik' et trouvèrent dans un petit couvent, situé hors de
^e village, un bienheureux reclus auquel ils demandèrent tout ce qu'il avait.
Celui-ci leur jeta [493] tout ce qui lui appartenait et ce qui appartenait à
d'autres. Alors, ils mirent le feu et firent brûler le reclus et sa cellule.
'Amr alla à Samosate et rebâtit la forteresse où il se fixa. Naçr alla à Saroug
^t la fit sa tributaire. Toutes les fois qu'il montait à cheval, il appelait à haute
voix une troupe d'hommes qui se réunissaient près de lui.
Et tandis que ces choses et des choses semblables se passaient dans l'empire
des Taiyayê, il en était de même dans l'empire des Romains.
A cette époque, après que Stauraci[us], fils de Nicephorus, eut régné cinq
1. Littér. : « souffleter ». — 2. ^^a». — 3. Cette lettre est conservée en arabe (Assemani, Bibl.
■or., II, 117).
4. Ainsi dans notre ms. (au lieu de 'Amrou) et dans BH. — 5. BH ; li»aa6;:g^ (et de même dans
Ja vers. ar.}. — 6, Omis dans BH. — 7. Même leçon dans la vers. ar. ; BH : ».,-,
III. 4
26 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
mois, les Bulgares vinrent à la ville impériale, pour lui faire la guerre. Quand
ils livrèrent bataille, l'empereur fut blessé à la cuisse, la plaie s'enfl amma et
quand elle s'ouvrit, il mourut'. Quelques-uns disent que sa sœur Procopia, fille
de Nicephorus, l'empoisonna, pour faire régner son mari, Michel', qui régna
en effet. Les Bulgares vinrent aussi contre ce dernier jusqu'à la ville impériale,
et l'empereur Michel ne s'avança point contre eux à la guerre; alors, le patrice
Léon fut pris de zèle ' ; il sortit combattre les Bulgares, les vainquit et tua leur
roi. Alors, les Romains déposèrent' Michel et firent régner sur eux Léon\
Quand Léon commença à régner, il expulsa Michel du palais, lui fit raser la
tête, l'enferma dans un couvent, et fit mutiler^ ses fils.
Léon fit la paix avec les Bulgares, en leur abandonnant le marais pour lequel
ils combattaient. Ce Léon était d'Armeniacos\ Il régna sept ans et demi; en-
suite, il fut mis à mort par un autre Michel ' qui régna après lui.
Mohammed, roi des faiyayê, en apprenant les choses lamentables accomplies
en Mésopotamie et en Occident par les rebelles, envoya Hosein', et fit sortir
'Abd el-Malik*" de prison, pour marcher contre eux. A cette nouvelle, les
rebelles se modérèrent un peu. 'Abd el-Malik agit en homme intelligent; il
fit inviter les rebelles à la paix : mais il avait d'autres desseins. Il ordonna aux
forgerons de faire une quantité de chaînes*' de fer pour les jeter dans les
liens et les envoyer à Bagdad. Tandis que des propositions de paix s'échan-
geaient entre 'Abd el-Malik et Naçr et 'Amr*^ un Taiyayê étant venu à passer
par Callinice, un Persan le vit, et reconnut que le cheval qu'il montait
[494] était celui de son père qui avait été tué par les Taiyayê à Saroug. Pour ce
motif, les Persans se réunirent et engagèrent le combat avec les "Taiyayê ; et il
y eut parmi eux un grand carnage. Alors, les rebelles 'Amr et Naçr, mirent le
feu au faubourg entre Rafiqâ et Callinice, et incendièrent le monastère de la
Colonne; puis ils prirent la fuite.
En voyant ces choses, Hosein partit pour Bagdad, se plaindre de 'Abd el-
Malik ; mais 'Abd el-Malik mourut subitement à Callinice.
En l'an 1123, le 14 de 'iyar, il y eut une éclipse totale de soleil, depuis laneu-
vième jusqu'à la onzième heure, et l'obscurité fut aussi profonde que la nuit ;
on vit les étoiles, et les gens allumèrent les flambeaux. Le soleil reparut ensuite
pendant environ une heure.
1. 11 avait été blessé dans la bataille où son père perdit la vie; cf. Hist. du Bas-Emp,, LXVII^
§ XXXI, xxxviir. — 2. Michel Rhangabê ; cf. op. cit., § xxxiv. — 3. Lire : \u^ ^\ (BH). — 4. oj*. —
5. Léon V l'Arménien. La victoire de Léon sur les Bulgares est postérieure à son avènement au trône ;
Cf. Hist. du Bas-Emp., LXVII, § ii ; LXVIII, § vu, vni. — 6. Les fît eunuques ; cf. op. cit., LXVII,
S Lv. — 7. Il était arménien d'origine, et avait commandé le thème des Arméniaques. Cf. op. cit.,
t. XII, p. 405, n. 4. — 8. Michel II, le Bègue; cf. op. cit., LXVIII, j xxiv-xxvi. — 9. Hosein ibn
"Alî ibn Isa. — 10. 'Abd el-Malik ibn Salih. — 11. Sens d'après l'Ar. : ^oollao. — 12. Ms. : « Omar »
LIVRE XII. CHAP. VII 27
Quand les rebelles apprirent que 'Abd el-Malik était mort, ils partirent de
nouveau faire des captifs, piller et s'emparer des pays. Alors 'Amr fit rebâtir le
mur de Samosate par une armée de pauvres chrétiens. Abou Sok Gannawaya'
rebâtit le mur d'Édesse avec l'argent qu'il perçut sur les Edesseniens ; il ras-
sembla les Gannawayê qui étaient à Tiépha, et les fit habiter à Edesse avec les
chrétiens, dans les maisons de ceux-ci. Naçr s'empara de Rés-Kêphâ, de Saroug,
de Kaisoum ; et il fit bâtir trois murs autour de Kaisoum.
La reconstruction des murs d'Édesse, de Samosate et de Kaisoum, du temps
des Taiyayê, eut lieu en l'an 1125 des Grecs, et bientôt après les murs^ de
Samosate et de Kaisoum furent détruits '.
Alors, 'Abdallah fils de Hisam', occupa Harran, et après lui Ibrahim. 'Amr'
s'empara de Telia; Habib' de Rés'ayna ; 'Abdallah s'empara de Mardè, et 'Abbas
de Cyrrhus. 'Othman régna sur Qennésrîn, Antioche et Apamée. Tâbît' qui
avait reçu le gouvernement de la Cilicie de Mohammed, établit des portes aux
défilés', et y constitua des gardes, de sorte que le pays de Cilicie devint un
port de salut pour tous ceux qui étaient persécutés et misérables.
Ensuite, le roi Mohammed envoya 'Abdallah' comme émir dans le Djézireh;
«t les rebelles s'allièrent pour le combattre. Celui-ci agit avec eux en prévari-
cateur; il les renvoya en paix, et les laissa chacun dans le pays dont il s'était
emparé. Il ouvrit les trésors du roi [49S] qui étaient à Rafiqa et en prit pour lui-
même les richesses.
Après cela, les rebelles se coalisèrent de nouveau contre Harran, et l'atta-
quèrent pour s'en emparer et la piller; mais ils ne purent (la prendre), et ils
s'en retournèrent.
Hosein étant descendu à Bagdad et s'étant mis à se plaindre de 'Abd el-
Malik, ses paroles ne furent pas écoutées : il commença à songer à la révolte.
Après que les Goubbayê eurent été déposés et chassés de l'Eglise avec Abraham,
qu ils avaient ordonné patriarche, il y eut une nouvelle opposition contre le patriarche
Cyriacus de la part des Tagrilains. Ces Tagritains s'étaient plaints plusieurs fois de
Siméon, leur métropolitain, et le patriarche n'avait pas accueilli leurs paroles, soit
qu'il [ne] voulût pas [493] noircir l'honneur d'un siège comme celui-là, ainsi que
quelques-uns l'ont pensé, soit qu'il fit acception de personne à l'égard de Siméon
parce que celui-ci était son disciple, comme l'ont dit ceux qui se posaient en adver-
saires du patriarche et le méprisaient, car il le leur avait ordonné malgré eux, par ruse.
1. Sic ms, et ar. ; BH : '^ <i=', var. >»»*. — 2. Lire : l?a*. — 3. Cette plirase est écrite à l'encre
rouge dans le ms. — 4. Ms. et BH : Haèîm; cf. t. II, p. 490 n. 1. — 5. BH ;>ai. ; ms. : 'Omar. —
6. BH : cuscu., Hobeih. — 7. 0sêi6 (Theoph.) Tabit ibn Naçr ibn Mallk; cf. Hisl. du Bas-Emp.,
t. XII, p. 462, n. 1. - 8. xlsidoOpai. — 9. Probablement 'Abdallah ibn Homeid.
28 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Après qu'il eut été vivement pressé par les Tagritains^ le patriarche dit à Siniéon
de s'éloigner d'eux et de venir à son couvent, jusqu'à ce qu'ils fussent pacifiés. Mais
quand il lui donna cet ordre, (Siméon) ne sorlit pas, et s'insurgea contre son maître ;
celui-ci se disposa à l'excommunier. A peine alors consentit-il à partir. Les fidèles
liirenl troublés et divisés en deux partis : les uns blâmaient Siméon et le patriarche,
son maître, à cause de lui; les autres louaient Siméon, et blâmaient le patriarche de
l'avoir fait partir : de sorte que le patriarche était méprisé des deux côtés. — Le mal
s'étant développé, cinq évêques vinrent trouver le patriarche, afin qu'il réunît un
synode pour examiner l'affaire. Quand le synode fut assemblé, les Tagrltalns s'y ren-
dirent, amis et ennemis, et ils portèrent contre Siméon des accusations infâmes dont
j'omets de conserver le souvenir aux générations futures. Les Tagritains en vinrent
jusqu'aux coups et aux meurtres. Les preuves ayant été apportées, tous les évêquesv
furent scandalisés a cause de Siméon : mais le patriarche ne permettait pas qu'il fût
déposé.
Il y eut aussi des troubles à propos de Theodosius, qu'il avait ordonné pour Edesse.
Il avait quitté cette ville et était venu près du patriarche pour soutenir Siméon : mais
son aide ne fut d'aucune utilité. Quand ils virent que rien ne pouvait lui être utile,
sur leur conseil, Siméon se retira dans son monastère et fit un libelle d'abdication .
Pareillement, Philoxenus de Nislbe fut accusé, et le synode ne l'admit pas dans
son sein, et il lui arriva la même chose qu'à Siméon dont il avait cherché à amener
la déposition.
Ensuite, le patriarche revenait avec Theodosius, en vue de le réconcilier avec les
Edessénlens. Ils étaient parvenus ensemble à Callinice, quand les Taiyayê vinrent
assiéger cette ville, et ils furent réduits à une grande famine'. Après être sortis de
là, ils se rendirent à Edesse, et le patriarche fit la paix entre les Edessénlens et
Theodosius.
Le patriarche s'occupa ensuite de faire la paix entre Siméon et les Orientaux. Il
persuada à Siméon de visiter [494] les évêques qui l'avaient rejeté et d'obtenir
d'eux l'assurance que, s'il lui était possible de se réconcilier avec ses diocésains, ils ne
blâmeraient point son retour. Après en avoir séduit plusieurs et avoir obtenu leur
signature, 11 vint près du patriarche qui le prit avec lui pour aller le rétablir sur son
siège. Siméon partit le premier, et le patriarche alla après lui jusqu'à Circesium, Là,
il reçut un messager qui lui annonça la mort de Siméon. Le patriarche et les Orien-
taux furent soulagés. Quant aux choses que les gens de son monastère disaient lui
être arrivées au moment de sa mort, je m'abstiens, pour la sainte religion, d'en consi-
gner le souvenir dans un livre.
Le patriarche Cyriacus descendit à Tagrit et il y ordonna Baslli[us], de la ville de
13alad, qui était occupé dans les jugements séculiers et était même au tribunal* et
1. Cf. ci dessous, p. 30. — 2. Lire : (-«J-^Mja»? = Sixauriipiov; cf. texte, p. 507, 1. 3,
LIVRE XII. CHAP. VIII 29
dans la perception des douanes. Le patriarche pensait qu'un tel homme pourrait
résister et obvier aux agissements des Orientaux, et pour ce motif il l'ordonna.
Après que le siège de l'Orientent été séparé de celui d'Anlioche,h cause du meurtre
de Babai (Baboui'), il demeura quelque temps sans direction, Jusqu'à l'époque de
Garmai', qui fut ordonné pour Atôr et Ninive, par Christophorus, (patriarche) des
Arméniens, qui lui donna le pouvoir d'ordonner des évêques, comme autrefois le
catholicos du Beit Parsayê. Lorsque les Orientaux se réunirent au siège d'Antioche,
du temps du patriarche Athanasius et de Christophorus, métropolitain d'Atôr, le
patriarche Mar Athanasius confirma Chistophorus métropolitain d'Atôr, mais il
ordonna pour Tagrit Marouta, auquel il donna la préséance sur Christophorus,
métropolitain d'Atôr. Ainsi allaient les affaires de leur contrée : le métropolitain de
Tagrit dirigeait toutes les affaires épiscopales, et celui de Mossoul avait seulement
le titre de métropolitain.
Ce Basili[us] avait la maladie de l'orgueil; il suscita des difficultés aux gens de
Mossoul parce qu'ils proclamaient métropolitain Daniel, leur évêque, selon la coutume .
Dès lors, les moines de Mar Mattai et tous les évêques fsortis) de ce couvent s'insur-
gèrent contre Basili[us], et en même temps contre le patriarche, parce qu'il le soute-
nait et cherchait à supprimer l'honneur de leur couvent. Mossoul fut divisée en
deux partis : les uns soutenaient les Matthéens et Daniel, les autres les démolissaient ,
avançaient d'odieuses accusations contre Daniel et demandaient que sa cause fût
examinée. Il en résulta [49o] qu'ils se déchirèrent mutuellement, furent emprisonnés
par le prince et condamnés à l'amende. Le patriarche Cyriacus anathématisa les
Matthéens et leurs évêques, et les Matthéens avec leurs évêques (sortis) du couvent
eurent l'audace d'anathématiser le patriarche et Basili[us]. — Ce récit est terminé
ainsi que celui qui le précède.
CHAPITRE [VIII]. — De l'époque des rebelles qui se multiplièrent dans V empire
des Taiyayê; du meurtre du roi Mohammed ; du meurtre de Léon, empereur des
Romains. De la résistance contrele patriarche Cyriacus, et de la mort de celui-
ci, qui survint ci cette époque. Delà secte qui prit naissance, à Harran, d'un
chalcédonien nommé Theodoricus Pygla' (?) et qui fut anéantie après avoir été
dévoilée par Nonnus, archidiacre de Nisibe, homme éloquent de cette époque.
Hosein, général des 'faiyayé, méditant de se révoltercontre le roi Mohammed,
disait aux Persans : « Mohammed est le soutien des Taiyayê » ; il se constitua une
escorte parmi ces Persans et ils se jetèrent sur Mohammed, lui mirent les fers
et l'emprisonnèrent. Hosein sortit, prit place sur le pont de Bagdad et invita
1. Cf. t. II, p. 43i, n, 3. — 2. Cf. t. II, p. 417, n, 1. — 3. Ms. « Pvgla ». Je n'ai pu identifier ce
personoage. La vocalisation est incertaine. Arabe : '^i^'^. Peut-être ^ûyeXXo; (?).
30 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
les troupes à accepter 'Abdallah'. Quand Mohammed eut été enfermé, il envoya
dire avec serment à Hosein qu'il ne demandait pas l'empire, mais qu'on lui
accordât seulement sa vie et sa fortune. En entendant cela, les Persans furent
pris de remords, se disant : Il a été traité injustement. Ils se réunirent prompte-
ment, le délivrèrent et le replacèrent sur son trône. Hosein fut saisi de terreur •
mais Mohammed jura : « Je ne lui tiendrai pas compte " de la faute. » H alla le
trouver et lui donna son anneau, pour l'établir ministre de son royaume. Hosein
supposa que c'était une ruse, et il se sauva près de Hartama'. Mohammed lui
envoya de nouveaux serments, mais Hosein ne se laissa pas convaincre; Mo-
hammed lui livra bataille et le tua.
Les Taiyayê rebelles pensèrent que s'ils s'emparaient de la ville de Rafiqâ,
les Persans ne resteraient pas [496] dans le Djézireh. Ils poussèrent Naçr et tous
les rebelles à prendre tous les Qaisayé, et à s'y rendre. Quand ils arrivèrent, ils
logèrent à Callinice, dans les maisons des chrétiens, qu'ils molestèrent par
l'énormité des dépenses. H y avait à Rafîqâ, comme gouverneur, Daoud, fils de
'Lsa*. Comme ils assiégeaient la ville, les gens de l'intérieur lapidaient ceux
du dehors avec les pierres des béliers et des mangonneaux. Cyriacus. le patri-
arche, et Theodosius» d'Édesse y étaient enfermés. Comme ils étaient* accablés
par la famine, ils mangeaient du pain de riz et de légumes. Ensuite, on fît une
paix qui n'en était pas une : les 'Aqouléens restaient maîtres de Callinice et
les Persans de Rafîqâ.
En cette année, Mâmoun, voyant qu'un grand nombre (de sujets) étaient
divisés à propos de son frère Mohammed, envoya les généraux Hartama efTahîr
pour soumettre les pays à Mâmoun. Quand ils arrivèrent à Bagdad, les citoyens
se partagèrent en deux parties, et le trouble" régna dans toute la ville. Ils péné-
traient même dans le trésor royal et pillaient l'or et les vêtements; parfois
aussi ils se combattaient mutuellement et s'arrachaient le butin. Comme il
n'y a point de pierres à Bagdad, pas plus que dans le Beit Aramayê\ ils en
vinrent à briser les colonnes qu'ils tirèrent des églises, pour les jeter dans les
mangonneaux. Mohammedenvoyantceschoses.envoya demandera Har[tajma de
jurer qu'il lui laisserait sa vie et ses biens. Celui-ci en fit le serment; [497] fahir
l'apprit et en fut irrité. Il établit des gardes qui arrêtèrent le roi Mohammed,
pendant la nuit, au moment où il s'enfuyait sur une barque. Le roi se jeta à l'eau'
et se sauva à la nage; il se cacha dans la maison d'un marchand de coton. Il y
fut découvert et fut massacré. Sa tête fut placée au bout d'une lance et prome-
née par la ville. Ces choses arrivèrent en l'an 1124*.
1. -Abdallah al-Mâmoun. — 2. o*- ; même leçon dans BH. — 3. Hartama iba 'Ayan. - 4. Ms.
« Daqôd Bar 'Isa »; mais il faut corriger ainsi; cf. Gesch. der Chai., II, 190. — 5. u^o^oU; cf!
p. 28. — 6. 7tepi6leia. _ 7. Ms. : « Arménayê ... - 8. Ms. : « 1114 ,>; BH : 198 Hég. La mort' du
khalife est généralement fixée au 26 moharram (26 sept. 813).
LIVRE XII. CHAP. VIII 31
A cette époque les Gannawayô Moqçaifa et Rabîb' occupaient Mérlba, et appe-
santissaient leur joug sur les pauvres. Alors arriva Naçr qui s'empara de Mérîba
et les fît périr.
Naçr et "Abbas marchèrent contre les Tanoukayê qui campaient le long du
fleuve Covaïc, qui est près dAlep, et s'y étaient fait une ville ; elle n'avait point de
murs à cause de sa grandeur et de son étendue, mais elle était très riche par la
multitude de ses ressources et de ses marchands. Les gens [d'Alep]^ n'avaient
pu s'emparer d'eux. Le combat des Qaisayé dura environ dix jours, au bout
desquels les Tanoukayê faiblirent. Pendant la nuit, ils partirent, hommes et
femmes, pour Qennésrîn, sans que les Qaisayé ni les Alépins s'en aperçussent, et
abandonnèrent leurs maisons et de grands campements* pleins de richesses. Le&
Qaisayé et les Alépins y pénétrèrent, les dévastèrent, les pillèrent, et elles sont
demeurées en ruines jusqu'à ce jour. Il était juste que ce peuple qui, pour un
petit avantage, avait abandonné sa foi, abandonnât de même sa fortune et partît
misérablement, nu et sans chaussure.
Comme Hartama témoigna du regret du meurtre de Mohammed, M'âmoun le
fit amener dans le Khorasan, et là le fit mettre à mort. Mâmoun établit à sa place,
comme général, Hasan*. Les compagnons de Hartama furent pris d'émulation,
ils entrèrent au bain et y massacrèrent celui qui avait tué Hartama. Mâmoun les
fit tous crucifier.
En l'an 1126, fahir arriva avec quatre mille (hommes) [498] à Callinice.
Les chrétiens se réjouirent et les rebelles furent déconcertés. Quelques-uns
furent enclins à la soumission et lui livrèrent les pays. Naçr ne se soumit pas,
mais commença par tuer un des préfets et deux cents hommes. Quand le général
Mohammed ' apprit cela, il passa l'Euphrate et vint à la rencontre de Naçr. Mais
comme il n'attendit pas que l'armée fût reposée pour engagerla bataille, elle fut
taillée en pièces, et lui-même fut tué avec un grand nombre (de ses hommes).
Quand celte défaite fut connue de 'Isa«, il commença à faire massacrer les
rebelles et à les accabler de tourments, fahir lui mandait de ne pas les maltrai-
ter; mais il n'y consentait point. Tandis que Tahîr allait pour se battre avec les
faij'^ayê, Naçr s'avança tout à coup, avec vingt hommes seulement, et se jeta
sur luLfahir put à peine s'échapper, et les deux hommes qui l'avaient fait
sauver furent tués. Les Persans ayant rencontré le camp des faiyayê commen-
cèrent à massacrer ceux-ci sans pitié, fahîr qui ne prenait point plaisir au mas-
sacre se mit à déchirer ses vêtements et les jeta devant lui. Et ainsi cessa la
guerre civile parmi les Sarrasins, en ces jours-là.
1, Ar. : '^■^io la^fû»; le secoud nom est mutilé dans notre ms. — 2. Lire : :i%- u-i..= ; d'après
l'arabe. — 3, xâurpa. — 4. Hasan ibn Sahl. — 5. Mohammed ibn Dja'far Alamiri (cf. Gesch. der
Chai., II, 201, n. 3). — 6. 'Isa ibn Mohammed ibn Abi Khaled.
32
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
En l'an 1125, un chalcédonien d'Édes-
se, nommé Theodoricus et surnommé
Pygla qui avait été pendant peu de
temps évêque deHarran,et qui avait été
déposé par leur patriarche Theodore-
tus',à cause des accusations portées con-
tre lui, se mit à parcourir les pays et à
pervertir la conscience de quelques-uns
des Chalcédoniens et des Orthodoxes.
Il propagea la doctrine de Maximus et
ajouta même à l'impiété de celui-ci.
Ayant remarqué que la définition de
Chalcédoine n'était pas conséquente avec
elle-même (en disant) que le Christ
devait être proclamé en deux natures
et une seule hypostase après l'union, il
se mit à enseigner que la nature est dif-
férente de l'hypostase, et que la divinité
est différente du Père, du Fils ou de
l'Esprit, et que les natures génériques
de la divinité et de l'humanité s'étaient
unies dans l'hypostase du Verbe
Quand 11 vit que les Chalcédoniens
n'acceptaient pas cette doctrine, il cher-
cha à parcourir rOccident et induisit
en erreur beaucoup de gens simples
parmi les Maximinites. II alla à Alexan-
drie, et comme il était un sophiste et
disputait par ses arguments contre les
païens, comme il connaissait la langue
sarrazine, [496] il faisait l'admiration des
gens simples ; mais comme il ne réussit
pas à Alexandrie, il partit pour l'Armé-
nie. Il arriva près de Asôd', le patrice,
En ces années, le monde était plongé
dans une multitude d'épreuves, et les en-
fants de l'Église respiraient un peu. Mais
la troupe des partisans d'Abîram, c'est-
à-dire d'Abraham', qui avait été ordonné
patriarche par les rebelles, ne laissait
point de repos au patriarche Mar Cyria-
cus. Ils recevaient tout meurtrier, adul-
tère, impudique qui était chassé de
l'Eglise; ils permettaient aux prêtres
bigames* d'exercer le ministère et ac-
cordaient aux prêtres et aux diacres de
prendre deux femmes; ils circulaient et
trompaient les gens simples ; ils sédui-
sirent, à Bosra, le reste des Tanoukayê.
Or, les attaques des Orientaux contre
le patriarche avaient redoublé, ainsi que
nous l'avons exposé dans le chapitre
précédent, etaprèsles nombreuses luttes
qu'il eut h soutenir contre les Orientaux,
il fut contraint de confirmer comme mé-
tropolitain Daniel de Mossoul. Il fit une
charte ainsi conçue :
Charte écrite aux Orientaux par le
patriarche Cyriacus et les èvêques qui
étaient avec lui. — « Cyriacus, par la
miséricorde de Dieu, patriarche du siège
apostolique d'Antioche de Syrie, et les
vénérables évêques qui sont avec moi,
étant assemblés à Mossoul, au sujet du
dissentiment [496] survenu entre les
habitants du couvent de Mar Mattai, les
évêques, les congrégations qui dépen-
dent d'eux dans cette ville de Mossoul
1. Patriarche catholique d'Antioche (795-812); cf. Oriens christ., II, 746. — 2. '< Âsutius Sembati
filius cognomento Mesagher (i. e. carnivorus) » 804-823. Chr. de Samuel d'Ani, Milan, 1818, p. 62.
3. Jeu de mots avec allusion au rebelle de la Bible {Num., xvi); cf. ci-dessus, p. 24. — 4. Au sens
du droit canonique des Grecs, qui ne permet pas d'ordonner diacre ou prêtre celui qui a été marié
deux fois, ni au diacre ou au prêtre devenu veuf après son ordination de prendre une seconde femme.
LIVRE XII. CHAP. Vlil
33
et dès la première rencontre, ille sédui-
sit et se le rendit favorable '.
Le patriarche Gyriacus envoya alors
Nonnus', archidiacre de Nisibe, pour
démasquer ses sentiments hérétiques^
afin qu'il ne trompât pas les Armé-
niens. Quand Nonnus arriva, il vit que
Asôd inclinait vers l'hérésie de Pygla.
Asôd pensait que Nonnus , un jeune
homme, ne pourrait discuter ni même
paraître en sa présence, à cause de la
renommée» de cet homme. Et quand
Nonnus demandait à discuter, Pygla
s'y refusait, sous prétexte qu'il n'était
pas digne d'un évêque de discuter avec
un jeune homme; parce qu'il craignait
d'être démasqué. Gependantil y fut con-
traint par Asôd. Dès la première séance
Pygla fut démoli; à la seconde rencon-
tre, il resta sans pouvoir répliquer et
succomba ; et il fut démontré qu'il
n'avait pas lu l'Écriture, ni étudié la
sagesse des saints, mais seulement la
doctrine des sophistes. Il se leva et
sortit couvert de confusion. Sur lui
s'accomplit la parole prophétique qui
dit* de In .Synagogue : « De même que
tu as été confondue par l'Egypte, de
même tu seras confondue par l'Assyrie».
Quand Pygla se fut enfui de l'Arménie,
le patrice Asôd et ses enfants retinrent
chez eux, en honneur , l'archidiacre Non-
nus, et ils étaient très familiers avec lui.
Ce sage ne délivra pas seulement de cette
hérésie et de celle des diophysites Asôd
[497] et ses enfants, et par eux tous les
Arméniens, mais aussi de celle de Julia-
et dans la contrée (d'une part), et la
congrégation des Tagritains de Mossoul
(d'autre part), pour différents motifs
qui avaient été cause d'un schisme entre
eux, au mois de 'ab (août) de l'an 1128
des Grecs;
« Désireux de procurer la paix et la
concorde, nous avons examiné les rai-
sons des deux partis; nous avons né-
gligé celles qui ne méritaient pas d'être
prises en considération ; nous en avons
accepté une partie, etnousavonsdécrété,
pour l'honneur delà paix et sa stabilité :
« Comme la congréatation des Tas;ri-
tains portait des accusations contre
l'évèque Mar Daniel, et demandait que
dès lors l'affaire soit discutée, tandis
que ceux du couvent et la congrégation
qui était avec eux disaient : Nous ne
consentirons jamais à ce qu'il soit mis
en jugement, ni à ce que ces accusa-
tions soient jamais discutées;
« Pour l'honneur de la paix, qu'il soit
proclamé comme métropolitain dans
l'église des Tagritains qui est à Mos-
soul et dans tout son diocèse, bien
qu'il soit dépendant du siège hono-
rable et primatial de Tagrit, comme
tous les autres évèques des diocèses
orientaux, et il ne lui est pas permis
de s'attribuer quelque chose de ce qui
appartient au dit siège, h cause de ce
titre de métropolitain.
« De même, il n'est pas permis au
métropolitain de Tagrit, à cause de
sa primauté, de faire quelque chose dans
un des diocèses de la contrée orientale
1. Lire : i^ii'. — 2. Sur ce personnage, cf. R. V)vval. Liit. syr., p. 390; Wright. Sjr, Lit.,
p. 205. Une partie de ses œuvres est conservée au Brit. Mus. (add. ms., 14594). — 3. ûitôXii4'iç. —
4. Jeb., Il, 36.
III. 5
:34
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
nus, le phîinlasiaste, par laquelle un
grand nombre d'entre eux avaient été
pervertis après l'union qu'avaient faite
Athanasius et le catholicos Iwannis'.
A cette époque, le paganisme recom-
mença à se montrer à Harran, après avoir
été détruit du temps des empereurs
chrétiens et du temps des faiyayê. — Un
homme nomme Ibrahim, qoreisite, reçut
un présent des païens qui existaient en
secret h Ilarran, le nid du paganisme,
car « Haranayê » est synonyme de
« païens » ; et il leur permit d'accomplir
ouvertement leurs mystères. Ceux qui se
dissimulaient, comme nous l'avons dit,
pour accomplir en secret l'impureté de
leurs honteux mystères, arrivèrent main-
tenant à une telle audace qu'ils prome-
naient par toutes les rues un bœuf orné
de vêtements précieux, couronné de
fleurs de roses et de myrte, ayant des
clochettes aux cornes, et suivi de joueurs
de flûtes; et ils l'offraient ainsi en sacri-
fice à leurs dieux.
En cette année 1128, au mois de 'ab
(août), dans lequel mourut le patriarche
Mar Cyriacus, ily eutun grand et très ter-
rible tremblement de terre : les monta-
gnes se fendirent, les sources tarirent.
A Agoursa', [408] village de la région
de Claudia, une grande montagne tomba
dans l'Euphrate, l^obstrua et suspendit
son cours pendant un jour entier. A Te-
ma'în' la source fut tarie, et en plusieurs
endroits des sources abondantes jailli-
rent. — Fin.
sont ici définies. Quiconque provoquera des
sans l'assentiment de l'évèque auquel
en appartient l'administration ; le métro-
politain de Tagrit ne peut ordonner un
évêque [407] pour l'un des sièges qui
dépendent de lui, sans l'assentiment de
l'évèque du couvent de Mar Mattai et de
tous les évêques de cette province, selon
la vigueur des canons de l'Eglise. Les
évêques doivent le reconnaître comme
leur Père, chef et primat. Quand il les
convoque, ils doivent obéir, et ne jamais
rien faire de contraire à sa volonté, ni
lui-même faire quelque chose sans leur
adhésion. Lorsque quelque raison l'obli-
gera de venir chez l'un d'eux, il devra
être reçu avec l'honneur qui lui est dû.
« Nous avons prescrit h Mar Daniel de
ne garder aucun souvenir de la faute de
quelqu'un de la congrégation des Tagri-
tains, et de ne rien rechercher de ce qui
s'est passé dans le temps du schisme ; à
moins qu'il ne s'agisse d'un délit dont
l'auteur ne peut éviter d'être condam-
né : par exemple, si quelqu'un a répu-
dié sa femme et en a pris une autre, ou
s'il a pris une seconde femme outre la
première, ou s'il a enlevé la femme d'un
autre, ou s'il a commis l'adultère et la
fornication, ou s'il a tué.
<> Nous avons réglé et prescrit ces
choses pour la stabilité de la paix, chère
h Dieu, et pour la dignité' qui convient
au siège de Pierre. C'est pourquoi nous
ordonnons qu'ellessoicntobservées dili-
gemment par les deux partis, par l'auto-
rité de la parole de Dieu, Que personne
n'ose abolir une seule des choses qui
contestations sera excommunié hors des
1. Cf. tome H, p. 4y2. — 2. Agoursa vient du grec «ypoi: ; 1 ar. a traduit ; icj-Al i,jj j. —
3. Ar. : ,^i, Temanin. — 4. aOôcVTÎa.
LIVRE XII. GHAP. IX 35
édifices sacrés, jusqu'à ce qu'il ait fait pénitence, ainsi que quiconque oserait en
appeler des juges ecclésiastiques à ceux du dehors, c'est-à-dire aux princes temporels, n
Quand ces choses eurent été écrites [497] et définies, les partis ne firent pas pour
cela la paix.
Et tandis que le patriarche Cyriacus était engagé dans cette lutte, sa dernière
heure arriva. Il mourut à Mossoul, le 19 de'ab (août) de l'an 1128. On fit descendre
son saint corps dans une barque sur le fleuve (du Tigre) jusqu'à Tagrit, sa ville pa-
ternelle. Il administra le patriarcat pendant 24 ans, et ordonna 93 évêques. 11 ne
prit jamais d'or ni d'argent, pendant tout le temps de son principat; il était pur de
corps et d'esprit et faisait de nombreux prodiges; il était zélé et austère. A cause de
sa grande vigilance pour l'observation des règles apostoliques, il fut constamment
en lutte avec les transgresseurs de la loi et coula ses jours dans l'amertume. On a
de lui un volume de doctrine et un autre de lettres admirables '.
CHAPITRE [IX]. — De répoque de Mâmoun, roi des Taiyayê. Du meurtre de Léon,
empereur des Romains, sur lesquels^ régna Midiel. A cette époque, un nouveau
synode d'évêques s' assembla à Callinice, à propos de l'expression « panem
ciBlestem ", et dans ce synode le patriarche Denys, le chroniqueur, fut
ordonné.
Tandis que les gens de Bagdad ne cessaient de combattre entre eux, Hasan
qui avait été envoyé par Mâmoun, s'éloigna de la sédition et s'en alla se fixer à
'Aqoula. Les Qoreisites et les gens de Bagdad, voyant que l'empire était sur le
point d'échapper à Hasîm', que Mâmoun était éloigné, Tahîr dans le Djézireh et
Hasan à 'Aqoula, amenèrent Ibrahim, fils de Mahdî, et le firent régner. En
apprenant cela, Hasan se prépara à la guerre avec les gens de Bagdad*.
Quand Tahîr [499] apprit, à Callinice, que Ibrahim régnait, il s'attacha les
rebelles, les uns par des présents, les autres en leur donnant l'autorité sur
les pays. II établit à Harran le qoreisite Ibrahim, qui donna aux païens la per-
mission de sacrifier publiquement^. A Edesse, il établit 'Abd al-'Alâ, qui accabla
d'impôts les Édesséniens. Quand il convoitait l'un de leurs villages, il multi-
pliait les charges de ce village au point qu'ils étaient contraints de le vendre, et
il le prenait à vil prix. Il se mit en tête de chasser les Édesséniens de la ville et
d'y établir les Soleimanites, gens de sa tribu. Pour ce motif, une foule nom-
breuse s'étant réunie et étant allée le trouver pour se plaindre de ce qu'ils avaient
à subir de la part de ceux qui logeaient dans leurs maisons, à la ville et dans les
villages, il leur répondit : « Qu'avez-vous à vous plaindre de nous, ô chrétiens!
l. Cf. Wright, Sjriac Literatiire, p. 166. — 2. Lire ; ^coo», — 3. Aux Hasimites ; cf. Hist. sarac,
trad., p. 157. — 4. Cf. Ge.ich. der Clial., Il, p. 219-221. — 5. Cf. ci-dessus, p. 34.
36 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Du temps des Romains, vous dévoriez cette terre, et nos ancêtres erraient par
le désert aride, par le froid ou la chaleur qui dessèche ou qui brûle, faisant paître
les chameaux ou les moutons; et maintenant que nous avons enlevé cette terre
aux Romains avec notre glaive, pourquoi faites-vous difficulté de nous l'aban-
donner et d'y être étrangers? Levez-vous et sortez de ma présence; supportez
votre condition. Payez le tribut et restez tranquilles. « Et les Édesséniens
sortirent dans l'affliction.
Tahîr, de son côté, détournait les yeux des maux que causaient les rebelles. Il
bâtit un mur entre Callinice [oOO] et Rafîqâ, et se fortifia ; il s'adonna ' à la lec-
ture, l'interprétation, la familiarité des philosophes. — [Ceci] en l'an 1127*.
Quand les rebelles virent que 'l'ahîr les laissait tranquilles, ils pensèrent
qu'il avait peur, et ils commirent alors de plus grands pillages, non seulement
sur les chrétiens mais même sur les ïaiyayè. Alors les Taiyayè s'insurgèrent
contre les déprédateurs et les chassèrent. iNaçr et 'Abbas s^associèrent et mar-
chèrent contre 'Othman à Hîra. Celui-ci réunit des (hommes) nombreux, et ils
ne purent se jeter sur lui. Alors 'Othman se rendit près de Tahîr pour le presser
de faire la guerre aux rebelles ou de lui donner une armée avec laquelle il irait
à leur rencontre. Mais fahir le tenait en suspens et faisait connaître ses inten-
tions à Naçr et à 'Abbas. Tahîr retardait la pacification de ces contrées de peur
de recevoir l'ordre de partir en Egypte. 'Othman, ayant compris la chose,
écrivit à Mâmoun au sujet de Tahîr, disant qu'il était devenu le complice des
rebelles. Son messager fut pris. Quand "Othman sut que ses lettres avaient été
saisies, et que son inimitié à l'égard de fahir, et aussi à l'égard de Naçr et de
'Abbas, était devenue manifeste, il rassembla lui-même des rebelles et se mit à
voler et à piller. Dionysius dit : « Comme 'Othman avait de l'affection pour moi
et m'honorait, je le blâmai amicalement et je lui dis : k Comment toi, qui es âgé
et intelligent, te mets-tu à piller et à dévaster? » Il me fit alors connaître routes
ces choses. »
Pendant ce temps l'empire des Romains était aussi dans l'agitation. En l'an
1132, le général Michel s'insurgea contre l'empereur Léon et le tua; et lui-même
commença à régner. De même que Léon avait agi à l'égard de Michel, son pré-
décesseur, qu'il avait tyranniquement chassé de l'empire, de même fut-il traité
par ce Michel, qui était d'Amorium% et qui lui enleva lempire et la vie'.
Quand le rebelle Naçr apprit que Mâmoun, roi des faiyayê, se disposait à
venir à Bagdad, il appela son secrétaire, un chrétien instruit, [SOI] et il fit écrire
une lettre au patrice Emmanuel", comme s'il voulait s'allier' aux Romains. En
1. u)»l.| (BH). — 2. D'après la ponctuation, cette date se rattache à ce qui précède. — 3. Lire :
l«iû.v>| ^>. — 4. Cf. Ilist. du Bas-Emp.^ LVIII, § xxv, xxvi. — 5. Mavoui^X; cf. op. cit., t. XIII, p. 2,
n. 3 et p. 84, n. 2. — fi. Plus littéralement : « entrer en relation avec ... »
LIVKE XII. CHAP. IX
37
l'apprenant, l'empereur Michel envoya des ambassadeurs. Ceux-ci arrivèrent à
Kaisoum. Naçr étant alors à Saroug l'apprit, rassembla les rebelles et le leur
annonça, en se glorifiant de la venue des envoyés des Romains. Ces (rebelles)
furent remplis de colère ; ils disaient : « Tu veux donc irriter Dieu et te faire
apostat? » Par de tels propos, ils remplirent son âme d'amertume, de sorte qu'il
envoya faire massacrer les ambassadeurs des Romains. Sur les Romains
s'accomplit ce proverbe des paysans : « Celui qui cherche quelque chose qu'il
n'a pas perdu, trouve quelque chose qui ne lui est pas agréable ».
A cette époque survint du trouble parmi les Romains, à cause d'un homme
nommé Thomas. Celui-ci, dès le temps de Haroun, disait de lui-même qu'il était
fils de Constantinus, et il lui avait demandé de lui donner une armée pour aller
s'emparer de l'empire. Quoique Haroun ait négligé de le faire, il le traitait cepen-
avec honneur comme le fils de l'empereur. Quand Haroun fut mort, Mâmoun
l'appela etl'envoya avec une armée, soit pour s'emparer de l'empire des Romains
et le lui livrer (ensuite), soit pour les troubler par la guerre. Ce Thomas était un
magicien et prétendait avoir des visions. Il alla assiéger la ville impériale et la
mit dans les angoisses pendant six mois. L'empereur Michel, étant réduit aux
abois, promit le retour aux "Taiyaj^ê prisonniers, s'ils voulaient combattre le
rebelle. Les Taiyayê sortirent avec les Romains et ils vainquirent les troupes
du rebelle : celui-ci s'enfuit en une certaine forteresse '; ils le poursuivirent, le
prirent, lui coupèrent les mains et les pieds et le fixèrent au bout d'une lance.
Telle fut la fin de [302] Thomas, fils de Môsmàr". L'empereur revint sur sa pro-
messe et ne relâcha pas les Taiyayê,
Lorsque "Tahir, général de Mâmoun,
poursuivait les rebelles, les chrétiens
pensèrent avoir quelque soulagement;
mais au contraire il augmenta l'impôt,
et il maltraita les habitants de Saroug et
d'Edesse, jusqu'au moment où ses com-
pagnons formèrent le projet de le tuer,
parce qu'il leur refusait ce qui leur reve-
nait. Ayant eu connaissance île la chose,
il se précipita du mur pendant la nuit et
s'enfuit à Callinice. Au matin, quand
ses compagnons s'en aperçurent, ils re-
Après la pieuse mort du bienheureux
patriarche Cyriacus, les Goubbayê et
les Cyrrhestiens se réunirent, vinrent
trouver Abîram et lui dirent : « Jusqu'à
quand demeurerons-nous sous les ana-
thèmes et serons-nous séparés de l'E-
glise? Nous sommes entrés dans le
schisme avec vous à propos de l'ex-
pression panem cœlestem. Puisque le
patriarche qui voulait l'enlever a été
enlevé, nous voulons revenir à l'Eglise
et faire disparaître les anathèmes portés
1. Andrinople. — 2. L'histoire de Thomas est longuement racontée dans les auteurs byzantins;
cf. Hist. du Bas-Emp., LXVIII, § xxx-xl, et spécialement t. XIII, p. 44, n. 2.
38
CHRONIQUE DE M[CHEL LE vSYRIEN
doutèrent [499] que Naçr ne les attei-
gnît, et ils s'enfuirent eux aussi. Les
Édesséniens furent ainsi libérés de
lourds prélèvements.
Tandis que les Persans s'enfuyaient
et pillaient tout ce qui se trouvait devant
eux, le châtiment les atteignit. Nacr et
ses compagnons fondirent sur eux et,
cinquante par cinquante ou cent par
cent, ils s'emparaient d'eux, et après
leur avoir enlevé toute leur richesse, ils
les égorgeaient comme des moutons.
Bientôt, Naçr et ses compagnons
montèrent à Edesse pour piller; ils di-
rigèrent contre cette ville une violente
attaque. Tous les Édesséniens montèrent
sur le mur, et les femmes elles-mêmes
montaient des pierres sur le mur [et de
l'eau pour désaltérer les]' combattants,
et ceux qui ne pouvaient pas monter
sur le mur étaient prosternés dans la
prière; « et j'étais un de ceux-là », dit
Denys de Tell Mahrê. « Nous demandions
que les Persans l'emportassent sur les
Taiyayê, et que les rebelles ne s'empa-
rassent pas de la ville. Le Seigneur fut
miséricordieux ; 'Amr, un des rebelles,
fut transpercé, et ils s'en retournèrent
couverts de confusion ».
Tandis que ces deux aspics, Naçr et
"Abbas, dominaient dans la région oc-
cidentale et infligeaient des maux aux
hommes, ils s'excitèrent mutuellement
à boire du vin, chacun se vantant d'y
être le plus fort. Naçr frappa de la bou-
teille' la tète de 'Açim ; celui-ci alla
trouver son père ; ils rassemblèrent
contre nous par la Syrie et l'Egypte' ».
Alors le maudit Abîram [499] et ses
compagnons leur répondirent astucieu-
sement : « Nous aussi, nous avons été
frappés et méprisés à cause de notre
zèle en votre faveur, afin que l'expres-
sion panem aelestem ne soit pas abo-
lie de notre temps. Cyriacus, vous le
savez, était non-seulement tombé dans
l'hérésie de Julianus, mais niait encore
la Trinité, puisqu'il ne permettait pas
de la mentionner dans la fraction
de l'Eucharistie. Cependant, attendons
jusqu'à ce que quelqu'un ait été mis à
la tête des évêques. S'ils établissent
quelqu'un qui récite la formule, ne
fût-ce qu'une seule fois : que je sois
anathème devant la Trinité, si je n'a-
bandonne pas cette dignité, pour de-
meurer dans la retraite! Et vous, chré-
tiens, ne me reconnaissez plus si je
m'intitule (votre) chef. » — Le misé-
rable pensait que les évêques ne crée-
raient pas un autre chef que lui-même,
tant qu'il vivrait, ou, s'ils en faisaient
un autre, qu'il y aurait une division
parmi eux et qu'ils demeureraient dans
le schisme ; car il avait un parti puis-
sant d'auxiliaires. Pendant toute l'année
il resta tranquille, dans la feinte (?) et la
dissimulation*, et calma l'empressement
des chrétiens par de semblables paroles.
Les évêques, voyant que TEglise d'Oc-
cident était troublée par les Goubbayê,
et l'Orient, d'autre part, par Basilius de
Tagrit et les Matthéens, se donnèrent
mutuellement rendez-vous à Callinice,
1. Lacune de deux mots; suppléer : Uoa\ (-- mo (BH). — 2. SIoty);.
3. Cf. ci-dessus, p. 25, 1. l,"). — 4, >a2^.M» (BH).
LIVRli XII. CHAP. IX 39
leurs troupes et vinrent ;i la rencontre Tahîr les ayant engagés à s assembler
deNaçrj mais Naçr prévalut contre eux près de lui, par prudence. Quarantc-
el en tua plusieurs. Ensuite [SOO] ils se cinq évêques vinrent, et ceux qui ne
soumirent à lui. vinrentpas envoyèrent leur adhéiion, au
Tandis qu'Açbag occupait Samosate mois de hazîran (juin) de l'an 1129.
et y était fixé, son cousin ' s'insurgea Abîram vint avec une troupe de moines,
contre lui, le massacra avec les gens de et ils logèrent à l'hôtellerie'. Ils envoyè-
sa maison, et régna lui-même sur cette rent trouver les évêques, et discutèrent
villcj h l'exemple des autres rebelles^ au sujet de la [ormule panem caelestem.
[800] Et comme il se trouvait des
évêques qui l'approuvaient, ils con-
vinrent entre eux que celui qui voudrait
la réciter n'en serait point empêché, et que personne ne dirait rien à celui qui ne
voudrait pas la réciter. Ils opérèrent la réconciliation entre Basilius de Tagrlt et les
évoques Matthéens.
Copie de la charte du synode. — <( Le saint synode qui s'est assemblé dans la ville
de Callinice, de tous les pays soumis au siège apostolique d'Antioche, a défini ces
choses :
« En l'an 1129, au mois de hazîran (juin), nous nous réunîmes, par le Dieu tout puis-
sant, et, selon l'harmonie de la règle ecclésiastique, nous tînmes un synode, et nous
nous instruisîmes les uns les autres, convenablement et apostoliquement, des causes
productrices des querelles et des troubles qui, jusqu'à présent, séparent les uns des
autres les membres de l'Eglise et ont rempli de division toute ville, tout pays et toute
famille des fidèles. Nous avons discerné prudemment, nous avons jugé et reconnu
distinctement, avec unanimité et dans une même pensée spirituelle, que notre paix
n'était disparue pour d'autre motif que les vaines querelles et les opinions déréglées,
au sujet de l'expression panem cœlestem. Les amateurs de disputes ont fait de ce qui
est notre vie et le souffle qui vivifie l'âme, la cause de la perturbation, puisant en cela
un objet pour leur malice. Afin de rassembler dans un même esprit et d'unir dans le
corps du Christ lous les membres qui ont été diversement séparés de la sainte Eglise,
il nous a paru bon à tous, dans un même accord et dans la même inspiration indubi-
table de l'esprit, qui doit procurer le remède aux membres blessés, (de décider) que :
maintenant et désormais, en aucune façon, nous ne pourrions nous molester ou nous
quereller Jcs uns les autres. Selon le précepte et la loi apostoliques, nous aussi, nous
affirmons et définissons que chacun doit persévérer dans sa propre conscience et l'édi-
fication de ses collègues ; et aussi conformément à la parole apostolique qui dit ' : « Que
1. Littér. : ^< le fils de soq oncle patecael ■> ; mais celte expression pourrait aussi être un aom
propre ; Bar Dadah.
2. itav^o/sïo-/. — 3, Cf. Philip., ir, 4.
40 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
chacun ne se préoccupe pas seulement de lui-même, mais de son compagnon; pensez
de vous-mêmes la même chose que de vos frères, » Puisque nous ne voulons pas que
quelqu'un résiste ou s'oppose aux choses qu'en conscience nous avons jugées bonnes,
h propos de cette formule, [SOI], nous éviterons nous-mêmes de résister ou' de nous
opposer à celles qu'il jugerait autrement.
« C'est pourquoi nous définissons, par la parole vivante, donnée par Notre-Sei-
gneur à ses saints Apôtres, que maintenant et désormais personne ne doit se que-
reller avec son frère à propos de la formule panem cmlestem ; car il est permis ou de
la dire ou de ne pas la dire, de sorte qu'en aucune façon l'un des partis [ne]' peut
être blâmé. Mais, ainsi qu'il a paru bon à nos saints Pères, qui ont dirigé avant nous
l'Église de Dieu et qui se sont faits tout à tous pour les gagner tous', qui ont
dirigé et apaisé prudemment et consciencieusement les troubles survenus à ce
propos de leur temps; de même, à nous aussi*, il a paru bon d'user du même
sentiment, attendu que nous sommes les enfants de leur excellente piété, et
que leur conduite paraît avoir été l'œuvre de l'Esprit-Saint lui-même. Qui-
conque, par conséquent, élèvera des contestations à ce sujet, méprisant la défi-
nition de nos saints Pères et ce qu'il a paru bon à Notre Bassesse de définir : si c'est
un évêque, il sera dépouillé et privé de la dignité pontificale, écarté* et rejeté de notre
assemblée; si c'est un prêtre ou un diacre, il sera déposé et perdra son office; si
c'est un moine ou un séculier, il sera étranger à la participation des mystères et h la
communion avec les fidèles. Nous accroissons par là la réglementation des canons
ecclésiastiques en imitant la philanthropie de Dieu, et selon la conduite de nos Pères :
nous avons réglé, statué et défini; car nous savons très bien tous que, depuis les
premiers temps, l'Église de Dieu marcha ainsi dans un même accord, sans dispute :
alors que les uns récitaient et les autres ne récitaient pas (cette formule), sans
jamais se quereller ou se blâmer mutuellement pour cela, jusqu'à notre époque.
« Nous avons en outre défini que tous les écrits rédigés à propos de cette formule
qui statuaient simplement qu'elle devait être maintenue, ou simplement qu'elle
devait être abolie, doivent être jetés au feu; attendu qu'il n'est permis à personne
d'écrire quelque chose à ce sujet, puisque nous n'avons pas trouvé que les anciens
aient fait quelque chose à ce propos. Et nous avons défini ces choses, sans avoir le
moindre doute que le « pain céleste » ne soit réellement * et véritablement le corps
sacré du Fils de Dieu que nous prenons des saints autels sacerdotaux ; mais nous
confessons tous cela; et nous plaçons sous l'anathème quiconque ne confesse pas
avec nous que le « pain céleste », que nous prenons des autels, est (le corps du Fils
de Dieu), selon l'enseignement du saint patriarche Severus. Nous anathématisons
aussi quiconque dit que ce n'est pas le corps de la personne du Verbe-Dieu, qu'il
1. Lire : ol (et non ooi), cf. p. 500, 1. pénult. — 2. Le contexte exige manifestement la négation
omise par un copiste. — 3. Cf. I Cor., ix, 22. — 4. ^o. — 5. Lire : l*^io. — 6. Ii>3.
LIVRE XII. GHAP. X 41
a pris de Marie [S02] et qui a été (offert en) oblatioii sur la croix, et quiconque dit
que ce n'est pas pour satisfaire h la communion de plusieurs qu'il est rompu, mais
« à raison du sacrifice' messianique. »
(( En confirmation, nous avons signé, nous tous évêqucs, le décret* c'est-à-dire
l'adhésion commune. »
La lettre d'Elias de Harran à ce patriarche Dionysius est conçue dans le même
sens ; et il convient que ces deux opinions soient examinées dans un examen dili-
gent et sincère.
CHAPITRE [X], qui expose les choses qui ont encore été définies dans ce
synode de Callinice.
Quand les choses que nous avons rapportées ci-dessus eurent été accomplies, le len-
demain, un des anciens prit place au milieu et dit : « La cause de ce saint synode était
de nous choisir un chef et de nous occuper ensuite des autres aflTaires. Cependant, il a
plu à notre assemblée de régler tout d'abord les affaires ecclésiastiques, et nous y avons
consacré quarante jours sans qu'il y ait eu de division ou de trouble parmi nous, avec
le secours de Dieu, Maintenant, il convient de résoudre l'autre affaire qui est le prin-
cipe de tous nos biens; il faut enlever de notre esprit toute pensée terrestre et basse,
ou qui aurait l'air d'une acception de personne. Si tous vous jugez la chose oppor-
tune, imposons-nous un jeûne et une abstinence de trois jours, et adonnons-nous h la
prière nuit et jour, suppliant Dieu de préparer h son Eglise celui qu'il sait devoir la
diriger dans la perfection et la sainteté ; car s'il est là où deux ou trois sont réunis en
son nom', à combien plus forte raison, sera-t-il au milieu d'eux, là où quarante-cinq
sont réunis en son nom ! >'
Le conseil du vénérable ayant plu à toute l'assemblée, ifs jeûnèrent pendant trois
jours, dans les veilles et la prière. Ensuite, ils siégèrent à leurs rangs et jugèrent qu'une
consultation générale devait avoir lieu, pour que chacun dise ce qu'il pensait, qui
lui était venu à l'esprit pendant ces jours de prière, et qui, dans son couvent, paraissait
apte (pour le patriarcat). Plusieurs déclarèrent que dans leurs couvents personne ne
paraissait apte à cette fonction; d'autres rappelèrent certains personnages célèbres,
entre autres Mar Atounos, le docteur et commentateur. A la fin, révêque Theodorus,
du monastère de Mar Jacques de Kaisoum, se leva et dit : « Si vous le permettez, ô
Pères, je parlerai. » Et il dit : » Un moine du monastère de Qenné.srê est venu
chez nous; et il est chez nous depuis deux ans, et nous avons expérimenté qu'il est
apte à cette fonction. » En parlant, il ouvrit la porte aux autres évêqucs dont les sen-
timents lui étaient favorables, et chacun d'eux rendit témoignage. Il parut alors oppor-
tun à tout le synode que les évèques entrassent devant l'autel et fissent l'élection.
1. Lire: |1.q.,»-.3», d'après l'ar. : i.«:<i*»*-'l Â^i -JU — 2. Iîaatt3.ia9 iJ/T|j)!5(i.a. — 3. Matth., xviii, 20.
m. ' " 6
42 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Lorsqu'ils se tinrent devant la table de vie, aprèsavoir pris conseil les uns des autres,
ils tombèrent tous d'accord sur Dionysius, moine du couvent de Qennésrîn. — Ils
firent l'acte d'adhésion, qu'ils signèrent tous, en ces termes :
« Quand, par un mouvement de l'Esprit-Saint, ce religieux et pacifique synode fut
réuni, attendant du même Esprit-Saint que toutes les choses qui y furent agitées re-
çoivent une heureuse solution, nous fûmes tous unanimement d'accord, et par l'opé-
ration du même Esprit-Saint, nous élûmes, nous acceptâmes et nous résolûmes d'or-
donner pour notre chef, aprèa le Dieu tout-puissant, comme patriarche du siège
apostolique d'Antioche, Mar Dionysius, frère du couvent de Mar Jean Bar Aphtonia.
A cela nous avons tous consenti, avec la croix sainte, et nous avons signé :
« Basilius, métropolitain de Tagrit ; j'ai consenti à cette élection divine, et j'ai
signé. » — De même : Barhadbesabba, de Marga ; — Jean, de Germanicia ; — Anasta-
s[ius], de Damas, par les mains de Theodosius d'Edesse ; — Georgi[us], de Qennésrîn,
par son visiteur ; — et les autres successivement.
Quand ils eurent tous signé, ils désignèrent cinq évêques pour aller le chercher,
avec Thomas, archidiacre deNlsibe, et quelques moines.
Quand Abîram et les Goubbayé surent que le synode s'était choisi un chef et avait fait
la paix au sujet do la £ormu\e panem cœlestem, le misérable vit que l'espoir qu'il nourris-
sait était déçu. Alors, il fut pris de colère ; il rassembla ses compagnons et dit : « Voyez
[SOS] ce qu'ont fait les évêques; ils se sont choisi un chef dans un couvent et une ville
qui a fiiit disparaître la formule panem cœlestem. Mais voici que je vous enjoins, par
la parole de Dieu, si je meurs, de ne pas laisser ensevelir mon corps avant d'avoir
établi un autre chef à ma place, et de ne pas faire la paix avec eux. » Les moines lui
répondirent : c Tel n'était pas ton engagement ; car tu as dit : S'il y a un patriarche qui
prononce la formule, ne fût-ce qu'une seule fois, je ne serai plus appelé chef, mais tous
nous adhérerons à lui. Attends donc jusqu'à ce que le chef soit établi et nous verrons
son intention. » — Cet impie anathématisa ces moines et partit avec les religieux qui
étaient attachés à lui; ils allèrent chez les Cyrrhestiens, pour affermir leur mensonge
parmi les misérables de cet endroit. Ceux des Goubbayé qui ne l'avaient pas suivi
vinrent au synode et demandèrent l'absolution.
Ici, Dionysius (lui-même) parle en ces termes :
« Depuis le commencement du livre jusqu'ici je poursuivais ce récit des événements
allègrement et j'écrivais les histoires librement; et je n'ai loué ou blâmé personne
par partialité; maintenant que j'en suis arrivé à ce chapitre, je préférerais garder le
silence et je voudrais qu'un autre écrivain racontât ce qui concerne Ma Bassesse. Si donc
il se trouve quelqu'un qui connaisse ce qui me concerne aussi bien que moi, et qui
racontera sans crainte, les erreurs, les faiblesses et l'insuffisance que je porte en moi-
même, qui dévoilera mes opprobres et mes bonnes actions, si toutefois elles méritent
d'être louées : que celui-là raconte et non pas moi ! Mais, comme il n'y a personne qui con-
naisse aussi bien que moi ce qui me concerne, la chose m'incombe. Et comme j'estime
la vérité plus que la value gloire, je rappellerai les uns et les autres, tout en évitant la
LIVRE Xlf. GHAP. X 43
louange pour ne pas parnître, aux yeux de ceux qui aiment le blâme, célébrer mes
propres œuvres.
« Pour moi, j'étais le moindre et le plus vil des hommes, et je ne sais comment les
vénérables Pères ont été prévenus, pour ne pas dire trompés, dans leur opinion sur
moi; mais dans la simplicité de leur conscience, ils se sont laissé entraîner par des
rapports étrangers.
« Ayant su de plusieurs comment j'envisageais cette affaire, — car ils avaient l'ex-
périence et la preuve de mon sentiment, puisque le (patriarche), de vénérable mé-
moire, m'ayant appelé par deux fois, pour être ordonné évoque, je m'étais enfui d'un
lieu dans un autre, — ils pensèrent qu'en apprenant la nouvelle je prendrais la fuite.
Ils envoyèrent donc d'avance deux moines courageux au monastère de Mar Jacques,
dans lequel j'habitais, parce que le couvent de Qennésrîn était dispersé. Ceux-ci arri-
vèrent près de moi pendant la nuit et s'emparèrent de ma personne. Je fus stupéfait, et
comme il n'y avait pas moyen de fuir, je gardai le silence et me tus. Je fus gardé,
comme un malfaiteur, jusqu'à l'arrivée des évêques. Ayant pleuré et m'étant prosterné
devant eux, ils se montrèrent pour moi durs et sans pitié; et ainsi, de ma chère soli-
tude, je fus emmené malgré ma résistance au milieu du synode. J'eus beau pleurer,
dévoiler mes péchés, exposer ma faiblesse et mon incapacité, ils m'ordonnèrent de
force, et disaient que le jugement de Dieu atteint quiconque résiste ou se révolte.
A la fin, on ne put les empêcher de se lever de leurs sièges et de s'agenouiller devant
Ma Bassesse. Dès lors, je fus plongé dans une mer obscure, sans espoir d'échapper ;
car je considérais le pontificat comme difficile à accepter, non seulement pour moi,
misérable et faible, mais même pour ceux qui sont parvenus au sommet de la vertu.
Il était dangereux de persister dans le refus. Ils m'ordonnèrent donc diacre le ven-
dredi, dans le monastère de la Colonne, et prêtre le samedi, dans le couvent de Mar
Zakai; et le dimanche, premier de 'ab (août) de l'an 1129, ils me promurent à l'ordre
parfait du souverain pontificat, dans l'église catholique de la ville de Callinice, et me
firent héritier et successeur du trône (patriarcal), comme ils disaient, moi qui n'étais
pas digne (de dénouer) * les courroies des chaussures! — Je prends Dieu h témoin que
non seulement je n'étais pas atteint par la passion de l'ambition du pouvoir, mais que
même la pensée, qui a coutume de pousser bien des gens à ce désir, n'était jamais
venue h mon esprit.
« Et puisque tu m'as demandé, ô Iwannis% fils bien-aimé, de t'écrire l'histoire des
événements qui se sont accomplis de notre temps, le moment est venu, plaçant en Dieu
notre confiance, de parler des choses auxquelles nous nous sommes trouvé mêlé
après notre élection, dans les affaires ecclésiastiques et aussi dans celles du monde et de
la politique.
(( En acceptant le siège ÏJ304] du patriarche Cyriacus, j'acceptai aussi en même
1. Suppléer lui» ; cf. I.uc, ui, 16. L'omission est aussi dans Bar Hébréus. — 2. Jean de Dara.
44 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
temps la lutte incessante avec les Goubbayê : une épine pour ma chair, un aiguillon
pour mes os, afin que je sois souffleté continuellement pour que je ne m'enorgueillisse
pas de la sublimité du don'.
« Quand le synode fut dissous, je me préoccupai des schismes des églises. J'appelai
dix évèques choisis et je montai au bourg^ de Bail, Balas. Je fis dire aux Goubbayê de
venir faire la paix. Ils répondirent : a Si on ne confirme pas la Normale pane m cœles-
tem, et si vous ne la dites pas constamment, nous ne viendrons pas. » Ayant perdu tout
espoir avec les Goubbayê, nous partîmes chez les Cyrrhestiens. Les prêtres, les
diacres et le peuple de l'endroit s'assemblèrent à Cyrrhus, et nous leur adressâmes des
paroles de paix. Quand ils apprirent que nous n'interdisions pas de réciter la formule
panem cœleslem, ils revinrent à nous. AbÎTam et ses compagnons, en voyant que les
gens du pays s'étaient corrigés, devinrent furieux de colère : ils vinrent anathématiser
ces gens simples pour qu'ils ne demeurassent pas dans la ville ; et plusieurs se laissè-
rent entraîner imprudemment. De Cyrrhus, nous nous dirigeâmes vers Anlioche, au
mois de tesrîn (oct.) de l'année 1131'. — Quand la lettre du synode fut lue à Antioche,
les évoques s'avancèrent et accomplirent la cérémonie de l'intronisation.
Lettre de recommandation *. — « Aux vrais fidèles, nos bieu-aimés en Notre-Seigneur ,
aux prêtres^ aux diacres, et h tout le peuple aimant le Christ qui habite dans la grande
ville d'Antioche et dans sa région ; le saint synode assemblé dans l'Esprit-Saint, dans
la ville de Callinice : à vous tous, paix abondante et miséricorde par le Christ notre
Sauveur à tous !
« Puisque, nos bien-aimés, nous et vous, au milieu des nombreuses difficultés
qu'engendre le temps présent, nous avons été privés et destitués^ de la direction
du grand et illustre pilote du monde, Mar Cyriacus, qui a reçu un domicile avec les
saints, oii il attend de Dieu la juste récompense de ses labeurs en échange desquels,
au jour du jugement, les délices de la contemplation de la Trinité sainte lui seront
attribuées avec les vénérables qui l'ont précédé; il ne nous a pas paru convenable de
nous montrer négligents, ou de considérer une autre afTaire comme plus importante,
ou de nous occuper d'une autre chose quelconque que de choisir tous ensemble, avec
l'aide de l'Esprit-Saint, pour son successeur et pour chef de la sainte Église, celui
qui paraissait le plus digne de cette fonction, parmi tous ceux du moment présent.
Il convenait, en effet, puisque Moïse a été enlevé* et a été honoré par Dieu et dissi-
mule, puisque Elie a été ravi au ciel sur un char, que Dieu établisse ii leur place pour
la racede Jacob, c'est-à-dire d'Israël spirituel, un héritier qui, pour ainsi dire, divise
régulièrement la Terre promise aux douze tribus, fasse périr et détruise par ses pro-
diges la multitude des Chananéens, prescrive l'attachement à toutes les lois et
1. Cf. II Cor,, xit, 7. — 2. -/KiCTTpov. — 3. Ou aurait pu songer à lire '^ol (1130) au lieu de Uo |
(1131), mais la ver. ar. coiilirme la leçon de notre ms. — 4. <yj(jzoi.xiy.r\. — 5. I.iltér. : « faits orphe-
lins ». — 6. ^X;^'■I.
LIVRE XII. GHAP. XI 45
procure leur accomplissement, nourrisse le peuple opprimé avec le pain abondant
venu du ciel, en réalité et non en figure, en distribuant au peuple des fidèles le corps
de l'un de la Trinité, Dieu le Verbe.
« Tel nous a paru être, et tel est réellement, par rélectlon de l'Esprit-Saint, Sa Béa-
titude le patriarche Mar Dionysius. vis h-vis duquel tous les choix et opinions relatifs à
d'autres ont été couverts de confusion et ont fait briller sa perfection et la modestie de
sa conduite, et l'excellence de ses mœurs, et la pureté de ses actions, et son amour des
labeurs en faveur des dogmes divins. Nous l'avons donc tous choisi avec unanimité, par
l'opération de l'Esprit-Saint et, par le moyen de votre primauté, nous avons déclaré
qu'il serait notre chef et celui de toute notre Eglise orthodoxe. Nous avons célébré
une véritable fête d'allégresse et de joie, avec toute notre sainte Église qui se trouvait
dans l'endroit, et qui, en se délectant, en se réjouissant, en tressaillant d'allégresse
dans sa conscience ', a donné l'exemple à celles de tous les autres endroits, par son
accord et sa parfaite soumission en toute chose.
« Pour vous, vous vous réjouirez avec nous d'un pareil bienfait, et vous montrerez,
étant les premiers, une parfaite soumission à votre pasteur ou plutôt au pasteur de
toute l'Eglise de Dieu; vous lui ferez un parfait accueil, vous l'embrasserez h deux
bras, vous ferez paraître en tout la parfaite régularité et l'éclat' de votre Ville de
Dieu'. Soyez un admirable exemple pour toutes les autres, afin que grâce à vous
nous obtenions que, par l'intermédiaire de ce Père [oOo] saint des pasteurs de toutes
[les églises duj* Christ Dieu, nos prières à tous arrivent jusqu'au* Père tout-puissant
qui nous a concédé une si grande faveur et une pareille bénédiction, au moyeu de
laquelle nous obtiendrons sa familiarité et mériterons les biens éternels et la vie
immortelle, par la grâce de son Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et de son
Esprit-Saint, pour la gloire de Dieu le Père. Amen! ». — Et à la fin tous les évoques
signèrent.
CHAPITRE XI. — Des choses qui arrivèrent encore du temps de Mâmoun, dans
l'empire des Taiyayê, et pareillement dans celui des Romains, du temps de
r empereur Michel. Des choses quise passèrent dans l'Eglise au commencement
du pontificat de Mar Dionysius.
En Fan 1130, Mâmoun, roi des Taiyayô, se rendit du Khorasan à Bagdad ; car
il avait entendu dire que son oncle Ibrahim avait commencé à régner ; il avait
aussi appris les combats et les divisions des citoyens de Bagdad, et que Hasan
t. Il faut peut-être restituer : U^-i' « dans sou pasteur ». — 2. xaTaTcao-cc. — 3. ©eôttoXci;, titre par-
ticulier de la ville d'Anlioche. — 4. Suppléer : i \L,.>. (vers. ar.). — .'). Les mots « Ctirist-Dieu »
répétés ici, sont à supprimer ; l'arabe dit : « jusqu'au Dieu tout-puissant ».
46 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
résidait à 'Aqoula et Tahîr à Rafîqâ, sans homme'. Et quand Mâmoun arriva
les gens de Bagdad abandonnèrent Ibrahim, vinrent trouver Mâmoun et le
firent monter sur le trône de ses pères. Ibrahim s'enfuit et se cacha. Tahîr de
son côté monta trouver Mâmoun et fut bien accueilli.
En l'an 1132, Mâmoun envoya Tahîr dans le Khorasan, comme gouverneur-
car il avait grande confiance en lui. Quand Tahîr fut parti, Mâmoun fit venir
'Abdallah, son fils,l'éleva en dignité et l'établit à la place de son père. Il ordon-
na à Yahya' (?) de résider dans le Djézireh.
Alors, les rebelles devinrent plus puissants. Naçr acheta le bourg de Beit
Balas, rassembla son armée et descendit vers le fleuve qui est près de Callinice
et qu'on appelle Hânî, 'Isa sortit avec les paysans. Naçr les tua tous, et s'em-
para des villages, les pilla et y fit des captifs. Mâmoun en apprenant cela fut
troublé. Il envoya Sabîb S soldat vaillant, avec sept [306] mille hommes d'élite à
la rencontre de Naçr. Naçr, en l'apprenant, fut pris de peur et envoya des ambassa-
deurs et des lettres au roi Mâmoun. Il témoignait de sa soumission et le roi lui
répondit : « Si c'est sincèrement, viens fouler mes tapis, et je t'honorerai ». Mais
lui s'exeusait auprès du roi. Alors Sabîb se prépara au combat. Naçr divisa son
armée en trois corps et ne permit pas aux Persans d'amener des vivres. Quand
ils furent opprimés par la famine, ils engagèrent le combat. Beaucoup d'hommes
succombèrent des deux côtés. Les Taîyayê tournèrent le dos, et les Persans se
mirent à piller les paysans, mangeant, buvant, se réjouissant' et raillant ceux
qui étaient à l'intérieur du mur. Tandis que les Persans étaient transportés d'or-
gueil, Naçr revint sur eux, et les Persans pris de terreur furent taillés en pièces.
Sabîb voyant qu'il ne pouvait rien contre les Arabes, voulut aller à Antioche
et ramener l'or apporté d'Egypte du temps de Hâroun. Ils s'avancèrent secrè-
tement pendant la nuit; mais Naçr en eut connaissance et les devança; après
avoir tué environ trois mille d'entre eux, ils leur criaient par derrière : « Jetez
vos armes, et allez-vous-en où' vous voudrez. » Ces malheureux jetèrent leurs
armes, et alors ils les prirent tous. Après cela, ils se mirent à la poursuite de
Ôabîb et le rejoignirent. En voyant cela, les Persans furent pris de peur. Naçr
criait en disant : « A quiconque passera [S07] de mon côté, je donnerai un cheval
et mille dinars. » Et plusieurs étant passés, Sabîb s'enfuit avec un petit nombre
(d'hommes) et se rendit à Bagdad dans la confusion qu'il méritait, car il n'em-
pêchait pas ses troupes de maltraiter les malheureux. Naçr et ses troupes arabes
s'emparèrent des Persans, et tuèrent aussi les transfuges qui étaient passés chez
eux et ceux qui avaient jeté leur armes.
Naçr, en revenant de la guerre contre Sabîb, entendit parler des Yéménites"
1. Même leçon dans la vers. ar. — 2. Restitution douteuse ; l'ar. a également une leçon incertaine :
iA>^^, — 3. Lire : 'a.a* (BH) comme plus bas. — 4. Lire : ^■ -l^^^ ^ae. — 5. ;^.^. — 6. Lire : Llluo».
LIVRE XII. GHAP. XI
47
qui étaient à Mabboug, qui avaient envahi et pillé les villages situés sur le
fleuve Soùgra; les Taiyayê appellent ce fleuve Sadjour'. Ils se cachèrent en em-
buscade, et quand chacun fut sorti pour son travail, Naçr et sa troupe tombèrent
sur eux et se mirent à tuer les femmes et tous ceux qu'ils rencontrèrent'. Comme
beaucoup de fellahs et de pauvres montèrent au monastère de Bôrîm^, Naçr y
mit le feu et une partie d'entre eux furent brûlés : d'autres se précipitèrent et se
brisèrent en tombant : ils eurent la tête coupée par le glaive. Une multitude de
pauvres périt de cette manière. Après avoir coupé toutes les têtes, ils les
emportèrent avec eux à Saroug.
A cette époque l'émir Ibrahim, de
Harran, prenant le frais sur sa grande
coupole, vit des maisons neuves, et il
interrogea les échansons qui étaient
avec lui : « Ces maisons neuves et blan-
ches, à qui sont-elles? » Ceux-ci, qui
étaient des païens, lui dirent : « Ce
sont les églises des chrétiens qui les
ont bâties de ton temps; et pour cela,
beaucoup de musulmans sont scanda-
lisés à cause de toi, parce que tu les
as laissé bâtir ce qui n'était pas bâti
du temps des Romains- et ils disent
que tu as reçu un présent. » Aussitôt,
il se mit en colère et ordonna la des-
truction des églises nouvelles; et avant
le coucher du soleil, il fit détruire le
sanctuaire de notre église catholique a
Harran, et celle de la Mère de Dieu,
qui était à Qoubbê , et une partie du
temple de Mar Georgius, et d'autres
temples parmi ceux des Chalcédoniens,
des Juifs et des Nestoriens. Alors
toutes les confessions se mirent à
supplier Dieu d'avoir pitié d'elles, et
dans la nuit, Dieu changea les dispo-
En l'an 1130, au mois de nisan (avr.),
mourut Mar Marcus, pape d'Alexandrie,
neuf mois après l'ordination de Mar
Dionysius; Jacques fut établi à sa place.
En l'an 1131, Mar Dionysius partit
d'Antioche, avec les vénérables (évo-
ques), pour la Mésopotamie, et de là pour
Bagdad, afin d'obtenir deMâmoun le di-
plôme, selon l'usage des patriarches ses
prédécesseurs, fahir, du temps et par
les soins duquel avait été rassemblé le
synode qui ordonna le patriarche, leur
procura le diplôme.
Or, comme l'écrit le patriarche lui-
même : « Basilirusj de Tagrit, à la suite
de la discorde entre lui et les Matthé-
ens, parce qu'il n'avait pas été élevé
dans le couvent parmi les moines, mais
avait été appelé du dehors*, s'enor-
gueillit en lui-même, et songea à se ré-
volter contre nous et à faire révolter la
région orientale contre le siège d'An-
tioche. A l'exemple du maudit Bar
Çauma de Nisibe, Basili[us] médita de
se faire catholicos. Comme il ne le put
du temps de Cyriacus, parce que celui-ci
1. BH : li^ «;» û'w '''^^*°' — 2. Ainsi d'après l'arabe : ••iii.ta oto^;^ ^ "^So tmiJS>,o. — 3. Même
leçon dans BH.
4, Littér. : ex foro, diins tous les sens du mot latin.
48
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
sitions de l'émir; il vint à résipiscence;
au matin, il appela les chrétiens et
leur dit de rebâtir ce qui avait été dé-
moli. Et en peu de jours, ils rebâtirent
tout ce qui avait été détruit.
La même année, il y eut disette de
pluie, et la récolte manqua ; il en résulta
la cherté du blé, du vin et de l'huile.
[S06] A cette époque, Basili[us] de
Tagrit, qui était un homme orgueil-
leux, vaniteux, sans modération dans sa
conduite, ne s'élevait pas seulement
au-dessus des chrétiens, mais même
parfois vexait les païens de Tagrit; l'ad-
ministration des églises ne lui suffisait
pas, mais il se préoccupait de l'admi-
nistration publique, qui ne le regardait
pas, de la fréquentation des princes, et
même de la perception de l'impôt '. II en
vint à imposer le tribut aux musulmans.
Quand ils virent son orgueil, ils se sou-
levèrent contre lui, et ils maltraitaient
tout le peuple à cause de lui. Dans
leur zèle, ils tuèrent ^ les porcs dans
les rues. Basilius ne se tint pas tran-
quille: mais il prit quelques person-
nes avec lui et descendit h Bagdad
pour se plaindre des musulmans.
Ceux-ci descendirent h sa suite, arri-
vèrent et entrèrent les premiers ; ils
écrivirent une pétition ' de plainte
contre les chrétiens, au sujet des sé-
mantra, des croix, du vin et des porcs
« qui entraient dans la mosquée » ; ils
attestèrent que Basili[us], le métropo-
litain, et 'Abdoun, un notable, « ont ou-
était de Tagrit*, de nos jours il tenta
et eut l'espoir, par l'intermédiaire des
Tagritains,[S06] de réaliser (son projet).
Il commença pal- leur inspirer de la
haine contre moi; il disait aux Tagri-
tains : « Ce patriarche est votre en-
nemi » ; aux évêques il disait : « Jusqu'à
quand serons-nous soumis aux Occiden-
taux, qui nous donnent des ordres et
prennent l'argent que nous recueillons?
Pourquoi ne sommes-nous pas indé-
pendants nous et notre siège, comme
celui d'Egypte, puisque nous sommes
égaux en dignité ?» — Mais le Seigneur
ne permit pas que son dessein s'accom-
plît.
« Comme les Tagritains nous aimaient
beaucoup, ils nous avaient écrit h Bag-
dad, de venir célébrer la fête chez eux;
mais lui disait que les évêques ne nous
le permettraient pas, parce qu'ils l'a-
vaient invité à aller consacrer le chrê-
me' dans leurs pays. Il nous écrivait :
(( Ce n'est pas le moment de venir
à Tagrit, car nous sommes opprimés
par la violence cruelle des princes. »
Nous qui connaissions sa malice, nous
abandonnâmes la route de Mossoul et
nous montâmes par celle de l'Euphrate
à la ville de Circesium, et après la con-
sécration du chrême et la célébration
des fêtes, nous montâmes par les villa-
ges du Habôra et nous parvînmes à Ni-
sibe, à Dara, et à Kephar Touta, ville
de Mésopotamie.
Xenaias de Goubba Barraya, qui avait
1. I>e texte paraît altéré; ar. : oUj.^o iUiv3;.S^ u9o ■ X)^!lJS^ u"^ >3,oSil.=o. — 2. Lire : ....ûï>^
l-Do-»3». — 3. àvaçopâ,
4. Comp., p. 35, I. 7. — 5, nûpov.
LIVRE XII. CHAP. XI
49
tragé leur prophète ». Alors parut un
décret' pour l'abolition des lois des
chrétiens et l'arrestation de .Basili[usj
et de 'Abdoun.
Tandis que Basilius prit la fuite,
'Abdoun* se montra jusqu'au bout
comme un véritable martyr du Christ. Le
roi Mâmoun voulut l'amener à se faire
musulman par la flatterie et par la pro-
messe des présents, des honneurs, des
dignités, mais il ne put y parvenir; il
usa alors des menaces et des tourments,
et après sept mois de prison, après
[S07] avoir subi des tortures, 'Abdoun
fut couronné par le glaive au milieu de
la foule • dans le tribunal*^ et il fut sus-
pendu au gibet. Combien de prodiges
et de miracles s'accomplirent à son cou-
ronnement, cela surpasse la narration.
Basili[usj qui menaçait les "Taiyayê de
les expulser de leurs maisons, ne put
jamais rentrer à Tagrit; et tandis qu'il
voulait se révolter contre le siège d'An-
tioche, il fut exilé de son propre siège ' ;
«t, ce qui est encore plus digne d'admi-
ration, cela arriva sans qu'on y mît la
main.
commencé par se révolter contre l'E-
glise, parce qu'il n'avait pas été ordonné
comme successeur de Bacchus, son
maître, se voyant déçu dans ce qu'il
attendait du synode de Callinice, parce
qu'il avait reçu l'épiscopal d'Abîram,
et voyant d'autre part que leur couvent
était méprisé, vint malgré celui-ci nous
trouver pour faire la paix, et quand nous
[S07] leur eûmes accordé de dire la for-
ïaxile panem cœlesîe/n, il se mit aussitôt,
avec ses compagnons', à anathématiser
Abîram et toute sa troupe, (et à jurer)
qu'ils ne s'uniraient jamais à lui. Nous
leur donnâmes l'absolution, et nous les
fîmes participer aux mystères dans l'es-
poir de convertir les schismatiques.
Or, "Othman, des Thomâmayê ' (?),
qui avait soumis la Cœlé-Syrie, Émèse
et la Phénicie, monta vers l'Euphrate,
au couvent de Qennésrê, et vit l'incendie
du temple merveilleux qu'il admira quoi-
qu'il fût en ruines. Nous allâmes le sa-
luer et nous lui demandâmes (la per-
mission) de le rebâtir. Il nous accueillit
avec joie; il nous donna un diplôme
pour sa reconstruction et des lettres
pour les chefs, afin qu'ils nous aidas-
sent en tout ce que nous ferions dans nos églises et nos monastères.
Nous lui fîmes savoir que le monastère d'Euseboua, dans la région d'Antioche,
était la résidence du patriarche depuis le temps de Cyriacus, et que les moines sui-
vaient Abîram, et il écrivit à l'émir d'Occident d'en chasser les partisans d'Abîram
et de nous le livrer. Et ainsi il fut remis entre nos mains, après qu'ils eurent volé les
livres et les objets précieux qui s'y trouvaient.
5m/' le rebelle Abîram. — Il descendit à Bagdad en l'an 1139, et rapporta un di-
plôme pour être créé patriarche. 'Abdallah, fils de Tahîr, le punit plusieurs fois et
le blâma de sa rébellion.
1. anô^autt, — 2, Le ms, a ici la variante « 'Abdani ». — 3. ojjXoç. — 4, SixaijT^piov. — 5. oi.ao»aaJi,.
6. uotoï.3^0 cw ^Ojb. — 7, Litt. : « fils des Tmômya », ar. ; ,^a>o£&N ^| j cf. ci-dessous, p. 53, n. 1.
III. 1
50 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
La même année, un synode de quarante évoques se réunit avec le patriarche Mar
Dionysius [dans le monastère]' d'Asphoulos ', à côté de Rés'ayna, au sujet de Phi-
loxenus de Nisibe, qui était privé de son siège. Ses accusateurs étaient Nonnus, archi-
diacre de Nisibe, et Abou Raita' de Tagrit, hommes éloquents et sages'. Philoxeaus,
ayant été convoqué au synode n'y vint pas, mais s'en retourna sans permission à Ni-
sibe. Alors le synode anathématisa Abîram et Philoxenus; et ces deux (évêques) dé-
posés s'associèrent.
CHAPITRE [XII]. — De V époque du commencement du règne de Theophilus,
empereur des Romains \ du succès du roi des Taiyayê, Mâmoun, qui est 'Abd-
allah. De la réhellion d'Abiram, et de la victoire de Mar Dionysius .
En l'an 1140, mourut Michel^, [308] empereur des Romains, et Theophilus
régna. Les Bulgares se soumirent à lui, ainsi que les Arabes Khourdanayê.
Les Khourdanayê étaient des brigands, païens de religion. Ils avaient chez
eux la tradition, d'après un oracle de leurs ancêtres, qu'un roi nommé Mahdl
devait sortir d'eux, « qui conduirait' les peuples à la foi en lui »; et ils le
proclamaient Dieu; il devait transmettre son empire à un autre, et ainsi de
suite, à perpétuité. «Quand ceux qui croient en lui meurent, ils ressuscitent
après quarante jours et viennent vers leur famille ; ensuite ils s'en vont dans
un endroit secret ».
Or, à cette époque, apparut ce Mahdî qui était attendu, fjn voile était jeté
sur son visage ; parfois il se disait le Christ, parfois l'Esprit-Saint. Chaque
jour la foule et la richesse croissaient autour de lui. De nombreuses troupes
s'assemblèrent près de lui, de toutes les tribus, en vue de piller et de faire des
captifs. Il fixa son domicile dans les montagnes abruptes du pays des Qarda-
wayê. La terreur de cet homme régna dans le Djézireh et l'Arménie; et il
ravagea le Beit Zabdai et le Tour 'Abdîn. Pour eux, tous les peuples étaient éga-
lement bons à massacrer. Ils étaient Mages dans leur culte, mais ils regar-
daient comme étranger quiconque ne considérait pas Mahdî comme dieu. Le
roi Mâmoun lui-même trembla devant lui. Quand ils s'avancèrent pour piller le
couvent de Qartamîn et les villages qui l'environnent, Hisan fut rempli de
zèle, parce qu'il était bien disposé envers les chrétiens; il tomba tout à coup
sur eux, et les Khourdanayê furent mis en pièces et s'enfuirent. Celui qu'ils
avaient divinisé fut contraint, ayant le visage découvert, de fuir devant Hasan.
1. Suppléer: I;»,» (vers. ar.). — 2. Cf., tome II, p. 513, n. 6. — 3. Même leçon dans l'ar. —
5. Le l'"' cet. 829. —6. Mahdi signifie « conducteur, directeur ».
LIVRE XII. CHAP. XII 51
II se sauva avec un petit nombre d'hommes d ans le pays d'Ishaq, fils d'Asôd'.
Ishaq s'empara de lui et l'enchaîna. Quand les Khourdanayê' virent que leur roi
était prisonnier, ils s'assemblèrent et fondirent pendant la nuit sur la tente
d'Ishaq. Ishaq s'empressa de couper la tête de Mahdî. Il prit sa tête, une partie
de sa fortune, sa famille, et s'enfuit : quand ils entrèrent, ils ne trouvèrent que
le cadavre de Mahdî.
Peu de temps après, Ishaq étant allé avec sa troupe à la guerre avec les
Taiyayê, [809] les Khourdanayê tendirent des embûches à sa famille et à ses
enfants. Une femme païenne le fit savoir dans le village. Un moine, frère
de la femme d'Ishaq et une grande partie du peuple entrèrent dans la forte-
resse. Les Khourdanayê arrivèrent et tuèrent ceux qu'ils trouvèrent; et ils com-
battirent et attaquèrent à coups de pierres ceux qui étaient dans la forteresse.
Ils pénétrèrent dans les maisons. Or, leur espoir était dans la prière de ce
pieux moine, qui implorait la miséricorde du Christ en se prosternant et en
portant dans ses mains les reliques des saints. Il était excité à la prière par
sa sœur fidèle. Celle-ci jeta devant le Seigneur son petit enfant qui tétait
encore, en disant : « O Christ, du moins à cause de cet enfant dans lequel
demeure l'innocence' baptismale, secours tes serviteurs. » Quand les Khour-
danayê furent sur le point d'entrer, parce que la porte de la citadelle était
brûlée, un autre moine prit une lance, à l'exemple de Phinéès*, se précipita
lui-même du mur, se trouva' près du chef des Khourdanayê, et, avec l'aide de
Dieu, le transperça et le tua, sans qu'ils aient pu faire aucun mal à ce moine.
Le soir arriva. Toute la nuit, ils se tinrent debout^ et veillèrent. La pieuse
femme d'Ishaq était résolue à se livrer elle-même à la mort pour ne pas
tomber aux mains des païens ; [elle entra] dans le magasin d'armes et prit
un glaive doré, afin qu'ils la mettent à mort à cause de son éclat, et elle était
disposée à sortir et à périr dès le matin. Mais le Seigneur, « qui est proche
de celui qui l'invoque en vérité' », fit en sorte que les Khourdanayê aban-
donnassent l'attaque contre la forteresse, comme si elle était déjà entre
leurs mains, et courussent piller ceux qui étaient dispersés dans le pays
avant qu'ils ne prissent la fuite. Tandis qu'ils s'attardaient au pillage, Ishaq
apprit la nouvelle, et il envoya des piétons qui entrèrent dans la citadelle, et
quand les insensés revinrent, ils rencontrèrent des jeunes gens dont les glaives
étaient soutenus (?) par la prière ; le lendemain, Ishaq arriva avec une forte
armée ; comme les Khourdanayê étaient appliqués à l'attaque de la citadelle, ils
1. Cf. ci-dessus, p. 32. — 2. Ms. (fautivement) : Khourdianê. — 3. Lacune d'un mot dans le ms. ; il
ne reste que la première lettre, suppléer ; ll-wo^ H> ; littér. : baptême « sans souillure ». — 4. Cf.
IVuin., XXV, 7-8. — 5. BH : i.^*S « dirigea « son glaive vers le chef, etc. — 6. ,j«»d. — 7. Ps. cxliv,
18.
52 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
n'entendirent pas la voix de leurs sentinelles. Quand ils furent atteints, ils tour-
nèrent le dos pour la fuite ; ils furent enveloppés par la neige, et ainsi ils
furent tous massacrés et périrent. Telle fut la fin de Mahdî et de ceux qui
étaient avec lui.
Ensuite, ils eurent pour chef, Haroun, que 'Alî* tua, et après lui, Bâbek, un
bouvier. Celui-ci alla chercher du secours près de Theophilus, empereur des
Romains'.
Après cela, Mâmoun, ayant appris ce que Naçr avait fait à l'égard de Sabîb,
appela 'Abdallah fils de Tahîr, et lui promit honneur et dignité, comme Pharaon
à Joseph. Ayant reçu l'autorité, 'Abdallah prit 20 mille (hommes) et arriva à Gal-
linice en l'an 11.34. Tous les chefs des Persans se soumirent à lui. Quand le re-
belle Naçr apprit que 'Abdallah agis sait avec calme et modération, il pensa que
cela provenait de la faiblesse. Il excita ses compagnons à se porter à la rencontre
de "Abdallah avant qu'il ne s'avançât lui-même contre eux. Quand ils arrivèrent
sur le fleuve Habôra, 'Abdallah s'avança contre eux avec 12 mille hommes.
Lorsque (les Persans) marchaient à leur poursuite dans quelque endroit,
les Taiyayê [310J s'enfuyaient dans un autre. Un jour on les voyait dans la plaine
de Harran, le lendemain dans les environs de Callinice. 'Abdallah [voyant] ' que
Naçr ne se laissait point prendre à la poursuite, s'efforça de l'amener dans les
lieux de son repaire : à Saroug et à Kaisoum, ses propres villes. Il monta donc à
Balas. Ceux qui étaient sur le mur se mirent à le tourner en dérision; il défendit
de leur répondre. Il envoya en avant le général 'Ozeir qui rencontra Naçr auprès
du village de Çarîn, et tua quarante des "Taiyayê. La crainte s'empara de ceux-
ci. Il prit dans un combat la citadelle de Naçr, dans laquelle étaient ses provi-
sions; il envoya les 300 (hommes) qui y étaient cachés à la prison de Rafïqa.
Et 'Abdallah vint à Saroug : il contraignait les habitants à recueillir le blé et
la paille nécessaires à son armée pendant qu'elle assiégerait Kaisoum. Tout le
Djézireh et l'Occident furent dans une oppression telle qu'ils demandaient la
mort. Ils étaient tellement pressés qu'ils moissonnaient avant le temps le
froment, l'orge et les autres céréales, les battaient et les livraient. Naçr circu-
lait, massacrait les moissonneurs et incendiait tout ce qui se trouvait.
Quand 'Abdallah vit et apprit les calamités que causait Naçr, il engagea une
grande attaque contre la forteresse de Balas. Gomme les 'Taiyayê étaient atteints
par le jet des pierres, ils contraignirent les chrétiens à monter sur le mur, à
pleurer et à se lamenter, afin que 'Abdallah sache que les chrétiens, et non pas
les faiyayè, étaient lapidés. Gomme l'émir était miséricordieux, il ordonna de
[ne plus]* lancer de pierres dans la ville pour que les chrétiens ne soient pas
1. Probablement 'Alî ibn Hisam {Gesch. der Chai., II, 238). — 2. Cf. Gesck. der Chai., II, 235-
240. — 3. Suppléer !»- ,">, — 4. Lire : ^»^»l U«; BH : ^js,»i'll».
LIVRE XII. CHAP. XII 53
atteints, mais de creuser sous le mur; par le moyen d'une mine, ils percèrent
le mur et s'emparère it (de la ville) ; ils prirent les rebelles, les chargèrent de
fers et les envoyèrent à Bagdad. Quand 'Othman, fils de Thomama', qui occu-
pait Qennésrin, la Gœlé-Syrie, Émèse et la Phénicie, apprit cela, il fît sa sou-
mission à 'Abdallah qui l'accueillit pacifiquement.
Le maudit Naçr circulait dans les environs de Saroug, tuant les Persans et
les chrétiens. Il prit et mit à mort "Obeidallah, général des Persans. {'Abdallah)
Bar Tahir en fut affligé et s'apprêta à assiéger Kaisoum, la citadelle' de Naçr.
Quand celui-ci en eut connaissance, il écrivit et adressa une lettre promettant la
soumission ; et il envoya ses enfants comme otages. 'Abdallah répondit : « S'il
ne vient pas lui-même, je ne lui accorderai pas la paix ». Et au mois de tesrîn
(oct.) de l'an 1135, 'Abdallah mit le siège devant Kaisoum. Ils bâtirent des mai-
sons comme pour l'hiver. Ils dressèrent des machines' qui lançaient des pierres
(pesant) chacune la charge d'un âne. Kaisoum avait cinq murs et un fossé. Naçr
ordonna aux femmes chrétiennes de monter sur le mur, portant leurs petits
enfants, pleurant et suppliant qu'on ne les lapidât pas. 'Abdallah, en entendant
leur clameur, ordonna de ne pas lancer de pierres au milieu de la ville, mais
de frapper lé mur.
Ensuite, quand iNaçr vit que tous les rebelles, ses compagnons, s'étaient
soumis [SU] à l'émir, il ouvrit la porte de la ville, et envoya ses trois fils avec
200 charges de farine, 300 charges ' de chameau d'orge, 500 moutons, 10 mulets,
10 esclaves, 3 concubines et 3 eunuques, de l'argent et de l'or, des présents
pour tous les notables, lui faisant dire : « Reçois mon présent; que mes enfants
restent près de toi jusqu'au matin, et alors je viendrai moi même. » — Ayant
accepté ses présents, 'Abdallah donna ordre aux jeunes gens en disant ; « Ren-
trez dans votre famille, pour qu'on ne soit pas inquiet à votre sujet ». Au temps
du matin, Naçr sortit; de loin, il descendit de sa monture et marcha (à pied);
s'étant approché, il se prosterna et baisa le pied et la main (d'Abdallah). Alors
l'émir descendit de sa monture; ils s'assirent tous les deux et causèrent
ensemble un certain temps en secret. Alors l'émir permit à Naçr de rentrer
dans la ville, à la condition qu'après 25 jours, il irait le trouver à Gallinice.
'Abdallah, dans sa droiture, le crut; il ordonna à ses troupes de vendre tout ce
qu'elles avaient préparé pour l'hiver, et les gens de Kaisoum sortirent comme
ils voulurent. Quand 'Abdallah fut parti, Naçr se mit à rebâtir et à fortifier Kai-
soum. 'Abdallah fit connaître la soumission de Naçr à Mâmoun qui s'en réjouit.
'Abdallah vint à Samosate*. Le rebelle qui s'y trouvait chercha à se sauver.
1. Cf. ci-dessus, p. 49, n. 7 ; ici l'arabe porte : ^Ut »?l. — 2. Littér. : « maison de rébellion ». —
3. ■/«pâxwpi.ï. — 4. La lettre numérale douteuse dans le ms. est un » (=: 300, BH). — 5. Barhébr.
ajoute : «avec Mançour, fils de Naçr »,
54 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
L'émir en ayant eu connaissance s'empara du rebelle Yâ'as' (?) et l'envoya
chargé de chaînes à la prison de Rafîqa.
A cette époque^ Tahir mourut dans le Khorasan. Le roi envoya le fils cadet'
de Tahîr pour occuper la place de son père, et il écrivit à 'Abdallah une lettre
de condoléances ; il disait : « Puisque Naçr est soumis, va en Egypte et pacifie
cette région. » Mais le roi Mâmoun changea de résolution*, car Naçr se révolta
de nouveau, et quand 'Abdallah lui écrivit de veni r près de lui, il répondit : « Je
suis prêt à combattre contre toi; quant à mon fils Mançour, non-seulement en-
ferme-le à Bagdad, mais fais-le rôtir au feu et mange-le. » — Alors 'Abdallah fit
connaître ces choses à Mâmoun. Le roi s'irrita et il menaça de mort 'Abdal-
lah pour avoir relâché Naçr quand il était tombé entre ses mains.
Alors 'Abdallah s'empressa d'aller assiéger Kaisoum pour la seconde fois. Il y
eut une grande oppression dans tous les pays, parce qu'on obligeait les habitants
à apporter les vivres au camp ; et ce fut un moment de famine et de disette de
toute sorte de choses, et en tous lieux. 'Abdallah mit le siège contre Kaisoum
au mois de 'ab (août). Avant de commencer l'attaque, le général 'Isa, s'appro-
cha du mur et dit : « Naçr! moi 'Isa, qui te parle, j'ai commis beaucoup plus
de méfaits que toi, et quand ja suis revenu le roi miséricordieux m'a accueilli
avec empressement. Sors donc trouver l'émir, dont tu as expérimenté la clé-
mence. Je m'en porte garant. » Naçr répondit : « Ces paroles n'entrent pas
dans mes oreilles; car il n'y a pas plus d'accord entre moi et vous qu'entre
loups et brebis. » — Alors eut lieu un combat acharné. La majeure partie du
peuple qui était dans la ville [S12] fut tuée par les pierres. Naçr ne permettait à
personne de pleurer les morts : mais ils les enfouissaient comme des chiens.
Quiconque détournait son visage du combat ou descendait du mur avait la tête
tranchée par le glaive. Quand le.combat s'aggrava et quand le mur extérieur fut
ouvert, Naçr fit monter les femmes sur le mur, portant leurs enfants et pous-
sant des cris. 'Abdallah, en entendant leur clameur, fit cesser le combat. Les
troupes bâtirent des maisons pour l'hiver. Naçr, en voyant que la famine s'ag-
gravait dans la ville, au point que les hommes mangeaient la chair des ânes et
des autres animaux, et que la tête d'un âne se vendait dix zouzê, comprit qu'il
ne lui restait plus d'espoir, et chercha à s'enfuir sans y parvenir ; il fit demander
à 'Abdallah de le recevoir; celui-ci répondit : « Bien que tu ne le mérites pas,
cependant, à cause du cri des malheureux : envoie tes deux fils et quarante
hommes que je confère avec eux. » Quand ils arrivèrent, il leur dit : « Vous serez
otages, et nous cesserons l'attaque, jusqu'à ce que la réponse du roi soit arri-
vée ! » . Ceux-ci répondirent lugubrement : « Fais tout ce que Dieu te montrera. »
1. Même leçon dans l'arabe. — 2, Ann. 209 Hég. — 3. Moliammed. — 4. Littér. : « frappa sur l'ar-
rière du navire ». Arabe : ^oseUo yW^ lU» ovL3a&. p| v.a ^; cf. ci-dessous, p. 95, n. 4.
LIVRE XII. GHAP. XII
55
Or, la réponse du roi arriva : « « Quand Naçr et ses compagnons viendront
trouver 'Abdallah, il pourra faire à leur égard tout ce qu'il voudra. » Alors
Naçr sortit simplement: il demanda seulement des gardes pour le protéger
jusqu'à son arrivée.
Quand Naçr arriva près de 'Abdallah, il lui demanda Kaisoum, mais 'Abd-
allah ne le lui accorda pas. On cria des deux côtés : « Dieu est grand », à
cause de la délivrance qui eut lieu. Ensuite la famille de Naçr fut envoyée au
petit village' qu'il avait bâti à Saroug, près de la ville antique qui s'appelait
Dimîtîr ' et que Sennachérib avait détruite, en faisant porter les briques de son
mur sur les épaules de ses habitants et les faisant jeter dans l'Euphrate, comme
il avait juré de le faire, quoiqu'elle fût éloignée de l'Euphrate de douze milles.
11 y avait autrefois 4 villes à Saroug : Dîraîtîr dont nous avons parlé, Batnan,
celle qui s'appelait Hedtad'Ariawata', et Haura dans laquelle Mar Jacques' était
périodeute avant d'être ordonné évêque, et qu'on appelle aujourd'hui Hesna de
Bar Nouna.
Ensuite, l'émir ordonna de démolir les murs de Kaisoum. Naçr et ses com-
pagnons furent confiés à des gardiens qui les emmenèrent' montés sur des
mulets \
Cette délivrance arriva au mois d'adar (mars) de l'an 1136. Le Djézireh et
l'Occident avaient été tourmentés par les rebelles pendant 14 ans, jusqu'à ce
que cet 'Abdallah, homme pacifique, eût entièrement rétabli la paix. — Fin des
histoires royales.
A cette époque, échoua un grand poi s-
son [SOS] dans la mer de Cilicie. Sa
longueur était de quarante coudées, et
il était encore plus gros que long ; il pa -
raissait comme un animal ou comme un
rocher. Les gens du pays se réunirent,
dépecèrent^ sa chair, la firent cuire et
la mangèrent. Ils en transportèrent une
partie à Antioche, « et nous-même, dit
Dionysius^ nous vîmes là plus de qua-
A cette époque, l'émir 'Abdallah vint
[o08] à Callinice.
Abîram et sa troupe de rebelles ar-
rivèrent et allèrent le trouver pour en
obtenir un diplôme. Le patriarche Mar
Dionysius vint aussi en cet endroit.
Le patriarche étant entré le premier ,
l'émir l'interrogea sur Abîram et sa
troupe. Le patriarche lui fit connaître
leur rébellion contre le patriarche Cy-
1. Ces deux mots pourraient être un nom propre : Kephar Ze'ôr; cf. Wright, Cat. of syr. MSS.,
714 a. — 2. La vocalisation est dans le ms.; transcription littérale de Aïi|j.iitï)p, probablement pour
AYiiAYiTpiâç. — S.Littéral. ; La Neuve des Lions. — 4. Jacques de Saroug ; cf. t. II, p. 161. — 5. Le
mot est mutilé dans le ms. ; compléter : .„^^oa>(, — 6. Le texte désigne ces animaux par deux mots
ordinairement regardés comme synonymes, et dont nous ne pouvons marquer la différence.
7. ^ocoâ^o.
56 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
rante vases de sa cervelle et autant des riacus et le reste de leurs actions, et
prunelles de ses yeux '; et ils s'en ser- leur intention d'obtenir un diplôme
vaient comme de l'huile d'olive pour l'é- pour troubler les pays, parce qu'il n'y
clairage et la cuisine ». — Fin de ce petit avait personne qui les acceptât. Ensuite,
chapitre comme un court récit récréatif*. l'émir ordonna d'introduire le miséra-
ble, et il lui demanda : <> Qu'es-tu ?» —
Il répondit : « (Je suis) patriarche; comme celui-ci ne l'était pas réellement je me
suis opposé à lui ». Et il exposa la question de la formule*.
Alors (l'émir) interrogea le patriarche : « Qu'est-ce que cette parole? » — Le pa-
triarche répondit : « Cette formule dont ils prennent prétexte et qui sert de voile à
l'ambition du pouvoir pour lequel ils luttent, est une parole de l'Évangile. Bien que
nous nous en servions nécessairement dans nos prières, cependant nous n'employons
pas continuellement tout l'Evangile ; mais parfois nous le lisonsdans l'Eglise, parfois
nous l'expliquons au peuple, et parfois nous mélangeons à nos prières quelques-unes
de ses paroles, comme vous faites vous-mêmes; quand on vous présente votre Livre,
vous ne le lisez pas tout entier dans vos prières; mais quand celui qu'on appelle
a îmàm » se tient pour prier devant plusieurs. Il prend la partie qu'il veut du Livre
et la récite au commencement de sa prière, et personne de ceux qui prient derrière
lui ne dit : [509] « Ne lis pas celte parole, mais cette autre », comme osent le faire
ces audacieux qui troublent l'Église.
Quand je lui eus raconté toute l'histoire, en langue sarr asine, le Seigneur me fit
trouver grâce à ses yeux. Il ordonna à celui qui se tenait h sa tète : « Sors! demande
aux chrétiens qui se tiennent dehors qui est leur chef. » Des milliers, en effet, étaient
réunis à la porte. Quand (l'olficier) sortit et parla à haute voix, ceux-ci s'écrièrent :
Abîrâm n'est pas notre chef; il n'est pas même chrétien! » — « Et à notre sujet, dit
le chroniqueur, ils prononcèrent beaucoup de choses que nous n'avons pas écrites. »
L'émir 'Abdallah, en voyant cela, et voyant en outre le diplôme provenant de
fahir, son père, regarda durement Abîrâm et lui dit : « Je vois que tu es un homme
menteur et un séducteur, et que l'autorité appartient à ce patriarche. » Et il or-
donna de le dépouiller sur le champ de son btrouna'' ; Il le réprimanda et lui dit :
« Que je n'entende plus dire que tu as revêtu le biroiina ou que tu tiens la crosse
à la main, ou que tu t'intitules patriarche; mais va-t-en et reste tranquille ; et dis-
perse les moines qui sont avec toi. Et si j'apprends de nouveau que tu circules dang
les villes, ton sang sera sur ta tète! »
Quand Abîrâm et ses compagnons eurent été congédiés comme il convenait à
leur impiété, le Seigneur permit, à cause de nos péchés, que l'Église fût encore affli-
1. Ar. : w-o^ pl|3 ^. — 2. Cette clausule est omise dans l'arabe.
3. La formule ^«ne/n eselestem frangimus ; cf. ci-dessus, p. 5. — 4. « Vestis pontiiicia »; sorte
de chape. Cf. Thés, syr., col. 521 ; et Bar Hebr., Chron. eccL, I, 355, n. 2.
LIVRE XII. CHAP. XII 57
gée pendant quelque temps. Les rebelles relevèrent la tête pour le motif que voici :
Xenaias, qui avait été ordonné par Abîrâm, était venu nous trouver, et avait reçu
l'absolution'; [SlOjil retourna ensuite, avec ses compagnons, à leur vomissement, à
l'instigation de Bar Çauma, surnommé Theodosi[us], de Calllnice, qui dans la per-
versité de son esprit avait été offensé de la conversion des Goubbayê, et ne cessait
d'exciter la discorde, comme (jadis) lui-même et d'autres avaient mis obstacle à l'u-
nion que le patriarche Cyriacus fit avec les Julianistes '. De même que Theodosius
avait vexé Gabriel, jusqu'à ce que celui-ci retournât en arrière, de même fit-il
maintenant à l'égard de Xenaias. Il le tourna eu dérision et le couvrit d'opprobres,
si bien que celui-ci appela Abîrâm à son couvent, lui remit le diplôme de Goubba
Barraya, lui donna les frais (de voyage) et envoya Siméon, son frère', h Bagdad pour
lui obtenir un écrit. Les Alides', en voj-ant le diplôme de 'Alî, fils d'Abou Taleb,
l'aidèrent et obtinrent un diplôme pour Abîrâm, afin qu'il pût circuler par les villes.
Quand le moine' Siméon revint de la contrée de Bagdad avec le diplôme qu'il
apportait à Abîrâm, son frère, celui-ci réunit un troupeau de moines pour aller
trouver l'émir 'Abdallah. On nous envoya chercher et nous vînmes d'Antioche. Quand
je fus entré en présence de l'émir, il ordonna d'introduire leur troupe. Quand l'émir
vit la kûusîta^ sur sa tête, il le regarda durement, avec colère, et lui dit : « Pourquoi
as-tu transgressé notre défense et revêtu le bîrouna ?» — Celui ci répondit: « Ceci
est la kousîta de la tête, et non pas le bîrouna ». — L'émir me demanda s'il en était
ainsi ; et il lut satisfait parce que je confirmai (la parole de) ce misérable. Quand nous
[SU] prétendîmes que le diplôme n'était pas authentique, ceux-ci dirent : « Il est
authentique ». Et nous demandâmes qu'il ne fût pas mis à exécution. Quand l'émir
les eut longuement réprimandés, nous fûmes congédiés jusqu'à ce qu'il eût envoyé
chercher un édit pour l'annulation de ce diplôme.
Au bout de vingt jours il nous arriva une lettre du roi Mâmoun pour 'Abdallah, de
cette teneur : « Les chrétiens nous ont fait parvenir une pétition^ se plaignant
d' Abîrâm qui s'est proclamé patriarche, tandis que leur chef est Dionysius. Con-
voque les Jacobites de cette région, et confirme l'autorité sur eux à celui qu'ils
acceptent, et tu soutiendras celui qui est le véritable (patriarche) dans les choses qui
conviennent et ne blessent pas la justice. »
L'émiT me permit d'entrer et laissa Abîrâm dehors. Il me dit : « Je te donne
l'écrit qui annule le diplôme d'Abîram; qu'il soit sous ton obéissance. Et excommu-
nie quiconque te résistera! » Il appela son hâdjib' et lui dit : « Prends le patriarche
1. Cf. p. 49. — 2. Cf. p. 14. — 3. Frère d'Abraham ; cf. p. 24. — 4. BH : .^Sû. ^j,. — 5. « CucuHus
in forma spherica compactus sine quo patriarchae Jacobitarum domo exire nefas est >>. Thés, syr.,
col. 1781. — 6. Ou peut-être : (originaire) « de Dara », si le mot n'est pas altéré; (ar. : >.jlil,"S\);
mais on trouve la même expression appliquée à un autre Siméon (ci-dessous, p. 92, n. 3); le nôtre
était moine de Goubba Barraya (cf. p. 24), — 7. àva<popo(. — 8. ,_«>*.L. « chambellan, janissaire ».
III 8
58 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
par la main, et sors dehors ; appelle Abîram et ses compagnons, et livre-les entre ses
mains; qu'il les juge comme il voudra. » Il sortit donc dehors, où se tenaient des
milliers de chrétiens et de païens; il nous fit asseoir sur son coussin, et il appela les
révoltés et leur dit : « L'émir vous ordonne d'être soumis au patriarche, qui pourra
vous juger, vous excommunier, vous chasser. » Il ordonna à Abîram de se proster-
ner devant moi, et se tournant vers moi, il (me) dit: « Voici que je le livre entre tes
mains : traite-le comme tu voudras. »
J'espérais qu'il ordonnerait qu'ils fussent frappés [«>12] et que leurs insignes'
fussent déchirés.
Je considérai ce qui était opportun et je commençai à les admonester : « Mainte-
nant que vous avez été livrés entre mes mains, faites monter la crainte de Dieu dans
vos cœurs; faites cesser le schisme de l'Eglise, et allez-vous en chacun dans son
pays. )) J'ordonnai' d'enlever la koustla de la tête d'Abîram, en signe qu'il était
dépouillé de l'autorité qu'il s'était attribuée par la rébellion. Ils sortirent couverts
de honte et s'en allèrent à Cyrrhus*. Ils répandaient la nouvelle : « L'émir nous a
reçus et nous a donné la permission d'ordonner des évoques », et par des inventions
de cette espèce ils troublaient les villageois dépourvus de bon sens. Quand nous
l'apprînaes, nous prîmes un diplôme d^ l'émir et des lettres pour les préfets et nous
nous rendîmes à Goubrîn, dans la région de Cyrrhus \ Quand le préfet de l'endroit
eut lu la lettre de l'émir, il envoya avec empressement chercher Abîram et ses com-
pagnons, enchaînés comme des voleurs. Il me demanda : « Que veux-tu que je leur
fasse?» J'insinuai qu'il fallait les souffleter un peu en présence des villageois qui
étaient attachés à eux. Tandis que je siégeais près du préfet j'ordonnai de dépouiller*
(de leurs insignes) Abîram, Çeliba et Noah qui s'intitulaient évêques. Quand nous
eûmes exposé leur imposture devant tout le monde, je dis au geôlier de les envoyer
en prison. Comme les villageois se mirent à murmurer, le préfet donna ordre aux
Persans, et ils les chassèrent à coups de bâton. Ils se dispersèrent dans leurs villages.
Trois jours après le préfet quitta Goubrîn; nous lui dîmes de les envoyer dans
[S13] la prison d'Alep. Ensuite, le geôlier d'Alep nous fit appeler, parce qu'ils se
plaignaient d'être opprimés. Ils étaient soutenus par les Chalcédoniens d'Alep, qui
se réjouissaient de notre brisement. Mais quand nous eûmes exposé l'affaire au chef
de l'endroit il les fit remettre en prison.
Nous les laissâmes pendant 20 jours, afin que les Occidentaux eussent connaissance
de leur abjection. Alors ils envoyèrent des intercesseurs près de nous, (affirmant)
qu'ils ne s'élèveraient plus jamais contre nous et souscriraient à tout ce que nous
"Note makgikale : « Les Taijayê l'appellent Kourîs; elle est dans la région de Gargar, à proxi-
mité du fleuve de Kabtai ».
1. Lire : ^w— a». ; cf. ci-dessus, p. 24 n. 1 (arabe : >ooil|3). — 2. Lire : I.,û3. — 3. Ms. : Cyria-
cus (!). — 4. Littér. : « de dénuder ».
LIVRE Xn. CHAP. XIII 59
exigerions. Nous les reçûmes. Ensuite l'émir de l'endroit écrivit et prit à témoin
contre eux des Qoreisites. Ils prononcèrent l'anathème contre eux-mêmes (jurant)
qu'ils n'entreraient plus dans la Cyrrhestique et n'exciteraient plus de trouble.
Alors l'Église fut quelque temps dans le calme sans être molestée par les rebelles.
Quand l'émir 'Abdallah fut envoyé en Egypte, les rebelles revinrent sur leurs ser-
ments et retournèrent dans la Cyrrhestique; mais ils ne purent de nouveau exciter
des troubles. — Fin de ce qui concerne le patriarche .
CHAPITRE [XIII]. — De la ruine que causèrent aussi les rebelles dans le pays
d^ Egypte du temps de Mâmoun, roi des Taiyayê. De ce qui arriva à Baçra, à
celte époque. Du décret porté contre l'Eglise, à propos duquel Dionysius
descendit en Egypte.
Au moment où Naçr et ses compagnons se révoltèrent en Syrie, le pays
d'Egypte fut aussi perverti par des rebelles.
Alors, deux hommes, Sarî et Gaurî, s'en emparèrent et, après avoir amassé
de l'or comme des pierres, ils se mirent à percevoir le tribut. Quand ils mou-
furent, leurs enfants s'établirent : 'Obeid, fils de Sârî, sur Fostat et tout le pays
méridional, et Ahmed, fils de Gaurî, sur la partie septentrionale de l'Egypte.
Alexandrie fut aussi occupée par un peuple venu du pays d'Andalousie'.
Quand 'Abdallah, fils de Tahir parvint à 'Aris, en l'an 1137, Ahmed sortit le
trouver et traita pour ses possessions. Son père, Gaurî, avait réuni de l'or au
point d'en faire des lingots qu'il enfouissait ; il dit à ^es proches : « Je suis
confus en présence de la terre de lui confier tant d'or! »
Le fils de Sarî, qui était encore plus riche, dont la ville était fortifiée, et qui
possédait 80 mille (esclaves), la plupart Maures', sortit à sa rencontre. Quand
'Abdallah l'apprit, il eut peur, [314] parce que ses armées l'avaient quitté en
Palestine. Il lui adressa trois vieillards pour parler de la paix. Bar Sarî répondit
avec orgueil et dit : « Je suis le sujet du roi et son gardien ' ; pour toi, choisis
une des trois choses : Ou envoie quelqu'un de ta part pour percevoir le tribut
de l'Egypte, dont je serai le gardien ; ou prends des informations sur le tribut
que je percevrai et enverrai moi-même, sans que tu entres ici ; ou prépare-toi
à la guerre. »
"Abdallah resta en place jusqu'à ce que ses troupes d'Occident et du Djézireh
fussent arrivées. Quand elles furent réunies, ils commencèrent à entrer, atta-
quant et étant attaqués par Bar Sarî. Au mois de nisan (avril), ils mirent le
1. BH : iMii^.il u-V.a. Cf. Gesch. der Chai., II, 231 et suiv. ; Renaudot, Hi.it. patr. Alex., p. 252,
268, — 2. C.-à-d. « noirs ». — 3. Son trésorier.
60 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
siège contre Foslat. 'Obeid, voyant que la guerre s'aggravait et que les routes
étaient fermées' pour introduire des vivres par mer ou par terre, envoya dire à
'Abdallah : « Je veux, ô émir, que le bienfait de la paix vienne de moi et non par
l'intermédiaire d'autres. C'est pourquoi je sortirai demain. » L'émir répondit :
« Puisque tu as agi ainsi, je te promets qu'avec ta famille, toute ta fortune te
sera conservée ». A l'instant même, Bar Sarî se rendit près de 'Abdallah et fit
la paix. Ils mangèrent et burent (ensemble).
Quand les gens de l'Andalousie s'emparèrent d'Alexandrie, ils en expul-
sèrent tous les Chrétiens et les Juifs, et ils s'établirent dans leurs maisons.
'Abdallah leur manda de lui envoyer dix hommes pour qu'il établisse l'un
d'eux comme leur chef. Ceux-ci envoyèrent [S13] de leurs inférieurs. Il les
chassa et ordonna que tel et tel vinssent. Comme ils n'y consentirent pas, il
mit le siège contre cette ville au mois d'adar (mars) de l'an 1138; il entoura la
citadelle, car toute la ville était déjà en ruines. Il ne restait plus, de tous côtés,
que des traces des divers lieux, des temples illustres et des maisons, et
quelques habitations humaines les entouraient comme quelques villages. Après
avoir été opprimés par la famine et le combat pendant neuf mois, ils sortirent
et vinrent faire leur soumission. Ils demandèrent à acheter les maisons et à s'y
fixer; et comme les chrétiens n'y consentirent pas, ils s'en allèrent dans leur
pays. 'Abdallah envoya cinquante d'entre eux avec leur famille à Gallinice.
Après avoir soumis toute l'Egypte, 'Abdallah conçut le projet de soumettre
l'Afrique. Il envoya prendre quatre-vingts hommes qui venaient de la Ka'ba'.
Ceux-ci écrivirent à leurs compagnons de venir trouver l'émir qui leur établi-
rait un chef. Quand les Africains virent que leurs compagnons se trouvaient
bien et apprirent les bienfaits de Bar fahir à l'égard de tout le monde, ils
vinrent le trouver : il leur établit pour chefs deux des hommes équitables
d'entre eux, et il emmena les autres avec lui près du roi Mâmoun.
Il partit pour Callinice en l'année 1139, et il établit ceux qu'il avait emmenés
à Anazarbon, qui est en Cilicie. — Fin.
Quand Mâmoun apprit que Naçr était La démolition des églises des chré-
pris, 11 se réjouit et eut bon espoir. tiens commença par Tagrit, ainsi que
Ensuite tous les rebelles lui furent en- nous l'avons montré dans le récit con-
voyés, avec Naçr, à Bagdad. sacré à Basilius '. La calamité s'étendit
Quoique Naçr fût un tyran, il aimait dans le Djézireh et dans tout l'Occident,
cependant les chrétiens, et il accablait Ensuite, aussi en cette année 1136,
sans pitié de toute espèce de tributs nous fûmes abandonnés (de Dieu) à
1. ^iiiZ.', — 2. Du pèlerinage de La Mecque.
3. Cf. ci-dessus, p. 48.
LIVRE XII. CHAP. XIII
61
ceux d'entre les chrétiens qui aposta-
siaieut; il disait : d Pourvu que vous me
donniez le tribut, chacun est libre de
choisir la confession qu'il veut » ; et
plusieurs retournèrent des mosquées
aux églises. Celui qui osait violenter
une femme avait la tête coupée : il fit
mettre à mort plusieurs de ses compa-
gnons pour ce motif.
'Abdallah partit pour les régions
occidentales, laissant à sa place sou
frère Mohammed. Il occupa pacifique-
ment les lieux de la Palestine. Il soumit
le rebelle Hasan, qui était à Tyr. Il lui
imposa comme règle de ne pas sortir de
son camp; mais comme celui-ci trans-
gressa ce pacte, il le fit tuer; puis il
descendit à Jérusalem. Il pria dans les
lieux honorables qu'ils ont en cette ville,
et parcourut les endroits où résida
Notre-Seigneur le Christ. [S14] Ensuite
il descendit en Egypte.
En l'année 1136, le zèle s'empara des
gens de Baçra ; environ trente mille
d'entre eux sortirent sur des navires et
descendirent vers le pays du Bahrain
pour en tuer les habitants, à cause de
leur tyrannie et de leur piraterie sur
mer; car ils ne laissaient point les mar-
chands ou les navires de l'Inde, de la
Chine, de la Perse, venir à Baçra et à
Bagdad. Lorsqu'ils arrivèrent par mer
au continent, les gens du Bahrain les
aperçurent et s'enfuirent avec leurs
objets précieux dans une des îles de la
mer. Cette île avait un gué qui permet-
tait d'y pénétrer ; route par laquelle
cause de nos péchés, et le Calomniateur
excita la guerre contre nous, pour la
démolition des églises.
Yaqdan avait à Edesse un scribe
chalcédonien qui s'appelait Walîd. Il
détestait les chrétiens. Quand ils se
plaignirent de lui à Yaqdan, celui-ci
l'honora encore davantage à cause des
maux qu'il lui apprenait à infliger aux
chrétiens. Les Edesséniens ne le sup-
portèrent pas et descendirent en Egypte,
près de l'émir 'Abdallah, pour se plain-
dre de ces deux hommes. Quand Walîd
vit que sa chute était proche, il fit en
sorte que Yaqdan démolît leurs églises.
Il écrivit au chef de Callinice pour
exciter sa colère contre les Edesséniens
et contre Theodos[ius] leur métropo-
litain. Ce chef, qui était aussi ennemi
des chrétiens, présenta les (lettres) à
l'émir Mohammed'. Ce dernier, qui était
un jeune homme, se laissa prendre aux
paroles du juge. Il ordonna [314] de
démolir tout édifice nouveau, et on dé-
molit l'église des XL Martyrs, le dia~
conicon et la sacristie de la Grande
église, le petit atrium septentrional du
baptistère, la basilique et le reste des
constructions de Theodosi[us]. Ils dé-
truisirent aussi le monastère de femmes
des Chalcédoniens et leur église, et ils
bâtirent une mosquée dans le tetrapylon
qui se trouvait devant l'église Ancienne,
lieu qu'onappelait Beit Sabta •, où se réu-
nissaient les anciens et les notables
après l'office du matin, discutant et rai-
sonnant (sur des sujets tirés) des livres
I. Frère de 'Abdallah ibn fahîr. — 2. Litt. « maison du sabbat « ; peut-être une ancienne syna-
gogue.
62
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
aucun étranger ne pouvait s'avancer.
Lorsque les gens de Baçra voulurent
s'avancer contre eux, ne le connaissant
pas, ils tombèrent dans la profondeur
des eaux. Quand les gens du Bahrain
virent cela, ils sortirent sur des barques
et firent noyer tous ces trente mille
habitants de Baçra.
A cette époque, le roi Mâmoun apprit
que les Qoreisites, gens de sa tribu,
méditaient une révolte contre lui. 11
s'empara de leurs quatre chefs, les jeta
en prison, et les fit charger de chaînes.
Comme ils avaient perdu tout espoir de
vivre, ils formèrent le complot, avec
quelques autres, de mettre le feu au
grand faubourg appelé Karka, de sorte
que quand Mâmoun sortirait, à l'endroit
où était le feu, ils enverraient des
hommes pour le tuer. Mâmoun ayant
eu connaissance de leur projet' sortit
pendant la nuit avec quelques [ol'o]
hommes, se rendit à la prison, tua les
Qoreisites et revint à son palais. Au
matin, il fit suspendre leurs cadavres h
la potence, et la terreur s'empara de
tout le monde; et Mâmoun fut considéré'
par ses troupes comme s'absténant de
meurtre non par faiblesse, mais par
clémence.
Ibrahim, oncle du roi, fut aussi pris ;
le roi, voyant qu'il était vieux, le laissa
en vie '. Celui-ci avait appris leur mu-
sique'; il achetait des jeunes gens et
des jeunes filles, les instruisait et les
ecclésiastiques et profanes, jusqu'au
moment da repas. Ce lieu qui fut dé-
moli était surmonté d'une coupole.
En outre, les citoyens d'Edesse furent
requis de livrer leurs esclaves, pour
qu'ils se fassent musulmans.
Les Taiyayê de Harran, en voyant ces
choses, furent portés à démolir l'église
et à molester les chrétiens.
Quand nous reçûmes ces nouvelles, à
Nisibe, sans tarder nous prîmes quel-
ques évêques et nous partîmes pour
l'Egypte, vers l'émir 'Abdallah. Nous
et les évêques, nous montâmes sur un
navire à Joppé. Theodosi[us] et d'autres
firent route par terre. Les vagues s'éle-
vèrent et les flots de la mer se soule-
vèrent ; les navires étaient sur le point
d'être submergés, et la tempête devint
si violente que nous perdîmes tout
espoir de vivre. Après deux jours, nous
fûmes jetés dans le port de la ville de
Tanisis''. Quand les habitants apprirent
qui nous étions, ils vinrent à notre
rencontre au nombre de plus de trente
mille. Cette ville est comme une île,
environnée [S13] d'un lac formé par
l'inondation du Nil et par la grande mer
Adriatique ; les eaux tiennent lieu de
mur à la ville. Ils vinrent à nous sur
des barques. Ils se bousculaient mu-
tuellement pour recevoir la bénédiction .
Et comme du matin jusqu'au soir nous
avions pu à grand'peine nous approcher
du rivage de la ville, à cause de la
1. liio^ai. — 2. ^oïL'. — 3. Cf. Gesch. der Chai., II, 220 suiv.; Ilist. saracenica, trad., p. 172.
— 4. BH : Ucoie-^.
5. Sic vas. et Barhébr. ; et non pas Tanis. Cf. QuatremÈre, Mémoires géographiques et hist. sur
l'Egypte, Paris, 1809, t. I, p. 288 et suiv.
LIVRE XII. CHAP. XIII 63
revendait mille ou deux mille dariques, bousculade, la troupe de la ville arriva,
et il vivait (ainsi). — Fin. qui frappait le peuple à coups de bâton,
et nous conduisit en liberté dans l'église ,
Jacques, pape d'Alexandrie*, et les
évêques vinrent nous trouver, Ils se réjouissaient et disaient: « On n'a plus revu de
patriarche en Egypte depuis Mar Severus ». Alors nous lui rappelâmes la venue
d'Athanasius le Chamelier et l'union qu'il fit avec Anastas[ius] après le schisme de
Petrusetde Damianus*. Nous reconnûmes que, n'ayant point souci de la connaissance
des livres, les conventions' étaient tombées en désuétude chez eux. Jacques était riche
en œuvres excellentes, bien qu'il fût peu capable pour la parole et l'administration.
Nous nous attardâmes dans les villes qui sont sur la rive du fleuve, parce qu'ils ne
nous laissaient pas (partir) avant que nous ayons consacré, et que nous les ayons fait
participer aux mystères. Les Egyptiens tenaient beaucoup à les recevoir des mains
du patriarche. Par suite de notre retard, Theodosi[us] nous précéda et parla à l'émir
de nous et de la tempête de la mer. Quand nous parvînmes au camp des Persans, et
quand j'entrai près de lui, il me blâma d'avoir fait route par mer « étant âgé, dit-il, et
revêtu d'une pareille dignité » ; car j'étais fort honoré [S16] par lui. Il dit : c Qui
t'obligeait de venir en Egypte ; tu pouvais, par lettre, me faire connaître ce que tu
désirais, d'autant plus que ton frère, qui était le principal intéressé*, venait. Je lui
répondis : « Ce métropolitain, ô prince, (est venu) pour son propre compte et pour ce
qu'Édesse a souffert' ; (mais comme cela)^ s'étend en tous pays, c'est moi qui suis le
plus affligé et le plus opprimé, quand nos églises sont détruites et quand nos lois sont
abolies. » — Et comme le moment de notre visite chez lui était la nuit, parce qu'il
était tout le jour occupé dans les combats, nous lui parlâmes longuement des choses
utiles, et je lui présentai l'ambassade du Djézirehetde l'Occident et leurs récrimina-
tions contre ses préfets.
Je lui racontai l'histoire lamentable de Tanisis^, ville d'Egypte. Bien qu'elle ait
une population nombreuse et des églises, nous n'avons jamais vu une misère comme
celle de ses habitants. Quand nous demandâmes d'où (elle provenait), ils nous répon-
dirent : « Notre ville est entourée d'eau, et nous n'avons ni récolte ni autre ressource;
nous ne pouvons avoir de troupeaux ; les eaux que nous buvons viennent de loin et
nous les achetons quatre zouzê la cruche ; notre travail consiste dans le lin que nos
femmes filent, et que nous tissons; le prix que nous recevons journellement des mar-
chands de vêtements est d'un demi zouza par jour. Et quoique notre travail ne suffise
1. Cf. Hisl. pair. Alex., p. 270. — 2. Cf. tome II, p. 381 et suiv. — 3. Malgré la leçon concordante
du ms. et de Barhébr., j'incline à lire t-a-j/.. — 4. Littér. : « le maître de la chose ». — .5. Lire:
È>»-; ar. : ^sà^lt ucn^.^ 4 ci^ai^o. — G. Les mots suppléés manquent aussi dans l'arabe. — 7. Le
ms. a ici « Tanis » ; mais le contexte (confirmé par la leçon de Barhébr.) exige qu'on lise « Tanisis »,
comme plus haut.
64 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
pas pour le pain de notre bouche, quand nous sommes taxés pour le tribut, nous
sommes obligés de donner chacun cinq dinars ; nous sommes frappés et jetés en
prison et on nous contraint de donner nos fils et nos filles en gage, pour travailler
comme esclaves, deux ans par dinar ; et si c'est une fille ou une femme, et s'il arrive
qu'elle enfante chez eux, ils nous font jurer que nous ne les inquiéterons pas à
ce sujet. 11 arrive aussi qu'avant que le moment de la libération de la femme de
quelqu'un soit venu, un nouveau tribut est imposé, « Et ils me demandèrent, ô émir,
de te faire connaître leur situation, pour que tu aies pitié d'eux. » Alors l'émir
ordonna que, selon la loi du Djézireh, ils donneraient comme tribut', 48 zouzê pour
les plus aisés, 24 pour les moyens et 12 pour les pauvres, lorsqu'on percevrait sur
eux la capitation.
Il nous écrivit un édit pour que tout ce qui avait été démoli à Edesse fût rebâti^
et pour qu'on ne démolisse jamais nulle part une église.
Il écrivit de sa propre main à son frère Mohammed, en ces termes : « Je pense, ôtoi,
que ce n'est pas Dieu qui t'a amené chez nous du Khorasan '; car mon camp est rempli
d'évèques et de bienheureux moines qui se plaignent de toi. Ils invoquent Dieu, en se
plaignant de l'injustice qu'ils ont soufferte de ta part, par la démolition de leurs églises,
surtout le patriarche et son frère, le métropolitain d'Edesse. Je sais que tu es un
jeune homme sans expérience, et quant à ceux qui t'ont trompé pour te mettre en lutte
avec les chrétiens, ne t'y laisse pas prendre ; je sais que ce n'est point pour te faire
avancer près de Dieu qu'il t'ont poussé à cela, mais pour accomplir leur dessein ». Et
après d'autres choses, il lui défendait de nous molester. Comme il nous donna cette
lettre, le métropolitain Theodosius n'eut pas de patience qu'il ne l'eût fait ouvrir
par un secrétaire ; il en prit une copie et refit le cachet. Quand elle arriva, Mohammed
donna des ordres et fit cesser la tempête; les prisonniers furent libérés. — Cette
délivrance eut lieu en l'an 1137.
Au bout de cinq mois, Yaqdan, à l'instigation duquel avait eu lieu la destruction
des églises, monta avec une armée dans le pays des Romains; il y fut tué, ainsi que
toute l'armée qui était avec lui, et son iniquité retomba sur sa tête'. — Fin.
CHAPITRE [XIV], qui est tout entier consacré aux événements ecclésiastiques.
Rébellion de Philoxenus de Nisibe et de Lazarus de Bagdad, à propos des-
quels le patriarche Mar Dionysius descendit à Bagdad, et rencontra Mâ-
moun, roi des Taiyayê, comme il l'écrit lui-même très exactement, en ces
termes :
Parlons maintenant de la guerre que le Calomniateur suscita contre nous en l'an
1139, afin que nous ne cessions pas de nous sanctifier dans la souffrance pour
1, It^iaa; cf. ci-dessus, p. 24, n. 2. — 2. Cf. p. 54, n. 3. — 3. Ar. : 'oi^mIoi <^>i. 'ovmL| oîdIo.
LIVRE XII. CITAP. XIV 65
l'Église, comme les autres saints nos prédécesseurs, lorsque des hommes insensés
devinrent enragés par la maladie de l'ambition, par exemple, Sergius Zakounaya
contre Severus Bar Maska', Denha de Tagrit contre [ul7] Julianus et Athanasius',
Isaac contre Iwannis', Jean et David contre Georgi[us] '% Abiram contre Cyriacus^
Tandis que ceux-ci, dévorés par l'ambition du pouvoir, osèrent déchirer l'Église, de
notre temps'', Dieu ne permit pas qu'il y eût des schismes parmi nous, par le fait
de l'hérésie, mais il nous affligea par les résistances et les murmures des diocèses
contre leurs évoques et par des accusations odieuses qui sont inconvenantes pour des
pontifes'.
A cause des accusations honteuses qui nous avaient été présentées contre lui
par l'archidiacre Nonnus, homme vertueux et estimé", nous avions jadis interdit h
Philoxcnus de Nisibe de rentrer à Nisibe avant d'avoir été jugé. Nous différâmes son
examen pendant six ans, dans l'espoir que Dieu procurerait la solution et l'issue
qu'il lui plairait, pour éviter que, par cet examen, la sainte Eglise ne soit tournée en
dérision à cause de lui. Comme il ne cessa d'exciter du trouble et de jeter la division
dans cette ville, nous réunîmes 40 évêques à Rés'ayna et nous prononçâmes sa dépo-
sition. Alors il méprisa les jugements de Dieu. 11 s'en alla, avec ses partisans, près
des Cyrrliestiens, et attira à lui Abîram et ses compagnons, dont Philoxenus avait lui-
même lacéré les insignes' dans le synode réuni par Cyriacus à Goubrin; et ils trans-
férèrent Abîram h l'église de Nisibe, bien qu'il fût anathématisé par les patriarches
Cyriacus, Marcus et Jacques, et par les évêques de Syrie et d'Egypte. Dès lors
rÉglise de Nisibe fut divisée en deux factions.
A cette époque parut un édit de Mâmoun, (déclarant) que si dix hommes d'une
confession quelconque se réunissaient et voulaient se donner un chef, personne ne
devait les en empêcher. Or, « quand les chefs se multiplient parmi nous, nous nous
affaiblissons, et ils prévalent contre nous'"». Et pour cela nous descendîmes près de
lui, pour l'abolition de cette loi, qui avait été étendue h toutes les sectes, à propos
de la division des Juifs au sujet du Prince de l'exil. Ceux de Tibériade avaient in-
stitué un homme nommé David, et ceux de Babylone un homme nommé Daniel, de la
secte des Ananiens, qui méprisaient le sabbat et observaient le mercredi. Leur
affaire ayant été portée devant Mâmoun, il ordonna que chaque parti prît pour chef
qui il voudrait.
Quand nous arrivâmes à la ville royale, avant que nous entrassions près du roi,
le Calomniateur excita en cet endroit une perturbation beaucoup plus funeste que
celle des Nisibiens : (je veux dire) les accusations qui furent portées devant nous
1. Cf. tome II, p. 458. — 2. Cf. tome II, p. 514. — 3. Cf. tome II, p. 523. — 4. Cf. tome II, p. 525. —
5. Cf. ci-dessus, p. 32. — 6. ^=>3. — 7. Wova i«*«;:i^. — 8. Cf. ci-dessus, p. 33. — 9. Lire : ^««-.-•=* ;
cl. ci-dessus, p. 24, n. 1. — 10. Ce passage paraît être uoe citation (biblique?) que je n'ai pas su
retrouver.
m. 9
66 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
contre Lazarus de Badgad, les mêmes qui nous avaient été apportées à Antioche
deux ans auparavant. Nous n'avions point favorisé les accusateurs, dans l'espoir
qu'ils se calmeraient. Ils nous obligèrent de le convoquer à un examen, et les
blâmes portés contre lui furent reconnus fondés. Nous fûmes réduit h prononcer sa
déposition; ce que nous n'avions jamais songé à faire avant de monter à Tagrit, où
l'examen aurait dû se faire, au lieu d'exposer notre dignité à la risée dans une ville
comme celle ci. Comme l'église de Bagdad était déchirée par la division, leur
affaire vint jusqu'au roi, et on nous imputa toute cette perturbation dans la sup-
plique' des partisans de Lazarus. Mais le roi pacifique ayant appris que nous ve-
nions vers lui, portant avec nous des présents à lui offrir, sa colère fut un peu calmée .
Après quelque temps, il nous permit d'entrer. On fit rester au loin les évoques
qui étaient avec nous, et il ne permit qu'à moi seul d'approcher de lui, tandis qu'il
était h cheval et se promenait dans le jardin. Après m'avoir tendu sa main droite,
selon l'usage royal de la donner en signe d'honneur à ceux qui viennent d'entrer, il
m'interrogea : « Que dis-tu? Comment vont vos affaires? » — Je lui répondis : « Nous
demeurons dans la prospérité de la paix, grâce à toi, comme disait Paul à Félix'^ et
de nombreux avantages sont arrivés à notre peuple sous ton gouvernement. C'est
pourquoi, non seulement nous te rendons grâces, ô illustre parmi les rois, mais nous
offrons des prières pour la prolongation de ta vie. » Ensuite, il m'ordonna de parler.
Comme j'étais persuadé qu'une pétition lui avait été présentée h propos de l'affaire de
Lazarus, je voulus prendre de là l'occasion de parler', et je dis : « Nous n'avons pas
rassemblé et amené les évêqnes à ta porte pour un autre motif que pour te présen-
ter nos salutations et nos prières. Et quand nous eûmes passé une journée dans celte
ville, il arriva que son évêque fut accusé près de nous par quelques-uns de ses
diocésains. 11 fut examiné et condamné par des témoins véridiques, et nous le
déposâmes de sa dignité; mais il lS18] a entraîné quelques hommes audacieux et il
nous résiste. Il ose même dire : « Le roi a ordonné que si quelqu'un a dix partisans
« dont il est le chef, personne ne doit s'opposer à lui » ; chose incroyable, car elle
s'écarte de la justice du roi ; mais nous mériterions le châtiment si nous admet-
tions quelqu'un qui ose calomnier le roi. » — Celui-ci répondit : « Ce décret est
émané de moi auparavant, à propos des Juifs; car vous n'avez pas besoin, vous,
que nous vous établissions un prince, puisque vous êtes soumis à notre
principauté. » — Je dis : ;< O roi juste! où est la rectitude de vos jugements? quand un
semblable décret a-t-il été porté par un roi comme toi? Ta Sagesse sait qu'il y a des
promesses et des pactes entre nous et vous, et des écrits confirmés par la signature
et les sceaux des rois qui ont pris les villes et par lesquels nous avons été soumis
h vous; si vous transgressez les conventions qui ont été établies et ne permettez
1. àvacpopâ. — 2. Cf. Act. Ap,, xxiv, 2. — 3. Littér. : «de cette hypothèse m'ouvrir la porte pour
discourir »,
LIVRE XII. GHAP. XIV 67
pas que nos lois subsistent et notre mutuelle autorité, nous sommes lésés par vous,
toutes nos affaires sont bouleversées et nous sommes réduits à tomber dans les
luttes les uns avec les autres, et vous n'êtes pas nos juges! » — Je dis ces paroles en
m indignant et en agitant les mains devant lui, comme quelqu'un qui se dispute
avec son compagnon pour partager le butin, et lui-même élevait la voix, discutant
comme avec un égal; mais il ne fut point offensé de la liberté que je montrais vis-
à-vis de lui. — Après cela, il m'interrogea sur le jugement de Lazarus, qui avait
été déposé, et sur le motif pour lequel je l'avais chassé. Quand je lui eus raconté
toute l'affaire, il me fit connaître les plaintes portées contre moi par lui et par ses
compagnons. A la fin, il dit : « Vous nous troublez et vous nous molestez beau-
coup, ô chrétiens ! et surtout vous autres Jacobites, encore que nous négligions'
les plaintes que vous nous présentez les uns contre les autres; mais, va-t'en* pour
aujourd'hui, et reviens un autre jour. » — Nos évêques et ses soldats furent éton-
nés de la liberté que j'avais laissé paraître, quand le Seigneur me donna la force,
et de la patience de ce roi pacifique.
Après dix jours nous dîmes à Lazarus mardanaya», qui se tenait devant le roi,
de lui rappeler sa promesse. Quand il la lui rappela, il trouva là Yahia, fils
d'Aktem, leur juge suprême'. Le roi dit : « Qu'il vienne demain matin, et avec lui les
légistes qu'on appelle jurisconsultes '. » — Au matin, j'entrai seul près de lui, et
la plupart des évêques restèrent aux portes. Je le trouvai assis sur son siège, avec
les savants et les juges de Bagdad, chacun à son rang. Je saluai ° et je m'inclinai
vers lui. Il m'ordonna de m'asseoir en face de lui. Il me dit : « Je t'ai vu, ô pa-
triarche, nous accuser d injustice à propos du décret porté à votre sujet; et pour cela
j'ai rassemblé les légistes, afin de causer avec toi en leur présence ». — Ensuite,
il se tourna vers le plus ancien et dit : « Que vous semble-t-il? Devons-nous con-
firmer les chefs établis par les Chrétiens, alors que la royauté nous appartient, ou
bien, selon la loi édictée par moi à leur sujet et au sujet des Juifs, doivent-ils res-
ter tranquilles en gardant la parfaite soumission qu'ils nous doivent, goûtant la
paix dont ils jouissent par notre puissance, alors que personne ne les contraint de
changer leur croyance et leurs usages, et nous serons leurs juges lorsqu'ils com-
mettront un délit? » — ■ Quand ils eurent entendu cette question et la réponse qui y
était astucieusement renfermée, ils répondirent ; « Quel autre est comme toi versé
dans les jugements, ou qui peut émettre un jugement plus juste que celui-ci ?» —
Pour moi, quand j'entendis la sentence des vieillards de Suzanne, je ne leur répon-
dis rien, mais je dis à Mâmoun : « Je voudrais, si tu me le permets, parler de tout
le mystère des chrétiens, » Et comme il me le permit, je dis : « Notre foi se mani-
1. ,x.Mov», — 2, «ï^aI. — 3. Ce mot, dont la lecture est garaatie par Bar Hébr., désigne proba-
blement une fonction, plutôt que l'origine. — 4. Le « juge des juges » ; cf. Gesch, der Chai., II, 289,
— 5. \^à. — 6. Lire : £>»i;>» ; le ms. porte : <> ils saluèrent ».
68 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
festa tout d'abord dans le monde par l'enseignement du Christ, qui nous arracha à
l'idolâtrie. Quand il eut accompli sa mission et fut sur le point de s'élever au ciel,
il appela ses disciples et leur ordonna de prêcher la foi en lui; par des signes et des
prodiges ces disciples entraînèrent à peu près tous les hommes à cette confession.
Considérant qu'ils étaient mortels, ils songèrent à transmettre à d'autres, avant leur
mort', la présidence de ceux qu'ils avaient convertis. Ils divisèrent la terre habitée
[olOj en quatre parties, et ils établirent pour chacune d'elles un chef qu'ils appe-
lèrent « patriarche », et ils fixèrent leurs sièges dans les grandes villes : à Rome,
à Alexandrie, à Constantinople, à Antioche. Ceux-ci ordonnèrent des évêques, et, à
chaque (groupe de) dix évêques, ils préposèrent l'un d'eux qu'ils appelèrent « métro-
politain » ; ils lui donnèrent le pouvoir, quand un des évêques placés sous sa juri-
diction viendrait à mourir, d'en établir un autre à sa place. Aux évêques, ils don-
nèrent le pouvoir d'établir des prêtres, des diacres et les autres ordres ecclésiastiques
inférieurs à ceux-ci. C'est pourquoi, l'autorité du patriarche s'étend sur les évêques,
les prêtres et les diacres, et nul de ceux qui sont soumis au patriarche ne peut lui
résister, ni enfreindre un de ses ordres, ni le juger sur ce qu il fait, h moins qu'il n'ait
failli et péché contre la foi. Alors les trois patriarches doivent se réunir et le
juger. Cette loi a eu cours jusqu'aujourd'hui, et aucun des rois, depuis le temps du
Christ jusqu'à ce jour, n'a changé nos usages; bien plus, les rois des 'Taiyayê et tes
pères défunts ont reconnu notre autorité et nous donnaient même un diplôme. Et
toi aussi pareillement, tu m'en as donné un au commencement de ton règne ; car tu
marches dans la justice. Et maintenant, ô roi, qu'une loi nouvelle ne soit pas inno-
vée à notre égard; car il n'existe pas de roi sage, raisonnable et magnanime comme
toi. Quant aux plaintes portées contre moi par un évêque insensé qui a été déposé,
sache, ô roi, que c'est la coutume de ceux qui sont mauvais parmi les chrétiens,
quand ils sont déposés, de nous accuser de la sorte; comme ils savent que, d'après
nos lois, ils ne peuvent rien, ils courent et viennent vers vous, et, par d'iniques
calomnies, ils nous accusent près de vous d'être les ennemis des musulmans, de
mépriser votre prophète, et d'autres choses honteuses et dignes de mort. » — Et je
racontai l'histoire de David de Dara vis-à-vis de Georgi[us], (celle) des Goubbayê et
d'Abîram vis-à-vis de Cyriacus, et je terminai le discours de telle sorte qu'il n'ac-
cueillît pas les accusations (portées) contre nous.
Le roi répondit : « Nous avons appris ce qu'ont fait (nos) prédécesseurs à votre
égard. Nous avons aussi le pouvoir de faire ce qui convient. Mais pourquoi, vous
autres chrétiens, êtes-vous plus affligés de cet édit que toutes les autres confes-
sions? » — Je répondis : « Les autres en sont aussi exaspérés, et ils espèrent que,
par ma démarche, ils seront également délivrés de cette loi. Mais notre autorité
est diiférente de celle des Mages et des Juifs : car ceux-ci appellent « rois » leurs
1. ^OV»'û».
LIVRE XII. CtlAP. XIV 69
chefs, et leur autorité se transmet par héritage. Ils paient le tribut à leur chef: chose
qui n'a jamais eu lieu chez nous. Or, il y a une triple principauté en ce monde :
naturelle, dis-je, contrainte et volontaire. Naturelle : comme celle du père, chef de
ses enfants, ou du mari, chef de sa femme ; et quant à celle-ci, tous les hommes sont
égaux; contrainte : soit accordée par Dieu, soit établie par la crainte du glaive,
comme la royauté temporelle qui vous appartient en réalité, et par métaphore à
ceux qui prélèvent les taxes et les impôts, qui vous sont soumis et vous présentent
des dons : et celui qui se tient à leur tête doit s'en occuper par amour des richesses.
Chez nous, la principauté résulte du consentement et du choix volontaire de la com-
munauté, et nous la tenons pour un sacerdoce et non pour un principat : c'est ce que
vous appelez « imamat' ». De même que l'imam prie le premier et exhorte à faire le
bien, de même, le patriarche et les évoques se tiennent à notre tète et prient,
excitent à observer la loi, et décernent les châtiments contre les délinquants : non
pas les coups ou la mort, comme vous faites vous mômes, mais la déposition de son
ordre s'il s'agit d'un évéque ou d'un prêtre, et s'il s'agit d'un séculier, il est chassé de
l'Église. Nous ne ressemblons donc pas, ô roi, aux Gentils, et le dommage qui nous
est causé par la destruction de notre principauté ne s'arrête pas à la richesse, mais
atteint notre foi elle-même. Il nous est interdit par Dieu et nous ne nous préoccu-
pons pas de partager l'autorité avec vous, mais d'empêcher nos lois d'être méprisées,
(ce qui aurait lieu) s'il était accordé que quiconque le désire peut devenir chef. »
Le roi dit alors : « Nous ne vous empêchons pas de déposer le délinquant, ni de
récarter de son rang ; mais nous ne vous accordons pas (le pouvoir) de chasser de
l'Eglise, ni d'exclure de la prière. »
Il ordonna à son scribe de lire l'écrit du juge de Mossoul. Quand il commença
[320] à lire, le roi se tourna vers moi et me dit ; « Ecoute, patriarche, et vois combien
nous sommées patient à votre égard. » — Je ne pus m'empêcher de dire : « roi
protégé (de Dieu) ! depuis des Jours, les gens de Mossoul sont à ta porte pour se
plaindre de leur juge, qui les traite fort injustement ; si tu le permets : ils entreront, et
tu entendras leurs plaintes. » — Et comme je m'efforçais de les faire introduire, il
me dit : « Tu suffis h parler pour eux. » — Alors je dis : « Les Mossuliens disent qu'ils
ont livré volontairement leur ville aux 'Taiyayê, et que celui qui s'en est emparé leur
a promis par traité que leur église ne serait pas renversée, et que leurs lois ne
seraient pas abolies ; or, ce juge a dévasté leur grande église et a fait cesser leurs
lois. » — Alors le roi donna ordre à Yahia, chef des juges : « Si les Mossuliens
démontrent devant toi que leur ville a été prise pacifiquement, permets-leur de gar-
der les lois qui leur ont été concédées par celui qui l'a prise'. »
Et il dit à notre sujet : « Il ne convient pas de nous occuper de vous. Cependant
nous décrétons ceci : Si quelqu'un des évêques qui sont sous ta juridiction se
I, Lire ; ov*.».l, i.UI. — 2. ov-^S».
70 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
révolte contre toi, et s'il arrive du trouble à cause de lui, nous ordonnons que les
biens de son église restent entre tes mains, et qu'il n'ait plus aucune administration
dans ses églises, excepté qu'il y entre pour prier. » Et il ordonna à Ishaq, un des
juges : « Vois; s'il est établi que Lazarus est soumis au patriarche, accomplis sa
décision à son égard, et empêche Lazarus et ses compagnons d'exciter du trouble. »
Et nous nous retirâmes ainsi d'auprès de lui. Il n'y avait personne qui m'aidât,
sinon rEsprit(-Saint) qui conseille ceux qui soutiennent la lutte pour le Christ. Il
était difficile pour lui, qui était roi, de s'avouer vaincu; mais nous apprîmes, après
notre sortie, que nos paroles avaient été bien accueillies par lui. Les jurisconsultes
disaient au peuple assemblé dehors : « Le discours de votre chef a plu au roi et à
nous: Hous avons loué son courage; c'est pourquoi, attachez-vous à lui' et honorez-
le, car nous n'avons jamais vu un chrétien aussi énergique que lui dans son apolo-
gie ». — Ces choses eurent lieu au mois d'adar (mars) de l'an 1140.
CHAPITRE [XV]. — Sur divers événements qui eurent lieu du temps des trois
empereurs Romains dont les noms sont consignés dans les précédents cha-
pitres; et sur la suite des événements ecclésiastiques, que le patriarche Dionysius
a disposés très exactement dans son livre.
J'ai été informé, dit le patriarche Dionysius, par un homme intelligent, de
la ville impériale des Romains, dont la vie se prolongea sous les quatre empe-
reurs, et qui était exactement au courant des récits qui les concernent ; il disait
ce que nous avons rapporté nous-même plus haut ', à propos de Stauraci[us] :
outre qu'il fut blessé à la cuisse par les Bulgares, il fut encore blessé d'un poison
mortel par sa sœur Procopia, qui voulait, par le meurtre de son frère, assurer
l'empire à Michel, son époux. Celui-ci ayant obtenu criminellement l'empire ne
prospéra pas : les princes des Romains redoutèrent les filets de son astuce et
étaient disposés à le tuer, parce qu'il dispersait l'or des trésors de leur empire.
Michel, ayant eu connaissance du complot, s'ingénia pour sauver sa vie de la
mort.
Quand le stratège Léon revint victorieux de la guerre contre les Bulgares,
l'empereur Michel sortit lui-môme à sa rencontre ; il avait pris avec lui la cou-
ronne. Lorsqu'ils se rencontrèrent, Léon descendit de son cheval pour se pros-
terner devant l'empereur; l'empereur descendit aussi lui-même et plaça la cou-
ronne sur la tête de Léon en disant : « Reçois l'empire dont tu es digne », et il
fléchit le genou devant lui et le vénéra; il ajouta et dit : « Tant que tu brilleras
ainsi par la victoire, la couronne t'appartient. » — Gela plut aux Romains, et
1. It*| o»3 o»a-l ; littér. ; « tenez-le par la main ». — 2. Cf. ci-dessus, p. 26.
LIVRE XII. GHAP. XV 71
Léon prit place sur le trône impérial'. Michel et sa femme rasèrent leurs têtes
et se firent moines; [o21] les Romains mutilèrent leurs quatre enfants' : deux
moururent et deux vécurent.
Quand Léon commença à régner, et apprit que le patriarche qui était à Gon-
stantinople avait renouvelé l'hérésie de l'adoration des images', il s'opposa à lui*.
— Ce misérable' disait : « Il ne convient pas d'honorer les images des saints non
plus que la Groix, car la Groix n'est pas supérieure aux images*. » Et il en vint à
être si impie qu'il ne distinguait plus entre l'adoration rendue au nom de Dieu
et à celui d'un homme \ et si quelqu'un suspendait la croix à son cou, il devait
nécessairement y joindre une image.
Tandis que l'empereur était en lutte avec le patriarche, une autre aberration
survint chez les Romains. Il y avait dans la ville impériale une grande colonne,
depuis les générations anciennes ; à cause de son excessive hauteur, personne
ne pouvait s'élever jusqu'à son sommet. Il y avait sur son sommet une image d'ai-
rain, ayant sur sa tête une couronne j et ils l'appelaient k Augustus Caesar ». Les
Romains prétendaient, d'après leurs augures, que si la couronne qui était sur
la tête de la statue était renversée la peste surviendrait dans la ville. Or, il arriva,
à cette époque, que la couronne fut renversée. Il se trouva à peine un homme
qui fût capable, par son adresse, d'y monter'. Le patriarche lui dit : « Prends
avec toi ces médailles que je te donne; que personne ne le sache, et quand tu
auras redressé la couronne, en descendant tu les montreras et tu diras qu'elles
se trouvaient près de la statue. » : Il voulait par là prouver que l'adoration des
images était ancienne chez les Romains. Quand cet homme descendit et mon-
tra les images, l'empereur lui demanda s'il les avait vraiment trouvées près
d'Augustus. Il dit qu'il les avait réellement trouvées là. L'empereur continua
à l'interroger : « Étaient-elles exposées à l'air ou cachées dans quelque enve-
loppe? » Il répondit: « Elles étaient exposées à l'air ». L'empereur ordonna
de répandre de l'eau sur elles, et aussitôt les effigies disparurent, et il ne resta
rien sur les faces. Alors, le mensonge fut dévoilé, et cet homme confessa que
1. II est intéressant de voir comment ces événements étaient défigurés par les récits oraux des
contemporains. Pour la suite des faits, cf. Hist. du Bas-Emp., LXVII, § li, lu. — 2. Ceci parait
devoir s'entendre des enfants de Léon; cf. op. cif.,LXVIII, §xxvi. — 3. Les Orientaux, qui ont tou-
jours honoré les images, ne s'expliquent la persécution iconoclaste qu'en supposant que les parti-
sans des images voulaient qu'on les adorât et qu'on leur rendît le même culte qu'à la divinité. —
4. Sur la persécution iconoclaste sous le règne de Léon, cf. Hist. du Bas-Emp., LXYIII, § x-xx.
5. Le patriarche catholique Nicéphore. —6. C'est au contraire l'argument qu'on invoquait en faveur
des images : s'il n'est pas permis d'honorer les images des saints, pourquoi honorer la croix qui
n'est qu'une image? — 7. Entre le culte rendu à Dieu (XaTpéia) et l'honneur rendu aux Saints
(SoyXiia). C'était l'opinion inexacte des Orientaux, cf. n. 3. — 8. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXIX,
§ xxxur. Il s'agit de la statue équestre de Justinien sur la place de l'Augustéon.
72 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
le patriarche lui avait appris (à faire cela). Sur l'ordre de l'empereur Léon, ce
patriarche fut jeté en exil, et on établit à sa place TJieodotus',
Dès lors, Tenjpereur Léon sévit avec véhémence contre les adorateurs des
images : il fît tuer et massacrer beaucoup de notables des Romains'.
Les grands, voyant qu'il était disposé à les faire tous périr, songèrent à se
soulever contre lui et à le tuer pour établir Michel'. Léon, en ayant eu connais-
sance, envoya se saisir de Michel qu'il fit mettre aux fers et emprisonner. Il était
disposé à le faire tuer le Vendredi-saint ; mais (l'impératrice) sa femme demanda
qu'il ne fût pas mis à mort ce jour-là. Michel, ayant appris la chose, fit dire aux
chefs ses complices : « Si vous ne pouvez pas me trouver un moyen de salut,
je ferai savoir que vous êtes mes associés dans le complot contre l'empe-
reur ». [322] Les chefs furent effrayés; ils se jetèrent sur l'empereur Léon et
le tuèrent, tandis qu'il se tenait au milieu du sanctuaire, après qu'il eut régné
sept ans et demi*.
Ils firent sortir Michel de prison et le firent régner sur eux. Celui-ci était
d'origine juive, de la ville d'Amorium'; son grand-père s'était fait chrétien.
Quand il eut régné quatre ans, sa femme Thécla mourut; alors, il fit sortir du
monastère la fille de la fille de Constantinus", et la prit pour femme. Et comme
ceux qui se sont mariés deux fois ne peuvent régner sur les Romains\ ils pla-
cèrent la couronne sur la tête de son fils Theophilus. Michel vécut encore
quatre autres années après l'inauguration de son fils; mais il ne portait plus la
couronne, et ne siégeait plus sur le trône impérial. Quant au fils qui lui naquit,
celle qui l'avait enfanté réfléchissant' que « tout en étant la petite-fille" de l'im-
pératrice Irène, elle nourrissait un fils de race juive et corrompait la souche im-
périale », elle fit périr astucieusement son fils. Après la mort de Michel, elle rasa
de nouveau sa tête et rentra au couvent. — C'est ainsi que régna Theophilus.
S'il est vrai que saint Jean (Chrysostôme) interprétant la parabole de Lazare fut
acacé en voyant que le discours sur ce sujet se prolongeait, de sorte qu'il dit*":
« Voici quatre jours que nous vous parlons sur la parabole de Lazare », alors qu'il
s'agissait d'un homme que l'Evangile déclare juste et prédestiné au sein d'Abraham,
comment ne serait-il pas fastidieux pour nous de prolonger le discours sur celui qui
lui ressemble par le nom, mais non par les œuvres, si ce n'était que nous parlons de
lui, non parce qu'il mérite que nous nous fatiguions à son propos, mais pour exposer
comment le roi donna ordre à notre sujet et ne causa aucun mal à l'Eglise, par la
1. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXVIII, § xviii. — 2. Ihid., g xx. — 3. Michel II le Bègue. — 4. Sur
cette révolution, voir op. cit., LXVIII, § xxiii-xxv. — 5. Op. cit., § xxvii. — 6. Euphrosyne, fille de
Constantin Porphyrogénète et de Marie ; cf. op. cit., LXVIII, § xlix. — 7. Opinion des Orientaux; cf.
t. II, p. 518. — 8. Lire: ^.li ; BH : Ûu4,. — 9. BH : »!.;= tp.— 10. Cf. Pair. Gr.,t. XL VIII, 1017.
LIVRE Xir. GHAP. XVI 73
bonté de Dieu. Pour nous, nous ordonnâmes un autre évêque à Bagdad, à la place
de Lazarus, et l'église de cet endroit fut unie'.
Au mois de tesrin (oct.) de l'an 1141, nous partîmes de Bagdad. A Tagrit, les
[S21] habitants nous contraignirent de nous arrêter et de les délivrer de Basilius. Ils
l'accusaient de beaucoup de choses; et même, après avoir été chassé par les païens,
il les troublait par ses lettres, et les excitait à la haine les uns contre les autres et
contre nous. Nous voulions tenir une assemblée à son sujet h Mossoul ou à Balad,
quand nous apprîmes qu'il était malade dans le couvent, (situé) hors de Balad, qu'on
appelle des 'Anîqayè. Nous lui envoyâmes trois évoques qui le trouvèrent atteint du
mal du cancer^ ayant tout un côté du visage dévoré, puant, les joues* décharnées.
Ils le considérèrent de loin, à cause de l'odeur fétide. Il répondit en balbutiant, de
dessous le voile qui était étendu sur son visage : « Allez dire aux évêqucs que je vais
bien, et que je viendrai prochainement près d'eux. » Et lorsqu'ils demandèrent à
voir son visage, il ne le leur permit pas. Quand ils nous eurent rapporté toutes ces
choses, nous fûmes stupéfaits de voir qu'il n'abandannait pas son orgueil, même au
moment de sa mort, et ne s''humiliait pas sous la main puissante de Dieu.
Un jour après, il quitta la vie. Nous ensevelîmes son corps, et ce fut une joie pour
ses ennemis, surtout pour tous les Orientaux, qui furent délivrés des querelles qu'il
fomentait parmi eux. Sa mort nous procura aussi la paix à nous-même, car nous étions
fort tourmenté (craignant) qu'il ne séparât de nous les Orientaux [«>22] par sa calom-
nie'. Alors, nous appelâmes Daniel, du monastère de Blr-Qoum, et nous l'ordon-
nâmes métropolitain de Tagrit, — Pour nous, nous partîmes pour la Syrie, au mois
de kanoun i^'^ (déc.) de l'année 1141.
En cette année mourut Mar Jacques, pape d'Alexandrie, et Mar Siméon prit sa
place; celui-ci mourut après avoir exercé le patriarcat seulement pendant six mois,
et Mar Joseph fut ordonné patriarche '. — Fin.
CHAPITRE [XVI]. — De l'époque à laquelle l'empereur des Romains, Theophi-
lus, envahit la Petite Arménie et engagea la guerre avec les Taiyayê. Des
événements ecclésiastiques qui eurent lieu à cette époque. Du faux Antéchrist
représenté par un insensé qui eut quelque célébrité et fut ensuite démasqué^.
Theophilus, empereur des Romains, en voyant que les Bulgares avaient fait
leur soumission, et que les Khourdanayê s'étaient séparés des Taiyayê et
étaient venus se réfugier près de lui, pensa qu'avec leur concours il pourrait
1. Lire : ij»-!.) ; le ms. porte : « fut renouvelée » • et l'ar. de même. — 2. Littéral. : « la chair des
dents ». — 3. Ou « par son orgueil» (?). — 4. Cf. Renaudot, Hist, patr. Alex., p. 273, 277.
5. 11 n'y a rien dans ce chapitre qui réponde à cette mention.
m. iO
74 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEiN
écraser les Arabes. — Il s'avança dans le pays des Taiyayé, et mit le siège
contre Zoupatra '. Ils appliquèrent des échelles et montèrent, tuant et se fai-
sant tuer, et s'emparèrent de la ville. Quand les Romains et les Barbares qui
étaient avec eux s'en furent rendus maîtres, ils massacrèrent sans pitié les
hommes, les femmes et les enfants. Ils dépouillaient très cruellement les
femmes qu'ils emmenaient nues en captivité. Après avoir pillé la ville, ils l'in-
cendièrent et s'en allèrent. Les Taiyayè vinrent la rebâtir.
L'année suivante', le patrice Manuel se révolta contre l'empereur Theophi-
lus; il vint trouver Mâmoun, roi des Taiyayé, et le détermina à entrer dans le
pays des Romains.
Quand (le roi) vint à Harran", il empêcha la destruction de deux églises, et
défendit qu'en aucun endroit une église fût démolie sans sa permission. Ayant
entendu parler de la magnificence de l'église d'Edesse, [623] il alla la voir. Il
interrogea l'évêque : « Quel est le revenu de cet édifice? » On lui apprit que la
plus grande partie de ce (revenu) était absorbée par le tribut qui lui était
imposé, et le roi ordonna que les hôtelleries, les boutiques et autres bâtiments
analogues ne paieraient pas le tribut. Ce décret parut pour tout le Djézireh;
mais bientôt après les Taiyayé l'abolirent.
Mâmoun envahit le Beit Roumayé au mois de haziran (juin) ; il s'empara de
quatre forteresses en Cappadoce, et retourna hiverner à Damas.
Au mois de 'iyar (mai) de l'année 1142, il pénétra de nouveau dans le Beit
Roumayé; il assiégea la forteresse de Loulon*, dont il ne put s'emparer, et
revint à Kaisoum. Là, le patriarche Dionysius le rencontra.
Ayant appris que l'Egypte s'était révoltée, il alla à Damas, en l'an 1143, et il
envoya deux généraux, Khaïr* et Aphsin, pour reconquérir l'Egypte.
Il apprit que la forteresse de Loulon avait été prise par 'Odjeif\ à qui les
habitants, opprimés par la famine, s'étaient livrés par un traité de paix.
A cette époque, le patrice Emmanuel abandonna les faiyayé et retourna près
de Theophilus, empereur des Romains; Mâmoun en l'apprenant jura : « J'en-
trerai*, et je soumettrai les Romains! ». — Theophilus l'apprit et fut effrayé;
1. Les Syriens écrivent indistinctement Zouhatra et Zoupatra. Su^oitéTpaç, ZarrsTpov, chez les auteurs
byzantins. Noter qu'il s'agit ici d'une première prise de la ville; comp. ci-dessous, p. 88-89; la con-
fusion entre les deux événements a été cause de nombreuses erreurs chronologiques; voir la note
suivante. Cf. Hist. du Bas-Emp., t. XIII, p. 135, n. 2. — 2. Sur la fuite de Manuel, cf. Hist. du
Bas-Emp,, LXIX, § xvir, xviii, et pour la date, Gesch. der Chai,, II, 297, n. 1. Si l'on ajoute foi à
notre auteur, quicite sans doute Denys de TelL-nahrê, contemporain des événements, on doit ad-
mettre la date de 829. — 3. Selon El-Macin, en 830 (trad., p. 174). — 4. AoûXov (Cedren.); cf. Hist.
du Bas-Emp,, t. XIII, p. 91, n. 8, 9. — 5. j->.». — 6. 'Odjeif ibn 'Anbasa. — 7. Notre auteur emploie
indistinctement les formes Manuel et Emmanuel. — 8. \>\ ^Ik,
LIVRE XII. CHAP. XVI 75
il envoya trouver Mâmoun pour traiter de la paix et donner le tribut. Mâmoun
répondit : « Je ferai la paix à condition que vous vous soumettrez à moi^ que je
régnerai sur vous et que vous paierez un tribut chaque année, quelle que soit
sa quantité, car je ne discute pas sur la plus ou moins grande quantité' ».
[6M] Quand l'empereur des Romains vit la réponse du roi des Taiyayê, qui res-
semblait à celle de Nahas l'ammonite ^ il garda le silence et ne répondit plus.
Mâmoun alla en Gilicie. Un Romain, [qui disait' être] de la race impériale, vint
le trouver et lui demanda de le faire régner. Mâmoun accueillit les paroles' de
cet imposteur. Il ordonna à Job ^, patriarche des Chalcédoniens d'Antioche, de
le sacrer empereur, car il avait entendu dire qu'un empereur n'était point
établi sans le patriarche. Après avoir récité sur lui les prières, il lui mit une
couronne dont l'or et les pierres précieuses valaient trois mille dinars. Quand
les gens de Constantinople l'apprirent, les évoques s'assemblèrent et excom-
munièrent le misérable Job leur coreligionnaire. Celui qui avait commencé à
régner ne prospéra pas, car personne ne vint à lui. Après être demeuré
deux ans dans le camp des Taiyayê, il se fit musulman, à l'instigation d'Abou
Ishaq', blasphéma le Christ et profana les mystères des Chrétiens''.
Mâmoun s'empara de plusieurs forteresses dans le Beit Roumayê, pacifique-
ment et par des présents abondants, et, au mois d'éloul (sept.), il revint pour
hiverner dans la région de Kaisoum. Il donna l'ordre de démolir le mur de
Gyrrhus, de Qennésrîn, et de toutes les forteresses qui étaient dans toute la
Syrie et la Mésopotamie.
Depuis le commencement de l'année 1144 (oct. 832) jusqu'au mois d'adar
(mars 833), le roi Mâmoun était campé à Sâlous', et les hommes eurent à subir
de nombreuses afflictions à cause des réquisitions de blé et de paille qu'ils de-
vaient apporter au camp ; et la plus grande partie de ce qui fut rassemblé se
gâta par l'humidité de la pluie et de la neige.
Quand le roi Mâmoun fut prêt à envahir de nouveau le Beit [323] Roumayê,
il commença à réunir des troupeaux de chameaux, et une foule de maux
pesèrent sur les propriétaires de ces animaux. A cause de la quantité d'afflic-
tions qu'il fit passer sur les hommes, Mâmoun était maudit de tout le monde.
Son fils 'Abbas' établit que dans la perception, le tribut des pays serait donné
1. Littéralement : « de magnitudine aut parvitate litem non moveo ». — 2. I Beg., xi, 2. —
3. Suppl. ; î»lj (BH). — 4. U.». — 5. « Anno 1° chalifatus Al Mamunis constitutus lob patriarcha
Antiochenus, qui annos 31 sedit » (Euttchii, Ann., éd. Pococke, II, 428). Cf. Or. Christ., II, 747.
6. Cedrenus rapporte la même chose de Thomas, dont il a été parlé plus haut (p. 37); cf. Pair.
Grseca, t. CXXI, col. 961. — 7. Frère et successeur de Mâmoun. — 8. « Eodem anno (217 H. — 832)
abiit Almamon Salusum » (El-Mactn, trad., p. 175). Ms. : Sâl'as ; lire >ao&i.[ta -^ ar. |j»JL
(Yaqout, s. p.). — 9. Il avait été nommé gouverneur de ]a Mésopotamie en 828 (El-Macik,
Hist. sarac.,, trad., p. 173).
76
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
par les préfets, et chacun, à raison de ce qu'il l'augmentait, obtenait de faire
comme il voulait'.
Au mois de 'iyar (mai), Mâmoun entra dans le Beit Roumayêj il réunit des
ouvriers pour rebâtir Tyane, qui avait été détruite par les Taiyayê.
Mâmoun tomba malade et mourut au mois de tamouz (juill.)' de Tan 1144. —
Fin.
Le patriarche Dlonysius dit' : Bien
des fois quand nous voulons parler du
pays d'Occident nous employons le nom
de Syrie, et celui de Mésopotamie ou
Beît Nahrîn* quand nous faisons men-
tion du Djézireh. Et nous voyons des
gens simples qui n'observent pas cela,
mais qui appellent le pays de Mésopota-
mie « Syrie proprement dite », et sur-
nomment ceux qui habitent à l'occident
de l'Euphrate « Syriens » par métaphore
(seulement).
C'est pourquoi, nous devons faire sa-
voir que le nom de Syrie est un nom
générique qui se divise en deux espèces.
On appelle proprement Syriens ceux qui
habitent dans la région à l'occident de
l'Euphrate, laquelle s'étend en longueur
depuis le mont Amanus, qui est au nord
d'Antioche, jusqu'aux confins de la ré-
gion de Palestine, vers le sud; et en lar-
geur, depuis la mer jusqu'au fleuve de
l'Euphrate. Pourquoi a-t-elle été appelée
Syrie? Apprenez-le.
En cette année 1141, tandis que Mâ-
moun, roi des Taiyayê, était à Kaisoum,
Mar Dionysius vint vers lui pour le ren-
contrer ; et comme le roi partit précipi-
tamment pour Damas, le patriarche s'y
rendit aussi avec lui. Là, par l'intermé-
diaire de Lazarus mardanaya*, les pré-
sents, c'est-à-dire les «via, qu'il avait
amenés, furent acceptés.
Le roi manda au patriarche" : « Reste
ici, pour venir avec nous en Egypte; car
nous voulons que tu ailles comme am-
bassadeur près des Biamayê', dans l'E-
gypte inférieure, afin qu'ils se détour-
nent de la rébellion qu'ils ont manifestée
et reviennent h la soumission. »
Au mois de sebat (févr.)', le roi entra
en Egypte, et le patriarche Mar Diony-
sius y entra avec lui, pour la seconde
fois, nomme 11 l'écrit lui-même en di-
sant :
Quand nous parvînmes à la ville de
Farma\ [^823] première de l'Egypte, le
roi me fit appeler par Fadhl, directeur
1. Ije sens paraît être que les préfets furent chargés de la perception de l'impôt, sous leur propre
responsabilité, et s'appliquèrent à l'accroître pour se faire bien voir du prince. — 2. Selon les au-
teurs arabes, le jeudi 19 redjeb de l'an 218 (7 août 833).
3. Cité dans la compilation publiée par Rahmani, Chronicon civile et ecclesiasiicuin (1904), p. 58.
— 4. Traduction syriaque du grec; littér. : inter flumina.
5. Cf. ci-dessus, p. 67, n. 3. — 6. Ce n'est pas à l'occasion de sa visite en 1141 (830) que Denys
fut emmené en Egypte, mais deux ans plus tard, cf. ci-après n. 8. — 7. Sur ce peuple, cf. Quatke-
MÈUE, Recherches sur la langue et la littéral, de l'Egypte, Paris, 1808, p. 173 et suiv, — 8. Année
1143(832) d'après El-Mactn (trad., p. 174); cf. ci-dessous, p. 79. — 9. L'antique Péluse.
LIVRE XII. GHAP. XVI
77
Du temps [S23] où les Israélites étaient
fixés en Egypte, deux frères parurent
dans cette contrée. L'un d'eux s'appelait
Syros, et l'autre Cilikos. Comme cha-
cun d'eux était possédé de l'ambition
du pouvoir, ils en vinrent à se querel-
ler. Alors, Cilikos s'en alla avec ses
troupes dans la région située au-delà'
du mont Amanus, qu'on appelle aujour-
d'hui Montagne Noire', et régna en ce
pays qui fut surnommé de son nom :
Cilicie'. Syros s'empara de la région si-
tuée à l'occident de l'Euphrate, et elle
fut surnommée de son nom : Syrie. En-
suite, elle fut partagée en plusieurs
royaumes.
J'ai voulu dire cela, parce que quel-
ques-uns disent : « Il n'y a point eu
de roi des Syriens ». Mais quand les
Israélites furent entrés dans la Terre
promise et formèrent un royaume dis-
tinct, et quand les Tyrlens (formaient)
aussi un royaume particulier, les Idu-
méens qui régnèrent à Damas étaient
appelés rois des Syriens, comme nous
le trouvons dans les Ecritures selon la
version des Septante. Il est écrit au
livre des Rois ainsi* : « Bar Hadad, roi
de Syrie, rassembla ses troupes et monta
contre Samarie »; et encore' : « Les
serviteurs du roi de Syrie lui dirent :
« Le Dieu d'Israël est le Dieu des mon-
tagnes et non pas le dieu des profon-
deurs » El encore* : « Le roi d'Israël
dit à ses serviteurs : ne savez-vous pas
des affaires royales Quand j'entrai, il
me tendit la main, selon l'usage, et me
dit : « Tu as appris, ô patriarche, la ré-
volte des chrétiens égyptiens qu'on ap-
pelle Biamayê. Il ne leur suffit pas de la
première dévastation qu'ils ont subie'.
Et si ce n'était que je suis miséricordieux
et que je ne médite pas le massacre', je
ne leur enverrais pas un homme comme
toi. Mais, prends les évêques qui sont
avec toi et des évêques égyptiens, et va
les trouver; traite avec eux h condition
qu'ils livrent les rebelles et qu'ils vien-
nent avec l'armée où je voudrai, et je les
ferai habiter là; sinon, je les ferai périr
par le glaive. » Quand je lui eus longue-
ment parlé de soumission et de les lais-
ser dans leur pays, il répondit : « Non !
qu'ils sortent ou qu'ils soient mis à
mort. » Et aussitôt, il ordonna que le
patriarche d'Egypte vînt avec moi. Nous
allâmes par eau, et huit jours après, le
patriarche Joseph vint nous trouver,
pour entrer avec nous.
Aussitôt nous descendîmes dans le
Basrout^, qui est le canton des Biamayê.
Nous les trouvâmes réunis et protégés
dans une île environnée de tous côtés
par les eaux, les joncs et les roseaux.
Alors leurs chefs sortirent près de nous .
Quand nous les blâmâmes de la révolte
et des massacres qu'ils avaient faits, ils
en rejetèrent la faute sur celui qui domi-
nait sur eux. Quand ils apprirent qu'ils
devaient sortir de leur pays, ils furent
1. Par rapport à l'auteur qui est eu Mésopotamie. — 2. t>aSol \io.y, — H. I^ire : )^ai^.^ ; ms. :
Qilia. — 4. IV Reg., vi, 24. — 5. III Reg., xx, 23. — 6. III Reg., xxn, 3.
7. Dans la première répression faite par les généraux d'Abou Ishaq ; cf. Eutyghii, Annales, éd.,
Pococke, II, 428. — 8. Itg^a. — 9. Pour l'orthographe, cf. Quatremère, op. cit., p. 171,
78
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
que Ramat Gale'ad est à nous? néglige-
rons nous de la reprendre des mains du
roi de Syrie? » — Donc, ceux qui sont
à Toccident de l'Euphrate sont propre-
ment les Syriens, et , par métaphore
[524] on appelle Syriens ceux qui par-
lent la langue araméenne, soit à l'occi-
denl soit à l'orient de l'Euphrate, c'est-
à-dire depuis la mer jusqu'à la Perse.
Et dans cette région, il y eut de nom-
breux rois : à Edesse, ceux de la famille
d'Abgar; dans le 'Araba, ceux de la fa-
mille de Sanatrouq, qui régnaient dans
la ville de liatra * ; à Ninive, ceux de la
famille de Bel et de Ninus; à Babylone,
ceux de la famille de Néboukadnaçar,
qui parlait la langue araméenne, comme
on le voit' par le songe et l'interpréta-
tion de l'image'.
Nous avons dit ces choses pour mon-
trer que les Syriens sont proprement
les Occidentaux, et les Mésopotamiens,
c'est-à-dire ceux qui sont à l'est de l'Eu-
phrate', et que la racine et le fondement^
de la langue syrienne, c'està dire ara-
méenne, est Edesse.
En l'an 1141, il y eut une grêle vio-
lente qui détruisit les récoltes. Ensuite
vint la sauterelle qui dévora les vignes et les oliviers ; elle causa des dégâts, et dé-
posa ses œufs, et l'année suivante elle dévora tout : récoltes, vignes et arbres,
La troisième année, qui fut l'an 1144, il y eut de la neige et un froid rigoureux.
consternés et nous prièrent d'envover
au roi pour demander qu'ils puissent se
rendre près de lui et lui raconter tout
ce qu'ils [o24] avaient supporté. Ils di-
saient qu'Abou '1 Wezîr', les condamnait
à un tribut beaucoup trop considérable;
qu'il les emprisonnait dans les '
et que quand leurs femmes venaient
pour leur passer de la nourriture, ses
serviteurs s'emparaient d'elles et les
violaient; qu'il avait tué un grand nom-
bre d'entre eux, et avait l'intention de
les faire tous disparaître, afin qu'ils ne
se plaignissent pas de lui au roi. C'est
lui qui avait poussé 'Aphsin h envoyer
dans leurs villages pour les faire venir
à ce camp, et pour tuer les hommes.
Or, il arriva que les soldats rencon-
trèrentune femme et s'emparèrentd'elle
pour la violer. Quand elle cria et poussa
des clameurs, ceux qui étalent dans l'île
entendirent sa voix, sortirent précipi-
tamment et engagèrent le combat, tuant
et se faisant tuer; et pour ce motif, la
paix fut rompue et cessa totalement. —
Fin.
\, Ms. : Natîra, et de même dans l'éd. de Rahmani; lire: \i^. BarBatiloul, éd. Duval, col. 893;
a't^uei 1;^*. ; cf. Hoffmann, Auszûge aus Àkten persischer Màrtyrer, p. 185. — 2. Littér. : « à
cause du ». — 3. Cf. Dak., iv, v. — 4. Même rédaction dans le Chron. civ. et eccL ; on s'attendrait
à lire « et, par extension, les Mésopotamiens... ». — 5. Rahmani : 01È^e|^J..
6. Je lis ;'|aX osl romme plus bas, texte, p. .'525, 1. 24. Toutefois l'ar. a exactement la même
leçon que notre nis., et le nom demeure incertain — 7. Le ms. porte « dans les nuits >•, et l'arabe
de même : 0:>.p^la; ce qui ne paraît pas donner le sens attendu. Le mot est peut-être altéré. Dans
la vie du patr. Joseph (Quateemèee, op. cit., p 156), on lit : « enchaînés dans les moulins, ils étaient
chargés de coups et contraints de moudre le grain comme des bêtes de somme ».
LIVRE XII. GHAP. XVIF 79
L'Euphrate et les autres fleuves gelèrent, de sorte qu'on pouvait les passer à pied;
les poissons périrent et furent rejelés dehors; le vin se congela dans les vases.
A cette époque, Mâmoun entra en Egypte, et le patriarche avec lui. Ils trouvèrent
le Nil gelé : ce qu'on n'avait jamais entendu dire.
En l'an 1144, il y eut une grande famine dans le Khorasan, pire que celle de Sama-
rie'; le froment se vendait 130'zouzé le modius. Ils faisaient moudre les glumes de
la paille, en faisaient de la farine [S25] et la faisaient cuire. Ils dépeçaient même les
palmiers, les faisaient sécher, les pilaient dans un mortier, -et ensuite les faisaient
moudre et en faisaient du pain ; ils recueillaient les noyaux des dattes, les broyaient et
les mangeaient. On trouva une femme qui égorgea son enfant et le fit cuire dans une
marmite pour le manger. On s'empara d'elle et elle avoua qu'elle en avait déjà mangé
plusieurs : on la mit h mort. Dans une hôtellerie, un étranger mourut : hommes et
femmes s'assemblèrent, coupèrent sa chair en petits morceaux et la dévoraient avec
satisfaction sans même l'avoir fait cuire sur le feu. Nous avons appris ces choses d'un
prêtre pieux qui vint nous trouver de la ville d'Aphrah, dans le Khorasan, en vue
d'obtenir pour eux un évèque'.
CHAPITRE [XVII] qui est tout entier consacré au récit sur le pays d'Egypte,
écrit par le patriarche Dionysius, relativement aux choses qu'il y vit [lors-
qu'il s'y rendit) avec le roi Mâmoun.
Le bienheureux disait : Quand nous parvînmes près du général Aphsln et lui
fîmes savoir que les rebelles étaient persuadés, il nous répondit : « La paix est
rompue. Allez, et dites au roi qu'il n'y a pas de paix possible. » Et ils commencèrent
la guerre. Ils mirent le feu aux villages, aux vignes, aux jardins, aux églises de tout
le canton. Les Biamayê, de leur côté, transperçaient les Persans à coups de javelots
ou de lances, du milieu des flots'. Ils amenèrent leurs voisins, les excitèrent contre
eux, et se mirent à tuer et à se faire tuer".
Quand nous arrivâmes près du roi, je lui racontai tout, et je lui fis connaître l'in-
justice (commise à l'égard) des Egyptiens et l'iniquité d'Abou'l Wezîr *, qui avait
empêché la paix, et que les gens du pays se plaignaient de lui et de deux autres.
Comme il m'écoutait attentivement, je fus emporté par le zèle qui me possédait
jusqu'à oser le blâmer. Je pris Dieu à témoin contre lui, et je lui rappelai le compte
qu'il devait rendre à son Seigneur pour le troupeau qui lui avait été confié. Je me
1. Cf. m /îeg'.,XTni. — 2. Peut-être faut-il lire '^a « 30 zouzê «, au lieu de "^ (130) ? — 3. Le
patriarche Denys ordonna en effet un évêque, nommé David, pour Aplirah. Voir les listes de
consécrations épiscopales, à la fin de ce volume.
4. WXy). — 5. Même sens ambigu dans l'arabe. — 6. Peut-être « Abou 'Ozeir »; et. p. 78, n. 6.
80 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
rappelai la parole du prophète qui dit' : « Je parlais dans la justice devant les rois,
et je ne rougissais point. » Quand j'eus terminé, il me dit : « Ce n'est pas par ma
volonté que les préfets ont agi ainsi. Je ne songe point à accabler les hommes. Et si
j'ai pitié des Romains qui sont mes ennemis, comment n'aurais-je pas pitié de mes
sujets? Si Dieu le veut, je redresserai toute chose. » Le lendemain, son secrétaire,
qui était l'examinateur de ceux qui étaient maltraités, me fit appeler pour lui faire
le récit de l'injustice des préfets de l'Egypte, afin qu'il entrât de nouveau la répéter
devant le roi, et devant Abou Ishaq' dont ils étaient les préfets. Pour moi, je redou-
tais Abou Ishaq qui était sans pitié. Mais je me pris à songer : « Convient-il de
craindre Dieu ou un homme? «, et je répétai toute 1 histoire, et j'ajoutai d'autres
choses que j'avais oublié de dire au roi '.
Ensuite, le roi me congédia, pour que je retourne à Damas.
Je consignerai donc les choses que j'ai vues en Egypte. Mais qu'elles ne soient
pas pour les auditeurs un motif de relâchement, mais bien de vigilance et de crainte.
Nous avons trouvé le pape Mar Joseph, des évoques et un peuple chaste, humble,
riche de l'amour divin, et nous étions si grands h leurs yeux qu'ils nous attribuèrent
toute la prééminence*, c'est-à-dire la primauté d'honneur, soit spirituelle soit tem-
porelle, qui est due au pape* dans le pays, pendant le temps que nous habitâmes
parmi eux. Mais nous avons vu chez eux des usages indignes de leur vertu, et éloi-
gnés de ceux de Cyrillus, de Dioscorus, de Timotheus, qui ont réglé les canons de
cette Église.
D'abord, l'étude des saintes Écritures a disparu parmi eux, et surtout parmi les
moines qui sont dépourvus de ce bienfait; pour les plus pieux d'entre eux l'exercice
consiste dans le travail des mains et la récitation des psaumes qui s'y ajoute'. Ceux
qui aspirent aux fonctions sacrées ne se préoccupent point d'acquérir la science et
la connaissance nécessaire, mais de recueillir l'or, prix de la dignité qu'ils doivent
recevoir. A moins de 200 ou 300 dariques, personne ne peut parvenir à l'épiscopat.
S'il se trouve un homme qui possède la science et une conduite vertueuse, mais ne
possède pas [326] d'argent, il est impossible qu'il parvienne chez eux à la dignité
épiscopale. Nous les blâmâmes et leur fîmes des reproches à ce sujet. Le pape s'excusa
près de nous en disant : « A cause de la dette dont est grevée l'Église d'Alexandrie,
nous en sommes réduits à cette pratique, et sans les ressources de cette espèce nous
ne pourrions la payer. » Quand je lui exposai que cette pratique était contraire aux
1. Cf. Ps. cxviit, 46. — 2. Mo'taçim, frère du roi, qui avait été nommé gouverneur de l'Egypte
en 828 (El-Macin, trad. p. 173). — 3. Sur toute cette campagne contre les Biamites, cf. Gesch. der
Chai., II, 242; Quatremère, op. cit., p. 152 et suiv. — 4. TtpoTi'jjiriiTi;. — 5. Au patriarche d'Alexan-
drie ; cf. t. II, p. 185, n. 1. — 6. Ainsi d'après le ms., mais l'ar. n'a pas rendu le mot (uwjia.,; s'il
doit être maintenu, je corrigerais volontiers d^j; « et ils négligeaient (litt. ; faisaient rare) la réci-
tation des Psaumes ».
LIVRE XII. CHAP. XVII 81
canons apostoliques, et que celui qui reçoit le sacerdoce par des présents mérite la
déposition aussi bien que celui qui l'ordonne, (il répondit) : « Certainement ce serait
odieux de recevoir quelque chose pour l'ordination; mais nous disons h celui qui est
ordonné de délivrer quelqu'une des choses de l'Eglise qui sont mises en gage ».
Pour moi, je souris, au lieu de pleurer, et je dis à leur naïveté ce que le Christ ré-
pondit à ses disciples lorsqu'ils lui dirent : « Nous avons avec nous deux glaives » ;
il répondit : « Ils suffisent' »,
Ils ne baptisaient point les garçons de moins de quarante et les filles de moins de
trente jours', et pour cela beaucoup d'enfants mouraient sans baptême. En beaucoup
d'autres choses ils s'écartaient des canons. Nous écrivîmes une charte que nous leur
donnâmes.
Nous vîmes là les stèles dont parle Jérémie % qui sont érigées à Héliopolis, ville
royale des Égyptiens, dont Poutiphra ', le beau-père de Joseph, était prêtre. Chacune
d'elles est formée d'une seule pierre, longue de plus de 60 coudées, large et épaisse
de six coudées ; la base sur laquelle elle est érigée a dix coudées, de sorte que la hau-
teur totale est de 70 coudées. Des figures des dieux des païens sont gravées sur elles,
• depuis le haut jusqu'en bas, ainsi que des écritures hiératiques que personne ne peut
lire. Chose digne d'admiration : elles ne sont pas de pierre tendre, mais d'une espèce
de marbre. Que sont en comparaison de celles-ci les Tpt'XiGot de l'autre Héliopolis,
c'est-à-dire de Ba'albek, qui passent pour une des sept merveilles du monde*? Car, si
elles sont une merveille, chacune de ces (pierres) n'a cependant que 40 coudées de
longueur; celles qui sont en Egppte en ont plus de 60. L'esprit est stupéfait en son-
geant comment elles ont été taillées, par quel moyen elles ont été amenées dans cette
plaine, et par quel artifice on a pu les dresser et les placer sur leurs bases, alors que
mille hommes réunis ne pourraient pas les soulever de terre d'un doigt. Elles ont à
leur sommet comme des chapeaux d'airain blanc, semblables au casque que les sol-
dats mettent sur leur tête dans le combat ; chacun d'eux pèse plus de mille litre. Et
bien que, depuis l'époque de la venue du Christ, cette ville fût ruinée, ni les Égyptiens,
ni les Arabes cupides n'ont pu monter et faire tomber cet airain, comme ils ont pris
celui du Colosse de l'île de Rhodes, que les Taiyayè ont renversé et brisé et dont ils ont
retiré 3 mille charges (d'airain)^ — Si quelqu'un dit ; « Comment Jérémie a-t-il pu
prophétiser' du Christ qu'il briserait les stèles de Beit Sèmes, alors qu'elles ne sont
pas brisées? » que celui-là sache que le Christ a fait cesser et a brisé le culte qui leur
était rendu comme h des divinités; mais il les a laissées comme signe aux générations
futures, afin que les chrétiens sachent combien était puissant le pouvoir du démon
sur les hommes, puisque ses adorateurs ont fait un si grand effort en l'honneur de
son culte.
l.Luc, xxn, 38, — 2. Même leçon dans Barhébr., il faut peut-être lire « quatre-vingts ». Cf.
les observations des éditeurs, Chron. eccl., I, 375, n. 3, 4. — 3, UJaUJ rill m3ÏO (Jer., xlhi, 13).
— 4. Cf. tome II, p. 179 et 262. — 5. Cf. tome II, p. 442. — 6. Jer., loc. cit.
III. 11
82 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
II y avait encore dans cette ville plus de cinq cents stèles dont les images étaient
effacées, qui sont érigées et dressées dans ses rues et en dehors de ses portes; cha-
cune d'elles a 40 coudées. Nous avons compris que c'était la métropole de tous les
lieux de culte des idoles.
Nous avons vu aussi en Egypte ces Pyramides dont le Théologien « fait mention
dans ses Discours. Ce ne sont point les greniers de Joseph, comme quelques-uns l'ont
pensé, mais des temples' dignes d'admiration qui sont bâtis au-dessus des tombeaux
des premiers rois, toutefois, obliques et massifs, et non pas creux et vides; ils n'ont
point d'intérieur, et aucun d'eux n'a de porte. Nous avons remarqué sur le côté de
l'une d'elles, une fissure, et nous avons constaté qu'elle est profonde d'environ
50 coudées. Nous avons trouvé que les pierres étaient compactes et ont été ensuite
brisées par les hommes qui ont voulu voir si les pyramides étaient creuses ou non.
La dimension de chacune d'elles est de cinq cents coudées de longueur, cinq cents
de largeur et 250 de hauteur. Elles sont appelées [327] « pyramides », parce qu'elles
sont obliques dans leur forme, car étant larges de cinq cents coudées à la base, elles
se terminent par une seule coudée au sommet. Chacune des pierres de leur construc-
tion est de cinq ou de dix coudées sur toutes les faces. Elles apparaissent de loin
comme de hautes collines.
Nous avons vu dans leur voisinage une pierre, comme une colline et un tell arrondi,
tout entière sculptée ', idole fabriquée pour l'adoration de leurs rois.
Nous avons vu aussi un édifice bâti sur le fleuve du Nil, à l'endroit où il est encore
réuni tout entier avant de se partager en quatre branches. Cet édifice est comme une
piscine carrée ; au milieu se dresse une colonne de pierre sur laquelle sont marqués
des degrés et des mesures, et des écritures qui expliquent les mesures. Quand le Nil
déborJe, au mois d'éloul (sept), et quand ses eaux pénètrent dans l'édifice, ceux qui
sont établis (pour cela) entrent voir chaque jour combien les eaux montent sur la
colonne. Si l'inondation du fleuve reste au-dessous de 14 degrés, une petite partie du
pays d'Egypte est arrosée : il n'y aura point de récolte de céréales en cette année et
l'impôt ne sera pas perçu; si les eaux montent jusqu'à 15 ou 16 degrés, la récolte
sera moyenne et Timpôt en proportion; si elles montent jusqu'à 17 ou 18 degrés,
toute l'Egypte est inondée : la récolte et l'impôt seront complets. Si l'inondation va
jusqu'à 20 degrés, elle cause des ruines et il n'y a point de récolte en cette année.
Pour le dire d'un mot : par les marques sur cette colonne, les préfets apprennent quel
impôt doit être perçu en Egypte chaque année.
Le roi Mâmoun descendit vers les Biamayé; il fit cesser la dévastation chez eux;
il appela leurs chefs et leur ordonna de sortir de cette région. Ceux-ci lui exposèrent
la dureté des préfets (établis) sur eux, et que, s'ils sortaient de leur pays, ils n'auraient
pas le moyen de vivre, puisqu'ils tiraient leurs ressources du papyrus* et de la pécHe
1. S. Grég. de Nazianze ; cf. Patr. Gr., XXXVI, 580. — 2. v«oû;. — 3. Le Sphinx. — 4. xàpT>);.
LIVRE XII. CHAP. XVIII 83
des poissons. Ensuite ils acceptèrent son ordre; ils partirent sur des navires pour An-
tloche, et de là ils furent envoyés h Bagdad. Ils étaient au nombre de 3 mille, La plu-
part d'entre eux moururent en route. Ceux qui avaient été pris pendant la guerre
furent donnés comme esclayes aux Taiyayê, au nombre d'environ cinq cents. Ils les
exportèrent h Damas, et les y vendirent. Chose qui ne s'était jamais vue dans l'empire
des "Taiyayê: ils vendirent ceux qui étaient soumis au joug de lacapitation. Mais, Dieu
aidant, nous exhortâmes les fidèles et tous furent rachetés et délivrés. Ils ne retour-
nèrent pas dans leur pays, parce qu'il y avait là une grande famine, et beaucoup se
retirèrent en Syrie, pour se rassasier de pain.
Le roi ordonna aux préfets de ne pas user de dureté avec les Egyptiens, sinon ils
devaient êtremis à mort. Il remit la moitié de l'impôt à toute l'Egypte.
Quand le roi fut sorti d'Egypte les calamités se multiplièrent sur les Égyptiens. Les
Persans entraient dans les villages, enchaînaient ceux qui résistaient dix par dix, ou
vingt par vingt, et les envoyaient h Fostat, sans rechercher s ils étaient coupables ou
innocents. Beaucoup périssaient sans avoir commis de faute. Quelques-uns d'entre
eux, qu'on emmenait enchaînés pour être massacrés, demandèrent à celui qui les
conduisait d'accepter un présent et de les délivrer. Comme on les lui avait donnés
comptés, celui-ci leur dit : «Attendez que nous en rencontrions d'autres sur la route,
et je les enchaînerai à votre place. » Ils rencontrèrent trois hommes : un prêtre et
deux faiyayê, dont l'un était imam d'une mosquée; ils furent pris à la place de ceux
qui furent relâchés moyennant un présent. Et comme on ne permettait pas aux
opprimés de parler, ils furent massacrés. Ainsi les routes étaient remplies d'hommes
massacrés injustement. Le glaive et la captivité, la famine et la peste régnaient à
cette époque dans la terre d Egypte. — Fin.
CHAPITRE [XVIII]. — Sur l'époque de la mort de Mâmoun et du commence-
ment d'Abou Ishaq, qui fut un soulagement pour Theophilus, [empereur) des
Romains. Sur la descente du patriarche Dionysius en Orient; el sur différentes
choses ' .
[S28j Quand Mâmoun mourut, près de Tyane, dans le Beît Roumayê, il y eut
du trouble parmi les "Taiyajê pendant trois jours ; car les uns voulaient faire
régner 'Abbas', elles autres Abou Ishaq'. Tandis qu'ils étaient tous réunis, le
voile de la porte se souleva tout à coup, et 'Abbas sortit et dit : « L'empire
appartient à Abou Ishaq ; priez donc pour la conservation de sa vie ». — Alors
le camp s'apaisa.
1. Lire : V^i\'i l^p»; l'ar. a cependant la même leçon que notre ms. : m-IoiHI v^l^o. — 2. Fils de
Mâmoun, gouverneur de la Mésopotamie; cf. ci-dessus, p. 75, n. 9. — 3. Mohammed Mo'taçim
Abou Ishaq, fils de Haroun ar-Rasîd, et frère du calife défunt.
84 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
x\u même moment, ils mirent le feu à la construction de Tyane, à tout le
matériel de la construction, au froment' et à toutes les provisions, et ils se reti-
rèrent en hâte*.
Abou Ishaq descendit à Bagdad pour prendre possession de l'empire de ses
pères. Il craignait qu'on ne l'acceptât pas, parce qu'il l'avait reçu de l'armée et
non de leur consentement.
Quand Abou Ishaq, qui est surnommé Mo'taçim, parvint à Bagdad, au mois
de tesrîn (oct.), ils sortirent à sa rencontre et l'acceptèrent : non pas qu'il leur
fût agréable, mais ils redoutèrent sa violence et le firent régner.
Quand il fut affermi dans l'empire, il commença à bâtir de magnifiques
édifices pour sa résidence^ ainsi que des piscines d'eau et des jardins pour son
agrément.
Il envoya ses troupes combattre les Zôtayè ', qui habitaient au sein des lacs
dans lesquels se répandent* l'Euphrate et le Tigre; car ce peuple était conti-
nuellement en révolte et molestait le roi. Ils frappaient, pillaient et massacraient
les marchands qui venaient à Bagdad de Baçra, de l'Inde et de la Chine. Mais
les troupes ne purent rien contre eux, parce qu'ils combattaient sur leurs
barques. Alors, [829] le roi envoya les Égyptiens, qu'il avait amenés captifs
d'Egypte, qui étaient habitués aux eaux et nageaient dans l'eau comme des
poissons ; sans être vus, ils frappaient subitement les Zotayé avec des lances
et les transperçaient. Ainsi, les Zotayé furent vaincus par les Biamayé; ils
furent pris, avec leurs femmes et leurs enfants en même temps, et ils dépé-
rirent et succombèrent dans leur emprisonnement à Bagdad. Quand le roi vit
les actions d'éclat des Égyptiens dans la lutte avec les Zôtayê, il les aima, et
prit une partie d'entre eux à son service, pour travailler dans les jardins et les
parcs, et d'autres pour tisser les vêtements de lin, selon le travail brodé des
Égyptiens ; il permit à tous les autres de retourner dans leur pays. Quand ils
arrivèrent à la mer, ils prirent place sur des navires pour redescendre en
Egypte ; mais la justice (divine) ne leur permit pas d'aller y vivre ; une tempête
s'éleva et ils furent tous submergés dans la mer.
En l'an 1146, Ishaq, cousin^ de "Tahir, fut envoyé combattre contre le peuple
rebelle de Madai et de la montagne de Çâdqa°. 11 tua environ 5 mille d'entre
eux et soumit ces montagnes.
Aphsin fut envoyé contre Bâbek Khourramya \ quand de nombreuses troupes
des Taiyayé avaient déjà été détruites.
1. Uaa^o li-i3? |ei^i.IL\c. (BH). — 2. Cf. Wkil, Gesch. der Chai., II, 296. — 3. Peuplade origi,.
naire de l'Inde, selon Je Qamûs{^j) ; cf. Gesch. der Chai., II, 306-308. — 4. Lire : v^ami» : l^.->a.jo.
(BH). — 5. Littér. : « iils de l'oncle paternel de Tahir ». Ishaq ibn Ibrahim ibn Mouç'ab. Cf.
Gesch, der Chai,, II, 239, n. 3. — 6. Même orthographe dans la version arabe. — 7. C-à-d., de la
secte des Khourramiyeh; cf. Gesch. der Chai., t. II, p. 150, n. 5, et p. 298.
LIVRE XII. CHAP. XVIII
85
La même année, 'Omar' et ses compagnons, habitants de Mélitène, entrèrent
pour piller dans le Beît Roumayê. L'empereur Theophilus les rencontra ; et il
les vainquit tout d'abord. Alors, les Taiyayê s'assemblèrent de nouveau, et pré-
valurent contre les Romains. Les Romains tournèrent le dos; beaucoup d'entre
eux furent massacrés, et l'empereur prit la fuite avec quelques-uns. Les
Taiyayê pénétrèrent dans le camp^ de Tempereur, et pillèrent même son lit et
ses vêtements ; et ils remplirent leurs mains de ses richesses '. — Fin.
[328] A cette époque, on vit dans la
mer, autour du Bahrain, un grand pois-
son dont la longueur était d'environ un
mille; les gens du Bahrain craignirent
de s'avancer sur mer, et aussi ceux qui
plongeaient dans la mer pour (chercher)
les perles ne descendaient plus dans la
mer. Après qu'il eut troublé la mer, pen-
dant trois mois, par ses mouvements,
les gens du pays firent des rogations et
supplièrent le Seigneur de leur procu-
rer la délivrance. Alors Dieu envoya un
petit poisson, long d'environ un empan,
qui s'introduisit dans l'ouïe de ce grand
poisson et le fit périr. Alors, il fut rejeté
parles flots de la mer et gisait à la surface.
Quand les habitants le virent, ils mon-
tèrent sur des barques et s'avancèrent.
Ils dépecèrent sa chair et, comme elle
ne cuisait pas au feu, ils la salèrent et
la firent sécher au soleil ; ils. la broyaient
finement et la mangeaient*.
A cette époque, on amena à 'Abdal-
lah, fils de fahir, qui commandait dans
le Khorasan, un enfant qui avait été mis
au monde par sa mère l'année même,
[S28] Saint Dionysius dit : Quand
nous nous mîmes en route, au mois de
hazîran (juin) de l'année 1145, pour
descendre à Bagdad saluer le roi Abou
Ishaq, qui régnait nouvellement, nous
vînmes à Nisibe et nous unîmes l'Église
de cet endroit, qui avait été séparée
pendant six ans par le rebelle Philoxe-
nus. Les habitants, après s'être unis à
nous, le chassèrent chez l'impur Abîram,
dans la Cyrrhestique,
Mossoul fut pour nous une cause de
retard, à cause de la paix des églises de
cet endroit, au sujet de la proclamation'.
L'assemblée des gens de Mossoul ap-
pelait métropolitain Cyriacus', de Mar
Mattai ; les Tagritains n'admettaient pas
cela , Ensuite, nous pûmes, grâce à Dieu,
faire l'accord entre eux. Quand nous
descendîmes à Tagrit pour leur ordon
ner un métropolitain, nous leur donnâ-
mes une solution, en les réconciliant, et
nous écrivîmes ainsi :
M Au nom du Père, et du Fils et du
Saint-Esprit, — Nous trouvant à Tagrit,
ville métropolitaine, Moi, Dionysius,
1. "Omar ibn 'Abdallah; cf. Gesch. der Chai., II, 362; Hist. du Bas-Emp., t. XIII, p. 139, n. 1.
— 2. (faaaàtov. — 3. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXIX, § xiv, xv, xvr.
4. Lire : ^s)o (BH). Comp. Quatremèse, iJ/e'm. géogr. et hist. sur V Egypte, II, 492.
5. Au sujet du nom à insérer dans les diptyques et à réciter à l'olfice solennel. — 6. Lire :
icoooi^ao, comme plus bas; ms. : Cyrus.
86
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
qui était arrivé à la taille d'homme et
dont les poils avaient poussé : chose
étonnante et surnaturelle.
Il y. eut en l'année 1146 une grande
inondation du fleuve qui passe h Zouba-
tra, ville de la frontière. Ce déluge, qui
eut lieu pendant la nuit, tandis que les
gens dormaient, est stupéfiant. Les
eaux s'accumulèrent en dehors du mur.
Comme le mur ne put résister' h l'im-
pétuosité du fleuve, il fut renversé ; les
eaux entrèrent dans les rues et les mai-
sons, [329] et les habitants furent suffo-
qués au milieu de leurs maisons (au
nombre de) trois mille âmes. Puis le
mur de l'autre côté fut ébranlé et ren-
versé; les eaux s'écoulèrent, et quantité
de maisons et d'habitations furent ren-
versées dans l'écoulement' des eaux.
Il y eut aussi une inondation dans le
Tigre, qui détruisit des maisons et des
habitations à Bagdad.
La même année, les Musulmans de
Harran suscitèrent la guerre contre les
chrétiens. Un édit parut : et au matin
du dimanche de la Résurrection, ils dé-
vastèrent le temple de Mar Georgius de
Qoubbê et (celui) de Mar Ahoudemmeh,
sous prétexte qu'ils avaient été nouvel-
lement bâtis. Ainsi s'accomplit sur les
gens de Harran' cette malédiction qui
dit : « Le Seigneur a converti leurs fêtes
en deuil, etc. * »
par la miséricorde de Dieu patriarche,
et les vénérables évêques qui étaient
présents : 'Othraan des Taglibites, Addai
de Karmè, Elias de Khorsabad '' , Tho-
mas du Ségestan, Moïse de Balad, Cy-
riacus de Mossoul, Jean de Bagdad ; pour
procéder à l'élection et à l'ordination
d'un métropolitain pour ladite ville et
toute la région orientale :
« On a porté devant nous la question
des motifs de la discorde qui règne de-
puis longtemps entre le saint couvent
de Mar Mattai et Cyriacus. leur évêque,
(d'une part), et l'assemblée des Tagri-
tains qui habitent [329] dans la ville de
Mossoul, (d'autre part).
« Quand nous fîmes une enquête, les
Matthéens dirent : qu'ils avaient la cou-
tume, venant des temps anciens, que
l'évèque ordonné pour eux' et pour le
diocèse de Ninive fût proclamé métro-
politain dans leur église ; et ils deman-
daient qu'il soit pareillement proclamé
métropolitain dans l'église où s'assem-
blent les Tagritains, à Mossoul. — Les
Tagritains de Mossoul disaient au con-
traire : « Dans notre église de Mossoul,
il ne doit être proclamé que comme
simple évêque, et nous n'admettrons
jamais de proclamer un métropolitain
autre que celui de Tagrit. «
« Nous réunîmes les prêtres, les dia-
cres, les moines et les notables de
Tagrit, et nous tînmes conseil tous en-
semble sur la manière de procurer un remède à cette afFaire.
« Considérant que le siège de Tagrit n'est pas amoindri, ni aucunement avili, parce
que celui' qui est ordonné pour Mossoul est proclamé métropolitain ; mais qu'au
1. Ij-mi. — 2. loSaso ^. — 3. Lire : U'v-- ; ar. : v^l;- '^cyil, — 4. Amos, vm, 10.
5. Ar. : ,a»«o?. — 6. ^poti.. — 7. Lire ; ooi (et non pas ol).
LIVRE XII. CHAP. XVIII 87
contraire l'honneur du métropolitain de Tagrit est bien plutôt accru par le fait que
ceux qui lui sont soumis sont plus grands ; nous fîmes une règle de conduite qui plut
h tout le monde, aux Tagritains et aux moines de Mar Mattai :
« Le métropolitain Cyriacus sera proclamé, de même que dans toutes les églises
de Mossoul, aussi dans l'église des Tagritains de Mossoul, deux fois par an : le jour
des Rameaux, quand toute la ville est assemblée, pour la bénédiction des oliviers,
dans l'église des Tagritains, et à la consécration du Clhrême'. Tout le reste de l'année
les Tagritains feront la proclamation comme il leur plaira.
(c Nous avons aussi trouvé dans le libelle que les Matthéens disent avoir été établi par
le patriarche Cyriacus [S30] avant sa mort, qu'il avait été défini par ce dernier que
l'évêque de Mossoul serait appelé métropolitain dans l'église des Tagritains"; et nous
avons aussi trouvé dans la lettre établie par le synode de Callinicè, qui fit l'union sur
ce point entre les Matthéens et les Tagritains' ; « Celui de Mossoul doit être proclamé
métropolitain, quoi qu'il soit en tout soumis au métropolitain de Tagrit. » Pour nous,
cependant, nous n'en avons pas fait cas, quoique nous soyons désireux d'accroître
l'honneur du siège de Tagrit, et nous avons statué, selon la règle qui a cours dans
toutes les églises, que les ordinations, la consécration des autels et les autres choses
de cette nature seraient accomplies par les évêques eux-mêmes, chacun comme il
lui semblerait bon. Mais que, quand le métropolitain se trouvera présent dans
l'église de l'un d'entre eux, celui-ci le prierait et lui demanderait d'accomplir ces
fonctions dans son église.
« Comme la préséance sur tous les évêques de l'Orient appartient au métropoli-
tain de Tagrit, après le patriarche d'Antioche, il peut convoquer les évêques qui sont
sous sa juridiction quand il veut et où il veut. S'il survient quelque difficulté entre
les évêques de sa juridiction, il est de son devoir d'aller les réconcilier. Si un évêque
est accusé, le métropolitain doit convoquer les évêques pour l'examiner et émettre
sur lui' un jugement, conformément à ce que prescrivent les canons. Cyriacus du
couvent et ses successeurs doivent être soumis au métropolitain de Tagrit en toutes
ces choses.
« Ces choses ont été réglées par nous, au mois de tesrîn ii (nov.) de l'an 1146, à
Tagrit même ».
Après cela nous fîmes l'élection et l'ordination de Mar Thomas, métropolitain de
Tagrit.
Et comme nous nous disposions à descendre près du roi, nous reçûmes d'Occi-
dent certaines nouvelles, et nous retournâmes dans le Djézireh discuter les affaires
pour lesquelles nous montâmes; et ensuite nous descendîmes de nouveau pour saluer
le roi.
(iupov.
. -^ 2. Cf. ci- dessus, p. 33. — 3. Cf. ci-dessus, p. 39. — 4. Lii'e : ■^otà^.
88 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
CHAPITRE [XIX]. — De l'époque de la seconde invasion de Theophilus, empereur
des Romains, dans le pays des Taiyayê. De la venue de Georgius, roi des
Nubiens, près d'Abou Ishaq, roi des Taiyayê. Des villes nouvelles que vou-
lut bâtir le roi des Taiyayê. Du troisième voyage à Bagdad du patriarche Mar
Dionysius. De la ruine qui survint à cette époque parmi les Nestoriens de
Bagdad et parmi les Chalcédoniens d'Antiocke.
Abou Ishaq, roi des Taiyayê, abandonna Bagdad et monta pour habiter
entre deux canaux qui, partant du Tigre, parcourent et arrosent les pays des
'Aramayê, et qui s'appellent l'un le Grand Qâtoul et l'autre le Petit Qâtoul*. Il
préférait ce lieu à Bagdad, parce qu'il y trouvait la tranquillité et toute espèce de
chasse. Cette ville avait été détruite par un des rois. Pendant son règne,
Haroun Rasîd, père de ce prince, avait songé à la rebâtir'. Celui-ci, après avoir
bâti le mur et quand elle était sur le point d'être achevée, l'abandonna et
monta bâtir le village de Soumara ', situé entre Atôr (Niïiive) et Babylone, et il en
fit sa capitale. Ce village de Soumara était sur la rive [331] du Tigre, en un lieu
qui n^avait aucun agrément naturel, dontia situation n'était point remarquable^ et
où on ne trouvait aucun des bienfaits de Dieu. Cependant, il le préféra à cause
de la chasse; il le fit construire et l'orna; il y amena des canaux (dérivés) du
Tigre, et y fit planter des bosquets, des jardins, des palmiers. Il fît apporter
d'Egypte des plans précieux de baume et de jonc à faire le papier ' et les fit
planter sur les rives des canaux qu'il avait creusés.
A cette époque, la plupart des compagnons de Bâbek, avec Naçr le général,
réduits aux extrémités par la guerre des Persans, allèrent trouver Theophilus,
empereur des Romains, et se firent chrétiens. Theophilus, en voyant les peuples
qui étaient venus se mettre sous sa domination, pensa qu'il pourrait, avec leur
aide, vaincre les "Taiyayê ; il envoya dans la Grande Arménie prélever le tribut,
et, en cas de refus, (il menaçait) de l'envahir et de la dévaster. Comme ils
n'avaient pas de troupes à proximité sous (leur) direction, ils donnèrent (le
tribut); considérant comment les choses se termineraient". Alors Theophilus fut
affermi dans l'idée que les choses se passeraient selon son gré. A l'été de l'an-
née 1148, il marcha de nouveau contre Zoubatra^ Quand les Barbares s'en
1. Le ms. porte Qâtlûb et la version ar. donne exactement la même orthographe. Je ne m'explique
pas la finale du mot. Sur les canaux qui portaient ce nom, comp. M. Streck, Die aile Landschaft
Babylonien, Lciden, 1901, p. 32 et suiv. — 2. Cf. Gesch. der Chai., H, p. 145, n, 1. — 3. Sur l'éty-
mologie de ce nom et ses différentes formes (habituellement lj_,L«) et sur la situation de la ville,
comp. Streck, op. cit., p. 182-239 ; cf. aussi Gesch. der Chai., II, 302. — 4. Papyrus. — 5. Phrase
très obscure, que l'arabe transcrit littéralement. — 6. Cf. ci-dessus, p. 74, n. 1.
LIVRE XII. CHAP. XIX 89
furent emparés, ils massacrèrent sans pitié les chrétiens et les juifs. Leur
férocité alla jusqu'à outrager et éventrer les femmes'. Quand ils eurent pillé et
incendié la ville, ils passèrent dans la région de Mélitène, qu'ils incendièrent et
où ils firent aussi des captifs. Ils envoyèrent absolument tous les captifs dans
le Beit[S32] Roumayê. Ils passèrent à Hanazit et dans la région d'Arsaraosate.
Ils mirent le siège contre cette ville. Les Taiyayêqui étaient à l'intérieur, ayant
appris le massacre de Zoubatra, furent saisis de crainte et furent réduits ou à
payer le tribut aux Romains, ou à abandonner la ville et à s'enfuir; car on ne
leur envoyait pas de libérateur, parce que les Persans étaient occupés dans la
guerre contre Bâbek et étaient irrités contre Abou Ishaq, qui aggravait sur
eux les impôts. La haine des Taiyayé contre nous autres chrétiens grandissait^
aussi à cause de l'incursion des Romains, et ils étaient sur le point de nous
faire périr, s'ils n'avaient entendu dire que les chrétiens de Zoubatra avaient
été pillés parles Romains.
Les chrétiens d'Édesse, principalement, eurentà souffrir, à cause d'un homme
audacieux d'Edesse même, nommé Samouna, qui alla se mettre à la suite des
Romains et les excitait à faire périr les faiyayé. Tandis que les Romains
assiégeaient Arsamosate, une partie des Arabes Rabî'ayé et des gens de Méli-
tène se réunirent pour engager le combat avec eux. Les faiyayê furent vain-
cus et 4 mille d'entre eux succombèrent. Les Romains prirent et incendièrent
Arsamosate, et ils passèrent dans la région d'Ai'ménie, faisant des captifs et
incendiant. Ils sortirent ensuite et établirent leur camp dans le voisinage
de Mélitène. Theophilus manda aux habitants : « Si vous ne m'ouvrez pas les
portes et n'acceptez pas de traiter pour votre vie, je vous ferai tous périr
et votre ville aussi, comme [333] j'ai fait à Zoubatra ». Alors le juge et les
notables sortirent le trouver et parlèrent avec lui en le flattant. Ils le prièrent
de leur accorder quelque délai, pour lui donner ensuite des otages, garantis-
sant qu'ils ne feraient aucune incursion dans son pays. Quand ils lui eurent
offert des dons et les captifs romains qui étaient dans leur ville, il partit, parce
qu'il craignit d'être atteint par l'armée des Taiyayê.
Le roi Abou Ishaq, troublé par ce qu'avaient fait les Romains, envoya contre
eux 'Odjeif, avec quatre mille hommes; les Romains ayant prévalu détruisirent
son armée, et il s'échappa avec un petit nombre. II prit ensuite une nouvelle
armée et s'avança au moment de l'hiver : il prit quelques captifs, des troupeaux
et des chevaux, et se retira. Quand ils arrivèrent dans nos pays, comme des
ennemis, ils coupaient toutes les routes ' et dépouillaient tous ceux qu'ils ren-
contraient.
1. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXIX, § xxxiv; Weii., Gesch. der Chai., t. II, p. 309. — 2. Lire ;
l^li'e IXâ^aoLLI — 3. Interceptaient la circulation et détroussaient les voyageurs.
III. 12
90
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Quand Bâbek Khourramaya, vit que son parti était aifaibli, et que ses compa-
gnons s'étaient enfuis dans le Beit Roumayê, il fit charger tout ce qu'il put de
son argent et enfouir le reste dans la terre, et il s'enfuit avec 9 de ses hommes
dans le Beit Roumayê. Quand ils arrivèrent au village d'un patrice nommé
Stephanus', en Arménie, ce patrice le flatta, le fit entrer dans sa maison, sous
prétexte de l'honorer, et le fit charger de chaînes. Il en informa promptement
le roi. Abou Ishaq en apprenant que son ennemi, qui avait massacré plus de cent
mille hommes, était pris, envoya des présents à Stephanus ^, et, sur son ordre,
Bâbek fut amené près de lui [avec Aphsîn. Quand il fut arrivé, Abou Ishaq
l'interrogea : « Tu es Bâbek? »]'. Il répondit : « Oui. » — Et le roi commanda
de lui couper le bras droit, puis le gauche, et pareillement les deux jambes,
puis la tête, et il le fit suspendre au gibet. Il donna les biens et le lieu du rebelle
à Aphsîn. Et le moment vint où Aphsîn, ayant découvert et retiré les trésors
enfouis par Bâbek, fut lui-même poussé à la rébellion, par suite de la grande
fortune qu'il avait trouvée. — Fin.
En cette année 1147, Georgi[us], qui
était le fils du roi des Nubiens, s'était
mis en route pour venir trouver le roi
des faiyayê, pour le motif que voici' :
Les rois des Nubiens, depuis les temps
anciens, donnaient chaque année au roi
des faiyayê 360 esclaves Maures*, des
singes apprivoisés qui savaient imiter
les hommes dans leurs manières, des
animaux qu'on appelle zôrdpheh'^ , des
défenses d'éléphants, et des peaux' de
tigres. Les rois des faiyayê donnaient
aux Nubiens un certain nombre de
khourê de froment, des légumes du pays
d'Egypte, un certain nombre de kaîlé
d'huile d'olive et des étoffes pour vê-
tements précieux, et ils permettaient
Ainsi que nous l'avons dit, le patriar-
che Mar Dionysius descendit à Bagdad,
comme il le raconte lui-même :
Au commencement du mois de 'ab
(août) de l'année 1147, je me rendis près
du roi Abou Ishaq, selon la coutume que
j'avais observée à l'égard de son frère;
il m'accueillit pacifiquement, dans la
nouvelle ville qu'il avait bâtie entre les
deux canaux.
Le roi des Nubiens, Georgius, qui était
arrivé à Bagdad depuis le mois de sebat
(févr.) n'avait pas encore été reçu par
Abou Ishaq. Or, tandis que Georgi[us],
roi des Nubiens, était en route, en arri-
vant h Callinice, il m'avait écrit qu'il dé-
sirait me rencontrer pour que nous l'ac-
1. Cf. Gesch. der Chai., II, 301, n. 2. — 2. Barhébr. : « envoya Aphsin, avec des présents à Ste-
phanus ». — 3, Suppléer ainsi d'après l'arabe : 'ooi HA 'û^»»Ml aa| 'oi^^oo t^ ).-xi\3 • ^S) >mo yaj^...
;»t3 • XSii ûk^|3 • y=h
4. Sur ce voyage, cf. Rknaudot, Hist. pair, Alex-, p. 281 et suiv. — 5. Nègres. — 6. Ssl ij
girafe. — 7. Le ms. porte « des nerfs de tigres », ce qui est aussi la leçon de BH, mais il faut sans
doute lire : 1'»—^-%^ au lieu de | ,-»^ .
LIVRE XII. CHAP. XIX
91
au roi des Nubiens d'envoyer percevoir
le tribut des Nubiens [SBl] qui habitaient
dans le pays des Taiyayê, sans empêche-
ment.
En vertu de ce pacte et de cet arran-
gement, les ïaiyayê ne s'emparaient
point des Nubiens et les Nubiens ne dé-
passaient point la ville de Syène, qui est
sur les frontières du côté de l'Egypte
et de l'empire des Arabes.
Or, il arriva que cette loi fut trangres-
sée, par suite du trouble ' qui survint dans
le monde et causa de la perturbation,
du temps des fils de Haroun, et aussi
par suite de l'extension de l'empire des
faiyayê qui méprisèrent les Nubiens.
Et ces usages cessèrent; les Nubiens
[n'observèrent pas la coutume d'envoyer]
quelque chose aux Arabes, ni les Ara-
bes [d'envoyer quelque chose] aux Nu-
biens*.
Mo'taçim s'aperçut de ces choses. Il
appela quelqu'un de son entourage et
l'envoya dire au roi des Nubiens : « En-
voie les présents, selon l'usage antique
de toutes les années passées, sinon j'en-
verrai les faiyayé dépeupler ton pays. »
— Quand l'envoyé arriva, il trouva que
le roi de Nabados' était mort et que le
royaume était gouverné à cette époque
par un prince nommé Zakarias. Or, il
n'était pas de la descendance des rois,
en dehors de laquelle il n'y a point de
roi pour eux; mais il avait un fils d'une
femme qui était par sa famille de souche
royale. Ce fils s'appelait Georgi[us] ; ils
compagnassions de nos prières ; je lui
répondis : « Cela est impossible sans la
permission du roi; mais, continue, et
aussitôt [S31] j'arriverai après toi, et là
je te verrai. » C'est pourquoi, je le rap-
pelai au souvenir du roi et je lui fis sa-
voir que je désirais le rencontrer, parce
qu'il était de notre confession. Je ne sa-
vais pas quel était le motif du retard.
Après que Georgius fut entré chez
le roi, et eut été honoré par Salomon,
son médecin, (le roi nous) dit : « Va
trouver ce Nubien ! » — Nous y allâmes
avec quelques évêques et des fidèles.
Nous vîmes un jeune homme intelligent,
d'une vingtaine d'années, rangé, in-
struit, de bel aspect, digne de la royauté
par ses manières. Ayant causé avec lui
par le moyen d'un interprète, nous le
trouvâmes orthodoxe sincère, zélé pour
la foi, ayant horreur de communiquer
avec les hérétiques. Le dimanche, nous
célébrâmes la messe et nous le fîmes
communier ainsi que ceux qui l'accom-
pagnaient. Ils avaient avec eux des vases
sacrés et tous les ustensiles* (pour la cé-
lébration) des mystères.
Quand nous eûmes reçu le diplôme
du roi, au moment de notre départ nous
fîmes présent au roi des Nubiens de cer-
tains objets d'or et d'argent, tels qu'il
convenait à notre qualité de lui offrir,
pour être en souvenir dans leur royau-
me.
Tandis que nous remontions de Bag-
dad, en Tannée 1148, nous apprîmes
1. TtspiSéeia- — 2. Suppléer ainsi d'après l'arabe : o^.:S\ |àSaoil ooA \oiW 113 • y^^ |à^^=l Isài.©
.s'-j. taaSsv làsattil .3;.i^ llo itl^ — 3. Lire : •i»^,= lj; cf. Jourti. asiat., X" sér., t, I, p. d61 (1903).
4. xeinïiXiov.
92
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
lui mirent la couronne sur la tête, et son
père gouvernait le royaume jusqu'à ce
que l'enfant eût atteint sa majorité.
Quand Zakarias vit l'envoyé des Tai-
yayê, considérant les embûches que lui
tendaient les Arabes, il songea à envoyer
son fils, qui régnait, près d'Abou Ishaq,
s'il lui concédait une telle faveur, pour
satisfaire avec plaisir aux demandes de
l'ambassade royale. [S32] Il dit à l'en-
voyé : « Je ne veux pas faire un traité
par lettres; mais j'enverrai mon fils,
qui règne sur les Nubiens, saluer ton
roi. » — Quand cet envoyé ' (?) fit savoir
ces choses à Abou Ishaq, celui-ci lui ré-
pondit : « Laisse-le venir », et il donna
ordre aux préfets d'Egypte d'aller à sa
rencontre et de le recevoir avec l'hon-
neur qui lui était dû.
Quand Abou Ishaq apprit que le roi
des Nubiens était parti et était arrivé à
Fostat d'Egypte, il écrivit aux gouver-
neurs d'Egypte de lui fournir autant de
chameaux qu'il en avait besoin pour son
bagage, de lui donner chaque jour 30 di-
nars pour ses dépenses, et de le faire
recevoir par les chefs des villes avec les
honneurs dus à un roi.
Lorsque le prince arriva à Callinice,
l'émir du Djézireh vint à sa rencontre.
Les faiyayê et les chrétiens raccompa-
gnaient avec honneur pour voir le pro-
dige nouveau qui était arrivé dans leur
pays.
Il était monté sur un chameau avec
qu'Abîram était mort, et nous partîmes
en hâte vers la Cyrrhestique, afin de les
ramener au bercail". L'impie Philoxe-
nus de Nisibe, Çeliba et le moine'
Siméon , ordonnèrent Siméon , frère
d'Abîram. Philoxenus, qui était déposé,
lui imposa une main impure, mettant
ainsi obstacle au rétablissement de la
paix dans l'Église.
[S32] Les gens du pays en apprenant
cela s'agitèrent, car ils avaient connais-
sance de l'indignité de l'immonde Si-
méon. Ils se rendirent tous à notre sy-
node de Goubrîn, et nous leur donnâmes
l'absolution. Quand ilséchangèrent leurs
vues avec nous au sujet des prêtres et
des diacres que leur avait ordonnés le
rebelle, et à propos des bigames et des
trigames qui exerçaient le ministère,
saas interdit, nous leur exposâmes qu'ils
n'avaient point été ordonnés selon la
règle canonique, car Abîram lui-même
avait été ordonné par des hommes dé-
pouillés* de l'épiscopat. Nous leur té-
moignâmes de la condescendance et
nous acceptâmes de les recevoir après
l'imposition des mains qu'on fait sur
ceux qui se convertissent de l'hérésie;
mais nous ne reçûmes pas les polygames.
Pour leur utilité, nous fîmes une charte
de réconciliation, dans l'espoir qu'ils
reviendraient h nous un autre jour et
que nous pourrions les absoudre. Les
polygames, leurs prêtres, résistèrent;
ils rassemblèrent d'autres misérables
1. Arabe : u-»>V^ âp>. )ol.; Barhébr. : >»(^^euûX -a-ïol >.»> '^^-^x.a ,^> ^►.%i,V*' {Chr. syr., p. 147)
,».i.|j, ne serait-il pas pour l»,!^ = '^-^^ (?).
2. Litt. : « de les domestiquer». — 3. Ar. ; uj|i|:^, comme plus haut, p. 57, n. 6. — 4. Lire :
V.» ; ar. : |a-;^.
LIVRE XII. GHAP. XIX
93
une selle tout à fait différente des selles
de notre pays. Au-dessus de lui était un
parasol en forme de coupole recouvert
d'ornements de corail', et au sommet
duquel était fixée une croix d'or. D'une
main, il tenait un sceptre, et de l'autre
il portait une croix; à sa droite et à sa
gauche marchaient de jeunes Nubiens
qui portaient des croix dans leurs mains ;
devant lui marchait aussi un évêque, qui
était monté et tenait pareillement une
croix à la main. Toutes ces croix étaient
d'or. Le reste des cavaliers et des es-
claves qui l'accompagnaient et l'entou-
raient étaient tous noirs. Deux autres
évoques [S33] qui étaient partis avec lui
étaient morts en route, ainsi que plu-
sieurs autres personnes de son camp,
parce qu^ils avaient fait route dans les
jours de neige et de gelée : chose qui
ne se voyait jamais dans leur pays. Ils
s'arrêtèrent à Callinice à la fête de Noël.
II descendit à Bagdad et fut escorté dans
les rues par les troupes. Il logea dans
un des palais royaux. Il y resta depuis
sebat (févr.) jusqu'à 'ab (août).
La cause de ce retard est celle-ci :
Un Nubien qui recueillait les revenus
du roi des Nubiens dans le pays des
Taiyayê se révolta contre le roi des Nubiens et se fit musulman. Georgi[us] sortit à
sa recherche, le prit et le fit charger déchaînes. Or, ce misérable imagina d'écrire au
roi des faiyayê, en lui disant : « Cet homme n'est pas le fils du roi, mais un impos-
teur. » Le roi envoya en Egypte pour faire une enquête sur le dire de ce rebelle; et
pour ce motif l'entrée de Georgi[us] près d'Abou Isjhaq fut retardée. Quand la
comme eux et excitèrent du trouble et
du tumulte; ils disaient : « Pourquoi
abandonnerions-nous ceux qui se con-
duisent en toute chose selon notre désir,
ceux qui n'ont jamais molesté l'un d'en-
tre nous, par qui nous n'avons jamais
été excommuniés nulle part^, pour aller
nous attacher à celui qui n'a aucune
pitié pour nous ? » Les relâchés et les
misérables se laissèrent séduire par de
semblables paroles; ils retournèrent h
leur vomissement. Ceux qui avaient une
conscience droite [333] se tournèrent
tous vers nous. Ceux qui résistèrent et
défaillirent s'en allèrent en boitant des
deux jarrets, car ils nous louaient et
blâmaient Siméon, quoi qu'ils fussent
entraînés par la contrainte des leurs' à
communiquer avec eux, ainsi qu'il est
écrit à propos des Samaritains' : « Ils
adoraient le Seigneur, mais ils servaient
leurs dieux ! »
Cependant, quoi qu'il en soit, l'aile
du parti d'Abîram fut brisée, et ils ne
pouvaient plus désormais ni faire aucun
bien, ni faire du mal, pas plus que les
idoles des Gentils.
1. Traduction probable. La lecture du mot est incertaine. On la retrouve presque identique dans
Barhébr. ; >q^-o;5>3 U=2=>m, avec la var. u^»;û ; ce qui voudrait alors dire « recouvert d'étoffes écar-
lates », Cf. Thés, syr., col. 3759,
2, Construction obscure et embarrassée; ar, : o»i.-:S\ ,jo ^Isio i.3 >ooiU^é^ "ô^ ol. — 3, ^cn~.lj-^U
(BH). — 4. IV Heg., XVII, 33,
94 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
réponse arriva « qu'il était bien le roi et le fils du roi », Abou Ishaq le fit appeler.
A son arrivée, Abou Ishaq ordonna à ses soldats de sortir à sa rencontre revêtus
de leurs armures et parés de leurs ornements. Ils se tinrent rangés des deux côtés
de la route, et il passa au milieu d'eux ceint de la couronne : une tiare au sommet
de laquelle était la croix. Un trône plus brillant que de coutume était préparé
pour Abou Ishaq. Georgi[us] entra près du roi; celui-ci le prit par la main et le
fit asseoir devant lui. Il apprit de lui, par le drogman, qu'il était venu le saluer, et
il l'accueillit fort bien ; il lui donna de riches présents d'or et d'argent, [634] des
étoffes pour vêtements, du musc d'ambre', et dix chamelles de celles qui servent de
monture aux rois, harnachées; il ordonna qu'il fût traité avec honneur dans toutes
es villes, jusqu'à ce qu'il entrât dans son propre pays, et qu'on lui donnât chaque jour
30 dinars pour sa dépense.
A cette époque, il y eut aussi un schisme parmi les Chalcédoniens d'Antioche '. Et,
parmi les Nestoriens, il y eut une discorde. Quand mourut Sabrîsô', leur catholicos%
ils confièrent l'élection à Bôkhtîsô' et à Salomon, médecins du roi. Salomon choisit
Abraham, évêque de Haditha, et Bôkhtîsô' choisit Mar-Aba, métropolitain de Beit
Lapât. De là survint la dispute, et ils se divisèrent'. Les évêques qui étaient en faveur
de Mar-Aba le prirent et s'en allèrent aux villes^ de Séleucie et Ctésiphon; car il ne
leur était pas permis d'ordonner un catholicos ailleurs que dans ces villes. Salomon,
en apprenant cela, s'agita. Il alla trouver Abou Ishaq et se plaignit des évêques qui
suivaient la volonté de Bôkhtîsô', en disant : « Ils n'ont pas gardé l'honneur dû à
ma présence devant Ta Majesté" et à la fonction que j'exerce près de toi depuis ma
jeunesse jusqu'à ma vieillesse ». Aussitôt, le roi irrité fit jeter Mar-Aba dans les fers,
et ils ordonnèrent catholicos Abraham, évoque de Haditha, par ordre du roi. Dès lors
les Nestoriens furent divisés en deux factions : les uns proclamaient Mar-Aba, les
autres Abraham. Leurs églises aussi étaient divisées, et en chacune d'elles on célébra
deux offices et deux sacrifices pendant plusieurs années, jusqu'à ce que, Mar-Aba étant
mort, la primauté fut confirmée à Abraham'. — Fin.
CHAPITRE [XX]. — De Ventrée cC Abou Ishaq, roi des Taiyayê, dans le Beit Roii-
mayê; de la défaite^ de Theophilus, empereur des Romains; de la destruction
cruelle de la ville d'Amorium; des phénomènes aériens; et récit des événe-
ments ecclésiastiques qui eurent lieu à cette époque.
En l'an 1149,1e roi Abou Ishaq se prépara à envahir le Beît Roumayê; il
1. j^\ OUI. — 2. Cf. ci-dessous, p. 97-99. — 3. En 838. — 4. Cf. Bar Hebr., CAr. eccL, II, 190;
'Amr et Sliba, éd. Gismondi, trad., p. 40; MARf, p. 68. — 5. Restituer : |)o.»»m. — 6. A celui qui
a le privilège de l'approcher. — 7. Abraham fut institué en 840 et mourut en 853.
8. Lire : |I.ai.3i|x).
LIVRE XII. CHAP. XX 95
divisa ses troupes en deux corps' : l'un, avec Aphsîn, entrait par le défilé' de
Hadeth, l'autre corps, avec le roi, pénétrait par le défilé" de Tarse. Cinquante
mille combattants y entrèrent avec eux, ainsi que trente mille marchands et
fournisseurs de bêtes et de provisions, des chameaux, au nombre d'environ
50 mille, et vingt mille mulets, sans compter les chevaux du roi et des troupes.
Quand ils arrivèrent à Çaphçaph, ils y trouvèrent les espions des Romains
et les tuèrent. Quand ils parvinrent à Nicée, ville en ruines, ils démolirent sa
citadelle. De là, ils partirent vers Ancyre. Ils n'y trouvèrent personne : tous
s'étaient enfuis à la grande ville d'Amorium. Sur l'ordre du roi, le mur [33S]
d'Ancyre, qui était bâti en très grandes pierres de taille, fut détruit. Les Taiyayè
prirent neuf chariots chargés (du reste) de la population d'Ancyre, et ils les
amenèrent au camp.
L'empereur Theophilus s'avança contre le camp d'Aphsîn, qui était de
30 mille hommes; les Romains en tuèrent 3 mille; et aussitôt Dieu envoya une
pluie violente qui fit cesser le combat. Le camp des Romains se trouva dispersé.
Theophilus s'était séparé d'un côté, avec 2 mille hommes; les autres crurent
que l'empereur avait été tué et ils s'enfuirent à Constantinople. Quand la pluie
cessa et quand l'air s'éclaircit, Theophilus vit que les Romains étaient dis-
persés; il descendit de cheval avec tous ceux qui l'accoippagnaient. Ils ne for-
maient qu'un seul groupe : le roi se tenait au milieu. Les troupes d'Aphsîn l'en-
touraient, au nombre d'environ trente mille, mais elles ne purent vaincre les
deux mille hommes de Theophilus avant d'amener des machines qui les lapi-
daient. Alors les Romains se précipitèrent, tuant et succombant; ils fendirent
les rangs des faiyayê et s'échappèrent. Le combat cessa parce que le soir était
arrivé'. Pendant la nuit, les Romains allumèrent du feu autour de leur camp,
et partirent précipitamment vers Amorium.
Tandis que Theophilus se sauvait, un envoyé de sa mère vint lui dire : « Les
Romains qui sont arrivés (ici) ont répandu le bruit que tu avais été tué, et les
notables veulent instituer un autre empereur ; viens vite ! » Alors, Theophilus
excita les troupes qui étaient à Amorium, et il ordonna de fermer les portes
de la ville. Il laissa Amorium comme sur [336] le tranchant du rasoir, se lamen-
tant sur ses enfants. Quand il arriva à Constantinople, il fit mettre à mort les
notables qui voulaient établir un autre empereur.
Après qu'Amorium fut dévastée, Theophilus s'avança, et, en voyant ce que
les faiyayê avaient fait à Amorium, il se reprocha à lui-même d'avoir le pre-
mier ravagé Zoubatra, et il comprit qu'il devait changer de résolution'.
1. Littér. : « deux camps ». — 2. xXeiffOûpa. — 3. Bataille de Dazymène ; cf. Hist. du Bas-Emp.^
LXIX, § xxTir-xxviii. — 4. Littér. : « il sut qu'il devait frapper sur l'arrière du navire n ; nous avons
déjà trouvé plus haut la même expression; cf. p. 54, n. 4. C'est une sorte de locution proverbiale.
Arabe : ovi^a/nSs. p| t.3 lO» 'oovil xi^o.
96 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Alors, il envoya près d'Abou Ishaq, Basilius, patrice de Karséna', avec des
dons et des présents ; et il écrivit deux lettres : l'une dans laquelle il confessait sa
faute, et redemandait le patrice Aetius', offrant de rendre les prisonniers Taiyayê
et de confirmer la paix ; et dans l'autre lettre étaient des reproches et des
menaces, si Abou Ishaq ne voulait pas de la paix. Après avoir reçu la lettre de
paix, Abou Ishaq demanda avec instance que les Romains lui donnassent aussi,
outre tous les faiyayè prisonniers, Naçr Khourdanaya, le fils de celui-ci, et
Emmanuel'. Basilius ayant répondu que ce n'était pas possible, le roi dit :
« Alors, va-t-en et pars ». — Après cela, Basilius lui remit la lettre de menaces ;
et quand elle eut été lue, Abou Ishaq fut pris de colère; il renvoya les présents
du roi des Romains avec son ambassadeur.
Il ordonna au général Abou Sa'îd* défaire des incursions sur le territoire des
Romains, et il lui donna le commandement de la Mésopotamie et de la Syrie.
Quand celui-ci arriva à Alep, il ordonna de percer les tonneaux pleins de vin;
ils lacéraient même les outres au milieu des rues. L'évêque chalcédonien se ren-
dit près de lui, et lui demanda d'user de miséricorde à l'égard des chrétiens. Il
répondit : [S37] « Ne te fatigue pas avec moi, ô évèque, car vous êtes un peuple
que je déteste fort; n'attendez de moi aucun bienfait; mais priez pour que
ma fin arrive dans le Beit Roumayê, afin que je ne vous revoie pas. » Quand
il se mit en route pour entrer (dans le Beit Roumayê), ayant pris avec lui des
guerriers, il pénétra d'un côté, et il envoya le satrape, c'est-à-dire le général,
Bésîr et les gens de Mopsueste, d'un autre côté. Bésîr s'empara de beaucoup
de troupeaux et de gens^; il fut rejoint par Naçr, chef des Khourdanayê, qui
délivra les captifs romains. Abou Sa'îd arriva. En le voyant, Naçr faiblit ; Bésîr le
tua et fit mettre sa tète au bout d'une lance. Quand les Khourdanayê virent que
leur chef avait été tué, ils n'envisagèrent plus que la mort : ils descendirent
de leurs chevaux, leur coupèrent les nerfs et combattirent à pied jusqu'à ce
qu'ils succombassent. L'émir ordonna de recueillir leurs têtes et de les apporter
à Mopsueste. On les sala pour les envoyer au roi. La plupart d'entre eux se
trouvaient être des gens de Mopsueste; les femmes reconnurent les têtes de
leurs maris, et ce fut une grande lamentation: leur joie fut changée en deuil*.
Le roi se réjouit du meurtre de Naçr qui avait dévasté Zoubatra. II donna à
Bésîr des présents et un collier d'or à son effigie. — Fin.
A cette époque, le fils d'Abou Ishaq, Tandis que les affaires publiques, c'est-
roi des Taiyayê, un jeune homme nommé à-dire des empires, allaient mal en ces
1. Tb Xap(Tiav6v. Une division du thème Arméniaque dont Basile était gouverneur; cf. Hist, du
Bas-Emp., LXIX, § xl. — 2. Fait captif à Amorium. — 3. Le patrice Manuel. — 4. Abou Sa'îd
Mohammed ibn Yousouf. — 5. Uo-^ia. — 6. Cf. Jac, iv, 9.
LIVRE XII. GHAP. XX
97
Abou Daoud, était l'ennemi des chré-
tiens. Il fit en sorte que son père dé-
fendît de laisser paraître la croix en de-
hors des églises, de frapper les seman-
tra, d'élever la voix dans la prière ou
dans les enterrements, sur la route, de
laisser paraître du vin dans aucune
ville ou sur les routes. Dès lors, les
hommes devinrent la proie des préfets,
qui, autant qu'ils voulaient, et à propor-
tion de ce qu'ils recevaient, aggravaient
ou adoucissaient cet édit.
En l'an 1149, au mois de tesrîn ii
(nov.), apparut une étoile caudée dans la
région du sud-est; ses rayons étaient.
dirigésversl'Occident. Pendant 15 jours
elle se leva avant que l'Orient ne fût
éclairé, et elle était visible jusqu'à ce
que la lumière du soleil se levât.
[S35] La même année, Abou Ishaq,
roi des Taiyayê, entra dans leBeit Rou-
mayê; voyant que les événements ne
réussissaient pas selon son attente, il
fut troublé et dit : « Nous n'avons pas
bien agi en entrant ici » ; et comme il
se disposait à se retirer, Ahmed, son
confident, lui dit : « Il ne convient pas à
un roi comme toi de sortir d'ici n'ayant
rien fait. Voici la ville d'Amorium qui
n'est pas éloignée de no«s : allons la
prendre». Le roi l'écouta, comme Ahi-
tophel', et ils allèrent à Amorium.
Le roi, ayant vu sa solidité, éleva
contre elleun retranchement'. Quand ils
engagèrent l'attaque, ceux de l'extérieur
lançaient de grosses pierres contre la ville
avec les balistes' ; ils couvraient le so-
années, nofre Église fut dans la tranquil-
lité ; parce que les fidèles et tout le peu-
ple étaient accablés par les soucis de
l'impôt et des tributs des gouverneurs,
au milieu des guerres et des luttes des
rois.
Mais tandis que les fidèles jouissaient
de la tranquillité parce qu'il n'y avait
point de troubles ni de discordes parmi
les chefs de l'Eglise, le démon excita la
persécution à Saroug, par l'intermédiaire
d'un païen qui fut pris d'un zèle sata-
nique. Il circulait et s'informait de ceux
qui, après avoir apostasie, étaient reve-
nus au Christianisme, afin de les obliger
à se faire de nouveau musulmans. Plu-
sieurs furent pris et subirent courageu-
sement les tortures. Ensuite, cette tem-
pête cessa et fut calmée par une femme,
du village de Basman, qui [SSoJ résista
très courageusement dans la lutte et ne
se laissa aucunement affaiblir par la vio-
lence des tourments, comme d'autres
qui succombèrent. Quand le juge de
Callinice entendit parler d'elle et quand
elle eut été conduite en cet endroit, par
ses discours intelligents et les sages ré-
ponses qu'elle adressa au juge, elle l'a-
mena à envoyer chercher ce païen. Lors-
qu'il arriva, il fut frappé et jeté en pri-
son; et ce fut la délivrance (pour les
chrétiens).
Encore à cette époque, la division de
l'Eglise des Chalcédoniens, à Antioche,
fut une cause d'ignominie pour tous les
évêques.
Quand Job, leur patriarche, mourut *,
1. II Reg., xv-xvii, passim. — 2. xapâxw(ia.
4. Cf. ci-dessus, p. 75, a. 5.
III.
cf. (<.ayYavixTi.
i3
98
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
leil de l'ombre des traits qu'ils tiraient,
et ils renversaient ceux qui se tenaient
sur le mur. D'autres tiraient et amenaient
des trépieds' recouverts de peaux, pour
protéger ceux qui creusaient des mines
sous le mur. Pareillement, ceux de l'in-
térieur tuaient les assiégeants avec les
pierres des frondes, les béliers et les
traits. Ils broyaient, avec les pierres
qu'ils faisaient rouler, et renversaient
ceux qui approchaient du mur, et ils
les couvraient comme d'un épais nuage
de sable et de poussière.
Des deux côtés, des milliers d'hommes
périrent pendant les trois jours de com-
bat. Ensuite, on montra au roi une fis-
sure dans le mur. Ils réunirent contre
cet endroit toutes les balistes et tous
les béliers; quand ils eurent frappé cet
endroit pendant deux jours, il se fit
tout-à-coup une brèche, et ce fut une
clameur lamentable [336] à l'intérieur,
et un cri (de joie) à l'extérieur. On ras-
sembla sur cette brèche les nombreux
combattants qui avaient été tués, de sorte
qu'elle fut comblée de cadavres, et les
assiégeants ne pouvaient entrer. Abou
Ishaq s'irrita ; ayant réuni ses esclaves
Maures et Turcs, il les plaça en avant et
ses troupes derrière eux : quiconque
tournait le dos était massacré.
Alors les Romains demandèrent à venir
le trouver, et il le leur permit. L'évêque
et trois notables s'avancèrent ; ils lui de-
mandèrent à évacuer la ville et à sortir. Le
roi, dans son orgueil, endurcit son cœur
et n'accepta pas. Comme ils revenaient,
l'un des notables, nommé Bôdîn^, re-
lis se réunirent pour se choisir un chef.
Les familiers de Job voulaient élire un
diacre, ami de Job; les autres, qui dé-
testaient Job, choisirent Eustathi[us]
serviteur de Baslli[us], métropolitain de
ïyr. Le préfet d'Antioche, qui était de
Tyr, favorisait l'élection de ce dernier.
Il convoqua ceux qui ne voulaient pas
qu'un serviteur régnât sur eux, il les
força par ses vexations à consentir (à
l'élection).
Le prêtre envoyé en avant pour mon-
trer la lettre à Eustathi[us] lui dit : « J'ai
été envoyé près de toi et près de Nicolaus
de Damas ; mais si tu me donnes tant de
dinars, je te choisirai, n Eustathi[us], en
voyantqu'il demandait des dinars, refusa.
Alors, ce prêtre effaça son nom de la lettre
et écrivit Nicolaus. Quelques-uns des
évoques s'en réjouirent et l'ordonnèrent
à Alep. Ceux du parti d'Eu8tathi[us]
jurèrent qu'ils ne l'accepteraient point.
Quand Nicolaus vint à Antloche, les
uns sortirent et l'acceptèrent, les au-
tres lui lancèrent des pierres [336]
ainsi qu'à ceux qui l'accompagnaient.
Les païens et les juifs en riaient, et je-
taient de la poussière sur les chrétiens.
A la fin, le parti d''Eustathi[us] l'em-
porta. Ils ne permirent point à Nicolaus
d'entrer dans leur église. L'archidiacre
de la grande église leur interdit de fran-
chir le seuil de la ville ; car, ils pré-
tendaient qu'il tenait la place du pa-
triarche et avait le pouvoir ' d'interdire
les évoques. Pendant deux mois ils se
tinrent dehors; ensuite ils eurent recours
k Abou Sa'îd, émir de Syrie, et ils obtin-
1. TpiTiiBia. — 2. Ce traître est appelé BotSiTÇsç, par les auteurs grecs, et .jjâ (lire «Ji») parles
arabes; cf. Hist. du Bas-Emp,, t. XIII, p. 143, u. 2; Gesch. der Chai., II, 314, n. 1. — 3. aùôevrîa.
LIVRE XII. CHAP. XX
99
tourna vers le roi et lui promit de lui
livrer la ville par ruse. Le roi accepta
avec plaisir et lui donna dix mille dari-
ques. Le traître leur donna ce signal :
« Quand vous me verrez me tenir sur le
mur, lever la main, et enlever le bonnet
de ma tête^ sachez que j'aurai éloigné
les combattants de la brèche, approchez
et entrez. » — L'évêque, en voyant Bô-
dîn retourner vers le roi, comprit qu'il
voulait livrer la ville.
Quand les habitants s'aperçurent que
Bôdîn faisait entrer les Taiyayê, ils s'en-
fuirent les uns à l'église, en criant Kyrie
eleison, d'autres dans les maisons, d'au-
tres dans les citernes, d'antres dans les
fosses; les femmes couvraient leurs en-
fants, comme des poules, afin de n'être
pas séparées d'eux, soit par le glaive, soit
par l'esclavage. Le glaive des Taiyayê
commença le massacre et les accumula
par monceaux; quand leur glaive fut
enivré de sang, parut l'ordre de ne plus
[S37] massacrer, mais de faire la popu-
lation captive et de la conduire dehors.
Alors ils pillèrent la ville. Quand
le roi entra voir la ville, il admira la
belle structure des temples et des palais.
Comme il lui arriva une nouvelle qui
lui causa de l'inquiétude, il y mit le feu
et l'incendia. Il y avait des couvents et
des monastères de femmes tellement
nombreux que plus de mille vierges fu-
rent emmenées en captivité, sans comp-
ter celles qui avaient été massacrées.
Elles furent données aux esclaves Turcs
et Maures, et livrées à leursoutrages :
gloire aux jugements incompréhensi-
rent un ordre^ pour le préfet d'Antioche,
d'introduire (Nicolaus) chez ceux qui
l'acceptaient. Ilentra, entouréd'hommes
armés qui frappaient ses adversaires. Les
païens et les juifs criaient : « Votre im-
piété mérite bien que vous accompagniez
votre chef avec des bâtons au lieu de
croix, de leçons et d'offices ! » Quand
ils arrivèrent à l'église de Cassianus,
les partisans d'Eustathius en avaient
fermé les portes ; les soldats brisèrent
les portes, frappèrent ceux-ci et les en-
voyèrent en prison. Lorsqu'ils tirèrent
le trône d'argent pour l'y faire asseoir',
il y eut une grande clameur et des
meurtres au milieu de l'église. Le lende-
main, Nicolaus ouvrit le trésor de l'é-
glise; il en tira des objets^ d'argent et
d'or qu'il donna au préfet et même à ses
soldats. Il obligeait (les chrétiens), par
la contrainte des soldats, à recevoir sa
communion ; mais ilsla rejetaientdeleur
bouche, et la foulaient aux pieds. L'émir
établit un homme qui devait recevoir
d'eux 30 dinars chaque mois, et qui sié-
geait dans le sanctuaire ' et veillait à ce
qu'ils ne se tuassent pas les uns les autres.
Les partisans d'Eustathius l'amenè-
rent par ordre de l'émir. Et quoique [337]
Eustathius ne fût pas encore ordonné
prêtre, l'évêque de Callinice, qui était
déposé, l'ordonna patriarche, avec un
autre évêque étranger. Et comme il ne
pouvait pas accomplir son office s'il n'a-
vait pris possession de son siège, ils
firent présent de cinq cents dinars au pré-
fet qui opprima les partisans de Nicolaus
jusqu'à ce qu'ils eussent fait sortir le
1. i^SÈMI. 2. XElJl^XtOV. — 3, U»a^3.
100 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
blés (de Dieu!). Ils firent brûler tous trône du réduit où ils l'avaient caché;
ceux qui étaient cachés dans les maisons et Eustathius y prit place, entouré de
ou qui étaient montés dans les tribu- soldats. Ils partagèrent les temples : les
nés' (?) des églises. uns s'assemblaient dans l'église de la
Quand le butin de la ville fut réuni en Mère de Dieu, les autres dans celle de
un seul endroit, le roi, voyant que la Cassianus. Ils s'anathématisaient et
population était très nombreuse, donna s'injuriaient réciproquement. — Dans
l'ordre de tuer 4.000 hommes. Il donna l'église de Callinice, deux prêtres con-
aussi l'ordre d'enlever les étoffes et les sacraient simultanément au même autel,
objets d'or, d'argent, d'airain et le reste chacun d'un côté, s'anathématisant l'un
de ce qui provenait du pillage. Ils se l'autre*. — Fin.
mirent aussi à enlever la population :
et ce fut une clameur lamentable des
femmes, des hommes, des enfants, lorsqu'on séparait et enlevait les enfants des
bras de leurs parents; ils poussaient des clameurs et des hurlements. Le cri de
leur lamentation ayant été entendu du roi, quand il en connut la cause, il fut irrité
de ce qu'on avait commencé à enlever la population sans sa permission. Dans sa
colère, il monta à cheval, et il frappa et tua de sa main trois hommes qu'il ren-
contra emmenant des esclaves. Aussitôt, il fit rassembler la population à l'endroit où
elle se trouvait ; sur son ordre, une partie fut donnée aux officiers des troupes ^, et une
partie aux Turcs, [S38] esclaves du roi; et une partie fut vendue aux marchands.
On vendait toute une famille ; et les parents n'étaient point séparés des enfants.
La dévastation d'Amorium eut lieu au mois de tamouz (juilL) de l'année 1149, en
laquelle les deux empires furent frappés de stupeur : celui des Grecs à cause de la
plaie cruelle qui leur fut Causée, et les Arabes parce que, disaient-ils, ils tenaient
de leurs augures que quand Amorium serait prise par eux leur empire finirait.
Amorium était une ville fortifiée et personne n'avait pu s'en emparer avant Abou
Ishaq, qui, en 12 jours, la prit de force et y trouva réunies la population et la fortune
de plusieurs villes'. Telle fut leur fini — Fin.
CHAPITRE [XXI]. — De l'époque de la fin des deux rois : Abou Ishaq des
Taiyayê et Theophilus des Bomaias, qui firent la paix et moururent tous les
deux peu de temps après. Sur les terribles accidents qui suninrent à cette
1. Le mot paraît venir d'une forme grecque dérivée de xéXXy). Ar. : u^tJo « cellae »>. — 2. Bar-
hébr. [Chr.syr., p. 150, s. f.) cite ainsi le passage : >»wo^.si Us^oCn^. oviaoo • UaA— >.»^ oov. qmm,
— 3. Sur le siège et la prise d'Amorium, cf. Hist. du Bas-Emp., LXIX, xxxvi, xxxix ; Gesch, der
Chai., II, 313 et suiv.
4. w;a»»3.
LIVRE XII. CHAP. XXI 101
époque. Sur les rebelles qui se montrèrent de nouveau dans l'empire des
Taiyayé. Discours apologétique et persuasif placé par le bienheureux Mar
Dionysius à la fin de son ouvrage. Sur son pieux décès, qui eut lieu à cette
époque.
Quand Abou Ishaq se fut emparé d'Atnorium et l'eut détruite par le feu; il
apprit que 'Abbas, son neveu ', se préparait à tuer le roi ^ Il s'empara de son
secrétaire et de son médecin, un nestorien^ qui lui dévoilèrent le complot de
'Abbas, et tous ceux qui avaient pris part à son dessein. Ils lui firent connaître
le traité fait avec Theophilus, empereur des Romains, et le pacte qu'il aVait
conclu avec les gens de Bagdad : quand ils apprendraient que Abou Ishaq avait
été tué, ils devaient proclamer dans les rues et dans les mosquées que 'Abbas
régnait, et massacrer quiconque résisterait. C'est pourquoi, Abou Ishaq fit saisir
'Abbas et le général "Odjeif ; il les fit transporter^ chargés de chaînes, sur des
chameaux.
Ils abandonnèrent Amorium sans avoir pu démolir ' son mur, si ce n'est une
petite partie; il emmena le patrice Aetius, le préfet *, et le traitre Bôdin, et il
retourna dans son pays avec orgueil.
'Abbas mourut, par la torture et la faim, à Mabboug. Le roi écrivit une lettre
afin « que tout le monde sache que 'Abbas, fils de Mâmoun, [S39J a été reconnu
ennemi de notre empire, et était disposé à livrer tout le camp des Taiyayé aux
mains des Romains. Donc, qu'il soit maudit de tout le monde! »
A cette époque, les Romains vinrent à Antioche^ par mer, jusqu'au port "; ils
pillèrent des marchands, firent des captifs et repartirent sur leurs navires. Quand
Abou Ishaq apprit cela, il ordonna de bâtir une forteresse au milieu du port.
A cette époque, Man[g]sour% fils de la sœur d'Aphsîn, se mit à piller les mar-
chands, et méditait une rébellion. Il prit un marchand d'Arménie et s'empara de
tout ce qu'il possédait ; et comme ce malheureux était descendu pour se plaindre
auprès d'Aphsîn, celui-ci écrivit de lui rendre son bien''; mais il écrivit en ca-
chette (à Mangsour), le blâmant de ne pas' l'avoir tué; et dès lors celui-ci tua
cet homme, et envoya sa tête au roi en disant : « J'ai pris et fait mettre à mort' le
gendre de Bâbek, qui voulait se révolter, » Le roi se réjouit, et fit porter la tête
en procession dans les rues de Soumara. Mangsour prit l'habitude de tuer les
marchands.
1. 'Abbas, fils de Mâmoun; lire : ««oia-l P « fils de son frère ». — 2. Cf. Weil, Gesch. der Chai.,
II, 317 et suiv. — 3. Lire; ;ovi. — 4. •Û7:ap-/o;. Il s'agit probablement de Théodore Cratère; cf.
Hist. du Bas-Emp., LXIX, § xL-xLir. — 5. Sélericie de l'Oronte. — 6. Manksour, ou Mankdjour
(Tabari : j««^)) cf. Gesch. der Chai., II, 325, n. 1. — 7. Lire : oJ^»» oi». yaSom; ar. : 'oè>-lw 'oi^ »;•,
— 8. Suppléer la négation; ar. : 'oilSi.l\o Im l^laiii. « pourquoi ne l'as-tu pas tué ?» — 9. ^^o.
102 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
On lui parla d'un Taiyaya qui était en Arménie. Il l'envoya chercher ; mais
celui-ci, ayant appris comment il traitait quiconque possédait de l'or ', ne se
rendit point près de lui; il réunit une troupe et se révolta. Mangsour écrivit au
roi : « Un tel s'est révolté contre toi. » Le roi envoya quelqu'un avec cet ordre :
« Qu'il vienne de bonne volonté ou de force. » Celui-ci vint sans résistance : il
fit connaître au roi tout ce qu'avait fait [340] Mangsour au marchand dont il
avait envoyé la tête au roi, en lui disant qu'il était sur le point de se révolter;
et il convainquit le roi par de nombreuses preuves. Alors le roi envoya des
troupes s'emparer de Mangsour. Celui-ci confessa qu'Aphsîn l'avait poussé à
se révolter. Aphsîn nia et prétendit que son neveu mentait à son sujet. Le roi
fit tuer Man[g]sour dans sa prison et destitua Aphsîn de sa dignité.
En l'an 1152, Abou Sa'îd pénétra dans le Beit Roumayê et y fit des captifs.
Des Romains sortirent à sa poursuite en Gilicie ; ils le vainquirent et ramenèrent
les captifs.
Abou Sa'îd entra de nouveau dans le Beit Roumayê et s'en revint couvert de
confusion. Les Romains vinrent et s'emparèrent de Iladeth, de Mar'as, et du
pays de Mélitène.
A cette époque, Theophilus, empereur des Romains, envoya des présents à
Abou Ishaq, roi des faiyayê et demanda l'échange des prisonniers Romains
contre les Taiyayè. Abou Ishaq accepta les présents, en renvoya de plus grands,
et dit: « Nous, Arabes, nous ne pouvons admettre de comparer les musulmans
avec les Romains, car Dieu les estime plus que ceux-ci. Cependant, si tumerends
les Taiyayê sans rien demander en échange, nous pouvons rendre le double et
vous surpasser en toute chose. ». — Les envoyés revinrent avec la charge de
cinquante chameaux de présents princiers. Et la paix fut rétablie entre les rois.
Aphsîn, qui s'enorgueillit comme Capharnaum, descendit jusqu'au se'ôl ^
Comme le roi le méprisa, à cause de son neveu, il songea à se révolter et à
tuer le roi ; il prit [S41] ses compagnons, les Soursanayé ', pour aller tuer
'Abdallah Bar fahîr, puis rétablir dans le Khorasan l'empire de ses ancêtres,
et régner sur tout le Khorasan. Son envoyé ayant été surpris, il fit connaître
au roi tout ce qu'Aphsîn avait commandé, et il lui livra les lettres, écrites en
dialecte soursanaya. Alors, le roi manda à 'Abdallah de s'emparer de Ilasan,
fils d'Aphsîn, qui commandait dans le Khorasan, de peur qu'il ne se révoltât en
apprenant que son père avait été arrêté, et il ordonna de jeter Aphsîn dans
les profondeurs de la terre *, et de confisquer ses richesses au profit du
trésor (royal).
1. Ainsi en transposant les deux mots : 1=01» l-i-o». — 2. Cf. Luc, x, 15. — 3. ULro^a» désigne les
gens de la province appelée en arabe Osronsana \ÂILS,j -.1), dont Aphsîn était originaire ; cf. J. Mar-
QOART, ÊrânSahr, p. 300 et 150. — 4. Traduction littérale ; le sens est sans doute « dans des cachots
souterrains ».
LIVRE XII. CHAP. XXI 103
Bar Tahîr écrivit à Bar Aphsîn, comme de la part du roi, lui ordonnant
d'aller à la place de Bar Tahîr. Le jeune homme le crut et se rendit à Nîsapour ' ;
et il fut pris dans sa naïveté '. Comme on l'enchaînait, 'Abdallah lui dit : <.< Le roi
ordonne que tu répudies' ta femme*». Le jeune Hasan, étant vivement pressé, fit
serment qu'elle était répudiée; et aussitôt elle fut renvoyée chez son père, Asi-
nas', avec les serviteurs et les bagages de Hasan; celui-ci fut envoyé enchaîné
près du roi. Il fut enfermé dans les cachots" près de son père. Ensuite Aphsîn
mourut de misère. On répandit le bruit qu'il n'était pas circoncis et qu'il ado-
rait une statue qui se trouvait dans sa maison ".
Ensuite, en l'an 1153, il y eut en Palestine un homme appelé Tamîm, et sur-
nommé AbouHarb, qui se proclama roi '. Trente mille affamés et dénudés se joi-
gnirentà lui. Son visage était couvert[342] d'un voile. Ilparaissaitzélé pour laloi
du Prophète, et se préoccuper des opprimés ; il n'imposait pas de tribut au-delà
de 4 zouzé. Beaucoup se réjouirent. Mais il ne persévéra pas dans sa règle, et se
mit à piller et à tuer. Il monta à Jérusalem : les 'ïaiyayê, les Chrétiens et les
Juifs s'enfuirent. Il pénétra dans les mosquées et les églises, et, après avoir tout
pillé, il voulut incendier l'église de la Résurrection et les autres. Le patriarche
lui envoya beaucoup d'or. Radja ^ fut envoyé contre lui avec 8 mille hommes.
Quand ils parvinrent à Callinice, la nouvelle arriva qu'Abou Ishaq était
mort. La plupart se préparaient au pillage ; mais Dieu eut pitié, et la nouvelle
arriva que Haroun régnait : les rebelles furent contenus et le trouble cessa.
Cependant, Bar Baihas '°, de Damas, rassembla 5 mille hommes et se mit à piller et
à massacrer. Il fut rejoint par Radja qui lui tua 4 mille hommes, et le reste se
dispersa.
Ensuite Radja s'avança contre Abou Harb ; il s'empara d'un de ses espions'^ et,
ayant appris où il était, il traita cet espion avec honneur, lui donna un vêtement,
et l'envoya trouver Abou Harb pour lui proposer la paix et lui dire qu'il ne
bougerait pas de sa place avant d'avoir reçu réponse. Dès le soir il partit, et au
matin, il tomba sur Abou Harb, lui tua 8 mille hommes et en prit mille, avec
Abou Harb lui-même, blessé, et il les envoya au roi.
A cette époque, les gens de Dara, de Nisibe, et d'Amid sortirent pour se
livrer au brigandage'^. [343] Une armée de Persans fut envoyée contre eux; ils
1. Ms. : Nîsur ou JVièuwar; même orthographe dans l'arabe. — 2. Cf. Gesch. der Chai,, II, 337.
3. Ce sens n'est pas dans les lexiques ; il me semble indiqué par le contexte. — 4. Otrondja, fille
d'Asinâs, ^Uil Ctt'- «1*^/1 (Tabarj, III, 1300). — S. Ms. ; Asinouq; mais iJ faut lire 'cai^\ ou ^ooau.]
d'après la note précéd. — 6. Cf. p. 102, n. 4. — 7. Cf. Gesch. der Chai., II, 329; El-Macin, Hist.
saracen., trad., p. 181; ïabari, 111, 1308, 1318. — 8. Un yéménite qui prit le nom de Mabarqa'
{fijX\ iJj»- •!); cf. Gesch. der Chai., II, 331. — 9. Kadja ibn Ayoub. — 10. Ms. : Arbthas; arabe :
'^a\^i\,Arhtzous; il faut lire: ioow.= a, ^i^. . ^|. — 11. Lire : Ua».^,aulieu de ka.^. — 12. A
la faveur des troubles qui eurent lieu dans le nord de la Mésopotamie; ci. Gesch. der Chai., II, 330
104
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
engagèrent une attaque contre Dara, s'en emparèrent, y tuèrent deux mille
Taiyayê et pillèrent tout. Ils ne tuaient point les chrétiens, parce que les
Persans étaient irrités contre les Taiyayê ; c'est pourquoi beaucoup de Taiyayê
se sauvèrent à l'aide du signe de la croix.
Abou Ishaq mourut et laissa de grandes richesses, car il percevait le tribut
sur toutes choses, même sur les morts. Il bâtit la ville de Soumara, qui devint
florissante. Le loyer d'un seul bain monta à 32 mille pièces d'argent; le revenu
mensuel de la ville de Soumara était de 300 raille pièces d'argent. Il s'adonnait
aux plaisirs charnels et à boire du vin; il affranchit à sa mort 8 mille esclaves
achetés ù prix d'argent ; il laissa 40 mille chevaux de selle, 20 raille mulets de
charge et 30 mille esclaves palefreniers'. 11 mourut au mois de kanoun (déc.)
de l'année, 1154'.
A la même époque mourut Theophilus, emper«ur des Grecs '.
En l'an 1151, au mois d'adar (mars),
apparaissait dans la partie septentrio-
nale du ciel un signe roùge comme le
feu; et le 6 de nisan (avril), le même si-
gne apparut pendant trois nuits, s'éle-
vant de la partie septentrionale depuis
la première heure de la nuitjusqu'h l'au-
rore. On voyait des traits qui éclairaient
comme des lampes.
Le 10 du même mois. Dieu envoya un
nuage de pluie très violente, telle que
ni nous, ni les vieillards âgés, n'avions
jamais vu ou entendu mentionner la pa-
reille. Beaucoup de gros rochers furent
entraînés par l'inondation, et les plaines
devinrent des lacs. — A Harran surtout,
les dommages causés furent considéra-
bles, parce que les torrents de la monta-
gne de Hesmî et de celle qu'on appelle
Yateb-risa, ouPhér'â, se réunirent etde-
vinrent un grand fleuve. Ils passèrent sur
tous les villages et les dévastèrent; ils at-
teignirent Beit Qoubê, et les maisons, les
Le patriarche de notre Église ortho-
doxe était, à cette époque, Mar Diony-
sius de Tellmahrê, et la plupart des
histoires qui sont compilées dans ce
livre jusqu'ici, c'est lui qui les a écrites
très soigneusement.
A la fin de sa Chronique, qu'il com-
posa à la fin de sa vie, il écrivit un
discours insinuant, mélangé de tristesse
et d'exhortation, en ces termes :
Plus qu'à toute autre époque de la
domination des Arabes, les calamités
se sont multipliées sur les hommes à
l'époque présente, par la cupidité des
préfets : car chacun prenait pour lui
ce qu'il surajoutait aux impôts, et II
ajoutait et augmentait autant qu'il vou-
lait. Ils désignèrent et établirent des
fonctionnaires spéciaux pour chaque ca-
tégorie, de sorte qu'ils mangeaient et
dévoraient les pauvres de toute façon.
Ils établirent à Callinice un juge appelé
(jadi, et un gouverneur pour percevoir
1. siahularii. — 2. Selon les auteurs arabes, le 18 de réby i de l'an 227 Hég. (5 janv. 842); cf.
Gesch. der Chai., II, 335, n. 1. — 3. Le 20 janv. 842.
LIVRE XII. CHAP. XXI
105
hôtelleries, les boutiques furent inon-
dées ; elles furent renversées et s'écroulè-
rent ; en certains endroits elles s'abat-
tirent sur les habitants, qui furent
suffoqués. Si ce n'était que l'inondation
eutlieu de jour [d39] et que le gouverneur
rassembla la population et fit préparer
un monticule, toute la ville aurait péri.
Le flot s'avança ainsi, en causant des ra-
vages, jusqu'à Callinice, qu'il inonda,
et il se déversa dans l'Euphrate..
Après cela, au mois de haziran (juin)
de la même année, un vendredi, il y eut
une secousse de tremblement de terre à
Qaliniqala' des Arméniens : huit^ des
tours de son mur et de nombreuses mai-
sons s'écroulèrent, deux cents pei sonnes
environ périrent. Pendant deux mois,
les gens demeurèrent dans la campagne,
par crainte des secousses qui ne ces-
saient ni nuit ni jour.
Ensuite, au mois de tamouz (juill.) de
la même année, le feu prit à Bagdad et
à Baçra, le même jour et à la même
heure ; plus de 15 mille' boutiques fu-
rent brûlées, à Bagdad, avec les richesses
qu'elles contenaient : et de même à Ba-
çra. — Le même jour, une ville de la ré-
gion du Khorasan fut renversée de fond
en comble, ensevelit ses habitants et de-
vint un tumulus : il s'en échappa un
homme et un âne vivants.
Le 24* d'éloul (sept.), apparut dans la
partie septentrionale du ciel comme
l'impôt, et un préfet* chargé de surveil-
ler les délits", et un autre préposé aux
courriers' pour écrire au roi l'état du
pays ; et un autre préposé aux revenus du
çawâfi^ \ et un autre pour (réprimer)
l'injustice (à l'égard) des gens, alors
qu'il était lui-même le plus inique de
tous. Et ils établirent pareillement (ces
fonctionnaires) dans toutes les villes !
[S30J Afin que les hommes sachent
à quelle cruauté l'avarice entraîna ces
préfets, je rapporterai quelques-unes
de leurs actions.
'Alî', qui occupait Damas, ayant en-
tendu parler de la richesse d'un mort,
fit appeler les enfants de celui-ci et
leur dit : « J'ai entendu dire que vous
aviez tué votre père ! » Et comme ils lui
répondaient qu'il était mort de sa mort
(naturelle), « Point du tout, reprit-il,
mais vous l'avez tué pour hériter'" ». Il
les fit charger de chaînes et les empri-
sonna. Pendant la nuit, il envoya re-
tirer leur père du tombeau, le fit étran-
gler et ensuite ensevelir de nouveau.
Au matin, il les fit appeler et leur dit :
« Si vous êtes véridiques, allez tirer (le
cadavre de) votre père du tombeau ».
Ils y allèrent, ne se doutant pas de ce
qui avait eu lieu. Comme on trouva qu^il
avait été étranglé, il les fit frapper et
prit leur fortune. — Il achetait" les
chameaux faibles et maigres, et les en-
voyait chez les villageois, pour qu'ils
1. Erzeroum ; cf. t. II, p. 521, n. 8. — 2. BH : «18». — 3. BH : « 5 mille ». — 4. BH : « le quatorze ».
5. ILaûi. — 6. Lire : \i^'t&sx> la'^ (cf. texte, p. 5'»1, 1. 2); arabe : ^^î^. — 7. veredarii. —
8. Jl«..a)l Cf. DozY, Suppl. aux Dict. ar., I, 838. Il s'agit d'une sorte de patente, d'après les
détails donnés dans la Chronique du Pseudo-Denys de Tell Mahré, éd. Chabot, trad., p. 102 et 125.
— 9. 'AIî ibn Ishaq ibn Yahya.
ill.
10. ■^ovJot;!!.,. — 11. .=|o.
14
106
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
une nuée de feu, qui partait de la partie
orientale el s'avançait en marchant au
nord jusqu'à l'occident. Sa partie supé-
rieure était rouge comme du sang, et sa
partie inférieure était comme l'image de
la lune, de sorte que tous les corps, les
parois, les murs, les édifices recevaient
la lumière du côté du nord, tandis que
le côté méridional était dans l'obscurité.
Ce signe paraissait depuis la deuxième
heure de la nuit jusqu'au chant [o40]
du coq; alors les ténèbres devenaient
très épaisses.
En l'an 1152, à cause de l'abondance
des nuages et de la violence des pluies,
la neige qui était sur les montagnes fon-
ditetdescendithorsde saison ; les fleuves
et les torrents furent remplis et débordè-
rent au mois de kanoun (déc.). Le Tigre
inonda Soumara, où il détruisit plus de
dix mille maisons et beaucoup de gens.
A cette époque, la tribu des Rabî-
'ayê% formée d'assassins et de brigands,
eut pour chef un homme nommé Mâlik,
de leur propre race. Il entraîna et en-
ferma la plupart des voleurs qui se
trouvaient parmi eux, dans la ville de
Balad. Au bout de quelque temps, ils
brisèrent les liens pour s'enfuir. Les
gens de Balad, s'en étant aperçus, s'em-
parèrent de trois d'entre eux et les mi_
rent à mort. Les parents de ceux qui
avaient été tués s'assemblèrent au nom-
bre de cinq cents, ravagèrent le pays
des 'Arabayê, et incendièrent les vil-
lages. Quand les fils de Hasan, le chef
les nourrissent pendant Thiver. Ils pé-
rissaient par suite de leur faiblesse.
Alors il disait : « Ce sont les chameaux
du roi », et il leur faisait rendre le prix
à raison de 30 dinars par chameau,
A Cyrrhus, un autre préfet, passant
de village en village, rencontra un cha-
melier dont les chameaux lâchaient de
l'eau sur la route ; il lui dit : « Pourquoi
laisses-tu tes chameaux pisser sur la
route par où passeront les musulmans,
pour les faire glisser et tomber ? » Il le
fit emprisonner avec ses chameaux jus-
qu'à ce qu'il lui ait donné (un présent),
— Un autre jour, il vit un homme qui
était tombé de son âne, et qui s'était
fracassé la tête. Ayant appris de lui que
son âne avait eu peur et l'avait jeté à
terre, il ordonna de tuer l'âne, sous
prétexte qu'il était peureux''' et meur-
trier de son maître. Quand ce pauvre
homme vit le jugement [340] du préfet,
il lui donna deux dinars et sauva (son
âne), — Quand un homme se plaignait
d'un autre, il les emprisonnait l'un et
l'autre, jusqu'à ce qu'il les ait ruinés
tous les deux. Et ainsi les hommes
furent empêchés de porter plainte ; et
par force on observa le commandement
qui dit ' : « Ne rendez pas le mal pour le
mal ».
Ils empêchaient de vendanger les
vignes en leur saison, avant qu'ils aient
prélevé un dinar par mille ceps*; pa-
reillement, aux pressoirs, ils empê-
chaient de pressurer avant qu'on leur
1. Sur cette tribu, cC. Wûsteinfeld, Negi.iler zu den genealogischeii TabelLen, p. 378 [s. v, : Rabî'a
ben Nizàr).
2. Peut-être faut-it lire liO' « récalcitrant ». — 3. Rom., xii, 17. — 4. |^«>^ ISV ,» |;u».
LIVRE XII. CHAP. XXI
107
des Rabî'ayê, apprirent cette nouvelle,
ils sortirent pour piller, parce que leurs
villages avaient été pris par le roi en
compensation d'une dette de 3 millions
de zouzê dont leur père, Hasan, était
resté redevable sur la perception de la
capitation. Ils dévastèrent la région de
Nisibe, de Siggar, le Tour 'Abdîn et
Qardou. Alors le roi envoya du secours
à Mâlik, qui partit à la poursuite des re-
belles: les montagnes etles vallées furent
remplies de cadavres des Rabî'ayê.
A cette époque, deux gouverneurs
avaient l'autorité à Damas et dans la
région de cette ville. L'un était préposé
à la capitation et aux questions ' du pays :
il s'appelait Radja'; l'autre était préposé
à la guerre [341] et à la surveillance de
ces régions contre les délits', il se
nommait 'Alî*. Radja, ayant accusé 'Alî
près du roi, obtint un édit qui lui don-
nait l'autorité sur tout le pays. 'Alî, en
ayant eu connaissance, intercepta les
lettres et écrivit au nom du roi qu'il de-
vait avoir lui-même l'autorité. Il fît ame-
ner Radja, le fit immoler avec ses en-
fants, et prit leur fortune, c'est-à-dire
trente mille (dinars?) qui lui apparte-
naient et quarante mille qui apparte-
naient au trésor royal, avec de l'or, des
étoffes et autres choses.
'Alî ayant commencé à commettre
beaucoup de meurtres, les autres préfets
vinrent et le mirent aux fers. La ville
ait donné l'argent ^ qu'ils voulaient ; puis
ils consignaient le vin dans les tonneaux
jusqu'à ce qu'ils aient prélevé (un im-
pôt) des vendeurs et des acheteurs.
De même, sur les routes et aux portes
des villes, ils prélevaient (des impôts) ;
et aussi au commencement de la mois-
son, et sur les meules, et quand ils éche-
nillaient, et à la cueillette des olives.
Ahmed Bar Abou Daoud' fit édicter
toutes ces lois mauvaises.
Nous rappellerons ce que faisaient
les lyadayé'', gens de sa tribu. L'esprit
est stupéfait, la langue frémit au sou-
venir de l'impiété des lyadayê. Ils s'enor-
gueillirent, en effet, à cette époque, au
point que personne ne pouvait leur
résister, ni les empêcher d'accomplir
leur volonté. Un lyadaya renvoyait la
charrue d'un chrétien de son champ et
lui faisait labourer le sien; il réquisi-
tionnait un homme et sa famille pour
moissonner sa moisson et travailler avec
lui ; et il n'en était point empêché par
le gouverneur. Un lyadaya convoitait-il
un village : il le chargeait d'impôts à
tel point que son propriétaire était
contraint de le vendre, et il l'achetait
lui-même à vil prix.
[o41] De cette manière Ahmed s'em-
para de nombreux villages. Les hommes
étaient persécutés par les lyadayê et par
les préfets. Les Taiyayê eux-mêmes
étaient persécutés.
1. Le sens du mot est assez vague, il signifie « question, réclamation, pétition, examen juridi-
que »; peut-être faut-il corriger « tributs »? — 2. Radjâ ibn abi 'd-Dhahhâk. — 3. Cf. ci-dessus,
p. 105, n. 6. — 4. Cf. p.'l05, n, 9.
5. l.aaas. — 6. C.idi célèbre ^sous les règnes de Mâmoun et de Mo'taçim ; cf. Gesch. der Ckal.,
II, 261, 262, — 7. Cf. WûsTENFELi), Register, p. 244 [s. v. : Ijâd ben Nizàr).
108
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
était sur le point d'être passée au fil
de l'épée et livrée au massacre : Dieu
lui vint en aide. Le roi ayant envoyé
chercher 'Alî, celui ci imagina de simu-
ler la folie, comme s'il était possédé du
démon, et par cette ruse il évita la mort.
En l'an 1153, il y eut un hiver sans
pluie, et les^ semences ne germèrent pas
avant le mois d'adar (mars) ; mais il y eut
des neiges abondantes, des gelées et un
froid rigoureux ; et, en outrOj la rareté de
l'argent, la cherté du froment, la famine,
la maladie, la peste' ne cessèrent point;
de plus, le tribut fut impitoyablement
aggravé par la cruauté des gouverneurs
avides du sang des pauvres. Le malheu-
reux indigent ne savait où se réfugier et
ne pouvait ni procurer du pain à la fa-
mine de ses enfants, ni donner le tribut
aux exacteurs cruels, ni soulager les in-
firmes qui étaient dans sa maison. La
plupart des pauvres qui voulaient [S42]
sortir pour recueillir ' du bois pour le
feu, ou un peu d'herbe pour la nourri-
ture au lieu de pain, en étaientempêchés
par la rigueur du froid; ils périssaient
de froid et de faim au milieu de leurs
demeures. Les riches, voyant qu'il n'y
avait plus de pain, ni de semence dans
la terre, cessèrent d'avoir pitié et de
vendre du froment, et de soulager les
pauvres.
Quand nisan (avril) arriva, la pluie sur-
vint et les semences prospérèrent. Dieu
envoya la grêle, qui ravagea la plupart
des campagnes dans le Djézireh et en
Occident, la sauterelle et le bruchus
Je rapporterai h leur sujet une his-
toire, digne de lamentation, qui mon-
trera leur impiété. La femme d'un païen
de ce pays était possédée d'un démon
ventriloque. Ses parents firent venir un
magicien pour chasser ce démon. Beau-
coup de gens étaient réunis pour voir
ce phénomène. Le démon se moquait
du magicien. Le magicien, ayant lutté
par ses incantations', sans succès, fit
apporter une épée qu'il brandit en me-
naçant de tuer le démon. Alors le
démon parla par la bouche de la fille et
dit : « Ecoutez, vous qui êtes assemblés.
Je suis moi-même de ce pays, et ma
famille est de la tribu des lyadayê ; je
suis un lyadaya, un des compagnons
d'Ahmed Bar Abou Daoud : et celui-ci
veut me tuer ! » Le magicien, en enten-
dant le nom des lyadayê, s'enfuit de peur
que les lyadayê ne le missent à mort,
pour se venger du démon qui s'était
appuyé sur eux. — De même, plusieurs
se mettaient sous la protection des lya-
dayê, à l'exemple de ce démon, pour
se préserver des préfets.
Les ressources des pauvres étaient
épuisées par les lyadayê et les préfets,
et il n'y avait point de libérateur ni de
roi dont la porte s'ouvrît pour eux; et,
ce qui est plus cruel, Dieu a détourné
son visage, et quand nous l'invoquons
il n'écoute pas, parce que nous l'avons
irrité par des actions mauvaises, nous
qui, selon la parole de l'Apôtre',» sommes
remplis de toute sorte d'iniquité, de
fraude, de mauvais desseins et autres
1. Lire : ULom. — 2. Lire : li»— o ..agjiijo.
3. l^3oi. — 4. Rom., I, 29.
LIVRE XII. CHAP. XXI
109
qui dévorèrent les semences tardives,
le coton et les autres récoltes, des vents
violents qui détruisirent les arbres, qui
étaient déracinés et projetés en l'air par
le vent' : choses que nous avons vues de
nos yeux. J'ai vu aussi des champs dont
toute la terre meuble était enlevée et ac-
cumulée sur les champs ensemencés
comme en des tas de froment sous les-
quels les récoltes étaient ensevelies et
dissimulées.
Ce même hiver, les troupes se ras-
semblèrent dans les pays de Qardou,
pour faire la guerre à Mousa, chef des
Khourdanayê, qui s'était révolté. Les ha-
bitants de ce pays eurent à subir de
grandes vexations, parce que les soldats
logeaient dans leurs maisons et man-
geaient leur pain, alors que tout était si
cher.
Le sel se vendait 40 drachmes pour
un zouza ; le fromage, deux onces pour
un zouza ; les noix, 50 pour un zouza . Et
cela dans le pays qui fournissait aux
autres les noix et le fromage !
Les Persans ne purent rien contre
les Khourdanayê, car ceux-ci sortaient
tranquillement de leurs habitations,
mangeaient et buvaient, tandis que les
Persans étaient hébétés et paralysés par
le froid, et leurs doigts engourdis par
la rigueur [843] du froid. Environ 15
mille Persans furent tués dans cette
guerre.
La peste dura deux ans. Elle com-
mença en Mésopotamie et passa ensuite
choses détestables » ; et, à cause de
semblables actions, Dieu a livré les
chrétiens aux mains de (leurs) ennemis ;
ceux qui les détestaient ont dominé sur
eux°. Ils se sont élevés contre nous
pour faire cesser la liberté qui résidait
dans les lois des chrétiens, sans parler
des vexations qu^ils attiraient sur eux.
Et à cause de cela, je m'avance affligé
et attristé, non seulement à cause de ce
châtiment, mais (à cause) de la manière
dont la colère de Dieu est partie du
ciel', et son glaive' est aiguisé, et son
arc tendu, parce qu'il s'est préparé et
se prépare des vases de colère '. Car
encore maintenant il dit : « Jusqu'à
quand vous supporterai-je ? Que de-
vais-je faire que je n'aie fait'. Parce
que vous avez méprisé, dans l'endurcis-
sement de votre cœur, ma longanimité,
qui vous invitait à la pénitence, vous
vous êtes accumulé un trésor de colère
pour le jour de la colère ' ».
Mais peut-être Ta Perfection* nous
répondra-t-elle et dira-t-elle : « Pour-
quoi, toi qui tiens les rênes de l'Église,
ne veilles-tu pas assidûment pour elle,
de manière que le Seigneur entende ta
supplication et détourne la colère ;
ainsi que Moïse pria pour Israël, et fut
exaucé? » — A cela je dirai : « Je suis
moi-même coupable de péchés, comme
le reste du peuple, et je n'ai point l'au-
torité' que possédait Moïse. Mais puis-
que Ta Sainteté elle-même, par les
jugements incompréhensibles du Sei-
i. Ou peut-être : « qu'ils déracinaient et projetaient en l'air au loin » (?).
2. Ps. cv, 41. — 3. nom., i, 18. — 4. Lire : wa.«. _ 5. Ps. vir, 13, 14. ~ 6. Is., v, 4. — 7. Cf.
Rom., II, 4, 5. — 8. Littér. : Electio Tua. — 9. icappr)(iia.
110 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
en Occident. Elle causa surtout des ra- gneur, a reçu le gouvernement de cet
vages en Palestine et sur le littoral : animal à plusieurs têtes, dont la con-
beaucoup de villages devinrent déserts, duite est l'art des arts et la science des
et leurs champs restèrent sans moisson- sciences, et puisqu'elle a appris par ex-
neur. On retira en un seul jour cinq périence [3-43J la difficulté qui accom-
cents morts de la ville de Ramlé; et pagne ses pasteurs, surtout quand ils
comme ils ne pouvaient pas creuser des ont un cœur sensible, qui est le rongeur
tombeaux, ils faisaient de longs fossés des os, je n'ai pas besoin de dépeindre
dans lesquels ils jetaient les cadavres. à Ta Sagesse dans quelle angoisse je
Le tiers de la Palestine fut consumé suis, telle que les [nuits] 'se passent pour
dans cette calamité. moi sans sommeil et les jours sans aucun
repos, outre les autres afflictions, et la
consomption des soucis qui consument
le cœur et brûlent le corps ; car chacun est allé de son côté et il n'y a personne qui ré-
fléchisse et qui cherche le Seigneur^. Si j'étais saint comme Moïse, miséricordieux
comme Jérémie,que pourrais-je obtenir de plus, alors que le peuple demeure ce qu'il
est et ne change pas ? Car Moïse n'a pas simplement prié, mais quand il gardait encore
le silence, il associa déjà le peuple à sa prière ; car « quand ils levèrent les yeux et virent
les Egyptiens, ils furent très effrayés, comme il est écrit', et ils crièrent vers le Sei-
gneur ». Le cri du peuple et sa conversion ouvrit la porte à la prière de Moïse. Mais
chez nous, qui fait pénitence ou se convertit? ou qui se corrige et s'impose une loi?
qui ne remue* les lèvres, ne branle la tête^ et ne méprise la loi et le législateur? On
peut nous dire avec raison ce qu'on disait h Jérémie : « Ne prie pas pour ce peuple,
car je ne t'écouterai pas^ Et si même Noé, Job et Daniel se levaient et priaient pour
ce peuple, je ne les écouterais pas'. » — C'est pourquoi nous dirons comme Jérémie* :
(' Malheur à nous, parce que nous avons péché ! Pour cela, notre cœur est enivré et
nos yeux s'obscurcissent » ; et nous crierons avec Paul' : « Le temps est abrégé ».
Voici qu'approche la dévastation attendue. Les signes se multiplient. L'undeuxest la
rébellion dont l'Apôtre a dit*" que quand elle arriverait le fils de perdition apparaî-
trait. C'est pourquoi je pleure et je me lamente sur ma vie ; car moi misérable, à cause
de mes péchés, j'ai été laissé pour épuiser le calice, pour souffrir et pour m'attrister",
quand je vois de mes yeux les ignominies et la calamité que subissent les enfants de
l'Église, et que les maux s'accroissent continuellement pour nous; et quand je vois,
pour ainsi dire à la porte, le présent, je me sens incapable (de supporter) le redou-
table et inévitable avenir qui doit suivre. Dès lors, il n'y a plus pour moi qu'une
solution à mes maux : la mort, que je souhaite comme un événement heureux et for-
1. Suppléer : |l.a:^j (BH). — 2. Ps. xirr, 3. — 3. ISx., xiv, 10, — 4. La répétition de ;èâM est
à supprimer, — 5. Cf. Ps. xxi, 17. — 6. Jer,, vif, 16. — 7. Cf. Ezech., xiv, 14, 20. — 8. Thren.,
V, 16, — 9. I Cor., vit, 29. — 10. II Tkess., ii, 3. — 11. Lire : oal-, (BH).
LIVRE XII. GHAP. XXI 111
tuné; je me nourris de l'espoir qu'elle viendra et arrivera un jour, et je me rappelle
ce qu'a écrit un des saints à quelqu'un qui se lamentait et souffrait comme moi [334]
à cause de l'Église, lui disant : « Que le vertige ne s'empare pas de toi à cause des
souffrances générales de l'Église, mais nourris-toi des bonnes espérances. Rappelle-
toi que (le Seigneur) disait à ses disciples' : « S'ils m'ont persécuté, ils vous persé-
cuteront aussi », et que Paul écrivait à Timothée eu ces termes" : « Tous ceux qui
veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus seront persécutés. »
Le sage Dionysius, patriarche, surnommé de Tell Mahrê, termina ici sa Chronique.
Il la composa en deux parties, et en seize livres : chaque partie contient huit livres
divisés en chapitres. Il l'écrivit à la demande d'iwannis, métropolitain de Dara. Dans
cette Chronique sont renfermés les temps, c'est-à-dire un cycle de 260 ans, depuis le
commencement du règne de Maurici[us], c est-à-dire depuis Van 89k des Grecs, jusqu'à
l'année 115k, en laquelle mourut Theophilus, empereur des Romains, et Abou Ishaq,
roi des Taiyayê; et en laquelle commença à régner sur [les Arabes] Haroun, fils d'Abou
Ishaq, et sur les Romains, Michel, fils de Theophilus, faible ' enfant dont la mère gou-
vernait V empire.
Dans ce douzième Livre est compris un espace de 65 ans, depuis l'an 1088'' Jus-
qu'à l'an 115k ^ des Grecs, pendant lequel huit empereurs ont régné dans l'empire
des Romains, et six rois dans le royaume des Taiyayê. — Au Seigneur, maître
des temps et sans commencement : gloire en tout temps. Oui! Amen!
1. JoH., XV, 20. — 2. II TiM., m, 13. — 3. L'arabe paraît avoir compris autrement (t-ô^ »-3i^).
4. Ms. : 1898. — 5. 4^).
LIVRE XIII
Nous AJOUTONS, ô Dieu, dans la composition, le Treizième Livre, qui commence
A l'an 1155 DES Grecs, qui est l'an 825' de Notre-Seigneur incarné, et
l'an 224 DE l'empire des Arabes ; et cette année est l'an 6325 depuis Adam,
c'est-a-dire depuis le commencement du monde temporel. En 7 chapitres^
CHAPITRE l". — De r époque du commencement de Haroun{II), roides Taiyayê^
de Michel {III), empereur des Romains, et de Mar Jean [III), patriarche.
Remarque. Nous avons recueilli, avec l'aide du Seigneur, le souvenir des générations
précédentes el le récit des événements qui s^y son' passés, des chroniqueurs anciens et
autorisés , et successivement dans toutes les générations, des livres d'hommes instruits,
qui ont écrit et laissé à ceux qui venaient après eux le souvenir des choses qui ont eu
lieu avant eux ou de leur temps jusqu'au moment de leur départ de ce monde ; comme
par exemple saint Dionysius , des livres duquel nous avons principalement enrichi la
présente Chronique jusqu'ici.
Or, depuis l'endroit où. il s'arrête nous devons commencer d'ajouter à la contexture
du discours expositif. Mais dans notre langue, nous n'avons trouvé, après ledit patri-
arche, personne autre que le vénérable Ignatius de Mélitène, qui commence sa
Chi'onique à V époque du grand Constantinus , passant sur les temps très brièvement et
comme d'un pas rapide; et, comme jusqu'ici nous avonsajouté au.x autres les choses
rapportées par lui en abrégé, à partir d'ici et désormais, nous n'avons plus à copier
que son seul livre.
Or, ainsi que nous l'avons dit, il écrivit en abrégé; pour ce qui concerne les empe-
reurs des Romains, il tresse seulement la trame de l'empire, et il établit la succession
du sacerdoce uniquement d'après nos pontifes; il ne s'occupa point de l'empire des
Arabes, qui existait avant lui, comme fit Dionysius, ni de celui des Turcs, qui commença
de son temps ou un peu auparavant et qui [S4S] gouverne encore de nos jours ; il ne
.se préoccupa pas non plus d'établir la succession des Eglises des (autres) nations, si ce
n'est en partie.
Nous sommes donc contraint d' emprunter aux livres des (autres) nations les choses
exactes, pour les adjoindre aux siennes; pour que la trame ne soit pas brisée, mais
quelle soit tissée, conformément à son début, jusqu'à la fin de notre vie; afin que
ceux qui voudront prendre ce soin bâtissent de la même manière sur ce fondement,
chacun en son temps, jusqu'à la fin de ce monde temporel et changeant.
1. Sic ms. — 2. Ms. ; 27 ; lire ^=, comme il résulte du texte même.
LIVRE XIII. CHAP. I 113
En l'an 1155, Michel', fils de Theophilus, régna sur les Romains; il était âgé
de 3 ans, et comme il était trop jeune, sa mère, Theodora, dirigeait l'empire.
Emmanuel* fut établit général en chef sur tous les soldats, pour les diriger.
Pareillement, dans l'empire des Arabes, quand mourut Abou Ishaq, qui est
Abou 'l-'Abbas Mo'taçim', son fils Haroun, surnommé Watîq*, lui succéda. —
Ils se réjouirent en lui, parce qu'ils pensaient qu'il allégerait les lourds tributs
imposés par son père. Mais il s'adonna à la boisson, au chant, aux voluptés, aux
débauches, et il abandonna l'empire aux mains de trois personnages. C'est pour-
quoi les hommes ne virent point de soulagement aux maux qui les accablaient;
mais, de la même manière, le poids d'un joug intolérable de lourds impôts fut
encore plus cruellement placé sur le cou des hommes, et (ces impôts) étaient
perçus sans clémence. Et, tout le temps du règne de ce Haroun, surnommé Watiq,
les préposés qu'il mit à la tête de son empire usèrent d'une aussi cruelle dureté,
vis-à-vis de tous les peuples soumis à sa domination. Lui-même [346j ne se
préoccupait aucunement de ce qui se faisait; car il était occupé jour et nuit à
boire du vin, au jeu et à la débauche.
Il régna cinq ans et neuf mois". — De son temps, il n'y eut point de guerre
entre les faiyayê et les Romains.
L'impératrice Theodora, après avoir gouverné l'empire des Romains pendant
14 ans, avec son fils, mourut en l'an 1168, et son fils, Michel, régna seul\
Pendant le règne de ce Michel, empereur des Romains, six rois régnèrent sur
les Taiyayê, de cette manière :
Après la mort de Haroun Watîq, régna Abou Dja'far Mouta[\vak]kil', pendant
14 ans% puis il fut massacré'.
Ensuite régna Mohammed, surnommé Mountaçir'". Au bout de six mois et
quelques jours, Ahmed s'insurgea contre lui et le massacra". Et il y eut à Bagdad
de nombreux meurtres; car il y avait deux partis ; les uns étaient du parti de
Mohammed, les autres (étaient) avec Ahmed. A peine au bout de trois jours,
quand la têle de Mohammed eut été fixée au bout d'une lance et quand ses
partisans connurent qu'il avait été réellement massacré, prirent-ils la fuite et se
cachèrent-ils. Ahmed, qui est surnommé Mousta'in'^ régna pendant trois ans.
1. Michel III, V Ivrogne. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXX, § i. — 2. Manuel; et. ci-dessus, p. 74,
n. 7. — 3. Le 18 de réby i de l'an 229 (5 janv. 842). — 4. Abou Dja'far Haroun al-Watîq. en
5. Il mourut le 23 de dsou '1-hidjah, de l'an 232 (10 août 847). — 6. Elle quitta ie gouvernement —
854, et mourut en 867. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXX, § xxvni, xxxv. — 7. Lire : \).3oI.o^. Abou 'U
Fadhl Dja'far al-Moutawakkil. Frère du précédent. — 8. Lire : i» ; ms. : « 4 ans ». — 9. Dans la
nuit du 3 au 4 sawwal de l'an 247 (9/10 déc. 861). — 10. Abou Dja'far Moham.-ned al-Mounlaçir,
fils du précédent. — 11. Dans la nuit du 2 au 3 de réby it de l'an 248 (4/5 juin 862). — 12. Abou '1-
■Abbas Ahmed ibn Mohammed al- Mousta'în, petit-fils de Mo'taçim. Mohammed, son père, était le
frère aîné de Haroun Watîq.
III. 13
114
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIExN
Alors [347] les Taiyayê s'insurgèrent aussi contre celui-ci et le massacrèrent',
parce qu'il se souillait dans toute espèce de débauches : il s'enivrait de vin,
faisait tuer sans pitié ni motif, et n'avait aucun souci des affaires et des lois du
royaume. Lorsqu'il vint à Bagdad, [de Samara, les Turcs se réunirent, tirèrent de
prison Mou'taz et Mouayad, fils de Moutawakkil; ils firent régner Mou'taz% et
promirent sa succession à Mouayad. Les gens de Bagdad étaient pour Mous-
ta'în et ceux de Samara pour (les fils de) Moutawakkil. 11 y eut une grande divi-
sion parmi les Taiyayê, et beaucoup périrent dans les combats qui furent livrés
entre les deux partis]'.
A cette époque, en l'année 1155, il se
trouva, à Constantinople, un patriarche
magicien ; comme les Chalcédoniens l'ont
eux-mêmes écrit à son sujet. Ils ont, en
effet, écrit ceci :
L'impératrice, femme de Theophilus,
dirigeait elle-même l'empire après son
mari, et elle ordonna d'adorer les ima-
ges; quelques-uns des grands favorisè-
rent son édit. Or, il y eut un schisme,
parce que le patriarche qu'ils avaient
alors disait qu'il ne convenait pas d'ado-
rer les images, de peur de renouveler
l'idolâtrie. Comme il ne se soumettait
pas à l'édlt de l'impératrice, ils le chas-
sèrent de son siège, par zèle, et eu éta-
blirent un autre à sa place ; au bout de
peu de temps on reconnut que celui-ci
pratiquait la magie divinatoire et adorait
les idoles : à cause de cela, il avait
consenti à l'adoration des images. Il fut
à son tour déposé par eux, et chassé de
son siège.
Proœmion du livre d'Ignatius de Mé-
litène. — c Les anciens chroniqueurs,
très instruits, c'est-à-dire Eusèbe de
Gésarée, Socrate, Zosime, Zacharie et
Jean d'Asie, et encore Mar Jacques d'É-
desse et le patriarche Dionysius de Tell
Mahrê, et plusieurs autres aimant le tra-
vail, ont suffisamment écrit surles temps
passés : car les uns ont amplement com-
posé des histoires ecclésiastiques et les
autres brièvement; tous ont dit et écrit
ce qui était utile. Or, ils ont écrit, dans
leur précieuses histoires, jusqu'à l'an
1154 des Grecs. Depuis lors et plus tard,
personne ne s'est trouvé dans notre na-
tion syrienne qui écrivit pleinement, soit
sur les temps des rois, soit sur les his-
toires ecclésiastiques. C'est pourquoi,
moi faible, j'ai mis mon application, se-
lon ma force, dans la Chronique pré-
sente, sommairement et brièvement. Je
ne me suis pas servi de l'ampleur ni de
la sublimité du langage ', mais j'ai plu-
1. Il abdiqua le 11 de dsou'l-hidjah de l'an 852 (4 janv, 866), et fut tué quelque temps après;
cf. Gesch. der Chai., II, 388, 398, n. i. — 2. Abou 'Abdallah Mohammed ibn al-Moutawakkil al-
Mou'taz. — 3. Nous croyons qu'il faut ainsi suppléer, du moins quant au sens, la dernière phrase
qui paraît incomplète. Les mots entre crochets sont traduits de Barhébréus, Chr. syr., éd. Bedjan,
p, 160, La version arabe présente la même lacune que notre ms.
4, Lire : lûCivi».
LIVRE XIII. GHAP. I
115
Et à ce propos, comme ils le disent
eux-mêmes, ils firent disparaître, c'est-
à-dire ils enlevèrent les voiles de leurs
églises, attendu, prétendent-ils, qu'ils
avaient trouvé leur patriarche pratiquant
la magie avec ses complices, derrière
le voile dans le sanctuaire, et y accom-
plissant les mystères [346] impurs du
paganisme.
S'ils sont véridiques, ils sont à plain-
dre de ce que la succession de leur sa-
cerdoce soit entre les mains des servi-
teurs des démons.
S'ils mentent, et si, selon leur cou-
tume, ils profèrent de telles accusations
contre leurs chefs par ambition du pou-
voir, ils ne sont pas justifiés pour cela;
car sur eux s'est accompli ce qui est dit
chez le prophète' : « Ils ont abandonné
la voie de la vérité, et ils ont couru dans
les sentiers qui conduisent à la mort ».
En eflfet, comme ils sont sortis et se
sont écartés de la confession orthodoxe
des bienheureux Apôtres et des Pères
éprouvés, ils doivent continuellement
errer et tomber très misérablement dans
toutes les choses qui amènent la ruine.
Ils déposèrent, comme ils disent eux-
mêmes, celui qui fut reconnu^ comme un
magicien et un idolâtre; et ils en établi-
rent un autre qui, bientôt après, fut re-
connu comme professant les mêmes doc-
trines que son prédécesseur. Ils s'insur-
gèrent donc contre lui pour le chasser;
et lui, criait et se lamentait (en disant) :
« Allons, enlevez-moi la dignité à cause
de laquelle vous dites que je suis un
tôt établi simplement les faits et les
causes, de manière qu'ils soient faciles à
lire et à comprendre pour ceux qui
aiment la vérité et qui aiment [o46] les
choses brèves.
« J'ai fait commencer cette chronique
à l'époque de Constantin le Grand, et
je suis descendu jusqu'à notre époque.
Que personne ne me blâme de ne pas
avoir écrit tous les événements. Pour
cela un long temps et un discours étendu
auraient été nécessaires. Parfois j'ai rap-
porté la phrase ' même, c'est-à-dire la
parole de chaque Docteur, c'est-à-dire
de Jacques d'Édesse ou de Denys de
Tell Mahrê, sans la changer et sans y
ajouter quelque chose de moi-même.
J'ai trouvé beaucoup de souvenirs dans
les chroniques grecques, et j'ai réuni
brièvement en un seul corps complet ce
qui était dispersé et disséminé en plu-
sieurs endroits.
« Si quelqu'un trouve dans cette chro-
nique des années qui surpassent ou sont
au-dessous de l'exactitude, qu'il ne jette
pas le blâme sur moi. Parfois, quand un
des rois mourait, Pétablissement de son
successeur tardait une année ou la moi-
tié d'une année, ou plus ou moins ; et
de même, quand mourait un patriarche,
l'ordination de son successeur tardait
une année, ou plus ou moins ; et pour ce
motif [o47] les événements sont confon-
dus les uns avec les autres. Et, à la vé-
rité, il n'y a aucun dommage en cela,
comme le savent très bien les amis de la
science.
1. Cf. Proi>., xn, 28. — 2. Lire : .-su*),.
3. Xéliî.
116 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
idolâtre, alors que je ne le suis pas ». «Ainsi que nous l'avons dit plus haut,
Et il fut de la sorte chassé par eux, sans voici que nous commençons à l'époque
pitié». de Constantin le Grand ».
Tel ^ est le commencement de la Chro-
nique de ce vénérable (évêque). — Pour
nous, ainsi que nous l'avons fait connaître auparavant, nous avons inséré dans les livres
précédents, selon l'ordre de succession, toute sa Chronique, depuis l'époque de Con-
stantin jusqu'à cette époque de Michel, fils de Theophilus. Nous y ajouterons main-
tenant les clioses qui regardent cette époque et celle qui suit.
Nous faisons donc savoir que, du temps de Michel, empereurdes Romains, et de
Haroun, roi des Taiyayê, le patriarche Mar Dionysius de Tell Mahrê mourut, le 22'
du mois de 'ab (août) de l'an 1156, et son saint corps fut déposé dans le couvent de
Qennésrîn. Il exerça le patriarcat pendant 27 ans, et ordonna cent évoques*; il écri-
vit sur les temps, savamment et convenablement.
Après lui, du temps de Michel, fils de Theophilus, empereur des Romains, on
ordonna dans notre Eglise orthodoxe, comme patriarche pour le siège d'Antioche,
Mar Jean, qui était du monastère de Zakai, (situé) en dehors de Callinice. Son ordi-
nation eut lieu là où était assemblé le synode, dans le monastère de Mar Sîla % dans
la région de Saroug, en l'an 1158 des Grecs, le 21 du mois de tesrîn u (nov.). Mar
Habib, de Tarse, lui imposa les mains. Il exerça le patriarcat pendant 27 ans, et
partit vers Notre-Seigneur en l'an 1185, au mois de kanoun i (déc), le 3, un jeudi,
à Rés'ayna.Il ordonna 86 évêques^ Son corps fut déposé dans le saint monastère de
Spécules '.
Le patriarche d'Alexandrie et d'Egypte était Mar Joseph, celui dont parlait le
patriarche Mar Dionysius de Tell Mahrê à la fin de sa Chronique'.
CHAPITRE II. — De V époque à laquelle régnaient dans l'empire des Romains
Basil[ius] et Léon, et dans celui des Arabes Mouhtadi et ensuite Ahmed Mouhta-
mid ; avec mention des pontifes qui se succédèrent dans notre Église.
Michel, empereur des Romains, après avoir régné 25 ans, mourut en l'année
1179'.
1. Le patriarche Jeau Lécanomante fut chassé comme iconoclaste (842); il eut pour successeur
Methodius; celui-ci mourut eu 847, et fut remplacé par Ignace (fils de Michel Rhangabê), lequel
fut maltraité, chassé et déposé en 858, pour faire place à l'intrigant Photius.
2. Michel prend ici la parole. — 3 Lire : laaa, — 4. La liste en est donnée àla fin de ce volume,
et de même pour les patriarches suivants. — 5. Le nom paraît écrit U'*> « Sîna »; mais il faut lire
IUa « Sîla » (Voir l'index géographique). — 6. La liste ne donne que 84 noms. — 7. Ou « Saphylos » ;
cf. t. Il, p. 513, n. 6. — 8. Cf. ci-dessus, p. 80.
9. 24 sept. 867 ; cf. Hisl. du Bas-Emp., 1. LXX, § lxv.
LIVRE XIII. GHAP. II 117
Comme il n'avait point de fils, il eut pour successeur un homme nommé
Basil[ius]S dont Ignace dit : « Nous n'avons pas trouvé dans les livres des Grecs
combien d'années il régna » ; [M8j pour nous, nous avons trouvé dans le livre
des Arabes où sont notées les années des rois que deux années sont attribuées
à ce Basil[ius] : c'est pourquoi nous l'avons ainsi disposé dans le comput des
années.
Après lui régna son fils Léon. — Ce Léon régna 25 ans et 8 mois.
A cette époque mourut Mouhtadi, roi des Arabes^ Après lui régna sur les
Arabes, à Bagdad, Ahmed, surnommé Mouhtamid', 23 ans et 2 mois.
Après que l'impératrice Theophano, femme de Basil[ius], eut régné avec son
fils Léon pendant 12 ans, la discorde survint entre eux, et ils étaient arrivés à ce
point que lui devait périr secrètement ou tuer sa mère ouvertement. Mais le
Seigneur eut pitié d'eux. L'impératrice tomba malade et mourut'. Tout le monde
attestait sa piété, sa miséricorde, et la grandeur' de ses actions louables.
Alors Léon fut seul autocrator, après la mort de sa mère. Sa femme étant
morte, au bout d'une année, [349] il méprisa la loi, foula aux pieds la règle des
empereurs ses prédécesseurs et prit une seconde femme. Et comme ce n'était
pas la règle chez les empereurs des Romains, il devint méprisable aux yeux de
tous. Alors il tomba de mal en pis : il ajouta à son irrégularité, chassa sans
aucun motif la seconde femme qu'il avait prise et en prit une troisième. Et
comme il ne fut blâmé par personne, la longanimité des desseins secrets
de Dieu s'étendant sur lui, il ajouta encore (à sa malice) et en prit une quatrième
avec la troisième : et il eut ainsi deux femmes. Et comme il voulait pouvoir
faire cela sans être blâmé, il imagina de faire établir la loi que les chrétiens
pouvaient prendre jusqu'à quatre femmes, et, de même, une femme jusqu'à
1. Basile, le Macédonien; il régna 14 mois avec Michel, et seul 18 ans et 5 mois; il mourut le
1" mars 886. A partir d'ici la chronologie de notre auteur, empruntée à Ignace de Mélitène, est
complètement troublée. Voici la succession réelle des empereurs dont il est parlé dans ce chapitre
et le suivant : Après Basile, son fils Léon VI, le Philosophe, 25 ans et 2 mois; mort le 11 mai 911.
Alexandre, son frère, 13 mois ; mort le 7 juin 912. Constantin VIT, Porphyrogénète, fils de Léon VI,
seul empereur. Romain- Lécapène, associé au trône et couronné le 17 déc. 919 ; détrôné le 20 déc.
944. Constantin, de nouveau seul empereur; mort le 15 nov. 959. Romain le jeune, son fils, 3 ans
et 4 mois; mort le 15 mars 963. — 2. Mohammed ibn Watîq al-Mouhtadi, mourut le 18 redjeb de
l'an 256 (21 juin 870) après un règne d'une année ; il avait succédé à Mou'taz, mort le 29 redjeb de
l'an 255 (13 juill. 869). La lacune que nous avons en partie comblée d'après Barhébréus (cf. p. 114,
n. 3) contenait probablement encore la mention de la mort de Mou'taz et de l'avènement de
Mouhtadi. — 3. BH : ,y>£svi»o. Abou'l-Abbas Ahmed ibn al-Moulawakkil, al-Mou'tamid. Il mourut le
20 redjeb 279 (15 oct. 892). — 4. Theophano était la femme de Léon, et non sa mère. Elle mourut à
la fin de l'année 892. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXII, § xx. — 5. Lire : 1»*:= (vers. ar. ;=^).
118 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
quatre maris. Alors leur patriarche lui interdit l'entrée de l'église'. Après cela
l'empereur fut pris de la dysenterie et mourut.
Après lui régna son fils Alexandre ^ Cet Alexandre, fils de Léon, régna seule-
ment une année et un mois. Il s'adonna à la magie et aux incantations, et détourna
entièrement son cœur de Dieu. II fut frappé par la justice (divine) et comprit
qu'il allait mourir, et il confia l'empire des Romains à Constantinus qui était,
lui aussi, fils de Léon et frère d'Alexandre, [S30J mais non par sa mère.
Ce Constantinus vécut dans l'empire pendant 55 ans. Comme il commença à
régner étant encore très jeune, les tuteurs' établis par son père l'assistèrent et
dirigèrent l'empire jusqu'à ce qu'il arrivât à l'âge d'homme.
Or, au commencement même du règne de Constantinus, fils de Léon, l'empire
des Arabes passa à la famille appelée de 'Abbas, (des mains) de ceux qui étaient
reconnus comme de la famille de leur prophète; et Abou 'l-'Abbas surnommé
Mou'tadhid*. commença à régner. II régna 20 ans, 8 mois et 28 jours.
Du temps de Constantinus, fils de Léon, le chef des Bulgares, appelé Simon,
ou Sime'ôn, s'avança et tourna ses regards, pour le mal, vers la ville impériale.
Il prévalut contre les Grecs et les vainquit. Il les enferma à l'intérieur de la
ville, prit de nouveau une armée nombreuse et vint faire un grand fossé depuis
les Blaquernes" jusqu'à la porte dite (Porte) d'Or. Beaucoup de notables et de
soldats romains avaient été tués dans les combats livrés par ce (chef) '. Il com-
battit, en effet, continuellement contre la ville impériale, pendant tout le temps
de la vie de l'empereur Constantinus.
En l'an 23 de Constantinus, Abou Mohammed', surnommé Mouktafî, commença
à régner sur les Arabes, pendant 6 ans.
En l'an 29 de Constantinus ', commença à régner sur les faiyayé Dja'far Mouq-
tadir ^, pendant 24 ans.
En l'an 53'° de Constantinus, commença à régner sur les faiyayé Abou Man-
çour Qâhir", pendant 2 ans.
i. Aussitôt après la mort de Théophano, il épousa Zoé, fille de Stylien ; puis Eudocie ; enfin
Zoé Carbonopsine, après qu'elle lui eut donné son fils Constantin. Le patriarche Nicolas s'opposa
à ce dernier mariage. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXII, § xxr, xxviii, xlii-xlv. — 2. Alexandre était
le frère de Léon. — 3. ÈTtiTponot. — 4. Lire : ,^^i.aio; Barhébréus écrit ?.&i.û>o. Abou 'l-'Abbas
Ahmed ibn al-Mouwaffaq, al-Mou"tadhid. II mourut le 22 réby it de l'an 289 (5 avr. 902), après
9 ans et 9 mois de règne. — 5. Lire : Ij^slla. — 6. Cf. Hist. du Bas-JEmp., LXXIII, § xvii, xxxiii.
— 7. Abou Mohammed 'Alî ibn al-Mou'tadhid, al-Mouktafi. Il mourut le 12 dsou'l-qa'dah de l'an 295
(août 908). — 8. Ms. : 23. — 9. Abou '1-Fadhl Dja'far ibn al-Mou'tadhid, al-Mouqtadir. Il fut tué
le 27 sawwal de l'an 320 (31 oct. 932). — 10. Ms. : 13, — 11. Abou Mançour Mohammed ibn al-
Mou'tadhid, al-Qahir. Il fut détrôné le 6 djoumadi i de l'an 322 (23 avr. 934).
LIVRE XIII. GHAP. II
119
En l'au 54 deConstantinus, commença à régner sur lesTaiyayê Abou' l-'Abbas
RadhiS 7 ans ^
Et en l'an 55 de son règne, Constantinus tomba malade, et, sentant qu'il allait
mourir, il établit pour lui succéder comme empereur, Romanus, qui était son
gendre ^ Constantinus lui-même et le patriarche posèrent la couronne sur la
tête de Romanus*. — Fin.
A cette époque, c'est-à-dire du temps
de l'empereur Léon, en l'an 1200^, le feu
tomba sur la ville impériale, c'est-à-dire
Constantinoplé ; les habitations, les ba-
zars, les auberges furent brûlés. Le
temple de l'apôtre Thomas, bâti dans la
ville, brûla de telle sorte qu'il n'en resta
[848] rien. Diverses églises brûlèrent
partiellement, et peu s'en fallut que toute
la ville ne fût consumée dans cet in-
cendie^.
Peu de temps après, la même année,
il y eut une éclipse de soleil au milieu
du jour, de sorte qu'on voyait les étoiles
dans toute la sphère du firmament'. Le
même jour, il y eut du tonnerre et des
éclairs forts et très violents, alors qu'il
n'y avait pas de nuée dans les airs. Sept
jours après il y eut des vents tellement
violents et impétueux que la plupart des
grands édifices en étaient renversés.
Une grande crainte régna sur tout l'uni-
vers et chacun disait : « C'est la fin du
monde ».
Après Mar Jean, eut lieu l'ordination
du patriarche Mar Ignatius, du couvent
de Harbâz. 11 fut ordonné dans le cou-
vent de Mar Zakai, à Calllnice, le 5 du
mois de haziran (juin), en l'année 1189.
Mar Timotheus, de Samosate, lui im-
posa les mains.
[348] II exerça le patriarcat pen-
dant 4 ans et dix mois, et s'en alla vers
Notre-Seigneur, le 26 d'adar (mars) [de
l'an 1194]', le mardi de la Passion de
notre Sauveur, dans le village de Mériba.
Son corps fut enseveli dans la grande
église de Mériba. Il ordonna 26 évêques.
En ce temps, c'est-à-dire en l'an 1180
des Grecs, fut ordonné comme métro-
politain de Mélitène un homme élo-
quent, sage et saint : Mar Thomas".
Après lui, fut ordonné pour cette même
ville de Mélitène, un homme pareille-
ment capable, Ezéchiel, en l'an 1200 '°.
Après la mort du patriarche Mar Igna-
tius, de Harbâz, notre Église demeura
veuve, c'est-à-dire sans patriarche, pen-
1. Lire : ••t''; BH : u,|;. Abou'l-'Abbas Al.imed ibn al-Mouqtadir, ar-Radhi. — 2. Il mourut le
16 réby i de l'an 329 (19 déc. 940). — 3. Lire : « dont il était le gendre ». L'auteur confond
Romain I, beau-père de Constantin, associé au trône, et Romain II, fils et successeur de Con-
stantin. — 4. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXIII, § xxn, xxv.
5. Ms. : 1100. —6. En 886 ; cf. Hist. du Bas-Bmp., LXXIJ, § vi. — 7. En 887. Léon le Gramm,,
rapporte l'éclipsé et des orages à deux époques différentes {Patr. gr., t. CVIII, 1079, 1113).
8. Suppléé d'après BH, Chr. eccL, I, 390. — 9. Il ne figure pas dans la liste de l'Appendice;
mais il manque deux noms à cette liste (cf. p. 116, a. 6). — 10. Par Théodose.
120 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Dans [S49] la ville impériale le feu dant 4 ans. Et cela arriva parce qu'il ne
tomba encore en ces jours-là. Outre un se trouva dans cette génération aucun
grand nombre de demeures, de maisons, homme capable, recommandé par ses
d'églisesquibrûlèrent, environ soixante- vertus, sur lequel puisse se faire l'accord
dix hommes furent consumés dans le général. C'est pourquoi le dissentiment
forum du palais impérial '.Pareillement, se manifesta : quand [d49] un nom était
en d'autres lieux, des hommes furent proposé par quelqu'un, on lui opposait
brûlés ; comme il prit pendant la nuit^ et tel ou tel, et chaque groupe de deux ou
comme les hommes, à sa lueur, s'embar- trois évêques choisissait un (candidat),
rassaient mutuellement pour se sauver, Au bout de quatre ans, notre peuple
ils brûlaient. fut pris de zèle; chaque diocèse pressait
En ce temps % il y eut un grand trem- son évêque; ils s'assemblèrent alors à
blenient de terre dans la région de Amid, et là, après avoir discuté ensem-
Thrace : de nombreux villages et de pendant longtemps, ils convinrent de
grandes églises furent engloutis dans tirer au sort parmi les noms dont il avait
ce cataclysme. . été question. Ils écrivirent les noms de
douze personnes, et les déposèrent sur
la table sainte des divins mystères. Ils tirèrent au sort, et Mar Theodosius, du
monastère de Qartamîn, fut ordonné à Amid même, en l'an 1198, le dimanche 5 de
sebat (févr.). Mar Timolheus, de Samosate, lui imposa les mains.
Il exerça le patriarcat pendant 9 ans* et 4 mois. Il mourut, et son corps fut enseveli
dans son couvent de Qartamîn, le 1" de haziran^(juin) de Tan 1207. Il [350] ordonna
33 évêques.
L'année même où mourut Mar Theodosius, les évêques s'assemblèrent à Beit Botîn,
de Harran, et firent ^ l'élection par le sort. Et au mois de nisan (avr.) de l'année 1208
des Grecs, eut lieu l'ordination du patriarche Mar Dionysius, du couvent même de
Beit Botîn de Harran, à Asît, village de (la région de) Saroug; le mardi 3 du mois
[de 'iyar (mai)] ', Mar Jacques, d'Émèse, lui imposa les mains.
Il exerça le patriarcat pendant 13' ans, et mourut en l'an 1220, au mois de nisan
(avr.), le mardi de la semaine de l'octave de Pâques', dans le couvent même de Beit
Botîn. Son saint corps fut enseveli et déposé dans son couvent.Il ordonna [51] '"évêques.
1. Léon le Gramm. {l. c, 1097) et Cedren. (Patr. g-r., t. CXXI, 1140), disent « 7 hommes », et rap-
portent le fait en même temps que l'éclipsé. — 2. Lire : ll.-"i3 (version arabe). — 3. Sous le règne
de Constantin, août 925; cf. Léon le Gramm. {Patr. gr., t. CVIII, 1148).
4. Ms. : 8 ans; BH de même. Mais dans les listes épiscopales « 9 ans ». — 5. De même BH ;
dans les listes : « le 4 », au lieu du f. — 6. Lire : ot». — 7. Le texte semble indiquer le mois
d'avril; mais le 3 avril était le dimanche dans l'octave de Pâques, et les évêques, obligés de célébrer
■cette fête dans leurs églises, n'avaient pas eu le temps de se réunir. L'Appendice donne la date du
23 avril. — 8. Sic ms,, BH et App, — 9. 18 avril. — 10. Ainsi d'après BH. La liste en nomme 49.
LIVRE XIII. GHAP. III 121
Après celui-ci, eut lieu l'ordination du patriarche Mar Jean de la Colonne du cou-
vent de Qourzahiel, qui est dans le district d'Antioche, dans le couvent de Beit
Tell Çaphara, en dehors de Harran; en l'année 1221, le samedi 21 du mois de nisan
(avr.). Mar Jean, de Mar 'as, lui imposa les mains.
Il exerça le patriarcat 12 ans et 7 mois, et mourut le samedi dernier jour de tesrîn
11 (nov. 922), à Rés'ayna, dans le couvent de Saphylos. Il ordonna 41 évoques.
En l'an 1234' eut lieu l'ordination du patriarche Mar Basil[ius], du couvent de
Saphylos de Réé'ayna, au bourg de Mériba de Rés-Képha, le vendredi 15* du mois de
'ab (août). Mar Jacques, d'Anazarbus, lui imposa les mains.
Il exerça le patriarcat pendant 11 ans et sept mois, et mourut le mercredi de la
Passion, 25 du mois d'adar (mars)'. Son corps fut enseveli dans le monastère oriental.
Il ordonna 32 évoques.
En ce temps ', fut ordonné comme métropolitain de Mélitène et Claudia, Gregorius,
homme éloquent, du monastère de Mar Sîla; et Cyrillus pour Jérusalem, de la Mon-
tagne d'Édesse; et Phlloxenus pour Edesse, du couvent de Saphylos; et Iwannis
pour Amid, du couvent de Mar Bar Çauma, dans la région de Samosate.
En l'an 1247, eut lieu l'ordination du patriarche Mar Jean, de la Maison des moines
de la Montagne Noire, le dimanche 28 du mois de 'ab (août), à Tell 'ada, village de
la province d'Antioche. Mar Athanasius, de Tarse, lui imposa les mains.
Il exerça le patriarcat pendant 16 ans et dix mois°, et il mourut dans ce monastère
le [dimanche] ° 3 de tamouz (juillet). — Fin.
CHAPITRE III. — De l'époque du commencement du règne de Bomanus, empereur
des Bomains, à laquelle des rois relâchés gouvernèrent V empire des Taiyayê :
C'est pourquoi les Romains prévalurent et enlevèrent des villes à l'empire des
Taiyayê. En outre, histoire de deux couvents qui furent [fondés) à cette
époque.
Quand Romanus régna sur les Romains, le Bulgare Simon vint de nouveau
contre Gonstantinople. Il incendia et dévasta les pays de Thrace et aussi de
Macédoine. Il mit le siège contre Andrinople, l'entoura et la pressa par de
violentes attaques. Les habitants furent opprimés par la famine et lui livrèrent
la ville. Alors, l'empereur Romanus s'efforça de faire la paix avec lui par des
flatteries et des présents. Ce qui arriva.
1. Ms. : 1237; faute du copiste. — 2. Date exacte donnée par l'Appendice; ms. ; 18. — 3. De
l'année 935 (1246 des Grecs). — 4. Sous le pontificat de Basile. — 5. Ms. : 19 ans et 10 mois. BH
de même; mais dans l'Appendice : 17 ans. — 6. Indication fournie par BH, ce qui permet de
déterminer l'année 953.
m 16
122 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Ensuite, Simon demanda avoir l'empereur, (disant) qu'il confirmerait alors la
paix. L'empereur fit préparer un lieu convenable sur la mer : ils se rencon-
trèrent l'un et l'autre sur un navire, et ils confirmèrent ' une amitié parfaite*.
Quand l'empire des Grecs fut en paix du côté de l'Occident, ils tournèrent
leurs regards vers la contrée orientale. Or, les pays de Gappadoce et d'Arménie,
la Mésopotamie et la Syrie, la Palestine, Jérusalem, Antioche et toutesles villes
de la Cilicie étaient aux mains des Taiyayè depuis Vépoque où ils s'en empa-
rèrent, du temps de 'Omar fils de Khâttâb, 3' roi des Arabes, et du temps
d'Heraclius, empereur des Romains ; et ils les occupaient depuis l'an 950 des
Grecs jusqu'à l'année 1268, l'espace de 368 ans ^ Et comme les rois de cette
époque, Abou'l-'Abbas Radhi * et ses successeurs, se trouvèrent être des
hommes lâches et indolents, adonnés à la musique, à la danse et à toute espèce
d'impudicité, l'empire desTaiyayê s'affaiblit: car la force corporelle ne peut pas
rester en ceux qui se souillent dans la débauche, pas plus que la sagesse dans
l'âme qui s'adonne au mal, comme il est écrit ^ C'est pourquoi, tandis que les
Taiyayè s'affaiblirent, les Romains se fortifièrent; ils sortirent; ils poursui-
virent les faiyayê, et les faiyayê ne purent marcher à la rencontre des Romains
dans le combat.
A cette époque, en effet, parut chez les Romains, un héros valeureux, illustre
et victorieux dans les combats, nommé Gyriacus^ Il vint [532] à Mélitène, ville^
de la petite Arménie, dans la région de Cappadoce. Gomme elle était fortifiée
par un double mur et entourée d'un fossé plein d'eau, il dut la presser par un
siège de 4 années, car il ne pouvait la prendre par les combats. Quand ses
habitants furent opprimés par la famine, ils promirent qu'après avoir envoyé un
ambassadeur au roi des Taiyayè, si celui-ci ne venait pas les délivrer, ils livre-
raient la ville. Les Romains leur accordèrent, selon leur demande, 40 jours. Et
quand l'envoyé sortit de Mélitène pour aller trouver le roi des faiyayê, des
Romains s'emparèrent de lui; et par crainte de la mort, il promit aux Romains
de leur livrer lui-même la ville. Ce qui, en effet, eu lieu. Il usa de ce strata-
gème. 11 prit une lettre et entra dans la ville en disant : « Je suis allé trouver le
roi des faiyayê, et voici sa lettre. Les troupes sont proches, et ils m'ont envoyé
pour vous faire savoir que quand elles arriveront vous devrez leur ouvrir les
portes de la ville pour qu'elles entrent se reposer, et ensuite elles sortiront à
la poursuite des Romains ». Il les rassura par de semblables propos, et ils y
ajoutèrenl foi*. Il sortit comme pour aller trouver les Taiyayè et les amener ;
1. 1.30- oi;»o. — 2. Cf. Hist, du Bas-fimp., LXXIII, § xxxvi, xxxvii. — 3. Le synchronisme est
inexact; il faudrait lire 318. II est possible que l'auteur ait voulu citer l'an 348 ('«»>a*) de l'hégire
qui commençait le 14 mars 959 (1270 des Grecs). — 4. <-^\'>. — 5. Sap., i, 5. — 6. Koypxoûa;; cf.
Hist. du Bas-Einp., LXXIII, § xlviii (Geoko. mon. ; Kpoxoaç). — 7. I^l>,». — 8. ojm.oi.
LIVRE XII. GHAP. III 123
mais il alla trouver les Romains et leur fit savoir tout ce qu'il avait fait dans son
astuce. Ayant pris une troupe de Romains, bien armés, il vint pendant la nuit
par un côté fort éloigné du camp des Romains. Les Romains s'agitèrent et
sonnèrent de la trompette comme pour le combat. Ceux qui étaient préparés
vinrent en toute hâte et arrivèrent pendant la nuit [3S3] à la porte septen-
trionale : la porte fut ouverte et ils entrèrent ; ils occupèrent toutes les portes et
les murs, et au matin tout le camp des Romains pénétra dans la ville; mais ils
ne tuèrent point les Taiyayê, conformément aux serments qu'ils avaient faits à
l'envoyé. Comme le peuple des Taiyayê quittait la ville, les Romains se repen-
tirent d'avoir laissé les "raiyayê en vie, dans la crainte qu'ils n'y revinssent. Ils
délibérèrent et prirent un conseil insensé : ils démolirent les murs et lais-
sèrent la ville démantelée.
Les Romains enlevèrent aussi aux faiyayê Theodosiopolis d'Arménie'.
Le brave Cyriacus prévalut, étant aidé par son frère'. Il s'empara de Pesilin*
dans la région de Karsena, de Hesna de Mançour, de Kaisoum et de toute la
Cilicie.
Les Grecs occupèrent à cette époque* Antioche et toute la Syrie, la Palestine
et Jérusalem, car les faiyayê étaient plongés dans la crainte.
Les Romains mirent le siège contre Édesse et Ja pressaient par leurs
attaques'. Pendant que les Romains assiégeaient Édesse, un Taiyaya nommé
Bar Hamdan" se mit à rassembler une troupe et vint à Mélitène qui était
démantelée ; il y entra, y fit des captifs, et pilla toute la Cappadoce. Pendant
qu'Édesse était assiégée par les Romains, les Edesséniens envoyèrent des
ambassadeurs à l'empereur Romanus pour lui dire que s'il éloignait d'eux [S34]
Tarmée qui les assiégeait actuellement, ils lui donneraient le voile précieux
qu'avait envoyé le Christ notre Sauveur au roi fidèle Abgar. L'empereur y
consentit. Ils le donnèrent, et il fit retirer les Romains d'Édesse et du district
de cette ville. On pense que l'empereur lui-même opprima les Edesséniens à
cause du voile et qu'il s'en empara.
En ces jours-là mourut le général Cyriacus''. Symy[s]kai, surnommé Iwannes ',
son parent', prit sa place. Celui-ci s'illustra beaucoup; et ensuite il mourut.
Romanus confia aussi l'empire à Constantinus porphyrogenète "*, qui était son
gendre.
1. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXIII, § Lt. — 2. Nommé Théophile, cf. op. cit., § lx. — 3. G.-à-d.
« Les Carrières u. — 4. Sous le règne de Nicéphore, en 966; cf. op. cit., LXXV, § xt-xii. — 5. En
942. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXIII, §lxi; LXXIV, §i; Gesch. der Chaliphen, II, 690. — 6. "Alî
ibn 'Abdallah ibn Hamdan, Séil ed-Daulah. — 7. Il fut disgracié. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXIII,
§ LX. — 8. Jean Zimiscès, qui devint plus tard empereur. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXIV,
§ VIII ; LXXV, § xxviit. — 9. Petit-fils de son frère Alexandre, selon les Grecs. — 10. L'auteur,
au lieu de le transcrire, traduit ici le nom grec : « né sur la pourpre »,
124 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
[Sol] En ce temps-là', Mar Basilius, du monastère de Qartamîn, avait été ordonné
métropolitain pour Tagrit et la contrée orientale; et Joseph, du monastère de Mar
Bar Çauma, pour Amid; et Abraham, de la Colonne du couvent de Tell 'ada, pour
Edesse; et Iwannis pour Mélitène*; et Jérémie pour Jérusalem.
Du temps de l'empereur Romaaus, en l'an 1265 des Grecs, eut lieu l'ordination du
patriarche d'Antioche Mar Iwannis ', le dimache 16 du mois de tamouz, dans le vil-
lage de Tell 'ada; il fut appelé de la Colonne de Qourzahiel, sur le fleuve 'Aphrîn.
Jacques, métropolitain de Callinice, lui imposa les mains.
II exerça lé patriarcat 2 ans et 6 mois et demi, et ordonna 10 évêques. Il mourut le
vendredi dernier jour de kanoun [ii] (jaav.)', et son corps fut enseveli dans le couvent
de Mar Salomon de Dolichê.
De son temps, Mar Elias, du couveiit de Zouqnîn, fut ordonné comme métropoli-
tain de Mélitène.
A cette époque, eut lieu l'ordination du patriarche Mar Dionysius^, du couvent de
Qartamîn, le dimanche 28 de tesrîn ii (nov.)^, au village de Tell'ada. Mar Jacques,
métropolitain de Callinice, lui imposa aussi les mains.
Il exerça le patriarcat 2 ans et 6 mois et mourut le dimanche 2 de haziran (juin) ' ,
et son corps fut enseveli dans le couvent de Qartamîn. Il ordonna 8 évêques.
Du temps de ce patriarche et de Mar Elias, métropolitain de Mélitène, fut bâti le
couvent de Serglsyeh et celui de Bar Gâgai. Nous plaçons maintenant un extrait de
leurs histoires dans ce volume, parce que leur origine se trouve à cette époque.
Sur le couvent de Sergisyeh. Chronique de Lazare, neceu^ de Rabban David, du
couvent même. — Ce couvent est situé à la limite de Goubbos, et le premier qui le
bâtit fut un homme nommé Gayasa. [o{j2] Celui-ci était originaire du pays de Perse,
de la ville appelée Osnouk °; cet homme était illustre par sa famille et sa vertu, et
vivait dans la justice; comme il ne pouvait dissimuler ses vertus dans son pays, 11
partit pour l'exil. De place en place, il arriva aux rives de l'Euphrate et habita dans
un monastère voisin du village de Tourséna. De là, il passa dans le pays de Claudia,
et bâtit un monastère dans le voisinage d'un village nommé Grégorianê, Il y de-
meurait depuis quelque temps quand parvinrent près de lui trois moines du monas-
tère de Mar Hanania de '" Mardê, qui s'appelaient Noé, Severus et Emmanuel. Et
comme il ne voulurent pas se fixer en ce lieu, ils passèrent jusqu'aux confias de
Goubbos, et les gens de l'endroit se réjouirent à cause d'eux. Après avoir circulé,
ils trouvèrent un lieu convenable pour un monastère, dans lequel habitaient un petit
nombre de gens avec leur bétail. Et comme ce lieu plaisait aux moines, les gens de
1. Sous le patriarche Jean V. — 2. Lire : ^1.^.^^.:^:^ (vers. ar.). — 3. Jean VI. — 4. Le 31 jauv. 957
était un samedi. — 5. Denys III. — 6. L'an 958; 1270 des Grecs. Barhébréus et l'Appendice disent
à tort 1269. — 7. En 961 : 1272 des Grecs. BH et l'Appendice sont d'accord sur cette date. — 8.
Fils du frère. — 9. Lire : i/.aiAol ; BH : ai..ol. — 10. I»;»» (BH).
LIVRE XIII. CHAP. III 125
l'endroit chassèrent ceux qui s'y trouvaient et conduisirent Mar Gayasa au gouver-
neur, le protospathaire Mar Joseph, connu sous le nom de Goumaya. Ils se réjouirent
avec lui et il fonda le monastère. Lui-même et les moines qui étaient avec lui, ainsi
que Jean, son parent, travaillaient ardemment à la construction ; et après l'avoir bâti,
ils le placèrent sous le vocable des saints martyrs Sergius et Bacchus, parce qu'ils
avaient avec eux une partie des reliques de ces martyrs ; et ils l'appelèrent Sergisyeh ,
du nom des saints. Cela se passa du temps du patriarche Mar Dionysius et de Mar
Elias, métropolitain de Mélitène et de Goubbos, qui fut appelé du monastère de
Zouqnîn, en l'an 1269'. Et comme le monastère acquit de la célébrité, Mar Jean le
naziréen,dela montagne d'Édesse, s'y rendit. Et, comme l'église était bâtie en briques
et en bois, ils l'ornèrent de tout ce qui était nécessaire. Ils était fervents dans la charité,
et ils firent venir près d'eux Mar Jean, disciple de Maroun, qui était supérieurement
instruit dans la doctrine de Mar Amaqîm, la grande souche de la montagne d'Edesse.
Outre qu'il était très versé dans la doctrine de la dialectique et la science profane et
dans tous les livres saints, il était très élevé dans tous les genres de vertu et de sain-
teté. Quand il se mit à instruire ceux qui venaient, il brilla par sa sagesse plus qu'au-
cun de ses contemporains. Le prêtre Rabban David, cousin^ de Jean le naziréen,
vint près d'eux, ainsi que le prêtre Moyse.
L'archimandrite Mar Gayasa, le juste, après avoir accompli sa charge pendant douze
ans, arriva au terme de sa vie. Il appela Jean le naziréen, Jean le docteur, [disciple]^
de Maroun, et Elias son disciple; il les initia à l'administration du monastère et il
mourut en paix. Il fut enseveli dans le portique sud de l'atrium du temple qui regarde
le nord*. Elias fit du progrès dans les œuvres, et le nombre des moines s'accrut. Il
démolit le temple, l'agrandit et l'éleva. Il le décora d'ornements, de tentures, de livres
et de vases d'or et d'argent ; car Joseph, gouverneur de l'endroit, leur donnait des pré-
sents, et, à la fin de sa vie, [se fit] moine. Elias prit avec lui, comme auxiliaire, Jean,
l'économe; et, à la vérité, [od3] le couvent brilla par la doctrine, lalecture des Livres
(saints), les commentaires et les discussions en présence de Jean de Maroun. Beau-
coup venaient pour s'instruire. On trouvait un livre dans la main de quiconque était
dans le monastère. Il y avait de nombreux scribes dans le couvent.
Le patriarche Mar Jean de Sarigta vint aussi à ce couvent, et y serait demeuré en
paix s'il n'avait été contraint de fuir par la jalousie des hérétiques.
Jean le naziréen, et David, son cousin, y avaient fait profession en même temps ;
ils reçurent le sacerdoce le même jour, habitèrent dans une même cellule, et moururent
la même semaine, de sorte que tout le monde fut dans l'admiration et loua le Sei-
gneur h cause d'eux. Mar Moïse, le compagnon" de Jean le naziréen, vécut 4 années
1. Denis fut élu le 28 nov. 958. L'an des Grecs 1269 finit le 30 sept. 958; il faut sans doute
lire 1270; cf. p. 124, n. 6. — 2. Fils de la tante maternelle. — 3. Lacune d'un mot dans le ms. —
4. Lire t»3;.^(vers. ar. "^JaQ*). — 5. Litt. : « socius habitationis ».
126 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
après lui. Il se sentit mourir et se creusa un tombeau de ses propres mains : il mourut
le lendemain. Après lui mourut aussi dans ce monastère le prêtre David.
L'archimandrite Elias, qui aimait beaucoup la- solitude, établit à sa place comme
archimandrite Jean, dont nous avons déjà parlé plus haut. Il prit avec lui Mar Denha,
évêque d'Arsamosate, et il se mirent à circuler et à visiter les vertueux (moines) de
Syrie, de Mésopotamie et de Phénicie; ils parvinrent à Jérusalem où ils prièrent, et
ils pénétrèrent dans le désert d'Egypte. Au bout de deux ans, ils revinrent en Syrie ;
l'évêque Denha termina sa vie dans la Montagne Noire, à côté d'Antioche, et Elias
revint au couvent et y mourut.
Au SUJET DU MONASTiiRE DE Bar GÂgai. — Un hommc de l'endroit, nommé Eutychus,
patrice du lieu, pressa instamment Mar Jean (disciple) de Maroun, et le prit pour
orner par lui le monastère qu'il avait bâti en ce lieu. Cet Eutychus s'appelait
autrefois de son nom Koulaib ; il habita ce monastère qui avait été acheté et fondé
par un Tagritain nommé Rabban Elias Bar Gâgai. Comme Rabban Elias s'était fait
moine et était mort avant l'achèvement du monastère, le patrice pressa Mar Jean
d'aller le terminer et l'orner de sa science. Il y alla et le bâtit. Il érigea une église
sous le vocable des Quarante martyrs; il éleva des demeures pour la communauté, et
il l'appela, du nom de celui qui l'avait fondé, couvent de Bar Gâgai. Des moines s'y
assemblèrent, et il leur enseigna les sciences sacrées. Le nombre des prêtres
s'éleva à cent vingt.
Et après que Mar Jean eut passé 12 années en cet endroit, il fut pris du désir
de la solitude et il s'enfuit pendant la nuit ; il passa le fleuve de l'Euphrate et monta
au lieu où saint Mar Aharon avait fondé un couvent, lieu qu'on appelle « Montagne
bénie ». Quand les frères surent où il était, ils allèrent le trouver; mais il ne se
laissa point persuader de retourner au monastère de Bar Gâgai. Lorsque les moines
du couvent de Sergisyeh l'apprirent, ils vinrent à leur tour le trouver pour le
ramener : mais il ne consentit pas non plus à se rendre là. Après être demeuré dans
ce couvent pendant 4 ans, il expira dans une belle vieillesse et fut enseveli dans
la « Montagne bénie ». Il mourut en l'an 1314, au mois de haziran (juin), en la fête
de saint Jean Baptiste.
Or, Jean, archimandrite du monastère de Sergisyeh, après avoir institué [SS4] dans
le couvent des lecteurs et des interprètes, forma le projet de rebâtir principalement
l'église. Dieu prédisposa un moine de Harran, nommé Emmanuel, qui était le dis-
ciple du maphrian Cyriacus : il demanda à rebâtir l'édifice en pierres et chaux.
L'archimandrite s'en réjouit. Emmanuel circula et trouva des pierres : il creusa et
tira de la chaux, car il n'y en avait point. Il donna 300 dinars pour la construction
du temple. Quand ils l'eurent bâti, il confectionnèrent le toit en briques ; ils y firent
trois autels; ils firent l'atrium du sud avec deux étages en bois sculpté. Ils blan-
chirent l'édifice avec du plâtre à l'intérieur et à l'extérieur, et ils joignirent à l'atrium
les chambres de la communauté, le réfectoire et l'hôtellerie, et celles qui devaient
servir d'habitation aux docteurs, aux étudiants et aux lecteurs. La construction demanda
LIVRE XIII. GHAP. IV 127
trois années. Aux encénies, c'est-à-dire à la dédicace du temple, vinrent Elias, le
premier archimandrite de ce monastère, Jean de Maroun, quin'était pas encore mort,
Iwannis de Mélitène et Theodosius de Germanicia. Après la consécration, chacun s'en
retourna à son pays. Le moine Emmanuel mourut après la consécration de l'église,
et fut enseveli à l'angle occidental du portique, en l'an 1312.
Marouta, fils d'Elisée, marchand de Tagrit, vint aussi [du temps de l'archimandrite] '
Jean; il amena les eaux par un canal dans le grand atrium qui est devant l'église, et
construisit aussi à l'est du temple une piscine, c'est-à-dire une citerne ', qui arrosait
les légumes des frères. — Le prêtre Josué aussi, pendant 30 années, soulagea les
étrangers' en aidant l'archimandrite Jean.
En cette même année mourut cet océan de sagesse, Mar Jean de Maroun, Et la
même année nous trouvâmes l'archimandrite Jean tombé de son lit et mort sans avoir
été malade; nous le déposâmes sous le vestibule*.
Après lui, nous eûmes pour archimandrite Abraham de Symnada. « Et moi, Lazare,
j'entrai au couvent en l'an 1290, et après 45 ans j'ai écrit cette histoire" », dont nous
avons tiré quelques petites choses. — Fin.
CHAPITRE [IV]. — De l'époque du règne de Constantinus et de ses successeurs
Romanus II et ensuite Nicephorus ; auquel temps régnaient sur les Talyayê
Abou Ishaq, et ensuite Abou 'l-Qaçim, et ensuite MoutV. A cette époque, le
patriarche fut Mar Jean de Sarigta ; et il bâtit le couvent de Bârid.
En l'an 1268 régna sur les Romains Constantinus, gendre de Romanus"; il
était versé dans la réthorique; il était pacifique, et il était loué de plusieurs
manières pour ses excellentes qualités.
La même année régna sur les faiyayê Abou Ishaq, surnommé Mouqtafî/', c'est-
à-dire « celui qui remplit' », pendant 4 ans et 2 mois '.
[SSS] A cette époque *°, l'empereur Constantinus envoya son fils Basil[ius] " faire
la guerre auxfaiyayê. Ceux-ci avaient pour chef Bar Ilamdan. Quand les Romains
arrivèrent en Syrie, Bar Hamdan n'y demeura point. Alors les Romains mirent
le siège contre Samosate dont ils s'emparèrent'^
1. Suppléé d'après la vers, arabe. — 2. <^.j^^- — 3. Ou« les religieux »; le mot a les deux sens.
— 4. xaTâffTpwixa. — 5. En l'an 1024.
6. Cf. ci-dessus, p. 119, n. 3. — 7. ^jCi^. Kl-Macin, Hist. sarac, donne le même surnom à ce
khaliphe ; mais les autres auteurs l'appellent Abou Ishaq Ibrahim ibu al-Mouqtadir, at-Mouitaqî
/ Sjm) BH : uotûM, — 8. Il semble que l'auteur, bien qu'il ait écrit u3ûyoai8, rattache ce nom à la
racine jS^, et non à Us. — 9. Déposé le 20 safar 333 (12 oct. 944). — 10. En 958-59; cf. Gesch. der
Chai., III, 16. — 11. Basile était le grand-chambellan. — 12. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXIV,
S xxxiir. XXXIV.
128 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
A ce moment-là, ils reçurent la nouvelle que l'empereur Constantinus était
mort et qu'il avait confié l'empire à son fils Romanus. Romanus commença à
régner en l'an 1272'.
La même année mourut Ife roi des Taiyayé, Abou Ishaq Mouqtafî% et Abou
'1-Qasim, aussi appelé Mouqtâfî', commença à régner. Il régna 6 ans et un mois.
Romanus, fils de Constantinus, empereur des Romains, traita bien les séna-
teurs et tous les notables : il se montra magnanime vfs-à-vis de tout le monde.
Comme à cette époque Bar Hamdan combattait les Romains, l'empereur
Romanus envoya le domesticus Nicephorus et Iwannes Symyskai avec les armées
romaines pour combattre les Taiyayê. Quand Nicephorus arriva à Alep, on lui
livra la ville. Les faiyayê furent dans une grande angoisse de ce que les Romains
avaient occupé Alep, en l'an 1274. Or, comme les Romains sortaient de là et se
disposaient à la guerre contre les Taiyayê, la nouvelle de la mort de Romanus,
leur empereur, leur arriva et ils s'en retournèrent. Les Taiyayê les poursui-
virent ; mais, ils revinrent sur eux : les faiyayê furent vaincus et Bar Hamdan
prit la fuite*. Cependant les Romains ne purent demeurer, parce que les
nouvelles de la ville impériale les pressaient vivement d'aller se donner un
empereur \
Quand les troupes romaines arrivèrent à Césarée de Cappadoce, tous se
mirent unanimement d'accord avec Symyskai et proclamèrent empereur le
domesticus Nicephorus'. Il commença à régner en l'an 1275'. Il créa Symyskai
domesticus et l'envoya combattre les Taiyayé; pour lui, il entra à Constanti-
nople [3S6] et fut confirmé dans l'empire.
Symyskai prit les troupes, entra en Cilicie, rencontra les faiyayè, engagea
avec eux une bataille et les vainquit. Il s'empara de Tarse, de Mopsueste et de
toutes les autres villes. Quand il arriva à Antioche, les faiyayê prirent la fuite
et l'abandonnèrent : et ainsi les Romains régnèrent sur la Syrie*.
A cette époque mourut Abou '1-Qasim, roi des Taiyayê, et al-Fadhl' commença
à régner, en l'an 1278; il régna 29 ans et 3 mois.
Nicephorus, empereur des Romains, après avoir régné 11 ans, et être tombé
dans le relâchement, fut l'objet des embûches de sa femme l'impératrice Theo-
1. En réalité 1271 (15 nov. 959). — 2. Cf. p. 127, n. 7. — 3. Abou'l-Qaçim "Abdallah ibn al-
Mouqtafî, al-Moustakfî. >.asi5,«)a» (BH). — 4. Déposé le 22 djoumadi ii, 334 (29 janv. 946), après un
règne de seize mois ; il mourut en 338 (949-950). — 5. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXIV, § li, m. —
6. Ibid., LXXV, § it-iv. — 7. Il fut couronné le 16 août 963, cinq mois après la mort de Romain II,
pendant lesquels les fils de ce dernier, Basile H et Constantin VIII, avaient occupé seuls le trône.
— 8. Sur cette campagne, commencée par Zimiscès et continuée par Nicéphore lui-même, cf.
Ilist. du Bas-Emp., LXXV, § viii-xn. — 9. Al-Moufaddhal ibn oul-Mouqtadir, al-Mouti', contraint
d'abdiquer le 13 dsou '1-qa'dah 351 (5 août 974).
LIVRE XIII. GHAP. IV
129
phano, parce qu'il n'était pas fidèle dans le mariage. Elle forma un complot
avec êymyskai'. Celui-ci entra pendant la nuit et tua Nicephorus, « sous prétexte
qu'il n'avait pas souci de l'empire »^. Symyskai lui-même commença à régner,
— Fin.
A cette époque, Stephanus, le métro-
politain d'Amasia, était eunuque; les
Chalcédoniens le transférèrent au pa-
triarcat de Constantinople ' : et ils
devinrent l'objet du mépris universel.
êyrayskai, alors qu'il était domes-
ticus, vint à Néocésarée. Il vit là un
moine nommé Antonius ; il passa la nuit
près de lui, [S33] dans la montagne, et au
matin ce moine prophétisa et dit à
Symyskaiqu^ilrègnerait bientôt*. Quand
la chose fut arrivée et quand Symyskai
fut empereur, il fit bâtir en cet endroit
une église qui, dit-on, n'avait pas sa
pareille dans toute la Remanie^. Elle
était entièrement bâtie en marbre, et
ornée d'or et d'argent. Au-dessus de la
coupole était placée une grande croix
d'or, que les Turcs n'ont pu abattre. On
l'appelle jusqu'aujourd'hui Qîr-Antôn".
— Fin.
Après Mar Dlonysius on ordonna
patriarche pour le siège dAntioche, Mar
Abraham, du monastèrede Tar'el, dansle
district de la ville d'Alêp, en l'an 1273,
au villagede Tell'ada, le dimanche25 du
mois de iyar (mai). Mar Job, évêque de
Zeugma, lui imposa les mains.
II exerça le patriarcat' neuf mois et
9 jours.
Gloire [3oo] aux jugements impéné-
trables du Seigneur qui avança peut-
être sa fin pour qu'il ne se relâchât pas
à la longueur du temps et que la vigueur
de sa nature ne fût pas amoindrie. On dit
de lui qu'il était un homme très humble
de cœur; comme il s'était conduit pen-
dant toute sa vie avec humilité, ainsi fit-il
dans son office; il ne changea ni son nom
ni son vêtement, ni sa nourriture; il ne
chevauchait point sur une selle, mais
quand il y était contraint par la longueur
de la route, il se reposait un moment
sur un simple bât d'âne. Il était disciple
de Mar Anastasius, archimandrite du monastère de Circesium, dans la région de
Germanicia, et lui-même ordonna son maître comme évêque d'Alep. Quand il se sentit
malade, il se rendit près de son maître et termina là sa vie, le 4 du mois d'adar (mars).
Il fut enseveli par les mains de son maître, en présence de trois autres évêques, de
prêtres, de moines, de diacres, au nombre de plus de 200, et de nombreux groupes
1. Le nom est orthographié ici Simiskig. — 2. Cf. Ilist. du Bas-Emp.^ LXXV, § xxv-xxvi. Nicé-
phore fut tué le 11 déc. 969, après un règne de 6 ans 4 mois et 5 jours.
3. Il succéda à Nicolas, au mois d'août 925. L'auteur semble le confondre avec Polyeucte; cf.
p. 131, n. 2. — 4. Zonaras (L. XVII, i) et Cedrenus {/». Gr., CXXII, 113) rapportent ce fait au-
trement. — 5. L'Asie Mineure. — 6._ Qir est le grec xûpioç, retrauscril de l'arménien.
7. Corr. : •4,\Si.
III. n
130 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
de fidèles. Son décès laissa l'Eglise dans un deuil affligeant. Il ordonna sept évêques.
L'un d'eux est Cyriacus, métropolitain de Tagrit.
Du temps de l'empereur des Romains Nicephorus eut lieu l'ordination du patriarche
d'Antioche, Mar Jean', aussi du monastère de Tar'el, le 9 de tamouz (juillet)', à
Kephar Nébo, ville de la région de Saroug. Mar Sergius, de Saroug même, lui imposa
les mains. Il ordonna 48 évêques.
L'un deux est Ignatius', aussi appelé Isaac Rahata; comme il circulait continuel-
lement dans la montagne d'Edesse parmi les monastères et distribuait des secours,
il fut surnommé pour cela Rahata*. C'est lui qui bâtit un monastère sur les confin»
de la ville, qu'on appelle jusqu'à ce jour monastère du Cursor ; et c'est aussi lui qui
bâtit la grande église de Mélitène.
Le patriarche Mar [836] Jean, surnommé de Sarigta à cause de la grandeur de
sa pauvreté volontaire, vint dans la région de Mélitène, pour une raison qu'il est
nécessaire d'exposer un peu plus longuement.
Les patriarches qui se succédèrent dans notre Église orthodoxe, depuis que les
Arabes régnaient en Syrie, avaient résidé à Antioche, à Harran, à Callinice, à Edesse.
Depuis que les Grecs s'étaient de nouveau emparés de la Syrie, l'empereur Nice-
phorus, voyant Mélitène démantelée et dévastée, de même que Hanazit, se préoccupait
d'y réunir des habitants; mais les Romains n'étaient pas disposés à y habiter, par
crainte des faiyayê. Quelques-uns de ses conseillers lui suggérèrent d'y appeler les
Syriens qui étaient dans les pays des Taiyayê et qui avaient coutume de vivre et d'ha-
biter au milieu des deux peuples et des deux empires. C'est pourquoi l'empereur
envoya chercher le patriarche Mar Jean, surnommé de Sarigta, et lui promit, s'il
repeuplait ces (villes) et réunissait des habitants à Mélitène, Hanazit et Callisura, et
si le patriarche lui-même établissait sa résidence dans ces pays et n'allait plus dans
l'empire des Taiyayê, de faire la paix entre lui et les Chalcédoniens, et un décret
pour que ceux-ci ne molestassent plus notre peuple.
Le patriarche, ayant reçu le sceau de l'empereur en confirmation de ces promesses,
consentit à venir habiter dans ces régions, pour deux motifs : d'abord pour s'éloigner
du patriarche chalcédonien d'Antioche, qui, depuis que les Romains dominaient en
Syrie, molestait davantage les églises et pontifes de notre nation; et ensuite parce
qu'il pensait que l'empereur tiendrait ses promesses.
Ainsi donc, le patriarche Mar Jean vint dans le pays de Mélitène : les lieux furent
remplis d'hommes qu'il rassembla lui-même de tous côtés; des couvents et des
monastères furent bâtis. Le patriarche trouva un lieu appelée Qarîrâ, et en l'an 1280,
le patriarche Mar Jean de Sarigta se mit à bâtir l'église et le couvent deBârîd^.
1. Jean VII, surnommé de Sarigta. — 2. L'an 1276(965). — 3. De Mélitène. — 4. Rahata signifie
cursor, surnom par lequel cet évêque est souvent désigné dans la suite. — 5, |;«;o, qarîrâ, signifie
frigidus, et l'arabe bartd, Ji> /, a le même sens.
LIVRE XIII. GHAP. IV 131
Le patriarche accomplit en tous points ce que l'empereur demanda : mais l'em-
pereur ne tint point sa promesse. Il se laissa entraîner par les paroles des Grecs
astucieux ; il envoya chercher le patriarche et le fit venir à la ville impériale sous pré-
texte de discussion et d'examen, mais en réalité pour détruire notre foi orthodoxe'.
En cette année 1280, le patriarche Mar Jean entra à Constantlnople, et avec lui
Thomas, métropolitain de Jérusalem, frère d'Anastasius archimandrite de Bârîd,
Mar Constantinus de Mar 'as, Sergius d'Apamée et Jacques de Symnada. Les évoques
chalcédoniens et leur patriarche eunuque, c'est-à-dire amputé% se réunirent contre
eux et discutèrent 21 fois' dans l'espace de deux mois : tous les deux ou trois jours ils
les convoquaient à l'assemblée. A toutes les fois les Chalcédoniens furent vaincus et
succombèrent; mais quand ils virent qu'ils ne pouvaient triompher par la discussion,
ils excitèrent l'empereur qui convoqua le patriarche et les vénérables évoques qui
l'accompagnaient, et les fit venir en sa présence ; il leur dit tyranniquement : « Ou bien
consentez et adhérez à notre profession de foi, et vous serez environnés de grands
honneurs; ou bien vous serez absolument jetés en exil. » — Le patriarche et les
évêques répondirent : « Jamais nous ne dirons deux natures dans le Christ, ni n'accep-
terons le synode de Chalcédoine ». Sur son ordre, ils furent jetés en prison, jusqu'à
ce qu'on ait délibéré [o37] à leur sujet. Le patriarche, les évêques et leurs disciples
étaient enfermés depuis quatre mois lorsque Nicephorus fut tué par Symyskai. Et
quand Symyskai commença à régner, il ordonna de libérer les prisonniers ; et le
patriarche, les évêques et leurs disciples sortirent d'exil."
Le patriarche revint à Mélitène et au couvent de Mar Bar Çauma; il retourna
au couvent de Bârîd et l'acheva; il y habita pendant 15 années après avoir échappé
aux impies. Il y mourut et son saint corps y fut enseveli, en l'an 1296.
La mêmeannée, Agapius», patriarche chalcédonien, entra à Antioche, etquandil vit
les disciples de notre confession orthodoxe, qui s'étaient multipliés et prospéraient
dans cette ville depuis le temps de la domination des Arabes, il retourna à Constan-
tinople, obtint un édit de l'empereur, et revint à Antioche. D'abord par des flatteries,
des présents, et la promesse qu'ils seraient connus de l'empereur, il prenait les enfants
des notables et des grands et les baptisait , il se les attachait par les liens de la parenté
spirituelle et assignait à chacun des villages. Ayant gagné les grands par de sem^
blables moyens, il contraignit les autres par la violence à adhérer aux Chalcédoniens.
Il chassa et fit partir de la ville ceux qui n'y consentirent point, et il s'empara de
leurs maisons et de leurs biens, comme un païen. Il dévasta la grande église, et ces
impies jetèrent au feu l'Evangile et les autres livres, le chrême et les sacrés mystères.
1. Le récit de cette controverse a été écrit par le patr. Jean lui-même, dans une lettre à Mennas.
patr. d'Alexandrie, datée de CP, 23 août 969. Elle est éditée dans Assemani, Bibl. or., Il, 133-140,
— 2. Polyeucte, qui avait succédé à Théophylacte en 956. — 3. Dans la lettre de Jean : « 12 fois ».
— 4. Cf. Lequiek, Oriens christ., II, coll. 752.
132 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Dieu fit un miracle pour la répression de leur impiété et pour l'encouragement des
fidèles : le feu ne consuma ni les livres ni les saints mystères. Mais ces gens qui
avaient le cœur endurci comme Pharaon, non seulement ne glorifièrent pas le Seigneur
qui fait les miracles, mais ils ajoutèrent des blasphèmes en disant : « C'est de la
magie. » Et la parole évangélique frappe à juste titre leur audace quand elle dit' :
« Celui qui blasphème contre l'Esprit-Saint n'obtiendra de pardon ni en ce monde ni
dans le monde futur ». Nabuchodonosor était un païen : quand il vit les bienheu-
reux jeunes gens qui n'avaient point été blessés par le feu, il loua et glorifia leur
Dieu; l'hérétique Agapius blasphéma contre le Saint-Esprit. Il chassa les Orthodoxes
la veille de la fête du Sauveur. Etant sortis à la porte dite des Eaux, sur la rive du
fleuve Oronte, que les Arabes appelle Maqloub^, c'est-à-dire « retourné », ils bénirent
les eaux et accomplirent la fête'. De là ils s'en allèrent en divers lieux.
Agapius continua à persécuter notre peuple et celui des Arméniens; il ne per-
mettait à aucun d'entre eux de paraître dans la ville, jusqu'à oe que la colère du
Seigneur le frappa.
CHAPITRE [V]. — De l'époque à laquelle Symyskai régna sur les Romains, et
ensuite Basil[ius] et Constanti[nus'] les fils de Romanus. A cette époque régnaient
sur les Taiyayê al-Fadhl, Abou Bekr, et leurs successeurs. A cette époque le
peuple des Arméniens émigra d'Arménie en Cappadoce.
En l'an 1287, commença à régner sur les Romains Iwannes âymyskai, qui
était très fort dans l'art militaire. 11 était robuste de corps, d'âme courageuse et
victorieux* à la guerre. Avant^ d'être élevé à l'empire, il avait fixé son domicile
dans le pays de Mélitène et de Hanazit, et plusieurs lieux qui lui appartenaient
subsistent jusqu'à présent.
[S38] Quand il commença à régner il montra de la magnanimité pour tout le
monde. II relâcha les prisonniers et bâtit une grande église dans la ville impé-
riale. Il était cher aux armées des Romains, parce qu'il était toujours victorieux
dans les combats et leur soumettait villes et provinces.
Après avoir régné 3 ans, il mourut' : les grands et tout le peuple le pleu-
rèrent.
Basile et Constantinus, fils de l'empereur Romanus, commencèrent à régner
en l'an 1290. Ils étaient unis ensemble par une véritable affection. Gomme Basi-
l[ius] était doué d'une plus grande force corporelle, il établit son frère Constan-
tinus dans la ville impériale, et fit lui-même continuellement la guerre aux
1, Marc, III, 29, — 2. Lire oî^ovi^ ,_, ,15, ; (vers. ar. ocx^osà^ ic»j). — 3. La fête de l'Epiphanie.
4. Lire l-^i (ar. |.i5.k55,). — ^' '-'''"^ • ^•*^- — 6. Le 10 janv. 976, après un règne de 6 ans et un mois.
LIVRE XIII. GHAP. V. 133
Taiyayê. Il vécut dans l'empire 55 ans, et s'illustra par des victoires. 11 soumit
de nombreux pays. II combattit pendant la plus grande partie de sa vie dans la
Grande Arménie et ensuite dans les pays d'Occident.
L'an 1300 eut lieu le commencement de l'émigration des Arméniens de la
Grande Arménie, tout d'abord dans la région de Gappadoce. En effet, l'empe-
reur Basil[ius] enleva aux Arméniens les pays du roi Sénahérib, et il leur donna
en échange Sebastia de Gappadoce'. Ils se multiplièreaLen cet endroit, et de là
se répandirent dans toute la Gappadoce, dans la Gilicie et dans la Syrie.
[6'69] On dit que les Arméniens^ tirent de l'araméen le nom de Sanhéri-
b[ayê]. En effet, quand l'assyrien Sénahérib eut été tué par ses enfants, comme
il est écrit dans le prophète Isaïe, qui dit': « Tandis qu'il adorait dans le temple
de Nasarak, son dieu, Adramélek et Saraçar, ses fils, le mirent à mort », ceux-ci
s'étaient enfuis dans le pays des Gurdes, c'est-à-dire dans les montagnes de
Qardou ; et là ils se mêlèrent au peuple des Arméniens. Ils devinrent des chefs
fameux, et leur tribu était appelée Sanhéribayê, tandis que dans la langue
arménienne on les appelait Sinkarimayê'' .
L'empereur Basil[ius] soumit aussi les Bulgares, et réduisit leur empire sous
la puissance des Romains".
Après avoir régné tranquillement et prudemment pendant 55 ans, il mourut
et laissa l'empire à son frère Constantinus, en l'an 1345*.
Quand Gonstantinus régna seul, il vécut encore 2 ans et dix mois\ Celui-ci
était aussi doux et magnanime, et gouvernait paisiblement. Quand il mourut, il
laissa l'empire à son neveu ' Romanus ^
Du temps de ces empereurs, régnaient sur les Taiyayé al-Fadhl pendant
29 ans'", et après lui Abou Bekr", 19 ans, et ensuite Abou 'I-'Abbas'S 42 ans.
En l'an 1333", il y eut un violent A cette époque, le pape, c'est-à-dire
tremblement de terre. Le même jour, le patriarche, des Orthoxes d'Alexandrie
il y eut un vent impétueux, et les habi- et d'Egypte était Mar Theophanius".
1. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXVI, § i,vii. — 2. Lire : Ui»»l (ar. ,x.4HI). — 3. Is., xxxvii, 38. —
4. Cf. Moïse de Khokek, I, 23. — 5, Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXVI, § lx, — 6. Il mourut à la fin
de déc. 1025 (1337 des Grecs), il avait régné 63 ans : 12 ans et demi avec Nicéphore et Zimiscès,
et 50 ans seul. — 7. Constantin VIII mourut le 21 nov. 1028. — 8. Litt. : « fils de son frère »;
c'est une erreur. — 9. Romain III, Argyre, était le gendre de Constantin VIII qui l'avait
contraint à divorcer pour épouser une de ses filles. — 10. Cf. ci-dessus, p. 128, n. 9. — 11. 'Abd
al-Kerim iba al-Moufaddhal Abou Bekr, at-^ayi'. Déposé au mois de saban 381 (oct.-nov. 992). —
12. Abou'l-'Abbas Ahmed ibn Ishaq, al-Qadir. Il mourut le 11 dsou'l-hiddjah 422 (29 nov. 1031).
13. Ms. : 1133.
14. Ms. ; Theophilus ; (de même dans la version arabe).
134 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
tations furent renversées, au mois de Quand il eut terminé sa vie, Mar Men-
'ab (août). Le froment et la paille furent nas' fut ordonné.
enlevés des aires, dans la région de Quand le patriarche Mar Jean fut
Mélitène, et tombèrent dans l'Euphrate. mort, dans le couvent de Bârîd%les
— Fin. évoques s'assemblèrent et firent l'élec-
tion qui désigna Lazarus, moine du cou-
vent de Segara de Mar Aharon, qui est
surnommé Galîha'. Il prit le nom [338] d'Athanasius. Son ordination eut lieu en Tan
1298, le jeudi 21 du mois de tesrîn i (oct.), au village de Qotainê, dans la région de
Gihan*. Mar Lazarus, métropolitain d'Anazarbus, lui imposa les mains. Il ordonna
39 évoques.
De son temps fut ordonné métropolitain pour Mélitène, Iwannis^, du couvent de
Bârîd ; [et comme métropolitain de Tagrit, Ignatius, du monastère de Bar Gâgai,] " qui
est Bar Qîqî, qui se fit ensuite musulman pour le motif que voici :
Satan le fit tomber ' dans l'impudicité. Les gens de Tagrit se mirent à murmurer et à
réprimander cette prostituée qu'ils chassèrent. Mais il ne la laissa point s'éloigner.
Alors des diacres* âgés s'assemblèrent, au nombre d'environ 70 hommes hono-
rables, et allèrent le trouver pour lui persuader d'éloigner de lui cette femme, car tout
le peuple était scandalisé à cause de lui. Comme il n'y consentit pas, ils menacèrent
alors de le chasser lui-même s'il ne cédait pas. Mais comme il avait confiance dans
le roi, il les méprisa, et, dans sa colère, prit l'écritoire et frappa l'archidiacre à la tête.
Alors ils s'emparèrent de lui et le chassèrent de l'église. Il descendit à Bagdad où se
trouvait, près du roi, un secrétaire qui était son parent. Le bruit se répandit qu'il
était descendu pour se plaindre des gens de Tagrit. Alors ceux-ci s'assemblèrent au
nombre d'environ 200, et descendirent h sa suite. Il arriva le premier, et il trouva
ce fonctionnaire mort et enterré. Alors s'accomplit pour lui ce qui est dit' : « Maudit
celui qui se confie en un homme, et fait de son semblable son appui'"; il sera comme
une racine dans une plaine sans eau; son espoir sera déçu ». Quand il vit la
troupe des Tagritains qui étaient venus, il craignit la mort et chercha un refuge près
du khalife, roi des 'Taiyayê; en sorte qu'il apostasia entre ses mains, pour se venger
ensuite des Tagritains. Le khalife, qui connaissait le misérable, commença par lui
1. En 958; cf. Renaudot, Hist. pair. Alex., p. 351. — 2. Cf. ci-dessus, p. 130, n. 5. — 3. Le
ms. et ceux de BH se prêtent à la double lecture t»»^i, Çalîha (n. pr. de pers.) et U«i>-i Çalhaya
(originaire de Çalah). — 4. <^<5^. — 5. Le nom de cet Iwannis, dont il est de nouveau question à
la fin de ce chap., a été omis dans la liste des évêques ordonnés par Athanase; liste qui ne conlient
que 38 noms au lieu de 39. — 6. Ces mots, que je restitue d'après l'Appendice, manquent évidem-
ment dans notre texte. L'ordination d'Ignace Bar-Qîqî eut lieu le 19 févr. 991 (Bar HEBK.,CAr. eccl.,
II, 257). — 7. làre : o\^9|. — 8. A cause du nombre, on serait tenté de corriger « fidèles », au lieu
de « diacres ». — 9. Jéhém., xvii, 5. — 10. Littér. : « et facit filium carnis brachium suum ».
LIVRE XIII. GHAP. V 135
dire : « Y a-t-il quelqu'un de ton peuple qui t'ait maltraité, à propos de quoi tu veux
te séparer d'eux? Fais-le nous connaître et nous jugerons entre vous. » Il eut peur
des 'Taiyayê, s'il disait : « Je me fais musulman par haine », mais il dit ; « Parce que
j'ai reconnu que les Chrétiens sont dans l'erreur et que la confession des Musulmans
est la vraie, je me fais musulman. » [So9] Quand il fut guéri de sa circoncision, il
alla trouver le khalife. Il espérait qu'à cette occasion il ferait poursuivre et périr les
Tagritains; et les fidèles de leur côté étaient remplis de crainte et profondément
affligés. Mais Dieu — louange à sa bonté! — inspira au cœur du roi de ne pas faire
attention au misérable; il ne l'honora point comme il avait coutume, et il le laissa
debout tout le temps. Il se mit alors à pleurer et à se frapper la tête de ses mains, et
quand on l'interrogea, il dit que quand il était un infidèle il avait coutume d'être
traité avec honneur, et maintenant qu'il était devenu musulman son honneur était
perdu. Le roi lui répondit en disant : « O misérable, quand nous t'honorions, nous
rendions honneur à tout le peuple et à la dignité conférée par Dieu; maintenant que
tu as volontairement rejeté la dignité que tu avais, que tu as abandonné ce peuple et
que tu es passé chez nous, examine et vois qui tu surpasses parmi les nombreuses
myriades de musulmans qui sont en ma présence, pour que je t'honore plus qu'eux
tous? » Sur l'ordre du roi, on le chassa et (on lui défendit) de ne plus jamais repa-
raître en sa présence. Alors son espoir lut déçu, et il fut couvert de confusion'. Les
chrétiens relevèrent la tête : ils obtinrent du roi un écrit et vinrent trouver le
patriarche Mar Jean, qui leur ordonna Athanasius, du monastère de la Mère de Dieu,
auprès de Mélitène, qui est appelé du Cursor.
Le misérable Bar Qîqî qui s'était fait musulman circulait en mendiant son pain. Il
s'appliquait à lui-même la malédiction que procure Satan à ceux qui s'attachent à lui*.
Le patriarche Athanasius habitait le couvent de Bârîd, où son prédécesseur avait
terminé (sa vie); il continua de l'achever et de l'embellir. Comme il était très versé
dans la science sacrée et les bonnes œuvres, il procura la paix' aux gens du diocèse
d'Antioche ; car le patriarche chalcédonien d'Antioche* avait du respect pour sa
perfection. Il était vertueux dans ses œuvres et, en vérité, sa conduite était
digne du gouvernement ; il observait fort bien les canons apostoliques, et était vigi-
lant dans son ministère ; il conduisit sagement la barque de l'Eglise, et il termina sa
vie dans une heureuse vieillesse. Il exerça le patriarcat [16] ans" et mourut dans le
monastère florissant du glorieux Mar Bar Çauma, qui est dans la région de Claudia.
Son saint corps y fut enseveli.
A cette époque les couvents et les monastères se multiplièrent et prospérèrent
dans la région de Mélitène*. Il s'y trouvait des hommes vertueux, sages et éloquents.
1. Elias de Nisibe rapporte ce fait à l'an 407 Hég. (1016-17). — 2. Barhébréus {Chr. eccl., II,
289) cite quelques vers d'une élégie qu'il aurait composée dans son repentir. — 3. Lire : \'^'- (vers,
ar, -iis-^s-). — 4. Agapius (BH). — 5. Ainsi d'après la vers, arabe et BH. — 6. Comp. le récit de
Michel de Tanis, témoin oculaire {Bibl. or,, II, 149; Renaudot, Hist. pair, Alex., p. 403).
136 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
C'est pourquoi ils étaient jalousés par ces Grecs hérétiques qui étaient à Mélitène.
Aussi, quand ils virent que le patriarche Mar Athanasius était mort', et qu'était
mort aussi l'océan de sagesse, Mar Jean de Maroun', les chefs maudits s'emparèrent
de Mar Iwannis de Mélitène et de sept moines vertueux et docteurs qu'ils envoyèrent
enchaînés à Constantinople où ils terminèrent leur vie en prison, dans un véritable
martyre. Les Grecs s'emparèrent de la grande église appelée du Cursor.
CHAPITRE [VI]. — Sur l'époque de Romanus, fils' de Basil[ius], empereur des
Romains, et de Abou 'l-'Abbas Qadir, roi des Taiyayê. Sur Mar Jean Bar
^Abdoun, le saint patriarche que les Chalcédoniens emmenèrent à cette époque
à Constantinople et qui finit sa vie en exil.
Romanus partit à la guerre; il fut vaincu [S60] par les Taiyayê et prit la fuite,
et les Taiyayê pénétrèrent dans son camp. Ils pillèrent ses objets d'or, ses
armes, et beaucoup d'argent*.
Les Taiyayê envahirent les pays occupés par les Romains. Quand ils parvin-
rent à Alep, les Romains l'abandonnèrent et s'enfuirent. Lesfaiyayêy régnèrent
comme autrefois '\
Ces Grecs iniques ne comprirent pas que les empereurs prédécesseurs de
celui-ci, s'étant abstenus de persécuter les chrétiens en tous lieux, avaient
grandement prospéré, tandis que maintenant qu'ils étaient revenus à leurs
anciennes habitudes et qu'ils jetaient en exil le patriarche et les évêques, le
Seigneur les brisa en face de leurs ennemis, et ceux qui les détestaient domi-
nèrent partout sur eux, — Fin.
En l'an 1348, il y eut une grande En l'année 1315' eut lieu l'ordination
famine, [860] plus ou moins sur toute [S60J du saint patriarche Mar Jean", le
la terre habitée. Et par suite de la fa- jeudi 6 de tamouz (juill.),dans le monas-
mine, la mortalité se multiplia parmi les tère de la Mère de Dieu, qui se trouve
hommes, le bétail, les bêtes sauvages dans la région de Goudpai, et qui est
et même les oiseaux : de sorte que cha- appelé de Bondouqah. Mar Petrus, évê-
cun disait que la fin du monde était ar- que de Harran, lui imposa les mains,
rivée'. Il ordonna 49 évêques.
1. En 1003, d'après les syncbronismes. — 2. Cf. ci-dessus, p. 126.
3. Cf. p, 133, n. 9. — 4. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXVII, § xr. — 5. L'occupation d'Alep avait
précédé la défaite de Romain.
6. Cedrenus rapporte cet événement à l'année 1032 (ann. m. 6540). — 7. Ainsi d'après l'Appen-
dice et BH; ms. (et version arabe) : 1348. Cf. ci-dessous, p. 139, n. 1. — 8. Jean VIII.
LIVRE XIII. CHAP. VI 137
A cette époque, les Chalcédoniens De son temps fut ordonné pour Mé-
oppresseurs excitèrent une persécution litène Ignatius Bar Atounos, qui se fit en-
contre les Orthodoxes, à Mélitène et dans suite chalcédonien, comme nous allons
ses environs. l'exposer plus bas.
Ils conduisirent de force à Constan- Ignatius Bar Qîqî, qui s'était fait mu-
tinople, le patriarche Mar Jean Bar sulman, comme nous l'avons exposé plus
'Abdoun et les évêques et ils les je- haut, avait été ordonné par Athanasius ;
tèrent sans pitié en exil, comme l'expose après lui Mar Jean avait ordonné Atha-
l'histoire de saint Mar Jean. — Fin. nasius pour Tagrit et l'Orient'.
Extrait de V histoire de Mar Jean Bar
^Abdoun. — Les parents de ce bienheu-
reux habitaient à Mélitène. Il y naquit et grandit dans la pureté. Parvenu h l'âge de
18 ans, il fut pris du désir de la sainte vie du monachisme; il monta au monastère
du Cursor, dans le voisinage de la ville, et y revêtit le saint habit. Quand son père
en eut connaissance, il partit, le prit de force et le ramena dans la ville. Il le pressa
de quitter le saint habit, de revenir à la vie séculière et d'hériter de ses biens.
Sur l'avis de Mar Ignatius, qui est le Cursor, il laissa le saint rentrer au couvent.
Celui-ci se rendit au couvent de Mar Bar Çauma, et pria devant la châsse du saint.
Pour s'éloigner de ses parents, il descendit sur les rives de l'Euphrate, et habita dans
une caverne austère.
Tandis qu'il se faisait violence à lui-même et s'appliquait au labeur du détachement,
[S61J Dieu lui accorda le don d'opérer des miracles et des guérisons, ainsi que
l'esprit de prophétie, grâce auquel il connaissait les secrets de ceux qui venaient
le trouver avant qu'il les lui exposassent. Sa renommée se répandit en beaucoup
d'endroits.
Un pauvre étant venu lui demander l'aumône, comme aucun des frères ne se trou-
vait là, le bienheureux prit la farine qu'ils avaient et la versa dans le panier de ce
malheureux. Celui-ci la prit avec foi, s'en alla, et la déposa dans sa maison; pendant
une année et six mois, lui-même et les gens de sa maison s'en nourrirent à satiété, et
elle leur suffit jusqu'à ce que le temps de la famine eût disparu de la terre.
On lui amena un enfant qui était possédé du malin esprit : sa bouche était tordue,
ses mains et ses pied étaient paralysés ^ Ils le déposèrent près de la pierre à côté de
laquelle le bienheureux avait coutume de se tenir pour prier à la neuvième heure.
Lorsqu'il vint et le vit gisant, sans personne auprès de lui, le bienheureux pleura sur
lui. Il étendit les doigts, toucha ses yeux et ses oreilles, et aussitôt l'enfant fut guéri
et se tint sur ses pieds. Son père ayant vu de loin (ce qui s'était passé) accourut et se
jeta aux pieds du bienheureux. Celui-ci lui ordonna de ne pas dire que c'était lui qui
avait guéri l'enfant.
1. En 1027, selon BH. — 2. Lire : <j>m.
III. 18
138 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Un jour, comme le bienheureux marchait seul sur les rives del'Euphrate, il regarda
et vit une forme féminine qui venait derrière lui. Le Seigneur lui cacha et il ne con-
nut pas que c'était un speclre diabolique. îl se dit : « O Jean ! voici le jour où il faut
que lu tues ou que tu sois tué », et il se signa du signe de la croix et entra dans le fleuve ,
pour que la femme ne le rejoignît pas. Or, il se mit n marcher et passa de l'aulre côté
sans enfoncer dans les eaux. Le démon disparut. A partir de ce jour le bienheureux
reçut de Dieu le don de pouvoir marcher sur les eaux comme sur la terre ferme, quand
il voulait. Les (rères qui étaient avec lui s'en aperçurent et ils rendirent gloire à Dieu .
Gomme pendant l'été il restait immobile' un jour sur deux, à cause de la violente
chaleur qu'il faisait en cet endroit, il était tourmenté par la soif. Il s'endormit debout
sur ses pieds et, en s'éveillant, il vit de l'eau qui coulait d'une pierre; il fut stupéfait
et entendit qu'on lui disait : <( Jean, glorifie le Seigneur et étanche ta soif », Ayant
reconnu que la chose n'était pas une fiction, il pria, fit le signe de la croix sur l'eau
et but.
Ensuite, le bienheureux, voyant que sa renommée était répandue dans ce pays,
voulut s'éloigner. II forma le dessein d'aller prier dans le couvent de Mar BarÇauma,
et de partir de là dans la Montagne Noire. En ces jours-là, était arrivé au couvent
de Mar Bar Çauma un saint homme' qui s'appelait aussi Jean, disciple de Maroun '.
Or, la veille, il eut une vision et dit : « Demain viendra ici un tel, homme vertueux
qui doit devenir le chef de l'Eglise de Dieu ». Et quand le bienheureux vint au cou-
vent, la première nuit il vit l'illustre Mar Bar Çauma se tenant dans la gloire et
entouré des fils de lumière*, et la nuit suivante une voix l'appela et dit : « Lève-toi
pour la prière! » Il se leva et vint à la porte de l'église, mais il la trouva fermée ;
et il entendit à l'intérieur la voix des anges qui psalmodiaient. De là, il s'en alla à la
Montagne Noire, et par de grands labeurs, des œuvres vertueuses, il vainquit les
attaques des démons et les fantômes des ténèbres.
Au bout de quarante ans, le patriarche Mar Athanasius mourut. Les évoques s'as-
semblèrent, et tous, unanimement, voulurent qu'il devînt leur pasteur. Le bienheu-
reux eut une vision ainsi : Il vit un aigle qui volait rapidement et s'élevait dans les
airs; il vit aussi des oiseaux magnifiques qui couraient après lui et lui criaient de
descendre vers eux et de les protéger sous ses ailes. Et comme l'aigle ne voulait pas
descendre, il entendit une voix du ciel qui disait ; « O aigle béni, ne fuis pas; mais
descends plutôt, car je t'ai accordé aux oiseaux qui (te) demandent maintenant. Mais,
vois; aujourd'hui, je te donne la puissance en haut et en bas », El quand le bien-
heureux reconnut que son élection venait de Dieu, il y consentit. Et comme il n'était
pas même encore ordonné diacre, h cause de Fhumilité de sa conscience qui l'éloi-
1. >a.axuo. — 2. Il faut probablement lire l^a<^, quoique la leçon t.^<^ puisse se soutenir. — 3. Cf.
ci-dessus, p. 125. — 4. Les anges.
LIVRE XIII. CHAP. VI 139
gnait de toutes les fonctions sacerdotales, le 4 de tamouz (juill.) on l'ordonna diacre,
le 5 du même mois on l'ordonna prêtre, et le 6 du même mois on l'ordonna patriarche'
il était alors âgé de 60 ans. Ceux qui l'ordonnèrent furent : Petrus de Harran, qui
lui imposa les mains; Theodosius de Mar'as, Thomas d'Anazarbus^ Paulus de Tarse,
Cyriacus de Gihan, et Elias de [362] Symnada.
Lui-même se dirigeait selon toute la régularité des saints canons; mais à cause de
son inexpérience des affaires temporelles, il confia l'administration des diocèses aux
mains de son syncelle ; un moine, nommé David, qui causa de grands désordres dans
les Églises.
Le bienheureux brillait toujours par l'accomplissement des miracles.
^ Le gouverneur d'Antioche était un romain dont le corps était couvert de lèpre.
Ayant entendu parler des guérisons que Dieu opérait par le bienheureux, il envoya
lui demander de le guérir. Or, le bienheureux bénit de 1 huile et la lui envoya : le gou-
verneur la reçut avec foi, s'en oignit et fut guéri. Quand le patriarche chalcédonien
d'Antioche apprit et vit le miracle accompli, il fut pris du désir de voir le bienheu-
reux. Il furent en relations par lettres. Le bienheureux lui envoya une chemise' à
lui, que le patriarche grec accepta et qu'il mettait sur son corps à toutes les fêtes.
Quand le bienheureux vint à Mélitène, on lui amena un homme qui avait perdu
l'esprit et dont la langue était paralysée : il le guérit. — Une femme hémorrhoïsse, à
laquelle il dévoila son impureté, ayant confessé son péché et promis de faire péni-
tence, fut aussi guérie par l'eau qu il bénit et lui donna. — Un moine était tourmenté
par les pensées impures que le Mauvais avait semées dans son cœur : le bienheureux
connut ses pensées par révélation ; il pria pour lui, et le moine fut délivré. — Un autre
moine, qui était accusé d'un péché par ses compagnons^ vint trouver le bienheureux et
demanda lui-même à être excommunié s'il était coupable : le bienheureux connut par
révélation qu'il était répréhensiblc et lui dit : « Confesse ta faute ». L'autre contestait'
1. Les dates de l'élection et de la mort des patriarches Jean VIII, Denys IV et Jean IX sont
indiquées très diversement dans le texte de Michel, dans celui de l'Appendice et dans Barhé-
bréus. Nous croyons exactes les dates fournies par l Appendice, car plusieurs peuvent être contrô-
lées d'après l'indication du jour de la semaine. Telles sont les dates de l'élection de Jean VIII :
jeudi G juillet 1004, et de Denys IV : jeudi 14 oct. 1031; et celle de la mort de Jean IX : samedi
24 mai 1057. Les autres peuvent être ilxées par conjecture. Le patr. Jean VIII mourut le « 2 févr. »
1030 selon l'Appendice, 1033 selon BH. Cette dernière date est fautive : Denys ayant été élu en
1031. Les années d'exil de Jean VIII doivent 4tre comptées dans la durée de son épiscopat.
Jean IX ayant occupé le trône patriarcal 14 ans et 10 mois, selon Michel, son élection devrait être
placée « au mois d'août» 1042; et, par suite, la mort de Denys IV survint « le 21 mars » de cette
même année. Cette dernière date devrait être maintenue même si l'on admet, comme il semble
ressortir du contexte, que dans les 14 ans et 10 mois est compris le temps d'une longue vacance
qui suivit la mort de Denys, et que Jean IX ne siégea réellement que 8 ans et 10 mois, comme
le dit Barhébréus ; ce qui mettrait son élection « au mois d'août » 1048. — 2. Ou « une tunique ».
140 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
encore; et le bienheureux lui dit : « Va, et ne recommence pas cette action; l'Esprit
mauvais te tourmenterait ». C'est ce qui lui arriva; et alors il avoua son péché.
Quand les circonstances obligèrent le bienheureux à jeter un pont sur le Gihan,
des hommes amenaient les bois au milieu de l'eau : un des jeunes gens tomba et se
noya. Ils le tirèrent du fleuve, l'ensevelirent et se disposaient à l'enterrer. Le bien-
heureux les en empêcha et ne le laissa pas mettre au tombeau; il se tint toute la nuit
en prière, et au matin il fit sur lui le signe de la croix, et le jeune homme ressuscita
et se leva. Comme il voulait cacher le miracle, il dit h l'assemblée : (( Ne vous ai-je
pas dit que son âme y était encore? » Mais tout le peuple comprit ce qui avait eu lieu
et chacun glorifiait Dieu en pleurant.
On lui amena encore un homme sourd-muet : il mit son doigt dans sa bouche et
ses oreilles, et aussitôt cet homme entendit et parla.
Dieu fit beaucoup de choses semblables par les mains de ce saint; mais, pour que
ce livre ne sorte pas d'une juste mesure, nous abrégeons le récit et nous arrivons à
sa glorieuse fin.
Après qu'il eut exercé le suprême pontificat pendant 27 ans*, la jalousie de Satan
suscita une épreuve pour lui, ou plutôt pour toute 1 Eglise de Dieu, par le métropo-
litain des Grecs de Mélitène, qui s'appelait Nicephor[us]. Il était blessé intérieure-
ment, et comme il ne pouvait tolérer d'apprendre et de voir les miracles que Dieu
opérait par le saint, il quitta Mélitène et s'en alla à Constantinople, en disant : « Je
ne puis exercer la charge pastorale là où ce magicien attire à lui même les Grecs ».
Du temps des empereurs justes Basil[ius] et Crfnstantin[us] ses paroles ne furent pas
accueillies. Quand régna Romanus, qui était son condisciple, le métropolitain fit en
sorte que des lettres fussent expédiées de la part de l'empereur au juge ' Krysobourgios.
Comme celui-ci estimait le bienheureux et avait foi en lui, il manda en secret aux
notables citoyens de Mélitène : (( Avisez promptement à faire passer le patriarche
dans le territoire des Arabes » ; et il dit aux envoyés : « Nous ne savons pas où se
trouve aujourd'hui le patriarche des Jacobites ». Mais ceux qui avaient été envoyés
étaient les disciples du métropolitain, et avant d'arriver à Mélitène ils avaient donné
trente pièces d'argent à un nouveau Judas, de Roumanah, qui s'appelait Bar
Gîgra ; et celui-ci avait promis de leur montrer où 11 était. Là-dessus, ils répon-
dirent : « Nous, nous savons où II est; donne-nous seulement des soldats armés ». Le
juge n'ayant pu le sauver, fit préparer 9 cavaliers. Le nouveau Judas dit : « Ceux-ci
ne suffisent pas; car il y a là plus d'un millier de moines qui ne le laisseront pas
emmener ». Or, le juge partit avec eux. Ils arrivèrent à l'improviste au couvent de
Barîd, sans que les moines s en aperçussent, ni les gens du pays, et, un vendredi, à
1. Voir p. 339 n. 1. Il faut peut-être lire y> (24) au lieu de P ; ce qui donnerait l'année 1028-29 ^
époque de l'avènemeut de Romain. — 2. xpiTrjç.
LIVRE XIII. CHAP. VI 141
la troisième heure, les soldats envahirent le couvent. Le juge lui-même se tint à la
porte de la cellule. Quand on dit [363] au patriarche : « Voici que le juge de Mélitène
esta la porte de la cellule », il fut un peu stupéfait, et comme ils se tenaient en
prière, il ne remua point avant qu'ils eussent terminé. Le bienheureux, ayant été
mis au courant de l'afTaire, dit h ses disciples : « En vérité, mes enfants, nous serons
conduits à la ville impériale; mais que la volonté de notre Seigneur soit fuite! » Il
sortit dehors, prit le juge par la main et l'introduisit dans la cellule. Il lui dit :
« Pourquoi donc Votre Grandeur a-t-elle pris un tel souci ? » Le juge répondit hum-
blement : « Ne sois pas troublé, ô saint; c'est parce que le saint empereur ordonne
que tu paraisses dans la ville impériale. » Notre père dit ; « Pourquoi Votre Excellence
s'est-ellc imposé ce labeur; un de vos serviteurs suffisait pour nous conduire. »
Alors, il le prit et ils entrèrent à Mélitène. Quelle était la désolation des moines et
de tous les chrétiens : cela n'échappe pas aux sages. Les habitants de Mélitène étaient
comme brûlés par le feu ; ils faisaient des présents aux grands, qui consentirent à
peine à le laisser le temps de l'hiver.
Quand il eut célébré la fête de Pâques à Mélitène, et quand il fut décrété qu'il par-
tirait de toute iaçon, ils le pressaient d'ordonner diacres de jeunes enfants. Ils
avaient perdu l'espoir que leur patriarche reviendrait. Ce n'est pas seulement notre
peuple qui était affligé de son départ, mais même les Arméniens, et même les Grecs
chalcédoniens qui étaient dans la ville, pleuraient et se pressaient pour recevoir
la bénédiction de ses saintes mains : chacun prédisait qu'un grand châtiment vien-
drait de Dieu sur l'empire des Romains. Ce qui, en effet, arriva.
Le patriarche Mar Jean ' sortit donc de Mélitène, accompagné de six évêques :
Mar Elias de Symnada, Iwannis de Hadeth, Ignatius de Mélitène, Isaac de 'Arqa,
Moyse de Hesna de Ziad, Dionysius de Tell Patriq, et 20 moines prêtres, parmi
lesquels se trouvaient Josué, archimandrite de Bar Gâgai, et Basilius de Bàrîd, et
les disciples du patriarche : David, Josuc, Iwannis, Moyse et d'autres.
A la pleine lune de haziran (juin) ils entrèrent à Constantinople, et en même
temps qu'eux Jean, évêque des Chalcédoniens, (de la secte) des Melchites ; ils furent
retenus à Chrysopolis pendant Vl jours. Quand ils entrèrent, ils trouvèrent environ
200 évêques chalcédoniens réunis pour saluer le nouvel empereur. Lorsqu'ils s'as-
semblèrent à leur église, qui s'appelait Agia Sophia, le patriarche d'Antioche et ses
évêques ne vinrent point à l'assemblée. Mais quand ils furent convoqués, (les chal-
cédoniens) répondirent : ce Nous savons que ceux-ci sont chrétiens et qu'il n'est pas
nécessaire de les interroger. » Et ils dirent cela parce qu'ils savaient d'avance que
le bienheureux Jean était un homme de Dieu.
Mais le métropolitain de Mélitène, nouveau Caïphe, fit partir un héraut qui criait
devant eux dans les rues : « Ceux-ci ne confessent pas la Mère de Dieu, [et adorent
1. Le ms. porte ici « Petro{s) » ; c'est l'abréviation du mot « patriarche » répétée par erreur.
142 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
un boiic^ ' )i , et d'autres choses semblables. Et alors, de combien de crachats le peuple
couvrit leur visage, combien de poussière et de pierres on lança sur eux du haut des
toits : il n'est pas nécessaire de le dire. Le métropolitain lui-même fit entendre des
paroles de colère contre le patriarche et les principaux d'entre eux. On ne leur
permit pas de s'asseoir, ni de discuter avec eux sur la doctrine ; (leur patriarche)
savait par Jean, un de leurs évêques, qu'un de nos moines surpassait en érudition tous
leurs savants. C'est pourquoi ils les faisaient tenir devant eux depuis le malin jusqu'à
la sixième heure; on soutenait le patriarche et Elias de Symnada à cause de leur
vieillesse. Ils dirent avec colère : « Pourquoi méprisez-vous le métropolitain de
Mélilène ? » Et le patriarche répondit : « Si c'est pour cela que vous nous avez fait
venir : il est facile de résoudre la question. Puisque vous êtes les maîtres, comment
se peut-il que nous, qui sommes sous votre domination, nous vous méprisions ? » Et
ils furent couverts de confusion. Alors, ils l'interrogèrent sur la foi. Il y avait deux
volumes écrits en deux langues, la nôtre et la leur. L'un avait été écrit du temps de
feu le patriarche Mar Jean', et l'autre fut écrit maintenant. Quand ils eurent lu un
peu, ils dirent : « Nous ne vous avons pas fait venir pour apprendre de vous la foi,
mais pour vous enseigner la foi. Confessez avec nous deux natures après l'union. »
Le métropolitain fit venir l'interprète; il était de Mélitène et s'appelait Theodorus; il
était de leur confession. Le métropolitain le séduisit par des promesses, et il se mit
à changer les paroles'. Jean, un de leurs évoques, le réprimanda. Le patriarche ayant
dit : « Nous ne dirons pas deux natures, et nous ne changerons pas la confession de
nos pères >>, le métropolitain lui répondit : « Tu n'acceptes donc pas la confession
de l'empereur ? » Le patriarche répondit : « Nous [364] sommes soumis aux ordres
du saint empereur en toute chose, comme nous le devons; mais nous ne changerons
point notre confession. » Alors, dans sa vive colère, le métropolitain impie étendit
sa main et frappa le patriarche au visage. Le bienheureux lui présenta l'autre côté.
Beaucoup de notables, en voyant cela, furent émus, éprouvèrent de la douleur et
pleurèrent. L'un d'eux se leva et sortit en disant : a Je ne puis rester pour voir le
Christ jugé et souffleté. » Alors tous les notables sortirent en murmurant. Et ainsi
prit fin l'assemblée du premier jour. On les conduisit au monastère de Mar Mennas,
et le lendemain au monastère de Gregorius.
A la seconde assemblée, les notables ne vinrent point, parce qu'ils murmuraient
contre les choses qui avaient été faites tyranniquement, surtout parce qu'on n'avait
pas fait asseoir le patriarche, comme l'exige la règle. Quand ils furent assemblés, ils
les appelèrent; et ils permirent au patriarche et à Elias de Symnada de s'asseoir.
1. Lacune de deux mots dans le ms.; nous suppléons ainsi d'après BH. — 2, Jean YII. C'étaient
des recueils de témoignages des Pères; cf. Bibl. or., II, 136. — 3. Sur cet incident et les autres
détails de la controverse, comp. la lettre de Michel de Tanis. Bibl. or,, II, 146 et suiv. ; et
Renaudot, Hist.patr, Alex., p. 405.
LIVRE XIII, CHAP. VI 143
Après de longs entretiens, voyant que ceux-ci ne consentiraient jamais, ils dirent :
« Du moins ne mettez pas d'huile dans le pain eucharistique et ne faites pas le signe de
la croix avec un seul doigt, mais avec deux. » Ils s'efforçaient de briser peu à peu
leur constance.
Après les avoir éprouvés un peu sans y réussir, ils imaginèrent de les séparer les
uns des autres. Us enfermèrent le patriarche et Dionysius dans un monastère^ pen-
dant tout le mois de tamouz (juill.), et les autres deux par deux en différents endroits.
Ensuite, l'empereur convoqua quatre d'entre eux : Ignatius, Iwannls, Moyseet Isaac,
et avec eux le métropolitain (grec) et l'interprète Petrus Çeraphî de Mélitène, qui,
lui aussi, changeait les paroles, comme le métropolitain lui avait appris à le fi\ire;
mais, comme son prédécesseur, il fut à son tour frappé par le Seigneur, et il périt.
Iw^annis cria par trois fois et dit à l'empereur : o Nous ne changerons jamais notre
foi. Si tu es miséricordieux, congédie nous ; sinon, nous sommes prêts h mourir pour
le Christ ». Alors l'empereur rendit un décret' à leur sujet, (ordonnant) de les enfer-
mer dans les Noumera^. Ils y restèrent depuis le commencement de 'ab (août)
jusqu'à tesrîn (oet.), dans un grand tourment.
L'empereur était irrité contre le métropolitain qui avait été cause de leur venue;
et, pour cela, celui-ci s'efforçait de plus en plus de les séduire, chacun séparément, afin
de plaire h l'empereur en gagnant une partie d'entre eux. Alors Satan trompa le
malheureux Ignatius de Mélitène, Moyse de Hesna de Ziad, et Isaac de 'Arqa, par le
métropolitain qui leur dit : a Nous ne vous obligeons pas h changer quelque chose h
votre foi; mais seulement à saluer respectueusement l'empereur et le patriarche, pour
vous en aller dans vos diocèses. » Ceux-ci ayant donné leur adhésion à ce misérable, il
prit leur signature et la porta h l'empereur ; car il s'était aperçu que l'empereur était
disposé à les congédier. Le métropolitain dit donc h l'empereur : « Si tu prends
patience, je les amènerai tous à consentir. » Alors l'empereur envoya dire au
patriarche : « Nous te donnerons le siège d'Antioche, si tu adhères à notre profession
de foi. » Le bienheureux répondit : « J'ai un siège apostolique, sur terre et au ciel ;
et, en dehors de lui, je n'en désire aucun autre. Si, parce que j'aurai changé ma foi,
vous voulez me donner un siège plus riche en or ou en peuple, sachez que même si
vous me donniez votre siège impérial, je ne changerais pas ma foi. » Ils perdirent
alors espoir et l'empereur dit au métropolitain : « Vois si ceux-là veulent consentir
comme ils te l'ont promis, et sinon, qu'on les renvoie tous ». Alors il envoya de
nouveau vers eux en secret ; ils répondirent : '( Nous ne le pouvons tant que ce vieil-
lard est présent ». Là-dessus, il fixa un délai de quatre jours. Ayant tiré le patriarche
des Noumera, ils l'amenèrent à la demeure du métropolitain. Celui-ci, autant qu'il
1. ànoiaffij. — 2. oi;bocv<; tk Noûnep». « Numera et Chalcen Conslanlinus M. œdiCcavit Hera-
clius el reliqui deinceps imperatores ea in carcerem mutarunt. » [Antiq. Conslantinop., Pair. Gr,,
t. CXXII, col. 1201 ; cf. t. CIX, col. 448, 729).
144 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
est possible, le méprisa, l'outragea, le fit rester debout devant soi, et lui cracha au
visage en disant : « Où sont ceux qui couraient devant toi et t'entouraient h Mélllène?
Moi, je t"ai fait venir ici, scélérat! » (11 faisait cela) afin, si le patriarche perdait
patience et ranathéniatisait, de pouvoir dire à l'empereur : « Il nous a anathématisés,
ainsi que notre profession de foi », pour qu'une sentence de mort soit prononcée contre
lui. Mais le bienheureux, rempli de l'Esprit-Saint, répondit : « Quant à moi, je n'ai
point reçu de mon Seigneur l'ordre de maudire mon persécuteur, car il m'a donné
pour loi d'aimer mes ennemis. Pour toi, si ton maître t'a commandé de haïr et de
persécuter : c'est ton affaire! » Quand il fut rassasié de le mépriser, il l'envoya au
monastère de Gaius', le 13 de tesrîn i (oct.)
[o6ïî] Ensuite, sur l'ordre de l'empereur, le logothèle les' emmena h sa maison ; il
examina et discuta longuement avec eux, et il chercha h les séduire par ses flatteries.
Comme Mar Elias de Symnada, Mar Iwannis de Iladeth et Mar Dionysius de Tell
Patrîq ne fniblircnt point et no consentirent point à leur désir, ils les renvoyèrent aux
Noumera. Quant aux trois qui succombèrent, on les conduisit h la demeure de
Bar Çauma Çeraphî. On les présenta à l'empereur qui leur demanda : « Avez-
vous donné librement votre signature au métropolitain? » Ils répondirent : « Oui ».
11 demanda encore : « Vous anathémalisez Severus et Dioscorus? » Alors ils demeu-
rèrent hésitants. L'empereur dit : « Ceux-ci sont des trompeurs », et le métro-
politain leur dit : « Pourquoi ne répondez-vous pas, comme vous l'avez promis? Si
vous avez menti, vous serez mis h mort comme des trompeurs, » Alors, par crainte de
la mort, ils dirent : « Oui ! » Quand l'empereur vit qu'ils étaient dans le doute, il les
envoya au patriarche. Celui-ci leur ayant dit les mêmes choses, ils anathématisèrent
les Pères et furent pris dans le piège de la mort. Peu à peu, sans qu'ils s'en aperçus-
sent, ils furent pris et devinrent la risée des démons. Il leur dit ensuite : « Mainte-
nant vous serez baptisés, vous deviendrez chrétiens, et bientôt vous serez promus au
sacerdoce. » Ils répondirent : « Nous sommes évêques ! Comment pouvez-vous dire
ces choses? » On leur dit : « malheureux! le sacerdoce que vous vous imaginez
avoir tire son origine de Dioscorus et de Severus ; puisque vous avez anathématisé
ceux-ci, d'où avez-vous le sacerdoce? » En entendant cela ils demeurèrent de plus
en plus hésitants, depuis tesriu (oct.) jusqu'à la fête de Pâques. Le mercredi de la
Passion, h l'instigation du métropolitain, le patriarche se présenta de nouveau et
comme s'il observait la règle, il leur dit : « Cet autel vous est témoin que vous vous
présentez librement et non par contrainte? » ; et on les baptisa dans les eaux où ils
baptisèrent les Taiyayê ', car ils les conservent pendant des jours. Et quand ils sor-
tirent, ils rougissaient de honte, comme des Juifs.
L'un d'eux, Ignatius de Mélitène, qui est Bar Atounos, fut pris en ces jours-là
1. Barhébréus ajoute : « sur les confins des Bulgares ». — 2. Les évêques. — 3. Sic ms. Peut-
être faudrait-il lire l • '^i « les enfants ».
LIVRE XIII. CHAP. VI 145
d'une cruelle douleur et mourut. Moyse de Hesna de Ziad, et Isaac de 'Arqa, par-
tirent secrètement, vinrent en Syrie, et finirent leur vie dans la pénitence.
Quant aux saints : Mar Elias de Symnada, homme instruit et vieillard vénérable
qui les vainquit dans la discussion, fut lapidé à la porte du palais, et ce disciple
d'Etienne ' fut couronné ; Iwannis de Iladeth acheva sa vie en prison ; Dionysius de
Tell Patrîq, ayant été libéré à la mort de l'empereur*, sortit et revint à son siège dans
la confession orthodoxe.
La fin courageuse et illustre du patriarche Mar Jean, les admirables prodiges, les
grands miracles, les révélations divines dont il fut favorisé pendant ses années d'exil
dans le monastère des Grecs, et le reste de ses actions apostoliques, chacun peut [les
apprendre] 'de son histoire, des lettres de son disciple et des siennes propres, et de la
circulaire que le bienheureux envoya lui-même en Syrie, à propos de ceux qui apo-
stasièrent, et dans laquelle il prescrivait de les recevoir s'ils faisaient pénitence.
Il mourut en exil*. Que sa prière et celle de ceux qui persévèrent dans la confession
véritable ^ et la foi orthodoxe, soit avec nous et nous garde. Oui 1 Amen !
[APPENDICE AU CHAPITRE VI] ^
[A cette même époque, les gens de Tagrit étaient accablés par les impôts des gouver-
neurs iniques ] ' il en fut irrité davantage et ordonna ou qu'ils paient ou qu'ils
quittent leurs maisons. Alors beaucoup d'hommes honorables et fameux sortirent et
se répandirent dans les villes du Djézireh et de toute la Syrie; et, partout où ils se
fixèrent, ils bâtirent des églises et ornèrent de superbes monastères. Parmi eux
étaient ces hommes célèbres qui vinrent à Mélitène, surnommés Benê Abou 'Imrân*,
hommes vertueux, dont les pieuses vies étaient l'objet de nombreux éloges. Ayant été
bénis de Dieu dans leur fortune, comme Abraham, Job et les autres justes, ils dépen-
saient toute leur fortune pour la construction des églises et des monastères, pour les
pauvres et les malheureux. Ils bâtirent à Mélitène des églises et des monastères pour
les femmes, et, en dehors de cette ville, ils bâtirent des monastères de religieux.
Chaque vendredi, ils distribuaient des aumônes auxindigents, depuis le matin jusqu'au
1. Allusion au martyre de S. Etienne. — 2. Romanus mourut le 11 avr. 1034. — 3. Il y a
certainement un ou deux mots omis par le copiste; ils manquent aussi dans la vers, arabe. —
4. Michel de Tanis dit qu'il mourut en 1031 (B. 0., II, 150); cf. p. 139, n, 1. — 5. R;.U.
6. Le copiste écrit en marge de notre ms., p. .560, un récit mutilé qu'il accompagne de cette
remarque : J'ai va ainsi cette histoire, c est-à-dire sur une feuille détachée, et je n'ai pas reconnu
sa place; d'autant plus que le commencement est arraché. Barhébréus [Chr. syr., éd. Bedjan, p. 197)
place ce récit avant l'avènement d'Abou'l-'Abbas Qadir. Il devrait donc en réalité être rattaché au
chap. V. — 7. Suppléé d'après Barhébréus. — 8. Vocalisation donnée par BH.
III. 19
146 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
milieu du jour. Le vieillard Abou Salim ' les distribuait de ses propres mains. Les fils
d'Abou 'Imrân étaient au nombre de trois; ils brillèrent par leurs œuvres vertueuses,
au point que l'empereur des Romains lui-même leur portait envie. Il imagina de leur
imposer la charge de frapper les dariques de l'empire pendant une année. Quand l'an-
née fut écoulée, voyant que leur fortune n'avait pas diminué, il reconnut, comme
tout le monde, qu'ils avaient reçu de Dieu la bénédiction dont parle le prophète' :
<( A moi est Targent, à moi est l'or ». — Une autre fols, comme l'empereur Basil[lus]
revenait d'Arménie, il fut pris par l'hiver dans le pays de Goubbos, et l'or lui manqua,
car, à cause de la neige, on ne pouvait envoyer de message. L'empereur se leva
la nuit et vint à leur porte leur demander un emprunt. Quand ils le reconnurent, ils
se prosternèrent, le vénérèrent et lui donnèrent cent n£VTr;v^p'a d'or : autant qu'il
avait demandé. Il les leur rendit ensuite, car il était juste. — Une autre fois,
quand les Turcs pillèrent le pays de Mélitène, le vieillard Abou Salim, qui était venu ''
du couvent qu'ils avaient bâti^ se trouva présent, et ils le firent captif. Il fit une
estimation avec les Turcs et racheta tous les captifs ; il fixa le prix de chaque personne
à cinq dinars et paya tout de ses propres deniers. Or, il y avait 15 mille âmes.
Nous avons noté ces quelques traits parmi beaucoup de choses qu'on disait d'eux,
afin que tous ceux qui les liront glorifient Dieu qui les a fait prospérer'.
CHAPITRE [VII]. — De V époque de la fin de la vie de Romanus ;
et fin du Livre XI IL
L'empereur Romanus mourut subitement ; car le Seigneur n'eut point pour
agréable la persécution qu'il excita contre les fidèles.
Michel commença à régner en l'an 1354, pendant huit ans^. A cette époque
l'empire des Arabes était gouverné par Abou 'l-'Abbas.
Une épine surgit [360] pour Michel en la personne d'un de ses parents
nommé Qâlâphat. Après s'être montré rebelle pendant cinq mois, celui-ci fut
pris et eut les deux yeux crevés ".
1. BH ajoute : a qui était l'aîné de ces trois frères. » — 2, Agg., ir, 9. — 3. I;»» ^ \i\i (BH), —
4. Barhébréus raconte la suite en d'autres termes : Les Turcs lui dirent: « Rachète-toi, car tu es
riche. « Il répondit ; « Si vous voulez vendre tous les captifs, je les rachèterai. » Les Turcs se
mirent à rire et lui dirent : « Combien donnes-tu? » Il répondit : <c Cinq dinars pour chaque per-
sonne. » Les Turcs dirent : « Nous les vendons n. Après qu'ils eurent donné leur parole, il envoya
chercher de l'or, paya, et délivra les captifs. Or, ils étaient quinze mille. Nous avons écrit ces
quelques mots afin qu'on sache quelle était la prospérité des nôtres à cette époque, et dans quelle
misère ils tombèrent ensuite. {Chr. syr., éd. Bedjan, p. 197)
5. Michel IV, le Paphlagonien, commença à régner le 12 avril 1034. — 6. Michel V, Calafate, suc-
céda à son oncle mort le 10 déc. 1041. Il fut déposé et eut les yeux crevés le 21 avril 1042.
LIVRE XIII. GHAP. VU 147
Du temps de cet empereur Michel, l'arabe Salman' livra Edesse, et les
Romains y régnèrent*.
Quand Michel fut mort, les impératrices Zoé et Théodora, filles de Gonstan-
tinus, gouvernèrent l'empire pendant 3 mois'. — Fin.
Après être demeuré en exil pendant 4 ans*, dans un monastère des Romains
situé dans la montagne de Gaius, le bienheureux Mar Jean bar 'Abdoun, mourut en
l'an 1357^, le 2 de sebat (févr.), en la fête de l'entrée de N.-S. au Temple, et fut
enseveli par son disciple Iwannes. Celui-ci quitta (ce lieu) et apporta avec lui le livre
qu'il avait composé sur les miracles et les révélations dont le bienheureux avait été
favorisé de Dieu en exil.
Alors, les évêques s'assemblèrent à 'femimin, village de la région de Claudia.
Haiyê, archimandrite du monastère de Lazare, dans la région de Goubbos, fut élu";
il fut ordonné dans le monastère de Mar Domitius, dans le même pays, et fut appelé
Dionysius'.
[S66j Quand les Chalcédonlens qui étaient à Mélitène apprirent cela, ils informèrent
Constantinus', et l'ordre de le chasser et de le saisir arriva, Les notables des fidèles
citoyens de Mélitène le firent savoir au patriarche, et le pressèrent de passer dans le
pays des Taiyayê. Après avoir passé le fleuve de l'Euphrate, il parvint' à la ville
d'Amid. Avec lui, partit Mar Abraham*, évêque de Callisura : le même qui lui avait
imposé les mains dans sa consécration. Et, depuis lors, Amid fut le siège du patriarcat :
car il se fixa là, et y ordonna des évêques. Le préfet grec qui était à Mélitène envoya des
messagers et des présents au gouverneur d'Amid, et lui demanda de faire la volonté de
l'empereur des Romains en s'emparant du patriarche et en le leur livrant. Le gou-
verneur d'Amid répondit : « Notre loi ne nous permet pas de prendre celui qui s'est
réfugié chez nous pour le livrer h son ennemi, ni de violenter quelqu'un à cause de
sa foi ». Alors les Grecs furent couverts de confusion ; ou plutôt « ils n'ont pas été cou-
verts de confusion, comme il est écrit, parce qu'ils ne savent pas rougir '"». Mar Diony-
sius habita dans l'empire des Arabes tout le temps de sa vie : soit dans le couvent de
Mar Hanania, à l'est de Mardê, soit à Amid.
* Note marginale : « Ce Mar Abraham, évêque de Callisura, est celui qui bâtit l'église ancienne,
dans le couvent de Mar Bar Çauma, en l'année 1335 »,
1. Cf. Matthieu d'Édesse, trad. Dulaurier, p. 47. — 2. Les auteurs byzantins placent la prise
d'Édesse à la fin du règne de Romain Argyre, et les arabes en l'an 422 Hég. (1031) Cf. Hist. du
Bas-Emp., LXXVII § xviii; Gesch. der Chai., III, 70. — 3. Zoé épousa en troisièmes noces Con-
stantin IX, Monomaque, qui tut couronné empereur le 12 juin 1042.
4. Ainsi d'après BH et le contexte; ms. « 7 ans ». — 5. BH : 1347; ver. ar. : 1331. Pour ces dates,
comp. ci-dessus, p. 139, n. 1. — 6. Jeudi 14 oct. 1031. — 7. Denys IV. — 8. Probablement Con-
stantin, frère de l'empereur Michel IV, gouverneur d'Antioche. — 9. \-^^. — 10. Jérém., vr, 15.
148 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Ce Mar Dionysius exerça le patriarcat pendant dix aus ; il mourut en l'an 1368', le
21 d'adar (mars), et son corps fut enseveli dans la grande église, à Amid. Il ordonna
36 évêques.
En Egypte, le patriarche était Mar 8noudîn^
A Mélitène, à la place de Bar Atounos, qui apostasia% on ordonna Mar Jean, du
monastère de Mar Séna, qui est dans le district de Mar'as.
Le patriarche Mar Dionysius ordonna comme métropolitain d'Edesse Josué, archi-
mandrite du monastère de Mar Abhai, qui prit le nom d'Athanasius ; Dieu fit des
miracles par ses mains, et il brilla comme un des saints Apôtres. — Fin,
Dans ce XIII" Livre est renfermé un cycle de 205 années'', pendant lesquelles
12 empereurs ont régné dans l'empire des Romains et i4 dans celui des Taiyayê,
c'est-à-dire des Musulmans.
1. Ni BH ni l'App. ne donnent la date. Celle-ci est miinifestemeut erronée. Probablement 1353;
cf. p. 139, n. 1. — 2. Cf. Renaudot, Hist. pair. Alex., p. 408. — 3. Cf. ci-dessus, p. 137, 144. —
4. De 1155 à 1360, selon le comput (erroné) des canons chronologiques.
LIVRE XIV
Comme a cette époque les Turcs commencèrent a régner et a s'emparer des
villes et des pays, nous leur consacrons ce livre quatorzième que, selon
LA MÉTHODE, NOUS DIVISONS OPPORTUNÉMENT EN CHAPITRES*. Et PAR CONSÉQUENT LE
CHAPITRE PREMIER expose quel peuple sont les Tourqayê, qui sont les
mêmes que les Tourkayê, et en quelle contrée ils habitaient.
Le peuple des Tourqayê, ou Tourkayê, se trouve être de la race de Japhet ; car
ils descendent de Magog, et, comme l'a écrit le grand Moyse% Magog est fils de
Japhet, fils de Noé. De lui descend et s'est propagé sur cette terre le peuple
grand et puissant qui habite la région du nord-est.
Il y a à leur sujet une prophétie remarquable dans le prophète Ezéchiel,
disant qu'ils envahiraient la terre et arriveraient à Jérusalem. Les paroles de la
prophétie sont ainsi conçues' : « La parole du Seigneur s'est adressée à moi
pour dire : Fils de l'homme, tourne ton visage vers Gog et vers la terre de Magog,
prince [567] et chef de Môsok et de Thobel, [et dis-lui : Le Seigneur des sei-
gneurs a dit, je viens à toi, prince et chef de Môsok et de Thobel]*, et je te
rassemblerai, et je mettrai un frein à tes mâchoires, et je te ferai sortir de ton
pays, toi et toute ton armée, chevaux et cavaliers vêtus de cuirasses, peuple
immense [armé] de lances et de boucliers et portant le glaive. Tous les Perses,
les Kousites et les descendants de Phout sont avec eux, avec des boucliers et
dos casques ; (je ferai sortir) Gomer et toute son armée, la famille de Thogorma
avec les versants du Nord et toute leur armée, et les peuples nombreux qui
sont avec toi. Prépare-toi, ainsi que toute la troupe rassemblée avec toi. Sois
pour eux une garde. Dès les jours anciens tu en as reçu l'ordre, et à la fin des
temps tu viendras ». Et un peu plus loin' ; « Le Seigneur des seigneurs dit : Tu
es celui dont j'ai parlé par mes serviteurs, les prophètes d'Israël, dans les jours
antiques » ; et encore plus loin' : « Et toi, fils de l'homme, prophétise contre
Gog et dit: Ainsi parie le Seigneur des seigneurs : Me voici sur toi, Gog,
prince et chef de Môsok et de Thobel; je te pacifierai, et je te rassemblerai, et
je te ferai monter des versants du Nord ». L'Esprit prophétique nous a montré
1. Vers. ar. ; L^a-UJ .^ 'o^U^I-a xioiû)j_ — 2. Gen., x, 2. — 3. Ezech., xxxviii, 2-4. — 4. Les
mots entre crochets ont été omis par notre copiste ; ils existent dans la vers, arabe. — 5. Ezech.,
XXXVIII, 17. — 6. Ezech., xxxix, 1,
150 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
ces choses et beaucoup de choses semblables au sujet de ce peuple; et il a
répété les paroles par deux fois pour indiquer leur double invasion. Mais puisque
les interprètes inspirés par l'Esprit n'ont parlé que de la première invasion,
nous marcherons sur leurs traces. Qu'il s'agisse d'eux et que le prophète pro-
phétise à leur sujet, c'est ce que saint Mar Jacques d'Edesse affirme ' quand il
écrit : « Ezéchiel a parlé de ce peuple des fourqayê : ce sont Gog et Magog,
qui sont sortis du temps de Gambyses, roi des Perses, celui que les Hébreux
appellent Nabuchodonosor II, et qui envoya Olopherne, son général, ainsi que
l'expose le livre de Judith en disant' : Et il arriva que, pour accomplir leur
dessein, le roi Nabuchodonosor appela Olopherne et lui dit : Maintenant tu
partiras de devant moi, tu emmèneras 120 mille (fantassins), une multitude de
montures et 12 mille cavaliers ; et monte sur la face de toute la terre d'Occident
(contre) ceux qui ont méprisé la sentence de ma bouche. »
A quelle époque et sous quel roi les Turcs sortirent dans leur première
invasion, cela est démontré par les livres : cette invasion est antérieure de
510 ans ^ à l'apparition, c'est-à-dire à la naissance dans la chair de Notre-
Seigneur ; et depuis cette époque jusqu'à l'époque actuelle de leur seconde
invasion, [S68] il n'est pas écrit qu'ils firent d'autre incursion *.
Il est fait mention d'eux dans le troisième livre de Jean d'Asie, qui dit^ : « En
l'an 7 de Justinus, empereur des Romains, celui-ci envoya des ambassadeurs
au peuple des Turcs. Ceux-ci partirent et revinrent au bout de trois ans : ils
disaient avoir vu les Turcs comme un peuple innombrable, tel que la sauterelle
et le bruchus. Ils avaient neuf rois. Un des rois turcs, en voyant les envoyés
des Romains arriver près de lui, pleura; et quand on lui demanda la cause de sa
tristesse, il dit : « Nous avons appris de nos ancêtres que quand les envoyés des
rois de l'Occident viendraient chez nous, le moment serait arrivé pour nous de
sortir sur toute la terre et de la dévaster. »
Et à la fin du dernier empire des Perses, appelé des Sassanides, il est fait
mention des Turcs'^, là où il est dit que Yezdegerd, dernier roi des Perses,
après avoir été vaincu par les faiyayê, se cacha à Merw, ville des fourqayê, et
fut tué par un Turc, dans un moulina
A l'époque des Arabes, qui régnèrent après les Perses, Dionysius de Tell
Mahrê rappelle, dans son second Livre, dans le chapitre qui concerne Amorium,
que quand Abou Ishaq, roi des faiyayê, monta contre cette ville, il y engagea
dans le combat quatre mille Turcs '.
1. Le sens n'est pas douteux quoique la construction de la phrase soit un peu embarrassée,
— 2. Cf. Judith, il, 3-5. — 3. Sic vers, arméu. (Langlois, p. 286); ras. : « 8 ans »; lire : •' au lieu
de ". — 4. Il est impossible que cet alinéa appartienne encore à la citation de Jacques d'Edesse.
— 5. Cf. Jean d'Asie, 3'^ part., lib. VI, ch. xxiii; ci-dessus, t. Il, p. 315. — 6. Ms. '.< des Perses ».
— 7. Cf. ci-dessus, t. II, p. 430. — 8. Cf. ci-dessus, p. 98.
LIVRE XIV. GHAP. II 151
CHAPITRE II. — Sur les mœurs de ces Turcs.
La région habitée par ces Turcs, qui sont Gog et Magog, se trouve au nord-
est. Et cela, nous l'avons appris non seulement de la parole prophétique, mais
de ce que nous avons entendu et vu, nous et nos pères : ils se sont ébranlés et
sont sortis de là, et ils en sortent continuellement. Cette région s'étend de
l'extrémité de l'Orient, c'est-à-dire de l'endroit où le soleil se lève, jusqu'aux
extrémités du Septentrion, dans le voisinage de la contrée occidentale, dans
l'étendue de sa plus grande longueur; et en largeur jusqu'aux confins septen-
trionaux de la terre habitée. On dit de cette région qu'elle est entourée de mon-
tagnes inaccessibles, [S67] et qu'en deux endroits seulement se trouvent des
sortes de portes par lesquelles sortent ceux qui sont là, et entrent ceux qui s'y
rendent : l'une sur la contrée orientale, au delà de la Perse; et l'autre dans le
nord, à l'intérieur de ITbérie; à celle-ci se trouvent des bâtiments fortifiés :
c'est celle dont on rapporte qu'elle fut construite sur l'ordre d'Alexandre le
Grand, le Macédonien, afin d'empêcher les peuples qui sont là de sortir. Aujour-
d'hui cette porte est au pouvoir des Arabes*. La porte que nous avons dit se
trouver en Orient* est une voie étroite de deux journées de marche ; et à l'extré-
mité de ce défilé on a bâti des forteresses dans lesquelles sont placées des
gardes qui empêchent ce grand peuple de Barbares de sortir.
Dans les temps anciens et primitifs, ces gardes étaient établis par les rois des
peuples qui se trouvaient en Orient: et sous la domination des Arabes, qui
régnèrent après eux, (la porte) est gardée par les Turcs eux-mêmes, qui se sont
ébranlés, sont sortis de là, et habitent dans la Margiane. Les histoires écrites
en divers livres l'attestent. D'abord, celle qui rapporte que Tiberius, empereur
des Romains, envoya des ambassadeurs près du roi des Turcs'. Celui-ci leur
demanda si les Romains étaient sous la domination des Perses. Us lui décla-
rèrent que non, mais qu'au contraire, maintes fois, les Perses furent sous la
servitude des Romains; au point que Trajanus, empereur des Romains, se fit
ériger une statue dans le pays des Perses, et obligea ceux-ci à vénérer sa statue.
Quand le roi des Turcs apprit cela, il chassa les Perses de la Margiane, parce
qu'ils avaient trompé les Turcs. En outre, une autre fois, quand la ville de
Dara fut dévastée par le persan Sapor, il prit parmi les captifs des jeunes filles
qu'il envoya au roi des Turcs : celles-ci se précipitèrent elles-mêmes dans un
fleuve, en cette région de la Margiane*. Par ces faits et par d'autres semblables.
1. Il s'agit du célèbre défilé de Derbend ou Porte de fer. — • 2. La porte de Balkh; cf. Hisi. du
Bas-Emp., t. VI, p. 269, n. 1. — 3. Cf. Jean d'Asie, 3o part., 1. VI, ch. xxni, ci-dessus, t. II,
p. 314. — 4. Jean d'Asie, 3« p. ; 1. VI, ch. tu; ci-dessus, t. II, p. 315.
152 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
il est évident qu'une partie du peuple des Turcs était déjà sortie de cette contrée
intérieure dans laquelle ils habitent, à l'intérieur des montagnes qu'on appelle
les » Mamelles de la terre ». — Et cela suffit au sujet du pays.
Au sujet de leur barbarie et de la sauvagerie de leurs mœurs, on raconte
d'eux que dans leur pays, celui de l'intérieur, [368] ils n'ont aucune règle pour
la distinction de la nourriture, mais ils tuent et mangent tout ce qui rampe sur
la terre : les animaux, les bêtes saiivages, les reptiles, les insectes, les oiseaux;
ils mangent les cadavres morts; ils dévorent les membranes qui sont rejetées
par celles qui enfantent ; ils mangent même la chair des hommes qui sont
morts. Si un étranger se trouve parmi eux sans avoir un des leurs pour
guide, ils le transpercent, comme à la chasse, et le mangent. Ces choses et des
choses semblables sont racontées d'eux par les Ibères qui sont dans le voisi-
nage et gardent la porte.
Ils ont des qualités. Ils sont intègres et sincères relativement à la fraude. Ils
sont prudents et habiles dans l'organisation de leur vie. Ils se gardent de l'adul-
tère, et la fornication est rare chez eux : car ils n'ont pas de loi qui interdise les
secondes ou les troisièmes noces, ni la polygamie. Ils n'ont point de connais-
sances intellectuelles, ni aucune science doctrinale ; ils n'ont aucune notion
soit de Moïse, soit de l'un des prophètes, ni de la venue libératrice du Christ
notre vivificateur et notre Dieu. Il est donc à croire qu'aucun des Apôtres
ou des Disciples n^a pénétré chez eux. En outre, ils ignorent la fabrication
des vêtements de lin ou de byssus, mais leurs habits et leurs tentes sont de
laine de moutons et de poil de chèvres. Leur expérience consiste surtout à
savoir dompter les bétes et les animaux : et quoiqu'une multitude de chevaux,
de bœufs, de moutons remplisse leur camp, ils s'avancent et s'arrêtent sans
tumulte. Ils sont merveilleux dans cette propriété de dompter les bêtes et les
animaux, lis gardent le silence, et n'aiment point les longs discours. Ils con-
fessent un seul Dieu du ciel, sans le connaître, car ils considèrent comme Dieu
le firmament visible; et ils ne connaissent ni ne peuvent apprendre quelque
chose de plus.
CHAPITRE III, qui expose comment ils commencèrent à émigrer de la
région intérieure où ils habitaient^.
Ainsi, la région des Turcs est à l'intérieur^ des montagnes appelées les « Ma-
melles de la terre », et ils n'en peuvent sortir que par ces deux portes. Quand
les rois de l'extérieur avaient besoin d'eux, ils laissaient sortir autant d'hommes
1. La version arabe fait de ce chapitre le quatrième. — 2. C'est-à-dire « au-delà ».
LIVRE XIV. CHAP. III 153
qu'ils en voulaient avoir avec eux à la guerre contre leurs ennemis, puis ils les
renvoyaient dans leur pays. C'est pourquoi les rois Persans, [S69] Mèdes et
Assyriens, tous ceux qui régnèrent dans cette contrée, louèrent, engagèrent et
firent maintes fois sortir des Turcs, qui montèrent, se répandirent et s'empa-
rèrent de la région. En rentrant dans leur pays, ils firent connaître l'excellence
de la contrée, et en rapportèrent même diverses espèces de fruits et des vête-
ments précieux : en les voyant, le peuple se prépara à émigrer et à aller
habiter là où se trouvaient de semblables choses. Ils délibérèrent et tinrent
conseil mutuellement. Une fois, les Perses les ayant appelés, ils sortirent,
accomplirent ce pourquoi ils étaient sortis et reçurent l'ordre de rentrer dans
leur pays. Ils revinrent jusqu'à l'endroit où étaient les forteresses et la garnison.
Alors, ils tuèrent les Persans qui les escortaient, assiégèrent les forteresses, de
peur que les gardes n'en sortissent et allassent informer le roi des Perses, et
ils envoyèrent (un message) à leurs compagnons demeurés à l'intérieur; selon
le complot préparé d'tfvance, ceux-ci s'ébranlèrent et sortirent; ils attaquèrent
les forteresses, comme ils avaient appris à faire des Perses eux-mêmes, et ils se
rendirent ainsi maîtres de cette porte.
De là, ils montèrent et s'emparèrent de la région jusqu'à la Margiane, dont
ils firent le siège de leur empire. Là, étaient ces neuf rois Turcs vers lesquels
se rendirent les ambassadeurs des Romains, du temps de l'empereur Justinus'.
Ils sont en dehors de leur habitation primitive, et ceux mêmes qui sont sortis
gardent l'issue et empêchent les autres de sortir, sinon quand il leur plaît. Et
quant à leur invasion et à l'établissement de leur empire dans la Margiane,
ceci suffit.
On trouve que leur invasion dans la contrée de la Margiane eut lieu à la fin
du dernier empire des Perses, cent ans avant l'invasion des Arabes, c'est-à-dire
environ six cents ans avant l'époque actuelle. On rapporte d'eux que, tandis
qu'ils s'avançaient et venaient d'Orient en Occident, ils voyaient une sorte
d'animal semblable à un chien, qui marchait devant eux : et ils ne savaient pas
ce qu'il était, ni d'où il venait; ils ne pouvaient pas l'approcher; mais, au
moment où il convenait de partir, il les appelait dans leur langue et disait :
« Levez-vous » ; ils se levaient et marchaient à sa suite, là où il allait; et tant
qu'il allait, ils le suivaient ; lorsqu'il se dirigeait vers une région, ils s'y
dirigeaient à sa suite, et quand il s'arrêtait ils dressaient le camp; (il en fut ainsi)
jusqu'à ce qu'ils arrivassent dans les pays où ils régnèrent : comme ce guide
ne se montra plus à eux, ils ne s'en allèrent pas de là \
1. Cf. page 150, n. 5. — 2. Barhébréus [Chr. sjr., éd. Bedjan, p. 219) critique ce récit de Michel,
« que je n'ai trouvé, dit-il, chez aucun autre auteur ».
m. 20
154 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
CHAPITRE [IV] '. — De la dernière invasion des Turcs, par laquelle ils régnèrent
sur la Perse, l'Assyrie, la Mésopotamie, l'Arménie, la Palestine, la Cilicie,
jusqu'à ce jour; et même sur l'Egypte.
Telle avait été la première invasion des Turcs, comme l'avait prophétisé
Ezéchiel; telle aussi fut la seconde, celle en vue de laquelle, sans doute, le
prophète a répété son discours à leur égard. Donc, celui qui lit doit comprendre
que de même que leur première invasion eut lieu par l'ordre de Dieu, et c'est
pourquoi l'Esprit divin avait d'avance inspiré au prophète de prophétiser sur
eux, de même leur seconde invasion eut lieu par l'ordre du Seigneur. Et,
d'après la conviction que je me suis faite, elle eut lieu ainsi. Quand les Arabes
régnèrent, ils firent disparaître entièrement les persans païens; ils détruisirent
pareillement les Grecs qui persécutaient les chrétiens, et leur empire brilla
tant que des rois justes et qui ne persécutaient pas lés fidèles y régnaient-
Après qu'ils eurent occupé l'empire pendant des années (le Seigneur) éloigna
d'eux [S69] son secours. Les Grecs prévalurent de nouveau sur la Syrie, la Pales-
tine, l'Arménie et la Gappadoce ; et aussitôt qu'ils régnèrent, ils renouvelèrent
promptement leurs mauvaises habitudes, et se mirent à persécuter tyrannique-
ment les fidèles dans ces contrées. Alors, Dieu fut justement irrité contre eux,
et pour cela, il excita et fit sortir les Turcs dans cette seconde invasion qui
se produisit de la sorte :
Gomme les Arabes, c'est-à-direlesfaiyayê, s'affaiblissaient et comme les Grecs
s'emparaient de nombreux pays, les 'Taiyayê eurent besoin d'amener les Turcs
à leur aide. Ils marchaient avec les Arabes comme des sujets et non comme des
maîtres. Mais, comme partout où ils allaient ils se conduisaient bravement et
remportaient la victoire, ils s'habituèrent peu à peu à triompher. Ils chargeaient
et emportaient dans leur pays les richesses de la contrée et les montraient
aux autres, en les excitant à partir avec eux et à aller habiter une contrée
excellente, remplie de tels biens.
Au moment où ils songeaient à envahir la contrée où se trouvent ces peuples,
en divers lieux, et principalement à Edesse, on vit des hommes et des
femmes qui paraissaient insensés, qui se lamentaient, criaient dans les rues de
la ville et disaient : « Voici qu'un peuple nouveau et barbare s'ébranle et vient
sur vous de la contrée orientale; ils ont des visages d'hommes et des cœurs
de chiens! O chrétiens ! faites attention ». On se moquait d'eux; et même les
chefs usaient des tourments et des supplices pour les faire taire : mais ils ne se
taisaient pas. L'issue des événements leur donna raison.
J. Chapitre m dans la version arabe.
LIVRE XIV. GHAP. IV 155
Quand le peuple des Turcs s'ébranla et sortit, il couvrit la terre. Les premiers
Turcs (sortis autrefois) furent opprimés par eux, parce que la terre ne suffisait
pas à les porter tous, et ceux-ci repoussèrent ceux-là vers l'Occident. Dès
qu'ils se mirent à avancer, celui qui avait conduit les premiers, et qui était
semblable à un chien, leur apparut. Il marchait devant eux, mais ils ne pouvaient
l'approcher. Quand il voulait partir, il élevait la voix et disait : « Gous' », c'est-à-
dire : « Levez-vous » ; et ils se levaient [370] et marchaient à sa suite jusqu'à
ce qu'il s'arrêtât, et alors ils campaient. Après les avoir longtemps conduits, il
disparut et nous n'avons plus rien lu ou entendu dire (à son sujet) ; et nous-
même nous ne définirons pas autre chose sinon qu'il est l'indice de celui qui
dirige et conduit chaque nation, par les choses qui lui sont familières, vers ce
qui est utile. De même [qu'il conduisit]^ les Hébreux par les sacrifices de mou-
tons et de vaches, et les Mages par l'étoile, ainsi (conduisit-il) ceux-ci par
l'image d'animaux qui leur étaient familiers. Nous n'avons pas à affirmer autre
chose que ce qui a eu lieu.
Quand leur conducteur eut disparu, voyant qu'ils étaient arrivés au milieu
des rois, e^ que la contrée n'était pas suffisante pour leur habitation, ils se
divisèrent en trois parties, pour que chaque partie s'en aille dans une
contrée : au sud, au nord et au milieu. Ils prirent trois baguettes, les
marquèrent, et les jetèrent en l'air, c'est-à-dire là' oii ils croient que Dieu se
trouve, et quand elles retombèrent à terre, ceux dont la baguette était vers le
sud s'en allèrent dans les contrées supérieures de l'Inde. Or, auparavant tous
avaient promis que chaque camp, dans la contrée où le sort le conduirait,
adorerait le Dieu adoré par les , habitants de cette contrée, et qu'ils adop-
teraient la religion qu'ils trouveraient chez les gens de ce pays. C'est
pourquoi ceux qui allèrent dans le sud ayant trouvé là des chrétiens et des
païens, se joignirent à eux, et, jusqu'à ce jour, les uns sont chrétiens et les
autres païens, adorateurs des idoles. Ceux auxquels le sort assigna la contrée
septentrionale sont sur la frontière de l'empire des Grecs, au nord de ceux-ci,
et s'appellent Qoumanayê*, d'après le nom de cette contrée. [371] Ils se sont
donc joints au peuple des chrétiens qu'ils trouvèrent dans ce pays, quoique
leurs mœurs soient corrompues. Ceux qui obtinrent la contrée occidentale,
au milieu de la terre habitée, firent route par l'empire des Arabes, se mêlèrent
[avec ceux-ci]", acceptèrent et adoptèrent leur religion. C'est de ceux-ci qu'il
est question.
1. \^^\ impér, de i^^^S, pour ilJ.»»-«S'« lever le camp ». — 2. Lacune d'un mot dans le ms.;
P> (vers. ar.). — 3. li»ll (vers. ar. o»-*»^.). Ou peut lire : Ij-»|J, et traduire : « vers ce qu'ils croient
être Dieu « ; cf. p. 156, 1. 12, — 4. Les Comans, fixéï à la fin du ix= siècle entre l'Oural et le
Volga, se répandirent au xi" siècle entre le Volga, le Dnieper, et le Tanaïs, et passèrent en Hongrie
au xin" siècle. — 5. Lacune d'un mot dans le ms.; suppl. ,çcyw3.
156 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Il convient donc de louer la volonté divine qui dirige tout, en tout temps et
de toute manière, et de dire avec le prophète : « Le Seigneur fait tout ce
qu'il veut, au ciel et sur la terre, et dans tous les abîmes'. Vraiment, notre
Seigneur est grand, et sa force est puissante ^ Lui seul gouverne l'empire des
hommes : il donne la victoire à qui il veut, et il établit sur cet empire Je plus
humble des hommes, ainsi qu'il est écrit dans le divin prophète' ». — Fin.
[370] CHAPITRE [V], qui traite de V union dans la religion du peuple des Turcs
avec les Arabes.
Pour trois motifs les Turcs s'unirent facilement aux Arabes et acceptèrent la
religion que ceux-ci professaient. Premièrement, parce que, comme nous
l'avons dit plus haut, les Turcs ont toujours proclamé un dieu unique, même
dans la région intérieure qu'ils habitaient; quoiqu'ils considérassent le firma-
ment visible comme la divinité. De sorte qu'encore aujourd'hui, si l'on interroge
un de ceux qui sont parmi eux sans expérience, il répond et dit : qan'' tangrl;
or, qan., dans leur langue, signifie v bleu de ciel », et tangri, « dieu » ; ils
croient que le ciel est le dieu unique ; et quand ils apprirent que les Arabes
proclamaient un seul Dieu, ils adoptèrent leur religion.
La seconde raison est (celle-ci) : Quand les premiers Turcs envahirent la
région de la Margiane et s'y établirent, ils sortirent du temps des Perses; mais
bientôt après parut Mahomet qui fut accepté par les Arabes, et ensuite par les
Perses; car l'empire des faiyayê prévalut; il mit fin à l'empire des Perses et
à tous les empires de l'Orient, et subsista seul. Or, les Turcs qui étaient
sortis dans la région'' de la Margiane se joignirent à l'empire des Arabes, de
même que le peuple des Perses et la race des Kourdayê ; et quand les Turcs
postérjeurs, ceux qui émigrèrent plus tard, rencontrèrent leurs congénères,
qui parlaient leur langue, ils adoptèrent eux aussi la croyance que les autres
professaient, selon leurs indications.
La troisième raison de l'union des Turcs et des Arabes fut la suivante :
Comme les Arabes prenaient les Turcs avec eux, comme mercenaires, dans la
guerre contre les Grecs, ces Turcs pénétraient dans des contrées florissantes et
vivaient de pillage ; ils entendaient dire par les Arabes et acceptaient la parole
de Mahomet, qui avait déclaré qu'une région bonne et fertile serait donnée
1. Ps. cxxxiv, 6. — 2. Ps. cxLvi, 5. — 3. Dan., iv, 5.
4. Au lieu de ,c (qui se trouve aussi dans la vers, ar.), il faut lire yc, lurc tlS' gôk, mot qui
signifie, en turc et en mongol, « couleur bleu de ciel ». C'est ainsi d'ailleurs qu'a lu le traducteur
arménien (Cf. Hist. arm. des Croisades, I, 312, n. 4). — 5. Lire ; U.iH oow ^o»3)>.
LIVRE XIV. CHAP. V 157
à ceux qui renonceraient au culte des idoles et des autres créatures, pour
professer sa croyance, et qu'ils y régneraient. Et, poussés par ce désir, ils ac-
ceptèrent (leur confession) ; ils acceptèrent de se faire circoncire et d'observer
les usages de la loi ancienne, et l'ablution des membres excrétoires avant la
prière.
Ces trois circonstances furent la cause pour laquelle les Turcs acceptèrent'
Mahomet, s'unirent aux Arabes et formèrent^ pour ainsi dire, un seul peuple.
Et les faiyayê acceptèrent que celui d'entre les Turcs qui viendrait à régner
fût appelé et proclamé « Roi des musulmans », à cette seule condition que leur
chef religieux, surnommé « khalife », l'établît lui-même comme roi. Pour ces
motifs et des motifs semblables, les Turcs et les Arabes s'unirent par la religion.
Quand ils envahirent les régions de la Perse et commencèrent à occuper^
des villes, ils voulurent se constituer un roi. Les chefs des tribus se rassem-
blèrentj [S71] un homme par tribu, environ 70 hommes des 70 tribus les plus
importantes et les plus honorables parmi eux. Ils se placèrent en cercle,
chacun avec sa baguette à la main ; ils tracèrent sur la terre une figure circu-
laire, c'est-à-dire ronde, et convinrent tous fermement que celui dont la
baguelte tomberait au centre de la figure régnerait. Chacun d'eux jeta sa
baguette aussi haut qu'il put, et toutes retombèrent hors du cercle : une seule
tomba au milieu et se planta, droite, debout en terre; c'était celle d'un homme
d'une tribu infime, et ce fut lui qui régna.
Et toutes ces choses n'arrivèrent pas sans la providence toute puissante, qui
dispose en tous temps ce qui est requis. Et, en effet, qu'ils se soient réunis
pour jeter les sorts, et qu'ils se soient soumis à l'autorité d'un seul, cela arriva
par le doigt de Dieu : à qui seul convient la gloire, depuis les siècles des siècles
et pour les siècles des siècles. Amen ! — Fin.
1. Lire : û^=£i. — 2. i-i>c^.
LIVRE XV
Nous COMMENÇONS LE LiVRE QUINZIÈME A L ANNEE 1361 DES GrECS, QUI EST l'ANNÉE
1031 DE Notre-Seigneur', et l'année 430^ de l'empire des 'Taiyayê, en laquelle
commença cet empire des turcs qui gouverne aujourd'hui ; cette annee est
l'an 6530 depgis Adam, c'est-a-dire depuis le commencement du monde. En
cette année commença a régner sur les romains gonstantlnus monomachus,
ET LES Arabes avaient (pour roi) Abou 'l-'Abbas Qadir; et le premier roi
DES Turcs, Togril-bek, régna dans le Khorasan. La même année, fut établi
DANS NOTRE ÉgLISE LE PATRIARCHE MaR JeaN, FILS DU FRÈRE DU BIENHEUREUX
Mar Jean bar 'Abdoun.
[CHAPITRE PREMIER]
En l'an 1361, ConstantinusMonomachus commença à régner sur les Romains *
pendant douze ans. Il était magnanime et très libéral. Il était podagre.
A cette époque Abou l-'Abbas Qadir gouvernait l'empire des Arabes\
[S72] A cette même époque commença l'empire des Turcs, dans les régions
de la Perse. En effet, un sultan surnommé Togril-bek occupa le trône de la
royauté dans le Khorasan, en l'an 430 de l'empire des Arabes. Il envoya des
troupes qui parvinrent dans les régions des Arméniens, qui étaient sous la
domination des Romains. Elles se mirent à faire des captifs, à piller, à incen-
dier d'une façon barbare. Plusieurs fois ils firent des captifs et les emmenèrent
sans que personne allât à leur rencontre.
Ils parvinrent jusqu'à la ville forte de Mélitène, au nombre de trois mille,
pendant l'hiver de l'année 1369; et comme elle n'avait pas de mur, parce que
Gyriacus l'avait détruit' lorsqu'il l'avait enlevée aux faiyayê, les habitants se
mirent à fuir dans la montagne, où le froid et la faim les firent périr. Le premier
jour, les Turcs commencèrent par massacrer sans pitié ; de telle sorte que plu-
sieurs se cachèrent sous les cadavres des (gens) tués. Les Turcs établirent leur
camp en dehors de la ville, sur le flanc d'une colline ; aucun d'eux ne passait
la nuitendehors du camp, et toute la nuit les cierges' de l'église étaient allumés.
1. Cette concordance erronée est basée sur les canons chronologiques. Voir la restitution à la
fin de ce volume. — 2. Commence le 3 oct. 1038. — 3, Litt. : « de celui qui est parmi les saints «,
— k. Constantin IX, Monomaijue, régna du 12 juin 1042 au 30 nov. 1054. — 5. Cf. ci-dessus, p. 133,
n. 12. — 6. Cf. ci-dessus, p. 123. — 7. xrjpcov.
LIVRE XV. CHAP. I 159
Le second jour, ils se mirent à torturer les hommes pour qu'ils leur montrassent
les choses cachées; et plusieurs moururent dans les supplices; par exemple, le
diacre Petrus, écrivain et maître d'école. Il fut pris pendant qu'il écrivait un vo-
lume ; [373] il venait d'écrire : « La tète ' de Jean ressemble à une grappe cueillie
par Hérodiade »; les Turcs s'étaient emparés de lui et, voyant chez lui de magni-
fiques volumes, pensèrent qu'il était le chef de tous les chrétiens. Gomme ils le
pressaient de fouler aux pieds la croix, et comme il n'y consentit pas, ils l'acca-
blèrent de coups et le jetèrent dans le feu. Quand le feu eut attaqué sa chevelure
ils l'en retirèrent, ils firent fondre de la cire' qu'ils versèrent sur sa tête, et ils
placèrent des charbons ardents dans un bassin* sur son dos. Gomme il était
sur le point d'expirer, il vit le feu qui gagnait ses pieds et s'écria : « Vous êtes
bienheureux, parce que vous avez été purifiés ! » Et il rendit l'âme. Que sa
mémoire soit en bénédiction !
Les Turcs restèrent à Mélitène dix jours *, dévastant et pillant. Ensuite, ils
incendièrent la malheureuse ville, dévastèrent les environs à une journée de
marche et incendièrent tout le pays. Dans ce pillage, le couvent de Bar Gâgai
fut pris et dévasté. Après avoir enlevé la population, ils s'en allèrent; ils s'écar-
tèrent de la route et tombèrent dans des montagnes difficiles' et sur des fleuves.
Tandis qu'ils campaient dans une vallée, dans le voisinage de la montagne des
Sînîsayé ", il survint une neige abondante qui empêcha leur marche. Les Sînîsayê
s'en étant aperçus, descendirent sur eux, occupèrent devant eux les routes et les
chemins, de tous les côtés, et ils périrent là de faim et de froid ; ceux qui survé-
curent furent tués par les Sînîsayê, et absolument aucun d'eux n'échappa\ Le
peuple des captifs de Mélitène, tous ceux qui avaient échappé à la mort aidèrent
au massacre, [S74] et ceux qui étaient cachés dans les montagnes y prirent
part pareillement. Le moine ' Joseph, qui était parmi ceux qui avaient été faits
captifs et qui s'en revint, écrivit trois livres " sur cette affaire. Bar-Sousan, qui
est Mar Jean '", écrivit quatre livres sur la dévastation de Mélitène : deux sur le
mètre de Mar Éphrem, et deux sur celui de Mar Balai. Quand l'empereur et les
Sénateurs apprirent ce qui était arrivé à la ville fidèle, ils furent grandement
affligés.
Mais la même année mourut l'empereur Monomachus, et sa fille" Theodora
fut gouvernante pendant un an ".
1. ov*.i l«i. — 2. xTipôt. — 3. ).exâvri. — 4. BH : 20 jours. — 5. Lire : looài.. — 6. BH : U.-mii5o ;
Sanasoun est le nom auciea du district d'Arménie appelé aujourd'hui Sassoun (cf. Ma.rquart, Êrâns-
hâr, p. 161). Cf. ci-dessus, t. II, p. 492, n. 6. — 7. Cf. Hist. du Bas-Emp., I,XXIX § xxxii. —
8. \'U'f (BH). — 9. Traités ou Discours. — 10. Cf. ci-dessous, p. 170. — 11. Lire: « tille de Con-
stantin VIII «. — 12. Du 30 nov. 1055 au 22 août 1056.
160
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Ensuite régna le vieillard Michel', un an. Celui-ci était très droit. Les objets
d'orfèvrerie^ qu'il faisait de ses mains, en cachette, sont très estimés; mais, par
la grandeur de sa négligence', les Turcs devinrent plus puissants dans l'empire
des Romains.
L'empereur, voyant que les Turcs montaient et étaient arrivés jusqu^à la mer
du Pont en faisant des captifs, pillant, incendiant, envoya, par pitié pour le peu-
ple des chrétiens, des chevaux et des chariots, et après qu'ils eurent chargé
leur mobilier, il les fit passer au delà ' de la mer. (Les Turcs) pillèrent les
villes et les villages de toute la région du Pont. Gomme ils étaient vides
d'habitants, cela profita aux Turcs qui y trouvèrent un lieu pour habiter. Et
tandis que tout le monde blâme l'empereur, nous disons, nous, que cela ne
vint pas de lui, mais d'en haut. — Fin [du récit) sur les rois.
En l'an 1356, par la permission de
Dieu, Ezangai^, ville d'Arménie, fut sub.
mergée. Il s'y trouvait quelques fidèles
appelés Benô Gyriacus, un syrien d'o-
rigine et orthodoxe : alors que toute la
ville fut couverte par les eaux, la maison
de ces [S72] fidèles resta seule debout et
sauve, entourée par un lac d'eau. Or, ils
étaient miséricordieux" et bienfaisants,
et c'est pourquoi, pour la gloire de Dieu
tout puissant, et pour renoouragemenl
et la corroboration de tous les fidèles,
un tel prodige fut accompli par la puis-
sance divine.
Et la même année, il y eut aussi un
grand et terrible tremblement de terre,
le vendredi de la semaine des Nini-
vites ; et beaucoup d'endroits furent
renversés.
Encore à celte époque, il se passa à
Quand le patriarche Mar Dionysius
mourut, l'Eglise resta veuve. Quelques-
uns des évoques osèrent passer d'un
siège à un autre, au mépris des canons.
Alors, les autres évoques furent pris de
zèle; lis se réunirent au mois de 'ab
(tioût) de l'an 1360', et firent l'élection.
On fit [S72] mention de Theodorus,
moine du monastère de Bar Gâgai, dans
la région de Mélitène, qui était le ne-
veu* de ce bienheureux Mar Jean bar
'Abdoun, qui termina sa vie en exil
dans un vrai martyre. Tous les évêques
et tous les enfants de l'Eglise le vou-
laient, mais lui n'y consentit point ; il
s'enfuit* et s'en alla dans le pays de
Doliche. Les évAques se rendirent là.
Quand il en eut connaissance, il partit à
pied et se cacha dans les champs.
Comme ils circulaient pour le trouver.
1. Michel VI, Stratiotique ; août 1056-juin 1057. — 2. IjoU « cochlear, patera ». — 3. Ucu.»©»».
- 4. Par rapport à l'auteur qui écrit en Syrie.
5. BIï : v,l.^i»l. Cf. Chron. de Mathieu d'Édesse, trad. Dulaurier, p. 79. — 6, Visa-ïjo.
7. Cf. ci-dessus, p. 139, a. 1. ~ 8. Fils du frère. — 9. >D-r-^.
LIVRE XV. CHAP. I
161
Antioche un triste événement*. En effet,
la congrégation des fidèles^ de notre
Église orthodoxe, par l'opération diabo-
lique et par les passions humaines, fut
divisée par une discorde intestine. Quel-
ques-uns d'entre eux, enflammés d'une
acerbe colère, allèrent trouver le pa-
triarche chalcédonien de l'endroit, et,
par irritation, se firent hérétiques. Cette
affaire fournit une occasion opportune à
ceux qui avaient soif de sang, et qui s'é-
taient emparés de l'église nouvellement
bâtie en cet endroit par les Orthodoxes.
Alors, plusieurs se relâchèrent, passè-
rent chez les Grecs, et acceptèrent la
doctrine de Chalcédoine, parce que la
persécution fut renouvelée, et parce que ,
de toute manière et par tous moyens, ce
patriarche persécutait quiconque n'ac-
ceptait pas le synode de Chalcédoine.
Pendantlongtemps, les fidèles de notre
confession furent empêchés d'habiter » à
Antioche. Mais le Seigneur, qui punit
toujours ceux qui commettent l'injustice,
frappa de la foudre la grande église de
Cassianus et fit brûler le patriarche per-
sécuteur, tandis qu'il consacrait, [373] et
tout le peuple avec toute l'église, un di-
manche, à la3° heure *. Il y eut une grande
stupeur ; la crainte et la terreur s'emparè-
rent de tout le monde, au point que les
persécuteurs eux-mêmes, par frayeur,
confessaient qu'ilsavaient reçu la récom-
pense du vol qu'ils avaient commis illé-
galement; et, comme ils furent réprimés
et empêchés de continuer la persécution,
les Orthodoxes qui restaient rentrèrent
ils s'arrêtèrent au bord d'un cours d'eau
et laissèrent les montures paître Iherbe.
Un des ânes s'en alla, en paissant, jus-
qu'à l'endroit où le bienheureux était
caché, et s'y arrêta. Bien qu'il le frap-
pât avec une pierre, il ne s'éloigna pas,
mais il se mit à braire. En entendant son
cri, les évêques se réjouirent, parce
que cet âne était perdu pour eux. Quand
le bienheureux vit qu'ils venaient cher-
cher l'âne, il descendit au milieu de
l'eau du fleuve pour se cacher dans les
herbes, mais l'âne descendit dans l'eau
à sa suite. Quand, venus pour chercher
l'âne, ils trouvèrent le bienheureux, ils
se réjouirent d'une grande joie. Les
évêques le prirent de force et l'ordon-
nèrent à Pharzamanê, (savoir) : Elias de
Zeugma, chef du synode, qui lui imposa
les mains, avec Athanasius de Karséna,
Cyrillus de Cyrrhus, Basilius de Har-
ran, Abraham de Samosate, Basilius de
Hadeth, Athanasius d'Édesse, Philoxe-
nus de Dolichê, Athanasius de Laqabîn,
[S73] Iwannis d'Anazarbus, et Jean de
Kaisoum.
Quand il fut établi pasteur de l'Eglise,
il corrigea les évêques qui s'étaient
montrés audacieux, et il déposa totale-
ment de l'épiscopat ceux dont l'audace
était le plus manifeste.
11 ordonna pour Jérusalem Zacharias,
et après lui Thomas.
il divisa le diocèse de Samosate en
deux : il ordonna Basilius pour Hesn
Mançour, et Dioscorus pour Samosate.
Il fut appelé Jean ^ du nom de son
1. Cf. Ma.tth. d'Édesse, trad., p. 96. — 2. Je lis : U»-«ov>o'.
Antioche; je préfère lire ; yO'ff^. — 4. Lire : >.^i V't».
5. Jean IX.
m
— 3. Ms. : >,oû^.j» « de considérer »
21
162
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
dans leurs demeures. Comme ils n'a-
vaient ni prêtre, ni église, dans la ville :
aux fêtes, ils sortaient en dehors dans les
villages où ils trouvaient des prêtres or-
thodoxes, pour participer aux divins
mystères.
' A cette époque, des voleurs arméniens
entrèrent dans le couvent de Mar Bar
Çauma. — En l'an 1377, quelques hom-
mes de la race des Arméniens, qui étaient
appelés Benê Bazrîg', se manifestèrent
comme des brigands et se révoltèrent
contre les empereurs, à l'occasion de
l'invasion des Turcs, Environ 300
hommes se joignirent à eux, tous scé-
lérats, loups ravisseurs, et verseurs de
sang, qui se targuaient du nom de chré-
tiens. Ils firent des choses lamentables
en beaucoup d'endroits, et à la fin ils se
rassemblèrent dans la région de Méli-
tène. En se postant dans les montagnes,
ils dévastèrent le pays de Claudia et de
Goubbos. Ils pillèrent le monastère de
Màdiq et de Mar Asya, celui de Beit
Sahdê, celui de Marcus, et l'admirable*
(monastère) de Sergisyeh; ils répandaient
à terre les saints mystères et le chrême
divin ; ils brisaient à coups de bâton les
ossements des saints martyrs Sergius et
Bacchus et les autres reliques des saints,
quise trouvaient dans les monastères ou
dans les églises, et les jetaient à terre,
et ils s'emparaient des châsses; [574]
comme on les blâmait, ils s'excusaient
oncle. Il ordonna 30 évêques, en secret.
Il habitait continuellement dans la ville
d'Amid ou dans ses environs. Il exerça
le patriarcat quatorze ans et dix mois,
et mourut à Amid même, le samedi
24 de 'iyar (mai)'. Son corps fut ense-
veli dans l'église de la Mère de Dieu.
Le patriarche du siège d'Alexandrie
et d'Egypte était, à cette époque, Chris-
todoulos*.
Après la mort du patriarche Mar
Jean, neveu de Mar Jean bar 'Abdoun,
il y eut un schisme dans notre Église.
En efTet, Haiyê, qui est aussi appelé
Athanasius, évêque d'Arsamosate, aban-
donna son diocèse et chercha le repos
dans le couvent de Ségara de Mar Aha-
ron. Quand le patriarche Mar Jean fut
mort, à Amid, les évêques de la région
occidentale s'assemblèrent, et élirent
Athanasius", qui est Haiyè, et ils l'éta-
blirent patriarche. Mais les Orientaux
en furent scandalisés sous prétexte
« qu'il était déjà évêque », mais en réa-
lité parce qu'il avait été institué sans
leur consentement. A cause de cela,
quelques-uns d'entre eux, en petit
nombre, transportés de zèle prirent de
force Josué [374] le scribe, homme di-
sert, qui était le syncelle de Mar Jean et
son élève, et ils l'ordonnèrent, à Amid.
Mais les évêques qui étaient partisans
d'Athanasius Haiyê étaient plus nom-
breux; ils se mirent d'accord pour faire
1. De même dans la vers. ar. ; Barhëbr, {fihr. syr., p. 243) : >.;^»P « Benê Kazarîg ». — 2. Ua- j
la lecture est garantie par la vers. ar. qui a traduit par « blanc » : ^^'i\ i»«*. •«. jj: je prends
le mot syriaque dans le sens de « modèle, exemple ».
3. En 1368 (1057); cf. p. 139, n. 1. —4. Cf. Renaudot, Hist. pair. Alexandr., p. 418. — h. Atha-
nase VI.
LIVRE XV. CHAP. I
163
en prétextant l'ignorance. Ils étaient
menteurs, et païens de sentiments.
On évalue ce qu'ils emportèrent du
village de Singis à ilOO dinars, sans
compter les bœufs et les ânes, et de Mâ-
dîq à 500 (dinars). Ensuite, les chefs de
Mélitène convinrent de leur donner une
certaine portion du pays de Goubbos et
de Claudia, et ils leur obtinrent un di-
plôme de l'empereur qui leur concédait
quatre villages de la région, afin d'être
en paix avec eux. Alors ils devinrent plus
audacieux. Pendant quelque temps, ils
montraient des visages hypocrites aux
chefs et pillaient les malheureux.
Puis Satan fit en sorte qu'ils médi-
tèrent une pensée mauvaise contre le
couvent de Mar Bar Çauma, c'est-à-dire
d'y venir, de s'en emparer, soit par
astuce soit par le combat, de tuer les
moines, d'y habiter et de s'y révolter, en
dévastant et dévorant les villages et les
villes. Et, tandis que cette pensée diabo-
lique occupait l'esprit de ces brigands
arméniens, tout à coup on entendit la
voix des Turcs qui avaient envahi la con-
trée de Mélitène. Les gens de Claudia
s'enfuirent dans la montagne de Mar
Bar Çauma, et ces brigands vinrent aussi
avec eux. Or, d'abord dix d'entre eux
entrèrent comme pour prier. Quelques-
uns des moines soupçonnèrentleur ruse,
et des gardiens furent disposés dans le
couvent, des hommes robustes de Tell
Toura : ils se conduisirent énergique-
ment, mirent la main sur eux, tuèrent
une partie d'entre eux par le glaive et
l'ordination; ceux-ci disaient que son
nom était vraiment sorti par le sort et
que la primauté lui appartenait. Ils lui
conférèrent illégitimement une seconde
ordination. Cette ordination eut lieu
dans le pays de Hesn Mançour, dans le
couvent de Pharîs. Mar Basilius de Har-
ran lui imposa les mains'.
Josué, quiestBar Ôousan, fit un écrit
contre Haiyê, et l'attaqua surtout à rai-
son de sa seconde ordination, à cause
de laquelle tous les enfants de l'Église
furent scandalisés, parce qu'elle était
irrégulière.
De leur côté, Haiyê et ses partisans
répandaient le mépris et les injures
sur Bar Sousan, parce qu'il avait con-
senti à être ordonné postérieurement à
l'ordination de Haiyê. Bar Sousan rem-
plit l'Église de discours outrageants et
et de lettres'. Haiyê et ses partisans
furent poussés à porter devant les rois
les affaires de l'Église. Bar Sousan, en
voyant cela, prit la résolution de renon-
cer à la charge pastorale ; il demeura
dans la solitude, appliqué à écrire.
Haiyê fut confirmé et exerça le pa-
triarcat 5 ans et demi. Il avait ordonné
20 évêques'.
Ses partisans disaient et cherchaient
à persuader dans leurs discours que
celui qui a été ordonné le premier,
dont l'élection est attestée, [378] et qui
est recommandé par l'excellence de ses
œuvres, devait être maintenu. C'est
pourquoi Bar Sousan se retira comme
nous l'avons dit.
1. En 1369 (1058) selon Barhébr. ; mais Michel et l'App. ne donnent aucune date. — 2. Barhébr.
{Chr. eccl., I, 438) rapporte quelques passages des discussions qui s'élevèrent à cette occasion. —
3, Leçon garantie par Barhébréus. L'Appendice n'en nomme que dix- sept.
164 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
précipitèrent les autres sur le rocher. Ignatius^ du couvent même de Ségara
Et cela arriva sans que [375] ni le supé- de Mar Aharon, fut institué métropoli-
rieur ni la plupart des frères en eussent tain de Mélitène. Il était le neveu" du
connaissance; mais seulement Iwannis, patriarche, qui mit de l'empressement
moineprocureuFj et ces gardiens laïques. à l'ordonner; car le métropolitain de
Quand les compagnons (des brigands)» Mélitène, Jean, mourut le vendredi de
qui étaient en bas, découvrirent la chose la crucifixion, le 3 de nisan (avr.) de
et apprirent que tous ceux qui étaient l'an- 1[3]74^, et le jeudi 25 du même
montés étaient morts, ils prirent la fuite mois' celui-ci fut ordonné dans le cou-
et s'en allèrent. Alors le catépan de vent même de Ségara. Le patriarche
Mélitène, qui est Krinotès*, envoya lui-même vint à Mélitène et l'amena
prendre leurs armes. Ces choses arrivé- avec lui : il procéda à son intronisation
rent le 9dumoisde 'ab (août) de l'an 1377. avec Basilius de Tarse, Iwannis dellesna
Et le 20 du mois de tesrîn i (oct.) de et Iwannis de Callisura.
l'an 1378, comme les moines revenaient,
avec les serfs, de Mélitène, ils furent as-
saillis par ces brigands qui étaient restés dans la montagne de Claudia, dans le lieu
appelé Hazourîn. Ils se lancèrent mutuellement des flèches. Dix hommes des Armé-
niens périrent; à la fin, les moines et les serfs dont voici les noms furent tués : David,
Moïse, Iwannis, moines; Bar Çauma et Elias, gardiens. Que le lecteur prie pour eux,
car ils ont tué les assassins et ont été tués pour le saint couvent!
Cependant, sept de ces voleurs furent pris et conduits à Mélitène. Mais le maudit
juge (?)^ fut circonvenu par eux et ils s'échappèrent. Alors, ils s'attaquèrent' aux
moines et les massacrèrent. Enfin, ces mêmes voleurs, après que le catépan de
Mélitène eut été tué, entrèrent dans la maison de ce maudit juge (?), le massa-
crèrent, enlevèrent tout ce qu'ils trouvèrent dans sa demeure et s'enfuirent ; car
Mélitène n'avait point encore de murs. Que la mémoire du juge (?) et des voleurs
soit en malédiction !
Après cela, en l'an 1380, les moines (du monastère de Bar Çauma) bâtirent deux
tours élevées; trente-deux ans plus tard, en l'an 1412, une nouvelle tour fut bâtie
entre les deux autres, et après 45 ans', en l'an 1475, nous^ bâtîmes la tour du sud.
1. Transcription d'un nom grec; le mot paraît bien être un nom propre, peut-être altéré. —
2. ««t*,^ (même leçon dans la vers, arabe) paraît être un nom de fonction comme catépan, plutôt
qu'un nom propre. — 3. Il faut peut-être lire : Ih^o» (?). — 4. Ces chiffres sont les mêmes dans
la vers, arabe. La concordance est maladroitement établie d'après les canons chronologiques erro.
nés. — 5. Le patriarche Michel, qui était alors archimandrite de ce couvent.
6. Fils de la sœur. — 7. Vers. ar. 1[3]34. Les autres chiffres sont identiques à ceux de notre ms.
— 8. Les dates données ici sont inconciliables. La correction la plus probable parait être : « le
vendredi de la crucifixion, [1]3 de nisan de l'an 1371 (= 1061 ; cf. p. 186, n. 3), et le jeudi 2[6] du
même mois.... »
LIVRE XV. CHAP. II 165
CHAPITRE [II]. — De Vépoque à laquelle les Turcs montèrent dans la région
de Cappadoce ; à laquelle fut rebâti le mur de Mélilène ; à laquelle s'aggrava
la lutte des Grecs contre les Orthodoxes et entre eux.
A cette époque, les Turcs montèrent de nouveau dans les pays des Romains,
où ils firent des captifs, pillèrent, dévastèrent, incendièrent.
Les Romains eux-mêmes se combattirent mutuellement. Isaacius, qui est
Gomnenus, suscita une attaque contre la ville impériale. Il vint avec une armée
nombreuse contre Nicomédie et Nicée, villes de Bithynie', s'avança vers la
ville impériale et s'empara de l'empire par le glaive. Michel s'en alla au couvent
qu'il avait bâti : il rasa sa chevelure et se fit moine, et là, il acheva [376J sa vie.
Isaacius, ayant commencé à régner en l'an 1375 ^, s'avança vers l'Occident et
engagea un combat violent avec les Pastîqayê ', qu'il vainquit. Il était arrogant,
magnanime et avare.
Aussi de son temps, les Turcs parcoururent la région de Mélitène, et firent
des captifs et du butin dans le Beit Roumayê, sans que personne s'opposât à eux.
Isaacius, mourut après avoir régné seulement deux ans'.
En l'an 1377, commença à régner Gonstantinus Ducas, qui était de la province
de Paphlagonie.
Celui-ci rebâtit le mur de Mélitène. Il mourut après avoir régné 9 ans^ ; et sa
femme ^ et ses fils^ gouvernèrent pendant 8 mois.
A cette époque fut tué le catépan de Mélitène, Krinotès, avec sa femme et ses
enfants. Et (cette ville) ne connut plus de paix. — Fin.
En ce temps-là, c'est-à-dire en l'an Ignatius, fils de la sœur du patriarche
1372*, Gonstantinus, empereur des Ro- Haiyê, fut ordonné métropolitain de
mains, surnommé Ducas, ordonna de Mélitène. Il était versé dans les deux
reconstruire les deux murs et le fossé de langues : la nôtre et celle des Grecs,
Mélitène, pour que les eaux entou- dans les Livres saints de l'Ancien et du
rassent la ville, dans le fossé, comme Nouveau Testament, et en outre dans
jadis. Quand le décret de Tempereur les livres profanes : la grammaire, la
parut et fut connu de quelques notables, rhétorique, la philosophie et les autres
1. Cf. Hist. du BasEmp., LXXIX, § xiv, xvi. — 2. Il fut couronnné le 2 sept. 1057. — 3. Sic ms.
Il faut lire ). n \^m°>, Pastinaqùyê, les Patzinaces. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXIX, § xxv. — 4. Il
abdiqua en faveur de Constantin [X] Ducas, qui fut couronné le 25 déc. 1059. — 5. Il mourut en
mai 1067. — 6. Eudocie. — 7. Michel, Andronic et Constantin.
8. Sic ms. ; en désaccord avec la date donnée plus haut, mais se rapprochant davantage de
l'exactitude. Voir la note 4.
166
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
qui se trouvaient dans la ville impé-
riale et qui étaient (originaires) de la
ville (de Métilène), dans laquelle leurs
parents étaient même ensevelis, ils par-
tirent et vinrent avec l'édit de l'empe-
reur. La plupart d'entre eux étaient des
Syriens orthodoxes.
Comme le décret de l'empereur était
très pressant, [376] on rassembla des
ouvriers, c'est-à-dire de nombreux ar-
chitectes, du Beit Roumayê et d'An-
tioche, et ils s'entendirent avec les
gens de la ville. Les notables qui étaient
revenus de la ville impériale s'étant
chargés chacun d'un côté, en peu de
temps les murs furent admirablement
rebâtis et achevés. Et, comme les com-
bats et les pillages, qui les entouraient
de tous côtés, les tourmentaient et les
pressaient, ils ne purent rien ajouter à
l'état' précédent de la ville; mais ils
bâtirent et terminèrent le mur sur les
fondements antérieurs.
A cette époque, le patriarche de'
Constantinople ordonna de chasser tous
ceux de notre peuple et (du peuple) des
Arméniens qui s'y trouvaient et qui ne
consentiraient pas à leur hérésie.
Comme il les pressait d'accepter leur
hérésie et comme ceux-ci ne voulaient
point y consentir, sur l'ordre du pa-
triarche on apporta les livres, les mys-
tères sacrés et tout ce qui se trouvait
dans les églises^ des Syriens, et ils y
mirent le feu, dans le forum; ils firent
arts dialectiques, et aussi dans la tra-
duction* d'une langue dans une autre,
comme Mar Jacques d'Édesse et Tho-
mas d'Héraclée. 11 était simple et droit,
miséricordieux, détaché au point ^ que
rien ne restait^ dans sa cellule.
A cette [376] époque, une persécution
fut suscitée par les Chalcédoniens
contre les Orthodoxes : non seulement
contre notre peuple, mais aussi contre
les Arméniens qui étaient dans l'empire
des Romains. Un édit parut, ordonnant
de les poursuivre s'ils n'acceptaient pas
leur hérésie : et la persécution était
très violente et très dure, comme celle
que les païens suscitèrent jadis contre
les Chrétiens, Ainsi, tandis qu'au dehors
les Chrétiens étaient persécutés par les
déprédations et les pillages des Turcs,
au dedans ils étaient encore plus oppri-
més par les Chalcédoniens ; ce que la
justice ne toléra pas. Que celui qui lit
comprenne!
Le patriarche Athanasîus Haiyê fut
pris, ainsi que les évoques qui l'accom-
pagnaient. On les enferma dans la de-
meure du métropolitain', située au-des-
sus de la ville. Après qu'ils furent
restés cinq mois en prison, parut l'ordre
de les conduire à Constantinople. Ils
partirent donc pour s'y rendre et arri-
vèrent à 'Arqa ; là, le patriarche Atha-
nasius acheva sa vie. On le conduisit au
couvent de Ségara de Mar Aharon, et
son corps y fut enseveli.
1, oÙCTia. — 2. ...i^njaû». — 3. Sic ms., au pluriel, mais il faut probablement le singuler; cf. p. 185.
4. Le mot est en partie effacé; probabl. UoiûS». — 5. lia»1 (BH). — 6. Littér. : « passait la
nuit », — 7. Du métrop. grec. Même leçon dans la vers. ar. ; Barhébr. (Chr. sjr,, I, 441) dit :
« daiis le monastère de Mar Abdokos des Grecs, qui était au-dessus de la ville ».
LIVRE XV. GHAP. II 167
de même à l'égard [de celles] des Armé- Quand le patriarche fut mort, son
niens. Ils jetèrent à terre et foulèrent neveu Mar Ignatius, métropolitain de
aux pieds le corps et le sang consacrés, Mélitène, fut pris, comme il l'écrivit
ainsi que le saint chrême. lui-même, disant: « Moi, Ignatius, mé-
Ce très misérable' patriarche ayant tropolitain de Mélitène, je fus pris dans
fait ces choses, la colère de la justice une persécution violente et cruelle ».
(divine) l'atteignit» promptement. Le II ne raconte pas par vaine ostentation
lendemain, sans avoir été malade et sans l'oppression qu'il subit, mais pour que
qu'aucun accident lui arrivât, il creva nous apprenions, s'il arrive quelque
sur sa couche et mourut. Et après avoir chose de pareil dans des circonstances
obtenu ici (-bas) une semblable fin, il est semblables, à ne pas abandonner la
réservé là (-haut) pour un jugement im- vraie religion et à ne pas perdre la vie
pitoyable. — Fin. future à cause d'afflictions de courte du-
rée.
« Ils nous conduisirent à Gonstantl-
nople, et nous firent paraître, pour être jugés, devant leur patriarche. Le plus ardent
à nous accuser était Nicolas de Mélitène j il leur disait : Voici celui qui convertit toute
la ville à sa confession, parce qu'il est éloquent et muni de science.
« Le patriarche nous ayant demandé une apologie de notre foi, nous répondîmes
brièvement : « Nous croyons en la Trinité égale en essence, indivisible, égale en
puissance et en dignité, dans laquelle il n'y a pas de plus petit ou de plus grand,
toute adorable, toute souveraine, égale en gloire', sans modalité ni quantité ; le Père
n'est pas né, [S77] le Fils est engendré, le Saint-Esprit procède. Un de la Trinité
sainte, le Verbe-Dieu s'est incarné, c'est-à-dire fait homme, sans changement, de la
Vierge Marie, mère de Dieu. Il est, et on doit le confesser, un seul et même Fils et
Seigneur Jésus-Christ, égal au Père par son essence, c'est-à-dire la divinité, et égal
à nous, hommes, par son humanité (n'étant qu')un (formé) des deux ; de la divinité
et de l'humanité, qui subsistent parfaitement dans leurs propriétés, et, comme l'ont
dit les saints Pères : « Une seule nature du Verbe incarnée », de même qu'aussi une
seule personne, la distinction essentielle des (éléments) dont est composé cet un et
unique Seigneur Jésus-Christ, étant conservée. Il n'a subi ni conversion ni confusion,
loin de là, car il est demeuré immuable. Cela est évident. Nous recevons les trois
conciles œcuméniques : celui de Nicée, celui de Constantinople et celui d'Éphèse.
Mais ceux qui, par une innovation dogmatique, enseignent deux natures, deux
essences, deux opérations, deux volontés, nous ne les recevons pas. Le sentiment
des saints Pères suffit, en effet, à la démonstration de toute la vérité. » Et beaucoup
1. La vers. ar. parait avoir lu : Uo» >«.^ „,. ^oi ^o; elle porte ;^£>^iS!> yi.» ^m. u_^ y;^£^ l»lc
(»a»>V3 ilolû^, — 2. Lire : oiS»»l.
3. « asqualis in sede » «rJvBpovo?
168 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
de questions furent agitées, et, si nous voulions les rapporter, le discours dépasserait
la mesure.
« Comme nous ne leur concédâmes pas un seul point, ils nous condamnèrent à
l'exil dans la montagne appelée Gains', dans la contrée de Macédoine. C'était là, en
effet, ce qu'ils avaient en vue, et non l'exactitude de la doctrine. Nous y fûmes trois
ans, et, sous prétexte de discussion, ils nous accablaient de mépris et de toutes les
vexations.
« Quand l'empereur Constantinus Ducas mourut, l'impératrice Eudocia ordonna
de libérer tous les prisonniers qui étaient soit en exil, soit en prison ; car, par suite de
sa violence (l'empereur) avait jeté en exil la plupart des sénateurs, de peur qu'ils ne
se révoltassent et ne le chassassent de l'empire. Telle est, en effet, l'inexpérience du
bien^. On conseilla à l'impératrice de rappeler ceux qui étaient en exil et de déli-
vrer les prisonniers, pour se conserver l'empire. Et quand ceux qui étaient en exil
furent libérés, par ordre de l'impératrice, nous fûmes délivrés, nous aussi, et nous
revînmes à Mélîtène, sans que le patriarche des Chalcédoniens en ait connaissance, et
sans que nous leur eussions concédé aucune chose, grande ou petite, bien qu'ils nous
promissent de grandes récompenses. Mais, avec l'aide de Dieu, nous gardâmes la
foi orthodoxe, sans aucun mélange hérétique. »
CHAPITRE [III]. — De l'époque du commencement du règne de Bomanus Dio-
genes, empereur des Romains, gui fut vaincu et pris par les Turcs. Des affaires
ecclésiastiques à cette époque.
En l'an 1386, régna sur les Romains l'empereur Romanus, qui est Diogenes.
11 régna 3 ans et 8 mois*.
Il fut très dur et violent dans ses jugements, II fît une expédition et vint
jusqu'à Mabboug, qui est Hierapolis ; il organisa contre elle une violente attaque,
la prit, et en chassa les faiyayê *.
La même année, le premier roi des Turcs étant mort', le trône de l'empire du
Khorasan fut occupé [^78] par Alb-Arslan*, de la même famille'. Celui-ci envoya
1. Barhébréus: >£aa*l.^i lia^ « dans la moatagae de Gaius, en Macédoine j> ; cf. p. lli, u. 1.
— 2. Locution obscure. Le sens paraît être : Ainsi en est-il pour ceux qui ne savent pas s'appli-
quer aux bonnes actions,
3. Romain IV, Diogène, 1" janv. 1068-août 1071. — 4. Cf. Hist.\du Bas-Emp., LXXIX § lu;
Matth. d'Édbsse, trad. Dulaurier, p. 161 ; Gesch, d. Chai., III, 112. — 5. Togril-bek mourut en
1063; Alp-Arslan qui lui succéda était son neveu, — 6. Alp-Arslan 'Izz ed-Dîn Mohammed (1063-
1072). L'auteur écrit toujours en un seul mot Albarslan; ici le copiste a transposé ArbaUlan. — .
7, Des Seldjoucides.
LIVRE XV. GHAP. III 169
devant lui Soleiman', son parent, pour piller : le sultan lui-même partit à sa
suite et s'empara du pays des Arméniens.
Quand l'empereur Romanus, qui est Diogenes, apprit cela, il réunit toutes
les troupes des Romains, s'en alla [dans] la Grande Arménie, et se disposa à
attaquer les Turcs. L'empereur Diogenes disait avec orgueil qu'il triompherait
des Turcs, s'emparerait de leur roi, et le ferait brûler dans le feu. Le roi des
Turcs se promettait en lui-même, s'il battait les Romains et prenait Diogenes,
d'user de miséricorde envers lui et de le renvoyer en paix dans son pays. Et
ces choses furent plus tard dévoilées par un prodige.
La division survint entre les notables des Romains et leur empereur. Les
troupes des Arméniens, qu'ils voulaient contraindre à adopter leur hérésie,
prirent la fuite les premières et tournèrent le dos dans la bataille. Alors, les
Turcs, par leur bonne entente, vainquirent les Romains. Il y eut dans cette
bataille un autre fait digne de mémoire. Gomme les deux partis étaient prêts
pour le combat, Soleiman, cousin* du sultan, demanda à celui-ci de lui confier
la bataille, tandis que lui-même resterait sur son trône au sommet de la colline.
Le sultan ayant consenti, Soleiman disposa ses fils, qui étaient douze hommes
faits, et donna à chacun 1.000 cavaliers ; ils s'armèrent et descendirent pour
attaquer les Romains. Quand les deux partis furent mêlés dans les combats, un
certain neveu' du sultan, qui se tenait près de celui-ci demanda à descendre
aussi à la bataille; mais le sultan ne lui permit pas. Ayant demandé et prié à
diverses reprises, il obtint la permission et descendit. Il se rencontra avec
l'empereur; car Diogenes était très fort et courageux, et quoique la plupart des
grands avec tous les Arméniens venus avec lui l'eussent abandonné et eussent
pris la fuite, il restait encore lui-même à combattre. Quand l'homme qui
descendit en dernier lieu rencontra l'empereur, il le frappa et le renversa,
et comme il se disposait à le massacrer, l'empereur des Romains se fit con-
naître. Le Turc se réjouit et s'empara de lui. Il l'amenait vers leur roi, quand
un autre soldat l'ayant vu et l'ayant questionné, le premier lui apprit que cet
(homme) était l'empereur des Romains; alors ce misérable voulut s'attribuer
la victoire, il frappa du glaive celui qui avait pris l'empereur, le renversa, prit lui-
même l'empereur qui était enchaîné et l'amena au sultan. Vers le soir, le sultan
voyant que son neveu ne revenait pas, envoya quelques hommes à sa
recherche; ils le trouvèrent gisant, mais pas encore mort. Ils l'amenèrent»
et Diogenes, l'ayant reconnu, raconta ce qui s'était passé. Alors le sultan
ordonna de crucifier cet homme astucieux et donna ses biens à celui qui avait
été frappé iniquement.
1. Fils de Kotloumis. — 2. Fils de l'oncle paternel ; v. le tableau généalogique à la fin de ce
volume. — 3. Fils de la sœur.
III. 22
170
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Alors, le sultan demanda à Diogenes ce qu'il était disposé à faire à son
égard au cas où il l'aurait fait prisonnier. Diogenes confessa qu'il voulait le
faire brûler au feu. Et le sultan reprit : « Et moi, je m'étais promis de te traiter
avec miséricorde si tu étais pris. Sache donc que [379] Dieu exauce celui qui
médite de faire le bien ». Ensuite, il le renvoya avec une escorte jusqu'à la fron-
tière des Romains et l'abandonna'.
On dit que le sultan Alb-Arslan était juste, et on rapporte de lui beaucoup de
belles actions.
Quand les Grecs apprirent que Diogenes était pris, ils établirent pour empe-
reur Michel*, fils de Constantinus, qui créa César un nommé Iwannis*. Celui-ci
ayant appris que Diogenes était libéré, lui fit astucieusement un serment; Dio-
genes ayant ajouté foi à ses serments et étant venu, ils lui crevèrent les deux
yeux, et il mourut le lendemain*. Ainsi sont les athées dans toutes leurs actions
de tout temps.
(Remarque"). — Dans les livres arabes, nous avons trouvé que le nom du sultan qui vainquit les
Grecs était Abou 'l-Fatah; et aussi que la bataille entre les Turcs et les Grecs se livra près d'Amid.
Peut-être que son nom était Alb-Arslan, et que ce surnom lui fut imposé par le khalife, lorsqu'il
devint sultan*.
Quand l'empire des Turcs commença
dans le Khorasan, alors que le sultan
Togril-bek occupait le trône, celui-ci fit
partir un peuple nombreux de Turcs
avec le général Basîsârî '. Étant parvenu
jusqu'à Balas, il y demeura une année,
puis revint dans le Khorasan.
Bientôt après, c'est-à-dire en l'an
1379, il sortit de nouveau et vint jusqu'à
Berrhoé, qui est Alep. Tel fut le com-
mencement de l'exode des Turcs dans
la Cœlé-Syrie et le littoral de la Pales-
Après la mort du patriarche Mar
Athanasius', les évoques se réunirent
dans le couvent de Mar Abhai, qui est
sur les rives de l'Euphrate ; d'un com-
mun et unanime accord, ils résolurent
d'établir dans la charge pastorale de
l'Eglise Mar Jean ', qui est Josué, l'écri-
vain, (aussi appelé) Bar âousan, qui
était un homme prudent et saint, docte
et instruit non seulement dans les^
sciences ecclésiastiques , mais aussi
dans les sciences profanes, c'est-à-dire
I. Voir sur le récit de la bataille de Manazgerd, Hist. du Bas-Emp., LXXIX, § lxvi et suiv.;.
Matth. d'Édesse, trad., p. 169. — 2." Michel VU, Parapinace (août 1071). — 3. Jean Oucas. —
4. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXIX, § lxxvh, LxxTiit. — 5. Cette note peut être d'un copiste ; mais
rien ne s'oppose à ce qu'on l'attribue à Michel. — 6, Barhébr., Chr, syr,, p, 242, dit que ce-
surnom lui fut donné à l'occasion de la prise d'Âni (cf. Matth. d'Édesse, trad,, p. 122).
7. Âbou 'l-llarith Ârslan al-Basasiri. Barhébr. écrit régulièrement '> ;>^ U&s ; mais la transposition^
est déjà ancienne, car la vers, arm. a lu .«^Att^eiiSi Ksisaros (Cf. Hist, Arm, des Croisades, I, 322).
8. Cf. page 166. — 9. Jean X.
LIVRE XV. GHAP. III 171
tine. Ils soumirent toutes ces contrées rationnelles. Il était puissant par la
par de cruelles dévastations et par le parole et capable de se défendre [378]
pillage. — Fin. très bien contre les hérétiques. Il était
orné des vertus et marchait soigneuse-
ment dans la voie étroite du détachement.
Quand il fut élu, il ne consentit point,
et avoua qu'il regrettait beaucoup d'avoir consenti autrefois. Mais quelques saints
moines lui ayant dit avoir appris par une révélation de l'Esprit de Dieu que (le Sei-
gneur) avait pour agréable qu'il occupât la charge pastorale de l'Église, il céda aux
instances du peuple et à la violence légitime des évêques qui l'avaient frappé de cen-
sures sévères, jusqu'à ce qu'il consentît à son élection. Ils procédèrent à son intro-
nisation dans le couvent même de Mar Âbhai.
Il écrivit 24 canons, et décréta qu'ils devaient être observés par lui-même, par
les évêques et par les fidèles. Quand on les eut lus et entendus, quelques-uns pris
de crainte en furent scandalisés ; ceux qui craignaient Dieu se réjouirent. Il corrigea
les évêques relâchés : il déposa et chassa de leurs diocèses cinq d'entre eux ; il
ordonna h leur place des hommes choisis, auxquels leurs vertus rendaient témoi-
gnage. Il ne changea rien à la pauvreté de sa vie ni à ses labeurs, mais il domptait
son corps par les jeûnes et les veilles. Il marchait à pied par les routes, et quand il
était trop fatigué par la marche de la route, il se reposait quelque temps sur l'âne
qu'il possédait. Aux autres moments, il faisait monter sur la bête de somme ceux
des moines, ses compagnons, qui étaient faibles; et le bienheureux marchait avec
eux en toute humilité cordiale. Il ne cessait jamais d'écrire, au point que même
pendant la marche de la route, au moment où ils s'asseyaient pour le repos, [S79] il
était constamment occupé à écrire. Il remplit l'univers de lettres et de volumes
pleins de saine doctrine, de commentaires et de suaves instructions. Chaque année
il réunissait les évêques et tenait un synode, comme il est prescrit par les canons ;
et de bons règlements étaient légalement établis. Il était assidu et appliqué à l'ensei-
gnement et à la copie des livres. Outre la multitude de livres qu'il écrivit' il
s'occupa soigneusement de l'enseignement' de Mar Ephrem et de Mar Isaac et le
recueillit dans un livre qu'il écrivit de sa main, dans sa vieillesse, et qui n'était
pas encore achevé quand il termina sa vie. Il ordonna dix-sept évêques.
Il exerça le patriarcat pendant neuf ans. Il habitait dans l'empire des faiyayé, à
cause de la perfidie des Grecs. Il habita donc à Harran^ à Maipherqat et aussi à Amid,
où il mourut'. Son corps fut enseveli dans l'église de la Mère de Dieu, dans un sar-
cophage de marbre, auprès du tombeau du patriarche Mar Jean, son maître et son
1. Sur ses œuvres, cf. Bibl. or., II, 143, 211, 317. — 2. Barhébréus {Chr. eccl., I, 447) a inter-
prété ce passage en disant qu'il voulut réunir en un volume les traités (Iîm)») de ces deux docteurs.
— 3. 27 nov. 1072 (1384 Gr.).
172 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
précepteur. Que leur souvenir soit en bénédiction et que leur prière nous accom-
pagne. Amen !
CHAPITRE [IV]. — De V époque du commencement du règne de Michel, fils de
Constanlinus , empereur des Romains. Commencement du second sultanat des
Turcs dans la contrée du Pont, Sur la perturbation des affaires ecclésiastiques
à cette époque. Sur Philartus,, arménien de cette époque.
Les Romains ayant été vaincus parles Turcs, ne purent plus jamais s'opposer
à ceux-ci. La crainte s'était emparée de l'empereur Michel qui commença à
régner en l'an 1389'. Il prêta l'oreille à des conseillers lâches et efféminés, resta
à l'intérieur de son palais royal et ne s'avança pas à l'encontre des Turcs. Il
envoya de nouveau rassembler le reste du peuple demeuré dans le Pont, elles
fit passer au-delà' de la mer; les forteresses et les villes que gardaient les
Romains demeurèrent dans la crainte et la terreur.
Les Turcs, après avoir remporté celte grande victoire, régnèrent sur toute
l'Arménie. Leur sultan, Alb-Arslan, qui est Abou 'I-Fatah', qu'ils appellent le
Juste, envoya son cousin Soleiman dans le pays de la Cappadoce et du Pont, et
lui donna le pouvoir' de se faire proclamer sultan. Quand il vint, les Romains
prirent la fuite devant lui. Il s'empara des villes de Nicée et de Nicomédie et y
régna : et toute la contrée fut remplie de Turcs. Quand le khalife de Bagdad
apprit cela, il envoya un étendard" et d'autres objets, et lui-même couronna
Soleiman et le proclama sultan, c'est-à-dire roi, [380] et l'autorité lui fut confir-
mée. Les Turcs eurent donc ces deux rois : un dans le Khorasan, et l'autre dans
le Beit Roumayê ; en dehors de ceux de la Margiane.
A cette époque, en l'an 1396, les Egyptiens se séparèrent aussi du premier
empire des Arabes. Quoique les Égyptiens fussent de la race des Arabes,
cependant, à cause de la différence entre la croyance de ceux d'Egypte et de
ceux d'Assyrie et de Babylonie, ils se séparèrent aussi dans le gouvernement'.
Le sultan du Khorasan envoya donc un émir nommé Aqsis', de la tribu d'Ortoq',
qui enleva Damas aux Égyptiens. Il monta et régna sur Jérusalem, toute la Pa-
lestine, Tyr et Sidon. Et comme les Romains avaient été vaincus, ils s'enfuirent
aussi devant lui par mer.
1. Cf. p. 170 n. 2. — 2. Par rapport à l'auteur syrien. — 3. Cf. p. 170. — 4. ayOsvtia. — 5. Lire :
1,1=. La vers. ar. a omis le mot et traduit : « des présents variés » v^ai^na Hiw. — 6. Allusion à
l'établissement des Fatimides en Egypte et à leur progrès en Syrie, à la fin du xi'' siècle. —
7. Atsiz; cf. Gesch. der Chai., III, 124. El-Maçin, Histor. sarac, trad., p. 349 : « Isarus cogno-
mine Afsysus ». — 8. M s. : « Ortos », pour Ortoq.
LIVRE XV. GHAP. IV 173
Soleiman, le sultan qui régnait à Iconium, s'étant aperçu que les Grecs qui
étaient à Antioche s'étaient affaiblis et n'y restaient que peu nombreux, prit
trois mille cavaliers, sans bagages, franchit les montagnes, et attaqua (la ville) à
l'improviste, pendant la nuit'. Ils y tuèrent beaucoup de monde et s'en empa-
rèrent. Ils firent une mosquée de la grande église de Gassianus.
A cette époque, en l'an 1396, un émir des Turcs, nommé fanousman', envahit
le pays de Cappadoce et régna sur Sébaste, Césarée et les autres endroits de la
contrée septentrionale. De là commença la puissance de la famille des Benê
Tanousman.
Tandis que toutes ces principautés prenaient leur commencement parmi eux,
à la même époque surgit dans ces pays une nouvelle puissance qui germa
subitement.
Des brigands, de la race des Arméniens, au nombre d'environ cinquante, s'as-
socièrent et formèrent une troupe. Profitant de l'invasion» des Turcs, ils
entraient eux aussi et se livraient au brigandage*. Dans la région de Mar'as, ils
rencontrèrent un jeune homme, également Arménien, du village de Sîrbaz,
nommé Philardus^ Voyant qu'il était robuste, astucieux, hardi à piller et à
tuer, ils l'emmenèrent avec eux et il devint leur chef et leur guide. Et comme
ces pays étaient restés sans chef, ces Arméniens aussi les pillaient en même
temps que les Turcs. Ensuite, Philardus s'empara d'une forteresse dans la
région de Cilicie; un grand nombre d'Arméniens se rassemblèrent près de lui
et il continua ainsi à s'emparer de la plupart des endroits fortifiés de la Cilicie.
En apprenant cela ', l'empereur des Romains lui envoya des présents, et ensuite
Philardus lui-même se rendit à Gonstantinople, et les Grecs se réjouirent à
cause de lui; ils lui donnèrent une armure d'or, et le proclamèrent « Auguste' ».
Il partit et régna sur Tarse et Mopsueste; il prit Mar'as, Kaisoum, Ra'ban,
Édesse, Anazarbus, et entra à Antioche; il se fortifia et pénétra dans le pays
de Djihan et de Mélitène. Ayant prévalu, il combattit contre les Turcs avec les
armées des Romains; mais n'ayant pu résister aux Turcs, ce misérable aban-
donna sa foi, descendit à Bagdad [381J et dans le Khorasan, et se fit musulman.
Il obtint des lettres du khalife et du sultan des Turcs qui lui concédaient les
lieux qu'il occupait. Quand il revint, il trouva que les Turcs régnaient sur la
plupart des pays dont il s'était emparé : il avait perdu sa foi pour la principauté,
et il était frustré de la principauté ! Il s'en alla à Mar'as, où il mourut. On dit
qu'avant de mourir il était redevenu chrétien.
Ge Philardus avait établi comme gouverneur, à Mélitène, Theodoros', fils du
1. Cf. Hist. du Bas-Bmp., LXXXII, § m. — 2. Mohammed Qoumiâtekia ibn ad-Danismend, — .
3. Lire : |6>^-»o. — 4. ^g^û^wo. — 5. BH : Philardus ou Philartus, Philaretus Bracbamius; sur ce
personnage, voir Hist. du Bas-Emp., t. XV, p. 71, n. 1, 198 n. 2 ; et Mattb. d'Édesss, trad., p. 173.
— 6. Lire >»o*. — 7. CTsêaotôî. — 8. Theodoros ou Thoros : c'est le même nom. Cf. ci-dessous, p. 179.
174 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
grec Hétom, le même qui fut tué à Edesse. Après celui-ci vint l'Arménien Hareb,
ensuite Balatianos, puis Gabriel, au temps duquel Bouzan s'empara d'eux*.
Après la mort du patriarche Mar Jean bar Sousan, il y eut de nouveau du trouble
et du désordre dans l'Eglise, par le fait de quelques évêques. S'étant rassemblés à
Hesn-Mançour pour établir un pasteur universel, et n'ayant pu se mettre d'accord
sur un seul nom, ils résolurent d'user de nouveau du sort. Or, il y avait à cette
époque un moine nommé 'Abdoun, qui descendait corporellement de la famille des
saints patriarches Mar Jean et Mar Jean bar 'Abdoun; de plus, il était instruit et
capable dans la doctrine. Aussi espérait-il [S80] l'office; mais les évêques ne l'avaient
pas pour agréable, à cause da sa loquacité'; comme il est écrit ; « L'homme loquace'
est redouté dans la cité ». Cependant^ comme quelques-uns des évêques le désiraient,
on convint de mettre son nom sur les billets.
Le sort désigna Basil[ius], moine du couvent de Mar Bar Çauma, et économe de ce
couvent. Celui-ci se récusa absolument, au point même qu'il arracha sa barbe, afin
qu'en présence d'un tel défaut ils le laissassent. II était humble, paisible et simple
de manières. Il redoutait la grandeur de cet office par crainte de Dieu. Mais les
évêques ne le laissèrent point et, quoique privé de barbe, ils l'ordonnèrent
patriarche, et il fut appelé Basilius, en l'an 1385, au mois de kanoun ii, à Hesn,
Mançour. Mar Athanasius d'Edesse lui imposa les mains.
Ce Basilius ordonna le susdit 'Abdoun, archimandrite du couvent de Bar Gâgai,
métropolitain de Symnada : et il prit le nom de Jean. Il ordonna aussi Jean métro-
politain de Tagrit; et tous les deux se montrèrent rebelles, après la mort du
patriarche, troublèrent l'Eglise et jetèrent la confusion dans sa hiérarchie. Que Dieu'
les maudisse! — Le patriarche MarBasilius, après avoir exercé le patriarcat une année
et six mois, mourut à Maipherqat, et son corps y fut enseveli dans l'église.
Quelques-uns des évêques qui avaient fait l'élection par le sort dirent à "Abdoun :
« Le sort t'avait désigné ; le chef [681] du synode et tel et tel [firent dispa-
raître ton nom]'. Celui qui révélait ces choses à 'Abdoun était Siméon de Kaisoum.
Comme les gens de Mélitène l'avaient demandé pour succéder à Mar Jean, surnommé
* Le ms. de la version arabe porte ici, en marge, une note dent voici la traduction : « Dans
d'autres mss. nous avons trouvé que Philardus n'avait pas enlevé aux Turcs les pays et les villes,
mais les Grecs le firent régner sur elles pour qu'il les leur conservât. Lorsque Soleiman vint à
Antioche, il l'enleva à Philardus. Et ceci est exact. Aux jours de Soleiman le peuple de notre
croyance obtint un édit et ils bâtirent deux églises à Antioche : l'église de la Mère de Dieu et celle
de S. Georges. Les Turcs enlevèrent à Philardus Kaisoum, Ra'bau, les villes du Djihan et d'autres ;
Mar'as resta en sa possession. »
1. Lire wL<ua9 (BH). — 2. yXwjctwSti;. EccH., ix, 25 (LXX). — 3. Littér. : Vx illis a Deo ! .—
4. Lacune de quelques mots (aussi dans la vers. ar.). Barhebr., Chron. eccl., I, 451 : i«ojUa«o u<jo
ov>a^ uâ^o 01^'^^,
LIVRE XV. GHAP. V 175
l'Égyptien, qui était son oncle paternel, tandis que Haiyê s'était empressé d'ordonner
pour Mélitène Ignatius, son propre neveu*, il gardait de la haine contre Ignatius.
C'est pourquoi la parole de Siméon fut regardée comme un mensonge; car le chef
du synode qui avait fait l'élection était mort. Et comme les évêques n'accordèrent
aucun crédit à la parole de Siméon, comme ils avaient horreur de la dureté et de la
fierté de Abdoun, ils ne l'acceptèrent point. Or, 'Abdoun rejeta la crainte de Dieu
de son esprit, et, par l'or qui corrompt ceux qui sont puissants, il remuait toute
pierre. Quoique plusieurs dépositions eussent été prononcées contre lui par les
Occidentaux et les Orientaux, il ne rougissait pas, mais il obligeait par contrainte
les évèques, les moines et les autres clercs à proclamer son nom. Il donna beau-
coup d'argent au général Philartus, et celui-ci s'empara de dix évêques de la
région de Mélitène et du dehors, qu'il emprisonna pour leur faire accepter
'Abdoun. Chacun d'eux paya cent dinars; mais ils ne l'acceptèrent point.
Jean de Tagrit, voyant le trouble survenu dans l'Église, rejeta lui aussi la crainte
de Dieu, foula aux pieds les canons et ordonna un évêque pour Nisibe*. Celui-ci
ayant été frappé de châtiment et étant mort, il en ordonna un autre. Il mit la main
sur la contrée du four 'Abdin, jusqu'à ce que les moines du monastère de Qartamîn
s'insurgeassent contre lui. Pareillement, les évêques partisans [de 'Abdoun]', Siméon
deKaisoum et Athanasius de Samosate, ravirent des sièges qui ne leur appartenaient
point.
CHAPITRE [V]. — De Vépoque de Nicéphore et d'Alexandre, empereurs des
Romains, à laquelle les émirs des Turcs régnèrent. Des patriarches et des
évêques qui résistèrent, dans l'Église, à 'Abdoun.
L'empire des Turcs s'était étendu jusqu'en Mésopotamie, en Syrie, en Pales-
tine, et il se trouvait çâ et là dans ces contrées quelques émirs arabes ; les Turcs
et les Arabes étaient mêlés comme un seul peuple. Les Turcs régnèrent dans
les Arménies Grande et Petite, en Cappadoce, [d82] en Bithynie, dans le Pont.
Ils luttaient continuellement contre les Grecs; chacun des faiyayê* et chacun
des émirs sortis du Khorasan qui s'emparait d'un pays du territoire des Romains
obtenait la confirmation de son autorité du sultan du Khorasan, qui s'appelait
sultan Sindjar', et du khalife de Bagdad, qui était leur chef religieux.
H se trouva donc, dans la Grande Arménie, un émir de la race de Soqman,
1. Cf. p. 164. — 2. Cf. Barbubr., Ckr. eccl., II, 303 et suiv. — 3. Le nom a été omis par le copiste.
4. Lire : i*-^J (ms. : « des Grecs »). — 5. Sindjar, fils de Malik-sah (1118-1157).
176 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
qui s'appelait en langue persane Sah-Armen'; et en Mésopotamie, d'autres,
appelés Ortoqayê » ; ceux de la famille de Tanousman (étaient) à Sébaste, à
Césarée et dans le Pont'; ceux de Soleiman ' à Nicée, à Nicomédie et à Iconium.
Tel était l'empire des Turcs au milieu des Arabes.
Dans celui des Grecs, appelés^ Romains, tandis que l'empereur Michel goû-
tait lâchement une vie de repos, Nicephorus se révoltait contre lui, en l'an 1397 ^
Nicephorus, surnommé Botanicius', rassembla une nombreuse armée et vint
contre Constantinople. Après l'avoir assiégée quelque temps, il y entra, passa
le peuple au fil de l'épée et arriva jusqu'au palais. Alors Michel sortit à pied,
portant la couronne dans sa main, et dit (à Nicephorus) : « Prends, et écarte le
glaive du peuple ; si tu veux me l'enlever, je te la donne sans combat. » [Nice-
phorus ordonna qu'il fût rasé. Etant devenu moine, Michel termina sa vie dans
un couvent.
Nicephorus fit eunuques les deux jeunes fils de Michel et épousa sa femme' :
aussi fut-il méprisé par tout le monde. Sa valeur l'abandonna et la crainte
s'empara de lui. Il restait dans son palais et ne sortait jamais pour la guerre.
Alors le général en chef, Alexis, voyant que Nicephorus non seulement
régnait illégitimement, mais se conduisait stupidement, et que les affaires de
l'empire tournaient à sa ruine, forma un complot, avec les grands, pour s'empa-
rer de l'empire. Il attendait le moment propice. Un jour qu'il se trouvait seul
près de l'empereur, son frère vint pour entrer, mais les gardes l'en empê-
chèrent et il y eut du tumulte. Alexis sortit et, en ayant appris la cause, il crai-
gnit que l'empereur n'eût connaissance (du complot). Il envoya promptement un
messager auquel il remit une lettre. Il lui ordonna de sortir par la porte de la
ville, d"en faire le tour, de rentrer par une autre porte et de la rapporter
promptement à la porte du palais. Quand elle fut lue devant l'empereur elle
(leur) annonça [383J que les ennemis envahissaient leur pays. Alors l'empereur
ordonna au général de réunir les troupes et d'aller au devant des ennemis.'
Grâce à la fausse nouvelle répandue par Alexis, ce qu'il désirait arriva. Il
emmena les grands qui étaient avec lui dans l'affaire et partit dans un lieu pro-
pice où ils le proclamèrent empereur. Ils revinrent promptement et rentrèrent
dans la ville. Personne ne s'opposa à Alexis : il arriva au palais, et Nicephorus
le quitta. Celui-ci fut récompensé comme il le méritait : il fut rassasié d'injures
et de mépris '.
1, Ms. : èah-râmen; il faut transposer : ^ilov», c.-à.-d. «roi d'Arménie ». Ces princes régnèrent à
Khelat. Le premier fut Soqmân el-Qotbi (1100-1112). — 2. Les Ortocides d'Alep, de Mardin, d'Amid.
— 3. Cf. ci-dessus, p. 173. — 4. Le ms. et la version arabe portent ,Ai>.oaB» « du sultan »; mais il
faut peut-être lire ^aAo«j ; cf. ci-dessus, p. 172. — 5. a»i5t|,. — g. Cf. Hist. du Bas-Emp ,, LXXX,
§ xxxrii. — 7. Nicéphore 111, Solaniate (avr. 1078-avr. 1081). — 8. Marie. Cf. Hist. du Bas-Emp.,
LXXX, § XLV. — 9. Cf. op. cit., LXXX, g lix et suiv.
LIVRE XV. GHAP. V 177
Alexis commença à régner en 1400; et à partir de cette époque on doit lui
attribuer en tout 29 ans, et non pas 38 comme dans les autres livres. Nous
notons cela et de semblables choses afin de pouvoir montrer l'exactitude dans
ce qui vient ensuite dans la contexture du discours qui expose la succession
des temps '.
Quand les évoques se furent échappés des mains de' Philardus qui voulait les
obliger à accepter 'Abdoun, qu'ils n'acceptèrent point, ils se réunirent dans le monas-
tère de Mar Bar Çauma et élirent Lazarus, archimandrite de ce monastère. Mais
celui-ci refusa absolument et prononça [382] quarante fois l'anathème contre lui-
même pour ne pas devenir patriarche. Les évoques ne voulant pas que 'Abdoun dominât
tyranniquement sur l'Eglise^ prirent sur eux d'absoudre la faute de l'anathème et
contraignirent l'archimandrite d'accepter. Il était connu des princes et de Philardus.
On lui fit violence et on l'ordonna le dernier vendredi du carême ^ On lui demanda
de consacrer le chrême, le jeudi des mystères*, mais il ne le put, parce que sa main
droite était paralysée. Il vécut un an et n'ordonna aucun évêque. Il mourut à Hesn
Mançour.
Alors le rebelle 'Abdoun recommença à exciter du trouble. Tous les évêques,
animés d'un zèle divin, se rassemblèrent de nouveau et déposèrent 'Abdoun comme
hérétique. Ils écrivirent un volume qu'ils envoyèrent en tous lieux, et proclamèrent
sa déposition.
Dans ce synode, on ordonna [le patriarche Mar Jean] ^, à Mélitène^ dans l'église de
Mar Georges, en l'an 1391. Mar Ignatius de Mélitène lui imposa les mains. Il exerça
le patriarcat un an et demi, et ordonna 5 évêques. 11 mourut» et son corps fut ense-
veli dans le couvent de Bârîd. Il était très humble, pacifique et simple de manières.
En cette année-là, la sauterelle envahit la région de Djihan. Le patriarche sortit en
rogation avec le peuple , et quand il vit les malheureux qui se lamentaient et les
enfants qui pleuraient, il fut touché de pitié et, dans la simplicité de son âme sainte,
il prononça l'interdit contre la sauterelle, lui défendant de détruire les récoltes, mais
il lui abandonna pour sa nourriture le champ près duquel ils se trouvaient. Et à
l'instant même, par la permission de Dieu qui domine sur toutes choses, toute la
sauterelle de la région se rassembla dans ce champ, dévora le champ et sa poussière,
et y périt. Ce miracle tourna à la gloire de Dieu. Depuis plusieurs générations les
1. Alexis Comnène mourut le 15 août 1118, après un règne de 37 ans, 4 mois et 15 jours. L'obser-
vation de l'auteur est motivée par l'état défectueux des tableaux chronologiques. En suppri-
mant 9 années de règne à Alexis, l'auteur peut placer l'avènement de Jean son fils à l'année 1429,
qui correspond réellement à l'an 1118. Voir la transcription des tableaux, à la fin de ce volume.
2. Lire : -'.^ ^ (BH et vers. ar.). — 3. En 1388 des Grecs (1077) ; il prit le nom de Denys [V]. —
4. Le Jeudi saint. — 5. Lire avec Barhébr. : l3;»;^3 i«a.jj|a.| u;jo i«>ooll.l. Il ajoute : « qui est
Jean, moine des cellules da pays de Karséna ». Jean XI. — 6. ."-e.
111. 23
178 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEiN
gens du pays prennent de la poussière de ce champ [383] avec foi, et partout où ils
la répandent, Dieu fait des prodiges,
A cette époque, le patriarche d'Alexandrie et d'Egypte était le pape Cyrillus'.
Quand le patriarche Mar Iwannis fut mort, l'audacieux 'Abdoun surgit de nouveau.
Quelques-uns le soutenaient, disant : « Certes, son élection vient du Seigneur ; car
les patriarches qui ont été élus et ordonnés sont morts rapidement. » Lui-même
écrivait et disait : « Ils m'ont laissé, moi source de vie, et sont allés creuser des
citernes crevassées, incapables de recueillir les eaux *. » Il osa ordonner quatre
évêques, alors qu'il était déposé'. Les fidèles étaient dans une angoisse intolérable, à
cause d'une telle ruine de la hiérarchie ecclésiastique. Plusieurs en vinrent jusqu'à
désespérer, parce que la foi était amoindrie.
CHAPITRE [VI]. — De l'époque du commencement du règne d'Alexis, empereur
des Romains, à laquelle le royaume des Turcs s'affermit davantage. Mauvais
état des affaires ecclésiastiques.
Au début du règne d'Alexis, empereur des Grecs, qui commença à régner en
l'an 1400, un homme nommé Tetis * Alb-Arslan Tadj ed-Daulah, qui était Turc,
régna sur Damas, et mit à mort Aqsis^
La même année', à Alep, après Çalih, régna Mahmoud, son fils\ Ceux-ci
étaient Arabes.
La même année', un homme nommé 'AU, fils de Mounqid, qui est Abou 'l-
Hassan% enleva Saizar à un évêque qui l'occupait au nom des Romains.
En l'an 1404'°, mourut Mahmoud, fils de Naçr, fils de Galih, et ses trois fils
régnèrent sur Alep, Sabaq, Sabîb et "Atyah.
La même année, Mouslim fils de Qoreis", marcha contre eux, et après de
nombreux combats^ leur enleva [384] la ville.
1. Cf. Rekaudot, Hist, patr. Alex., p. 449. — 2. Jérém., ii, 13. — 3. Cf. ci-dessous, p. 187,
4. Lire ««^tli (au lieu de u-CSs. : ms. et vers, ar.); Barhébu., Chr. syr., p. 261 : \».LL o$^o^ '^ss^l'.
Il s'agit de Toutouè, fils d'Alp-Arslan. Cf. Gesch. der CA«^, 111,126; EL-M/ictn, Hist, sarac.,
trad., p. 350. TetiS est la forme arménienoe. — 5. Cf. ci-dessus, p. 172, n. 7. — 6. D'après El-
Macin, Toutous occupa Damas en 472 Hég. (1079-80); cf. Gesch. der Chai., III, 126, d. 2. —
7. Lire « son petit-fils ». Voir à la fin du volume le tableau généalogique de cette famille (Mir-
dasides). — 8. 473 de l'hég. selon El-Macin (1080-81). — 9. Sedîd ed-Daulah abou '1-Hassan,
■Alî ibn Mouqallad ibn Naçr ibn Mounqid (El-Macin, loc. cit.). — 10. En 467 (1074-1075), selon
le même auteur. — ■11. àaraf ed-Daulah abou '1-Makarim Mouslim ibn Qoreis al-'Oqaili. Cf. Gesch.
der Chai., III, 127-130, et H. Derenbourg, Ousâma ibn Mounkid,cliap. I, passim.
LIVRE XV. CHAP. VI 179
En l'an 1414», Saraf ed-Daulah vint contre Harran et l'enleva au qâdî, c'est-à-
dire au juge, qui la gouvernait, et il le tua.
La même année Saraf ed-Daulah, fils de Qoreis, s'avança contre Damas et
l'enleva à Tadj ed-Daulah, fils de Soleiman, le Turc qui y régnait.
La même année^ Saraf ed-Daulah, fils de Qoreis, alla prendre Antioche que le
Turc Soleiman, fils de Qotloumis', avait enlevée peu auparavant à Saraf ed-
Daulah, fils de Qoreis.
Alors le sultan Abou '1-Fatah' monta et reçut volontairement Alep de Malik,
fils de Salim% auquel il donna Qal'a Dja'bar, dont il s'était emparé par le
glaive après avoir tué Sâbaq son seigneur.
A cette époque, les Turcs s'emparèrent de Tarse, de Mopsueste, d'Anazar-
bus et des autres villes de la Cilicie.
A cette époque, l'empire des Grecs était opprimé de toutes parts.
A cette époque les Romains, c'est-à-dire les Francs, sortirent du pays de
Rome, vinrent contre l'empereur Alexis, et attaquèrent Gonstantinople pour
l'enlever aux Grecs^ Tandis qu'Alexis était enfermé et attaqué par les Francs
dans la ville impériale, les Turcs et les Arabes dominaient et régnaient sur le
reste des provinces.
Il y avait à Mélitène un gouverneur' grec, nommé Gabriel, qui y avait été éta-
bli par Philardus. Quand Philardus mourut', Gabriel y régna; et lorsqu'il vit que
les Turcs avaient vaincu les Grecs, il envoya sa femme à Bagdad, et elle lui
rapporta du khalife des faiyayê un- édit qui lui concédait la principauté de
Mélitène.
A Édesse était Theodorus' fils de Hetotn.
Quand l'émir turc Al-Farîdj'" vint à Mélitène, en l'an 1406, Gabriel le trompa :
il le prit (avec lui) et partit pour Édesse; là, il lui fit boire un poison et le tua.
Celui-ci étant mort, Gabriel prit les Turcs, les amena jusqu'à Mélitène et les
trompa : il entra dans la ville, comme pour la leur livrer; il les laissa dehors
et ferma les portes. [38o] Ceux-ci se donnèrent pour chef l'un d'entre eux,
nommé Tâwit"; ils dévastèrent le pays et assiégèrent la ville. Alors arriva
Tanousman, de Sébaste, qui fit la paix entre eux.
1. Donc dix ans après le fait précédent, ce qui nous reporte à 1084-85 (477 Hég.). L'erreur de con-
cordance provient sans doute de l'établissement défectueux des tableaux chronologiques. Cf. Matth.
d'Édesse, trad. Dulaurier, p. 186. — 2. En 478 (juin 1085) ; cf. Gesch. der Chai., III, 130 ; Matth.
d'Éd., p. 190 ; Hist. du Bas-Emp., LXXXII, § m, iv. — 3. Ms. : Qtruks; BH : '«-adi.Cvo ; vers, ar, ;
'«"oi-fro, — 4. Cf. p. 170. — 5. Aussi de la famille des 'Oqailites. Voir le tableau généalogique à
la fin de ce volume. — 6. Cf. Hisi, du Bas-Emp., LXXXIII, § xttv. — 7. -fiYEiitiv. — 8. Cf. ci-
dessus, p. 173. — 9. Theodoros ou Thoros, fils de Héthoum, cnropalate; cf. Matth. d'Éd., p. 210.
— 10. Matth. d'Éd. [loc. cit.): « le sultan Alph'ilag, qui descendait de Koutoulmisch. « —
11. Forme arménienne du nom David,
180
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
En l'an 1393, dominait à Mélitène,
un Turc nommé Qouril'.
Il y eut une famine et on vendait deux
litre de pain pour un dinar, et pareille-
ment deux litre de vin pour un dinar*.
II y eut un tremblement de terre la
même année, et 86 tours du mur d'An-
tioche s'écroulèrent'.
En l'an 1396, il y eut un tremblement
de terre à Constantinople, et des
myriades de gens furent suffoqués.
En l'an 1407, tandis que le Grec
Gabriel dominait à Mélitène, il tua par
[le poison]* le prince Abou Salem, pa-
rent des bienheureux Benê Abou 'Im-
rân', et Bar 'Oqail°.
En l'an 1408, le 28 du mois de nisan,
Gabriel massacra huit marchands hono-
rables, véritables fidèles, hommes glo-
rieux : Bar Çauma, fils de [S84] Dai-
raita, et ses deux fils, Georgius de
Hatna et ses deux fils, Basilius de Hawa
et son fils, et Abdallah de 'Arqaya, [et
Sahda, diacre de Tantini, et il prit
de leurs maisons et de celle d'Abou
Mançour, fils de Malka, de l'or, de l'ar-
gent et des objets ; et de l'église de
l'évêque il prit des croix, des encen-
soirs, même le vase du chrême et tout
le trésor. Il démolit des maisons et re-
bâtit la forteresse et le mur.
nirent et jetèrent les sorts, à Qaramis,
A cette époque une autre attaque fut
suscitée contre l'Eglise par Marcus,
archimandrite du monastère de Bârîd,
qui possédait la richesse méprisable des
savants. Quand il vit les ordres de
l'Église troublés par les attaques de
'Abdoun, il se mit à l'attaquer lui aussi;
il donna à Philartus trois mille dinars,
deux mille des siens et mille du couvent.
II prit de force deux évêques, dont l'un,
celui de 'Arqa, s'était emparé illégiti-
mement du diocèse de Djihan. Celui-ci
fit Marcus patriarche sur l'ordre de Phi-
lardus, afin qu'ildevienneson défenseur.
Tous les évêques, avec JeandeTagrit,
méprisèrent Marcus comme 'Abdoun,
et après que l'Eglise eut passé six an-
nées dans le trouble, les évêques se
réunirent [804] et choisirent entre deux
maux le moindre : ils acceptèrent Mar-
cus de peur que le rebelle 'Abdoun ne
•fût accepté. Sur les instances de Jean
de Tagrit, à qui Nisibe avait été attri-
buée ', Marcus fut accepté et prit le nom
de Dionysius '.
Il exerça le patriarcat un an et sept
mois. Il ordonna dix évêques. Il mou-
rut et fut enseveli dans le monastère de
Zarnouqa, qui est dans la région de Mé
litène. Alors 'Abdoun se précipita de
nouveau pour ravir le patriarcat ; mais
les évêques ne l'acceptèrent point.
En l'an 1401, les évêques se réu-
forteresse de la région de Mélitène. Le sort
1. Ms. et veis. ar. : Qerâoul; mais le nom est peut-être à lire ^^Noû ; Khouril est la transcription
arménienne de Gabriel, Il s"agit du même personnage, — 2. Mattb. d'Ed. rapporte cette famine
à l'année 528 des Armén. (1079-80). — 3. Selon Matth. d'Éd., en 540 des Armén. (1091-92). —
4. Lacune d'un mot dans le ms. Lire l»«» »»= (BH) ; vers. ar. : « dominait grâce aux Turcs, et il
tua le prince... ». — 5. Cf. p, 145. — 6. Sur cette famille, cf. Gesch der Chai., III, 29 et 92, n. 1.
7. Ci, ci-dessus, p. 175. — 8. Denys VI.
LIVRE XV. CHAP. VI 181
véridique fit sortir Abou '1-Faradj, moine du monastère de Mar Bar Çauma, qui, par
sa naissance, était originaire de la ville d'Aniid, en Mésopotamie; mais il avait grandi
et fait son éducation à Mélitène, et avait fait profession dans le monastère d'où il
fut appelé. Lorsqu'il fut élu, il ne voulut pas accepter. Les évêques prononcèrent
contre lui l'interdit, et il fut sous cette censure pendant 9 mofs. Il refusait à cause
du trouble excité dans l'Église par "Abdoun.
Quand les évêques virent qu'il ne cédait pas. ils le firent amener de force par
le gouverneur de Mélitène, un Grec nommé Gabriel, et son ordination eut lieu à
Mélitène dans l'église du Cursor, le dimanche l" de kanoun i (déc.) de l'an 1402'.
Timotheus de Tell Patriq, qui était le président du synode, lui imposa les mains
(en présence) d'Ignatius de Mélitène même, d'Iwannis de "Arqa, de Basilius de
Lâqabîn, et d'Iwannis d'Arsamosate.
'Abdoun courut de nouveau trouver Gabriel et promit de lui donner deux mille
dariques, s'il voulait défendre de recevoir Athanasius^. Gabriel, qui avait eu connais-
sance de l'ordination [d83] d'Athanasius, qui avait eu lieu dans la ville, chassa
'Abdoun. Il s'attendait à ce que le patriarche, en l'apprenant, vienne le saluer et lui
apporter des présents de remerciment. Le patriarche n'ayant pas fait ce qu'il espé-
rait, il en fut scandalisé et l'envoya chercher de force au couvent de Mar Bar Çauma.
Lorsqu'il arriva h la porte de sa demeure, Gabriel lui-même sortit à sa rencontre et
demanda a recevoir sa bénédiction, ce que le patriarche ne voulut pas; mais il dit :
« Tu es Grec, et nous sommes Syriens ». C'est pourquoi le préfet s'irrita, et, sur son
ordre, le patriarche fut enfermé dans la maison d'une courtisane, comme par mépris.
Alors, le patriarche ordonna de fermer les églises, et de ne pas sonner les cloches
jusqu'à ce qu'ils l'aient fait sortir de prison. C'est pourquoi les vrais fidèles recueil-
lirent de l'or entre eux et donnèrent au maudit Gabriel 400^ dinars. Le patriarche
sortit et revint au couvent de Mar Bar Çauma,
Récit concernant Pesqîn. — En ce temps-là commença la construction du cou-
vent de Pesqîn, de cette manière :
Il y avait dans le monastère de Mar Abhai des ascètes vertueux, Rabban David et
se» compagnons, qui menaient la vie de pauvreté dans ce monastère, qui excellaient
en bonnes œuvres et avaient mérité les révélations et le don des miracles.
Le grand vieillard Plotinus* était venu [du pays"] de Karséna et avait pratiqué la
vie de pauvreté dans le couvent de Mar Bar Çauma. Rabban David et ses compagnons
étaient dirigés par son conseil. Or, le vieillard leur donna des ordres et leur fit
connaître qu'il avait eu du Seigneur une révélation au sujet d'une grotte située sur
1. l6r déc. 1090. Date exacte. II prit le nom d'Athanasius. — 2. Athanase VII. — 3. Barhébr.
et vers, ar, : « quatre cents »; lire 1. (=: 400) au Heu de «i (^= 9). La même confusion s'est déjà ren-
contrée ; cf. t. II, p. 483, n. 4. — 4. Vocalisation conjecturale ; Âbbeloos et Lamy « Palutianus »
(Ckr. eccL, l, 480).— 5. U.p, \iL\ ^ (BH).
182 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
les rives de l'Euphrate, dans le voisinage de laquelle était autrefois le monastère
qui était appelé monastère des Samîtayê, et que cette grotte devait devenir un
couvent pour des moines vertueux. Ils y montèrent et y habitèrent dans une cellule;
par la pratique des œuvres admirables de la veille, de la station, du jeûne, de la
prière continue nuit et jour, ils égalaient les anciens (moines) ; la guérison était pro-
curée par eux aux malades et à tous ceux qui demandaient avec foi.
Le fils du gouverneur du pays, un jeune homme qui était possédé du démon, vint
le trouver. Ayant été guéri, il se fit moine ; et sa mère elle-même se fit religieuse et
parvint en peu de temps à un si haut degré de perfection que beaucoup d'infirmes
ou de possédés des mauvais esprits étaient guéris' par ses prières. Pareillement,
Rabban Basilius reçut de Dieu le don de guérison et des révélations.
Ensuite, Dionysius de Mélitène, et Sa'îd et Abou Ghalib, fils de Çabouni, voulurent
excommunier ' les moines de Pesqîn et le vieillard Plotinus, sous prétexte qu'ils
cachaient en eux-mêmes l'hérésie des Messaliens. Quant aux révélations, surtout
celles que le vénérable Plotinus recevait relativement aux gens qui venaient au cou-
vent et grâce auxquelles il disait : « Tel péché a été commis par celui-ci, tel par celui-
là, » ils prétendaient qu'elles étaient faites par les démons. Mais le patriarche Mar
Athanasius n'approuva pas le sentiment de ceux-ci ; « car, disait-il, Satan, en trompant,
fait périr Tesprit et le corps, mais ne peijt édifier; et puisqu'ils sont parvenus à la
perfection des anciens, dans l'esprit et le corps, cette faveur leur vient de Dieu >>. Et
nous sommes aussi de son avis.
Après Rabban David, Rabban Habacuc devint supérieur du couvent ; il bâtit l'église,
et observa les règles qu'avait établies Rabban David de ne posséder ni vigne, ni
champ, ni ruche d'abeilles, et de ne rien demander à personne, avec d'autres
belles choses. — Fin.
CHAPITRE [Vil]. — De l'époque de Vexode des Francs qui régnèrent à Jéru-
salem. De là descente du patriarche Athanasius à Bagdad.^près du khalife.
Comme les Turcs régnaient dans les pays de Syrie et de Palestine, ils infli-
geaient des maux aux chrétiens qui allaient prier à Jérusalem, [S86] les frap-
paient, les pillaient, prélevaient la capitation à la porte de la ville et aussi au
Golgotha et au Sépulcre ; et en outre, toutes les fois qu'ils voyaient une cara-
vane de chrétiens, surtout de ceux (qui venaient) de Rome et des pays d'Italie,
ils s'ingéniaient à les faire périr de diverses manières. Et quand des gens innom-
brables eurent péri de la sorte, les rois et les comtes furent pris de zèle et sor-
tirent de Rome ; des troupes de tous ces pays se joignirent à eux, et ils vinrent
par mer jusqu'à Constantinople.
1. ,j^|£sio. _2. v?'»i'>0' (BH).
LIVRE XV. CHAP. Vil 183
Alexis, empereur grec, leur interdisait le passage, et ils résolurent d'enlever
la ville aux Grecs. Ils furent occupés à lutter avec les gens de Constantinople
pendant 7 ans, depuis l'année 1401 jusqu'à l'année 1408.
Du temps que les Francs assiégeaient Constantinople, Antioche s'écroula dans
un tremblement de terre, et on découvrit, au milieu des fondations d'une des
tours qui s'étaient écroulées, une vaste maison souterraine dans laquelle se trou-
vaient de grandes images d'airain, figurant des Francs montés sur des chevaux,
revêtus et munis d'armes, de lances, de glaives etc., tous d'airain; ils étaient
retenus et enchaînés par des chaînes de fer. Le sultan turc Aghousian' ordonna
d'interroger et de s'informer à leur sujet, et comme il ne se trouva personne
qui connût leur raison d'être, ni aucun écrit qui l'exposât, ils pensèrent que
c'étaient des idoles qui étaient adorées par les païens. C'est pourquoi, sur
l'ordre du sultan, elles furent toutes brisées. Ensuite il se trouva une vieille
femme aveugle qui disait : « J'ai entendu dire aux anciens* qu'il y avait sous
telle tour des talismans contre le peuple des Francs, pour les empêcher de sor-
tir et de traverser la mer ». Et quand le gouverneur eut lui-même appris ces
choses de la bouche de cette vieille, il se repentit de les avoir brisées, et il lui
dit : « As-tu entendu dire comment ils ont été fabriqués? Est-il possible de les
refaire? » Et quand elle eut répondu : « Non, » ils la frappèrent et la tuèrent.
Les Francs, après avoir traversé la mer, se réunirent tous et promirent au
Seigneur que, s'il leur était donné d'entrer à Jérusalem, [887] ils vivraient en
paix avec toutes les confessions des chrétiens, et donneraient des églises et des
couvents à chacune des nations qui confessent le Christ.
Cependant, Soleiman fut tué par le turc Alb-Arslan'.
Les Francs qui vinrent à Antioche étaient deux rois et sept comtes: Boé-
mond* et Tancrède^ rois; Roger', Boémond\ Baudoin', Josselin", Galeran'",
Godefroy" et Saint-Gilles '^
Quand ils mirent le siège contre Antioche, Theodoros, fils de Hétom, qui gou-
vernait Édesse" après le meurtre de Bouzan'*, l'apprit; il envoya un message aux
1. Baruébu. {Chr. syr., 284) : ^.^^^ Gaïsagan; Matth. d'Édesse : Agh'ousian; Guill. de Tyr :
Acxianus ; les auteurs arabes : Bagki-Syan. — 2. Wt-o . — 3. Il se suicida dans la guerre avec
Toutous ; cf. Gesch. der Chai,, III, 130. Hist. du Bas-Emp,, LXXXII, § iv. — 4, Le texte porte
« Mamoun », vp»!-» pour >?Mr>=; la confusion est ancienne et se trouve déjà dans la vers, armén. (Lan-
GLOis, p. 296), et dans la vers, arabe. — 5. En syriaque Tangrt. — 6. Syr, : Rogel ; frère de
Boémond. — 7. Répétition. Matth. d'Edesse nomme Robert (de Normandie). — 8. Syr, : Sag-
douin; Matth. d'Edesse nomme les deux Baudoin (Baudoin de Boulogne et Baudoin du Bourg).
— 9. Syr. : Gosselin. Josselin de Courtenay. — 10. Cousin de Josselin. — 11. Godefroy de Bouil-
lon. — 12. Ms. ; Slgs. Vers. arm. : Salkès. Probablement une déformation du nom « Saint-Gilles »
(ordinairement '^.^f"). Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse. — 13. Cf. p. 174, et 179. —
14. En 1094. Cf. Gesch. der Chai,, III, 140.
184 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Francs et promit de livrer cette ville au duc Godefroy. Ils se réjouirent beau-
coup, en disant : « De même qu'Edesse a cru dans le Christ avant Jérusalem,
ainsi elle nous a été donnée par le Christ Notre-Seigneur avant Jérusalem. »
Godefroy envoya donc son frère Baudoin, qui régna sur Edesse '.
Les Francs attaquaient Antioche depuis neuf mois; dans la ville, les chefs des
Turcs étaient Qasiân et Aghousian'. Gomme ils étaient réduits à l'extrémité,
Aghousian sortit pour aller à Alep ; quelques Arméniens tombèrent sur lui sur
la route, coupèrent sa tète et la portèrent aux Francs. Alors, deux autres Armé-
niens, qui étaient frères et avaient été établis comme gardiens dans l'une des
tours de la montagne, descendirent pendant la nuit, firent un pacte avec Boé-
mond et lui livrèrent la ville'.
Le sultan, qui régnait dans le Khorasan*, en apprenant que les Francs étaient
venus contre Antioche, envoya 100 mille cavaliers avec Kourabagad^ et, le jour
même où les Francs entrèrent à Antioche, les Turcs arrivèrent à Bagras. Quand
ils virent que la forteresse ^ c'est-à-dire la citadelle, était encore aux Turcs, ils
assiégèrent la ville, et les Francs furent opprimés par la famine au point qu'ils
mangèrent leurs chevaux. Ils eurent recours à la prière; alors le roi Tan-
crède eut une vision. Ils ouvrirent un endroit de l'église de Cassianus où ils
trouvèrent les clous de la croix de Notre-Seigneur, dont ils firent une croix, et
la pointe de la lance'. Us les prirent et s'avancèrent contre les Turcs. Et Dieu
donna la victoire aux Francs ; les morts remplirent la terre, car ils poursuivirent
les Turcs jusqu'au déclin du jour. Quand les Francs régnèrent sur Antioche, les
Turcs s'enfuirent de toute la Mésopotamie, [et vinrent] ' à Ma'arah et à Saroug,
qui étaient aux fils de "Oteir'.
[388] Avant l'expédition des Francs, les Égyptiens étaient montés et avaient
enlevé '" Jérusalem aux Turcs ; et quand les Francs arrivèrent ils s'emparèrent
d'abord parle combat de Joppé et montèrent ensuite contre Jérusalem; dans
cette ville était l'Egyptien Afdhal " ; ils dressèrent une tour de bois entre la porte
orientale et celle [de Saint]-Etienne, et ils s'emparèrent de la ville au mois de
J. Baudoin de Boalogae prit possession d'Édesse en 1098. — 2. Les deux noms désignent pro-
bablement un seul personnage; cf. p. 183, n. 1. — 3. Sur le siège d' Antioche, cf. Hist. du Bas-Emp.,
LXXXIV, § viii; Matth. d'Édesse, trad. p. 216, 221 ; Gesch. der Chai., III, 165. — 4. Tourkiarouq.
— 5. Kourahagad; arm. : Gourabagh'ad (Matth. d'Éd., p. 221); Guill. de Tyr : Corbagath. Selon
Brosset {Hist. du Bas-Emp., t. XV, p. 352, n. 1) le mot arménien est la transcription du titre curo-
palate; mais il est certain qu'il désigne ici le général Kerboga. — 6, l|a».t». La citadelle d'Antioche.
— 7. Tel est le sens primitif; mais l'auteur paraît avoir compris « dont ils firent une croix et une
pointe de lance ». — 8. Supp. ; oi-lo; ar. : w;-mi\ loilo. — 9. Émir arabe d'Édesse. Cf. Matth.
d'Éd , trad., p, 46-47; armén. : Oudair. — 10. Lire : woimjo; vers. ar. : lo_,alo. — 11. Ms. : Fâdhl;
transposer -^31 (BH : ^j9|) Afdhal, fils de Bedr ed-Djamali ; cf. Gesch. der Chai., III, 174.
LIVRE XV. CHAP. VII 185
tamouz (juin.) de l'année [1410J', la deuxième de leur expédition. Une multitude
d'Arabes furent tués dans la ville, et elle fut remplie de cadavres, surtout le
temple de Hélicôn», qu'on appelle Sakra'. Ils firent brûleries morts dans le feu.
Le premier roi des Francs qui y régna fut Godefroy, pendant deux ans.
Ensuite régna Baudoin*, [dix-]sept ans'.
Jusqu'à l'époque de l'empereur Alexis Au mois de tesrin i (oct.) de l'an
notre nation avait une église à Constan- 1406, mourut Ignatius, métropolitain de
tinople et les Arméniens une autre; et Mélitène, l'écrivain. A sa place, Mar
dans chacune d'elles se trouvait un Athanasius ordonna Sa'îd bar Çabouni',
prêtre et une corporation [S86] de négo- [S86] capable par la doctrine et écri-
ciants séculiers et autres. Un prêtre vain illustre dans notre langue et dans
syrien s'y rendit, d'Antioche; comme le celle des Grecs.
prêtre de notre église, qui était de Sym- 11 fut ordonné en la fête de l'Ascen-
nada, ne l'accueillit pas, Satan entra en sion de cette année \ à Qanqrat', dans
cet homme, et il alla dire aux Grecs : la région d'Amid. Il fut appelé Jean.
« Ces Syriens et ces Arméniens qui Gomme son élection avait eu lieu sur
sont dans votre ville ont commerce avec les instances^ de Gabriel, il vint et entra
les Turcs. ))Et l'empereur fut irrité ; sur dans la ville au moment où elle était at-
son ordre les deux églises furent incen- taquée par les Turcs; et le jour même
diées et les prêtres chassés, et le reste où il y entra les portes en furent fer-
du peuple devint pour la plupart héré- mées et le sultan d'Iconium^ Kilidj-
tique. — Fin. Arslan '°, vint y mettre le siège.
Gabriel disait au vénérable (évêque)
de se tenir avec lui dans la surveillance
des gardiens, et le bienheureux y apportait son soin de tout son pouvoir et encoura-
geait le peuple.
Alors, un officier" noble, qui était avec le sultan, fut envoyé comme ambassadeur;
il s'approcha et demanda que le vénérable lui-même se penchât et écoutât ses paroles.
Alors, sur l'ordre du gouverneur, le vénérable monta, tandis que Gabriel se tenait
1. La place du chiffre est en blanc dans le ms. ; 15 juillet 1099 (492 Hég.). — 2. Sic ms. et vers. ar. ;
BH interprète : ^<»ài.*» « de Salomon » — 3. Lire : |p«; BH : «P.. Le mot Hélicôn, que l'auteur
paraît considérer comme un nom propre, est, je crois, dérivé de tkii avec le sens de « voûte » ; c'est
l'équivalent de l'expression arabe Js^| îuJ, qui désigne la mosquée d'Omar. — 4. La ville fut
remise à Godefroy aussitôt après sa prise; il ne porta pas le titre de roi. Baudoin I'^', son frère,
régna de 1100 à 1118. — 5. Lire ^• d'après BH et la vers, arménienne. Ms. et vers. ar. : 7 ans.
6. Cf. Wright, Syriac Literatur,^. 227. — 7, 22 mai 1096 (cf. p. 186, n. 3). — S. Barhébr., dans
le ms. du Vatican, ajoute : « dans le monastère du prophète Élie » {Bibl, Or., II, 211). — 9. Lire
Im. '^-i ^ '^•ftao. — 10. Ici et ailleurs notre ms. et la vers, ar., par suite d'une confusion graphique,
portent ^^o mtg au lieu de '.^*, qlig (^Kilidj). — il. Le mot peut signifier minister ou diaconus.
III. ' 24
186 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
près de lui, dans une cachette, et écoutait. L'officier dit : « Le sultan vous fait dire
de lui livrer la ville, et il vous accordera la paix et des bienfaits; sinon, il l'empor-
tera par l'épée, et Dieu vous demandera compte de votre sang et du sang de tout le
peuple ». Le vénérable (métropolitain) répondit et dit à cet officier : « Neplaisantepas'.
Personne jusqu'ici n'a pu prendre cette ville par la guerre, et on ne le pourra jamais .
Elle a du pain pour dix ans et plus. » Et il congédia l'officier avec cette réponse.
Le vénérable se détourna et dit à Gabriel : « Maintenant tu as entendu, seigneur, ce
qui a été dit? Il convient donc de nous livrer volontairement ». Et quand Gabriel
entendit cela il commença à détester le vénérable (évêque), et les Grecs, de la con-
fession de Gabriel, regardaient d'un très mauvais œil le vénérable, parce que quand
les Francs^ apprirent qu'il les couvrait de honte par sa doctrine, [387] ils l'accu-
saient* continuellement de vouloir livrer la ville aux Turcs.
Un vendredi le vénérable se trouvait sur le mur; à l'office de trois heures il récita
l'hymne de la Croix : Son enseignement véritable...', et tout le peuple gémissait.
Gabriel et les Grecs, voyant combien le peuple lui était attaché, prirent la résolu-
tion de le tuer. Quand il descendit du mur, on lui parla d'un fidèle que Gabriel avait
condamné à mort. Le vénérable courut, accompagné de prêtres, intercéder pour ce scé-
lérat afin qu'il ne soit pas exécuté. Ils trouvèrent le misérable Gabriel qui était sorti
dehors, entre les deux murs : il était à cheval, et des piétons l'environnaient. Alors
le vénérable évêque se mit à supplier en disant : « Aie pitié, ô prince béni, aie pitié
des malheureux! On tue au dehors, qu'on ne tue pas à l'intérieur ! » Comme le scélé-
rat avait médité dans son cœur de mettre à mort l'évêque, il dit : « Et toi! un tel,
tu veux donc livrer la ville aux Turcs? » Et alors, irrité, il donna ordre à un
de ceux qui portaient des lances et dit : « Frappe ! » Mais comme celui-ci n'osait
frapper, il prit lui-même la lance dans sa main, frappa le saint à la tête et le tua, le
vendredi 4 de tamouz ['juill.) de l'an 1406*.
Les prêtres qui étaient là s'enfuirent et se dispersèrent : toute la ville fut agitée,
des groupes se rassemblèrent là où avait été couronné le saint évêque. Gabriel le
meurtrier craignit en voyant le peuple s'assembler. Sur son ordre, on emporta
l'évêque dans un jardin et on le cacha dans les roseaux. Deux jours après on fit
ses funérailles, et son corps fut enseveli dans la grande église du Cursor.
Le patriarche Mar Athanasius ne pouvant gouverner sans crainte les affaires de
l'Église, à cause des entreprises du rebelle 'Abdoun, fut forcé de descendre à
Bagdad et de paraître en présence du khalife Abou Dja'far. Il rapporta des lettres
1. BH (p. 262) : ioo9i. H « ne dis pas des choses futiles »;ms. ; •audl. H « ne décrète rien»; vers,
ar. : >31- H « ne radote pas ». — 2. Sic ms. — 3. ,ji3| v«oioiï-o. — 4. Le 4 juillet 1096. De ce passage
et de plusieurs autres, signalés plus bas, il résulte que la chronologie de l'auteur suivi ici par Michel
(sans doute Ignace de Mélitène), mettait seulement 310 ans de différence (et non 311) entre l'ère des
Séleucides et l'ère chrétienne. Cf. p. 195, n. 4; 196, n. 1; 206, n. 3; etc.
LIVRE XV. CHAP. VIII 187
pour tous les chefs qui tenaient l'administration de l'empire en Assyrie, dans le
Djézireh, dans la Mésopotamie, dans toute la Syrie et la Cappadoce, pour les
Arabes et pour les Turcs, afin qu'ils donnassent ordre de recevoir Athanasius et de
chasser 'Abdoun.
Or, le rebelle 'Abdoun ordonna quatre évêques ; Iwannis de Tell Hamdoun, qui
fut dévoré par des chiens ; Abdochus de 'Arqa, qui fut chassé et devint hérétique ;
Ignatius de Mardê, qui fut reçu après avoir fait pénitence; et Bar Khoriza', qui se fit
musulman à Amid.
CHAPITRE [VIII]. — De Vépoque à laquelle les Turcs s'emparèrent de Mélitène
pour la première fois ; du massacre de Gabriel et de Bar Hetom, et coinmence-
ment du règne de Kilidj-Arçlan^ ; construction du mur de Kaisoum. Des événe-
ments ecclésiastiques de cette époque.
Lorsque Soleiman, le premier des Turcs qui régna à Iconium, eut été-tué, il
eut pour successeur Kilidj-Arslan, qui le premier vint à Mélitèue, quand s'y
trouvait ce Gabriel qui tua alors l'évêque.
Quand Kilidj-Arslan apprit que [les Francs] ' s'avançaient, il abandonna
Mélitène pour aller garder son pays.
Alors, Tanousman vint de Sébaste, Pendant trois années, il venait l'été,
dévastait le pays, dévorait lés récoltes et s'en allait pendant l'hiver.
A l'intérieur, Gabriel, plus que les Turcs, maltraitait les pauvres. Quand
Theodoros fils d'Hetom, curopalate, [389] eut été tué par les habitants d'Édesse*,
les Francs arrivèrent et régnèrent à Édesse, et Gabriel s'efforça de faire venir
ces Francs et de les introduire à Mélitène.
Il y avait à celte époque des Arméniens qui, depuis le temps de Philardus,
occupaient certains lieux. L'un d'eux était Kogh-Basil% qui occupait Kaisoum
et Ra'ban. De son temps le mur de Kaisoum fut rebâti ; il était démoli depuis
le temps des Arabes'. Il y avait aussi des Arméniens qui occupaient certains
lieux dans la contrée de Gilicie ; on les appelait Benê Roupen.
Les Arméniens avaient émigré du temps de l'empereur Basil[ius] ', et
quand les Turcs envahirent le pays, du temps de l'empereur Michel, ils '
donnèrent à Philardus l'autorité sur la Gilicie, afin qu'il résistât aux Turcs,
1. De même Barhébr. ; dans l'Appendice : Bouzira.
2, Ms. : Migrçln; cf. p. 185, n, 10, — 3. Suppléer ainsi d'après Barhébr. (p. 263); le nom est omis
par le copiste. — 4, Cf. Matth. d'Éd;, trad., p. 220. — 5. "^^aol-a <<^, c.-à-d. Basile le Voleur;
GuiLL. DK Ttr : Covasilius. — 6. Cf. ci-dessus, p. 55. — 7. Cf. ci-dessus, p. 133. — 8. C'est-
à-dire les Grecs ; cf. ci-dessus, p. 173.
188 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
parce qu'il paraissait belliqueux, comme nous l'avons suffisamment exposé
plus haut. Depuis ce temps, les Arméniens furent les maîtres des places en
Cilicie et en Syrie. Cent ans après, comme le catholicos était opprimé dans la
Grande Arménie par les Turcs qui y régnèrent, les princes arméniens de la
Cilicie firent alors venir près d'eux leur catholicos.
A Mélitène, comme le Grec Gabriel était pressé par Tanousman, il jura aux
Francs par trois fois de leur livrer Mélitène; et Gabriel donna sa fille' au fils de
la sœur du roi de Jérusalem, le comte d'Edesse', qui par la suite devint lui-
même roi de Jérusalem. Pour tous ces motifs, le roi Boémond' venait avec
confiance pour entrer à Mélitène.
Quand il arriva dans les endroits occupés par les Arméniens, ils lui tendirent
des embûches, parce qu'ils craignaient qu'il ne les chassât quand il régnerait.
Les Arméniens envoyèrent donc en secret avertir Tanousman. Et le maudit
Gabriel lui-même, quand il vit que le roi était arrivé à l'endroit appelé
Gafina *, se repentit et ne voulut plus le laisser entrer, mais il s'efforçait de le
retarder' en le trompant par des paroles mensongères, de sorte que Tanousm an
put arriver, tendit des embûches au roi et s'empara de lui. Alors, par la faute
de Gabriel et des Arméniens, les Turcs devinrent plus puissants.
Tanousman envoya le roi Boémond [S90] à Sébaste, et mit le siège contre
Mélitène. L'inique Gabriel ajouta à ses méfaits. Sans pitié, il pillait, dépouillait
et massacrait. C'est pourquoi deux soldats livrèrent la ville aux Turcs, et
Tanousman y entra, le mercredi 18 septembre de l'an 1413'.
Ils pillèrent toute la richesse de la ville et tout ce qu'ils trouvèrent dans la
malheureuse (cité) ; car Tanousman avait abandonné à ses troupes tous les biens,
excepté les gens. II ne laissa, en effet, périr personne, car il prit pour lui la po-
pulation. Il les fit rentrer dans leurs maisons; il fit venir de sa contrée du pain,
des bœufs, et les autres choses nécessaires et les leur donna ; il en libéra plusieurs
qui étaient en captivité dans sa contrée, depuis de longues années, et les ren-
voya à la ville. Et Mélitène éprouva de nombreux bienfaits du temps de Tanous-
man. L'abondance et la prospérité s'accrurent. Il y établit comme catépan un
nommé Bâsîlîg', homme juste et craignant Dieu.
La justice fut excitée contre Gabriel, et les Turcs le firent cruellement souffrir.
Quelques chrétiens surajoutaient encore, et tiraient vengeance par les coups des
supplices, en lui rappelant le massacre du saint évêque et des princes opprimés
et les autres crimes qu'il avait commis. Après lui avoir fait subir les affronts et
1. Morfia. — 2. Baudoin du Bourg; il était le cousin de Baudoin de Boulogne, devenu roi de
Jérusalem. — 3. Boémond prince d'Antioche. Ms. : Mamoun', cf. p. 183, n. 4. — 4. BH : l*^»*^. —
5. ISMo, — 6. Barhébr. ajoute : « 1412 dans les livres arabes ». En effet, c'est en 1101, et non
en 1102, que le 18 sept, était un mercredi. — 7. Armén. : Vasilag. BH ; ^^^aels, Basile.
LIVRE XV. CHAP. VIII
189
l'avoir abreuvé de fiel, ils le conduisirent devant la solide forteresse de Qatya,
où se trouvait sa femme. Gomme les Turcs lui commandaient de dire à sa femme
de livrer la forteresse, dans son astuce diabolique, il voulait encore les tromper
et disait : « C'est en signe que j'ai envoyé le petit Midas ; donc, livre la for-
teresse ». Or, ce mot midas signifie dans la langue arménienne' : « Ne donne pas ».
Quand les Turcs connurent qu'il les trompait, ils le tuèrent et le jetèrent aux
chiens : il fut dévoré.
Tanousman amena le roi Boémond àMélitène et le rançonna à 100 mille dinars.
Quand Boémond [sortit]» de captivité, il donna Antioche à Tancrède, fils de sa
sœur, et lui-même retourna et rentra en France. Là, il engendra un fils, qui fut
appelé de son nom, et celui-ci, peu de temps après, vint régner sur Antioche.
Saint-Gilles rassembla une armée et, après de violents combats, enleva aux
Arabes Tripoli, après Jérusalem, et la donna à ses fils; puis il retourna en
France '.
Saint-Gilles avait avec lui la lance trouvée à Antioche. Quand il parvint à
Constantinople, Alexis députa près de lui et la lui demanda pour la vénérer
et la lui renvoyer ensuite. Par quelque orgueil ou par naïveté, il la lui envoya.
Pendant la nuit, l'empereur en fit fabriquer une semblable et renvoya à Saint-
Gilles celle qui avait été fabriquée. Cette lance est celle avec laquelle les Juifs,
à Tibériade, percèrent par dérision l'image (du Sauveur), dont il coula du sang
et de Teau '.
Pendant les trois années que Tanous-
man assiégeait^ Mélitène, il y eut dans
cette ville une dure famine ; le froment
des marzbans se vendait à raison de un
[modius] pour un dinar*.
En l'an 1413, il y eu du trouble à
propos du commencement du Carême
des chrétiens, dans la ville même et
dans tout le reste de la contrée, jusqu'à
Peu de temps après que le patriarche
fut revenu de Bagdad, le rebelle 'Abdoun
mourut à Hesn Mançour, et il ordonna
de l'enterrer devant la porte de l'église,
afin d'être foulé aux pieds par le peuple,
pour avoir péché contre l'Eglise. Le
patriarche Mar Athanasius réunit les
évoques qui se trouvaient là, et ils lui
firent des funérailles, et la prière d'ab -
1. Paraît être le grec (j,ï] 86?. — 2. Lacune d'un mot dans le ms. Suppl. : «0-% (arr, : 'visj^P). — 3.
Tripoli capitula le 12 juillet 1109. Raymond de Saint-Gilles, mourut pendant le siège (28 févr. 1105).
L'histoire de la lance présentée à Alexis se rattache au voyage du comte à CPle, après la prise de
Jérusalem. — 4. A la marge inférieure du ms. se trouve une note, écrite moitié en arabe, moitié en
syriaque, ainsi conçue : L'original du manuscrit a été écrit en l'an 1909 des Grecs (=1598). Cette
note n'est pas reproduite dans la vers, arabe.
5. ♦pM; cf. ar, -.a».. — 6. Sic. ms.; vers, ar. : >U»»a ^>^ ^oJa^A ov^i~ ^a.|û^^)o; le texte primi-
tif portait peut-être : j~ luo,» (jx.é8i[ivo;)r
190
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
solution, en disant : « Bien qu'il ait été
emporté par l'ambition du pouvoir et
qu'il ait foulé aux pieds les saints ca-
nons, cependant, comme il ne s'est pas
écarté de la foi orthodoxe, il convient
que nous priions et que nous ayons
pitié de lui comme d'un pécheur. «
Quand Sa'îd bar Çabouni, qui est le
métropolitain Jean, eut été tué, et lors-
que la ville fut dévastée, avec toute sa
région, par [o89] les Turcs, le patriar-
che concéda le transfert de Dionysius
de Goubbos, qui est Bar Maudiana, et il
l'établit métropolitain de Mélitène;
parce qu'il était instruit et prudent.
Et, au commencement de kanoun i
(déc.) de l'an 1413, Dionysius fit son
entrée à Mélitène. Il avait été instruit
dans le couvent de Bar Gâgai, près du
patriarche Mar Jean bar Sousan, et
avait été institué évêque de Goubbos
par ce dernier. Et quand le pays de
Goubbos eut été dévasté, dans la première invasion des Turcs, il s'en vint au [couvent
de] * Mar Bar Çauma; c'est lui qui enseigna et régla l'office dans le couvent, comme'
dans celui de Bar Gâgi. Il instruisit Abou 'I-Faradj, qui était devenu patriarche, et
il l'avait ordonné prêtre, et, dans le temps de sa vieillesse, ce patriarche lui attribua le
siège de Mélitène. Il trouva la ville dépourvue d'instruction ; lui-même enseignait la
lecture des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, e t (de ceux) des docteurs, ainsi
que l'éloquence et l'écriture.
Après cela, le patriarche ordonna ° métropolitain d'Édesse Abou Ghalib bar
Çabouni, frère de Sa'îd, qui avait été tué à Mélitène ; car les deux frères étaient
célèbres en Syrie, par leur doctrine et par leur science profane, et aussi par l'écri-
ture des deux langues et par leurs controverses contre les hérétiques ; ils étaient,
pou r ainsi dire, l'œil de toute cette génération dans la maison des Orthodoxes ; et bien
qu'ils possédassent tout cela, ils étaient dépouvus, comme il est dit à leur sujet, de
Constantinople. Les Syriens et les Ar-
méniens jeûnèrent huit semaines et cé-
lébrèrent la fête de Pâques le 13 de ni-
san (avr.) ; les Chalcédoniens firent
la fête le 6' de nisan. Et quand la nou-
velle arriva que la lumière était des-
cendue sur le Tombeau, à Jérusalem, le
13 de nisan, les Grecs blasphémaient
même contre la lumière, parce que les
Syriens et les Arméniens étaient ainsi
approuvés ^
En l'an 1414, au commencement du
jeûne, c'est-à-dire [889] la première
semaine, au mois de sebat (févr.), il y
eut plusieurs tremblements de terre,
chaque jour et en tous lieux ; plusieurs
disaient que peut-être la perturbation
du jeûne avait eu lieu l'année précé-
dente, pour annoncer* le fléau qui arri-
vait maintenant. — Fin,
1. 03 (et non oS). En 1102. Sur les causes de ce désaccord; cf. tome II, p. 290, n. 3. — 2. Allu-
sion à la légende du m feu sacré » s'allumant miraculeusement pendant l'office du samedi-saint, au
Saint-Sépulcre. — 3, «o,ai,
4. BH : -«^so» |;wo^. — 5. Lire : l-oon uw; BH : looi û»)». — 6. Lire : ^\at\.
LIVRE XV. CHAP. IX 191
l'humilité du cœur, qui est cause de toutes les bonnes actions et fait briller toutes les
qualités.
Sa'îd, qui fut ordonné métropolitain de Mélitène et prit le nom de Jean, [o90] fut
tué quarante jours après son ordination, par Gabriel, à Mélitène, comme nous
l'avons exposé plus haut'.
Abou Ghalib fut élu métropolitain d'Édesse et fut appelé Basil[ius]. Avant quarante
jours écoulés, survint un dissentiment entre lui et le patriarche», qui l'excommunia ;
et il fut destitué de son ministère, parce qu'il résista au patriarche; à cause de leur
querelle, il y eut du trouble dans l'Église, comme l'exposera le discours par la suite'.
Quand les Francs occupèrent Antioche, ils expulsèrent les Grecs des grandes
églises et chassèrent leurs évêques. Ils établirent un patriarche de leur nation et
créèrent des métropolitains : un à Tarse, le second à Mopsueste, le troisième à
Edesse, le quatrième à Doliche, pour le siège de Mabboug, et le cinquième à Apa-
mée; et des évêques à Tripoli, à Laodicée, à Gabala, à Cyrrhus, à Mar'as, à Hàrîm.
Le patriarche qu'ils avaient à Jérusalem ordonna des évêques pour Bethléem,
pour Hébron, pour Samarie, pour JafFa, pour Nazareth, pour Césarée, pour Sidon,
pour Beirout, et, quand Tyr fut prise, aussi pour Tyr, parce que le patriarche
d'Antioche ne leur donna pas de subside, quand ils le lui demandèrent, pour la prise
de cette ville'.
A Edesse, le premier métropolitain des Francs avait nom Berika°. Il eut une révé-
lation relativement aux corps d'Addai et d'Abgar, et on les découvrit dans le ... * de
Mar Jean. — Fin.
CHAPITRE [IX]. — De V époque du second siège de Mélitène; époque à laquelle
il y eut du trouble dans l'empire des Turcs dans le Khorasan, et en Egypte,
et en Syrie, et parmi les Arméniens, et dans les affaires ecclésiastiques .
Gomme les Turcs régnaient déjà dans le Khorasan, en Assyrie, dans le
Djézireh et en Syrie, les Arabes ', qui étaient redevenus' maîtres des pays
étaient mêlés avec les Turcs.
En Egypte, les Arabes gouvernaient pareillement.
C'est pourquoi, quand la guerre se mit à éclater dans le Khorasan, où les
1. Cf. p. 186. — 2. Lire:...;ê'a:^o oi». ^-a (BH). — 3. Cf. ci-dessous, p. 200, 207. — 4. Sur la
querelle au sujet de l'évèché de Tyr, cf. R. Rôhricht, Geseh. des Kônigreichs Jérusalem, p. 184. —
5. Berika «benedictus ». Le premier archev. fut en effet Benoît. Cf. Oriens Christ,, III, col. 1186. —
6. Le raolsqma (même leçon dans l'arabe) appelle sans doute une correction ; t """"" ^^ y\i>>isa!)ito\>.o'i
ne paraît pas tout à fait satisfaisant. — 7. Vers. ar. : o^»^ >ooi. — 8. Sic. ms. et vers. ar. ; on s'at-
tendrait à lire aji3« « qui étaient restés ».
192 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Turcs se combattirent mutuellement, les Arabes relevèrent la tête; et en l'an
1412, l'arabe Ibn Moula'ib' sortit d'Émèse et s'empara d'Apamée.
La même année, l'arabe Douqaq • régna sur Damas.
A Alep régna l'arabe Rodhwan» ibn Malik.
En Tan 1420, l'arabe 'Omar ibn Salim ♦ s'empara de la région de Soukarah
et de Haborah; et les Arabes furent en guerre avec les Turcs.
Quant aux Turcs qui étaient en Cappadoce' et en Bithynie, comme il n'y avait
point d'Arabes parmi eux, parce que le sultan des Arabes avait totalement
perdu ces régions, ils guerroyaient avec les Grecs, ou entre eux, à tout propos.
Aussi, lorsque le sultan Kilidj-Arslan attaquait Mélitène, il l'abandonna mo-
mentanément pour aller défendre son pays contre les Francs et revenir ensuite
s'en emparer. Alors Tanousman vint et la prit, comme nous l'avons exposé plus
haut. Dès lors une haine et une inimitié intraitables se propagèrent dans leurs
familles. Aussi, quand le sultan fut en paix, après le passage des Francs, Tanous-
man étant mort à Sébaste, deux ans après s'être emparé de Mélitène, Kilidj-
Arslan vint contre Mélitène dans laquelle se trouvait Aghousian, fils de Tanous-
man. Il y mit le siège le 28 de haziran (juin), engagea de nombreuses attaques, et
dressa des machines^ contre la tour ronde de la partie nord-est de la ville. Et
quand celui qui était à l'intérieur vit qu'elle était sur le point d'être prise, il
exigea des serments et la lui livra; et Kilidj-Arslan régna et entra à Mélitène le
2 d'éloul (sept.) de l'an 1417.
A cette époque la discorde survint entre les Turcs et les Arabes qui étaient
en Assyrie, pour le motif que voici' : Le sultan du Khorasan, Ghyat ed-Dîn",
envoya contre les Francs un homme nommé Abou Mançour Djawali'. Quand
celui-ci arriva à Bagdad, il tourna ses regards versMossouloù se trouvait alors
Djékermis". Celui-ci en apprenant que Djawali marchait contre lui, fortifia la
ville, prit une armée et sortit pour livrer bataille. Bien qu'il fût impotent, il
remporta cependant la victoire, s'empara de Djawali, et l'amena enchaîné à
Mossoul; mais peu de jours après Djékermis" mourut, et Djawali sortit; il ras-
sembla une troupe dans la région du Habora [392] pour revenir contre Mos-
soul. Mais les Mossuliens, qui s'étaient donné pour chef le fils" de Djékermis,
craignaient de ne pouvoir résister à Djawali. Quand ils apprirent que Kilidj-
1. Khalaf ibn Mola'ib. Cf. Gesch. der Chai., III, 187. — 2. Lire : «ûloo»; ms. -.Douqas. Douqaq,
fils de Toutous. — 3. Rodhwan (Ms. : Btwn); frère de Douqaq. Voir les tableaux généalogiques à
la fin de ce volume. — 4. Probablement Salim ibn Malik, maître de Qala'Dja'bar; cf. Gesch. der
Chai., III, 191, — 5. ...âûs?. — 6. ^japâxtoiia. — 7. Le récit suivant n'est pas en tout conforme
à celui des historiens. Cf. Gesch, der Chai., III, 154; Matth. o'Édesse, trad. Dulaurier, p. 263,
264; Aboulféda (ad ann. 500 Hég.), etc. — 8. Mohammed Ghyat ed-Dîn, fils de Malik-àah I"
(1105-1118). — 9. Djawali Sekawa. — 10. Le nom est défiguré par les copistes; ici, ms. et vers,
ar. : Akgermis. BH : i».»;,^^. — 11. Ms, et vers. ar. : KermiS, — 12. Nommé Zangui (BH, p. 287).
LIVRE XV. CHAP. IX 193
Arslan régnait à Mélitène, ils lui envoyèrent des messagers (pour dire) qu'il
vienne près d'eux et qu'ils lui livreraient Mossoul. A cette nouvelle il passa
l'Euphrate. Ceux qui occupaient les villes de la Mésopotamie étaient des Turcs
de la famille d'Ortoq. En apprenant l'arrivée du sultan, ils furent saisis de crainte
et vinrent tous à son service : Bar Sâphek' de Hesna de Ziad, Abraham d'Amid%
Ilghazi' de Mardin. En voyant cela Djawaii ne descendit point à Mossoul. Cest
pourquoi Kilidj-Arslan entra à Mossoul et y régna, et Djawaii régna à Rehabôt.
En apprenant ces choses le sultan, vint avec une armée nombreuse. Quand la ba-
taille eut lieu, sur les rives du fleuve Habôra, par l'action de ses ennemis, la dis-
corde se mit parmi les troupes du sultan, qui l'abandonnèrent et s'enfuirent : pour
lui, il resta à combattre et fit des prodiges dans la bataille. A la fin, il entra dans le
fleuve pour traverser; il fut submergé et, à cause de l'armure de fer dont il était
revêtu, il fut suffoqué et mourut. Djawaii régna sur Mossoul et sur Nisibe. Il
poursuivit cruellement ses adversaires. Il rassembla de grandes richesses, et
retourna dans le Khorasan. Alors Ghâzi Nedjm ed-Dîn' descendit de Mardê et
s'empara de la ville de Nisibe.
En l'an 1417, le premier samedi du Quand les Francs se furent emparés
carême, une comète parut du côté de de la contrée de Palestine et en eurent
l'Occident, avec sa chevelure tournée chassé les Égyptiens, ils vinrent à Re-
vers l'Orient : elle resta depuis le soir bron où ils bâtirent une église magni-
jusqu'à la fin de la nuit. — ■ Fin. fique. Grâce à une révélation faite en
divers lieux à quelques hommes qui
jeûnaient et priaient, on découvrit la
caverne double achetée par Abraham^, et dans laquelle étaient les trois tombeaux
des patriarches^; c'est pourquoi ils l'ornèrent d'admirables édifices'.
La cause du trouble qui survint h cette époque dans notre' Eglise est la suivante :
Quand Bar Çabouni fut ordonné métropolitain d'Édesse, le patriarche lui redemanda,
ainsi qu'aux Édessénlens, les livres des Evangiles qui faisaient partie du trésor'
patriarcal; car, étant tombés entre les mains du rebelle 'Abdoun, celui-ci les avait
mis en gage à Èdesse, pour obtenir de l'or afin de corrompre les chefs de l'époque.
Quand le patriarche les réclama, Abou Ghalib et les Édesséniens qui étaient présents
h son ordination promirent qu'aussitôt rentrés à Edesse ils renverraient les livres,
1. Sic. ms. et vers. ar. Peut-être le nom est-il défiguré. Hesna de Ziad appartint à un certain
Mohammed ibn Djabak [Gesch. der Chai., III, 153, et 161, n. 2). Peut-être aussi le même qui est
appelé plus bai Tasphek ; cf. p. 193. — 2. Ibrahim Inal (cf. loi:, cit.). — 3. Ilghazi, fils d'Ortoq. —
4. L'auteur désigne encore par ce surnom Ilghazi, fils d'Ortoq; cf. p. 215.
5. Cf. Gen., xxiit, 17. — 6. Abraham, Isaac et Jacob. — 7. Cf. Hist. occid. des Croisades, t. V,
p. 302 et suiv.; Ch. Kohler, Bev, de l'Orient latin, IV, '177. — 8. Lire : ^?. — 9. xE!ii-r,).iov.
III. ' 23
194 G BROMIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
qui étaient incrustés d'or et d'argent ; et Bar Çabouni lui-même écrivit de sa main :
« Si je ne les renvoie pas, je n'aurai pas le pouvoir d'exercer l'épiscopat ». Il fut
ordonné et y alla, mais il ne voulut plus les donner. Il prétextait : « Les notables
d'Édesse suscitent des contestations pour ne pas les rendre ». Cette affaire fut le
commencement de la querelle. Le patriarche excommunia Bar Çabouni en disant :
« Comme tu l'as défini et signé de ta main, tu es excommunié [392] par Dieu, et
désormais tu ne peux plus exercer le ministère, ni être appelé évêque ». Pour lui, il
présentait son apologie, démontrant que l'interdit ne pouvait l'atteindre puisqu'il ne
retenait pas volontairement les livres. Les Edesséniens étaient partagés en deux
factions ; les uns irritaient le patriarche contre le métropolitain; les autres excitaient
le métropolitain et l'encourageaient même à la révolte ; [de sorte qu'il méprisa (les ca-
nons) et ordonna des prêtres et des diacres, bien qu'il fût interdit, et alors le patriarche
frappa ceux-ci de ses censures]'. — Fin.
CHAPITRE [X]. — De l'époque à laquelle les calamités se multiplièrent sur
Mélilène, après la mort du sultan; à cette époque les Francs prévalurent, puis
la discorde tomba parmi eux, et ils devinrent misérables; à cette époque le
nouveau chef des Turcs sortit du Khorasan et vint assiéger Édesse. Des
affaires ecclésiastiques, qui allaient mal.
Quand la nouvelle de la mort du sultan Kilidj-Arslan arriva, on établit à
Mélitène son plus jeune fils, qui s'y trouvait, nommé Togr[il]-ArsIaa^ Son gou-
verneur était un homme âgé, appelé Pizmis' ; et il y en avait un autre nommé
Ilarslan'. La mère du jeune homme fit un complot avec celui-ci, qui tua Phazmis,
et la prit pour femme. Il causa beaucoup de maux aux gens de la ville, par l'or
qu'il amassa, et il chercha un prétexte pour s'en aller dans le Beit [393] Rou-
mayé. Quand sa femme s'en aperçut, elle fit un pacte avec son fils et s'empara
de lui. On l'enferma et on laissa croire qu'il avait été tué. Au bout d'une année,
on le fit sortir et on l'envoya au sultan ^
Kilidj-Arslan avait trois autres fils plus âgés : 'Arab, Sahinsah*, et Mas'oud.
'Arab fut tué par l'émir Ghazi, fils de Tanousman, et Sahinsah fut proclamé
sultan; il s'empara de son frère Mas'oud, le mit aux fers, et partit lui-même
pour Gonstantinople trouver l'empereur Alexis. Alors le général de Sahinsah
1, Les mots entre crochets, qui semblent appartenir à cette période, sont placés, dans le lexle, au
commcucement du chap. suivant; et de même dans la vers, arabe.
2. BH : ^UiM»| ^^a^. — 3. BH : '»«3op, Bazmis : la vers, arm. a lu aussi Pizmis (Hist. arm, des
Crois., I, 331). — 4. Ms. : Alçln BH : ^Uj»>I. — 5. Ghyat ed-Dîn (BH). — 6, Saïaàv des liisloriens
byzantins. Barhébréus le nomme Malik-ïah,
LIVRE XV. CHAP. X 195
se révolta contre lui; il vint délivrer Ma'soud et ils se rendirent près de l'émir
Ghazi, fils de Tanousman, et ils proclamèrent Mas'oud sultan. Gomme Sahinsah
était sorti de Constantinople, chargé d'or, ils lui tendirent des embûches, s'em-
parèrent de lui et lui crevèrent les yeux'.
Les Francs, voyant que les Turcs se livraient mutuellement des combats,
s'enhardirent. Boémond vint s'emparer d'Ablastaïn et de la région de Djihan.
Tout le pays de Mélitène se soumit à lui. Ensuite, ils se réunirent avec ostentation
en grand nombre, à Édesse, et ils passèrent des jours à discuter entre eux au
sujet des pays et du partage des villes, « qui, lorsqu'ils les auraient prises,
devaient être à tel ou tel. » Pendant qu'ils s'attardaient à de semblables discus-
sions, les Turcs se réunirent pour leur livrer bataille. Les Francs s'avancèrent,
mécontents les uns des autres à cause du partage des pays. Quand ils par-
vinrent à Harran, les gens de Harran sortirent à leur rencontre et leur appor-
tèrent les clefs. Baudoin, comte d'Edesse, dans le lot duquel se trouvait Ilarran,
ne prit point les clefs, de peur qu'en entrant d'abord dans la ville ils ne la
pillassent et la dévastassent. Ils la laissèrent donc et passèrent, encore plus
divisés pour n'avoir pas pénétré à Harran pour y déposer leurs bagages. C'est
pourquoi quand ils rencontrèrent les Turcs, les Francs furent vaincus. Baudoin
et Josselin furent pris et conduits, enchaînés, à Mossoul^ Tancrède s'enfuit à
Édesse, et y établit comme chef Richard^
Ces choses se passèrent en l'an 1414*, sur le fleuve Baliha, qui sort de Padan
d'Aram, dont les faiyayè ont aujourd'hui fait une mosquée qu'ils appellent
Maison d'Abraham, et qui va se jeter dans l'Euphrate près de Callinice.
Tancrède abandonna Edesse aux mains de Richard, qui infligea beaucoup de
maux aux Édesseniens, et il partit pour Antioche. 11 ne se souciait pas de la
délivrance de Josselin, à cause de la dispute qui avait eu lieu entre eux. Mais
des gens de Tell Baser allèrent, fixèrent sa rançon, et restèrent eux-mêmes en
prison comme otages : et Josselin sortit pour rapporter l'or. Alors ces otages
[394] perforèrent la maison dans laquelle ils étaient enfermés et prirent la fuite ;
Josselin fut délivré sans rançon.
La rançon de Baudoin fut fixée à 70 mille dinars. Josselin en prit 30 mille, alla
à Qala' Dja'bar, et se donna lui-même comme otage pour le reste, et il délivra
Baudoin. Le sultan de Mossoul, en apprenant que Josselin était de lui-même
retourné en prison, fut pris d'étonnement et demanda à le voir : car il ne l'avait
1. Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. LXXXV, § xxix-xxxr. — 2. Corap. Matth, d'Edesse, trad., p. 254;
RÔHRicHT, Gesch. des Kônigreicks Jérusalem, p, 49 et suiv. — 3. Richard du Principal, cousin
de Boémond. — 4. Réellement en 1104. Comme nous l'avons déjà remarqué, l'auleur se sert par-
fois d'une chronologie qui met 310 ans seulement de difTérence entre l'ère des Séleucides et l'ère
chrétienne ; cf. p. 186, n. 3.
196 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
jamais vu, et avait entendu parler de sa magnifique prestance. Josselin se rendit
à Mossoul. Quand le sultan le vit, il diminua 10 mille (dinars) de la rançon de
Baudoin. Josselin l'adora et se prosterna le visage contre terre; alors, pour prix
de son salut, il diminua encore 10 mille (dinars); ils mangèrent et se réjouirent,
et, au matin, quand le sultan sortit avec ses troupes, il ordonna à Josselin de
monter à cheval et de prendre son ai'mure ; et quand le sultan, avec toute la foule,
vit la beauté et la force de Josselin, il l'admira et lui remit tout ce qu'il devait
de la rançon de Baudoin. Josselin s'en retourna dans la joie.
Baudoin, après avoir été délivré de prison, monta prier à Jérusalem. Quaijd il
y parvint, il se trouva que le mercredi de la semaine des Hosanna de cette
année 1428, le roi Baudoin était tombé de cheval, et, se voyant mourir, il ordonna
que ce Baudoin d'Édesse, qui était fils de sa sœur, fût roi après lui. Or, c,uand
celui-ci arriva à Fimproviste, sans être attendu, ce choix sembla venir du Sei-
gneur, et tous se réjouirent à cause de lui. Il fut sacré le mardi de la Passion, 9 de
nisan (avril) '.
Quand il fut devenu roi, il donna Edesse à Josselin, vaillant héros.
En ces jours-là, quelques Arméniens astucieux, voyant que les Turcs avaient
pillé la région d'Edesse et s'étaient avancés jusqu'au mur, prêtèrent leur concours
aux Turcs et les firent entrer dans une des tours; parce que les Arméniens pen-
saient que les Turcs s'empareraient de la ville tandis qu'elle était sans chef. Dieu,
dans sa miséricorde, fit en sorte que Josselin arrivât à ce moment, et, voyant les
Turcs qui étaient déjà montés au sommet de la tour, il y entra seul, revêtu de sa
cuirasse; il plaça sur son casque un bât d'âne, pour ne pas être blessé par les
pierres que les Turcs lui lançaient, et, étant monté, il tua 30 hommes, et les
autres se précipitèrent d'eux-mêmes; il coupa du glaive les échelles de corde, et
ceux qui y montaient tombèrent et se broyèrent. Et ainsi il délivra la ville'.
Avant cette époque, c'est-à-dire en l'an 1421, était sorti du Khorasan un géné-
ral nommé Maudoud', avec cent mille (hommes); il assiégea Edesse pendant des
mois*. Mais quand les Francs se réunirent pour venir sur eux, les Turcs prirent
la fuite ^
En l'an 1419, on vit dans la région A cause* de l'irritation du patriarche
de Djihan, au milieu de la nuit, une contre Bar Çabouni, il y eut du trouble
1. Baudoin I"' mourut le mardi 2 avril 1118 (;= 1428; cf. p. 195, a. 4), et Baudoin II fut couronné
le 14 avril, jour de Pâques. Les Syriens appellent « semaine de la Passion », notre semaine Sainte.
— 2, Comp. Matth. d'Edesse, trad,, p. 279-280. — 3. Maudoud ibn Altountekin. — 4. En avril
1112. — 5. Pour ce qui concerne les entreprises contre Edesse, voir Gesch. der Chai., III, 194;
Matth, d'Édesse, loc. cit. ; Rôhjucht, Gesch. des Konigr. Jérusalem, p. 89, 96.
6. Pour les quatre premières lignes de cette colonne, voir p. 194, u, 1.
LIVRE XV. CHAP. X
197
clarté comme la clarté du soleil; et
elle resta environ trois heures.
Le 4 de nisan (avr.) de la même année,
une obscurité épaisse, comme une pous-
sière troublée, couvrit le globe du so-
leil, depuis la première heure du matin
jusqu'à la troisième heure; depuis la
troisième heure jusqu'à la dixième,
il éclaira faiblement; pulsj pendant les
trois autres heures, [393] son globe était
comme du feu et n'éclairait pas du
tout. Cette obscurité dura 12 jours.
Le 5' de 'iyar (mai), le soleil s'obcur-
cit pendant trois heures.
Au commencement de haziraii (juin),
parut une étoile caudée, dont la queue
s'étendait vers l'Orient, comme une
lance : elle resta 15 jours, marchant
chaque jour en avant.
La même année, au mois' d'éloul
(sept.), il y eut un violent tremblement
de terre, dans lequel beaucoup d'endroits
importants furent renversés. — Fin.
dans toute l'Église, et de la corruption
dans tous les diocèses, mais surtout
dans celui d'Edesse. Le gouverneur
franc de cette ville* favorisait le métro-
politain; il envoya à diverses reprises
des prêtres et des fidèles notables de la
ville, avec des Francs, pour persuader et
demander [393] au patriarche de l'ab-
soudre; mais il n'y consentit point. Le
métropolitain de Mélitène, Mar Diony-
sius, vint à son tour, avec soixante-dix
fidèles, trouver le patriarche au cou-
vent de Mar Bar Çauma. Ils se proster-
nèrent sur le visage aux pieds du pa-
triarche en disant : « Nous ne relèverons
pas notre visage de terre avant que tu
n'aies absous l'évêque d'Edesse » ; mais
il n'y consentit point. Ensuite tous les
évoques se réunirent et supplièrent le
patriarche en sa faveur. Le patriarche
répondit : « Au mois de nisan (avril) ve-
nez tous et qu'il vienne aussi; et que
l'affaire soit réglée dans le synode après
examen. » De cette manière le patriarche
congédia les évêques venus inutilement :
il convoqua un synode et ne réconcilia pas Bar Çabouni. Bien plus, il déposa le
vieillard* Bar Maudiana de l'épiscopat de Mélitène, parce qu'il favorisait Bar Ça-
bouni,
Le vénérable Mar Dionysius exerça l'épiscopat à Mélitène pendant 12 ans; il
enseigna, régla et établit dans cette ville des habitudes correctes ; il l'enrichit
d'enseignements qui s'y propagent encore aujourd'hui et se transmettent de généra-
tion en génération. Quand le patriarche l'en fit sortir, il resta dans la solitude.
[o9-4] Le patriarche, pour ne pas rassembler le synode, comme il l'avait promis , prit
prétexte de ce qu'en sortant de chez lui, mécontents que leur demande n'ait pas été
accueillie, Dionysius de Mélitène et Iwannis de Djihan écrivirent et déclarèrent que :
« si le patriarche tenait un synode, comme il l'avait promis, ils attesteraient que Bar
Çabouni était irrépréhensible, et si le patriarche ne tenait pas de synode, Bar
1. Ou peut êlre le 25 : la lecture est douteuse.
2. Baudoin II. — 3. Cf. ci-dessus, p. 190.
198 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Çabounî était désormais délié et absous ». Quand le patriarche apprit cela, il fut
excessivement irrité contre ces vénérables (évoques); il ne rassembla pas le synode,
mais enleva Mélitène à l'évêque venu de Goubbos, qui est Bar Maudiana. Il appela et
ordonna Elisée, archimandrite de Bârîd, qui prit le nom d'Iwannis. Celui-ci y arriva au
mois de tésrîn ii (nov.) de l'an 1425, et le gouverneur exigea de lui de l'or ; la ville
paya pour lui 200 dinars, et il fut accepté. Ensuite, quand il laissa voir qu'il aimait à
boire du vin, il fut méprisé et dédaigné par tout le monde.
CHAPITRE [XI]. — De l'époque a laquelle Mar'as fut renversée par un tremble-
ment de terre. Sur le Turc Balaq\ sur les Arméniens Basil-le-Voleur\ Theodo-
ros^, Lebon' et Constantin^ qui vécurent à cette époque. Sur les autres affaires
séculières et ecclésiastiques.
Nous consignons très clairement le souvenir des Arméniens qui régnèrent, en
ces temps-là dans les places fortes de la Cilicie et delà Syrie.
[393] A l'époque où les Grecs enlevèrent des villes aux Arabes en Cappadoce,
en Arménie et en Syrie, ils tirèrent et amenèrent de la Grande Arménie une foule
de peuple. Ceux-ci se fixèrent en ces lieux et se multiplièrent : les uns allèrent
au delà de Constantinople, les autres en Egypte. Quand les Turcs sortirent
du Khorasan et se répandirent dans ces régions, les Grecs s'atîaiblirent beau-
coup et leur empire cessa sur toute la Syrie, la Cappadoce et l'Arménie. Alors
quelques Arméniens entrèrent dans les places fortes situées dans les monta-
gnes escarpées et s'y fortifièrent.
Dans les montagnes de Cilicie étaient deux frères", fils de Constantin, fils
de Roupen.
Dans la région de Samosate, dans la montagne voisine du couvent de Mar Bar
Çauma, étaient Constantin, Tabtoug'et Kristophor ', les fils de Sanbil", des
Syriens, et quand les Arméniens régnèrent à Gargar, ils se mêlèrent avec eux;
Constantin" et Michel'" et Ohannes", à Gargar, à Gaqtai'% à [Beit]" Boula.
1. Kogh-Basil. — 2. Thoros l", fils de Constantin et petit-fils de Roupen. — 3. Levon; forme
arménienne du nom de Léon; frère de Thoros. — 4. G. de Gargar. — 5. Thoros 1" (1100-1129) et
Léon I" (1129-1136; mort à Cple en 1139). — 6. BH : Vs^o^al. Tavtoug est le diminutif du nom
arménien Tavit (David). — 7. Sic ms. et vers. ar. — 8. BH : "^slco; vers. ar. : ^^aiao. — 9. Const.
de Gargar; dépossédé par Baudoin d'Édesse, en 1116 (cf. Matth. d'Édesse, trad., p. 294. — 10.
Fils de Constantin; reprit Gargar aux Turcs en 1124 [op. cil.,\>. 313). — 11. Lire : >isa.uoiolo (BH).
— 12. Ms. et vers. ar. : Gavtai\ il faut lire "l^a.*. (ou uM^^) ; cf. Barhebr., Chr. syr., p. 316. Dans
le passage parallèle, notre ms. (p, 650) écrit comme ici Gavlai, mais la version arménienne porte
Gakta (cf. Hist. arm. des Croisades, I, p. 342). — 13. Sic BH, et vers. ar. ; Uaala u9o.
LIVRE XV. GHAP. XI 199
A Kaisoum et à Ra'ban, et même dans la montagne de Zôbar', étaient Kogh-
Basil% et aussi Dgha-Basii% et la femme de Kogh-Basil \ qui était la nourrice
de Tenfant et non sa mère. Ils avaient un gouverneur nommé Kourtîg, homme
méchant, qui détestait les Syriens".
Celui-ci fît en sorte que la femme de Kogh-Basil enlevât aux Syriens le mo-
nastère Rouge', près de Kaisoum, qui appartenait à notre peuple depuis les pre-
mières générations. Elle en expulsa les moines syriens et le donna [HdG] au
catholicos Krikorios' et aux moines arméniens, de même que les couvents de
Zabar, appelés Beit Qenayê, qui sont cinq lieux", et dans lesquels il y avait beau-
coup de moines.
Quand Kourlîg détint le pouvoir, il fit sortir les moines de la forteresse dé
'Arnis', et il y plaça des soldats et une garde. Il ordonna que les moines lui
donnassent deux mille dinars, et il les torturait sans pitié, de manière qu'il
fît disparaître les moines, et les couvents devinrent déserts.
Alors le roi Tancrède vint d'Antioche et assiégea Kaisoum pendant 2 ans ;
il finit par s'en emparer '°.
Kourtîg était à Beit Hesnê ; il possédait aussi Qala' Romaita, et jamais les
Francs ne pouvaient le vaincre. Ils usèrent de ruse et lui donnèrent une femme
franque, nommée Galamarî", qui le fit périr par le poison,
Bâlaq était un des Turcs qui régnaient en Mésopotamie ". Or, quand l'émir
Tasphek" mourut, Bâlaq s'empara du fort de Boula, sur les rives de l'Arsanias".
Il sortit delà et s'empara de beaucoup d'autres endroits. Il s'illustra dans beau-
coup de combats, il réduisit sous sa servitude et le roi des Francs, et les nota-
bles des Grecs, et la plupart des Turcs, comme nous allons l'exposer en conti-
nuant successivement d'année en année.
1. Partout ailleurs : J^l ; il est possible que Zobar soit la vraie prononciation. — 2. Kogh-Basil,
Basile-le-Voleur (Guill. de Tyr : Covasilius), régna à Kaisoum depuis 1082 jusqu'à sa mort (12
oct. 1112. — 3. Dgha-Basil, Basile-l'Enfant, fils adoptif et successeur de Kogh-Basil. Dépossédé
par Baudoin d'Édesse, en 1116. (Cf. Matth. d'Éd., p. 293). — 4. Lire : "^.ais ^û3 lt^\ (gu et vers,
ar.) ; le n. pr. est défiguré dans notre texte; de même deux lignes plus bas. — 5. Barhébr. [Chr.
syr., p. 279) rapporte ainsi ce passage : « En Cilicie : deux frères, fils de Constantin, fils de Roupen;
et à Gargar et à Beit Boula : Michel et Ohaunès ; et à Kaisoum et à Ra'ban, et à Beit Hesnê, et à
Qala' Romaita : Kogh-Basil, c'est-à-dire Basile-le-Voleur; et aussi dans la région de Samoaate :
Constantin et Tavtoug, et aussi Bistafor, les fils de Sanbil : ce sont des Syriens qui suivirent
Kogh-Basil et Dgha-Basil, c'est-à-dire Basile-l'Enfant, qu'élevait la femme de Kogh-Basil, et
Kourtig était le gouverneur de cette femme ». — 6. Armén. : Garmir-Vank\ — 7. Grégoire Bahla-
vouni, fils de Grégoire Magistros (1065-1105). Il fut enterré dans ce couvent, ainsi que Kogh-Basil
(cf. Mattu. d'Édesse, p. 258, 281). — 8. BH : <i cinq couvents ». — 9. •^-n^ PH). — 10. Ceci ne
parait pas exact. 11 prit seulement Ra'ban. Cf. Matth. d'Édesse, p. 280 ; Rôhricht, Gesch. des
K. Jérusalem, p. 97. — 11. xa),ri Mapi'a (?). — 12. Nour ed-Daulah Balaq, fils de Behram, fils d'Ortoq.
(BH : ^). — 13. Cf. p. 193, n. 1. — 14. Transposer : oaa^aojl.
200
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
En l'an 1422, l'atabek, c'est-à-dire le précepteur ', du sultan de Mélitène
enleva aux Francs le pays de Djihan.
En l'an 1424, la femme de Kilidj-Arslan ^ sortit de Mélitène, laissant ses
enfants aux soins de l'atabek, c'est-à-dire de leur précepteur, et s'en alla pour
devenir la femme de l'émir Bâlaq, à Boula. [S97] Elle disait, en effet : « J'ai
ouï dire que le sultan disait : Il n'y a personne en ces régions, parmi tous les
émirs des Turcs, de comparable à Bâlaq, homme vigoureux et sage ». Pour ce
motif, elle le rechercha et fut protégée par son nom' ; et lui grandit beaucoup.
— Fin.
En l'an 1426, le 29 de tésrîn ii (nov.), à
l'aube du dimanche, celui « qui regarde
la terre et elle tremble' », regarda et il
y eut '.m tremblement très [S93] violent
dans lequel la ville de Mar'as fut totale-
ment engloutie". Elle fut renversée :
c'est-à-dire que ses fondations étaient
projetées en haut et les édifices en bas.
Elle devint le tombeau de ses habitants,
et un sujet d'effroi pour ceux qui la
voyaient.
Dans ce tremblement de terre l'église
de Mar Jean de Kaisoum s'écroula,
ainsi que celle des XL Martyrs ; elles
furent rebâties par les soins de Mar
Dionysius, évoque de Kaisoum.
Samosate s'écroula aussi dans ce trem-
blement de terre, et, dans cette ville,
avec beaucoup d'autres personnes, Con-
stantinus, seigneur de la forteresse de
Gargar, fut suffoqué.
Bar Çabouni ajouta à l'audace. Il con-
tinua à fouler aux pieds la sentence du
patriarche; il ordonna de nouveau des
diacres et des prêtres. Le [S9o] pa-
triarche réordonnait tous ceux qu'avait
ordonnés Abou Ghalib bar Çabouni.
Chose digne d'étonnement chez les
Edesséniens instruits : sachant très bien
que le métropolitain était excommunié,
pourquoi consentaient-ils librement à se
laisser ordonner par lui? Ensuite ils se
détournaient volontairement de lui, cou-
raient trouver le patriarche et étaient
ordonnés une seconde fois; ils avaient
honte, ils méprisaient, réprouvaient
eux-mêmes leur première ordination :
ce qui est encore plus surprenant !
Le patriarche Athanasius lui-même
fit dans cette affaire, une autre chose
étonnante. Une fois, des gens d'Édesse
vinrent le trouver : ils avaient été or-
1. Étymolog'iqnement ata-hek signifie père du prince. — 2. Dulaurier (Chron. de Matthieu
d'Éd., p. 466; et Hist. arm. des Crois., I, 143) dit qu'elle s'appelait Isabelle; c'est une erreur
basée sur la mauvaise interprétation d'un passage de Barhébréus [Chr. syr., trad. Bruns, p. 310),
Comp. ci-dessous, p. 220. — 3. Celte dernière phrase est à la l'^ pers. dans Barhébréus (Chr.
syr., p. 277). En comparant les deux passages, je suis porté à croire que le copiste a omis
quelques mots, et que le texte primitif serait à rétablir ainsi : [i«« l-iSwo' i-frjtl] w»«. ,«r>» «a û>-3j
.13^ o;* O01O • tf^tl : « je l'ai recherché pour être protégée par son nom ». Et ainsi, elle fut proté-
gée, et lui grandit beaucoup ».
4. Cf. Ps. xciv, 4. — 5, En 1114. Comp. Matthieu d'Édesse, trad., p. 289.
LIVRE XV. CHAP. XI
201
De grandes parties de toutes ces villes
et des villages s'effondrèrent.
En l'an 1427, il y eut un épais brouil-
lard, de l'obscurité et une tempête qui
renversa les édifices, les pierres et les
arbres.
A Edesse, il y eut une inondation qui
démolit la vanne '(?)dile de l'apôtre Addai.
A cette même époque, Bar Hâlabi
amena à Edesse une source d'eau.
Histoire des Phrer « frères » francs^.
— Au commencement du règne de Bau-
doin II, un homme franc vint de Rome
pour prier à Jérusalem. Il avait fait vœu
de ne plus retourner dans son pays, mais
de se faire moine, après avoir aidé le roi
à la guerre pendant trois ans, lui et les
30 cavaliers qui l'accompagnaient, et de
terminer leur vie à Jérusalem. Quand
le roi et ses grands virent qu'ils s'étaient
illustrés à la guerre, et avaient été utiles
à la ville parleur service de ces trois années, ils conseillèrent à cet homme de ser-
vir dans la milice, avec ceux qui s'étaient attachés h lui, au lieu de se faire moine,
pour travailler à sauver son âme seule, et de garder ces lieux [S96] contre les voleurs.
Or, cet homme, dont le nom était Hou[g] de Payn', accepta ce conseil ; les trente
cavaliers qui l'accompagnaient se joignirent et s'unirent à lui. Le roi leur donna la
Maison de Salomon pour leur habitation, et des villages pour leur subsistance. De
même, le patriarche leur donna quelques-uns des villages de l'Église.
Pour eux, ils s'imposèrent la règle de vivre monastiquement, ne prenant pas de
femme, n'entrant point au bain, ne possédant absolument rien en propre, mais met-
tant en commun toutes leurs possessions. Par des mœurs semblables, ils commen-
cèrent h s'illustrer : leur réputation se répandit en tous pays, au point que* des
princes royaux, des rois, des grands et des humbles venaient et s'unissaient à eux
dans cette fraternitté spirituelle; et quiconque devenait frère avec eux, donnait à la
donnés une première fois par Bar Ça-
bouni, d'aborddiacres etensuite prêtres.
Sans s'informer avec eux du diaconat,
le patriarche les déposa seulement du
sacerdoce et de nouveau les ordonna
prêtres. Après qu'ils furent ordonnés,
on agita la question, parmi ceux qui
étaients présents, et on s'informa au
sujet de leur diaconat où, quand et par
qui ils avaient été ordonnés. Ayant
confessé que Bar Çabouni les avait aussi
ordonnés diacres, leur affaire demeura
dans le doute. Voilà les fruits pleins
d'incertitudes qu'engendrent la rébel-
lion et la persistance [396] volontaire
dans la passion. Ensuite le patriarche
définit qu'ils ne pouvaient exercer le
sacerdoce à moins d'avoir un diacre avec
eux'
1. Vers, ar, : uj| ;.a« ax_,i(&. ;am^; Ipû-, « occlusio, agger, obstaculum ». — 2. U^'^S. Il s'agit
des Templiers, comme on le verra parle contexte. Cf. Rohricht, Gesch. des Kônigr. Jerus.,p. 145.
— 3. ^tSjeoi ; de même dans la vers. ar. Il faut lire la première partie du nom iOo« (peut-être
v^oo-) ; Hugues de Payns, premier grand-maître, mort le 24 mai 1136. — 4, <l.|o.
5, s;>ov>a^,
m. 26
202 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
communauté tout ce qu'il possédait : soit villages, soit villes, soit toute autre chose.
Ils se multiplièrent, se développèrent et se trouvèrent posséder des pays, non seule-
ment dans la contrée de Palestine, mais surtout dans les contrées éloignées' d'Ita-
lie et de Rome.
Leurs usages et le^r règle sont écrits. Et quiconque vient pour être frère parmi
eux, est éprouvé pendant un an. On lui lit les règles par sept fois, et à chaque fois
on lui dit : « Vois; peut-être as-tu du regret? Peut-être ne pourras-tu pas sup-
porter jusqu'au bout ces règles? Loue Dieu, et retourne à ta maison ». A la fin de
l'année, sur celui qui accepte et promet de porter le joug, ils récitent des prières
et le revêtent de leur habit. Et après cela, celui qui manque h sa promesse meurt
par le glaive, sans miséricorde ni pitié.
Leur usage est celui-ci. Il n'est permis à personne de posséder en propre, soit
maison, soit argent, soit biens quelconques ; ni de s'absenter sans la permission du
supérieur; ni de dormir ailleurs que dans leurs maisons; ni de manger le pain à la
table du vulgaire; ni, quand on reçoit l'ordre d'aller quelque part pour y mourir, de
dire : « Je n'irai pas ». Mais on doit, comme on l'a promis, travailler avec foi dans ce
ministère, jusqu'à la mort.
Quand quelqu'un meurt, ils font célébrer pour lui 40 messes; ils nourrissent les
pauvres, pour lui, pendant 40 jours et 40 personnes chaque jour ; et ils font mémoire de
lui à l'oblation du sacrifice dans leurs églises, à perpétuité; ils considèrent comme des
martyrs ceux qui meurent dans les combats. Si on reconnaît que quelqu'un a caché
quelque chose à la communauté, ou si on trouve qu'il possédait en mourant quelque
chose qu'il n'avait pas donné à la communauté, ils ne le^ jugent pas digne de sépul-
ture.
Leur vêtement est un habit blanc très simple, et en dehors de lui, ils n'en peuvent
revêtir d'autre. Quand ils dorment', ils n'ont pas la permission de quitter [397j leur
habit, ni de déceindre leurs reins.
Leur nourriture est ainsi (réglée) : le dimanche, le mardi et le jeudi, ils mangent
de la viande, et les autres jours, du lait, des œufs et du fromage. Les prêtres seuls
qui officient dans leurs églises boivent du vin chaque jour, avec le pain, ainsi que les
soldats, c'est-à-dire les cavaliers pendant leurs exercices, et les piétons dans les com-
bats. Les ouvriers travaillent chacun à" son métier, et de même les ouvriers des
champs; dans toute ville ou village où ils ont une maison, il y a un chef et un économe,
et, sur leur ordre, tous ceux qui s'y trouvent travaillent chacun à son ouvrage.
Le supérieur général de tous est à Jérusalem : il commande à tous, et il n'est
jamais permis à aucun d'eux de faire quelque chose de personnel. Sur tout ce qui
rentre des récoltes de froment, de vin, etc., ils distribuent aux pauvres un dixième;
toutes les fois qu'on cuit le pain dans une de leurs maisons, on en réserve un sur dix
1. Lire : \ n , ■■?, au lieu de U»-»©». — 2. ^pîs. ou spo>^. — 3. < » *i . v ».
LIVRE XV. CHAP. XII 203
pour les pauvres. Les jours où on dresse la table et où les frères mangent le pain,
tout ce qui reste est donné aux pauvres. Deux fois par semaine, ils distribuent spé-
cialement aux pauvres du pain et du vin '.
Bien que leur institution primitive fût en vue des pèlerins qui venaient prier, pour
les escorter sur les routes, cependant, par la suite, ils allaient avec les rois à la guerre
contre les Turcs. Ils se multiplièrent au point d'être 100 mille. Ils possédèrent des
forteresses et bâtirent eux-mêmes des places fortes dans tous les pays de la domina-
tion des Chrétiens. Leur richesse se multiplia en or et en choses de toute sorte, en
armures de toute espèce, en troupeaux de moutons, de bœufs, de cochons, de cha-
meaux, de chevaux, au delà de celle de tous les rois. Et cependant ils étaient tous
pauvres et détachés de tout. Ils sont familiers et charitables pour tous ceux qui
adorent la Croix. Ils fondèrent dans tous leurs pays_, et surtout à Jérusalem, des
hôpitaux, de sorte que tout étranger qui tombe malade y trouve place; ils le servent
et prennent soin de lui jusqu'à ce qu'il soit guéri, et alors ils lui donnent un viatique
et le renvoient en paix, ou bien, s'il meurt, ils prennent soin de sa sépulture. — Fin.
CHAPITRE [XII]. — De l'époque du commencement du règne de Jean, fils
d'Alexis, [empereur) des Romains, à laquelle les combats se multiplièrent
entre les Turcs et les Francs. A celte époque, la place de Birta fut pillée^,
et les Comans furent soumis par les Grecs. Sur les autres affaires civiles et
ecclésiastiques.
En l'an 1425, mourut Tancrède', seigneur d'Antioche; après lui régna le fils
de sa sœur, appelé Roger*. Celui-ci broya les Turcs [conduits par]^ Boursouq",
le 26 d'éloul (sept.) de cette année''.
[398] La même année, un Turc préposé à la garde' de Hesna de Ziad, se
révolta, fit des captifs dans le pays et les vendit comme esclaves. Ibrahim ^ fit des
1. Cf. H. DE CuRzoM, La règle du Temple, Paris, 1886; et les autres sources citées par Rôhricht,
Gesch. des Konigr. Jérusalem, p. 145.
2. En 1116. Il n'en est pas question dans le texte. Cf. Kôhricht, Gesch. d. K. Jerus., p. 114; Matth.
d'Édesse, trad., p. 294. — 3. En réalité le 12 déc. 1112. — 4. Ms. Do^eZ pour iîogeZ (forme syriaque).
Roger, fils de Richard du Principat. Tancrède en mourant lui laissa Antioche jusqu'à la majorité de
Boémond II. — 5. Suppléer : ><^y, ou lire au singulier avec la vers. ar. : « le ïurc Boursouq >>. —
6. L'émir Boursouq ibn Boursouq, que les écrivains syriens ont parfois confondu avec Aqsouqor
al-Boursouqi, gouverneur de Mossoul (1114-1126). — 7. Plus probablement le 14 sept. 1115, près
de Er-Roudj. Sur la date et le récit de la bataille, cf. Rôhbicht, Gesch d. K, Jerus., p. 110-111;
Weil, Gesch. d. Chai., III, 202. — 8. Ms. : Ashasalar ; étymol. : « commandant de cavalerie >>.
Cf. Hist. arm. des Croisades, I, p. lxxv. — 9. Probablement Ibrahim, seigneur d'Amid et de
Hesn-Kéfa (1105-1128).
204 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
captifs dans le pays de 'Arqa, et Mélitène fut pleine de gens enchaînés. Alors,
les fidèles montrèrent l'ardeur de leur foi et les délivrèrent tous.
Quand la Khatoun* revint de chez Bâlaq, elle chassa l'atabeg : elle-même et
son fils restèrent dans la forteresse, protégés par le nom de Bâlaq ^
Alors ce Turc' de Hesna de Ziad fut dans l'angoisse; il venditla forteresse au
sultan de Mélitène' et reçut en échange de l'or et divers endroits. Mais quand
les gens du sultan de Mélitène pénétrèrent à Hesna, tout à coup, le fils du sultan
du Khorasan arriva sur eux avec une grande armée, et, sans avoir combattu, ils
livrèrent Hesna de Ziad au fils du sultan du Khorasan". Ensuite la paix fut
faite.
En l'an 1429, l'émir Mangoug', seigneur de Qamah, pilla la région de Méli-
tène, le 15 de 'adar (mars). C'est pourquoi la Khatoun de Mélitène envoya trouver
Josselin d'Edesse et fit la paix avec lui'', pour qu'il leur vînt' en aide.
Au mois de 'ab (août) de la même année, Alexis, empereur des Grecs, mourut'.
II était sage et vaillant. Par sa sagesse, il délivra leur ville des Francs, des
Comans, des Serbes et des Valaques *. Il combattit avec tous ceux-ci, et con-
serva l'empire ; il gouverna avec fermeté pendant 29 ans ".
Après lui régna son fils Jean, en l'an 1429. Son frère "forma un complot
contre lui, [399] avec sa sœur et leur mère. Jean envoya son frère et sa sœur en
exil, et fit sa mère religieuse". Alors l'empire lui fut assuré.
En l'an 1430, au mois de 'iyar (mai), l'émir Ghâzi, fils de Tanousman'% rassem-
bla sept mille Turcs et envahit la région d'Antioche. Roger, seigneur
d'Antioche, sortit à sa rencontre avec de nombreux fantassins. Les Turcs leur
tendirent des embûches, et, quand les Francs furent entrés au milieu de l'embus-
cade, les Turcs les entourèrent: Roger fut massacré avec beaucoup d'autres".
Alors les Turcs pillèrent à leur aise le pays ; ils attaquèrent et prirent les places
fortes ; ils massacrèrent une foule de moines dans la Montagne Noire. Ces Turcs
1. Khatoun est un litre commun, liltér. : i< dame » ; nous ignorons le nom propre de cette prin-
cesse. Cf. p. 200, D. 2. — 2. Cf. p. 200, a, 3. — 3. Peut-être Mohammed ibn Djabak. —
4. Togril-Arslan, fils de Kilidj-Arslan. — 5. Ceci semble faire allusion à l'expédition d'Aqson-
qor el-Boursouqi avec Ghyat ed-Dîn Mas'oud, fils de Mohammed, que Matthieu d'Edesse (trad.,
p. 287) fixe à l'année 563 des Arméniens (févr. lll'i-févr. 1115); cf. Gesch. d. Chat., 111, 199, —
6. Mangou-djag, vulg. Manoutché, de la famille des Bené-Seddad, de la tribu kurde des Rewadi.
Cf. Ilist. arni. des Croisades,!, 333. — 7. Ms. : « avec eux ». — 8. 15 août 1118. — 9. Balakayê .
— 10. Cf. ci-dessus, p. 177, n. 1. — 11. En réalité son beau-frère (Bryenne), Isaac, son frère, lui
était alors tout dévoué. — 12, Rectifier ces assertions d'après les historiens byzantins. Cf. Hist.
du Bas-Emp.,\. LXXXVI, § i-iit. — 13, Barhébréus {Chr. syr., p, 282) fait remarquer que Michel
confond ici Ilghâzi, fils du Danismend, avec Ughazi fils d'Ortoq, seigneur de Mardin. C'est ce der-
nier qui dirigea l'expédition contre les Francs. — 14. 28 juin 1119. Cf. Gesch. der Chai., III, 235;
Matth. d'Edesse, trad., p, 299; Rôhkicht, Gesch. d. K. Jerus., p, 132 et suiv.
LIVRE XV. CHAP. XII 205
demeurèrent longtemps dans le pays et y firent de cruels méfaits, jusqu'à ce
que Baudoin, roi de Jérusalem, en ait eu connaissance et vînt.
Les Turcs, ayant appris la venue du roi, lui tendirent aussi des embûches ;
quand le roi s'avança contre les Turcs, les poursuivit et les vainquit, ceux qui
étaient en embuscade massacrèrent par derrière les fantassins jusqu'à ce que
le roi s'en aperçût; il revint contre eux et détruisit entièrement l'embus-
cade. Alors il poursuivit de nouveau Ghâzi, et les Turcs s'enfuirent les uns à
Alep, les autres avec Ghâzi. Les Turcs éprouvèrent en ce jour une grande
défaite '. Les Francs qui avaient échappé à la (première) défaite, les captifs
qu'avaient faits les Turcs dans la région ayant été délivrés, entrèrent avec le
roi à Antioche.
La même année, le sultan de Mélitène soumit la région du Djihan et d'Ablas-
taïn,.[COO] et à Mélitène fut donné le pays de Qati'a=.
Au mois de sebat (févr.) de la même année, les Francs pillèrent la région de
Mélitène, et les Turcs celle de Gargar.
Les Grecs s'organisèrent contre les Turcs sur le littoral, ils restèrent pen-
dant deux mois, et se retirèrent sans avoir livré bataille.
Le sultan de Mélitène avec Balaq, son gouverneur', pillèrent le pays de Qamah ;
le seigneur de l'endroit, Ibn Mangoug*, s'enfuit à Trébizonde, chercher du
secours près des Grecs, et Gabras* revint avec lui. Alors Bâlaq et le sultan
de Mélitène firent alliance avec Ghâzi, fils de Tanousman. Quand on livra bataille
les Grecs furent vaincus; Gabras et Ibn Mangoug furent pris. Gabras fut vendu
30.000 dinars, mais Ghâzi délivra Ibn Mangoug, parce qu'il était son gendre,
et pour ce motif, il y eut inimitié entre le sultan et Balaq, d'une part, et Ghâzi.
La même année, Jean, empereur des Grecs, sortit et enleva trois forteresses
aux Turcs*^.
Ghâzi ' réunit de nouveau des troupes et envahit le pays d'Edesse. Il incendia
les récoltes ; et comme il ne trouva personne qui vînt à sa rencontre, il entra
même dans la région d'Antioche, y fît des captifs, et revint dans son pays.
Balaq régna sur Hesna de Ziad et les lieux environnants; Mélitène était
sous sa suzeraineté, et il était redouté de tous les émirs. Cependant les Armé-
niens de Gargar dévastaient son pays par leur brigandage ; il fît dire à Michel
de Gargar qu'il lui donnerait chaque année mille charges de froment, s'il main-
tenait ses voleurs, et il lui donna trois villages dans son pays. Michel avait
1. Le 14 août de la même année {Ibid.). — 2. De même dans l'arabe qui a pris Qati'a pour un
adjectif : ov^'iMi. vj-a^-a»^ J^a u^|o. Barhébréus (p. 282) : tv.gj5, \uaj^ "^ «^û>«.|o « et il s'em-
para de la forteresse de Qati'a ». — 3. Le sens est « son suzerain »; cf. p. 200, n. 4 et p. 204.
— 4, La version arménienne porte simplement « Mangou-djag » ; cf. p. 204, n. 6. — 5. Duc de
Trébizonde; cf. Hist. du Bas-Emp., LXXXIV, § xïxvi, — 6. Laodicée de Phrygie, Sozopolis, etc.
Cf. Hist. du Bas-Empire, LXXXVI, § rv, v. — 7, Ilghazi, fils d'Ortoq (mort le 3 nov. 1122).
206 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
maintes fois fait des serments à Balaq, mais ses paroles n'avaient jamais été
tenues. Un jour que le froment avait été expédié à Gargar, dans la nuit même,
les pillar ds de Michel incendièrentdeux villages à Hanazit, en pillèrent plusieurs
autres, et tuèrent les Turcs qui campaient sans précaution, pleins de confiance
parce que les princes avaient fait la paix et les présents, c'est-à-dire le froment,
avaient été envoyés. Quand on rapporta à Balaq ce qui s'était passé, il entra en
colère et songea à poursuivre les Arméniens, pour leur perdition. Au moment
d'un rude hiver, tandis que les montagnes étaient pleines d'une neige abon-
dante, comme les gens de Gargar restaient sans préoccupation et sans garde,
Balaq passa sur la glace de l'Euphrate, vers Goubbos, et trompa les gens de
Gargar, en paraissant s'éloigner. Us dirigèrent des milliers' de chevaux nus'
vers la montagne escarpée qu'on appelle Qariouna, et les poussèrent devant
eux ; ainsi, la neige fut fendue et les troupes passèrent ; en un jour, ils arri-
vèrent en face du couvent de Mar Bar Çauma. Pendant la nuit, ils franchirent
la montagne de Gargar, et, à l'aurore, ils fondirent sur le malheureux pays, qui
fut fait captif par Balaq, le lundi, l'"' de kanoun ii (janv.) de l'an 1432% et ne put
échapper aux mains des Turcs. Il en tira et en fit sortir les gens et les bêtes
et tout ce qui s'y trouvait; le pays demeura entièrement désert. Balaq lui-même
se montra miséricordieux pour le peuple, il ne laissa pas périr une seule per-
sonne d'entre eux; il ne les fit point esclaves; bien plus, il leur conserva leur
bétail et tout ce qui leur appartenait; il leur donna des villages et les établit à
Hanazit, sa région. II leur fit jurer qu'ils ne retournei'aient pas à Gargar, et
(jura lui-même) : « Ceux qui s'enfuiront et retourneront de nouveau à Gargar,
je les prendrai comme esclaves ». Ce qui eut lieu. Au bout d'une année Balaq
revint à Gargar : il prit comme esclaves tous ceux qu'il y trouva, et brûla les
villages, les vignes et les oliviers. Josselin marcha contre lui, et Balaq s'enfuit
dans la montagne; comme les Francs ne purent rien contre lui, ils s'en retour-
nèrent, et lui-même rentra dans son pays.
En l'an 1433*, le sultan du Khorasan" envoya 100.000 hommes, avec un géné-
ral; et ils pénétrèrent dans l'Ibérie pour y régner. Le roi des Ibères* ferma
derrière eux tous les défilés, et il les fit tous périr au fil de l'épée'.
La même année, Josselin pilla le pays de Goubbos.
La même année, Jean, empereur des Grecs, fit la guerre au peuple des
Comans, et depuis lors ils furent sous la dépendance des Grecs*.
l.BH : « raille ». — 2, C.-à-d. libres, sans harnachement. — 3. 1122; cf. p. 186, n. 3. — 4. En
réalité 1121. — 5. Mahmoud II Moghît ed-Dîn fils de Mohammed (1118-1131). Il régnait sur l'Irak
que sou oncle Sindjar lui laissa en usurpant l'empire. — 6. David II, fils de Georges II, roi de
Géorgie. — • 7. Sur cette guerre, cf. Hist . du Bas-Emp., LXXXVI, § v; Gesch. des Chai., III,
236 ; Matth. d'Edesse, Irad., p. 303-304. — 8. L'auteur paraît confondre ici les Comans avec les
Patzinaces. Cf. Hist, du Bas-Emp ., LXXXVI, § vu.
LIVRE XV. CHAP. XII
207
Vévéque Basilius d'Edtsse^, qui se trouva Z«, écrivit à propos des Comans.
Il s'exprime ainsi : Quand ces Gomans vinrent contre Gonstantinople, l'empe-
reur Jean usa de ruse ; il fit [la paixj' avec eux. Lorsqu'ils se furent mélangés
et furent entrés dans les villes, même à Gonstantinople [601] et dans le camp
de l'empereur, il envoya au même moment l'ordre de s'emparer d'eux partout
où ils se trouvaient. On se saisit d'environ 3.000 d'entre eux dans le camp de
l'empereur, et dans chaque ville plus ou moins. Le jour même où ils furent
pris, l'empereur allait avec ses troupes à leur camp. Selon leur coutume, ils
avaient entouré leur camp de chariots et se défendaient. Gomme les Grecs
avaient lutté plusieurs jours sans pouvoir pénétrer à l'intérieur des chariots,
l'empereur descendit de sa monture et ordonna que tous les cavaliers combat-
tissent à pied. Ainsi le combat s'accentua, ils s'élancèrent, pénétrèrent (à l'inté-
rieur) et massacrèrent la plupart d'entre eux; ils s'emparèrent de leurs chefs et
d'un grand nombre d'hommes qu'ils amenèrent comme esclaves à Gonstanti-
nople. Et cette victoire procura un grand soulagement à cet empereur.
Ges Gomans sont une fraction des Turcs; leur langue est turque ; mais ils
ne connaissent ni Moyse, ni les prophètes, ni le Ghrist notre Seigneur, ni
Mahommet, Partout où ils vont, ils ont avec eux leurs femmes, leurs enfants et
leurs bagages; et ils se protègent par des chariots de bois, dont ils forment un
mur autour de leur camp. A cette époque, ils montèrent des rives du fleuve
Danube et vinrent pour s'emparer de Gonstantinople, jusqu'au moment où cet
empereur remporta sur eux une grande victoire; et, depuis lors, ils furent
soumis à l'empire des Grecs. — Fi\i.
En l'an 1431, le jeudi premier de ka-
noun II (janv.), il y eut à la troisième
heure un violent Iremblement de terre,
qui détruisit beaucoup d'endroits,
A cette époque, il y eut une grande
famine à Jérusalem . [S98] Or, cesphrer,
c'est-à-dire « frères », qui s'appellent
dâwiyah^ c'est-à-dire « divins », don-
naient et distribuaient aux pauvres, se-
Bar Çabouni alla de mal en pis. II se
rendit près du patriarche des Francs*,
qui résidait à Antioche, et se plaignit
très méchamment du patriarche Mar
Athanasius. Il fit en sorte [S98] que
l'Eglise des Orthodoxes tomba dans le
mépris vis-à-vis des hétérodoxes.
Or, le patriarche franc avait fait
amener Mar Athanasius du monastère
1. L'expression « qui se trouva » semble indiquer que l'auteur fut présent. Il s'agirait soit de
"Éasile bar Çabouni, soit plutôt do Basile bar Soumana, d'abord év. de Kaisoum, puis d'Édesse
(1142), qui raconterait alors un voyage de sa jeunesse. — 2. Mot omis par le copiste; vers. ar. :
3. Vers. ar. : ^o^ uJi| omoU. ijjj paraît être la transcription d'un mot franc.
4. Bernard de Valence, premier pair. latin, d'Antioche (1100-1 136). Cf. Oriens Christ., III, 1153.
208
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Ion leur coutume, sans diminution ;
comme le froment qu'ils avaient se con-
sumait et diminuait, les économes pres-
sèrent les chefs et les directeurs : ils
entrèrent et virent les celliers' vides,
il lie restait dans chacun que peu de
chose. Ils se dirent entre eux : « Ce peu
qui reste, quand même nous retranche-
rions la part des pauvres, ne nous suf-
firait pas ; qu'on distribue donc comme
de coutume, et qu'on ne retranche rien
aux pauvres. Mais pauvres nous-mêmes,
nous en userons également tant qu'il en
restera, jusqu'à ce que tout soit con-
sommé, et alors nous mourrons avec les
pauvres ». Telle fut la pensée des direc-
teurs, et tous furent unanimement d'ac-
cord avec eux. Ils décidèrent ainsi : et
tous acceptèrent un tel sentiment. Ils
distribuaient donc aux pauvres, sans
diminution, comme de coutume. Le
Seigneur, qui avait nourri dans le dé-
sert des milliers de gens avec quelques
pains, les visita. Dès que les économes
entrèrent, ils trouvèrent tous les cel-
liers surabondamment pleins et regor-
geant de froment, d'orge, de vin et de
légumes. Et ce prodige fut partout pro-
clamé, pour la gloire de Dieu.
Au commencement de kanoun ii
(janv.), en l'an 1431, le feu tomba à
Constantinople, et détruisit dix mille
maisons et boutiques.
Au mois de 'iyâr (mai) de cette même
année, la sauterelle volante, arriva h
d'Aqsar % (situé) dans la région, et
le fit entrer à Antioche malgré lui. On
le conduisit à la grande église de Mar
Petrus, qui est appelée de Cassianus.
Ils lui demandèrent d'absoudre Bar Ça-
bouni ; mais il n'y consentit pas. Les
Francs voulurent frapper les Syriens
et le patriarche, car ils étaient irrités
pour le motif que voici : Quand ils
amenèrent le patriarche à leur église,
ils le traitèrent avec honneur et le
prièrent en disant : « Fais grâce, et
absous cet évêque ; car Edesse est une
ville qui nousappartient » . Le patriarche
répondit : « Il est trop coupable ».
L^'interprète^ qui ne comprit pas le sens
du mot, répéta : « Il dit : Il me doit de
l'or ' » Les Francs s'écrièrent ; « Mais
c'est là (l'œuvre) de Simon ' et non de
Pierre! Il ne convient pas à des chré-
tiens de priver un évêque de son office
pour une dette d'argent ». Et comme
l'interprète ne put pas leur faire com-
prendre, le (patriarche) franc ajouta :
« Si, selon vos usages, vous traitez les
affaires aux prix de l'or, imagine-toi
qu'aujoui'd'hui tu as fait cadeau à cette
église de dix mille dinars, en déliant
celui-ci qui a cherché en elle un re-
fuge ». Le patriarche ne pouvant plus
leur répliquer promit d'absoudre Bar
Çabouni. Ils lui dirent : « Ecris-donc
présentement, et délie-le », et ils lui
donnèrent un papier pour qu'il écrivît.
11 le prit, et en se mettant h écrire, il
1, Il faut probablement lire : m)» tu^ (iîjU vl»-) ; vers. ar. : jttîSs, û>o.
2. Sic ras. et vers. ar. >msHI , Barhéhr. a lu (probablement avec raison) : Uo^ « Dovaïr m; cf. ci-
dessous, p. 231. — 3. Le même mot syriaque, hayab, signifie reus et dehitor. — 4. Cf. Act,
apost., viii.
LIVRE XV. GHAP. XII
209
fixa Bar Çabouni, qui se tenait là, et lui
dit : « Abou Ghalib, [S99] vois oii tu
m'as amené ! » Le misérable ne garda
pas le silence, mais il répondit avec
arrogance et dit : « Si je suis Abou
Ghalib, tu es Abou '1-Faradj ! » Cette
parole poussa le patriarche au dérègle-
ment. Il s'irrita, rejeta le papier, tendit
le cou et dit : « Coupe-moi la tête; je
ne délierai pas cet homme ! » Les Francs
ordonnèrent de le frapper. Un évêque
âgé d'entre les Francs fit observer au
patriarche : « Si ces misérables sont
coupables et méritent les coups, cepen-
dant, il ne nous convient pas d'employer
les coups au milieu de l'église n. Or, la
bonté de Dieu agissant, leur colère se
calma et ils laissèrent le patriarche et
ceux qui l'accompagnaient. Ceux-ci sor-
tirent de la grande église et vinrent à
l'église de la Mère-de-Dieu des Syriens,
qui est à Antioche. Les Francs prescri-
virent de ne pas lui laisser franchir la
porte de la ville avant qu'ils n'aient ras-
semblé un synode ; et leur patriarche
envoya chercher leurs évêques pour
qu'ils se réunissent.
Mar Athanasius demeura dans l'é-
glise, et dans les pleurs et l'affliction.
Ensuite, cinq jours après qu'il eut été
placé dans une cellule (le patriarche la-
tin) en fit. fermer la porte et ne laissait
personne communiquer avec lui. Alors
le reste des prêtres et le peuple étaient
plongés dans l'affliction ; des prêtres
allèrent chercher 'Abd al-Mesyah, le
philosophe, qui était d'Édesse, fils d' Abou Radha; il était chalcédonien, mais il
aimait le patriarche, et celui-ci avait confiance en lui. Cet homme vint; il entra
Mélitène et mangea un peu les récoltes.
Et comme il y eut des rogations [o99]
fréquentes et très pieuses, la bouche de
la sauterelle fut liée, et elle ne dévora
plus, mais elle périt et disparut. Cepen-
dant elle déposa ses œufs, et peu de
temps après parut la sauterelle ténue,
qui rongea un peu les arbres et les
vignes et périt aussitôt.
La même année, une ville de Perse,
appelée ArdbîP, fut subitement englou-
tie et devint un lac d'eau : tous ses ha-
bitants furent noyés au milieu d'elle.
En Fan 1432, il y eut un hiver rigou-
reux, pendant40 jours ; l'Euphrate gela
ainsi que les autres fleuves; ils fournis-
saient un passage, comme la terre
ferme.
Au mois de 'iyâr (mai) de la même
année, le 30 de ce mois, dans la nuit du
lundi, apparut un arc complet, ce qui
n'avait point été observé depuis de nom-
breuses générations. On regardait même
comme contraire à la nature, ou du
moins au-dessus de la nature, que, le
soleil étant sous la terre, ou selon l'opi-
nion d'autres gens, derrière les mon-
tagnes, c'est-à-dire au déclin septen-
trional, un arc paraisse pendant la nuit,
et non comme 11 avait coutume d'apparaî-
tre, mais bien complet. C'est un fait
merveilleux pour quiconque y réfléchit ;
mais c'est chose facile pour celui qui
peut et fait tout ce qu'il veut. — Fin.
1. Lire : ■'^■as»»! avec la vers. ar. ; {J-jjlj,
III.
27
210 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
près du patriarche, et ils causèrent ensemble. Ensuite le patriarche se leva, et se fit
présenter au prince de la ville, [600] qui, à cette époque, était Roger. Il lui offrit des
présents considérables et obtint de lui un édit lui permettant de franchir la porte de
la ville et de s'en aller à son monastère. Roger envoya dire à leur patriarche : « Tu
n'as pas à juger les Syriens; car cette autorité ne t'appartient pas ».
CHAPITRE [XIIlj. — De l'époque à laquelle le roi de Jérusalem et Josselin
d'Edesse furent pris par Balaq. Sur la révolte qui eut lieu â Hesna de Ziad; sur
lamort de Balaq, et sur les autres affaires civiles et ecclésiastiques de cette époque.
En l'an 1434, l'émir Balaq entra dans le pays d'Antioche; les Francs se réu-
nirent contre lui, et pendant quatre mois leurs camps se dressèrent en face l'un
de l'autre; ensuite, ils se dispersèrent sans combat'.
Le comte Josselin, sa femme étant morte, prit pour seconde femme la fille
de Roger d'Antioche, et voulut la conduire à Edesse. Balaq lui tendit des
embûches sur la route et s'empara de lui '. Il l'envoya à Boula ; et Balaq eut un
grand renom parmi les Turcs. Des tribus se réunirent autour de lui, et ils
entrèrent de nouveau dans le pays des Francs.
Michel l'Arménien ^ qui était à Gargar, voyant que les Turcs dominaient,
donna Gargar au roi* et prit pour lui un endroit situé dans son pays. Le roi
accepta Gargar et y plaça une garnison. Il réunit son armée, et vint pour chasser
les Turcs du [602] pays de Hesn-Mançour et de Kaisoum.
Et tandis que les Francs campaient près du fleuve Sindja ", les gens de Balaq
placés en embuscade s'avancèrent contre eux à ce moment, attaquèrent le camp
des Francs, prirent le roi et massacrèrent ceux qui l'accompagnaient.
Josselin et Galeran furent pris, à la vigile de la fête de la Croix, et le roi
Baudoin fut pris le mercredi de la semaine in albis de la même année ^.
Gomme le roi de Jérusalem était enchaîné, les pays restant ainsi sans chef
ni maître, les Égyptiens pensèrent qu'ils pourraient s'emparer de Jérusalem
et du reste du pays. Ils envoyèrent deux armées : une par terre et l'autre par
mer. Dieu brisa ceux qui venaient par terre, en face de ceux qui suppliaient
dans la prière et la rogation. Après être demeurés sept jours dans la prière et
le jeune, ceux-ci sortirent de Jérusalem, et la grande armée des Egyptiens fut
broyée en leur présence, car c'est Dieu et non pas l'homme qui les anéantit.
Les Francs prirent leurs chameaux et toute leur richesse, et ils rentrèrent à
1. A l'été de 1122. Matth. d'Ed., trad. p. 306. — 2. 13 sept. 1122. Cf. Rôhricht, Gescti. der
K6n. Jerus., p. 154. — 3. Fils de Goastantia. — 4. Au roi « Baudoin » (BH). — 5. Le Singas
de Ptoléinée, — 6. 18 avril 1123. Cf. Matth. d'Éd,, p. 307; Rôhricht, op. cit., p. 155^
LIVRE XV. CHAP. XIII 211
Jérusalem en grande joie. Ils passèrent de nouveau vingt et un jours dans la
prière, en jeûnant. Gomme l'autre armée des Egyptiens, qui était venue par mer
sur des navires, parvenait à 'Akko, Dieu disposa le peuple des Vénitiens, qui
venaient pour prier et qui arrivèrent à ce moment précis'. En voyant les
Taiyayê, ils se disposèrent au combat. Dieu donna la victoire aux Francs : ils
massacrèrent et achevèrent les Taiyayô. Ils se fortifièrent, les gens de Jérusalem
se joignirent à eux, et ils mirent le siège devant Tyr*.
[603] Balaq, après avoir pris le roi, assiégea Hesn-Mançour. Ils la lui livrèrent
pacifiquement : les Turcs cruels firent le peuple captif et incendièrent la ville et
la région. Ensuite les Francs sortirent de Gargar, et les Turcs y entrèrent.
Balaq enferma le roi, Josselin et les autres Francs, à Hesn-Ziad, dans une
fosse. Pour lui, il descendit et enleva Ilarran et Alep' aux Taiyayê; et Tell Baser
et trois autres forteresses aux Arabes [ou aux] Francs*.
Il y eut alors une révolte contre lui à Hesna de Ziad. Des Arméniens se trou-
vaient dans la forteresse, où ils faisaient un travail. Voyant que la forteresse
était solide et qu'il ne se trouvait que quelques (soldats), ils se réunirent près
de la porte, se plaignant de leur salaire. Ils s'élancèrent subitement, s'empa-
rèrent des glaives qui étaient déposés là, et tuèrent les trois hommes qui gar-
daient la porte, puis ils coururent faire sortir le roi, Josselin et les autres. Ils
tuèrent les faiyayê et s'emparèrent de la forteresse. Les gens de la ville
s'assemblèrent et se mirent à les attaquer. Alors Josselin usa de ruse. Il sortit
pendant la nuit, avec un Arménien, ayant juré au roi de ramener une armée et
de revenir pour garder la forteresse, s'ils le pouvaient, sinon pour prendre le
roi et s'en aller. Quand Josselin fut parti, Balaq arriva et dressa quatre batistes :
les murs s'écroulèrent, et alors les Francs sortirent; après les avoir cruellement
torturés, il massacra soixante-dix d'entre eux°. Alors, il prit avec lui le roi et
Galeran, fils de la sœur du roi ^, et retourna précipitamment, parce qu''il avait hâte
de ravager toute la terre. Comme il assiégeait Mabboug, les habitants man-
dèrent à Josselin de venir les délivrer de Balaq, promettant de lui payer tri-
but. Josselin vint, et ils combattirent depuis le matin jusqu'au soir. Le sei-
gneur de Kaisoum fut tué : il s'appelait Le Moine Geofroy \ 11 était parti de
Rome étant encore moine; ayant fait à Jérusalem des exploits dans le combat»
ils l'instituèrent général. Quand le roi vint pour garder le pays, il l'amena et lui
donna Kaisoum, Rab'an et Mar'as. Ce héros fut tué dans cette bataille.
1. 30 mai 1123. — 2. Cf. Gesch. des Kon. Jérusalem, p. 163 et suiv. — 3. 27 juin 1123. Cf. op.
cit., p. 1.55, ISfi. — 4. Ms. « aux Arabes Francs >i, et de même dans la vers, ar, : >,^;-a^ la;^ jo. —
5. Le 16 sept. 1123, selon Kamal ed-Dîn. Cf. Matth. d'Edesse, trad. p. 308 ; Gesch. des K.
Jerus., p. 157. — 6. Selon Mattliieu d'Edesse (trad., p. 309) il faut lire ; « Galeran et le neveu... ».
Il les conduisit à Harran, selon Kamal ed-Dîn. — 7. « Goisfridus Monachus », comte de « Mares «
(Mar'as); cf. Gesch. des K. Jerus., p. 161, n. 4.
212
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
La bataille cessa; au matin Balaq se leva de bonne heure, il approcha du
mur afin de reconnaître une place pour les balistes. Là, un trait partit du mur,
lefrappa et il mourut'. Ses troupes s'enfuirent à Alep, où elles se donnèrent pour
chef un cousin^ de Balaq. Celui-ci vendit le roi pour cent mille dinars. Le roi
Baudoin retourna à Jérusalem; et une partie des Turcs retourna à Hesna de
Ziadj oîi ils se donnèrent pour chef un homme nommé Soleiman \ de la famille
des Ortôqayê.
En l'an 1433, le 18 de kanoun i"
(déc), il y eut un tremblement de terre,
quatre fois pendant la nuit et quatre
fois pendant la journée. Dans ce trem-
blement, les rochers se fendirent dans
le pays de Çamha, sur la rive de l'Eu-
phrate; beaucoup d'endroits furent en-
gloutis et devinrent le tombeau de leurs
habitants.
En l'an 1434, il y eut partout une
disette de pluie, et il survint une grande
famine, surtout dans la contrée orien-
tale.
La même année, le feu tomba de nou-
veau h Constantlnople : des maisons,
des palais, des églises, des monastères
y furent consumés; il tua* aussi des
gens et des bestiaux.
En l'an 1434, il y eut parmi les
oiseaux un combat acharné et une lutte
dans les airs : il y eut victoire et défaite.
Pourquoi et comment arriva cet événe-
ment, personne n'en sait la cause
exacte, car celui-là seul qui connaît tout
en sait [602] la raison'. Il se passa ainsi.
Tout à coup les cigognes, c'est-à-dire
les ahoa 'l-houdjidjê^ s'assemblèrent de
partout, et les grues, c'est-à-dire les
En l'an 1431, le 26 de nisan (avr.),
Dionysius, qui est Bar Maudlana, mou-
rut et fut enseveli dans la grande église
de Mélitène. Il exerça le suprême sacer-
doce pendant 50 ans : 32 ans comme
évêque, 12 ans comme métropolitain de
Mélitène, et 6 ans après que cette ville
lui fut enlevée.
Le patriarche Mar Athanasius, après
être sorti d'Antioche au milieu des in-
jures, ne put ensuite demeurer dans
l'empire des Francs. Ayant abandonné
la région d'Antioche, il alla à Amid,
ville de Mésopotamie, qui était aussi le
diocèse particulier du siège patriarcal.
Il résidait dans le monastère de Qanqrat.
Il continua de frapper Édesse d'ana-
thèmes; il priva l'église de cette ville
de tout office^ et même de cloche, à
cause de Bar Çabouni. Pour cela, il y
eut une grande corruption dans le dio-
cèse [602] d'Edesse et en dehors. Les
prêtres se révoltèrent et s'insurgèrent
les uns contre les autres, ainsi que le
peuple. Ils abandonnaient leurs églises
et allaient aux églises des hétérodoxes.
Dès lors, les Edesséniens prirent l'habi-
tude de faire baptiser leurs enfants dans
1. 6 mai 1124. Cf. Gesch. d. K. Jeriis.,^. 161; Gesch. der Chai., III, 241. — 2. LiUér.
lils de soa oncle paternel » (Timourtas ibn Ilghazi). — 3. Soleiman ibn Ilghazi.
4. '^^o, — 5. Cf. Matth. d'Édksse, trad., p. 310, — 6. Arab. : <tfji^ j\.
le
LIVRE XV. GHAP. XIV
213
les églises des Francs. Et tout cela
n'affligeait pas les pasteurs et ne les fai-
sait pas réfléchir ! et à la vérité, l'Église
des Orthodoxes subit un grand dom-
mage dans cette perturbation qui eut
lieu parmi les pasteurs.
Pendant que Mar Athanasius s'attar-
dait à Amid, il lui poussa là une autre
épine, h cause de l'obstination et de
l'opiniâtreté.
Il y avait dans le diocèse d'Amid
quelques notables appelés les Bené
Qorya, qui habitaient dans le village^
même de Qanqrat. A la génération
précédente, il y avait eu une dispute
entre leurs parents et les parents du
patriarche, dont la famille s'appelait les
Benê Komara. Or, le patriarche étant
allé se fixer dans le monastère de Qan-
qrat, et les gens de Beit Qorya ayant
des maisons et des champs et étant
puissants en ce lieu, il y eut du trouble
entre eux et le patriarche, h propos de
certains champs. Ces gens se mirent à
accuser le patriarche devant le gouver-
X neur. Pour ce motif, le patriarche ex-
communia le diacre Isaac, fils de Qorya. C'est pourquoi le mal s'aggrava ; la discorde
grandit entre eux, et il y eut, tant à Amid que dans tout le reste du diocèse, beaucoup
de dommages causés. — Le patriarche aussi fut opprimé, comme nous le montrerons
par la suite.
qourlé^, s'assemblèrent aussi; il y eut
deux camps au-dessus du fleuve de
Tellakhoum. Après s'être rassemblées
pendant plusieurs jours, quand elles
arrivèrent à la fin, comme plusieurs
qui l'ont vu l'attestent, elles envoyèrent
pour ainsi dire des messagers d'un
camp à l'autre, au nombre de cinq ou
de dix. Après plusieurs (messages),
les deux camps s'élancèrent tout h coup
et poussèrent un grand cri : elles se
tuaient les unes les autres, et celles qui
étaient tuées et mouraient tombaient
à terre. Cigognes et grues tombèrent
au point de s'accumuler en monceaux
sur la terre. La lutte entre elles dura
depuis la troisième heure du jour jus-
qu'il la neuvième. A la fin, les cigognes
furent vaincues : une multitude de ci-
gognes périrent, et celles qui restaient
prirent la fuite. Les grues poursui-
vaient les cigognes au milieu de leurs
nids, et celles d'entre elles qui étaient
trop jeunes périrent. — Fin.
[CHAPITRE XIV]. — Nous avons copié entièrement ce chapitre, qui est placé à
la fin de ce Livre, dans un ouvrage écrit en arabe. On y trouve donc des his-
toires qui se sont passées auparavant; et cela pour deux raisons : première-
ment, parce que les Arabes comptent les années lunaires; et secondement ,
parce que nous n'' avons trouvé le livre arabe que plus tard. Donc, celui qui lit
doit comprendre que l'histoire écrite ci-dessous au sujet deNedjm ed-Din Ortô-
1. Ar. : ^JjS, « oiseau d'eau ». — 2. xâutpov.
214 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
qaya, qui régna à Alep, précède celle de Balaq écrite plus haut, puisque Balaq
régna sur la ville d'Alep après la mort de Nedjm ed-Dtn.
On apprend des livres arabes écrits en Assyrie et à Babylone qu'en l'an 500
des Arabes', alors que le khalife desTaiyayê, à Bagdad, était Moustadhir' et le
sultan du Khorasan Ghyât ed-Dîna% son vizir nommé Abou '1-Moudhfir *, fut
tué par les Ismaïliens. La même année, les Ismaïliens massacrèrent Kosdhe-
kîn% un des grands du sultan. Le sultan Ghyat ed-Dîna en fut irrité, et tous
les Ismaïliens qui furent trouvés dans l'empire des Taiyayô furent massa-
crés.
Ces Ismaïliens, quoique descendant des Arabes, forment cependant une tribu
(distincte): ils ne suivent ni les Arabes ni les Turcs dans la religion ou les usages.
Ils disent du Christ, que s'il est bien celui que les Prophètes ont annoncé, il
n'a cependant pas opéré la rédemption, parce que quand les Juifs voulurent
s'emparer de lui pour le mettre à mort, il s'enfuit au ciel. Il doit revenir de nou-
veau, et alors il opérera la rédemption. Sur Mahomet, ils débitent des choses
honteuses^ et n'acceptent point son Livre. Ils se livrent eux-mêmes à la mort
sans pitié, quand ils tirent vengeance de leurs oppresseurs, dans l'espoir delà
récompense qui leur sera accordée dans l'autre monde".
En la même année 500 des Arabes, Saif ed-Daulah Çadiqah ibn Dobeis', roi
des Arabes, s'empara de Tagrit, pour la raison [6041 suivante : Il y avait à
Tagrit un Dilaimite, nommé Qai[qob]ad ibn Hedharesb \ méchant scélérat, qui
détruisit la grande mosquée des Arabes, qui était proche de la citadelle. Les
Arabes ayant excité du tumulte contre lui, il prit la grande église des Chrétiens
et la donna auxfaiyayé. En l'an 1433", la grande et magnifique église de Tagrit,
qu'on appelait hi'at al-kourrâlh", c'est-à-dire « église du poireau"», avec ses
superbes ornements, tout son trésor '% ses maisons et ses boutiques, fut prise
et donnée aux Taiyayé. Comme les troubles entre Chrétiens et Taiyayé se mul-
tiplièrent, le grand sultan Ghyat ed-Dina envoya un émir nommé Aqsonqor ".
1. L'an 500 Hég, commence le 2 sept. 1106. —2. 1094-1118. —3. Mohammed Ghyat ed-Din; 1105-
1118. — 4. Fakr al-Moulk abou '1-Moudhfir. — 5. Même orthographe dans la vers, arabe. — 6. Sur
la secte des Ismaïliens ou Assassins, cf. Notices et Extraits des mss., t. IX (Mirkhond); Méin. de
l'Acad. des Inscript., t. XVI (de Sacy). — 7. Çadaka ibn Mançour ibn Uobeis (Çadaka ibn
Madhyad). — 8. Même orthographe dans la version arabe. Restituer : oasj»©! ;= ilatuxs. — 9. En
1400 (= 1089) selon Barhébreus {Chr. eccL, II, 310). Cette date est exacte; celle de 1433 est établie
d'après la concordance erronée des canons chronologiques. — 10. Lire : »1;îi^ ^^»^ := tli' j^JI A»^.
— 11. C'est-à-dire : « église verte n. Le mot syriaque signifiant « poireau » s'emploie aussi pour
« vert, couleur verte ». Cette église était dédiée à Mar Ahoudemmeh (Barhébr., loc. cit.). —
12. xEinr,).'.ov. — 13. Aqsonqor al-Boursouqi.
LIVRE XV. GHAP. XIV 215
Il attaqua Tagrit pendant sept mois; son seigneur, réduit à l'extrémité, la livra
au roi Arabe Çadiqah, et lui-même s'éloigna et mourut 14 jours après *.
Quand le sultan Ghyat ed-Dîna apprit que Çadiqah, fils de Dobeis, régnait
à Tagrit et s'était révolté contre lui, il rassembla ses troupes turques et
s'avança vers lui; alors Çadiqah rassembla les troupes arabes, et une bataille
fut livrée sur le fleuve appelé Nahr Qanî^ Là, les Arabes furent vaincus et
Çadiqah, leur roi, lut tué'.
Alors cessa totalement l'empire des Arabes, en l'an 500 des faiyayô, dans le
comput des années lunaires, qui est l'an 1433 des Grecs, [70] ' ans après l'exode
des Turcs.
En l'an 502 des faiyayê^ un certain émir, nommé Altondhekin% sortit à l'ins-
tigation du sultan Ghyat ed-Dîna, pour marcher contre les Francs. Le sultan
lui donna Mossoul, Djézireh et Nisibe, et prescrivit à la plupart des émirs d e
marcher avec lui'. Quand il arriva à Mossoul, Djâwali nayant pas consenti à la
lui livrer, il disposa contre elle des balistes et de violentes attaques. Le ven-
dredij pendant que les Taiyayé étaient à la prière, les hommes de Maudoud'mon -
tèrent sur les murs, Djâwali et ses hommes se fortifièrent dans la ciLadelle .
Alors Maudoud" leur fit un serment. Djâwali sortitavec ses hommes et se rendit
près de Nedjm ed-Dîn", fils d'Ortoq, à Mardè. Ils rassemblèrent des troupes
et montèrent combattre les Francs, afin de se faire un nom auprès du grand
sultan, attendu que Maudoud n'avait pas marché contre les Francs, mais était
retourné près du sultan. Or, Josselin d'Édesse s'allia avec Djâwali, qui l'avait
traité honorablement à Mossoul, et Rodhwan d'Alep s'allia avec le roi'°. Djâwali
et Josselin furent vaincus ".
En la même année^ 50[2]" desfaiyayô, les Francs prirent Tripoli, sur le rivage
de la mer, [àj'^Abou 'Ali fils de 'Imrâm". Après de grands combats, ils la
reçurentsouscondition, maisquand ilsy entrèrent, ils massacrèrent les troupes,
firent captifs les habitants et tout le pays, et les vendirent comme esclaves.
La même année, llbazmis, fils d'Ortoq, tomba de cheval et mourut. Les
Francs sortirent, prirent Houtârib '% et y tuèrent deux raille personnes; puis ils
vinrent à Mabboug qu'ils pillèrent ; ils régnèrent aussi sur cette ville, et
s'avancèrent jusqu'à Balas qu'ils incendièrent'*.
1. Cf. Gesck.der Chai., III, 158. — 2. Vers. ar. : .j?oia). — 3. Cf. op. cit., p. 159. — 4. Ms.
et vers. ar. : « 3 ans » ; il faut lire 70 aus (^a. au lieu de ^), car les tableaux chronol. placent
l'avèaement de ïogrilbek en l'an 430 Hég. — 5, Comm. 11 août 1108, — 6, ,j3,jC>^, Maudoud ibn
Altountekin. — 7. Cf. Gesck. der Chai., IH, 155, n. 1. — 8. Lire io»a». L'orthographe de la
vers, ar, est identique à celle de notre ms. — 9. Ilghazi. — 10. Tancrède d'Antioche. — 11. Cf.
Gesch. der Chai., III, 192; Gesch.d.K. Jerus., p. 76, — 12. M s. : 500, Tripoli capitula le 12 juill.
1109 (502 Hég.). — 13. oa] [,»]. — li. Sic ms. et vers. ar. ; Abou 'Alî ibn 'Ammar. — 15. Ortho-
graphe singulière et anormale pour désigner Atharib. — 16. Cf. Gesch. des K. Jerus., p. 88.
216 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Quand Ibn Rodhwan revint de Bagdad et vit qu'il ne pouvait s'opposer aux
Francs, il leur envoya 32 mille dinars, 20 mulets' et 40 pièces de soie '. L'ata-
begTogtikin», seigneur de Damas, leur envoya dix mille dinars, et le seigneur
de Hamah *, 2 mille, et le seigneur d'Ascalon% 4 mille, et ils firent la paix''.
En l'an 505 \ le sultan Ghyat ed-Dîn envoya de nouveau des troupes avec
Maudoud pour combattre les Francs. Lorsqu'il parvint à Sabaktan, ils s'em-
parèrent de plusieurs forteresses et vinrent contre Édesse, mais ils ne purent
s'en emparer; ils attaquèrent sans succès Tell Baser, et vinrent à Alep. On ne
leur permit pas d'y entrer. Soqman', seigneur deKhélat', tomba malade; ils
l'emportèrent et l'emmenèrent; il mourut en route '°. Les Francs se réunirent
contre Maudoud et l'attaquèrent trois fois dans la même journée. La première
fois Maudoud fut vainqueur, mais ensuite il fut vaincu et s'enfuit à Damas. Un
vendredi, après leur prière, il sortit et^ tandis qu'il s'inclinait" etprenait la main
du seigneur de la ville, un Ismaïlien sauta sur lui et le frappa d'un couteau : il
mourut'^
La même année Rodhwan, seigneur d'Alep, fut tué", et son fils « Le Muet » ré-
gna".
En l'an 508 des faiyayê'^ les troupes du sultan Ghyat ed Dîn s'avancèrent
avec son fils Abou 'I-Fatah Mas'oud, et Qasim ed-Daulah, fils d'Aqsonqor'^ pour
attaquer les Francs. Quand ils arrivèrent à Mossoul, Tamirek-Arsian " et Zan-
gui'*, fils d'Aqsonqor, sortirent à leur service, et ils vinrent à Gozartha, où
se trouvaient alors ceux qu'avait établis Maudoud, qui la leur livrèrent. Ils
arrivèrent à Nisibe, et ces mêmes (gouverneurs) se mirent aussi d'accord avec
eux. Quand ils parvinrent à Mardê, Nedjm ed-Dîn Ilghâzî sortit au service du
fils du sultan, [603] et envoya avec lui Ayaz" et 300 cavaliers. Quand ils passèrent
à Sabaktan^" Nedjm ed-Dîn envoya trouver les Francs pour les rassurer; cela
ayant été connu du fils du sultan, il s'empara du fils de Nedjm ed-Dîn, et le
mit aux fers; ils pillèrent" sa région et mirent le siège contre [Dara]^^
Nedjm ed-Dîn alla à Sahrzôr et rassembla une nombreuse troupe ; Rokn ed-
Dîn, son cousin ^% seigneur de Hesna de Kêphâ, vint le trouver, ainsi que Balaq
1, Je lis : Ua»_»o2 (vers. ar. : ^^>çf ). Barhébr. : U^'i] I^mo-od^ 20 « chevaux arabes «. — 2. BH :
t»*», des étoffes princières ». — 3. Toglikin (1103-1128), Le nom est défiguré dans notre copie
et dans la vers. ar. — 4. 'Alî al-Kurdji. — 5. Sems el-Khilafa était gouverneur d'Ascalon ; cf.
Gesch. d. K. Jerus., p. 90. — 6. Cf. Gesck. der Ckal., III, p. 193. — 7. Comm. 10 juill, 1111. —
8. Lire : v^lsaïuo — 9, >è^j. — 10. Cf. Gesch. d. K. Jerus., p. 91, — 11. Lire ; "^lo «ûS) fia. —
12. Sept. 1113 (507 Hég.). — 13. 10 déc. 1113 (507 Hég.). — 14. Alp Arslan al-Akhras, Aihras
signifie o muet » ; en réalité ce prince était bègue. — 15. Comm. 7 juin 1114. — 16. Sic ms.Aqson-
qor al-Boursouqi. — 17. Seigneur de Sindjar, Ms. : fîls de Raslân. — 18. Ms. : Dengui. — 19. Son
propre fils. — 20. ^jv '^a it N . — 21. Lire aa*o. — 22. Sic. vers. ar. (|»h >2^), — 23. Lire : ^o» ; en
outre, au lieu de Rokn ed-Dîn, il faudrait « Rokn ed-Daulah son neveu » : Daoud ibn Soqman.
LIVRE XV. GHAP. XIV 217
(fils de) Behram son autre frère. Il réunit des fantassins innombrables. Il vint
donc avec une forte armée à la rencontre du fils du sultan, pour délivrer son
propre fils. Quand ils arrivèrent à Qourdis, dans le voisinage de Dara, il se
trouva là des hommes de l'armée du fils du sultan, qui campaient et ne s'aper-
çurent de rien. Quelques cavaliers de Nedjm ed-Dîn, les ayant vus, vinrent sur
eux, et ils furent tous pris ; parmi eux était Tamireg, seigneur de Sîgar, et
le seigneur de Nisibe, et celui de Maksîn. Quand le fils du sultan apprit que
ses troupes avaient été défaites, il abandonna Dara et s'enfuit à Nisibe. Nedjm
ed-Dln descendit, prit les tentes et tout ce qu'ils avaient. Quand le fils de Nedjm
ed-Dîn vit qu'ils fuyaient précipitamment, tandis qu'il faisait nuit et que personne
ne se préoccupait de son voisin, comme il était chargé de chaînes, il se laissa
choir de son mulet et se cacha dans la synagogue des Juifs. Un Curde informa
son père ; celui-ci envoya dix hommes qui l'emportèrent et le ramenèrent : et
ce fut uue grande joie pour ceux de la famille d'Ortoq.
Le fils du sultan descendit près de son père et se plaignit de Nedjm ed-Dîn.
Le sultan adressa des menaces à Nedjm ed-Dîn, parce qu'il avait mépiùsé le
sultanat des Turcs. Nedjm ed-Dîn fit la paix [avec] ' les Francs et avec l'atabek de
Damas; ils jurèrent de s'aider mutuellement. Chacun repartit dans son pays, et
Nedjm ed-Dîn resta seul. Le seigneur d'Émèse' vint sur lui pendant la nuit, le
trouva ivre de vin et ne sachant pas même où il était : ils l'emportèrent et le
déposèrent à Émèse, et ils envoyèrent informer le sultan. La réponse se faisant
attendre, Nedjm ed-Dîn sortit sous condition et laissa son fils Ized', comme otage.
Après être sorti, il rassembla des troupes, et pressait le seigneur d'Emèse de
relâcher son fils. Celui-ci fit venir les troupes du sultan et quand elles furent
arrivées, ils firent la paix, et il relâcha le fils de Nedjm ed-Dîn. Les troupes du
sultan entrèrent dans les pays des Francs pour piller. Les Francs vinrent à leur
rencontre et les massacrèrent tous. On dit qu'ils en firent brûler 3 mille dans
le feu.
En l'an 513 *, le seigneur d'Alep ^ livra cette ville à Nedjm ed-Dln, parce que
les Francs l'avaient affaiblie.
La même année Ilghazi Nedjm ed-Dîn s'empara de Nisibe, et il se rendit à
Alep, pour faire la paix avec les Francs, mais ils ne purent s'entendre. Il ras-
sembla une multitude de Turcs, car ils lui étaient très dociles. On dit qu'on
voulut les compter mais qu'on ne le put. Mille émirs étaient parmi eux. Quand
ils s'organisèrent pour le combat, le seigneur d'Antioche' n'attendit pas l'arrivée
du roi. C'est pourquoi il fut taillé en pièces ', et Nedjm ed-Dîn obtint un triomphe.
1. Suppl. ^v. — 2. Qirkhan iba Qaradja. — 3. Sic ms. et vers. ar. ; probablement à lire : iM.
Ayâz; cf. texte, même page, 1. 1. — 4. Comm. 14 avril J119. La prise d'Alep se place en 511
(= 1H7-11 18), — 5. Sultan-Sah, fils de Rodhwân, et successeur d'Alp-Arslan, son frère. — 6. Roger.
— 7. 28 juin 1119; cf. p. 204, n. 14.
III 28
218 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Quand il fut revenu à Mardîn, il apprit que les Alépins s'étaient révoltés; il
s'y rendit en toute hâte et fit périr les rebelles. Il tomba malade en cet endroit,
et il retourna pour aller à Maipherqat, mais il mourut en route'. Il ordonna que
son fils Timourtas Hossam ed-Din^ régnât après lui ; mais comme celui-ci n'était
pas présent, son fils Soleiman, qui l'accompagnait, le conduisit à Maipherqat et
l'ensevelit; et il régna là. Son frère fimourtas régna à Mardîn, en l'an 516
des faiyayê^
Ce chapitre est antérieur à ceux qui le précèdent, car Balaq régna à Alep
après Nedjm ed-Dîn \
Dans ce ZP Livre est compris un cycle de 80 ans, pendant lesquels dix empe-
reurs ont régné dans l'empire des Romains, et quatre khalifes des Arabes à
Bagdad, trois sultans des Turcs dans le Khorasan, quatre sultans en Bithynie,
deux émirs en Cappadoce, et trois rois des Francs^ à Jérusalem. — Au Seigneur
de V Univers, qui connaît tout : gloire et honneur dans les siècles des siècles.
Amen !
1. 3 nov, 1122. — 2, ^j.m»o-. — 3. Cf. Gesch. der Chai., III, 237. — 4. Balaq s'empara d'AIep,
le 27 juin 1123; cf. p, 211. — 5. Godefroy, Baudoin I et Baudoin II, selon l'auteur. — A propos
du nom des premiers princes croisés dont on a indiqué plus haut (p. 183, n. 5 et suiv.) les formes
syriaques, il aurait fallu ajouter que ces formes dérivaient directement du grec : TayYP^ et Ta^ypriç,
rovTOçpé, SayyéXriî. La forme Mâmoun ou Maimoun, fréquente chez les auteurs arabes pour dési-
gner Boémond, n'est pas, (comme il a été dit, p. 183, n. 4) le résultat d'une confusion graphique,
mais bien une variante de prononciation; >ûiot4o, ar. m4««» == Bai"[ioviv(8o«).
LIVRE XVI
Dans ce Seizième Livre qui est ajouté a la suite, le récit commence a
NARRER A PARTIR DE l'aNNÉE 1442, QUI EST l'aN 1112 DE LA VENUE DE NOTRE
Sauveur, l'an 509 de l'empire des Arabes, l'an 70' des Turcs; et, depuis
Adam et le commencement du monde, cette année est l'an 6610.
CHAPITRE PREMIER. — Su?- l'époque du siège de Mélitène, et sur les autres
affaires civiles et ecclésiastiques .
"606] Au commencement de ce livre le discours raconte le siège de Méli-
tène, parce que l'enchaînement des faits est arrivé jusqu'à ce point dans le Livre
précédent qui a fait connaître la mort de Balaq, par la protection duquel Méli-
tène élait restée entre les mains du fils du sultan».
Les pays de Balaq furent partagés entre plusieurs seigneurs : Timourtas
Hossam ed-Dîn prit Alep; Soleiman prit Hesna de Ziad; le sultan de Mélitène
prit Masara ' et Gargar ; et à cause de cela, il y eut une querelle entre le seigneur
de Hesna de Ziad et celui de Mélitène.
Ce fut l'occasion pour l'émir Ghâzî, fils de Tanousman, seigneur de Sébaste,
de prendre Mélitène ; il fit un pacte avec le sultan Mas'oùd qui était son gendre.
Après avoir réuni une troupe nombreuse, il fondit sur Mélitène le vendredi 13
de haziran (juin) de l'an 1435*. Ils pillèrent toute la région, et assiégèrent la
ville pendant un mois. Ensuite Ghâzî s'en alla et laissa son fils Mohammed dans
le village de Sâman^ voisin de la ville, avec une nombreuse armée. Il lui
ordonna de pousser chaque jour jusqu'aux portes de la ville et de ne laisser per-
sonne entrer ou sortir.
Alors une grande oppression s'empara de ses habitants, par suite d'une
cruelle famine. Le prix d'un qephiza de froment arriva à 36 dinars. A la fin, toute
nourriture fut entièrement consommée, et ils dévoraient les feuilles des arbres
et l'écorce des bois tendres. Quand ils trouvaient des chats' ou des ânes, même
crevés, ilsles dévoraient ; on buvait le sang; ils mangeaient avec avidité les enve-
loppes de peau crue, les peaux qui étaient sur les boucliers et autres objets
semblables ^
i.Sic ms.; cf. p. 256,258.-2. Cf. p. 200. — 3. Lire : V,'"^ (BH). —4. Ms. et vers. ar. : 1436;
«rreur évidente d'après BH et le contexte : 13 juin 1124. — 5. BH : yl^ol-i», — 6, BH aj. : « ou des
chiens ». — 7. BH (p. 285) : <^|o ,aû^o ^liosoo IJ'^Sj lo-ao^o l".^3 ijj^.^ (lé »lSsà^ a*;*.o « Hs
arrachaient les peaux crues, les enveloppes des livres, les chaussures qu'ils cuisaient et mangeaient. «
220 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Trois fléaux cruels frappaient cette malheureuse ville : au dehors, le glaive,
qui massacrait quiconque iuyait et sortait; à l'intérieur, une famine intolérable,
qui consumait, et des princes mauvais, qui tourmentaient par les emprisonne-
ments et les supplices pour amasser de l'or.
Dès lors, c'était un spectacle affligeant : des enfants tombaient de faim sous
les yeux de leurs parents qui ne pouvaientles secourir, ni même pleurer sur eux,
ni les recueillir pour les ensevelir. Mais les enfants étaient jetés comme des
pierres [avec] leurs grands parents (?) qui gisaient dans les rues, [607] tuméfiés
et purulents'. Ils chancelaient, la voix de leur plainte s'éteignait, et il n'y avait
personne pour les soutenir, pas même par un verre d'eau!
Qui pourrait raconter sans pleurer ce qui arriva alors ? Le prince étant sorti
pendant la nuit alla louer les Francs, au nombre de 30 mille. Après avoir pro-
mis, ils ne vinrent point, parce qu'ils faisaient le siège d'Alep. Alors, la mère
du prince, nouvelle Jézabel, fit rassembler et jeter en prison tous les nobles et
ceux qui passaient pour posséder quelque chose. On les torturait sans pitié
pour prendre For. Au moment où les Turcs étaient sur le point de faire périr
parle glaive tout le peuple des Chrétiens, de laisser la ville déserte et de s'éloi-
gner ensuite, quand tout espoir était absolument perdu : alors le Seigneur
eut pitié et fit briller sa face sur le reste des chrétiens. Dans la nuit du
mercredi, le 10 de kanoun i" (déc.) de l'an 1436, la peur s'empara subitement
des Turcs, la Khatoun sortit avec son fils et tous leurs Turcs! L'émir Ghâzî
entra. En voyant la ville privée de ses habitants, et ceux qui restaient tels
qu'on aurait cru qu'ils sortaient du tombeau, il les réconforta. Il fit proclamer la
liberté pour tous ceux qui s'y trouvaient et pour ceux qui viendraient s'y réu-
nir ; il donna du froment aux laboureurs pour semer, il fit venir des troupeaux"
de bœufs et de moutons; et la ville recommença à prospérer.
La même année, Soleiman mourut à Maiplierqat, et sur celte ville régna
Timourtas Hossam ed-Dîn, seigneur de Mardfn, qui était son frère.
Et comme Hesna de Ziad appartenait à ce Soleiman, surnommé Sems ed-
Daulah, l'émir Ghâzî passa pour aller aussi s'emparer de Hesna de Ziad. Mais
comme l'émir Daoud, de la famille d'Ortoq *, le devança, l'émir Ghâzî pilla
toute la région de Hanazit et amena (les captifs) dans la région de Mélitène. Il
passa une seconde fois et prit tout ce qui restait. Il s'empara de la forteresse de
Masara. Alors Daoud vint pour combattre l'émir Ghâzî , mais quand il reconnut
qu'il n'était pas en force pour se rencontrer avec lui, il s'enfuit en incendiant
les villages de la région.
1. Phrase obscure que la vers. ar. a rendue : icliiooHla ,^o;g^^ yo»»^ oi»!»^' ,» ^HoHI lo-;é'* la't>.
Il semble qu'elle ait lu |l;-a»«o au lieu de Itoa» ; «... les jeunes enfants (faute) de nourriture et les
vieillards gisaient.,, »; ce qui paraît préférable. — 2. BH : 1»=. — 3. Ms, : « Ortos »; cf.
p. 172, n. 8.
LIVRE XVI. GHAP. I 221
La même année', mourut le khalife de Bagdad, Moustadhir^ ; son fils Mous-
tarsid' lui succéda.
L'émir des Arabes nommé Çadîqah' s'unit aux Ortoqayê.
Quand le khalife de Bagdad entra dans le palais de son père, il en
expulsa les joueurs de cithare et tous les musiciens et les fit brûler devant la
porte. Il fit sortir et chassa trois mille femmes, cantatrices et débauchées, qui
buvaient du vin avec son père. Il y eut parmi le peuple des Taiyayê du tumulte
et du trouble; ils disaient : « Voici comment se souillent en secret ceux qui
sont établis princes de la foi. C'est pour cela que l'empire échappa à la race des
Arabes, »
Or, l'émir Çadlqah, comme pour tirer vengeance, engagea une bataille avec
le khalife, sous prétexte que celui-ci était également débauché.
Les Turcs soutenaient le khalife, et poursuivaient Dobeis, fils de Çadiqah.
Alors, dans son amertume, il quitta les Musulmans et chercha du secours
près des Francs; il les amena contre Alep, pour qu'ils s'en emparassent;
Boursouqi, seigneur d'Alep*, rassembla une armée pour venir contre les Francs.
Alors les Francs retournèrent dans leur contrée, et Boursouqi entra à Alep et
s'y fortifia; il fit croire qu'il avait vaincu les Francs. Il vint contre 'Azaz pour
s'en emparer, mais le roi de Jérusalem arriva et rassembla les Francs ; ils
engagèrent une bataille avec Boursouqi ; (le roi) le vainquit et détruisit une
grande partie de ses troupes; Boursouqi s'échappa lui-même avec quelques
hommes et s'enfuit à Alep'. — Fin.
[606] En cette même aimée ^ apparut [606] Dans les années sur lesquelles la
une grande étoile, du sud au nord. Elle suite du discours nous amène à parler',
était très longue, et large comme le cou le calme et la tranquillité régnaient
d'un cheval. Elle fut visible pendant dans notre Eglise orthodoxe, pour le
deux mois. motif que voici :
En l'année 1435, apparurent des Tandis que les Grecs chalcédoniens
étoiles filantes, depuis le commencement étaient confinés au-delà de la mer du
i , Barhébr. [Chr. syr., p. 286) fait cette remarque : « Le B. Mar Michel place eu cette année la
mort de Moustadbir et l'avènement de Moustarsid ; peut être a-t-il été induit en erreur par l'iné-
galité du cours des années lunaires des Arabes et solaires des Grecs. » — 2, Il mourut le 16 de
réby n de l'an 512 (6 août 1118). — 3. Abou Mançour FadhI ibu al-Moustadhir, al-Moustarsid
(1118-1135). —4. Sic ms. ; cf. ci-dessus, p. 214. Il s'agit en réalité ici de Dobeis fils de Çadaqah,
Cf. Gesch. der Chai., III, 220 et suiv. — 5. Aqsonqor al-Boursouqi, seigneur de Mossoul, à qui
Timourtas avait cédé cette ville. — 6. 13 juin 1125. Cf. Gesch. des Kônigr. Jérusalem, p. 176;
Gesch. der Chai., III, 242,
7. C.-à-d. 1434. Ceci fait suite au récit de la page 212. — 8, a•J^M,
222 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
de la troisième veille delà nuit jusqu'au Pont, les fils de Magog régnèrent, par
matin. la permission du ciel, qui précipita
En l'année 1436, il y eut une grande les hérétiques persécuteurs dans l'an-
famine dans tout l'Orient. goisse, afin qu'ils necontraignissent plus
les Orthodoxes, selon leur cruelle habi-
tude, à se pervertir' dans leur hérésie.
Et comme les Grecs cruels étaient confinés au delà de la mer, ainsi que nous l'avons
dit^, [607] ils envoyaient dans les pays de Syrie, de leurs coreligionnaires, pour être
les pasteurs de leurs adhérents.
Les Francs, c'est-à-dire les Romains, qui occupaient Antioche et Jérusalem,
avaient, comme nous l'avons déjà exposé', des évêques dans leurs états. Et les
pontifes de notre Eglise étalent au milieu d'eux, sans être persécutés ni molestés;
car, bien que les Francs fussent d'accord avec les Grecs sur la dualité des natures,
cependant, ils différaient d'eux dans la foi, sur beaucoup de points, et ils étaient
fort éloignés* d'eux dans leurs usages, comme nous l'exposerons longuement quand
le discours arrivera à l'endroit où il convient de placer le souvenir de ces choses.
Nous en parlons' maintenant pour montrer que les Francs, qui, à cette époque, occu-
paient les places de la Palestine et aussi de la Syrie, et qui avaient des pontifes dans
leurs églises, ne soulevaient jamais de difficulté au sujet de la foi, ni pour arriver à
une seule formule dans tous les peuples et toutes les langues des Chrétiens; mais ils
considéraient comme chrétien quiconque adorait la croix, sans enquête ni examen.
De leur côté, les Turcs, qui occupaient la plupart des pays au milieu desquels habi-
taient (les Chrétiens), qui n'avaient aucune notion des mystères sacrés, et, pour cela,
considéraient le christianisme comme une erreur, n'avaient pas pour habitude de
s'informer sur les professions de foi, ni de persécuter quelqu'un pour sa profession
de foi, comme (faisaient) les Grecs, peuple méchant et hérétique.
CHAPITRE [II]. — De l'époque à laquelle les Francs prirent Tyr^ ville du lit-
toral, aux Arabes égyptiens; et sur les autres événements qui se passèrent à
cette époque dans tout V Univers.
[608] Doucas^, chef de ces Vénitiens qui vainquirent les Egyptiens, qui étaient
venus par mer à 'Akko, mit le siège contre Tyr, ville située au cœur de la mer'.
Tandis que les Vénitiens combattaient contre Tyr, à Tinstigation du
1, d^^aw^ùi^. — 2. Cf. ci dessus, p. 172. — 3. Cf. ci-dessus, p. 191. — 4. ^»^=ûo.
5. Doucas, mot que l'auteur a pris pour un nom propre, est la transcription du titre de « doge ».
Ce doge était Dominico Michieli. — 6. Cf. Rôhricht, Gesck. des Kônigreicks Jérusalem, p. 166.
LIVRE XVI. GHAP. II 223
patriarche franc de Jérusalem, à cette époque le roi Baudoin fut délivré des
mains des Turcs, ayant été rançonné à cent mille dinars'.
En cette année 1437% le seigneur de Hama' fut tué par les Francs près de
Kephar Tab \ Les Francs enlevèrent Gabala^ à Ibn "Ammâr.
Le roi de Jérusalem descendit pour aider les Vénitiens qui assiégaient Tyr.
Alors les Egyptiens livrèrent la ville au seigneur de Damas. Le [seigneur]* de
Damas, qui est Toghtikin', étant venu pour combattre les Francs, ceux-ci
allèrent à sa rencontre à Merdj Çofar, c'est-à-dire la « Prairie d'airain' » ; ils
taillèrent en pièces et détruisirent son armée. Il se sauva avec un petit
nombre d'hommes à Damas.
Alors ils pressèrent Tyr avec toute sorte d'attaques, par mer et par terre, et
ils s'en emparèrent en cette année 1437*.
La même année '", Boursouqi monta pour la seconde fois, contre les Francs ; il
fut taillé en pièces et s'enfuit.
Il monta encore, pour la troisième fois, Baudoin, roi d'Edesse", vint contre
lui : Dieu donna la victoire au roi et il détruisit 12 mille (hommes).
Après que l'émir Ghâzî eut pris Mélitène, Malik 'Arab" rassembla 30 mille
hommes, et vint attaquer son frère Mas'oud; parce que ce dernier ne s'était pas
porté au secours de son frère", à Mélitène, et avait abandonné celle-ci à Ghâzî.
Mas'oud s'enfuit à Gonstantinople, chercher du secours près de Jean, empereur
des Romains". Malik 'Arab mit le siège contre Iconium, capitale de son frère le
sultan Mas'oud. L'empereur Jean accueillit Mas'oud avec joie et lui donna
beaucoup d'or. En sortant, il vint trouver l'émir Ghâzî, et tous les deux mar-
chèrent contre 'Arab. Celui-ci s'enfuit près de l'Arménien Thoros, en Gilicie.
A l'été de l'an 1438, 'Arab réunit les Turcs et les Arméniens, tendit des
embûches et prit Mohammed, fils " de Ghâzî. L'émir Yaunas '^ marcha contre
'Arab. 'Arab fut vainqueur; il s'empara aussi [609] de Yaunas, et marcha en
toute hâte sur Ghâzî. Quand ils en vinrent aux prises, Ghâzî fut d'abord vaincu ;
1. Cf. ci-dessus, p. 212. — 2. La date paraît inexacte. — 3. Sihab ed-Dîn Mahmoud, fils de Qaradja.
— 4. Cf. Gesch. des Kôn. Jerus., p. 149; H. Dersnboukg, Ousâma ibn Moun^id, p. 129 (récit de
la bataille par Ousâma). — 5. II s'agit yraisemblablement de Djebeleh (et non de Byblos) enlevée à
Fakr el-Moulk ibn 'Ammâr, par Tancrède, en 1109. Cf. Gesch. der Chai., p. 175, n. 3 ; H. Deren-
BOUBG, op. cit., p. 81. — 6. Mot omis par le copiste. — 7. Ms. : Tngdibin ; lire : ^j,^^. Togh-
tikin Sêïf el-Islam Dahar çd-Dîn. — 8. Ar. Jt^ « cuivre jaune », La bataille eut lieu le 25 janv.
1126 ; cf. Gesch. des Kôn. Jerus., p. 178. — 9. Tyr capitula le 7 juillet 1124. Cf. Gesch. der Chai.,
III, 240 ; Gesch, dés Kônigr. Jerus,, p. 168. — 10. A cause de la perturbation et de l'incertitude
dans les dates, il est difficile de préciser à quels événements l'auteur fait allusion; cf. Gesch. des
Rôn. Jerus., p. 176-180; et Matth. d'Éd., trad., p. 314-318. — 11. Baudoin II était alors roi de Jéru-
salem. Edesse appartenait à Josselin. — 12, Lire : ■a^.^. — 13, Togril-Arslan. — 14. Cf. Jlist.
du Bas-Emp., LXXXVI, § xvi. — 15. u(k^ ;3. — 16. Fils de Mohammed; émir de Masara (BH).
224 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
mais, étant monté sur un lieu élevé, il y fît dresser sa tente, et ordonna de
sonner les trompettes, comme si 'Arab avait été vaincu. Au son des trompettes,
et à la vue de la tente, ses troupes se rassemblèrent '. A ce moment, il y eut un
épais brouillard et les troupes de 'Arab se dispersèrent. Alors Ghâzî les pour-
suivit, et s'empara de leurs tentes et de leurs chevaux. Il parvint jusqu'à Co-
mana et Ancyre, et il combattit énergiquement jusqu'à ce qu'il se fût emparé
de ces villes, et eût délivré son fils Mohammed qui était enfermé là.
Après cela, 'Arab réunit de nouveau (une armée) et se mit à guerroyer et à
s'emparer des places. S'étant emparé d'une forteresse dans laquelle il trouva
un des fils de Ghâzî, nommé Yagan, il tua celui-ci, et Ghâzî fut encore plus
irrité. Il réunit ses troupes et marcha contre 'Arab. 'Arab, ayant été vaincu, prit
la fuite, et l'émir Ghâzî dévasta sans pitié les villages et les villes. 'Arab réunit
de nouveau une armée et vint' contre l'émir Ghâzî; mais 'Arab fut vaincu de
nouveau et s'enfuit pour aller chez les Grecs», et il périt.
Toutes ces choses se passèrent parmi les Turcs qui, dans leur colère des uns
contre les autres, cherchaient du secours chez les chrétiens.
En cette année 1438, Boémond ', fils de Boémond, partit de Rome, et il
régna à Antioche ; le père de celui-ci, dont il portait le nom, avait été un des
premiers qui sortirent et régnèrent. Mais lui se montra un vain orgueilleux, et
voulut soumettre tous les Francs. II y eut parmi eux des divisions et des
combats. C'est pourquoi Josselin s'empara de tout ce qu'il trouva dans toute
la région d'Antioche, à l'exception des gens.
Leur patriarche ^ fut irrité ; il ferma les églises ; et il fit cesser les messes et
les prières, et les cloches, et les funérailles des défunts. Ainsi contraints, ils
firent la paix. Josselin rendit tout le butin.
En l'an 1439% les Turcs et les Francs s'assemblèrent pour livrer bataille dans
la plaine d'Alep. Les Turcs craignirent; ils convinrent de donner à Josselin
chaque année 12 mille dinars, et ils firent la paix.
Ensuite, les Turcs séduisirent, à 'Azaz, quelques individus ' qui firent boire du
poison à Josselin et à 6 chevaliers en même temps. Ces six hommes moururent ;
mais Josselin, grâce aux médecins et à la providence du Seigneur, fut sauvé.
Ceux qui avaient donné le poison furent mis à mort avec leurs enfants.
En cette année, Jean, empereur des Grecs, pénétra dans le pays des Hon-
grois et les soumit '.
1. OAisLI. — 2. Les mots surchargés se lisent ainsi sur l'original : |È*u,-»o Wi^o <^W\ ^)U^ ;«»lo
Hlo o^j.. «.13 ooto • 1»-? Pi. — 3. Le ms. et la vers. ar. portent l'"^ td^; je lis U)0-« La\. —
4. Ms. : Mound fils de Bêmound. Boémond II arriva à Antioche à l'automne de l'an 1126. —
5. Bernard, d'Antioche ; cf. Gesch. des Kôn. Jerus., p. 183. — 6. Vers la fin de 1127 ; cf. op. cit.,
p. 184. — 7. BH (p. 287) ; « Les Turcs d'Alep séduisirent quelques cuisiniers francs, etc. ». —
8. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXXVI, § x-xi.
LIVRE XVI. GHAP. II
22r
La même année, le sultan qui avait été autrefois à Mélitène ' fît une incursion
et pilla quelque peu les confins extérieurs du pays, puis il s'en alla et on ne Je
revit plus.
Au mois de 'ab (août), les maudits Turcs pillèrent le pays de Mélitène. Daoud
de Hesna de Ziad, les rejoignit, les battit et délivra les captifs qu'il renvoya.
La même année% mourut le grand sultan Ghyat ed-Dîn, qui est loué pour sa
beauté naturelle, sa justice, et l'éclat de ses victoires. Une paix constante
régna de son temps dans ses états. Il eut pour successeurs son frère Sindjar,
fils de Malik-sah, et son propre fils, Mahmoud'.
En l'an 1440, Josselin envahit le pays d'Amid' et dévasta les Turcs et les
Gurdes de la montagne Asouma; il pilla les villages jusqu'aux portes de la ville,
parce que quand les Turcs envahirent le pays d'Édesse, tandis que Josselin
[était] ^ à Antioche, les troupes d'Amid s'étaient jointes à eux.
A la même époque, il y avait auprès de Hossam ed-Dîn, seigneur de Mardîn,
deux illustres chevaliers [6i0] Francs : l'un était Bar-NouP et l'autre Galeran ;
il ne voulait pas les tuer; mais Boursouq[î] l'y contraignit, et menaça de
dévaster son pays s'il ne les massacrait pas. Après qu'il les eut fait mettre à
mort, la nouvelle arriva qu'un vendredi, tandis que Bou[rjSouqî priait dans la
mosquée, un Ismaïlien le frappa d'un couteau; mais le couteau ne pénétra point,
parce que l'émir était vêtu d'une cuirasse. L'Ismaïlien ayant été pris, cria aux
deux compagnons qui étaient avec lui et dit : « Frappez plus bas ». Geux-ci frap-
pèrent Boursouqî au bas-ventre, et il mourut '.Hossam ed-Dîn se repentit d'avoir
massacré les Francs.
[608] En cette année 1438, il y eut
un hiver rigoureux : les bêtes sauvages
et les animaux domestiques périrent.
Il y eut aussi des tremblements de
terre au mois de sebat(févr.).
En l'an 1439, au mois de tesrîn ii
(nov.), il y eut pendant la journée deux
secousses de tremblement de terre, et
encore deux pendant la nuit. La terre
[608] Quand les méchants Grecs ne
pouvaient plus maltraiter les Ortho-
doxes, comme ils faisaient' autrefois,
ils n'abandonnaient cependant pas leur
cruauté ; mais ils établissaient à An-
tioche et en Egypte, pour leur peuple,
des patriarches, dans les états des Mu-
sulmans, et ils s'agitaient pour trou-
bler les Syriens, et même les Égyptiens
1. Ïogril-Arslan. — 2. En réalité le 18 avr. 1118. — 3. Cf. p. 206, n. 5. — 4. Ceci semble
devoir se placer antérieurement à la captivité de Josselin (13 sept. 1122); cf. Matth. d'Édesse,
trad., p. 302. — 5. Mot omis. — 6. Sans doute le neveu de Baudoin II, « fils de sa sœur » (Matth.
d'Ed., p, 307, 313, 462). Je n'ai pas retrouvé son nom ailleurs ; la forme syriaque (dans la vers,
ar. ^ttiip) doit répondre à un nom tel que Renault ou Arnault. Cf. Gesch. des Kôn, Jérusalem,
p. 171, n. 5. — 7. Le 26 nov. 1126 ; cf. Gesch. der Chai., III, 244.
8. oooi ^t^v.
III. ' 2J
226 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
fut secouée pendant 40 jours et 40 nuits. et les Arméniens, comme un serpent
Une étoile apparut, qui lançait des dont la tête est coupée et qui agite sa
traits, à la huitième heure du jour ; elle queue. Il y avait donc en Syrie et en
était brillante ; et ensuite elle s'obscur- Arménie, de même qu'en Palestine et
cit comme une fumée', puis elle tomba. en Egypte, outre le patriarche et les
En l'an 1440, un feu apparut dans la évêques de notre nation, de nos frères
région septentrionale, aux mois de les Égyptiens et des Arméniens, ceux
kanoun ir (janv.), d'adar (mars) et de aussi des Grecs chalcédoniens, qui trou-
nisan (avril) ; des sortes de colonnes blaient autant qu'ils pouvaient ces trois
en étaient projetées très fréquemment nations, et même, quand l'occasion s'en
dans la direction du sud. présentait, les Nubiens et les Abyssins.
Les Orthodoxes'^ avaient h lutter contre
les Chalcédoniens, de même que contre
les frères de ceux-ci, les Nestoriens qui étaient en Perse et en Assyrie. Or, malgré
qu'à Jérusalem et à Antioche, ces Grecs, assidus dans le mal, excitassent les pontifes
des Francs contre les Orthodoxes, les trois nations demeuraient' dans [609] la
concorde, et, comme il en était de même dans l'empire des Turcs, les Orthodoxes
étaient partout exempts des vexations des Chalcédoniens. L'Église aurait joui de la
tranquillité si ce n'eût été la dispute du patriarche avec Bar Çabouni et avec trois
évêques âgés : Bar Maudiana, qu'il avait chassé de Mélitène ; celui de Callisura et
celui du Tour 'Abdîn, que le patriarche avait excommuniés, et chacun pour un motif
qui n'était ni l'hérésie, ni la transgression des canons, mais pour avoir été méprisé
par eux. Comme plusieurs avaient grandement supplié le patriarche sans qu'il
cédât, et comme ces trois évêques moururent sans qu'il les déliât de leur inter-
dit, beaucoup de fidèles éprouvèrent un amoindrissement de la foi. — Fin.
CHAPITRE [III]. — De l'époque a laquelle fui tué Boémond, seigneur d' An-
tioche, et à laquelle mourut Athanasius, patriarche d' Antioche. Des autres
événements civils et ecclésiastiques qui eurent lieu à cette époque.
En l'an 1441, les Francs se réunirent et mirent le siège contre Damas*; parce
que le seigneur de cette ville, '^oghtekin^ qui est loué pour ses excellentes
qualités, était mort', et Bouri^ Tâdj el-Moulouk, c'est-à-dire « couronne des
rois », avait commencé à régner. Gomme (les Turcs) s'étaient emparés des défi-
\. Je lis : \ul I.aio,3, quoique l'arabe porte, comme le texte, « dragon » : ^CSi o*a» yS^j'.
2. Le texte (identique dans la vers, ar.) paraît incorrect; lire : uv.ïcJs. ^oi\ (.P). — 3. ooot ,jsaj3.
— 4, Cf. RÔHRicHT, Gesch. des Kônigr. Jérusalem, p, 186. — 5. Lire ^IX^o» (= ^î^^a^, • SSàt).
— 6. 12 févr. 1128. — 7. Ms. : ;s (vers. ar. : »='); lire : uios; cf. p. 239 (texte, p. 618).
LIVRE XVI. CHAP. III 227
lés pour qu'on ne pût ravitailler les Francs, ceux-ci avaient envoyé mille fan-
tassins et cavaliers pour apporter les choses nécessaires à la nourriture. Les
Turcs leur tendirent des embûches sur la route, et détruisirent les fantassins.
Les Francs furent fort tourmentés; ils acceptèrent du seigneur de Damas vingt
mille dinars, firent la paix et revinrent dans leur pays, à condition qu'on paierait
chaque année un tribut aux Francs.
En cette année mourut l'arménien Thoros', gouverneur» de la Gilicie. Son frère
Léon= lui succéda. Boémond, seigneur d'Antioche, fut amené à faire la guerre
à Léon'.
L'émir Ghazî, après avoir vaincu tous les Turcs de la Cappadoce, régna seul
et envahit le littoral. Là se trouvait un Grec', nommé Casianus* qui tenait
la région. Gelui-ei alla spontanément trouver l'émir Ghazî, et lui livra toutes les
forteresses du littoral du Pont. Ghazî lui donna un poste dans son pays, et Ca-
sianus entra à son service.
L'émir Ghazî ayant donc ainsi prévalu, apprit à ce moment-là, la mort de
Thoros, et il envoya ses troupes en Cilicie. Au moment où les Turcs y arri-
vèrent, Boémond et les Francs se trouvèrent arriver d'un autre côté. Les
Francs n'avaient point connaissance de la présence des Turcs, ni les Turcs de
celle des Francs; mais des deux côtés. Turcs et Francs, en voulaient aux
Arméniens. En arrivant dans la plaine d'A[na]zarba, les Turcs virent Boémond
avec quelques cavaliers : ils le reconnurent et engagèrent le combat. Après de
nombreux massacres, les Francs fatigués montèrent sur une colline où les
Turcs les entourèrent de tous côtés et les tuèrent tous. Ils tuèrent subitement
Boémond, parce qu'ils ne le reconnurent pas. Ils prirent sa tête et les armures
des Francs et se retirèrent pour s'en aller'. Léon de son côté occupa les défilés
et massacra une foule de Francs'. Quand les Turcs revinrent près de l'émir
Ghazî, celui-ci fit préparer la tète de Boémond et l'envoya avec divers présents,
armures et chevaux, au khalife de Bagdad, qui lui renvoya aussi divers présents.
[611] En cette même année', le sultan duKhorasan donna Mossoul au fils de
Boursouqi'". On disait de lui qu'il était très versé dans les sciences et dans
les doctrines, et très habile dans l'art du tissage et des constructions"; qu'il
1. Thoros ï", fils de Constantin, mort en 1129. — 2. Littéral. ; « détenteur ». — 3. Ms. : Lehon
{Levon, forme arménienne). — 4. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXXVI, § xix, xx. — 5. BII : 19;é^
\.iLf^ « un satrape des Grecs ». — 6. BH : >a>oi.ao|.o; vers. ar. : uBli^m^. Kc«7iav6ç; cf. Hist.
grecs des Crois., I, 270. — 7, Cf. Gesch. des K. Jerus., p. 188, La bataille eut lieu en févr. 1130.
8. Barhêbr. dit qu'il massacra « les Turcs » ; c'est une interprétation erronée. — 9. Ceci est
inexact. 10. C.-à.-d. à 'Izz ed-Dîn Mas'oud, fils d'Aqsonqor al-Boursouqi ; cf. Gesch. der Chai.,
III, 244; Gesch. des K. Jerus., p. 182. — 11. Lire : u!Iis; vers. ar. : ^^i-^o v.^"^ -a^'o^a 'D^^^o.
228 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
était courageux, fort et valeureux dans les combats; mais il ne brilla point, car
la gloire elle-même est un don d'en haut. Il vécut seulement trois mois dans la
principauté. Quand il parvint à Rehabôt, sa fin arriva et il mourut'. On croit
qu'il fut tué par le poison.
Après lui, Mas'oud, fils d'Aqsonqor, vint mettre le siège contre Rehabôt,
et organisa contre cette ville une violente attaque. Celui-ci mourut aussi
empoisonné*.
Josselin s'empara de Rés'ayna : il tua une grande partie de la population'
arabe, une grande partie fut suffoquée, et il fit captifs ceux qui restaient,
hommes et femmes. '
En l'an 1441, quatre enfants étaient Le gouverneur était irrité contre le
nés d'une même couche; et au bout de patriarche Athanasius, h cause de l'ex-
dix jours trois moururent subitement le communication d'Isaac^ fils de Qorya'
même jour, au même instant. — Fin. et (il lui défendit)* de sortir d'Amid. En
effet, plusieurs fois^ il avait envoyé lui
demander de l'absoudre. Enfin, l'émir
vint lui-même en personne au monastère de Qanqrat et demanda au patriarche
d'absoudre Isaac. Il n'y consentit pas, mais il apaisa la colère de l'émir par l'or
qu'il lui offrit. Alors, le diacre Isaac conseilla à l'émir de ne pas laisser le patriarche
sortir d'Amid; il lui disait : « Ce patriarche est un homme âgé; bientôt il mourra
ici, et lu prendras son trésor^ ». Tandis que le patriarche restait à Amid, comme
dans une prison, il envoya un message à Josselin, seigneur d'Edesse, lui demandant
de le réclamer à l'émir d'Amid. Josselin manda avec empressement au seigneur
d'Amid : « Si tu ne relitohes pas le patriache, je dévasterai ta contrée. » Et, ainsi
contraint, l'émir permit [611] au patriarche de s'en aller.
Il sortit donc d'Amid et vint saluer Josselin, et de là il monta au monastère de Mar
Bar Çauma. Le dimanche de Pentecôte °, il commença à célébrer la messe, et parvint
jusqu'à l'invocation de l'Esprit; tout à coup, il se troubla, son visage changea, il perdit
connaissance, et on le plaça sur son siège; l'évèque de Gargar acheva la messe.
Ensuite le patriarche se trouva mieux et il institua un évêque pour le Ségestân '';
mais, après être resté sept jours' étendu, le moment de son départ arriva; et le samedi
8 de haziran (juin) de l'an 1440, à la troisième heure, il mourut. On fit ses funérailles,
et son corps fut enseveli dans la sacristie "du couvent. — Fin.
1. En juillet 1127. Son père avait été assassiné le 26 nov. 1126. — 2. Répétition évidente. L'au-
teur a juxtaposé plusieurs documents.
3, Cf. ci-dessus, p. 213. — 4. Mot omis par le copiste. — 5. xEctiriXtov. — 6.2 juin 1129. — 7. Jean,
le dernier dans la liste de l'Appendice; ce qui donne à croire que ces listes suivent l'ordre chro-
nologique. — 8. Ms. : « 7 sept jours ». — 9. gazophylacium.
LIVRE XVI. CHAP. IV 229
G H A.PITRE [IV]. — T)e V époque a laquelle Zangui sortit de Badgdad et régna sur
Mossoul; à laquelle Josselin régna sur Antioche\ et à laquelle le patriarche
Mar Jean fut ordonné.
Quand Mas'oud, fils de Boursouqi, qui était gouverneur de Mossoul, mourut,
il y avait dans cette ville un préfet' nommé Djâwali% un des officiers du grand
sultan ; sur le conseil qu'on lui donna, il prit la plus grande partie des richesses
du trésor du gouverneur de Mossoul, et les envoya au sultan par l'intermédiaire
du juge Beha ed-Dîn Sahrzôri', en compagnie d'un émir nommé Çalah ed-Dîn
Mahmoud ibn Ayoub*. Il manda au sultan : « Moi, qui suis de vos serviteurs, je
conviens très bien pour vous ici ». Quand les envoyés arrivèrent à Bagdad,
avant qu'ils ne vissent le sultan, ils rencontrèrent un homme honorable, Naçir
ed-Dîn Djaqer', fils de Ya'qoub, qui était parent de Çalah ed-Dîn. Quand ils
lui firent connaître la raison de leur venue, il leur conseilla de demander Zangui
'Imâd ed-Din% l'atabeg, « car, dit-il, le sultan a confiance en cet homme qui est
son atabeg; il est puissant, fameux et digne de l'empire ». Ils acquiescèrent à
son conseil etse rencontrèrent d'abord avec Zangui. Gelui-cileur fît ce serment :
« Si cela arrive, tout ce que vous me demanderez, je vous l'accorderai ». Le
juge demanda que la charge de juge à Mossoul soit confiée à lui-même et à
sa postérité après lui, tant que subsisterait le règne de la famille de l'atabeg,
et que tous les juges de tous les lieux de ses états fussent sous le comman-
dement de ses enfants. [612] Il leur en fît le serment et le confirma par écrit.
Çalah ed-Dîn lui demanda de devenir son hadjib particulier. Naçir ed-Dîn
demanda de devenir préfet' de Mossoul, avec autorité sur toute la province.
Alors ils se présentèrent au sultan, après avoir rempli les yeux de tous ceux
qui l'entouraient par des présents.
Quand la principauté eutété donnée à Zangui par le sultan et le khalife, il partit
de Bagdad, suivi' d'une armée. Quand il approcha de Mossoul, le juge Beha
ed-Dîn et l'émir Çalah ed-Dîn le précédèrent et allèrent trouver Djâwali^ à qui
ils dirent : « Gomme nous n'avons pas pu obtenir ces lieux pour toi, nous avons
obtenu un édit pour que tu sois préfet en cette citadelle, avec autorité sur tous
les pays. Et le sultan a ordonné que ce Zangui, son atabeg, soit général sous tes
ordres' ». Il se laissa persuader par eux, et Zangui entra à Mossoul'". Ils lui
1. YiYEtiwv. — 2. Un mamlouk d'Aqsonqor. Cf. Gesch. der Chai., III, 247. — 3. BH : Abou '1-
Hassan 'Alî ibn àahrzôrî. — 4. BH : uJl^sasa^U >-"^i ; « Çalâh Yâgoubsânî ». Cf. H. Dkken-
BOURG, Ousâma, p. 143, n. 1. — 5. Lire : ;û^ ( r*»-) ^" ''^^ ^^ '''^- ~' ^' ^^- ^* vers. ar. :
« "Omar ed-Dîn »; BH : « Zangui, fîls de Qâsim ed-Daulah Aqsonqor. ». — 7. rjyefjiiiv. — 8. Lire :
.a^jo. _ 9. Littér. : « devant toi ». — 10. Au ramadhan de l'an 521 (1127).
230 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
ouvrirent les portes de la ville et de la citadelle, et il commença à régner en
l'an 1442.
II monta ensuite prendre Djézireh, et peu à peu il arriva à régner comme
le montrera le discours qui parle successivement de tous les temps. 11 observa
et exécuta les conventions faites avec Beha ed-Dîn, Çalali ed-Din, Naçir ed-Dîn,
et Zain ed-Din, et n'en retrancha rien.
La même année, quand Boémond, seigneur d'Antioche, eut été tué*, le roi vint
de Jérusalem, et Josselin vint d'Édesse pour régner à Antioche. Les gens de
la ville fermèrent les portes et les laissèrent tous les deux dehors. Après avoir
passé des jours à discuter, ils se mirent d'accord et donnèrentla ville à Josselin
qui devait la garder jusqu'à ce que la fille de Boémond prît un mari, qui serait
(alors) seigneur d'Antioche.
Tandis que les Francs campaient aux portes d'Antioche, Zangui, seigneur de
Mossoul, vint piller la région de Tell Baser et d'Antioche. II battit les Turcs' et
tua ceux qu'il atteignit. Après cela, il pénétra dans leurs pays, y massacra beau-
coup de gens, et s'empara de deux forteresses.
La même année Jean, empereur des Grecs, s'avança pour combattre les Turcs,
et bâtit une ville sur le littoral. Au moment où il se préparait à rencontrer les
Turcs, son frère et quelques-uns de ses grands formèrent un complot contre lui
Comme il voulut s'emparer d'eux, son frère s'enfuit près de l'émir Ghazî. Celui-
ci se réjouit vivement à cause de lui. Il le traita avec de grands honneurs et
l'envoya près de Gabras, à Trébizonde. L'empereur retourna à Gonstantinople
et chassa en exil ceux qui avaient comploté contre lui^
L'émir Ghazî assiégea Symnada, qui était à sa sœur, et la prit de force.
De là, il entra dans le pays de Cilicie, contre Léon l'Arménien. 11 attaqua et prit
des forteresses. Léon fut humilié : il jura de ne plus entrer ni envoyer
d'hommes dans les pays de l'émir Ghazî, et de payer chaque année un tribut à
Ghazî. Celui-ci, ayant ajouté foi à sa parole, le laissa et se retira. Léon mentit
et ne donna rien.
L'émir Ghazî vint à Mélitène. Le sultan Mas'oud, son gendre, etlsaacus, frère
de l'empereur des Grecs, qui était revenu [613] d'auprès de Gabras, vinrent l'y
trouver, et y restèrent tout le temps de l'hiver.
Ensuite Isaacus se rendit près de Léon, et Léon donna sa fille au neveu ' de
l'empereur, avec deux villes : Mopsueste et Adana". Ensuite, il y eut une que-
1, Cf. ci-dessus, p. 227. — 2. Sic ms. et version arabe. 11 y a probablement une lacune dans
le texte; à moins qu'il ne faille lire les « Francs » au lieu des « Turcs ». — 3. Cf. Hist. du Bas-
Emp,, LXXXVl, § xxxiir, xxxvi. — 4. Litt. : « au fils du frère », c.-à-d. d'isaac ; Barhébr, (Chr.
syr., p. 290), suivi par les historiens modernes, a rendu ce passage en disant ; « Isaac donna sa
fille à Léon ». —5. Lire : Mo (BH).
LIVRE XVI. CHAP. IV 231
relie entre eux. Léon enleva aux Grecs [tout ce qu'ils possédaient], et Isaacus
[s'enfuit]' avec son fils près du sultan Mas'oud.
En l'an 1442, au mois de tésrîn ii L'année où mourut le patriarche Mar
(nov.), on voyait dans la région septen- Athanasius mourut aussi Macarius, pape
trionale comme un feu ardent, ressem- d'Alexandrie ^.
blant h des montagnes, ensuite il était Quand la nouvelle de la mort du pa-
comme des colonnes. A ce moment triarche Athanasius parvint à Edesse,
tomba une grande étoile, très terrible, selon l'usage, des prêtres se réunirent
qui, dans sa chute, fit un bruit épouvan- pour lui faire un office funèbre. A cet
table. office présidait Bar Çabouni ; il fut
frappé, tomba et perdit connaissance ;
on le transporta dans sa chambre. En-
suite il reprit des forces. Comme le synode était assemblé à Kaisoum, Bar Çabouni
vint à Samosate pour se rendre au synode. Là, il tomba de sa monture. On le rem-
porta h Edesse où il mourut sans avoir été délié de son interdit.
Le chef du synode était à cette époque Dionysius de Kaisoum. Les évoques s'étant
réunis jetèrent' les sorts, et le choix tomba sur Maudiana, archimandrite du monas-
tère de Dovaïr, qui est dans la région d'Antioche. Tandis que [612] deux évoques
allaient pour ramener l'élu, Dionysius de Kaisoum mourut ; et on attendit la venue * du
vénérable Dionysius, le maphrien.
Tous les évêques se rendirent avec le maphrien Dionysius h Telia de Sebarta*, h
l'instigation de Josselin qui se faisait leur protecteur ; et l'ordination du patriarche
Mar Jean, qui est Maudiana^ l'archimandrite, eut lieu le lundi de la seconde semaine
du carême, le 17 de sebat (févr.) '; le maphrien Dionysius lui imposa les mains, dans
la grande église des Francs, landis que Josselin et ses grands étaient présents à
l'office. Sur l'intervention de Josselin, le patriarche et le synode prononcèrent l'abso-
lution de Bar Çabouni. — Quant à l'évêque du Ségestan [qui avait quitté] * son diocèse
et était revenu, le patriarche l'avait sévèrement excommunié et avait défini qu'il ne
serait plus jamais accepté dans l'Eglise; à la demande de Josselin, ils reçurent et
réconcilièrent aussi cet évêque, et lui accordèrent même le siège de Symnada dont
le pasteur était mort. Il y fut accepté pendant quelque temps, puis il en fut aussi
chassé, et il demeura sans diocèse tout le reste de la vie de Mar Jean. Après [613] la
mort de ce patriarche, ils eurent de nouveau pitié de lui et lui donnèrent Arsamo-
1 , 11 y a uue lacuae daas le texte. Restituer : iiooa»«iu| [iû;.i.o • oooi ^lo» ^^] ....lamj; vers. ar. :
2, Cf, Renaudot, Hist. pair. Alex., p. 500. — 3. o,=i.o (BH). — 4, Le texte (identique dans la
vers, ar.) paraît légèrement altéré. — 5. Sicms.; vers, ar. : oi»U^ "^S;». ; BH : ^Ji^t; dans l'App.
(texte, p. 766) : >à\L. — 6. Jean XII. — 7. En 1441 (1130). — 8. Suppléer: «»3*» (vers. ar. ; yU).
232 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
sate ; et il prit part à l'ordination du patriarche qui succéda à Mar Jean. Là aussi, il
fut accepté peu de temps et s'éloigna aussitôt. Il demeura errant de place en place
et s'en alla à Jérusalem. Comme il ne voulut pas rester dans notre couvent qui se
trouve là, il allait avec ces Francs qu'on appelle « Frères » ; à la fin, il tomba dans
une fournaise de feu et fut consumé. Il servit d'exemple pour montrer quelle fin
attend ceux qui méprisent les canons de la sainte Eglise et qui, anathématisés par
les pasteurs, ne tiennent pas compte de la sentence. Le patriarche lui avait dit : « Si
tu abandonnes' ton diocèse du Ségestan, tu ne seras pas digne de sépulture^! »
CHAPITRE [V]. — De V époque à laquelle Josselin I"' mourut et son fils Josselin
commença à régner. Sur les divers événements qui se passèrent à cette époque
dans l'Eglise et entre les rois.
Josselin marcha contre une forteresse située entre Alep et Mabboug, où se
trouvaient des Taiyayê, qui ravageaient son territoire. On creusa une mine au-
dessous, et Josselin étant allé inspecter la mine^ elle s'écroula subitement sur
lui, et il fut enseveli. Us le retirèrent respirant encore, et le transportèrent à
Tell Baser*. Là, il apprit que l'émir Ghazî avait rassemblé ses troupes pour
envahir sa province; sur son ordre les Francs se réunirent, et, l'emportant
sur une litière, ils sortirent pour marcher contre les Turcs. Tandis qu'ils
étaienten route, [Josselin] mourut* [et] Josselin II [régna à Edesse]^ Quand Ghazî
apprit que Josselin était mort, il montra de la magnanimité ; il fit cesser le
combat, envoya ses condoléances et écrivit aux Francs en ces termes : « Je
n'engagerai pas le combat avec vous aujourd'hui, pour qu'on ne dise pas que,
grâce à la mort de votre roi, j'ai pu triompher de votre armée. Donc, faites
tranquillement vos affaires ; choisissez-vous un chef selon vos usages, et gou-
vernez vos pays en paix; car [614] vous n'avez rien à craindre de ma part ni
de celle de mes troupes. »
L'empereur des Grecs, de son côté, sortit en colère contre les Turcs et les
Arméniens. Il massacra la plupart des Turcs qui étaient sur le littoral, et prit
deux forteresses. Ses grands formèrent de nouveau un complot contre lui et
envoyèrent chercher son frère pour le faire régner. A cause de cela, il s'en
retourna en hâte.
Les Turcs se réunirent et pénétrèrent jusqu'à Sozopolis; mais ils furent
1. «ûaaj.!.. — 2, Lire : |i»a2Jj.
3. Cf. Gesch. des K.Jerus.,p. 195. — 4. Josselia I" de Courtenay mourut vers la fia de 1131. —
5. Un copiste a passé une ligne, qui manque également dans la vers, arabe ; il faut lire avec
Barhébréus : WiL [^aoo>^ uoiiol ^^ y^lo • ] <^\ooo^ ,ii.c.
LIVRE XVI. CHAP. V 233
tourmentés par la famine, et ils ne purent rien contre cette ville; ils pillèrent la
région et s'en retournèrent'.
L'émir Ghâzî prit avec lui le sultan Mas'oud et ils envahirent le littoral. Ils
assiégèrent une forteresse appelée Zinin'; après l'avoir attaquée sans pouvoir
s'en emparer, ils acceptèrent des Romains qui s'y trouvaient quatre mille dinars
et firent la paix.
A cette époque, le khalife de Bagdad et le sultan du Khorasan envoyèrent
l'autorité à Ghazî, pour qu'il fût roi de la région septentrionale, et il fut appelé
Malik Ghazi».
Les Francs formèrent un complot contre Josselin II, et étaient disposés à s'em-
parer de lui. Il y eut une discorde parmi eux. Après qu'ils furent demeurés quel-
que tempsen paix, la discorde surgit de nouveau parmi eux, parce que Josselin II
voulait régner sur Antioche, à la place de son père. Mais les gens delà ville et
le patriarche n'y consentirent pas*; et ils gardaient la ville à la fille'' de Boémond.
En l'an 1444, les troupes de Zangui, seigneur de Mossoul, montèrent contre
Édesse. Les Francs s'avancèrent, les vainquirent et les mirent en fuite.
Encore à cette époque, un émir de la race d'Ortoq, appelé Mohammed Sems
el-hadjib, qui détestait les chrétiens, demanda à Hossam ed-Dîn, seigneur de
Mardîn, de lui céder la place de Sabaktân pour combattre les Francs. [613] Il
entrait continuellement dans la région d'Édesse et y faisait du pillage. Six
cents cavaliers Francs le rejoignirent, tuèrent mille Turcs et s'emparèrent de
lui. Ils le firent brûler à la porte d'Edesse. Après cela, Josselin s'empara de
la forteresse de âabaktân et la rasa complètement.
Tandis que les Turcs étaient réunis dans la région d'Alep, Josselin s'avança
contre eux; ceux-ci se sauvèrent, entrèrent dans la région de Tell Baser, et la
pillèrent. Soixante-dix cavaliers, laissés pour garder le lieu, sortirent contre
eux; les Turcs se placèrent en embuscade et les prirent tous; les Turcs ren-
trèrent alors dans le pays des Francs et le pillèrent, sans qu'il se trouvât
quelqu'un pour s'opposer à eux, car les Francs étaient alors divisés entre
eux'.
Jean, empereur des Grecs, sortit de nouveau, il occupa pacifiquement Gasla-
mone; il prit aussi les deux forteresses qui sont dans le voisinage, et comme
il les prit par le combat, il les dévasta'.
Malik Ghazî, ayant aussi pris de vive force la forteresse des Grecs appelée
Albara, la fit brûler par le feu, et rendit esclave la population.
1. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXXVI, § xxxvtii. Il s'agit peut-être d'une campagne différente. —
2. Ms. et vers. ar. : Zynjn. — 3. Cf. ci-dessous, p. 237, — 4. Cf. Gesck. des K. Jerus., p. 201. —
5. Constance. Cf. ci-dessous, p. 236. — 6. Cf. Gesch. des K. Jerus., p. 197,198. — 7. Cf. Hist. du
Bas-Emp., LXXXVI, § xv.
m. 30
234
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
En l'an 1445, les Turcs envahirent la région d'Antioche : Josselin marcha à
leur rencontre et en tua un grand nombre. Ensuite ils firent la paix.
Au mois de kanoun (déc.),le seigneur de Tripoli' s'avança jusqu'à la forte-
resse appelée Ba'rîn». Les Turcs l'environnèrent subitement, et à peine put-
il se sauver dans la forteresse ; les Turcs pillèrent la région et le mont Liban,
et ils assiégèrent la forteresse. Les Francs, à l'intérieur, étaient opprimés par la
faim et la soif. Alors survint le roi de Jérusalem et les Turcs prirent la fuite.
Ensuite, le roi mil le siège contre la forteresse de Qoçeïr, dans le voisinage
d'Antioche ; il s'en empara par le combat. De là il passa à '1mm'. En cet
endroit les Turcs se rassemblèrent (nombreux) comme la sauterelle. Le roi
trembla devant eux. Il fit des serments à Josselin, car Josselin craignait de se
rencontrer avec le roi; il vint donc et il encouragea le roi. Quand on livra
bataille, les Francs commencèrent par fuir jusqu'à ce qu'ils eussent entraîné les
Turcs dans la plaine. Quand ils voulurent se retourner pour combattre, ils
descendirent de leurs montures et se demandèrent l'un à l'autre pardon, à
cause de la discorde qui s'était élevée parmi eux. Alors le Seigneur fut avec
eux; ils infligèrent aux Turcs une grande défaite et les poursuivirent jusqu'au
[soir]'. Quand le roi revint de la bataille, et quand les trompettes sonnè-
rent, on chercha Josselin et on ne le trouva pas. Ce fut une grande angoisse
pour le roi et pour le peuple. Mais au milieu de la nuit Josselin arriva.
Malik Ghazî revint contre Castamone et s'en empara par le combat. Il massa-
cra les Grecs qui s'y trouvèrent". L'empereur Jean en fut profondément aifligé ;
il sortit promptement, mais son ardeur ne servit de rien, car il reçut tout à
coup la nouvelle que sa femme était morte et que son fils, qui était destiné
à régner, était malade : c'est pourquoi il retourna promptement à sa capitale.
— Fin.
En l'an 1443, un arc apparut dans les
nues, pendant la nuit.
La même année, les chiens enragèrent
dans la plupart des pays, et causèrent
de grands dommages aux hommes et aux
bestiaux. Les astronomes disent que
quand les chiens voient le spectre de
l'étoile qu'on appelle le Chien d'Orion,
ils deviennent enragés; mais les méde-
Après l'ordination du patriarche Mar
Jean, il y eut une discorde parmi les
évêques, dans le synode même : le ma-
phrien Dionysius voulait un accroisse-
ment de son diocèse, mais tous les
évêques lui résistèrent. Il sortit mécon-
tent, et arriva à Amid; il s'efforça de
faire établir un autre patriarche et des-
tituer celui qui existait. Mais le Seigneur,
1. Pons, — 2. Montferrand des Croisés. Cl. H. Derenbouroj Ousâma ibn Moun^idh, p. 154, —
3, Cf. Gesch, des K. Jerus., p. 198, n. 2. — 4. Lacune d'un mot dans le ms. BH : U»P^ l»_i^; vers.
ar. : otî;>i^ >S>> « jusqu'à la citadelle «. — 5. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXXVI, § xvt.
LIVRE XVI. GHAP. V
235
cins disent que cette maladie provient
de la bile noire.
A cette époque, à Mélitène, un persan
eut l'audace d'enlever la croix des mains
d'un chrétien, et la plaça irrévérencieu-
sement sur son bas ventre. Les chrétiens
s'agitèrent dans un zèle louable, et les
gens de la ville s'assemblèrent près du
préfet, qui, ayant appris la chose, or-
donna de saisir ce persan et de le livrer
aux chrétiens^ pour qu'ils le torturassent
comme ils voudraient. Alors, ils lui noir-
cirent le visage, le firent monter sur un
âne et le promenèrent par les rues.
Ensuite Ghâzî lui-même, ayant eu con-
naissance de la chose, fit frapperle per-
san et le chassa même de ses états.
[614] En l'an 1444, il y eut un trem-
blement de terre, pendant la nuit, le 3
de sébat (févr.).
Le 2 du mois de 'ab (août), il y eut une
éclipse de soleil.
Au mois d'éloul (sept.), il y eut un
tremblement de terre pendant le jour,
et un grand bruit au moment du soir.
Ensuite apparut un signe terrible, sem-
blable à du feu.
Après cela, il y eut pendant deux
années disette de pluie et la famine en
beaucoup d'endroits, surtout dans l'île
de Chypre, où, à cause de la calamité
de la famine, les chrétiens mangèrent de
la viande pendant le grand jeûne (du
carême).
Au moment où avait Heu l'éclipsé,
c'est-à-dire l'obscurcissement du soleil,
qui prend lui-même soin de son Église
en touttemps etanéantit lesdesseinsdes
méchants, lui suscita une épreuve de la
part du seigneur d'Amid, qui voulut
s'emparer de lui : et à peine put-il
s'échapper. Etant retourné dans son
diocèse, il ne suscita plus aucun motif
de discorde.
Sur le siège d'Alexandrie et de Micrin *,
après Cyrîllus vint Macarius, et quand
celui-ci fut mort, l'année même où mou-
rut Mar Athanasius% Theodorus avait été
ordonné; peu de temps après, il fut
reconnu hérétique, et partisan du misé-
rable Julianus le phantasiaste. A cause
de cela il fut déposé, et Michel devint
[614] patriarche pour le siège de Miçrin
et d'Egypte ^
Après celui-ci le patriarche de ce
siège d'Alexandrie fut Gabriel ; il était
capable dans la doctrine, et était aussi
très habile dans l'écriture et la langue
arabe. Voyant que toutle peuple d'Egypte
parlait la langue et se servait de l'écri-
ture arabe, parce que depuis longtemps
la domination arabe régnait et était af-
fermie dans toute cette contrée, il prit
soin de faire transcrire en langue arabe
les livres de l'Ancien etdu Nouveau Tes-
tament, les autres livres et les rituels
des fonctions sacerdotales, afin que les
auditeurs, c'est-à-dire tout le peuple,
comprissent les Livres saints.
Quand le patriarche Mar Jean vint
au couvent de Mar Bar Çauma, il réunit
les évêques et déposa l'évêque Mar Jean
1. « Miçrîn », nom sémitique de l'Egypte, désigne ici le Vieux Caire. — 2. Cf. p. 231, — 3. Cette
notice est pleine de confusion. Voici l'ordre et la date des patriarches d'après Renaudot :
Cyrillus (1078-1092), Michel (1093-1102), Macarius (1103-1129), Gabriel ibn Tarik (1131-1146).
236 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
quarante cavaliers « Phrer' » furent bar Andréas*, parce qu'il n'avait pas
tués avec quatre cents autres chrétiens, reçu le patriarche quand celui-ci avait
et le diacre Bar Qorya^. traversé son diocèse^. Chacun disait
La même année, de nouveau' quatre que ce n'était pas là une raison suffisante
enfants naquirent d'une même couche, pour la déposition de celui qui avait
à Mélitène : trois garçons et une fille; commis cette faute, mais qu'il méritait
les garçons moururent et la fille vécut. un châtiment quelconque et une cor-
— Le même mois naquit un petit cochon rection par le mépris et non par le
qui avait deux corps et une seule tête; bâton. — Fin.
il mourut le jour même.
A la même époque, [une caravane]*
de marchands persans, au nombre d'environ quatre cents, avec lesquels se trou-
vaient quatre chrétiens, quitta Constantinople, et ils moururent tous dans la neige, le
jour de la fête de Mar Theodorus. — Fin.
CHAPITRE [VIj. — De l'époque à laquelle Bedawi régna à Antioche, et à
laquelle mourut Baudoin, roi de Jérusalem, et régna Foulques, son gendre.
A cette époque mourut le Turc Malik Ghâzt, et son fils Mohammed régna
après lui; à cette époque Zangui régna sur Alep; etc.
En l'année 1446, partit d'Italie un Franc nommé Bedawi' ; il épousa la fille'
de ce Boémond qui avait été tué, et il régna à Antioche.
La même année, Baudoin [II], roi de Jérusalemj mourut"; il avait fiancé sa
fille'" à Foulques", et celui-ci régna à Jérusalem'^
Lamêmeannée", Zangui, seigneur de Mossoul, vintenSyrieetassiegeaAlep.il
y avait dans cette ville un préfet arabe " qui ferma les portes. [616] Les gens de la
ville savaient que le père de Zangui, l'émir Aqsonqor, avait régné sur eux, et ils
se souvenaient de la rectitude de ses jugements ; ils connaissaient aussi Zangui,
qui était né et avait grandi dans cette ville. C'est pourquoi le peuple s'empressa
d'ouvrir les portes et de le faire entrer dans la ville. Le préfet s'enfuit et
1. Cf. ci-dessus, p. 201. — • 2. Cf. ci-dessus, p. 213. — 3. Cf. ci-dessus, p. 228; probablement
une répétition. — 4. Lacune d'un mot. Suppléer l*i3 ou )tik»«o. (Vers, ar. : ^.A>t|.-3 j|.^ la^;3).
5. Evêque de Mabboug. — 6. BH : « était passé à Mabboug ».
7. Le mot Bedawi est une déformation de « Poitevin ». Il désigne Raymond \" de Poitiers, fils
puîné de Guillaume IX, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers. — 8. Constance, fille de Boémond II.
Le mariage eut lieu en 1136. Cf. Rôhricht, Gesch. des K. Jerus., p. 203. — 9. Le 21 août 1131.
— 10. Mélissende (mariée le 2 juin 1129). — 11. Ms. : Fouq{îorm& syr.) Foulques d'Anjou, fils de
Foulques le Réchin. — 12. Couronné le 14 sept. 1131. — 13. Zangui s'empara d'Alep en janv. 1128.
Cf. Gesch. der Chai., III, 250. — 14. Probablement Qotloug-abeh. Cf. Hist, or. des Crois., I, 378.
LIVRE XVI. GHAP. VI 237
se fortifia dans la forteresse, c'est-à-dire la citadelle. Zangui s'empara de lui par
le combat, lui fit crever les yeux et l'envoya à Mossoul; mais il fit du bien aux
gens de la ville; il fit la paix avec les Francs, et retourna à Mossoul, à cause de
la dispute entre lui et les émirs de la famille d'Ortoq.
La même année, le khalife de Bagdad et le sultan du Khorasan envoyèrent à
l'émir Ghâzî, seigneur de Mélitène, quatre drapeaux noirs, des tambours '
qu'on frappait devant lui comme roi, un collier * d'or pour être suspendu à
son cou, et un sceptre d'or avec lequel il devait être frappé par les envoyés,
en confirmation de la royauté qui lui était octroyée, à lui-même et à sa des-
cendance après lui. Les envoyés, en arrivant, le trouvèrent malade. Ils restèrent
en attendant ce qui arriverait. Quand sa mort arriva», il donna le pouvoir à
son fils Mohammed*. Les envoyés donnèrent donc l'investiture^ à Mohammed,
et il fut proclamé Malik *.
Cet émir Ghâzî fut un homme sanguinaire, meurtrier, débauché et ayant
plusieurs femmes. Peu de jours avant sa mort, il se fit amener une femme et
il prescrivit aux gens de Mélitène d'orner les rues, et d'autres fantaisies (pour
sa réception),'. Il était courageux, fort, et astucieux. Il envahit le Beit Roumayê
et massacra les rebelles turcs qui s'y trouvaient. C'est pourquoi il fit régner une
paix profonde dans ses états. Il était fort craint des voleurs et des pillards; il
aimait les soldats. Au moment de sa mort, il rugit comme un lion.
Quand son fils régna, il commença par observer la loi des faiyayê. Il ne
buvait pas de vin, et traitait les Musulmans avec honneur; il rendait les juge-
ments selon la justice; il était prudent et [617] et très vigilant. Cependant il
détruisait les églises. Il se mit à restaurer la ville de Césarée, en Cappadoce, qui
était ruinée depuis longtemps. Il en retrancha une partie' (?); et il y bâtit des
édifices avec les pierres de marbre qu'on arrachait des temples superbes. Il y
habitait constamment.
Au mois de téèrin i"'', Malik Mohammed vint à Mélitène, en l'année même où il
commença à régner, qui est l'année 1446. Les gens de Mélitène attendaient de
lui qu'il leur allégeât les tributs imposés par son père. Au mois de tésrîn ii,
il partit, parce que le sultan Mas'oud' l'effraya par l'annonce de l'empereur des
Grecs. Il ne fit aucun bien aux gens de Mélitène; mais il emmena avec lui les
notables comme otages.
En cette année, le fils de Daoud", A[r]slan-Doghmis, se révolta à Hesna de
Ziad ; son père s'empara de lui et lui mit les fers.
1. Ms. : kstr; l'ar. a lu »û.«aa, et traduit : «âlS'. Barhébr. écrit correctement : LUioo.s ; le texte pri-
mitif portait probablement » ^^s « 4 tambours ». — 2. I^Xoc. — 3. En 1135. — 4. Appelé tantôt
Mohammed, tantôt Mahmoud par les historiens. — 5. Littér. : « ils accomplirent ». — 6. C.-à-d.
« roi ». — 7. Vers. ar. I.lLjli&. 'aoIso. — 8. Vers. ar. : ...li^o )okj^ >a,é*o. — 9. Sultan d'Iconium.
— 10. Rokn ed-Daulafa, toujours appelé Rokn ed-Dîn par Michel.
238
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Les deux frères de Mohammed', Yagan' et Daulah, se révoltèrent contre lui.
Yagan fut tué, et Daulah pilla la région de Mélitène.
La même année', Zangui prit sur les Francs Atharib et Zardana*, sous con-
ditions ; mais ensuite il mentit à ses serments et voulut les contraindre à se
faire musulmans; comme ils n'apostasièrent pas, il les fît tous massacrer. Il prit
parmi ses femmes la fille du seigneur de la place forte '. Les Francs arrivèrent
et Zangui s'enfuit.
La même année, les Turcs de Mélitène entrèrent dans le pays des Francs,
pillèrent et s'en retournèrent. — Fin.
En l'an 1445, la sauterelle vint, nom-
breuse, à Edesse et dans la région.
Les chrétiens eurent recours à l'élu
Mar Bar Çauma. Ils firent apporter sa
main droite; et en même temps qu'elle
arriva, il y eut un prodige : la saute-
relle partit et ne causa aucun dommage
dans toute la région.
Les Grecs, selon leur détestable cou-
tume, brûlèrent de jalousie, et excitèrent
l'évêque ' des Francs à ouvrir le reli-
quaire, [616] comme pour exposer la
main. Les moines disaient qu'il ne conve-
nait pas de l'ouvrir; sinon la colère s'a-
battrait sur ce pays. On se moquait d'eux
en disant : « Ils n'ont rien dans le reli-
quaire //. Les moines furent donc con-
traints de l'ouvrir dans l'église des
Francs. Aussitôt, il y eut un tonnerre vio-
lent dans l'air, et en un clin d'ceil des
nuées obscures couvrirent l'atmosphère ;
une forte grêle tomba et remplit les rues.
Tout le peuple criait en pleurant : « Sei-
gneur aie pitié I Saint Mar Bar Çauma
sois propice! » Les Francs, le prêtre et
Bar Andréas, évèque de Mabboug',
était versé dans la doctrine, instruit
dans notre langue et dans celle des
Arméniens, et il était vraiment devenu,
pour ainsi dire, le miroir de toute sa
génération.
Mais comme il n'observait pas l'hon-
neur dû au patriarche, et se moquait
de sa simplicité, il était justement blâmé
par le plus grand nombre. Cependant,
il ne consentit jamais à demander son
pardon ; parce qu'il avait l'assurance
d'être [616] le seul porte-parole des
fidèles, en cette génération, dans la
discussion contre les Arméniens et les
Francs ; car il n'avait point son sem-
blable dans l'habileté et la vigueur de
la parole et dans l'à-propos de l'apolo-
gie. Il pensait que s'il quittait son dio-
cèse ou s'il était déposé de l'éplscopat,
ses diocésains, ou plutôt tous les fidèles,
et le patriarche lui-même, pressés dans
la discussion avec les (autres) nations,
le supplieraient de revenir à son dio-
cèse. Et à cause de son obstination in-
1. Fils de Ghâzî. — 2. Sic vers, ar, ; ms. : Yagar. — 3. En 1135. Cf. Rohricht, Gesch. des K,
Jerus., p. 203. — 4. Ms. Thrib et Zarahna. Vers. ar. : H^iio o»|l. Lire : l)»iio oUU. — 5. De
FTesna, Ce pourrait, à la rigueur, être un nom propre.
6. uioo.a|9, papios, ailleurs hafios, désigne spécialement l'archevêque latin d'Édesse.
7. Cf. ci-dessus, p. 236.
LIVRE XVI. GHAP. VII 239
le peuple, l'évêque lui-même, se proster- flexible, à cause aussi de la simplicité
nèrent en pleurant devant la châsse. du patriarche, qui accueillit les paroles
Les Grecs s'enfuirent et se cachèrent. des envieux et des calomniateurs, Bar
Quand la grêle cessa, tout le peuple Andréas fut déposé,
s'assembla et fit une rogation pendant Le patriarche établit à sa place Bar
trois jours. Tourkaya, pendant trois ans. Ensuite, il
Les Taiyayê de Harran, ayant appris y eut des regrets des deux côtés : le
et connu' le prodige, vinrent demander patriarche, voyant que la conduite de
qu'ils allassent chez eux(avecla châsse). Bar Tourkaya était mauvaise, se repentit,
mais ils n'y allèrent point. et Bar Andréas, voyant que personne ne
Quand ils revinrent au couvent, les s'occupait de lui ou ne le redemandait,
gens de Mélitène vinrent chercher le [fut encore plus repentant et] ' implora
saint, et toutes les nations sortirent en son pardon. Le patriarche fut rempli de
processions et en prières. Et au même joie; il l'accueillit et lui donna l'abso-
moment, la bouche de la sauterelle fut lution, et Bar Andréas retourna à son
liée, et elle ne causa plus de dommage diocèse. — Fin.
aux récoltes; mais elle se retira dans les
terres incultes ou arables et se nourris-
sait de foin. Tous les peuples furent dans l'admiration, et toute langue loua (le Sei-
gneur)j quand on vit le prodige et la grande gloire de Dieu (manifestée) dans son saint.
Le peuple ne cessait de faire des rogations et des offices, ni de distribuer abondam-
ment des aumônes; plusieurs revinrent des voies larges à la voie étroite de la justice.
[617] Le Seigneur, en effet, fit un autre prodige. La sauterelle envahissait un champ
de coton : elle dévorait [les détritus, et ne] ' nuisait pas au coton ; et de même dans les
champs de légumes et de sésame, etc.
CHAPITRE [VII]. — De l'époque à laquelle il y eut un massacre à Damas, à
laquelle il y eut un complot contre le sultan arabe d'Egypte, et une guerre
entre les sultans Turcs du Khorasan ; et le reste.
A cette époque, il y avait à Damas, comme préfet, Tâdj el-MouIouk* Bouri,
(fils de) Toghtekin^ Il avait un vizir nommé Abou 'Alî% de la tribu des Ismaï-
liens. Grâce à lui, les Ismaïliens eurent à Damas un palais', celui qu'on appelait
« palais de Qariata ». Ils y devinrent puissants, car quiconque y entrait et y
1. ai.,^. — 2. Restituer : lii [Ho N - ' . ' i ^v ] '^to, d'après la vers. ar. : ^^^^ »»* \»o '^^ "^Uo.
3. Lacune d'une ligne dans le texte, restituer d'après Barhébr. [Chr. eccl,, I, 485) : ol ovi. '^^fti
4. Févr. 1128-juin 1132, — 5. Ms. : Bourl Ttgdlktn, et de même dans la vers. ar. ; cf. ci-dessus
p. 226. — 6. 'AH el-Mazdeqani . — 7. Une cour, un ensemble d'habitations et de magasins.
240 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
restait avec eux ne payait pas d'impôt. Il s'y trouvait le gouverneur de Qad-
mous, qui avait aussi nom Abou 'AIî, surnommé le Vieux*.
Il arriva qu'un des grands de la ville, nommé Séwindj (?) ed-Daulah', fils de
Çôfî, tua le vizir, sur le conseil de l'émir. Les Ismaïliens partirent impétueuse-
ment, se rassemblèrent dans leur palais, tirèrent leurs glaives et se mirent à
tuer et à dévaster. [618] Les gens de la ville et tout le peuple se réunirent
contre eux, et en ce jour 70 mille 'Taiyayô succombèrent, jusqu'à ce que les
Ismaïliens fussent tous achevés. Ensuite, en l'année 1446, deux Ismaïliens
vinrent et entrèrent secrètement massacrer l'émir Bouri'.
En Egypte, à la même époque qu'à Damas, régnait un roi arabe, dont le fils
complota contre lui et voulut le tuer pour régner. Le roi, voyant que le peuple
des Taiyayê suivait son fils, appela les Arméniens qui se trouvaient en Egypte
à cette époque : ils y étaient entrés depuis le temps où les Arméniens étaient
montés en Syrie* ; ils s'étaient multipliés, et avaient même un catholicos et des
évêques dans la contrée d'Egypte. Le catholicos avait un frère nommé Bahram.
Ce Bahram devint le chef des Arméniens. Quand ils furent rassemblés près du
roi, ils livrèrent bataille aux faiyayê qui suivaient le fils du roi; par
leur tir, en lançant des traits, ils vainquirent les Taiyayê et en tuèrent des mil-
liers. Ils s'emparèrent aussi du fils du roi, et, avec la permission du roi, ils le
massacrèrent'.
A cette même époque', Zangui 'Imâd ed-Dîn, préfet de Mossoul, était en
guerre avec les émirs Ortocides de Mardîn et aussi de Hesna de Kêpha :
fimourtas^ et Dâoud. Comme fimourtas el-Hossam ed-Dîn se trouvait entre
Dara et Nisibe, dans un lieu appelé Sargah, son cousin' Rokn ed-Dîn, vint le
trouver et, avec grande impétuosité, [619] ils cernèrent Zangui '. Celui-ci eut
peur d'eux, sachant qu'il ne pouvait leur résister. Il ordonna à ses troupes que
<;haque homme revêtît sa cuirasse, tirât son glaive et se tînt sur la porte de sa
tente, et, comme tous se tenaient debout, comme un mur de fer, depuis le
matin jusqu'au soir, la discorde tomba tout à coup entre Hossam ed-Dîn et son
cousin. Celui-ci prit des troupes et monta vers la montagne. Beaucoup de
soldats se dispersèrent. Zangui se fortifia et poursuivit Hossam ed-Dîn. Les cava-
liers s'enfuirent à Mardê ; la plupart des fantassins périrent. Après, cela, ils
1. Saba traduit l'arabe àeikh, — 2. Ms. : Swgn; vers. ar. : ^.^. Ce personnage est appelé
A.».a, Wédjih, dans le Mirât ez-Zémân [Hist. or, des Crois,, III, 567). — 3. Cf. Gesch, der Chai.,
III, 251; Gesch. des K. Jerus., p. 186 ; et Hist, or, des Crois,, III, 501. Le texte de cette dernière
phrase est altéré dans le ms. et dans la vers. ar. Nous traduisons dans le sens le plus probable.
— 4. Cf. ci-dessus, p. 133. — 5. Pour ces événements, voir Renaudot, iîï«< . patr. Alexandr., f,
503-508. — 6. Lire ; ^Lap ova, ou U^l ^ « depuis un temps »; — 7. Ms, : Tmrtb (vers, ar. : «a^po)!.),
— 8. Le fils de son oncle paternel; Daoud. — 9. Cf. Gesch. der Chai., III, 248; 249, n. 1.
LIVRE XVI. GHAP. VII 241
firent la paix par des messagers, parce que Zangui avait besoin d'aller en Syrie,
où se trouvait l'émir arabe Seif ed-DauIah Dobeis, fils de Gadîqah. Depuis
longtemps Zangui s'efforçait de s'emparer de lui; car il restait seul (émir) de la
race arabe. Quand il fut pris, dans la région de Palestine, Zangui le fit conduire
à Mossoul, et lui constitua un gardien.
A cette époque le khalife Moustarsid Billah engagea la guerre avec l'atabeg
Zangui, pour que celui-ci lui envoyât Dobeis, fils de Çadiqah, afin de le torturer
et de le massacrer; car il le détestait. Gomme il ne le lui donna point, le khalife
rassembla ses troupes et les deux partis se rencontrèrent. A la fin Zangui fut
vaincu et s'enfuit. Les troupes du khalife poursuivirent Zangui jusqu'aux murs
de Tagrit. Avec des cordes on le hissa par le mur; il sortit, la nuit, de Tagrit
avec deux cavaliers ; il arriva à Mossoul, fit sortir de prison l'émir Dobeis, lui
donna de l'or et l'envoya rassembler les Arabes, tandis que Zangui réunirait
les Turcs, pour marcher contre le khalife. Ils réunirent des troupes : le khalife
en réunit aussi, et, après des combats sans nombre, (Zangui) fut de nouveau
vaincu et s'enfuit à Mossoul. Là, l'arabe Dobeis, craignant que Zangui ne renfer-
mât de nouveau, s'enfuit près du sultan du Khorasan. Le khalife monta assié-
ger Mossoul, pour dépouiller Zangui de la royauté. Zangui fortifia la ville. Naçir
ed-Dîn' se montra admirable; le khalife ne put rien contre eux etil s'en retourna'.
Après cela, à la porte de la ville de Maraga, tandis que le khalife Moustarsid
était endormi sous sa tente, à midi, au milieu du camp de Mas'oud, sultan du
Khorasan, dix hommes se jetèrent sur lui et le tuèrent. Rasîd lui succéda.
L'émir Dobeis, qui s'était enfui près du sultan, s'aperçut qu'on voulait le
tuer et chercha le moyen de se sauver', mais ne le put faire; il prononça une
parole de tristesse, et dit : « Jusques à quand poursuivrai-je et serai-je pour-
suivi? II n'y a rien de meilleur que la mort». Un jour, après qu'il eut mangé le pain
à la table du sultan, le sultan entra dans la chambre intérieure ; un des eunuques
sortit et dit à Dobeis : « Le sultan te commande de ne pas aller ailleurs; mais
assieds-toi, et lis ces lettres ». Et pendant qu'il lisait ce qui le concernait, un
de ceux qui se tenaient derrière lui le frappa et le tua ' .
Après cela, Mas'oud, sultan de Hamadan" fit alliance" avec le sultan Daoud'.
Quand le khalife apprit qu'ils étaient d'accord, il eut peur et travailla secrète-
ment à les diviser. Il vint attaquer Mas'oud. Celui-ci, voyant que son gendre
Daoud ne venait pas à son secours, comprit que le khalife avait promis de lui
donner, à lui seul, la royauté. C'est pourquoi Mas'oud combattit tout d'abord
contre le khalife et le vainquit; il s'empara de lui et l'enchaîna. Ensuite, il pour-
1. Cf. ci-dessus, p. 229. —2. Cf. Gesch. der Chai., III, 226-228. — 3. û^i>avî\. — 4. Sur la mort
du khalife et de Dobeis (1135), cf. Gesch. der Chai,, III, 231. — 5. Lire : >^I,mw. — 6. C.-à-d.
donna sa fille en mariage, — 7. Daoud ibn Mahmoud, son neveu. Cf. Gesch. der Chai., III, 229.
III. 31
242
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
suivit Daoud. Alors arriva ce qui est écrit' : Le khalife fut tué dans le camp de
Mas'oud, à la porte de Maraga. Il eut pour successeur le khalife Rasîd» ;
Mas 'oud poursuivit Daoud qui s'étaitréfugié en Arménie ety faisait des captifs.
(Daoud) se rendit à Mossoul près de Zangui, Or, l'atabeg, qui avait été combattu
par Mas'oudj donna son appui à Daoud; il descenditavec lui à Bagdad, et manda
au khalife de donner la royauté à Daoud. Mais le khalife redoutait Mas'oud, et
les remettait d'un moment à l'autre, pendant dix mois. Alors, ils s'irritèrent et
pillèrent le quartier nord de Badgad; le khalife fut contraint de donner la
royauté à Daoud. Mas'oud l'apprit et monta. Le khalife abandonna Bagdad et
vint avec Zangui à Mossoul '.
En y arrivant, ils apprirent que le préfet qui était à Nisibe s'était révolté
contre Zangui et était avec Hossam ed-Dîn, seigneur de Mardin. Zangui mar-
cha contre Nisibe, ayant avec lui le khalife de Bagdad et le sultan Daoud. Il
pacifia Nisibe et revint à Mossoul; et le khalife redescendit à Bagdad. Par des
messagers, il fit la paix avec Mas'oud.
Or, le khalife Rasîd descendit dans le Khorasan, et l'empire des Arabes cessa
totalement, puisque le khalife lui-même était soumis aux Turcs*. — Fin.
En l'an 1446, il y eut un violent trem-
blement de terre, au commencement
de tamouz(juil.). En outre, à la pleine
lune, au milieu de la nuit, on vit une
étoile qui, marchant rapidement, arriva
jusqu'à la lune et, pour ainsi dire, la
fendit et passa au milieu.
Au mois de 'ab (août), deux étoiles
parurent de la même manière et tom-
bèrent ensuite.
Le 23 d'éloul (sept. ), il y eut une pluie
violente ; la foudre brûla sept bœufs et
un enfant. Dans la région de Symnada,
la foudre brûla un Turc, et les Turcs ne
l'ensevelirent point, disant : « Comment
celui que Dieu a fait brûler serait-il
digne de sépulture? »
La même année, il y eut un tremble-
A cette époque, Basillus de Kaisoum,
qui est Bar êoumana, scandalisé par
la déposition prononcée contre Bar An-
dréas, quitta son diocèse et abdiqua sa
charge pastorale^ sous prétexte que les
affaires ecclésiastiques étaient admi-
nistrées illégalement ; et il s'en alla dans
le monastère de moines situé sur la
rive de l'Euphrate, qu'on appelle Pes-
qîn», où il demeura dans la solitude.
Alors, quelques personnes conseil-
lèrent au patriarche de faire de Kaisoum
la résidence patriarcale, au lieu d'Amid,
attendu que (la ville) était dans l'empire
des Chrétiens.
Après que Kaisoum fut restée pendant
cinq ans sous le nom du patriarche, et
que le patriarche eut ordonné Basilius
1. Quinze lignes plus haut. — 2. Abou Dja'far Mançour ibn al-Moustarsid ar-Rasid. — 3. Cf.
Gesch. der Chai., III, 257, 258. — 4. Rasid fut assassiné aux environs d'Ispahan, le 6 juin 1138.
5. Cf. ci-dessus, p. 181.
LIVRE XVI. CHAP. VII
243
ment de terre dans la Grande Arménie;
une ville nommée Doghodaph fut ren-
versée.
La même année, il y eut un hiver ri-
goureux. Dans la région de Mélitène
survint de la neige rouge : phénomène
nouveau.
[618] Au mois de 'iyar (mai), la sau-
terelle arriva, mais ne causa pas de dom-
mages.
Le 21 de tamouz (juil.), au milieu de
la nuit, une lumière, semblable à un
flambeau, descendit de l'Orient à l'Oc-
cident, et la lumière de la lune et des
étoiles en fut éclipsée; et ensuite on en-
tendit une voix d'épouvante.
Dans la région extérieure du Khora-
san, dans une ville nommée Kâsgar, un
vendredi, au moment où les Musulmans
étaient dans la grande mosquée pour
prier, selon leur coutume, il y eut subi-
tement un tremblement de terre : la terre
s'ouvrit et ils descendirent vivants dans
le se'ôl; plus de dix* mille personnes
périrent.
En l'an 1447, il y eut un hiver tout
d'abord doux; les perdrix, c'est-à-dire
les qoubdê^, ainsi que d'autres oiseaux
sauvages, entraient à l'intérieur des mai-
sons', et les hommes en étaient surpris.
Le 26 de kanoun ii (janv.), commença un
hiver rigoureux ; l'Euphrate et les autres
fleuves gelèrent, et une neige abondante
survint.
comme métropolitain d'Amid, quand Bar
Andréas retourna à son diocèse, il fit re-
venir Basilius bar Soumana à Kaisoum.
En ce [618] temps, on avait ordonné
comme métropolitain d'Édesse l'archi-
diacre de cette ville, nommé Basil[ius],
qui prit le nom d'Athanasius. Après y
être resté sept ans, il mourut en l'an
1447.
La même année, mourut Iwannis, mé-
tropolitain de Mélitène, qui est Elisée.
Après sa mort, il y eut une grande agi-
tation dans le clergé, à propos de l'élec-
tion du pasteur. Basilius, évèque de
Djihan*, qui était un homme astucieux
et très habile, fréquentant constamment
dans la résidence patriarcale, soit pour
écrire, soit même pour l'administration
ecclésiastique, faisait en sorte qu'on
n'ordonnât pas de métropolitain pour
Mélitène, car il était atteint du mal de
la cupidité et voulait ajouter (cette ville)
à son diocèse. Or, le saint patriarche, h
cause de sa grande simplicité, suivait le
conseil astucieux de l'évêque deDjihan,
et Mélitène resta ainsi 3 ans sans pas-
teur. Chaque fois qu'ils mettaient en
avant le nom de quelqu'un pour être
métropolitain, l'évêque de Djihan le dé-
molissait auprès du patriarche par toute
sorte de calomnies, et le patriarche
ajoutait foi à ses paroles. Alors les gens
de Mélitène choisirent pour être leur
métropolitain le diacre Rabban Josué,
1. Le copiste avait d'abord écrit 20 mille et a corrigé « dix mille ». L'abrégé arménien [Hist. avin.
des Crois., I, p. 338) porte 8 mille. Les chiffres ■- (=: 8) et ' (— 10) sont faciles à confondre. —
2. Il faut sans doute lire l^aa-o, ar. <*»**. La vers. ar. n'a pas rendu cette phrase. — 3. BH corrige :
« dans les grottes » |û\3aL^.
4. Le nom est écrit distinctement plus bas.
244 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
A Amid, comme les oiseaux, et les connu sous le nom de Bar Qatreh, de
animaux tels que les cerfs et autres, en- la ville même. Quand ils envoyèrent une
traient (dans la ville), le préfet défendit lettre unanime d'adhésion, l'évêque de
de les maltraiter. On leur donna de la Djihan écrivit, comme de la part du pa-
uourriture jusqu'au mois de nisan (avril), triarche, de graves anathèmes contre
et on dit que ceux qui furent nourris Josué. — Fin.
dans la ville et dans les villages, périrent
de maladie dès qu'ils remontèrent dans
les montagnes. Et par là, on connut mieux qu'un décret de châtiment était parti
d'en haut contre toute espèce (d'êtres vivants), et que personne ne pouvait y mettre
obstacle. — Fin.
CHAPITRE VIII. — Des événements qui se passèrent pendant V espace
de trois ans parmi les rois de la terre et dans l'Église.
[620] En l'an 1447, les Arméniens et les Francs commencèrent à se faire la
guerre.
Du temps de Balaq, l'arménien Michel était sorti de la forteresse de Gargar et
l'avait abandonnée. Après le meurtre de Balaq, il s'en empara de nouveau et s'y
fixa'. Alors les gens de Sibabérek se mirent en guerre avec lui; il pillait leurs
villages et eux les siens. A un moment, les Turcs le rejoignirent dans les envi-
rons de Zizona ', sur les rives de l'Euphrate ; ils l'entourèrent de tous côtés^ et il
ne put se sauver ; il se jeta alors du haut d'un rocher dans le fleuve, couvert de
sa cuirasse et son bouclier à la main; il plongea dans les eaux jusqu'au fond,
puis remonta et s'échappa par un gué qui se trouvait là; il ne périt pas. Alors,
il donna Gargar à Josselin et en reçut Sopharos'.
Josselin vendit Gargar pour cinq cents dinars à Basil, frère du catholicos des
Arméniens. Ensuite Michel se repentit et songea à reprendre cette ville.
Comme Josselin n'y consentit pas, il réunit une armée, envahit et pilla le
pays de Kaisoum. Les Francs s'avancèrent contre lui, et il fut tué par accident*.
Le seigneur de Gargar, Basil, ayant été expulsé par les Francs, alla trouver
l'arménien Léon, qui était en Cilicie, et devint son gendre. Il réunit des Armé-
niens et vint pour attaquer les Francs qui étaient à Pharzaman' : là, beaucoup
d'Arméniens furent tués.
1. En 1124, selon Matth. d'Éd. (trad.,p. 313).— 2.BH : |£S-;o Ijoj.i iaa (p. 297). —3. Sic ms. et
BH. — 4. Littér. : casu. Vers. ar. : li^ "^^ I» f> '<'^- Barhébr. a interprété : o$i. ai«3 « dans les
embûches qu'ils lui tendirent ». — 5. Sic vers. ar. : yl»);9 »^; et demême BH (l'éd. de Paris donne
fautivement J'x'ltSsi).
LIVRE XVI. CHAP. VIII 245
Alors les Turcs voyant que les Arméniens et les Francs se faisaient la guerre
entre eux, envoyèrent un homme cruel, [621] nommé Aphsîn, qui pilla la région
de Kaisoumj voyant que personne ne leur résistait, ils avancèrent en pillant
jusqu'à Antioche.
Bientôt après, ils pénètrent de nouveau et parviennent jusqu'à Laodicée;
ils emmenèrent de nombreux captifs, et revinrent jusqu'au fleuve Oronte; ils
mangèrent de ses poissons et^ soit par un effet quelconque, soit par un châti-
ment d'en haut, la plupart d'entre eux mourut subitement. Ceux qui survé-
curent' s'empressèrent de fuir, par crainte de la mort, et abandonnèrent les
captifs'.
En l'an 1448, l'empereur des Grecs, Jean, envahit la Cilicie, plein de colère
contre Léon l'Arménien. Il prit des villes : Tarse, Adana, Mopsueste et le reste;
et après avoir soumis toute la contrée, il finit par s'emparer de Léon lui-même,
de sa femme et de ses enfants. Il les envoya à Constantinople, où Léon mourut.
Les enfants de Léon et sa femme sortirent plus tard et régnèrent de nouveau
sur ce pays'.
L'empereur des Grecs, après avoir soumis la Cilicie et avoir envoyé Léon à
Constantinople, vint attaquer Antioche*. Comme il ne pouvait s'en emparer,
Josselin vint le trouver et ils firent la paix à la condition que quand l'empereur
se serait emparé des régions de la Syrie : c'est-à-dire d'Alep et du reste, il les
donnerait aux Francs, et les Francs lui donneraient Antioche, comme ils
l'avaient promis à son père Alexis. En vertu de ce pacte, Bedawi% seigneur de
la ville, se rendit près de lui, et l'empereur Jean Centra à Antioche. Ensuite,
quand il vit qu'on cherchait à le tromper, il fut scandalisé et se retira en Cilicie.
Les Francs allèrent l'y trouver, et ils se mirent de nouveau d'accord; l'em-
pereur revint avec eux et ils mirent le siège devant Alep. Il s'empara de la forte-
resse de Biza'ah", et plaça ses machines de guerre contre Saizar'.
Alors le sultan Mas'oud sortit d'iconium et envahit la Cilicie. Il prit par le
combat Adana ; il fit captive toute la population de l'endroit, avec l'évêque, et
les amena à Mélitène. En apprenant cela l'empereur brûla les balistes et revint
en Cilicie. 11 fit la paix avec le sultan et rentra à Constantinople.
La même année, à Damas, le général Bazawas se révolta contre le seigneur de
cette ville Sihab ed-Din ; il réunit une armée et marcha vers Tripoli. Quand le
seigneur de cette ville, qui est le fils de Saint-Gilles", sortit contre lui, les Turcs
1. Ul^=. — 2. Comp. Gesch. d. K. Jerus., p. 189, 190, 204. — 3. Cf. op. cit., p. 210. Histoire
du Bas-Emp., LXXXVI, § xxt et suiv. — 4. Histoire du Bas-Emp,, LXXXVI, § xxiv et suiv,
— 5. Raymond de Poitiers; cf. p. 235, n. 7. — 6. Piza des hist. byzantins ; cf. Hist. du Bas-Emp,,
LXXXVI, § XXVI ; BH : Kliaa. — 7. Ibid. § xxviii ; Ousâma ibn Mounkid, p, 156 et suiv. — 8. Le comte
Pons, fîls de Bertrand, et petit-£îls de Raymond de Saint-Gilles (mars 1137).
246 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
dressèrent des embuscades et massacrèrent tous les Francs. Le fils de Saint-
Gilles lui-même fut tué. Ils brûlèrent Tripoli supérieure, par leTeu, et pillèrent
toute la région. Ils mirent le siège contre Tibériade et la pillèrent, puis ils
parvinrent jusqu'à Naplouse, qui est Samarie : ils la pillèrent et la dévas-
tèrent'.
Le roi de Jérusalem sortit au cri des lamentations. Il vint à Zéphania pour en
chasser' les Turcs qui l'assiégeaient. Zangui survint à l'improviste et tomba sur
son camp au milieu de la nuit; il tua la plupart des fantassins ; le roi et les
cavaliers se sauvèrent dans la forteresse. On les y assiégea pendant quarante
jours. La reine envoya une supplique à Bedawi d'Antioche et à Josselin; et
quand Zangui apprit qu'ils se préparaient à s'avancer contre lui, il fit la paix
avec le roi et s'en retourna ^
A cette même époque, [622] Malik Mohammed ' chassa son frère Daulah, et lui
enleva Ablastaïn et la région du Djihan. Daulah passa à Hanazitetde là à Amid,
ensuite près de Josselin, circulant de maison en maison.
En l'an 1449, quand Edesse était comme dans une prison, à cause des Turcs
qui l'entouraient en grand nombre, et ne laissaient pas facilement ses habitants
entrer ou sortir, une multitude de gens s'était réunie à Samosate pour y intro-
duire des vivres; avec eux se trouvaient environ 300 cavaliers francs, armés de
lances'; et ils étaient en tout à peu près 4.000 hommes ; et parmi eux se trouvait
le diacre Abou Sa'id, médecin et philos[ophe] '. Tandis qu'ils s'avançaient, des
Turcs placés en embuscade sortirent contre eux pendant la nuit : c'était
Ilossam ed-Dîn lui-même, seigneur de Mardîn. Alors, la plupart d'entre eux
furent tués et tous les autres furent emmenés comme esclaves : Abou Sa'id
lui-même, et Michel, fils de Soumana', avec son fils. Abou Sa'id ne put prévoir,
par la futile science de l'astronomie^ que ces choses arriveraient ce jour-là!
Ensuite fimoutas Hossam ed-Dîn enleva aux Francs cette forteresse de
Kissos. .
A cette époque, le sultan Mas'oud pénétra de nouveau dans la région de
Kaisoum ; il pilla, fit des captifs et s'en retourna. Peu de temps après, il y
entra de nouveau, et, voyant que tous s'enfuyaient devant lui, il mit le feu aux
villages et les réduisit en cendres. Delà, il alla à Mar'as, où il fit de même. —
Fin.
[620] En ce temps-là, le couvent de [620] Quand la lettre d'excommunica-
Mar Abhai, qui est le monastère de tion provoquée par l'évêque de Djihan
1. Cf. Gesch. des K. Jerus., p. 204. — 2. Lire : t-,'i. Vers. ar. : i;^A Ua^^"- ««Mo. — 3. Il s'agit
du siège et de la capitulation (août 1137) de Bâ'rîn. Cf. Gesch. des K. Jerus,, p. 205, 206. — 4. Fils
de Ghâzi; cf. p. 237. — 5. Lire : ^-Mo;:-=; vers, ar.f: wVm;=. _ 6. Sic BH. — 7. BH : Uc«».
LIVRE XVI. GHAP. VIII
247
Sébelata, courut un grand danger pour
la raison que voici :
Dans la forteresse de Sibabérek, qui
est Samkat', régnaient quelques Armé-
niens dont le père, Bogousag ', au début
delà première invasion des Turcs, était
allé à Bagdad, et même dans le Khora-
san, s'était fait musulman et avait obtenu
des diplômes du grand sultan des
Turcs et du khalife, pour que cette
place restât en héritage à ses enfants.
C'est pourquoi, successivement, ils sont
tous musulmans.
Or, à cette époque, il y avait là un
émir nommé l'émir 'Isa^ un des descen-
dants de Bougosâg '. Cet homme était
méchant et détestait amèrement les
chrétiens. II avait de la haine et de l'ini-
mitié contre Michel et Constantinus,
Arméniens de Gargar. Ceux-ci, d'une
part, faisaient ravager sa contrée par
leurs pillards ; et lui-même, de son
côté, pillait continuellement et faisait
des captifs dans la région de Gargar.
Voyant que les Francs étaient affaiblis,
il rassembla les Turcs et entra piller
tout le pays de Gargar ; et comme il ne
trouva pas, dans tout le pays, une somme
suffisante pour donner aux Turcs qu'il
avait rassemblés, parce que toute la
contrée avait été dévastée, il tourna ses
regards vers les couvents et les monas-
tères pour y trouver de quoi combler
son déficit.
Il vint tout d'abord au couvent de
Mar Abhai. Comme il ne pouvait y
pénétrer par le côté qui est sur la rive
de l'Euphrate, il monta [621] au-
arriva àMélitène, et eut été lue du haut
de l'ambon, le pieux diacre Rabban
Josué, honorable par sa vieillesse, s'a-
vança, la prit et la plaça sur sa tête. Le
patriarche Mar Jean loua son humilité
et sa prudence. Au moment même où il
apprit la chose, il lui écrivit la prière
(d'absolution). L'affaire de Mélilène
resta en suspens jusqu'à la mort du pa-
triarche Mar Jean.
Mar Jean mourut au mois d'éloul
(sept.) de l'an 1448, dans le monastère
de Dovaïr, où son saint corps fut ense-
veli.
L'évêque de Djihan, qui était le
secrétaire, comme nous l'avons dit, agit
illégalement, et écrivit une ordonnance
qu'il confirma et scella du sceau du pa-
triarche défunt ; elle exposait que le
patriarche, avant sa mort, avait concédé
Mélitène à ce Basil[ius], évêque de Dji-
han. Puis, à l'aide de la contrainte du
préfet, ilypénétra, yordonna des prêtres
et des diacres, et y consacra le chrême,
alors qu'il n'y avait pas de patriarche
dans l'Eglise.
Or, quand le dit Basil[ius] fut devenu
métropolitain de Mélitène, il retenait
en même temps le diocèse de Djihan.
La plupart des évêques et tous les
fidèles étaient scandalisés de ce qu'avait
fait cet évêque. Ceux qui ne soupçon-
naient pas comment la chose avait été
menée, [621] accusaient et blâmaient le
patriarche défunt ; ceux qui compre-
naient, avec intelligence, la manière
dont la chose avait été faite, ne blâ-
maient point le patriarche défunt, mais
1. Sic ms. et vers. ar. ; BH : IXSaalao. — 2. Sic ms. et vers. ar.
— 4. Le ms. et la vers. ar. ont ici i^tao^^oa.
BH
ii»<».^^3. — 3. BH : o^ift^i..
248 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
dessus du rocher et, de là, à l'aide de l'évêque de Djihan. D'autres le justi-
cordes, il fit descendre des hommes qui fiaient en disant : « Il a fait cela par un
jetaient de grosses pierres; et ils allèrent zèle divin ; pour la stabilité de l'Eglise
jusqu'àébranler l'angle du temple. Alors de Dieu. ». — Fin.
les moines furent pris de peur ; ils sor-
tirent le trouver ; ils furent totalement
subjugués ; il prit et pilla tout le trésor qui se rencontra : calices, vases d'argent,
croix, et tout ce qui se trouvait en ce lieu depuis le temps du patriarche Mar Jean *
bar 'Abdoun. Il s'empara aussi (du couvent) dePesqîn, et fit passer les moines qui s'y
trouvaient, Rabban David et ses compagnons, dans celui de Sîra*. Il ne resta dans
ce couvent qu'Abou Ghalib, à la table royale (?) ^ — Fin,
CHAPITRE [IXJ. — De l'époque de la mort du sultan du Khorasan, et de Vexpé-
dition de son fils en Mésopotamie ; époque à laquelle eut lieu l'ordination du
patriarche Mar Athanasius. Autres événements civils et ecclésiastiques qui
eurent lieu à cette époque.
Le sultan du Khorasan, Mahmoud, mourut et son frère, Mas'oud, homme
violent, régna'. Celui-ci, aussitôt qu'il régna, envahit les pays de l'Assyrie,
fit route par l'Adherbaidjan, et entra en Mésopotamie. Quand il arriva à Dara,
il établit son camp près de Hawarta .
En l'an 1450, Malik Mohammed réunit ses troupes et entra dans la région de
Cilicie. Il enleva aux Grecs deux forteresses, l'une : Bahgai, et l'autre : Gabnou-
pert'. Il revint et envahit le pays de Casianus', qui est sur le littoral du Pont ;
il pilla et fit captive toute la population, qu'il vendit comme esclaves.
En cette année, Zangui entra à Damas et l'opprima durement. Le seigneur
de cette ville ayant cherché du secours auprès du roi de Jérusalem et augmenté
le tribut en sa faveur, le roi vint à son secours; mais Zangui s'était enfui'.
[623] En l'an 1452, au mois de tésrîn i (oct.) les Turcs de Mélitène envahirent
les monastères de Zabar, qui sont Beit Qenayê '; ils les pillèrent et repartirent
sans que personne s'opposât à eux.
1. Ija vex's. ar. omet le reste. — 2. Sic ms. et BH. — 3. BH : 13'^» ^o^aJ. Locution obscure.
4. Mahmoud II, Moghith ed-Dîn, fils de Mohammed, mourut en 1131. Daoud, son fils et successeur,
fut déposé l'année même de son avènement, et Mas'oud, frère de Mahmoud II lui succéda. Il fut
aussitôt déposé par le sultan Sindjar, son oncle, et remplacé par son frère Togril II, qui mourut
en 1134. Alors Mas'oud fut rétabli et régna jusqu'à sa mort, en 1152. — 5 . BH : t;^oias5j^(p. 303).
CiNNAMUs : Baxâ, KaitvfiriiôpTi. — 6, Sic BH ; iMOLmo» ;cf, ci-dessus p. 227, u. 6. (vers. ar. : '^ai.oo»).
— 7. Cf. Gesch.des K. Jérusalem, p, 220. — 8. BH ; ;-=i t>o». Cf. ci-dessus, p. 199.
LIVRE XVI. CHAP. IX - 249
Au mois de 'iyar(mai), les Francs vinrent pour tirer vengeance des gens de
Mélitène, à cause du pillage des couvents. Ils parvinrent* à Zoubtara, et même à
'Arqa ; ils pillèrent les biens des chrétiens, mais ils ne se rencontrèrent pas
même avec les Turcs. Et quand les Francs furent repartis, les Turcs entrèrent
après eux, pillèrent et s'en allèrent. Ainsi, les chrétiens étaient pillés par les
deux partis.
Les Francs pénétrèrent de nouveau dans la région d'Ablastaïn et enlevèrent
les biens des chrétiens; quant aux Turcs qu'ils rencontrèrent, ils en tuèrent
une partie et prirent le reste comme esclaves. Les Turcs sortirent rapidement
de Hanazit pour envahir la région des Francs. Une vingtaine d'entre eux ren-
contrèrent le saint évêque de Gallisura», lorsqu'il passait par la montagne
d'Abdaher; et comme ils étaient pleins de colère contre les chrétiens, dans
leur fureur, ils frappèrent l'évêque et ceux qui l'accompagnaient. Après les
avoir liés pour les massacrer, tout à coup la crainte s'empara d'eux et ils
s'enfuirent, les laissant attachés. L'évêque et ses compagnons furent ensuite
déliés et se sauvèrent. Les Turcs qui entrèrent dans ce pays furent tous tués par
le glaive des Francs. Les Francs triomphaient à cette époque, parce qu'ils
étaient unis.
En l'an 1452, l'empereur des Grecs, Jean, sortit de nouveau pour combattre les
Turcs. Malik Mohammed' partit à sa rencontre; et leurs armées campèrent en •
face l'une de l'autre pendant six mois. Quand l'empereur se mit à attaquer
Néocésarée', la fureur des Turcs contre les chrétiens s'accrut dans tous les
pays de leur domination. Quiconque mentionnait le nom de l'empereur, même
par inadvertance, rencontrait le glaive ; ses enfants et sa maison étaient pris.
De cette manière * [624] plusieurs [périrent] ' à Mélitène et dans les autres pays,
jusqu'à ce que l'empereur repartît subitement dans ses états, sans avoir fait ni
guerre ni paix. Malik entra à Mar'as, pilla, et s'en alla.
En cette année', Zangui, seigneur de Mossoul, fit la paix avecHossam ed-Din
de Mardê. Zangui vint, Hossam ed-Dîn descendit, et ils se rencontrèrent à
Sarga*. Zangui, le premier, descendit de cheval, et ensuite Hossam ed-Din;
ils confirmèrent la paix par des serments, et se disposèrent à attaquer Daoud,
seigneur de Hesna de Kêpha ; ils le poursuivirent et le trouvèrent qui campait
près d'Amid. Celui-ci, avisé de leur arrivée, chercha un refuge dans les
murs de cette ville. Les deux princes, après avoir campé au sud de la ville,
s'avancèrent ensuite contre lui. Il y eut un combat qui dura de l'aurore au
1, Lire : oajio a^»o (BH). — 2. iJOianAo» (BH). — 3. Ms, : Mwhwmd; vers. ar. : ,y^^-x, —
4. Cf. Hist. du Bas-Emp, , LXXXVI, § xxxv. — 5. Lire : Ww Vp (BH : Uj-a ovao). — 6. Suppléer :
opi (BH). — 7. Selon Ibn el-Athir, en 538 Hég. (1143-44). Cf. Gesch. der Chai., III, 287; Hist.
or. des Crois., II, n, 117. — 8. Cf. ci-dessus, p. 240.
m. 32
250
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
coucher du soleil. Vers le soir, Daoud fut vaincu et s'enfuit; une partie de ses
troupes fut tuée, une partie fut prise, une partie s'enfuit. Le fils de Daoud,
nommé Soleiman, fut pris par Zangui. Il le donna à Hossam ed-Dîn qui
l'envoya aussitôt à Mardê. Les deux princes s^éloignèrent de la porte d'Amid,
et mirent le siège contre la forteresse de Çaura, qui est dans le voisinage de Mar-
dîn, et qui appartenait à Daoud. Ils dressèrent' trois balistes, firent une brèche
et engagèrent l'attaque; ceux qui étaient à l'intérieur faiblirent = et demandèrent
à traiter' pour leur vie, mais les princes n'y consentirent pas; ils la prirent
de vive force; ils coupèrent en quatre le gouverneur' et tous les serviteurs
de Daoud. Zangui donna cette forteresse à Ilossam ed-Dîn; et en outre [623]
il lui donna Sarga^, et Dhoulqarneïn et Sâkan^ De là, ils se dirigèrent vers
Bari'yah. Quand celui qui était à Bari'yah en eut connaissance, il craignit
beaucoup et livra la forteresse au seigneur d'Amid. Quand ils arrivèrent, voyant
la situation de cette citadelle et que beaucoup d'hommes périraient dans son
attaque, ils l'abandonnèrent et s^en allèrent mettre le siège contre Amid. Ils
menacèrent dç la détruire entièrement. Le seigneur d'Amid fut contraint de la
livrer à Hossam ed-Dîn. Et chacun s'en alla dans son pays.
En l'an 1450, au mois de tésrîn i"
(cet.), on vit dans le ciel un signe rouge,
dans la partie septentrionale. — Le
même mois, il y eut un tremblement de
terre et des tours furent détruites à
Biza'ah et à Alep.
Il y eut un hiver rigoureux, depuis
kanoun i^' (déc) jusqu'à sébat (févr.).
L'Euphrate gela et on commença h pas-
ser à pied. Les animaux et les oiseaux
sauvages et domestiques périrent.
Dans le désert', près de Callinice,
quarante hommes faisaient route : la
terre s'ouvrit et les engloutit tous ; il
n'en resta qu^un qui s'était détourné
pour uriner; [623] on entendit pendant
Notre Église des Orthodoxes était
restée sans chef universel pendant un an
et trois mois; les évêques s'écrivaient
l'un à l'autre et s'exhortaient à s'as-
sembler afin de tenir un synode pour
l'élection d'un patriarche. Quand qtfel-
ques-uns des évêques se trouvèrent
réunis, (savoir : ) celui de Gargar, celui
de Çamha, celui de Claudia, celui de
Djlhan qui [était passé à]' Mélitène, ces
quatre évêques, à eux seuls, jetèrent les
sorts; d'après ce qu'ils ont dit, llsécrivi-
rentlesnoms detrois personnes, selon la
coutume : l'une [623] était Rabban Josué
le diacre, fils deQatreh, dont nous avons
parlé plus haut^ ; comme son nom sortit,
1. Lire : omaû) ; ms. ; « ils brûlèrent », et de même vers. ar. (laû;-|o). — 2. Lire : ii^»»«l.l ;
vers. ar. : Ia3>.j9. — 3. Lire ; Ics^m âb.1.* (vers. ar. ; l?t»v]. — 4. riyEiiwv. — 5. Lire : l.;^»'» (cf.
texte, p. 624, 1, 11). — 6. Même orthographe dans la vers, arabe.
7. En 1451 selon Barhébréus.
8, ;-=i.i; cf. ci-dessus, p, 247. — 9. Cf. ci-dessus, p. 243.
LIVRE XVI. CHAP. IX
251
assez longtemps la voix des gémisse-
ments de ces hommes et de leurs mon-
tures.
Atliarib(?) ' fut de nouveau renversée
dans ce tremblement de terre; l'église'
de Harim s'écroula aussi. Azrab% village
situé sur les confins de la montagne de
Qouros, s'entr'ouvrit par le milieu, et
quand les habitants furent sortis il s'ef-
fondra entièrement.
Il y eut disette de pluie en cette année,
jusqu'à la pleine lune de 'iyar (mai) ;
ensuite, quand la pluie survint, il y eut
une récolte tardive.
Le dimanche de la Pentecôte, il y eut
un violent orage qui tua deux femmes à
Mélitène : l'une sur une terrasse et l'au-
tre au milieu de la rue, et deux cigognes.
A la neuvième heure et dans la nuit
du 22 dehaziran* (juin), on vit des lances
rouges dans la région septentrionale;
elles dirigeaient leurs coups et mar-
chaient vers l'Occident.
En l'an 1452, au mois de tésrin i"
(oct.), le 29, il y eut un tremblement de
terre; et le 10", il y eut une éclipse de
lune. La peste survint à Mélitène, tout
d'abord parmi les volatiles : les poules
périrent; et ensuite parmi les enfants en
bas âge qui mouraient de la petite vé-
role, c'est-à-dire de °.
Au mois de 'iyar, en la fête de Mar
Bar Gauma, ifne forte grêle [624] tomba
ils envoyèrent deux évèques le chercher.
Celui-ci les fit jurer par les saints mys-
tères, et quand ils lui affirmèrent qu'il
avait été désigné par le sort, il se rendit
avec eux au monastère de Maqrouna', et
ils le revêtirent de l'habit monastique.
Alors, ils reçurent la nouvelle que le
maphrien était arrivé à Amid, et que
le gouverneur leur demandait de se réunir
dans sa ville. C'est pourquoi, quand ils
arrivèrent au monastère de Qanqrat,
l'évêque de Gargar l'ordonna prêtre; et
à Amid eut lieu son ordination (patriar-
cale), le dimanche 4 de kanoun i (déc),
en la fête de (sainte) Barbara ^ Le ma-
phrien Dionysius lui-même lui imposa
les mains, en présence de douze métro-
politains et évêques, et d'une foule de
prêtres, de moines, et de diacres. Et
Mar Athanasius fut proclamé patriarche
d'Antioché'.
Le jour de son ordination, le gouver-
neur de la ville, Mouyad ed-D{n"',fils de
Nisan, un faiyaya, donna un festin à
tout le synode. Un chrétien nommé
Jacques, frère du diacre Isaac, qui ré-
sista plus tard au patriarche Mar Atha-
nasius, fournit alors abondamment aux
dépenses [624] de ce synode.
Le lendemain, le patriarche ordonna
a l'évêque de Djihan de quitter Mélitène
et de s'en aller dans son diocèse, et
aussi à Basilius de sortir d'Amid : il
1. Le ms. et la vers. ar. portent' si]L- il faut peut-être lire >aUI, Atharib (?). — 2. Lire : U;^,
au lieu de \>i^; vers. ar. : >o»U. ot^-a. — 3, Sic vers. ar. : ^ Cvo*i| iMojoo ^^^se^^ Joasi fâ ^.ûSs. oiil
lovê^ao. — 4. vJ*M*=. — 5. Sic ms. et vers ar, — 6. Le dernier mot syriaque n'a pas été traduit
ipar l'arabe qui porte simplement ; '*»i^ ^Nj^ '■•9.
7. \>a-^^; sic BH et vers, ar, — 8. En 1138. — 9. Athanase VIII. — 10, BH
^-.^ ^
252 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
àHanazit et à Hesna de Ziad. Elle brisa concéda à celui-ci Qala" Dja'bar', afin
les arbres et les vignes. Ce jour-là, la qu'Amid restât le siège du patriarche,
foudre brûla un enfant et un mulet. comme elle l'était autrefois.
Au mois de haziran (juin) de cette De là naquirent de fâcheux scandales
même année, il y eut un vent violent qui dans l'Église de Dieu. Basilius de Djihan
arracha le reste ' des arbres. Dans la résista et dit au patriarche : « Tu n'as
région de Mélitène, deux tours, qui se pas été élu vraiment par le sort, mais
trouvaient dans des villages, furent ren- par la fraude et la passion ». Il ajoutait
versées par ce vent. que « l'évêque de Gargar l'avait trompé,
Au même mois, il y eut un tremble- en lui jurant qu'on ne le ferait pas par-
ment de terre sur le littoral. En Cilicie, tir de Mélitène, et que, là-dessus, il avait
une petite ville qui s'appelait Kalinag commis l'iniquité en écrivant sur les
[fut renversée]» ainsi, que beaucoup trois billets un même nom. » Quand ce
d'autres lieux de la région et sur tout bruit se répandit, tout le monde fut
le littoral. — Fin. scandalisé.
Tous les évêques qui étaient dans
les pays à l'occident de l'Euphrate,
n'ayant été présents ni à l'élection ni à l'ordination, ne proclamaient point le patriar-
che et se disposaient même à en établir un autre. D'autres disaient: « Parce que
Basilius de Djihan a été chassé il ment au sujet de l'élection », et plusieurs l'anathéma-
tisaient à cause du scandale qu'il semait. Mais lui-même ne restait pas oisif. Il vint
à Mélitène, réunit les prêtres et le peuple, et leur montra les billets qu'il avait écrits;
cependantj il sortit de Mélitène et s'en alla à Djihan.
Le patriarche quitta Amid et vint au couvent de Mar Bar Çauma. Il ordonna pour
métropolitain de Mélitène son neveu * Theodorus, qui fut appelé Ignatius, le dimanche
[623] de la Pentecôte de cette même année".
Et au mois de tésrîn i"" (oct.) de l'an 1451, il ordonna pour Jérusalem Romanus,
qui fut appelé du monastère même de Jérusalem, mais qui était né à Mélitène ; il prit
aussi le nom d'Ignatius.
En l'an 1452, les évêques d'Occident se réunirent avec Bar Andréas, Bar Soumana
et d'autres, à Hesn-Mançour. Là, ils écrivirent un recueil de canons et mandèrent
au patriarche que s'il observait' ces canons, ils l'accepteraient. Il promit de les
observer. C'est pourquoi ils vinrent près de lui au couvent de Mar Bar Çauma, et ils
apposèrent leur adhésion à la lettre systatique de paix'.
1. l2;«i., — 2. Lacune d'un mot dans le ms. et aussi dans la vers. ar. ; suppl. Csi>a).
3. BH : ;-=i^ wi^. — 4. Fils de sa sœur. — 5. Le 22 mai 1139. — 6. Lire : îé" >ai^ vl' (BH). —
7. BH : U««. lowo oJi-j vCio^^Moma « .,. à sa lettre; et la paix fut faite ».
LIVRE XVI. GHAP. X 253
CHAPITRE [X], — De V époque de la mort de Malik Mohammed; à cette époque
mourut aussi V empereur des Grecs, Jean; à cette époque mourut le roi des
Francs, à Jérusalem, qui est Sire Foulques^ ; à cette époque mourut Daoud,
émir de Hesna de Ziad. Autres événements civils et ecclésiastiques de cette
époque.
En l'an 1453 [Josselin]* monta prier à Jérusalem. Alors les Turcs pillèrent
cruellement toute la région ; ils dévastèrent et incendièrent le village • de Harîm.
La même année mourut le seigneur de Qamah, et Malik Mahmoud y régna.
En l'an 1454, le 6 de kanoun i", mourut Malik Mohammed', à Gésarée. Il
statua que son fils Danoun^ régnerait. Mais sa femme fit venir Ya'qoub-
Arjçlan', frère (du roi défunt) et l'épousa; celui-ci régna à Sébaste, et Danoun''
s'enfuit à Symnada ; Gésarée fut à lui, et aussi Mélitène.
Daulah, un autre frère, arriva; et fit alliance avec Yaunos », seigneur de
Masara. Ils marchèrent sur Mélitène ; mais on ne leur ouvrit point pour les laisser
entrer; et comme ils n'étaient pas en lorce pour l'attaquer, ils s'en retournèrent à
'Arqa. Alors la femme de Malik Mohammed envoya deux mille hommes pour
garder Mélitène, Mais, ceux qui étaient dans la ville soupçonnèrent que ceux
qui venaient apportaient l'ordre de les expulser de leurs maisons, eux [626] et
leurs enfants, pour les envoyer à Sébaste, et prendre leur place : alors ils
devinrent furieux, s'armèrent, et tirèrent leurs glaives en courant par les rues.
Une grande terreur s'empara du peuple des chrétiens : ils se cachaient dans les
puits et dans les endroits souterrains, ne sachant pas ce qui arrivait. G'était le
mercredi de la première semaine du carême, le 17 de sebat (févr.). Les Turcs
qui étaient dans la ville s'assemblèrent devant la citadelle et demandèrent au
gouverneur' les clefs des portes, afin de sortir combattre contre ceux qui
venaient. Le gouverneur ne leur ayant pas donné les clefs, ils allèrent tous,
montés et armés, et avec des cognées brisèrent la serrure de la porte de Bori-
diyeh '°. Bouri est le nom de celui qui brisa la serrure ; il s'avança à la tête de
ceux qui furent envoyés tandis que les autres demeuraient pour garder les
portes. Ils allèrent, et le jour même ils amenèrent Daulah. En voyant cela, ceux
de Sébaste s'enfuirent. Le gouverneur lui-même sortit et salua Daulah; celui-ci
entra et régna dans la ville qui fut pacifiée.
1. Ms, : Boug; lire : v^?. — 2. Espace blanc dans le ms. et dans la version arabe, à la place du
nom. — 3. xa<7Tpov. — 4. Vers. ar. : .»».»; on a déjà remarqué que ce prince est appelé tantôt
Mohammed, tantôt Matimoud. — 5. Fils de Ghâzi. Aa5o0vï)i;, chez les écrivains byzantins. — 6. Fils
de Ghazi. L'orthographe Yaq'ouhaçlan est constante dans le ms. ; chez les byeantins : 'layounadâv.
— 7. Lire : saj»o. — 8. Lire : ii»ttia.. — 9, -fiYEM-tov. — 10. ov^t^^aa (BH).
254 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Peu de temps après, Daulah se rendit près de son frère Ya'qoub-[Ar]çlan, et ils
s'allièrent. Puis il alla s'emparer d'Ablastaïn, et régna même sur le pays de
Djihan. En apprenant cela, le sultan ' vint précipitamment contre Ya'qoub-[Ar-]
clan. Celui-ci eut peur et s'enfuit dans la montagne. Le sultan dévasta Sébaste et
s'en retourna. Il manda à Daulah de venir faire sa soumission, (promettant)
d'augmenter son fief. [627] Daulah envoya sa femme, qui était la fille du frère du
sultan ; mais celui-ci n'accepta point la supplique de cette femme.
Le 17 de haziran (juin), il mit le siège contre Mélitène, et, après avoir dressé
des machines comme pour en faire l'attaque, il tomba dans la torpeur et n'en-
gagea plus aucun combat : on disait que cela était arrivé par sorcellerie. Après
avoir continué le siège pendant trois mois, tandis que Daulah pillait les gens de
la ville, surtout les notables, [parles taxes] ^ qu'il prenait pour donner aux soldats,
tout à coup à l'aurore de la fête de la Croix, le 14 d'éloul (sept.), le sultan brûla
ses machines et s'en alla. Ce fut un grand soulage ment pour les gens de la ville.
Au mois de nisan (avril) de la même année, l'empereur des Grecs, Jean, envahit
la Gilicie. Tandis qu'il chassait, selon son habitude, il prit une flèche munie d'un
poison mortel pour attaquer une bête fauve, un sanglier. II arriva par accident
qu'il se frappa la main ; le poison se répandit dans tous ses membres, et il
mourut'.
Peu de temps après, le roi des Francs de Jérusalem sortit pareillement pour
chasser. Il poursuivait un lièvre : et on le trouva la tète rentrée dans le
corps par suite de la violence du choc, en tombant de cheval ; et de même il
mourut*.
En ce temps-là mourut Daoud% (seigneur) de Hesna de Ziad.
Ces quatre personnages : l'empereur des Grecs et le roi des Francs, Malik
Mahmoud' et Daoud, moururent la même année'. — Fin.
En l'année 1452, depuis le milieu de En l'an 1453, mourut le patriarche
'ab (août) jusqu'au commencement d'Egypte, Mar Gabriel, et Mar Iwannis
d'éloul (sept.), on apercevait comme des fut ordonné ^
rayons de feu dans la région septen- Le patriarche Mar Athanasius vint à
trionale; et pendant la nuit du 2 d'éloul, Mélitène et rencontra Malik Mahmoud;
une lueur resplendissante comme le il résida dans cette ville, dans l'église de
1. Mas'oud. — 2. Lacune d'un mot dans le ms. et dans la vers. ar. ; BH : l^.i-3^^. — 3. 8 avril
IIW. Cf, Hist. du Bas-Emp., LXXXVI, § xli, xlii. — 4. 10 nov. 1143. Cf. Gesch. des Km. Jerus.,
p. 229. — 5, Daoud Rokn ed-Daulah, fils de Soqman, — 6. Vers. ar. : la»»»», — 7. Plus exacte-
ment : « dans l'espace d'une année ».
8. Cf. ci-dessus, p. 235. Selon Renaudot (/TiS^. patr. Alexandr,,p. 511 et suiv.), Gabriel mourut
en 1146. Il eut pour successeur Michel, pendant un an à peine, et ensuite Jean (1147-1167).
LIVRE XVI. GHAP. X
■255
soleil sortit du nord-ouest; il semblait
que le ciel était embrasé'.
En l'an 1453, la grêle ravagea tout le
pays de Çamha.
En l'an 1454, le pape de Rom.e envoya
un de ses douze^ pour redresser les
églises, les couvents, les pontifes, etc.,
à Jérusalem et dans le reste (du pays).
Quand il arriva et commença h enquê-
ter, sa mort survint*. On dit qu'il avait
été empoisonné, et le pape en fut irrité ;
il envoya un de ses quatre grands,
qu'on appelle leqati, et qui sont ses
vicaires. Celui-ci' corrigea beaucoup de
choses, déposa le patriarche" qui était à
Antiocheet en établit un autre, et brilla
par ses actions.
Alors les méchants Grecs, habitués au
mal, allèrent le trouver et lui parlèrent
de notre peuple et des Arméniens : [626]
« Ce sont, dirent-ils, des hérétiques »,
et ils remplirent son esprit de colère.
Quand il vint à Dolichê, il rencontra
Krikoros, catholicos des Arméniens, et
le força à montera Jérusalem, Il tint un
synode, le lundi in albis^, auquel se trou-
vaient, avec le légat, le patriarche et les
évoques Francs, le catholicos, un évêque
et des docteurs Arméniens; le métro-
politain de Jérusalem, Ignatius', et des
moines, Josselin et les autres chefs. On
Mar Mammas, et il consacra le chrême
dans la grande église. Ensuite, il gagna'
le monastère de Mar Aharon de Ségara,
et il donna à l'évêque de Maipherqat le
pouvoir' de diriger Amid, et à l'évêque
de Tarse de diriger Antioche.
En cette année, le maphrien Diony-
sius descendit à Bagdad, à cause de la
maladie qu'il avait; il y termina sa vie,
et les gens de Tagrit prirent soin de
ramener son saint corps, qui fut enseveli
dans l'église de Tagrit.
La même année, les 'Taiyayê étran-
glèrent l'évêque d'Emèse; celui du
four 'Abdîn fut chassé par les gens de
son diocèse; celui de Gozartha fut pris
par le préfet, pour de l'or*". — Les diocé-
sains de celui de Damas, se révoltèrent
également contre lui ; ils vinrent trouver
le patriarche qui les réconcilia avec lui.
[626] En l'an 1454, au mois de tésrin i
(oct.), fut ordonné comme maphrien de
Tagrit, Lazare, du monastère de Ser-
gisyeh, qui était de 'Abra, village" de [la
région de Goubbos,]'^ et avait grandi à
Mélitène ; il fut ordonné dans le couvent
de Mar Aharon. Il fut appelé Ignatius;
il brilla beaucoup dans l'Église.
La même année, le patriarche Atha-
nasius revint à Mélitène; il s'y trouva
quand Daulah, fils de Ghâzî, commença
1. Lire : ^"'vj; vers, ar. : ^o>l ta-^cSs^ ^. _ 2. Cf. J.-B. Chabot, Hist. de Mar Jabalaha 111,
p. 62, n. 1. — 3. Ce légat était Pierre, archev. de Lyon ; mort le 28 mai 1139. — 4. Albéric, év.
d'Ostie. Cf. Gesch. des Kôn. Jerus., p. 221 et suiv. — 5. Radulf (nov. 1139). — 6. Avril 1140.
Mansi, XXI, 505-508, 583, 584. — 7. Métrop. des Syriens.
8. Litt. : « il demanda », petivit ; vers. ar. : i^^. — 9. aùOevxia. — 10. C'est ainsi qu'a compris la
version ar. : i=w"^t3 ^IgVo^ 'ovOcu»; confirmant la lecture de notre ms. l3oit=. — 11. xâffrpov. Vers,
ar. : ;.ai^ ot^^ ,». — 12. Lacune d'un mot à suppléer ainsi d'après Barhébr. {Chr, eccl., 1, 497) :
256-
GHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
convoqua les Grecs au synode par trois
fois. « Vous avez prétendu, disaient-ils,
que les Syriens et les Arméniens sont
hérétiques ; venez maintenant, et ex-
posez-nous leur hérésie. » Ils répon-
dirent : « Nous ne viendrons point au
synode, parce que notre empereur n'y
est pas ». Et par là, ils dévoilèrent devant
tout le monde que la vérité n'est pas
avec eux. — Alors les Arméniens mon-
trèrent un volume dans lequel était
écrite leur profession de foi; de même,
les nôtres présentèrent un volume. On
les lut tous les deux, et on les traduisit
enlangue italienne. Alors touspublièrent
et confessèrent que cette profession
était vraiment la confession orthodoxe.
Après cela, les Francs exigèrent des
Arméniens et des Syriens des serments
écrits qu'ils ne tenaient pas dans leur
cœur une autre confession; les Syriens
le firent avec joie, mais les Arméniens
n'y consentirent pas, et on reconnut
qu'ils étaient phantasiastes et sinio-
niaques. — Fin.
à y régner, et quand le sultan Mas'oud
vint en faire le siège.
Après cela quelques personnes allèrent
trouver le comte Josselin et lui dirent :
« Ce patriarche a été établi illégitime-
ment ». Et comme le patriarche n'avait
pas été saluer Josselin, celui-ci défendit
qu'il fût proclamé dans son territoire. Il
fit amener Timolheus de Gargar à Sa-
mosate, et s'enqult auprès de lui de la
manière dont l'élection avait eu lieu.
Là, à Samosate, l'évêque de Gargar
[affirma, selon quelques-uns]', que celui
de Djihan était véridlque; d'autres as-
surent qu'il ne dit pas (cela).
Le patriarche quitta Mélitène et vint
au monastère deMar Bar Çauma. Ayant
appris que Josselin avait fait passer à
Edesse Basilius, qui est Abou '1-Faradj
bar âoumana, le patriarche lui-même
accorda Edesse à Bar Soumana, et il
ordonna pour Kaisoum Elias, moine
instruit, très capable parmi ses con-
temporains, qui fut appelé Iwannis,
et devint célèbre dans l'Église. — Fin.
Dans ce Seizième Livre, est compris un cycle de 13 années, pendant lesquelles
existèrent dix rois Grecs, Francs et Turcs. En dix chapitres.
Puisque ces deux évêques* ont pris soin d'écrire, nous plaçons ici la préface que
chacun d'eux a mise en tête de son ouvrage :
Iwannis de Kaisoum écrit ainsi -. « Puisque l'époque est afïaiblie, puisque notre
malheureuse génération est tombée dans une grande dépression, puisque surtout
notre parti des Syriens a péri et a été broyé : nous voulons, nous faible et misérable.
1. Il y a manifestement une lacune de quelques mots dans le texte; et aussi dans la vers. ar. qui
n'a pas compris le passage, Suppl. ainsi d'après Barhébr. : • )-iiso— ;-^l ^\?j^;_so| ,^|o;il ajoute;
^ott- ooi ji». >.6^Aba»3 0V30, « à Samosate même mourut l'évêque (de Gargar) ».
2. Jean, de Kaisoum, et Denys bar Çalibi, d'Amid, dont il sera parlé au Livre suivant.
LIVRE XVI. GHAP. X 257
faire connaître quelques-uns des nombreux événements qui nous sont arrivés et nous
arrivent en ces années, et nous avons même pris soin d'écrire, et nous avons
recueilli ce volume de Chroniques d'ouvrages nombreux et variés; et nous le laissons
en souvenir à ceux qui viendront après nous, afin que chacun pense à soi, et se
préoccupe de lui-même; qu'il sache que le temps est fugitif, et que, comme les autres
ont disparu et passé, il devra lui-même payer une dette inéluctable; qu'il apprenne
de ceux qui l'ont précédé, que plus il sera demeuré et devenu célèbre en ce monde,
et plus le compte à rendre sera grand dans le monde futur. »
Dionysius (TAmid écrit ainsi : « Comme tout entendement est incliné, à cette
époque dépourvue de charité, vers les nouvelles et les narrations sans espérance ni
utilité, celles-ci occupent aujourd'hui et captivent le plus grand nombre, à cause de
la consomption et des troubles qui depuis un temps assez long ont fait disparaître la
stabilité; la crainte, protectrice des préceptes, a été enlevée; l'illégalité s'est multi-
pliée ; la science, qui dirige les novices et conduit ceux qui l'ont acquise dans les
voies droites, est rejetée au loin. En considérant ces choses, moi, le misérable
Dionysius, lepauvre Jacques, j'ai pensé un peu à ce que j'offrirais à ceux qui m'excitent
à être utile en prenant le souci d'une Chronique. J'ai raisonné, c'est-à-dire pensé que
le récit des histoires arrivées de temps à autre, et des châtiments tombés d'en haut
sur un peuple débile, pouvait parfois être utile et avantageux pour la conscience ; parce
qu'en frappant les oreilles de ceux qui n'ont pas fait l'expérience de ces choses, elles
pourraient peut-être les terrifier et leur faire craindre la cognée menaçante qui est
posée à la racine', et les empêcher de se laisser entraîner à des colloques infidèles et
sans fondement de paroles futiles et inutiles. Comme j'avais cette intention depuis
longtemps, et comme les sages m'excitaient à ne pas négliger ni cesser de l'accomplir,
j'ai voulu parcourir toutes les chroniques antérieures et y choisir ce qui était utile
et convenable au but que nous avons indiqué. Quand j'ai eu accompli cela, en prenant
parmi les histoires ecclésiastiques, écrites par les anciens, ce qui convenait à la con-
texturedu discours, j'ai jugé et pensé que quand j'aurais ajouté et pris, c'est-à-dire
coordonné dans une même suite constante, ce qu'ils ont écrit à diiférentes époques,
pour arriver, en marchant graduellement, jusqu'à l'époque troublée en laquelle nous
nous trouvons, lorsque je ferais connaître les pillages et les calamités qui ont atteint,
à cette époque, le peuple des Chrétiens, l'entendement du plus grand nombre, retenu
par ces narrations et ces récits lamentables, serait détourné de celles que j'aurais
racontées plus haut et qui sont bien antérieures»; et ainsi j'ai été détourné pour le
moment de cette pensée de vouloir réunir tous les temps avec l'histoire ecclésiastique
et faire du tout un seul ruisseau débordant d'utilité et abreuvant les questionneurs,
et j'en suis venu à n'écrire que les choses qui se sont passées de nos jours, et celles-ci,
autant que possible, en peu de mots et brièvement. — Fin.
1. Cf. Matth,, m, 10. — 2. ,^-,.o.
m. ■ 33
LIVRE XVII
Ce Dix-septième Livre commence a l'an 1455' des Grecs, qui est l'an 1125 de
LA NAISSANCE SELON LA CHAIR DE NoTRE-SeIGNKUR, l'aN 524 DES ArABES, l'aN 83
DES Turcs, et, depuis Adam, l'an 6623.
CHAPITRE [!"■]. — De V époque à laquelle Manuel régna sur les Grecs, Baudoin
sur les Francs, et Ya'qoub-[Ar]çlan* sur les Turcs, à Sébaste. Autres événe-
ments qui eurent lieu à cette époque.
Quand l'empereur des Grecs, Jean, mourut en Gilicie, comme son fils aine
n'était pas présent, parce qu'il était resté dans la ville impériale, il légua l'em-
pire à son fils cadet, Manuel, qui commença à régner au mois de nisan (avril)
de Tannée 1455.
Quand il entra à Gonstantinople, son frère le reçut et le vénéra, et il fut con-
firmé dans l'empire'.
La même année, le roi de Jérusalem* mourut aussi, et son fils Baudoin (II)
commença à régner. Comme il était trop jeune, samère^ gouvernait le royaume.
A cette même époque, l'émir Daoud, seigneur de Hesna de Ziad mourut, et
son plus jeune fils Qara [-Arjçlan' lui succéda. Son fils aîné était près de Zangui.
Zangui vint et amena avec lui Arsian-Doghmîs', fils de Daoud; il s'empara de
Hani.
Le sultan Mas'oud vint et s'empara d'Ablastaïn et de tout le pays de Djihan.
Puis il revint mettre le siège devant Mélitène, et amena avec lui Ya'qoub-
Arçlan, fils de Daoud. 11 s'était réfugié près de lui pour qu'il l'aidât contre
Zangui qui marchait sur lui. Le sultan lui donna vingt mille cavaliers, et il
s'avança contre Zangui. Celui-ci ayant entendu parler des forces [629] du sultan
envoyées contre lui, abandonna (son projet) et rentra dans son pays. Qara-Arçlan
rentra en possession du pays qui lui avait été enlevé. Le sultan demeura trois mois
1. Le ms. semble porter 1425 ; c'est une erreur du copiste. — 2. Barhébr. écrit régulièrement
^aoil OUI». ; mais la leçon ^om».. : « Ya'^qoubaqlan f> est constante dans notre ms. — 3, Cf. Hist.
du Bas-Emp., LXXXVI, § xuit; LXXXVII, § nt, rv. — 4. Foulques. — 5. Mélissende. — 6. Ms.
ici et habituellement ; ^ips, Qaraclan', cf. ci-dessus, n. 2. — 7. Ms. et vers, ar. : '»..ia^ ti V«» 1 ,
peut-être à lire : uuvi^jî^ni| Aslandoghmii.Bavhéhr. écrit correctement : >».M^t si'*"'', corrigeant
ainsi l'orthographe de Michel basée sur la prononciation; cf. ci-dessus, n, 2, 6, et p. 253, n. 6.
LIVRE XVII. CHAP. I
259
contre Mélitène, sans livrer un combat, et au milieu d'août, la veille de la fête de
la transmigration de la Mère de Dieu, il ordonna à ses troupes que chacun [prît]'
tout ce qui se trouvait d'utile à sa portée, et, au matin, ils partirent. Ils emme-
nèrent en captivité toute la région'.
En cet été, tandis que le sultan assiégeait Mélitène, Josselin vint au couvent
de Mar Bar Çauma, comme pour prier. En voyant le peuple, qui abandonnait
le pays de Claudia et fuyait devant le sultan, et en apprenant combien les
troupes de ce dernier étaient nombreuses, il retourna précipitamment dans son
pays. — Fin.
En l'an 1455, le 26 de tésrin n (nov.) %
au matin du vendredi,il y eut un tremble-
ment de terre, et dans la ville appelée
Prusa*, qui est voisine de Conslan-
tinople, la ville impériale, il causa beau-
coup de mal aux édifices et à leurs habi-
tants; et le fleuve qui passait dans la
ville fut complètement desséché. Trois
jours après, tandis que le peuple qui
avait survécu se tenait en prières, il y eut
de nouveau un tremblement de terre,
et le fleuve recommença à jaillir et à
couler dans son lit.
. La même année, le 23 d'adar, au cré-
puscule du Jeudi-saint', on vit un signe
terrifiant, à l'occident, après le coucher
du soleil ; il ressemblait à une lance, et il
resta environ trois heure». Il apparut
pendant sept jours, et on dit qu'il signi-
fiait le sang. — Fin.
Josselin se réconcilia avec lui et avec tous
A cette époque, comme Basilius, qui
est Bar Soumana, était passé de Kai-
soum àEdesse, il était accusé de l'avoir
fait' par ordre du prince : ce qui n'était
pas licite. Il fit un discours apologétique
qui prouvait par des témoignages évi-
dents que, jusqu'au moment où le
patriarche et le synode lui concédèrent
(ce siège) il n'avait cédé ni aux ordres
du prince ni aux sollicitations des Édes-
séniens. Comme ceux-ci refusaient d'ac-
cepter le patriarche et ne consentaient
pas à le proclamer, ils essayaient de
persuader au vénérable Basilius de deve-
nir leur chef [malgré les censures^].
Or le patriarche, comme on dit, choi-
sit de deux maux le moindre. Il accorda
à Bar Soumana la métropole d'Édesse,
et par lui se soumit les Edesséniens.
Quand Josselin revint de Jérusalem,
après avoir établi le nouveau roi, le pa-
triarche alla le rencontrer à Tell Baser,
les évèques. Il rendit les ornements et les
1, Suppléer : j-P (vers. ar.). — 2. Ces faits paraissent être antérieurs à la mort de Jean et de
Foulques. Cf. Gesch. der Chai,, III, 284 ; Gesch. des Kôn. Jerus., p. 216, 226,
3, Ms, : téSrin i. — 4. Ms. : Pwrsa. — 5. 23 mars 1144.
6, De même dans la vers. ar. : ;>aL^^.^ ^»l-= ^i ^M. — 7. Le mot écrit dans notre ms. : Uavis,
qui ne présente pas de sens, n'a pas été rendu p'ar l'arabe (....y;^a\i3 . |.m*;...,) ; il faut sans
doute reslHiier U^^û=, et supposer quelque autre altération dans la phrase.
260 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
vases du chrême qu'il avait volés, dans sa colère, dans le trésor du patriarche, au
couvent de Mar Bar Çauma, la première fois'.
Le patriarche se rencontra de nouveau avec lui*.
CHAPITRE [II]. — De U époque à laquelle eut lieu la lamentable prise d'Édesse
de Mésopotamie^ ville illustre des Chrétiens, que le glaive des Turcs ravagea,
parce qu'à cause de nos péchés, nous fûmes justement abandonnés {de Dieu).
La première prise d'Edesse, que les Turcs enlevèrentauxFrancs, eut lieu ainsi :
Comme ses habitants étaient déjà depuis longtemps, pour ainsi dire, empri-
sonnés par les Turcs, et comme la ville était affaiblie de toute manière, Josselin,
seigneur de cette ville, se mit tout à coup en guerre avec Zangui, seigneur de
Mossoul, pour la cause que voici : Quand Zangui poursuivait le seigneur de
Hesna de Ziad, celui-ci chercha du secours près de Josselin, à qui il donna la
forteresse de Beit Boula, pour qu'il l'aidât contre Zangui, de même qu'il avait
secouru le sultan Mas'oud. Josselin ne comprit pas qu'il n'était point avanta-
geux pour lui de combattre avec les Turcs en faveur des Turcs. Il envoya une
armée au secours de Qara-Arslan. Ce fut une occasion pour Zangui. Dès que
Josselin, partant pour Antioche, se fut éloigné, les gens de Harran firent savoir
à Zangui qu'Edesse était dépourvue de troupes. Celui-ci rassembla une armée
en l'an 1456, et le mardi 28 de tesrin iV, il mit le siège contre Édesse avec des
milliers et des myriades (de soldats).
Ils établirent leur camp devant la porte des Heures*, à côté de l'église des
Confesseurs. II manda aux citoyens de la ville : « Capitulez, pour ne pas périr;
car il n'y a point de salut pour vous! » Le chef était le papios'' des Francs. Ils
répondirent : « Nous ne capitulerons pas ». Il comptait sur les messagers qu'il
avait expédiés à Antioche et à Jérusalem, pour qu'on se pressât de venir délivrer
l'excellente ville.
Le l*"^ de kanoun, Zangui ordonna de commencer l'attaque de toutes les
manières. Sept balistes lançaient des pierres, et les troupes faisaient pleuvoir
les traits comme des gouttes de pluie. Les gens delà ville, vieillards et jeunes
1. Un second pillage commis par Josselin est, en effet, raconté plus bas, au chap. ix. — 2. Cette
phrase paraît incomplète.
3. 28 nov. 1144. — 4. Au sud-ouest de la ville. Pour la topographie d'Edesse, comp. R. Duval,
Histoire politique, religieuse et littéraire d'Édesse, p. 12 et suiv. ; E. Sachau, Reise in Syrien
und Mesopotamien, p. 192 et suiv. ; Zeisck. d. Deutsch. Palâstina-Vereins, t. X, p. 295-99. —
5. L'archevêque latin d'Édesse (cf. ci-dessus, p. 238, n. 6) ; à cette époque : Hugues II ; cf. Gesch.
des Kôn. Jerus,, p. 234, n. 2.
LIVRE XVII. CHAP. II 261
gens, hommes et femmes, et les moines de la Montagne*, se tenaient sur le mur
et combattaient. Quand Zangui vit que le malheureux peuple luttait héroïque-
ment, il ordonna de creuser la terre sous le mur. Ils creusèrent profondément
et arrivèrent au mur. De leur côté, les assiégés creusèrent de l'intérieur, s'avan-
cèrent contre les assiégeants et se mirent à les attaquer. Comme ce stratagème
ne leur profita point, ils se mirent à construire un mur à l'intérieur, en face de
l'endroit qui était miné. Les assiégeants minèrent deux des tours et placèrent
des étais au-dessous, de même que sous le mur, d'une tour à l'autre. L'atabeg
(leur) manda : « Nous vous donnerons deux hommes qui iront à l'intérieur,
envoyez deux des vôtres et voyez le mur qui est miné; et livrez la ville avant
d'être pris par le glaive. Je ne veux pas que vous périssiez. » Gomme ils avaient
confiance dans le mur qu'ils avaient bâti et comptaient sur l'arrivée des Francs,
ils ne se laissèrent pas persuader; mais ils le méprisèrent et le tournèrent en
dérision.
Alors les assiégeants mirent le feu aux bois, et, au moment du matin, le com-
bat devint acharné. L'air était obscurci par la fumée; les genoux et les cœurs
tremblaient au bruit de la trompette, des foules qui se précipitaient' et des cla-
meurs du peuple. Quand les bois furent consumés, le mur et les deux tours
s'écroulèrent, et le nouveau mur intérieur apparut. Alors, les Turcs furent remplis
de stupeur, jusqu'au moment où ils remarquèrent qu'une brèche était demeurée
entre le nouveau mur et l'ancien. Alors les troupes s'assemblèrent pour péné-
trer; le peuple de la ville se réunit, avec le bafios elles évéques', pour s'opposer
à leur entrée. La brèche fut comblée par des monceaux de cadavres, tant des
assiégés que des assiégeants. Tandis que le peuple se tenait sur la brèche en
combattant et que le mur se trouvait désert, les Turcs appliquèrent des échelles
et montèrent. Un Gurde monta le premier, poussa un cri et se mit à lapider le
peuple avec des pierres. Quand ils le virent, leurs mains faiblirent, ils eurent
peur, tournèrent leurs visages et s'enfuirent à la citadelle.
Etdès lors, quelle langue pourra raconter,ouqueldoigtpourra écrire sans trem-
bler la chose lamentable qui se passa à la 3® heure du samedi [2]3' de kanoun i*''?
Les Turcs entrèrent avec leurs épées et leurs glaives tirés et buvant le sang
des vieillards et des jeunes gens, des hommes et des femmes, des prêtres et
des diacres, des cénobites et des moines, des religieuses, des vierges, des
enfants à la mamelle, des fiancés et des fiancées! Le sanglier assyrien prévalut
et il dévora les grappes délicieuses. Ah! quel récit amer! La ville d'Abgar,
l'ami du Christ, a été foulée aux pieds à cause de notre iniquité : les prêtres
1. La Montagne d'Édesso ou Montagne bénie, qui était couverte de monastères. — 2, lïi».a^, littér, :
« coureurs n. La vers, ar. a traduit : >,Jtt3|i|o, «troupes, masses ». — 3, L'archevêque latin, et les
évêques des autres confessions. — 4. Le 23 déc. 1144. Lire : i^, Ms. : « le S », et de même BH,
262 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
massacrés, les diacres immolés, les sous-diacres broyés, les temples pillés, les
autels renversés! Hélas! quelle calamité! Les pères ont renié leurs enfants; la
mère a oublié son affection pour ses enfants ! Tandis que le glaive dévore et
que tout le monde fuit au sommet de la montagne, les uns rassemblent leurs
enfants, comme la poule ses poussins, et attendent pour mourir ensemble par
le glaive ou pour être emmenés ensemble en captivité! Des prêtres âgés, qui
portaient les reliques des martyrs, en voyant cette fureur récitèrent cette parole
du prophète' : « Je supporterai la colère du Seigneur, parce que j'ai péché et je
l'ai irrité. » Et ils ne prirent point la fuite, ni ne cessèrent leur prière jusqu'à
ce que le glaive les rendît muets. Ensuite on les retrouva au même lieu, leur
sang répandu tout autour d'eux et les reliquaires des martyrs dans leurs mains;
car, par un miracle accompli en leur faveur, ils ne s'en emparèrent point.
Quant à ceux qui s'étaient enfuis à la porte de la citadelle, les Francs ne la
leur ouvrirent point pour les laisser entrer, parce que le bafios leur avait défendu
d'ouvrir avant qu'ils ne le vissent en personne. Mais comme il ne s'échappa pas
pour venir avec les premiers, des milliers de gens furent étouffés et s'entas-
sèrent plus haut que la porte. Quand le bafios arriva, on ouvrit la porte, mais il
ne put [631] entrer, à cause de la multitude des cadavres des hommes qui
étaient entassés à la porte. Gomme il essayait d'entrer, il tomba au milieu des
morts, et un des Turcs le frappa et le tua.
Lorsque Zangui vit un tel carnage, il défendit de commettre de nouveaux
massacres. Il rencontra alors l'évêque Basilius'^ nu et traîné par une corde.
Zangui, voyant qu'il était âgé et avait la tête rasée, demanda qui il était. Ayant
appris que c'était le métropolitain, il se mit à lui reprocher qu'on n'avait pas
voulu livrer la ville. Celui-ci répondit courageusement : « Ce qui est arrivé est
très bien. « « Comment? » dit l'émir. L'évêque reprit : « Pour toi, parce que tu
as remporté une brillante victoire en nous prenant de vive force; pour nous,
parce que nous avons mérité ton estime, car de même que nous n'avons pas
menti à nos serments vis-à-vis des Francs, de même nous garderons vis-à-vis
de toi la foi jurée, puisque Dieu a permis que nous devenions tes esclaves. »
Voyant qu'il était courageux, et parlait agréablement la langue arabe, Zangui
ordonna de le revêtir de sa tunique et le fit entrer sous sa tente. Il prit de
lui conseil sur la reconstruction' de la ville. Un héraut sortit [et annonça]*
que tous ceux qui avaient échappé au glaive pouvaient revenir à leurs maisons.
Deux jours après, ceux qui étaient dans la citadelle reçurent la promesse
d'avoir leurs vies sauves et la livrèrent. Les Turcs conservèrent la vie à tous
1. MicH., vil, 9. — 2, Basilius bar Soumana, l'évêque syrien. — 3. Vers, ar. ^^l-ia i^. —
4. Lacune d'un mot dans le ms. (et aussi dans la vers, arabe).
LIVRE XVII. CHAP. II 263
ceux de notre peuple, des Arméniens et des Grecs qui avaient survécu, mais ils
tuèrent les Francs partout où ils les trouvèrent.
Ce n'est pas à nous de narrer le reste de la calamité, mais au prophète Jérémie
et à ses semblables d'appeler les pleureuses et celles qui se lamentent pour
composer des élégies envers sur ce malheureux peuple! — Fin.
En l'an 1455, l'évêque du diocèse de Laqabîn, dans la région de Mélitène, fut
accusé de fornication ; il fut chassé, et le patriarche le déposa et ordonna un autre
évêque pour ce diocèse. — Peu de temps après, Basilius, qui avait été déposé, envoya
une supplique et des intercesseurs : et le patriarche lui concéda les monastères de
Zabar, Après y être resté quelque temps, il fut aussi chassé de là pour la même raison.
Le patriarche fut de nouveau indulgent envers lui, et lui confia le diocèse de Sibabérek.
Au bout de trois ans, il fut encore chassé de là pour le même motif. Le patriarche
et quelques personnes disaient qu'il était victime d'une calomnie. Dieu sait ce qui
est vrai.
Basilius, qui était passé à Edesse, échappa au massacre quand Zangui s'empara de
cette ville par le glaive. Zangui le rencontra et, voyant qu'il était courageux et pru-
dent, et qu'il parlait la langue arabe, il l'honora, lui confia la ville pour la repeupler
et y amener des habitants : il fut le salut pour beaucoup de gens dans cette circons-
tance. [630] Tant que Zangui régna à Edesse, c'est-à-dire jusqu'à son assassinat', ce
vénérable évêque fut très influent.
A Edesse même, dans la première prise, fut tué le vénérable Basilius, qui est
Bar "Abbas. Il avait été évêque de Mardîn', et avait quitté son diocèse pour revenir
habiter dans la montagne d'Édesse. Il y fut couronné.
A Mardê, était le vénérable Mar Jean', qui fut aussi ordonné du temps du patriarche
Athanasius Abou '1-Farâdj, en l'an 1436. II possédait une intelligence lucide, un
sens droit, et une sainte conduite dans le travail, la veille, la lecture des Livres saints.
De lui-même, avec le secours de la grâce, il pénétra les mystères et les sciences natu-
relles, et par son assiduité il découvrit des connaissances cachées au plus grand
nombre. Sur la demande de plusieurs personnes, surtout* du roi, alors que les produits
de la terre périssaient par suite de la disette de pluie, il amena des canaux et des
ruisseaux de place en place.
Il fut connu du roi et honoré par tous les princes de la Mésopotamie et de l'Assyrie.
Il avait la main large, était miséricordieux et donnait abondamment aux pauvres et
aux indigents. Aussi, quand Zangui, seigneur de Mossoul, s'empara d'Édesse, comme
ses habitants étaient réduits en esclavage, la grande philanthropie de cet évêque se
manifesta, etil libéra un grand nombre de gens de la servitude.il en acheta et en affran-
1. Cf. ci-dessous, p. 268. — 2. Lire : ^?;.»». — 3. Comp. Bihl. or., II, p. 216 et suiv. ; Whicht,
Syriac Literature, p. 244, — 4. Lire : û^|;.û^ot
264 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
chit tant qu'il eut quelque chose entre les mains. Ensuite^ il circula en exhortant
ses diocésains à délivrer les chrétiens de l'esclavage. Par de telles actions vertueuses
[621]il grandit et brilla aux yeux de tous, et sa renommée se répandit en beaucoup
d'endroits. Il fut grandement loué par les nations hétérodoxes, même par les musul-
mans, et surtout par les rois, pour cette conduite.
CHAPITRE III. — De l'époque de la prise d'Édesse, à laquelle beaucoup d'évé-
nements se passèrent parmi les rois de la terre et dans l'Église des Ortho-
doxes, etc.
A l'époque même de la prise d'Édesse, un préfet' nommé Bâbek, qui avait été
établi par Zangui à Nisibe, craignait pour quelque motif que Zangui, devenu très
puissant par suite de la prise d'Edesse, ne ^ tirât aussi vengeance de lui, et
redoutait qu'il ne montât contre son pays. C'est pourquoi il ordonna de démolir
toute forteresse de son territoire qui ne pouvait se défendre contre la puissance
de Zangui*.
A cette époque fut détruite la forteresse de Hour-'Ebar, celle de Tell Besmê,
celle dite de Thomas, celle de Telia Saikh', celle qui était dans le voisinage du
couvent de Mar Jean% dite* de l'Épouse; ils essayèrent de détruire Sargah, qui
est près de Nisibe, mais ils ne purent [632] ébranler la solidité de sa construc-
tion antique. C'est pourquoi ils ne démolirent que la partie neuve, qui avait été
bâtie par eux, et ils la laissèrent déserte.
A cette époque, la place forte de Hataka', qui n'était jamais tombée aux mains
des Turcs, était entre les mains d'un homme de la famille des Bené Marwan, qui
avaient le titre de rois et leur résidence à Maipherqat*. Il y eut entre ses
seigneurs de la discorde, des querelles et des combats. Hossam ed-Din,
voyant que ces Curdes n'avaient point d'auxiliaires, et qu'ils étaient opposés
les uns aux autres, les assiégea pendant un an et quatre mois. Alors Ahmed
demanda à traiter, fimourtas lui donna de l'or et des villages dans son pays, et
prit la forteresse. Ensuite le Curde se repentit, et chercha du secours près du
seigneur d'Amid, afin de pouvoir reprendre la forteresse ; mais il ne put y
réussir.
1. ïiYE(i.(iv. — 2. Lire ; l->ài-». — 3. Barhébr. (p. 308) dispose son texte autrement : « Les Francs
de Bîrah, craignant que Zangui ne revînt sur eux, la livrèrent à Hossam ed-Dîn Timourtas, fils
d'Ilghâzi, fils d'Ortoq, seigneur de Mardîa. EtIIghàzi (sic) craignant à sou tour que Zangui n'envahît
son pays, ... fit raser de nombreuses forteresses, etc. ». — 4. i»»^ Hit (ainsi dans BH). — 5. BH :
Uii». •*^jo» « de Mar Hanania ». — 6. Ou pourrait aussi traduire a qui est dit », les mots employés
pour « couvent» et « forteresse » étant l'un et l'autre du genre masculin, en syriaque, — 7. Vers.
ar. : yUw. — 8. Cf. Gesch. der Chai., III, p. 36.
LIVRE XVI. CHAP. III 265
Après la prise d'Édesse, AIp-A[r]çlan', fils de Daoud, quitta Zangui et mit le
siège devant Telia d'Arsanias'. Il demanda qu'on lui livrât la ville, mais ils n'y
consentirent point, parce que leurs enfants étaient retenus comme otages à
Hesna de Ziad. Ils ne songèrent point à ce qui était arrivé aux Edesséniens,
qui luttèrent sans avoir d'auxiliaire. Ils voulurent épargner à' un petit nombre
de devenir esclaves, et ils le devinrent tous; car, dans sa fureur, l'émir ordonna
de les prendre tous comme esclaves. On dit* qu'il y avait environ 15.000 âmes,
dont une partie était venue^ du dehors, et tous' [633] furent faits esclaves, avec
leur évêque Timotheus.
La même année, quand les Francs qui s'étaient rassemblés pour venir au
secours d'Edesse reçurent la nouvelle de sa ruine, ils demeurèrent dans le deuil
et s'en allèrent sur Tell'ada. Là, les Turcs s'assemblèrent contre eux. Ils empê-
chèrent leur approvisionnement, et les Francs, opprimés par la famine, prirent
la fuite, '
Alors, les gens de Sarougab andonnèrent aussi cette ville et s'enfuirent : les
Turcs y entrèrent.
Zangui mit le siège contre Birah; et Josselin monta à Jérusalem, pour en
ramener une armée'.
Alors, à Mossoul, survint la discorde. Ils délivrèrent le jeune fils' du sultan
quiy était emprisonné, et massacrèrent Naçir ed-Dîn, le lieutenant de Zangui. En
apprenant cela, Zangui abandonna Birah, s'en alla à Alep, et fit la paix avec les
Francs; et Birah lut délivrée de lui.
Ensuite Zangui envoya son général Zain ed-Dîn, qui pacifia Mossoul; il remit
le jeune fils du sultan en prison, et alors Zangui redevint puissant'.
Discours de Mar Dionysius d'Amid, à A cette époque, un sujet de discus-
propos d'Edesse. — « Il se trouve quel- sien s'éleva dans notre Eglise, (à savoir :)
ques hommes brouillons, et empressés « Si les tentations viennent et si les
à expliquer les événements selon leur accidents et les malheurs arrivent par
opinion , qui disent ; « Pourquoi Édesse la volonté de Dieu ou non ? ». Cette opi-
a-t-elle été frappée de la verge décolère nion fut propagée à cette époque par le
assyrienne'" plus que tous les autres vénérable Mar Jean de Mardê, qui était
pays? Pourquoi s'est-elle assise, dans le considéré comme l'œil de tout l'Univers
1. BH : i»«bQ,^a^ vl'"»! « Arslâa-Toghmis, fils de Daoud, seigneur de Hesna de Ziad » (p. 308).
C'est la bonne leçon. — 2. HB : u»cui«o»|, P^t. — 3. Lire : '^ (ar. : ù^), — 4. ^^-mI. — 5. Lire :
^»iaM (vers. ar. : ,j»oû.^). — 6. Lire: spov^o (au lieu de vpovi»o, qui est aussi la leçon de la vers,
ar; ;ot«j^(5). — 7. Cf. Gesch. des Kon. Jerus., p. 236. — 8. Alp-Ârslan, fils de Mahmoud. — 9. Cl.
Gesck. der Chat., III, 289.
10. Cf. Is., X, 5.
III. 34
266
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
deuil, abandonnée ', plus que toutes les
villes ses voisines? » L'Ecriture leur ré-
pond^ : « Grandes sont les œuvres du
Seigneur, et très profonds sont ses
desseins; « toutes ses actions sont in-
compréhensibles ; à moins qu'il ne révèle
parfois ses mystères à ses serviteurs.
Cependant, comprenez qu'il ne prédis-
pose pas ' les accidents et les calamités
et qu'ils n'arrivent pas spontanément
selon l'opinion des païens, mais bien
par l'abandon du Seigneur. Car, quand
il est abandonné [632] par les créatures,
qui s'écartent de sa voie et de l'obser-
vation de ses lois, il retire sa main et
les ennemis prévalent : ils font des cap-
tifs et du butin. Cela n'arrive certes pas
toujours à cause des péchés; mais par-
fois les justes sont frappés pour l'aver-
tissement des impies; et parfois aussi,
ils reçoivent un avertissement, quand
celui qui connaît toute chose avant son
existence voit qu'ils veulent s'écarter de
la justice ; il les retient, comme un père
qui a pitié de ses enfants, pour qu'ils
ne s'écartent pas totalement de la vérité.
Une autre fois, c'est pour effrayer les
proches et les voisins' qu'il châtie les
familiers, afin d'exciter la terreur et la
vigilance des étrangers; car si les enfants,
certes, sont punis et réprimandés pour
de petites choses, quelle rétribution re-
cevront donc les révoltés et ceux qui
déclinent constamment vers le mal? et
quel est le châtiment qui ne les attein-
dra pas?
dans la demeure des Orthodoxes, et était
proclamé un rejeton de bénédiction con-
servé' au peuple des Orthodoxes, assidu
et appliqué à enseigner les divins mys-
tères. Mais comme il n'avait point été
instruit dès son enfance dans la doctrine
des Livres saints, bien que dans sa vieil-
lesse il fût assidu à leur lecture et qu'il
possédât les mystères du trésor divin *
qui y sont cachés, il lui sembla « qu'il ne
convient pas de dire ou de penser que
[632] les fléaux et tous les autres châti-
ments sont envoyés de Dieu ». Et, disait-
il, « une telle opinion est clairement en-
seignée dans les Livres saints ».
Il avait eu jadis une discussion avec
l'évêque Timotheus de Gargar et avec
le moine Abou Ghaleb : ceux-ci s'éle-
vaient avec raison contre son assertion,
mais ils ne purent établir une démons-
tration rigoureuse sur cet objet. La
discussion fut enterrée et cessa pour le
moment.
Mais peu de temps après, quand
Édesse fut frappée de ce cruel châti-
ment, presque tout le peuple des chré-
tiens murmurait et disait : « Pourquoi
Dieu laisse-t-il massacrer les prêtres
et les saints moines, violer les vierges,
etc.? » Alors Mar Jean commença à
écrire ouvertement : « Un décret n'est
point émané du Seigneur pour que les
Turcs régnassent à Édesse et à Telia
d'Arsanias, ni pour les autres calami-
tés qui firent irruption. » Il ajoutait :
« S'il se fût trouvé une armée de Francs
1. Cf. Thren., i, 1. — 2. Cf. Ps. xci (xcit), 5. — 3. «»; vers. ar. : .^U>Im a.3 uali. J. —
5 '^'il'. — 6. Lire : UoSs-; vers, ar, : »siï^HI »aoi^.
LIVRE XVI. GHAP. IV 267
« Mais, comme ce dessein de la pro- à Edesse, Zangui n'aurait pu s'en em-
vidence est très profond; comme il n'y a parer ». Et il fit un volume, c'est-à-dire
personne parmi nous pour connaître les un tome assez long, dans lequel étaient
choses profondes, ni pour dévoiler les réunies des paroles de l'Ecriture et des
choses secrètes, ni pour nous dire par démonstrations naturelles pour la con-
quel motif Edesse a été frappée et pour- firmation de cette opinion. Cependant,
quoi le glaive l'a dévastée sans pitié ; et il ne prenait pas les sentences des Livres
comme, en outre, nous nous proposons saints dans un sens correct, mais selon
de recueillir des Livres saints, dans un la propension de son esprit. Ainsi, ce
écrit, toutes les manières et toutes les que dit le Seigneur par le prophète':
causes par lesquelles des villes ont été « Je ne veux pas la mort du pécheur »,
détruites, nous nous abstiendrons pour était interprété par lui : « Le pécheur
le moment de traiter ici cette question. » ne meurt pas par suite de l'abandon (de
Le vénérable Dionysius écrivit ceci Dieu) »; et ainsi du reste,
à Mélitène, lorsqu'il était encore diacre.
Ensuite, il écrivit le livre sur la provi-
dence, et d'autres ouvrages. Il écrivit aussi deux traités, dans le mètre de Mar Jacques
(de Saroug), sur les deux [633] prises d'Édesse.
Basilius, métropolitain d'Édesse même, écrivit aussi trois traités sur Edesse, dans
le mètre de Mar Jacques. Il était présent aux deux moments, et écrivit longuement
et avec exactitude* sur cette ville. Que celui qui le désire lise ces cinq traités et
«'instruise. — Fin.
CHAPITRE [IV]. — De V époque a laquelle Zangui fut tué; autres événements qui
eurent lieu à cette époque.
En l'an 1457, les Francs se voyant grandement affaiblis, Bedawi, seigneur
d'Anlioche, alla trouver l'empereur des Grecs, Manuel, à Constantinople, et
lui demanda pardon de la faute qu'il avait commise vis-à-vis de son père ;
parce qu'il avait entendu dire que ce dernier, au moment de sa mort, avait com-
mandé à son fils de tirer vengeance des Francs. Ayant montré de l'humilité, il
fut honoré; on lui donna de l'or et d'autres présents considérables, et il fut
renvoyé à sa ville avec la promesse que l'empereur s'avancerait au secours des
■Chrétiens ^
Zangui vint à Edesse et y demeura quelque temps. Il encourageait les Syriens
1. &^'Cv>Û>— .
2. ÉzEGH., XXXlIt, 11.
3. Cf, Hist, du Bas-Emp., LXXXVII, § xi; Gesch. des Kôn. Jerus.,p. 231.
268
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
qui s'y trouvaient; de toute son âme, il était disposé à user de miséricorde
envers les Chrétiens qui s'y rassemblaient.
Quand il marcha sur Qala' Dja'bar, qui est sur la rive de l'Euphrate, le décret
du Très-Haut fut prononcé contre lui dans les jugements impénétrables. Un de
ses généraux complota contre lui ; il forma une conjuration avec deux eunuques,
[634] c'est-à-dire amputés, qui gardaient sa couche. Quand Zangui s'endormit,
enivré de vin, ceux-ci se jetèrent sur lui et le massacrèrent, le soir d'un
dimanche, le 15 d'éloul'. Et ainsi prirent fin ses exploits'.
11 régna pendant tout le temps de son sultanat sur Mossoul et autres lieux,
19 ans ; sur Édesse, un an et dix mois. De ceux qui le tuèrent, l'un se réfugia
à Qala' Dja'bar, et fut sauvé, et l'autre à Callinice, où il échappa pour le moment.
Ses troupes se dispersèrent. Les fils de Zangui prirent chacun une région. Mah-
moud, appelé Nour ed-Dîn, régna à Alep, et un autre, nommé Ghâzi Saif ed-Dîn,
domina à Mossoul.
Il y eut du trouble dans les contrées, et des pillards turcs firent des incursions
dans tous les pays de la dépendance de Zangui. Ils pillèrent sans pitié tout ce
qu'ils trouvèrent.
A cette époque, le couvent de Qartamîn fut pillé. Quatre moines y furenttués.
A cette époque, Qara-Arslan, seigneur de Hesna de Kêpha, envahit le four
Abdîn, qui autrefois était à son père', et dont Zangui s'était emparé. Maintenant,
après de nombreux massacres, il y établit sa domination.
A Mossoul, quelques hommes se révoltèrent et essayèrent d'y faire régner
ce fils du sultan qui y était emprisonné. Zain ed-Dîn se montra énergique; il
les vainquit, en tua plusieurs, remit en prison le fils du sultan et fit régner
Ghâzî Saif ed-Din, fils de Zangui '. — Fin.
Le jeudi 13 de kanoun (i°') ° de l'an
1456, dans le mois où Edesse fut prise,
le feu prit au monastère de Qarirait',
dans le pays de Karséna. II le consuma
tout entier avec tout ce qu'il y avait
dedans. Un moine âgé fut brûlé, les
autres échappèrent au feu.
Le même jour, un village ' brûla
également dans le pays de Mar'as; et
Quand le manifeste, c'est-à-dire le
volume, de l'évêque de Mardîn parut,
exposant qu'Edesse avait été détruite
absolument sans la volonté de Dieu,
Iwannis de Kaisoum et Bar Andréas
firent chacun un livre pour réfuter celui
de l'évêque de Mardîn. Quand le tome
de l'évêque de Mardîn fut apporté à
Mélitène, le prêtre Çeliba, surnommé
1. 15 sept. 1146. Cf. Gesch. der Chai., III, 290
Roka ed-Daulah. — 4. Gesch. der Chai,, loc. cit.
5. Le 13 déc. 1144 était un mercredi. — 6. BH : i^U;o; '^.i|;o,
(vers ar. : ',-lo).
2. Lire : ov3?o?, ou wto^oi. — 3. Daoud
7. Lire avec BH : \^ |^.;û
LIVRE XVI. CHAP. IV
269
de Qarîgah *, qui était instruit et célèbre
en son temps, fit aussi un livre.
S'il y a réellement dans le traité de
Mar Jean quelque sentence conforme à
l'enseignement des Pères estimés, il y
a aussi quelque chose d'inexact. II en est
de même des traités de ceux qui s'élevè-
rent contre lui. En effet, ce que dit l'é-
vêque de Mardîn : « que les épreuves
atteignent les justes absolument sans la
volonté de Dieu », enlève et détruit la
vertu de la providence toute puissante
de Dieu. D'autre part, ce que disent les
autres : « que les fléaux et les châti-
ments arrivent vraiment et [634] abso-
lument par la volonté de Dieu », fait
disparaître la sollicitude de cette même
providence h l'égard de l'Univers.
Donc, il faut comprendre qu'autre est
le mode de la volonté, autre le mode de
l'ordre, et autre le mode de la permis-
sion. Ceci exigerait un long traité, qui
serait confirmé par les témoignagnes des
saints Pères, et dans lequel on en mon-
trerait l'exactitude.
Mais, comme le but que nous nous
sommes proposé dans ce livre n'est pas de traiter ces choses, mais seulement de mon-
trer ce qui est arrivé à chaque époque ; et comme d'ailleurs cela ne convient pas,
de peur que le lecteur ne soit troublé quand l'esprit divague d'un sujet à un autre;
nous nous bornons à faire savoir à quiconque veut connaître l'exactitude sur cette
matière, qu'il peut lire le livre compilé des écrits autorisés par le vénérable (évoque)
Mar ° Dionysius d'Amid, qui est Jacques Bar Çalîbî. Dans ce livre, en effet, tous les
modes sont distingués clairement et très exactement, selon le sentiment véritable des
saints Docteurs.
un vendredi de ce même mois, le feu
prit au monastère de Mar Bar Çauma :
trois cellules brûlèrent, et le reste fut
sauvé.
Au commencement du mois de 'iyar',
apparut une étoile chevelue, c'est-à-
dire une comète. Elle apparaissait à la
11" heure de la nuit; sa queue était
tournée vers le sud. Après s'être mon-
trée de la sorte pendant sept jours, elle
réapparut à l'occident, au moment du
soir, pendant sept autres jours.
Et le 24 de 'iyar (mai), le jour de la
fête de l'Ascension, il y eut un violent
tremblement de terre.
A cette époque, le franc Baudoin',
[G34j seigneur de Kaisoum, commença à
rebâtir le mur de cette ville, en pierres
et en chaux ; car il était en briques et en
boue. Il fit peser fortement le joug sur
les chrétiens, au point qu'il en fit même
des esclaves. C'est pourquoi il n'en put
rebâtir que la moitié. Il fut tué', et la
construction cessa. — Fin.
1. Mai 1145. — 2. Baudoin, comte de Mar'as et Kaisoum [Balduinus de Mares; Guill. de Ttk).
Cf. Hist. arm. des Crois., I, p. 161, n. 2. — 3. Il succomba au second siège d'Edesse. Cf. ci-
après, p. 271. Son oraison funèbre est imprimée dans les Hist. arm. des Crois., I, p. 20.? et suiv.
4. BH ; oit.^». — 5. Lire : «•!-».
270 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
CHAPITRE [V]. — De l'époque de la seconde dévastation d'Êdesse, et autres
événements.
En l'an 1458, les Francs, en apprenant que Zangui avait été tué, se réunirent
avec Josselin et avec Baudoin, seigneur de Kaisoum, et au mois de tésrîn i"
(oct.), ils montèrent contre Édesse. Pendant la nuit, des fantassins, à l'aide
d'échelles, escaladèrent deux tours, grâce à une entente avec quelques Armé-
niens [633] qui gardaient le mur. Les Turcs s'enfuirent dans la citadelle. Au
matin, la porte des Eaux* fut ouverte, et Josselin entra dans la ville. [Alors, les
Tiircs]^ envoyèrent des messagers à Alep et à Mossoul. Les Francs, qui étaient
entrés dans la ville le lundi 26 de tésrin (oct.)% délibérèrent pendant six jours
comment ils attaqueraient la citadelle. C'est pourquoi les Turcs s'assemblèrent
de tous côtés, (nombreux) comme la sauterelle.
En les voyant, les Francs tremblèrent et la peur s'empara d'eux ; car le secours
du Seigneur s'était éloigné d'eux. Aussi furent-ils abandonnés à un détestable
dessein. Ils rassemblèrent de force tous les habitants de la malheureuse ville
et les obligèrent à partir avec eux. Ils pensaient qu'ils pourraient échapper aux
mains des Turcs qui les entouraient, innombrables; et ils ne se demandèrent
pas comment ils pourraient résister aux Turcs dans la plaine, alors qu'ils
n'avaient pas la force de résister à l'intérieur des murs; mais, à l'exemple de
Pharaon, ils endurcirent leurs cœurs. Ils entraînèrent la population arrachée (à
ses maisons), sortirent à la deuxième heure de la nuit et mirent le feu aux mai-
sons. Le malheureux peuple, en voyant cela, se mit à se lamenter, et ils procla-
maient bienheureux ceux qui étaient morts la première fois* ; car ils voyaient le
feu mis par les Francs consumer leurs maisons et leurs biens, et le glaive des
Turcs tiré sur eux. Quand ils arrivèrent à la porte de la ville, des groupes
furent comprimés par les armées des Francs et là beaucoup de gens et de
bêtes de somme périrent, et augmentèrent le nombre des premiers étouffés\
Les Turcs descendirent de la citadelle sur ceux qui étaient restés dans les
églises ou en d'autres endroits, [636] soit à cause de la vieillesse, soit par suite
de quelque autre infirmité, et ils les torturaient sans pitié. Ceux qui avaient
échappé à la suffocation et à l'étouffé m ent% et étaient sortis avec les Francs furent
entourés par les Turcs qui faisaient pleuvoir sur eux une grêle de traits qui les
transperçaient cruellement.
1. Sic ms. et BH. — 2. Suppl. : Us^ol- ^j,«c« (vers. ar. : ySLIll M). — 3. Mêmes chiffres dans
la vers, ar. Le 26 oct. 1146 était un samedi; le 26 nov. était un mardi. Peut-être faut-il entendre
que les Francs entrèrent dans la ville le lundi (21 oct.), et que la sortie eut lieu le 26, « six jours
après l'entrée des Francs n. — 4. Dans le premier siège; cf, ci- dessus, chap. n, — 5, Cf. ci-des-
sus, p. 262. — 6. Lire : l*jciilo.
LIVRE XVI. CHAP. V 271
O nuage de colère, et jour sans miséricorde! dans lequel le fléau de la colère
violente redoubla sur les malheureux Édesséniens, O nuit de mort, matin
d'enfer, journée de perdition I qui se leva contre les citoyens de la ville
excellente. Hélas, mes frères ! qui pourrait raconter ou écouter sans larmes com-
ment la mère et l'enfant qu'elle portait dans ses bras étaient transpercés d'un
même trait, sans personne pour les soutenir ou arracher le trait! Et bientôt, en
cet état, le sabot des chevaux de ceux que les poursuivaient les broyait furieu-
sement! Toute la nuit ils avaient été transpercés par les traits, et au moment du
matin, qui était encore pour eux plus ténébreux, ils étaient frappés par les
glaives et les lances !
Après avoir lutté jusqu'à la sixième heure, ils marchaient dans une route de
sang. Alors les misérables cavaliers Francs, reconnaissant qu'ils ne pouvaient
pas sauver la population, se mirent à fuir. Tandis que les cavaliers s'enfuyaient
précipitamment et que les Turcs les poursuivaient, les fantassins songèrent à
monter dans une forteresse en ruineSj qui était proche. Le malheureux peuple
s'y dirigea avec eux. Et alors la terre frémit d'horreur à cause du massacre qui
eut lieu : comme la faux sur les épis ou comme le feu dans les copeaux, le glaive
s'empara des chrétiens. Les cadavres des prêtres, des diacres, des moines, des
nobles et des pauvres étaient abandonnés pêle-mêle. Mais, si leur mort fut
cruelle, ils n'eurent cependant point autant à souffrir que ceux qui restèrent
en vie; car quand ces derniers [637] tombèrent au milieu du "feu de la colère
des Turcs, ceux-ci les dépouillèrent de leurs vêtements et de leurs chaussures.
Ils les obligeaient à coups de bâton, hommes et femmes, nus et les mains liées
derrière le dos, de courir avec les chevaux : ces pervers perçaient le ventre
de quiconque défaillait et tombait à terre, et le laissaient mourir sur la route.
Ainsi, ils devenaient la pâture des bêtes sauvages, et alors ils expiraient, ou la
nourriture des oiseaux de proie, et alors ils étaient torturés. L'air fut empesté
de l'odeur des cadavres ; l'Assyrie fut remplie de captifs.
La plupart des cavaliers francs furent massacrés. On ne retrouva pas même
le cadavre de Baudoin, seigneur de Kaisoum'. L'inique Josselin se sauva à
Samosate. L'évêque Basilius» échappa aussi par la fuite. Celui des Arméniens
fut pris avec beaucoup de gens. Quelques-uns des Francs arrivèrent avec
les piétons dans la forteresse en ruines, qu'on appelait Kaukeba, et engagèrent
la lutte, pour sauver leur vie, contre les Turcs qui venaient sur eux.
Comme le soir approchait, les Turcs retournèrent pour se livrer au pillage .
La plaine était remplie de butin, de l'or et des objets accumulés depuis de nom -
breuses générations dans cette malheureuse ville. Leurs possesseurs étaient
partis en les emportant; mais sous l'empire du glaive tout avait été abandonné.
1. Cf. ci-dessus, p. 269, n. 2. — 2. Évêque des Syriens.
272
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Quand les Turcs retournèrent, ceux qui étaient dans la forteresse en ruines
sortirent, dès le soir, et se sauvèrent pendant la nuit à Samosate.
On évalue à environ 30 mille le nombre de ceux qui furent tués, tant la première
fois que cette seconde fois; à 16 mille, le nombre de ceux qui furent réduits en
esclavage, et à un millier d'hommes ceux qui se sauvèrent. Aucune femme ni
aucun enfant n'échappa : ou ils périrent dans le massacre, ou ils furent emmenés
captifs en divers pays'.
Edesse demeura déserte : vision d'épouvante, enveloppée d'un vêtement
noir, ivre de sang, infectée par les cadavres mêmes' de ses fils et de ses filles!
Les vampires' et les autres bêtès sauvages couraient et entraient dans la ville
pour se repaître pendant la nuit de la chair des hommes massacrés, et elle
devint la demeure des chacals; car personne n'y entrait excepté ceux qui fouil-
laient pour découvrir ses trésors. Les gens de Harran et le reste de ses ennemis
fouillaient les églises et les maisons des notables, en disant* : « Bravo ! Bravo !
Notre œil l'a contemplée ! ». — Fin.
Paroles d'exhortation, qu'écrivit le vé-
nérable Dionysius d' Amid à propos delà
ruine d'Edesse. — La ruine, la consom-
mation s'est élevée sur elle. Elle ne com-
mença point par le fait des étrangers ' ;
mais la cause en est imputable aux chré-
tiens. « De qui, demandent les curieux,
[63S] la calamité tire-t-elle son origine?
quelles en sont les causes ? » Si on dit que
le Seigneur l'a fait tomber sur eux : com-
ment est-il possible que celui qui ne sou-
haite pas la perte de sa créature amène
des ennemis pour faire des captifs, mas-
sacrer, souiller les vierges, etc. ? Si on dit
que les ennemis ont prévalu sans la per-
mission et l'aide du Seigneur, qui s'étend
à tout : c'est là encore un blasphème,
car le Seigneur n'abandonne pas, et ses
mains ne se relâchent pas; mais, quand
Commémoraison du moine Rabban
Thomas et de l'évêque 'Abda. — Nous
plaçons au milieu de la série des pon-
tifes de l'Eglise l'histoire du moine Rab-
banThomaset de son maître, le bienheu-
reux évèque qui vivait à cette époque
dans la montagne de Zabar ; [633] et
nous faisons savoir que ce Rabban Tho-
mas était de la forteresse appelée Sam-
rîn, dans le pays de Sawad, qui est aux
environs de Mélitène. A l'époque du
turc Bouzan, quand la famine s'ag-
grava, le jeune Thomas sortit et vint au
couvent de Zabar, trouver un moine qui
était son oncle maternel. En voyant la
sainte vie du monachisme», il quitta (le
monde) pour la pratiquer, et il oublia ses
parents et sa famille.
Il y avait là, à cette époque, des
1. Cf. Gesch. des Kôn. Jerus., p, 237. — 2. Vers. ar. : lovJ.a f-'^^^. Le texte primitif avait peut-
être ^wi « purulents » au lieu de ^oi. — 3. asipiivs;. — 4. Cf. Ps, xxxlv, 21.
5. C.-à-d. « des païens ».
6. Lire : |i.a4;m.
LIVRE XVII. CHAP. V
273
nous avons d'abord abandonné nous-
mêmes ses voies, alors il permet que
nous soyons vaincus par les ennemis
ou cachés ou apparents. Et cela pour
la correction. Il convient donc de con-
naître le fléau, et aussi sa cause, pour
ensuite formuler une opinion. Qu'il soit
aussi bien fixé dans notre entendement
que nous sommes nous-mêmes la cause
de nos biens et de nos maux. Si nous
voulons le bien et si nous donnons lieu
à son existence, Dieu nous aide et nous
tend la main pour son accomplissement ;
si, au contraire, nous déclinons vers le
mal, par notre liberté et notre libre
arbitre, Satan nous entraîne à l'ac-
complir, et le Seigneur, à cause de no-
tre aberration, laisse les épreuves nous
frapper, comme il arriva aux habitants
d'Edesse, dont la fin fut pire que le com-
mencement'. Car une horrible calamité
les atteignit pour la seconde fois, et un
fléau dont la langue ne peut définir
l'amertume.
Mais ne croyez pas^ ô hommes, que
ces choses et les choses semblables ont
été amenées par [636] le péché de ce
seul peuple, mais bien par la multitude
des péchés commis en tous lieux et en
tous pays. Et pour démontrer cela à
ceux qui ne sont pas persuadés de la
disposition des jugements du Créateur',
prenons comme exemple la souche' qui
seule a péché et dont toute la race a
subi le châtiment, et les fils d'Héli, dont
les péchés furent cause de la destruc-
tion de tout Israël*. Car, si le châti-
hommes vertueux : l'un d'eux était le
vénérable Mar Iwannis, évêque de Kar-
séna, qui est 'Abda. Ce vieillard était
vertueux, et, depuis son enfance, il uvait
grandi dans la pratique des bonnes
œuvres. Il avait fait son noviciat et
s'était instruit près d'hommes divins ; et
il progressa dans la vie laborieuse du
monachisme jusqu'à sa vieillesse.
Ayant été élevé à la dignité épisco-
pale, malgré sa grande résistance et
répugnance spirituelle, par les mains
du patriarche Mar Jean bar 'Abdoun, au
bout de quelque temps, avec grande ins-
tance et larmes, il remit spontanément
le diocèse au patriarche, qui ordonna un
autre évêque, et il retourna au calme du
monachisme.
Ayant vu le jeune Thomas, et l'ayant
connu mieux par une vision intérieure,
il encourageait son dessein et lui inspi-
rait une sainte ferveur. Quand celui-ci
eut fait profession et eut plié ^ son cou
sous le joug saint du monachisme, il se
sépara même de la communauté et se
fit une cellule un peu plus loin. Le saint
évêque le visitait assidûment et lui en-
seignait les psaumes et les pratiques de
la vie monastique^.
Alors, il commença à être attaqué par
[636] les diables; et le vénérable
(évêque) le fortifiait dans cette lutte
contre les démons. Et lui, comme une
bonne terre qui reçoit une bonne
semence, donnait en double des fruits,
c'est-à-dire des œuvres agréables à
Dieu. Il servit admirablement le véné-
1. Cf. Luc, XI, 26. — 2. Lire; Uoi^-. — 3. Adam, — 4. Cf. I Beg., iv.
5. Lire : oijo» v^f?o (vers. ar.). — 6. Ainsi d'après la vers. ar. ; oiJâoi;^ >x.tj.o }.jo)p(^ >ovà^o,
III 35
274
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
ment de ceux qui étaient jeunes et peu
nombreux fut étendu à tout le peuple,
à combien plus forte raison, à cette
époque mauvaise, où chacun s'est écarté
de la justice et s'est plongé dans l'ini-
quité, s'est éloigné de la sainteté et
s'est adonné à l'impiété, ne convenait-
il pas que, pour les péchés de tous, qui
se sont multipliés plus que les cheveux
de la tête, un petit nombre d'hommes
et divers lieux fussent châtiés ?
Mais, mes frères, craignons et trem-
blons ; éloignons de nous la débauche et
les liens coupables. Connaissons-nous
nous-mêmes; ne nous recherchons pas
nous-mêmes; de peur qu'étant tombés
sur le dos et ayant roulé dans la fange
des actions honteuses la colère qu'on ne
peut fuir ne nous atteigne.
Et ceci suffit pour le moment. — Fin.
rable (évêque) dans sa vieillesse, jusqu'à
ce qu'il rendît le dernier soupir et partît
pour la vie sans fin.
Rabban Thomas, persévéra en ce lieu
pendant 64 ans. Pendant lété, il mon-
tait au sommet de la montagne, et y
cultivait de ses mains des vignes, c'est-à-
dire quelques ceps, et faisait sécher les
raisins au soleil. De ceux-ci, il tirait un
double profit spirituel : premièrement,
parce qu'il n'y goûtait jamais, et par
cette constance son abstinence était
accrue; secondement, parce qu'il les
échangeait pour du blé et se procurait
ainsi les choses nécessaires à sa subsis-
tance corporelle, de manière à n'être à
charge à personne. Pendant l'hiver, il
se faisait une retraite cachée au bas de
la montagne.
Ce bienheureux parvint à un degré
sublime. Dieu donnait du soulagement
aux infirmes qui s'assemblaient avec foi
autour de lui, et il faisait de véritables révélations; ainsi que moi, faible Michel, je l'ai
appris de deux vénérables (évêques); l'un est Mar Athanasius, métropolitain d'Ana-
zarbus, mon oncle paternel, et l'autre Mar Iwannis de Kaisoum. Tous les deux attes-
taient que quand Zangui vint assiéger Edesse, avant qu'il n'ait pris la ville, Rabban
Thomas dit : «Dieu a livré Edesse aux mains des Turcs.» Les évêques lui dirent : « O
Rabban, [637] aie pitié de nous; rie dis pas cela! » 11 reprit : « Oui! Oui! vénérables,
Dieu a vraiment déjà livré Edesse, et un immense peuple de chrétiens y est massacré. »
Après la première prise de la ville, j'ai entendu moi-même, de la bouche de mon
vénérable oncle qui parlait à l'assemblée (des fidèles), que Rabban Thomas avait dit :
« Dans deux ans Edesse boira un calice plus amer que le premier ; le couvent de Mar
Bar Çauma sera pillé, ainsi que les monastères de Zabar. » Ceux qui étaient présents
répondirent au vénérable évêque : « Que restera-t-il donc à Edesse? » L'évêque
répondit : « Je n'en sais rien; Rabban Thomas a parlé ainsi ». J'ai entendu toutes ces
choses de la bouche de ce vénérable évêque avant l'événement, et après leur accom-
plissement j'ai eu la conviction, comme beaucoup d'autres, que toutes les visions de
Rabban Thomas et les guérisons opérées par lui venaient de Dieu.
Quand les Turcs envahirent le [couvent]' de Zabar, ce vieillard fut couronné par le
1. Lacune d'un mot; suppl. : Pu |pooî\ (vers. ar. : p|| t»^).
LIVRE XVII. CHAP. VI 275
glaive, le mercredi 27 de tésrîn ii (nov.), en la fête de Mar Jacques', en l'année 1458.
— Que sa mémoire soit en bénédiction et que sa prière nous accompagne. Ainsi
soit-il. Amen.
CHAPITRE [VI]. — De Cépoque a laquelle un peuple nombreux s ébranla et
sortit de VOccident, à la suite des nouvelles déplorables d'Edesse. Du culte
démoniaque qui prit naissance à cette époque chez les Grecs; et autres événe-
ments qui survinrent dans l'Eglise.
En l'an 1458, 'Timourtas, seigneur de Mardîn, marcha contre Dara et s'en em-
para. Alors, le seigneur de Mossoul, Ghazi, fils de Zangui, monta piller tout le
pays de Mardîn. Ensuite les doux partis se disposèrent [638] à livrer bataille et
convinrent que la ville serait au vainqueur. Alors quelques-uns de leurs juges
s'interposèrent entre eux. Le seigneur de Mossoul renvoya les captifs et prit la
villes
Dès lors les Turcs devinrent plus puissants, et de tous côtés ils envahissaient
les pays des Francs.
Kilidj-Arçlan% fils du sultan Mas'oud, vint du pays de Djihan et pilla Mar'as;
les Turcs passèrent dans le pays de Kaisoum, et Raynald' s'avança à leur ren-
contre : il occupait Kaisoum depuis la mort de son frère Baudoin.
A cette époque, l'empereur des Grecs, Manuel, s'avança contre le sultan
Mas'oud. Le sultan réunit les émirs turcs et les troupes de Bagdad, du Kho-
rasan et des autres pays. Comme les deux camps étaient sur le point d'engager
le combat, tout à coup le bruit (de la venue) des Francs excita la crainte dans
les deux partis; ils firent la paix, l'empereur des Grecs retourna garder son
pays et le sultan le sien^
Narration. — Quand les rois d'Italie apprirent la chose lamentable arrivée à
Édesse, des peuples innombrables, deux grands rois et de nombreux comtes
s'ébranlèrent et partirent; le roi d'Alamane' [avec]' neuf cent mille hommes et
celui de Phranzis' avec 5 mille', et d'autres peuples de différentes langues.
L'empereur des Grecs craignit qu'après avoir passé la mer et établi leur
règne, ils ne laissassent pas l'empire aux Grecs; et il agit de concert avec les
Turcs. Il les retarda [639] par diverses machinations pendant deux ans'".
1. S. Jacques l'Inlercis.
2. CLHist. ar. des Crois., II, ir, 163. — 3. Ms. : Migaclan; cf. p. 185, o. 10. — 4. Lire : »^j (au lieu
<3e ».^» : ms. et vers, ar.). Cf. Gesck. des Kôn. Jerus., p. 260. — 5. Cf. Hist . du Bas-Emp.,
LXXXVII, § XIX. — 6. Conrad III. — 7. Suppl. : XK (ar. 'w^). — 8. Louis VII. — 9. Mêmes
•chiffres dans la vers. ar. ; Barhébr. [Chr. syr., p. 312) dit 90.000 et 50,000; ce sont les chiffres indi-
qués par les historiens byzantins. — 10. Cf. Hist, du Bas-Emp,, LXXXYII, § xxvii et suiv.
276 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
En l'an 1459, ils attaquèrent Constantinople pour la détruire. Alors, l'empe-
reur des Grecs leur donna de l'or, et leur jura par la croix et les saints mystères
de les guider sans fourberie. Ils crurent à sa parole et firent la paix avec lui. 11
les trompa. Il envoya à leur tête des guides perfides qui les conduisirent dans
des montagnes très difficiles à parcourir; après avoir marché cinq jours sans
trouver d'eau, leurs guides fourbes s'enfuirent et les abandonnèrent dans la
détresse '. Des myriades d'entre eux périrent de soif et de faim. Ayant compris
la fourberie dont ils étaient victimes, ils retournèrent en grande colère contre
les Grecs.
Les Turcs, les voyant dispersés, les massacraient de toutes parts : les Turcs
étaient fatigués à cause des myriades de Francs qu'ils avaient massacrés, quand
ils les rencontraient par groupes, errant pour trouver de la nourriture. Les
pays des Turcs furent remplis des dépouilles' des Francs et d'argent, au point
que la valeur de l'argent, à Mélitène, était comme la valeur du plomb. Leurs
dépouilles parvinrent jusqu'en Perse.
Quanta ceux qui revinrent jusqu'au rivage de la mer, les Grecs mélangèrent
de la chaux dans la farine qu'ils leur vendaient, et quand ils en avaient mangé,
ils tombaient par monceaux et mouraient.
C'est un sujet d'étonnement et de narration pour les générations à venir qu'un
grand peuple, innombrable, ait péri, sans bataille ni combat, par l'astuce des
scélérats. Ils enlevèrent seulement une forteresse aux Grecs, tandis qu'ils
retournaient dans leur colère, et tuèrent tout ce qui s'y trouvait.
Le roi de Rome mourut de maladie. Le roi d'Alamane et trois comtes arri-
vèrent à Jérusalem. Là encore, ils [furent victimes] = de la perfidie. Ils firent
alliance avec le roi des Francs de Jérusalem* et, d'accord avec lui, ils assiégèrent
Damas'. Les habitants de Damas envoyèrent en secret trouver le roi de Jérusa-
lem et lui dirent : « Ne t'imagine pas que quand ce grand roi régnera dans
cette ville, il te laissera à Jérusalem. Nous valons mieux pour toi que ceux-ci.
Accepte de nous de l'or, et renvoie ceux-ci au-delà de la mer, afin de conserver
ton royaume. » Ils lui promirent 200 mille dinars, et au seigneur de Tlbériade '^
cent mille. Quand ils eurent reçu l'or et furent revenus à Jérusalem, l'or fut
examiné et on trouva qu'il n'y avait à l'intérieur que du cuivre. Ils furent dans
la confusion. Le roi d'Alamâne, en voyant l'astuce des Grecs et des Francs,
retourna dans son pays, profondément affligé'.
Telle fut la fin de ceux qui étaient partis pour tirer vengeance, sans l'ordre
de Dieu. — Fin.
1. Lire : li.o-«oi= (vers. ar. : wolûi».|.s). — 2. Ms. et vers. ar. ; « des vêtements »; BH ; Up ^.
— 3. Lacune d'un mot dans le ms. ; vers. ar. : ^j»»«. — 't. Baudoin III. — 5. Cf. Gesch. des Kôn:
Jerus , p. 251 et suiv. — 6. Eliuand. — 7. 11 s'embarqua à S. Jean d'Acre le 8 sept. 1148.
LIVRE XVII. GHAP. VI
277
Le 25 de kanoun ii (janv.), apparut
de nouveau une étoile chevelue au
milieu du ciel, en face de l'Occident ; elle
resta un mois entier.
Le 15 de sebat (févr.), en apparut une
autre [638] du côté de l'Orient, de
grand matin, pendant cinq jours.
Il y eut une disette de pluie, au point
que la plupart des sources tarirent.
La même année, à Constanlinople,
une servante mit au monde un enfant
qui avait les yeux, la bouche, des mo-
laires et une queue dans le derrière' : ce
qui paraît le renversement de l'ordre
naturel.
A propos de V hérésie. — La même
année, à Constantinople, prit naissance
une hérésie très pernicieuse, celle qu'ils
appellent Pogolimos ^ Beaucoup de
moines, le peuple, et même leur patriar-
che furent reconnus comme y étant
adonnés. Ce dernier ayant avoué', un
autre fut établi, mais on trouva qu'il
était semblable.
Ils pensent que le Christ n'est qu'un
homme ordinaire ; ils disent que tout le
soin de la conservation de ce monde
est entre les mains des démons, qui,
certes, leur montrent des fantômes et,
en leur prometlanl les richesses et le
pouvoir, les détournent d'adorer la
croix. Ce que dit l'Apôtre divin * s'est
accompli sur les Chalcédoniens : « Pen-
Après la ruine totale d'Édesse, quand
son métropolitain Basilius arriva en
fuyant jusqu'à Samosate, quelques
Edesséniens accusèrent ce vieillard
auprès de [038] Josselin, en disant :
« Celui-ci secomplaisait avec les Turcs,
et s'il échappe de tes mains, il revien-
dra près d'eux. Il faut donc qu'il meure,
de peur que, par ses flatteries, il ne ra-
mène de nouveau' près des Turcs ceux
qui ont survécu. » C'est pourquoi Jos-
selin le fit saisir et l'enferma à Qala'
Romaita avec les prisonniers arabes. Il y
resta trois ans et y écrivit ses traités sur
cette affaire et sur les autres événements.
Il écrivit aussi contre ceux qui disent
que la bénédiction donnée par Notre-
Seigneur au roi Abgar fut inutile '.
Après être sorti de prison, il circu-
lait pour recueillir des aumônes pour
racheter ceux de sa nation qui étaient
retenus en prisoa par les Turcs. Il alla
h Antioche.et à Jérusalem. Il fut très
bien reçu par les rois et par le pa-
triarche des Francs. A son retour, il se
rendit h Mossoul et rencontra Zain ed-
Dîn, le prince lieutenant de Zangui, qui
était en même temps le précepteur du
fils de Zangui. Là aussi, il fut traité avec
honneur. On lui donna des secours' pour
sa subsistance.
Après avoir passé là quelque temps,
il monta trouver le patriarche Mar
1. De même dans l'arabe ; • oj»o iao)>»|o Xâo v^a 'otAOM u9. — 2. Transposition : Bovo[u'),oi. Sur
ces hérétiques, cf. Hisi, du Bas-Emp., LXXXV, § iv; et sur la déposition du patriarche Cosmas,
à laquelle il est fait ici allusion, voir op. cit., LXXXVII, § xvtit et Lir. — 3. Sic ms, ; mais il faut
probablement corriger u»E»»| « il fut chassé » (vers, ar, : ••âiS). — 4. Rom,, i, 22.
5. Lire ; ■»*»» ^. Comp. ci-dessus, p. 263. — 6. Allusion aux dernières paroles de la lettre à
Abgar; cf. R, Duval, Histoire d'Edesse, p. 91. — 7. àwAvac.
278 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
sant en eux-mêmes qu'ils sont des sages, Athanasius, qui était à cette époque à
ils sont devenus insensés ». En effet, Amid de Mésopotamie; il lui demanda
comme ils ont rejeté la vérité, se sont de lui donner l'autorité* sur le diocèse
rangés parmi les compagnons des Nés- de Sibabérek et du nord, qui autrefois
toriens, et ont mêlé la vérité à l'erreur dépendait du métropolitain d'Edesse.
pour séduire les simples, Dieu les a — Fin.
abandonnés et ils sont tombés dans leur
vanité. La ville de Constantin le Victo-
rieux, le destructeur des démons, est devenue l'adoratrice des démons, et l'erreur se
répandit à ce point qu'elle fit tomber leur chef dans la fosse ; et ainsi s'accomplit en
eux la parole du prophète Isaïe, qui dit' : « Depuis la plante des pieds jusqu'au cer-
veau, il n'y a en eux aucun endroit sain ».
CHAPITRE [Vllj. — Histoire d'Edesse. Chronique de Basilius, métropolitain de
cette ville.
Après le Déluge du temps de Noé, le roi Nemrod, qui était des fils de Cha-
naan, bâtit Ourhai'. Il l'appela* Our, c'est-à-dire « ville' », et comme les Chal-
déens y habitaient, il ajouta « hai », c'est-à-dire, « ville des Chaldéens »; de
même que Our-salem* signifie «ville de Salem ». Après avoir été longtemps
florissante, elle fut ensuite ruinée.
Jacques d'Edesse dit au sujet de sa destruction : Nous n'avons pas trouvé par
qui elle fut accomplie; on pense que, du temps de Sennachérib, qui monta
contre Jérusalem, elle fut ruinée et demeura déserte jusqu'à l'époque
d'Alexandre le bâtisseur. Ceux qui montèrent avec lui de Macédoine la rebâ-
tirent^ et la nommèrent «Edessa», c'est-à-dire « chérie», du nom de leur ville de
Macédoine. Et à cause de cela, on lui ajouta un nom de la langue de Macédoine ».
A cause de cela aussi, on y emploie l'ère qui commence à Seleucus Nicator;
parce qu'elle fut bâtie par les soins de celui-ci.
Trois cents ans plus tard, Abgar bar Ma'nou, qui crut dans le Christ, y régna.
Après Abgar et ses descendants, elle fut sous la dépendance des empereurs
1. Is,, t, 6.
2. aùSsvTÎa.
3. Nom sémitique d'Edesse. Cf. R. Duval, Hist. d'Edesse, p. 20 et suiv. — 4. w;oo, — 5. L'ar-
ménien a pris ts»;û dans le sens strict de « village ». Hist. arm. des Crois., 1, 340. — 6. Jérusa-
lem. — 7, oioU^. — 8. Tel paraît être le sens primitif. Ms, : Soudomaqédonos ; vers, ar. ;
limajjûMojOiio XSj»] lo»V jli. Dans l'abrégé "arm., Ilist. arm. des Crois., op. cit. : Sauria Mokedonav]
édit. de Jérus., 1871, p. 421 : Surtav Makedonios (et de même Langi.ois, p. 307). La leçon »o«o
« langue », doit être maintenue, semble-t-il, quelle que soit la construction qu'on adopte.
LIVRE XVII. CHAP. VII 279
romains, qui étaient encore païens et idolâtres. Elle demeura entre leurs mains
trois cents autres années. — En ces temps-là_, les illustres confesseurs Samouna,
Gouria, Habib % Cosmas et Damianus y furent couronnés ^
Quand l'empereur Constantinus régna, le christianisme [y] prospéra, et de
grands temples y furent construits^ Quand le païen Julianus' régna à son
tour, il ne put la soumettre, pas plus que l'hérétique Valens. Ensuite, la paix des
Chrétiens se propagea jusqu'à l'époque de l'hérétique Marcianus. La persécution
s'étant aggravée du temps de Justinus et de ses successeurs, le peuple des
Arabes fit invasion du temps de l'empereur Heraclius, et la ville fut au pouvoir
des rois arabes, depuis l'époque de 'Omar, fils de Khâttab, jusqu'à l'invasion des
Turcs, environ 400 ans^.
[640] Du temps des Arabes, son mur solide fut détruit; il avait été bâti du
temps de Seleucus, et Mar Ephrem l'a célébré. La cause de sa démolition fut la
suivante : Comme Mançour l'Avare* régnait, il se bâtit un palais à Raqah '. Il
envoya demander aux Edesséniens quelques petites colonnes de marbre parmi
celles qui étaient entassées' dans la grande église. Ils ne les lui donnèrent points
et il en fut irrité. Ils se révoltèrent contre lui, par crainte.
Il vint mettre le siège contre cette ville et ruina le temple de Mar Sergius,
Alors quelques hommes usèrent de ruse, sortirent le trouver en secret, et com-
plotèrent avec lui pour lui livrer la ville, s'il jurait de ne maltraiter personne.
II jura de ne point tuer, de ne point faire de captifs, de ne pas changer leur
condition, et de ne rien enlever de la ville, sinon un cheval blanc qu'il prendrait
et tuerait par manière de vengeance. Ils ne comprirent point quel était le sens
du mot « cheval », jusqu'au moment où il y entra pour en prendre possession .
Alors, il indiqua que par « cheval » il entendait le « mur ». Il renversa donc
cet admirable mur et n'en laissa subsister qu'une seule tour, celle par laquelle
les eaux sortent vers les moulins '.
Quarante ans plus tai'd '", du temps du roi Mâmoun, Abou-Seikh Djounadiya",
qui se révolta contre le roi Mâmoun, le rebâtit.
1. Sur les martyrs Samouna, Gouria et Habîb, cf. R. Duval, Hist. d'Edesse, p. 132, et Littéra-
ture syriaque, 3' éd., p. 113 et suiv, — 2. Cosmas et Damianus furent martyrisés en Cilicie (cf.
Act. Sanct., 27 sept.). Une église leur était dédiée à Edesse. — 3. Cf. Duval, Hist. d'Édesse, p. 16-
17. — 4. Lire : <*aoi^aj ; la vers. ar. porte comme notre ms, 'iifl ni . v\ i. — 5. Sic vers. ar. ; lire 1. au
lieu de i; cf. p. 181, n. 3; cette confusion vient sans doute de ce que les chiffres étaient primi-
tivement écrits en caractères dits estranghelo. — 6. Dawanaqî. Le khalife Abou-Dja'far, surnommé
^îl.j jjl. — 7. Au lieu de Raqah, il faudrait peut-être lire Rafiqah; cf. tome II, p. 526. — 8. Ainsi
d'après l'ar. : 1-pi-K »\^'y ^ ; un mot (U*^?) a été omis par le copiste. — 9. I,a leçon du ms, :
Uoik;^ ne semble pas correcte ; nous lisons avec la vers. ar. : Uo-A (e*»l"^ w^>ol]. — 10. En 814;
cf. ci-dessus, p. 27. — 11. Vers. ar. : '<t>o>^ y^^ûs).
280 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Après un certain temps', les Grecs y régnèrent de nouveau, grâce à un
homme nommé Salmân% qui usa de fourberie envers l'émir' et livra la citadelle
supérieure, dont il avait été établi le gardien, à un Grec nommé Maniag'. Alors,
les Taiyayê qui s'y trouvaient ayant pris leurs enfants pour s'enfuir, les Chrétiens
prirent aussi leurs enfants pour fuir avec les faiyayé, parce qu'ils étaient habi-
tués aux Arabes, dans la langue et l'écriture, et avaient horreur des Grecs, à
cause de leur hérésie et de leur méchanceté. Les Chrétiens sortirent donc avec
les faiyayé, et quand la ville fut évacuée, un faiyaya mit le feu et incendia les
maisons et les églises, et la ville resta déserte entre les mains des Grecs. Un
petit nombre de gens du peuple y revint; les autres se dispersèrent jusqu'à Ta-
grit.
Peu de temps après, il s'y trouva un pieux gouverneur, de l'empire des Grecs,
nommé Abou Kak'ab °. 11 envoya trouver le patriarche Mar Dionysius qui
ordonna, comme métropolitain d'Edesse, Athanasius, qui est Josué, archiman-
drite du couvent deMar Abhai de Sebélata^ De son' temps, la ville devint floris-
sante, car le gouverneur écoutait très volontiers l'évèque, et celui-ci y rassem-
bla et y fit venir de tous les côtés des habitants. Le vénérable évêque s'en alla
en Arménie, aux sources de l'Euphrate; il en ramena des bois et bâtit deux
églises très belles: celle de la Mère de Dieu et celle deMar Theodoros.
Ensuite Philartus régna sur la ville': Les Turcs devinrent puissants à cette
époque et ce Philartus s'en alla trouver le sultan du Khorasan, où il se fit
musulman. En apprenant que Philartus s'était fait musulman chez le sultan du
Khorasan, les Edesséniens tuèrent son préfet nommé Pargimas '.
Après celui-ci régna dans cette ville Bouzan'".
Quand celui-ci eut été tué par Toutous", Theodoros bar Hétom", curopalate,
l'occupa pendant deux ans, du temps du métropolitain Athanasius bar Isai",
Au moment de l'invasion des Francs, [Theodoros] bar Hétom, voyant qu'il ne
pouvait la conserver, la livra aux Francs, et les Francs y régnèrent :
1. En 1031. — 2. SaXafiâvri; (Cedren., A. M, 6540;, Ibn 'Otaïr. Cf. ci-dessus, p. 147. — 3. Naçr
ed-Daulah, fils de Marwan. — 4. MavtâxY);.
5. SeloQ Cedrenus (A. M. fi543) le successeur de Maniacès fut Léon Lependrenus; mais selon
Matthieu d'Edesse (trad., p. 51) ce fut « Aboukab, garde de la tente de David le Curopalate » ;
peut-être à un titre différent. — 6. Cf. ci-dessus, p. 148. — 1 . Suppléer \ivi (vers. ar. : hw >îH.s).
— 8. En 1083. Cf. ci-dessus, p. 173. — 9. Vers, ar, : leofiaKolS. Probablement un nom arménien
défiguré. Matth. d'Edesse (trad., p. 195) appelle ce personnage « l'Accubiteur », sans donner son
nom. Il lut massacré en 1087. On remarquera la ressemblance entre le nom donné ici et le surnom
de Philartus Bpa;(â|ji,ioî, c.-à-d. originaire de Varadjounik'. — 10. Général de Malik-sah. Cf. Matth.
d'Edesse, trad., p. 198. — 11. En 1094. Cf. ci- dessus, p. 183, n. 14. — 12. Cf. ci-dessus, p. 179.
— 13. Ordonné par Basile II (1074-1077). Vers, ar, : wia* $| >J;^m^.
LIVRE XVII. GHAP. VIII 281
Premièrement, le comte Baudoin, celui-là même qui tua Bar Hétom'. Quand
Godefroy, roi de Jérusalem, qui était son frère, mourut, Baudoin monta à
Jérusalem et devint roi à la place de son frère'.
Alors régna à Edesse Baudoin II, neveu' du premier.
Quand celui qui était devenu roi de Jérusalem mourut, il légua le royaume à
son neveu Baudoin H. Alors ils donnèrent Edesse au valeureux Josselin*.
Après la mort de ce dernier^ son fils Josselin II régna à Edesse, qui fut prise
de son temps par Zangui ^
Après le meurtre de Zangui, elle fut totalement ruinée en l'an 1458 '. — Fin.
CHAPITRE [VIII]. — De l'époque à laquelle VArméiiien Thoros régna en
Cilicie. Des divers événements survenus à cette époque dans le monde et dans
l'Eglise de Dieu.
Quand l'Arménien Léon eut été pris par Jean, empereur des Grecs, qui le fit
conduire à Constantinople, comme l'a déjà exposé [641 J notre discours ', le pays
de Cilicie demeura en partie aux Grecs, en partie aux mains des Turcs. Ensuite
mourut l'empereur Jean', et Léon mourut'" aussi à Constantinople". Un des fils
de Léon, nommé Thoros '% s'échappa et partit".
Gomme il ne possédait rien, il arriva à pied et en secret chez Mar Athana-
sius, métropolitain de l'endroit'*; car il avait confiance en ce vieillard, depuis
l'époque de son père. Et pour cela, il lui demanda de prier le Seigneur que le
pays de son père revînt à lui. Le saint évêque lui fit en pleurant des présents, et
lui donna le prix d'un cheval. Quand il posséda une monture, douze hommes
se joignirent à lui, et ils se rendirent à une forteresse nommée 'Amouda. Les
habitants, en apprenant que le fils de leur seigneur était arrivé, se saisirent des
Grecs qui s'y trouvaient et livrèrent la forteresse à Thoros. Et quand cela fut
divulgué, la crainte s'empara des Grecs et des Turcs. Il régna bientôt sur
beaucoup d'endroits, et un peuple nombreux d'Arméniens et de Francs se réunit
auprès de lui.
Thoros étant venu à Ra'ban, chez le Franc Simon", seigneur de l'endroit,
1. En 1098; cf. p. 187. —2.25 déc. 1100. Cf. p. 185, —3. Fils delà sœur. — 4. 1118, Cf. p. 196.
— 5. En 1131 ; cf. p. 232. — 6. 28 nov. 1144; cf. ci-dessus, chap, ir. — 7. Cf. ci-dessus, chap. v.
8. Cf. ci-dessus, p. 245. — 9. 8 avril 1143.— 10. En 1139.— 11. Lire: ... ^gj^'^'^ûa. — 12. Tho-
ros II, cinquième prince de la dynastie roupénienne (TepôtÎYH, TopoOcrï];). — 13. En 590 de l'ère
arménienne, selon Sempad (1141-42). — 14. Selon les .luteurs arméniens et Barhébreus, il s'agit
d'un métropolitain syrien (Athanase d'Anazarbus). — 15. Probablement celui dont Dulaurier {Hist.
armén., I, p. 155, n. 2) fait arbitrairement un Maronite.
111. 36
282 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
dont il devait prendre la fille, il arriva qu'en ce jour-là, les Turcs envahirent le
pays pour le piller. Thoros fondit sur eux et en massacra environ trois mille;
il délivra ceux qu'ils avaient faits captifs et sauva tout le pays. C'est pourquoi
il brilla et grandit ; et quand il retourna en Cilicie, les Grecs et les Turcs aban-
donnèrent les villes et les châteaux-forts, et s'enfuirent devant lui. il régna
sur Anazarbus et les autres villes de la Cilicie.
L'année où régna Thoros', qui est l'année 1459, la région d'Antioche fut
dévastée par Nour ed-Dîn, fils de Zangui. Josselin qui conservait de la rancune
contre Bedawi, seigneur d'Antioche, parce qu'il n'était pas' allé à son secours
à Edesse, éprouvait du contentement de la ruine de son pays. Quand Nour ed-
Dîn, seigneur d'Alep, apprit cela, il s'en réjouit. Il envoya des messagers, fit la
paix et traita avec Josselin. Ils se rencontrèrent l'un et l'autre dans la plaine'
entre Alep et 'Azaz. Ils firent des serments et confirmèrent leurs traités. Les
Francs se mêlèrent, mangèrent, burent et se réjouirent avec les Turcs, et ce fut
pour leur ruine.
En cette même année, le roi de l'île de Sicile' s'irrita contre l'empereur des
Grecs parce que celui-ci avait astucieusement fait périr les Francs, et, comme
pour venger les gens de son peuple, il attaqua la ville de Thèbes; il massacra les
Grecs et détruisit' la ville \ Il prit aussi Andrinople et Philippopolis. Manuel,
empereur des Grecs, s'avança pour tirer vengeance des Romains. Tandis qu'il
assiégeait une certaine forteresse', le roi de Sicile envoya de nombreuses troupes
par mer, sur des navires : elles commirent beaucoup de brigandages et de
méfaits chez les Grecs, et elles parvinrent jusqu'à Constantinople'. Elles appro-
chèrent tellement que leurs traits pénétraient dans le palais bâti sur le rivage
de la mer. A cette nouvelle, l'empereur des Grecs abandonna la forteresse et
revint. Grecs et Francs se rencontrèrent, et un grand combat naval fut livré. Il
y eut des morts des deux côtés; à la fin, les Francs retournèrent dans leur
pays, et les Grecs avec leur empereur revinrent à Gonstantinople. — Fin.
En l'an 1459, il y eut partout disette En l'an 1459, le patriarche Mar Atha
de pluie, et les eaux firent aussi défaut nasius allait de nouveau à Aiiiid, et s'y
dans les sources. Les hommes furent fixait ; et de nouveau, Jean de Mabboug,
dans une grande angoisse; beaucoup [641] qui est Bar Andréas, changea de
d'endroits [641] devinrent déserts elpri- diocèse, illégitimement et sans motif,
vés d'habitants, surtout les endroits qui Une première fois, pendant que le
manquent de rivières et de fontaines. patriarche était h Tell Baser et que le
L'année suivante, il y eut de nouveau synode des évêques était réuni. Bar An-
1. Cf. p. 281, u, 13.— 2. Lire : \l\ «^ — 3. Lire : I^»û3. — 4. Roger. — 5. «;*».. — 6. Cf.
Hist. du Bas'Emp., LXXXVII § xxxvi. — 7. Corfou. — 8. Cf. op. cit., § xliv.
LIVRE XVII. GHAP. IX
283
dreas avait eu des contestations avec
Timotheus, évêque de Karséna. Après
de longues discussions, il permuta avec
lui; Bar Andréas passa à Karséna, et
l'autre vint h Tell Baser.
Quand le patriarche s'en alla à Amid
et se fut éloigné, Bar Andréas, selon sa
coutume, eut des difficultés avec le gou-
verneur de l'endroit, qui s'appelait Phi-
lartus. Ce gouverneur était Arménien
d'origine, Franc par sa manière d'agir,
Grec par son sentiment hérétique. C'est
pourquoi Bar Andréas abandonna aussi
le diocèse de Kar.séna et s'en alla à Pesqîn (au couvent) des moines, situé sur le rivage
de l'Euphrate, pour y vivre en paix. Or, l'évêque de Karséna revint à son église. — Fin.
un manque absolu de pluie, jusqu'à la
moitié de kanoun i^f (déc.) ; les (mois de)
tesrîn (oct.-nov.) furent comme le temps
de l'été; les hommes, les animaux do-
mestiques, les bètes sauvages, et même
les oiseaux, étaient dans un grand tour-
ment par la soif. Ensuite le Seigneur
usa de miséricorde, la pluie vint, la terre
fut rassasiée et arrosée, et il y eut un
hiver doux et agréable comme le prin-
temps. — Fin.
CHAPITRE [IX]. — De la dévastation queut à subir le couvent de notre
seigneur Mar Bar Çauma., en Van 1459, par le fait de Josselin.
[642] Josselin entra dans le couvent le
samedi 18 de haziran (juin), de l'année
1459; il en fit sortir les moines le
lundi 20 du même mois, et le mardi ils
arrivèrent à Hesn Marçour. Le fait fut
divulgué et tout le peuple fut dans la
stupeur et l'épouvante. Deux (de ses
compagnons) lui dirent : (( Ne laissons
pas le couvent sans moines, de peur que
les Turcs n'y entrent ». C'est pourquoi
il décréta que les moines lui donneraient
dix mille dinars, et qu'ensuite il leur
rendrait leur couvent. Quelques-uns
s'en allèrent et apportèrent la châsse,
qui contenait la main droite du saint, et
aussi les trésors' des quatre couvents de
Mar Abhai, de Sergisyeh, de Madîq, de
[642] Que personne, mes amis, en
lisant cette histoire ne se laisse aller,
par faiblesse d'esprit, à l'amoindrisse-
ment de la foi en la puissance de Dieu
qui réside dans son saint, en se disant :
oVoici que celui-là même qui fait des
prodiges divins est vaincu et cède aux
impies «.Mais croyez, comme il convient
à des chrétiens, que rien [n'est arrivé]'
ou n'arrive en dehors de la science uni-
verselle de Dieu, et que tout est arrivé
ou arrive selon sa science. Toutes choses
sont arrivées ou arrivent selon sa vo-
lonté, son ordre ou sa permission, pour
l'utilité universelle, d'après le dessein
insondable des jugements divins abso-
lument impénétrables.
1. XEl[iTi),10V .
2. Lire : |ow ol lo« y» d».
284
GHROxNIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Harçaphta, qui avaient été déposés, dans
le monastère pour y être gardés ; et
une partie des moines et des serfs resta
dans le couvent. Ils eurent pour supé-
rieur un vieux moine nommé Abraham
Maud'al.
Josselin établit dans la forteresse su-
périeure 20 soldats arméniens et avec
eux d'autres qui, sans pitié, pillaient
tout ce qui se trouvait dans notre cou-
vent en fait de blé, de vin, d'huile, de
miel, de vêtements et d'autres objets. II
emmena le saint' et les moines jusqu'à
Tell Baser. Là, quelques gens parmi les
Francs, les Syriens et les Arméniens,
se firent caution pour l'or.
Parmi les moines il retint, avecle (re-
liquaire du) saint, trois hommes âgés :
David, Jacques et Sergius, et les autres
retournèrent au couvent, au mois de 'ab
(août). Ils chassèrent les Arméniens qui
étaient venus au couvent. Ils avaient pour
supérieur le vieillard Lazarus et, avec
luij Constantinus. Ils amenèrent avec
eux Mar Iwannis de Kaisoum. Et quand
ils entrèrent dans le temple et virent la
table sainte renversée et tout démoli,
tous ensemble ils passèrent un jour
entier à pleurer, dans les lamentations
et les gémissements. Ensuite, les sol-
dats^ qui étaient cent cinquante, deman-
dèrent aux moines de leur jurer que
quand Josselin ou son fils reviendrait,
ils ne lui fermeraient pas la porte au
visage. Étant ainsi contraint», les moines
et les serfs jurèrent malgré eux.
Les Francs el les Arméniens étaient
Comprenons donc et reconnaissons
(ceci) : l'Egyptien Pharaon fut aban-
donné, pour s'endurcir, parce qu'il aimait
la cruauté, et il est écrit* que « Dieu en-
durcit son cœur » pour qu'il se perdît à
la poursuite du peuple délivré, dans la
mer immense ; le peuple élu fut livré en
esclavage entré les mains de Nabucho-
donosor, et à différentes reprises, parce
qu'ils ont pratiqué' et aimé les turpi-
tudes des Gentils, et le Seigneur était en
toutes ces choses ; de même aussi, à l'épo-
que présente, nous pouvons comprendre
qu'outre les raisons insaisissables pour
nous, il y a deux causes faciles à conce-
voir, et qui montrent pour ainsi dire du
doigt pourquoi le pillage eut lieu h cette
époque dans ce saint lieu. La première
vient des péchés de ses habitants; lors-
qu'ils se sont égarés et ont commencé
de marcher dans la voie large qui con-
duit à la perdition, le saint, ou plutôt
Dieu qui réside en lui, les abandonna
pour qu'ils soient maltraités. La seconde
vient de Josselin qui, à l'exemple de
Salomon, fîls de David, abandonna le
Dieu des chrétiens ses pères, et s'adonna
au culte des démons par les passions hon-
teuses; et comme il ne rougit pas, mal-
gré les nombreux avertissements de la
providence divine, Dieu l'abandonna,
pour que son cœur s'endurcît, comme
Pharaon, et pour qu'il méprisât la vertu
toute puissante qui résidait dans le saint.
Quand il fut livré à cet esprit de ré-
probation, il ne fit pas même connaître
sa pensée diabolique à un seul des
1, La châsse contenant la relique de Bar Çauma.
2. Exod., X, 20, 27, etc. — 3. Lire : aSisut,
LIVRE XVII. GHAP. IX
285
restés soixante-dix jours dans le cou-
vent.
Cependant le sacrifice, l'office, le lu-
minaire avaient cessé. Ils envoyèrent
donc près du patriarche, à Amid, et
l'ordre arriva pour l'évèque deKaisoum,
de restaurer [643] par la prière les lieux
saints. Après avoir accompli canoni-
quement la purification et la dédicace,
il établit Lazarus comme archimandrite,
par ordre du patriarche ; il institua un
cénobiarque, un économe et les autres
offices, selon la coutume et la règle du
couvent depuis les premières généra-
tions. Les moines elles serfs donnèrent
chacun tout ce qu'il pouvait avoir d'or,
pour la délivrance du saint lieu.
Or, comme il a été exposé plus haut,
cela n'arriva pas sans le consentement
de la vertu divine, qui réside dans la
main droite de notre seigneur Mar Bar
Çauma; mais elle permit que cela arri-
vât pour notre châtiment et pour la ruine
de la tyrannie de Josselin ; car de même
qu'autrefois le tyran païen Baltasar pro-
fana les vases sacrés et fut frappé par la
main qui apparut miraculeusement, de
même celui-ci périt justement par un
châtiment terrible, comme le montrera
le discours lorsque, avec l'aide de Dieu,
il poussera en avant. Ce que nous avons
placé ici suffit pour exposer quand et
comment eut lieu le pillage du saint
couvent.
Il convient d^exposer aussi ce qui se
passa à cette époque dans la ville de
Mélitène, à propos de cet événement.
— A Mélitène réarnait alors le Turc
grands qui l'accompagnaient, de peur
qu'en leur qualité de chrétiens, ils
n'avertissent les moines de son astuce.
Mais, après avoir réuni ses troupes, il
se mit en marche comme s'il était dis-
posé à envahir et h piller le pays des
Turcs, et il vint [643] h Harthan. Au bout
de trois jours, il monta de là à la Mon-
tagne Blanche ' et s'établit au-dessus de
la source appelée Ayza, sur un sommet
élevé du pays de Claudia, de manière
que le peuple ait connaissance de sa
venue, et prenne la fuite. Tout cela
pour pouvoir accuser les moines et leur
dire : « Vous avez fait fuir les habi-
tants', et vous m'avez trompé ». C'est
pourquoi, quand on apprit que les habi-
tants avaient fui, il dit à ceux qui
l'accompagnaient : <( Dès lors notre ex-
pédition est gâtée. Allons prier aux
couvents voisins, et retournons-nous-
en ».
Au matin du samedi 18 de haziran
(juin) de l'année 1459, il arriva inopi-
nément, et les moines se réjouirent,
pensant qu'il venait pour prier. Alors, les
[deux] partis tombèrent dans les lacets
de l'avarice, « qui est le culte des idoles »,
comme dit le divin Apôtre' : Josselin,
parce qu'il pensait trouver beaucoup
d'or, etles moines parce qu'ils pensaient
qu'il apportait de l'or. Ils prirent donc
les croix et les Evangiles et sortirent à
sa rencontre à la porte méridionale. En
voyant la croix, il descendit astucieuse-
ment* de cheval et fit montre d'humilité
jusqu'à ce qu'il lût entré et se fût établi
(dans le couvent). Alors, il découvrit
1. Héwara. — 2. Ms., faulivement : « les moines ». — 3. Col., m, 5. — 4. Is.li-vgoo.
286
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Daulah, et le couvent était contraint de
donner à Mélitène un tribut imposé
tyranniquement par l'émir Ghàzî, père
de ce Daulah. Or, quand Daulah apprit
que Josselin était entré dans le couvent,
il crut que les moines avaient livré la
forteresse à Josselin parce qu'ils étaient
vexés par ce tribut, qui leur avait été
tyranniquement imposé et dont ils se
plaignaient constamment. C'est pour-
quoi, l'émir déchargea sa colère sur les
chrétiens de Mélitène, en disant : «Vos
coreligionnaires ont livré la forteresse
aux Francs ; et c'est de vous que je vais
tirer vengeance. » Et, tandis que les
gens de Mélitène se lamentaient sur le
pillage du couvent, les angoisses se
multipliaient sur eux, les offices et le
son descloches cessèrentdans leséglises
pendant trois jours.
Quand l'émir fut assuré que les
moines n'avaient pas livré la forteresse
à Josselin, mais que celui-ci y était entré
par surprise, il cessa de persécuter les
gens de Mélitène. Il se mil à rassembler
des troupes [G44] pour aller chasser les
Francs et s'emparer de la forteresse.
Par la providence divine, douze
moines et environ cinquante serfs, se
trouvèrent présents dans le pays de Clau-
dia. Ils prirent les bœufs et les bagages
et vinrent à Mélitène, afin de s'y mettre
en sûreté jusqu'à ce qu'ils aient vu où se
fixer. Leur venue apaisa davantage la
colère de l'émir. Il y avait parmi eux un
vieillard craignant Dieu nommé Ibra-
him, et surnommé Souroudim'. Il alla
trouver l'émir et lui dit : « Ton expédi-
l'astuce de sa pensée h quelques-uns
de ses soldats, qui partageaient sa ma-
lice, et les envoya examiner la forte-
resse. Quelques-uns des moines com-
prirent qu'il y avait une ruse dans cette
inspection. Cependant, ils ne purent
l'empêcher. Cinq hommes montèrent
donc; après y être entrés, ils en chas-
sèrent un vieux moine et deux serfs
qui s'y trouvaient. Ensuite, il rassembla
tous les moines, et les enferma dans
l'église. Il appela les anciens et se mit à
leur adresser des reproches : « C'est
vous qui avez fait connaître notre arri-
vée dans la région de Mélitène, et les
Turcs ont pris la fuite ». Comme ils ré-
pondirent, conformément h la vérité :
« Nous n'en savions rien », il ajouta :
« Si vous êtes véridiques, et si vous
n'êtes pas les auxiliaires des Turcs,
donnez-moi tout ce qui se trouve dans
ce couvent (et qui provient) des pays
des Turcs. J'ai appris qu'une grande
richesse est cachée chez vous, (prove-
nant) des pays des Turcs et des Turcs
eux-mêmes, et il est juste qu'elle soit
donnée aux Chrétiens pour qu'ilssoient
encouragés et vengés des Turcs qui ont
pillé les couvents de Zabar. » Ils répon-
dirent : « Si nous agissons ainsi, com-
ment pourrons-nous demeurer en ce
lieu ? » Alors il devint furieux, les fit
sortir du temple, et les enferma ce jour-
là dans la maison de détention appelée
Kana. Il envoya des prêtres francs qui
entrèrent [644] dans le temple et en re-
tirèrent tout ce qu'ils y trouvèrent : les
vases d'argent, les patènes, les calices,
1. Vocalisation douteuse.
LIVRE XVII. GHAP. IX
287
tion serait peine perdue. Il n'est pas
possible que tu prennes la forteresse de
vive force, et la prendre par fourberie
serait une action honteuse. Mais, sois
patient, et nous, nous trouverons le
moyen de la prendre. » Cela plut h
l'émir. Il procura plusieurs bienfaits
à ceux qui venaient se mettre sous sa
protection, et ensuite il traita bien tout
le couvent, en leur faisant remise de
l'impôt de cette année. 11 exigea d'eux
des serments, et ils jurèrent. Ensuite,
ils adressèrent une supplique au patriar-
che, à Amid, et celui-ci les délia du
premier serment qu'ils avaient fait à
Josseliu par contrainte.
Ensuite, Josselin envoya dire à l'émir
Daulah : « Tu as pris les couvents de
Zabar, qui sont à moi, et tu les as dévas-
tés. Moi, j'ai pris le couvent de Mar Bar
Çauma,qui est une forteresse aussi éle-
vée au-dessus des autres que l'aigle au-
dessus des oiseaux; cl maintenant je te
la rends. » Ainsi, il annula lui-même les
serments qu'il avait imposésaux moines,
quand il demanda la paix à l'émir. Dau-
lah répondit : « Autant tu désires la
paix; autant nous souhaitons la paix.
Mais dis-moi de quelle manière tu en-
tends maintenant nous assurer de la
paix; car tu as laissé paraître qu'il n'y
avait point de foi en toi. Les Musulmans
jurent par leur Livre, et les Chrétiens
jurent par la Croix et l'Évangile; mais
toi, tuas dépouillé l'Evangile et brisé la
Croix; tu n'as donc pas la foi des Chré-
tiens; fais-moi connaître ta foi, si tu es
juif ou païen ?, afin que nous confirmions
les croix, les encensoirs, les chandeliers,
les flabella, les Evangiles et les livres.
Ensuite, il ordonna à ses soldats d'ins-
pecter les cellules, et ils rassemblèrent
tout ce qu'ils trouvèrent d'or, d'argent,
de cuivre, de fer, de vêtements, de tapis.
Il dépouilla même le sanctuaire de ses
tentures.
Quelques Francs qui l'accompa-
gnaient étaient du nombre des Phrêr',
c'est-à-dire « frères »; en voyant cela
ils lui dirent : i Nous sommes venus
avec toi pour faire la guerre aux Turcs
et secourir les Chrétiens, et non pas
pour piller les églises et les monas-
tères », et ils l'abandonnèrent et s'en
allèrent sans avoir mangé du pain ou
bu de l'eau. Mais le misérable, qui était
abandonné de Dieu, et avait les yeux et
l'esprit aveuglés, ne comprit point; car
sa chute était proche.
Après être restés toute la journée du
samedi occupés à piller, ils ramassè-
rent et prirent tout ce qu'ils avaient
trouvé pour le charger; au moment du
soir, à la veille du dimanche, ils firent
sortir les moines et tout le peuple du
couvent. Il les fit descendre avec lui, et
ils passèrent la nuit près de la vigne
dite de l'Eléphant, sur les rives du
fleuve. Ils laissèrent dans le couvent une
garde (composée) de quelques Francs et
de beaucoup d'Arméniens, hommes im-
pies et pillards.
Au matin du dimanche, Satan lui
donna une nouvelle inspiration : il re-
vint au malheureux couvent, et le livra
aux pillards et aux fureteurs; toutes
1. Les Templiers; cf. p. 207.
288 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
nos serments selon la confession que les cellules des moines furent de nou-
tu as adoptée.» De la sorte, le turc bar- veau perquisitionnées; de nouveau ils
bare couvrit de confusion le faux montèrent sur le rocher, entrèrent dans
chrétien. les demeures des serfs et pillèrent tout
Ensuite, Josselin succomba; les moines ce qu'ils trouvèrent. Ils réunirent le
et le saint revinrent au saint couvent, et tout et chargèrent sur des chameaux et
une correction fut ménagée aux deux des mulets le trésor ' de l'église, avec des
partis par la providence divine. — Ce masses de cuivre et toute espèce d'ob-
chapilre lamentable, sur le pillage du jets. Il y avait entre autres !une croix
couvent de Mar Bar Çauma, est aussi d'or : le tyran la brisa au milieu du oou-
firii. vent, et la partagea à ceux qui l'accom-
pagnaient. Il prit aussi les mulets, c'est-
à-dire les haglê, du monastère, qui étaient
au nombre de douze. Il emmena avec lui les moines qui se trouvaient présents et qui
étaient environ cinquante. Le lundi, ils parvinrent à Gakhtai^ — Fin.
[64S] CHAPITRE [X]. — De l'époque à laquelle fut tué Bedawi, seigneur cVAn-
tioche, ainsi que Baudoin, et Raynald^ , seigneur de Kaisoum. A cette époque, les
Turcs pillèrent les bœufs et les moutons du couvent.
En l'an 1460, au mois de kanoun n (janv.), Nour ed-Dîn, seigneur d'Alep
envahit le pays d'Antioche, pilla toute la région, et mit le siège devant Yaghra*.
Bedawi, seigneur d'Antioche, ne se trouvait pas dans cette ville. Quand il
apprit (cette affaire), il revint en hâte; mais il n'entra pas à Antioche; il passa
au-delà, ayant avec lui un Taiyaya Hasisite', qui s'était séparé de Nour ed-Dîn;
cet homme et sa troupe aidèrent puissamment les Francs, Ils vainquirent les
Turcs qui s'enfuirent blessés et dépouilIés^
A cette époque, Qara-Arslan, seigneur de Hesna de Ziad, envahit le pays
d'Amid, après avoir comploté avec quelques hommes qui s'y trouvaient et qui
devaient lui livrer cette ville. Comme le complot ne réussit pas, il fit captifs les
gens du pays. Tandis qu'il les emmenait, il fut un jour touché de pitié, en les
voyant tourmentés par la neige et le froid, et dit : « En quoi ces gens nous
1, xeifiriXiov. — 2. Ms. uLo^ ; BH : "^1,^5^. Cf. p. 198, n. 12.
3. Ms. ».^l ; ailleurs (plus correctement) ,^». J'ai cru (p. 275, n. 4) que cette forme pouvait être une
altération graphique de î^j» ; mais, comme elle revient fréquemment, il vaut mieux y reconnaître
une transcription de la forme arménienne Renaghd. — 4. Cf. Rôhricht, Gesch. des Kônigr. Jerus.,
p. 259. — 5. C.-à.-d. de la secte des « Assassins ». — 6. Cf. Ilist. arah. des Crois., IV, 64 ; et
IV, 60, où il faut lire « Raymond de Poitiers », au lieu de « Josselin II ».
LIVRE XVII. GHAP. X 289
ont-ils offensé ? >> II ordonna de les libérer tous, et ils revinrent à leurs
demeures.
Josselin rassembla une armée et entra pour piller dans le pays d'Édesse et
de Harran, Les Turcs revinrent et envahirent son pays, et ils massacrèrent la
plupart de ses soldats dans des embuscades.
Nour ed-Dîn, seigneur d'Alep, brûlait de colère et s'appliquait à rassembler
des troupes. Les Francs, par leur orgueil ou, ce qui est plus exact, par suite de
rabandon(de Dieu) à cause de leurs mauvaises actions, non seulement ne se for-
tifièrent pas en apprenant [646] que les Turcs s'étaient rassemblés nombreux
comme la sauterelle, mais procurèrent du secours à leurs ennemis, en laissant
leurs villages comme des vignes sans clôture et des maisons sans porte, et en
s'en allant dans le pays des faiyayê, comme une biche dans le piège, et comme
un cerf qui brave les traits dans sa fureur'. Avec eux était le faiyaya Ilasîsite.
En les voyant sans intelligence pénétrer au milieu de leurs ennemis, il dit à
Bedawi : « Où vas-tu donc, ô roi? Puisque tes ennemis se réunissent de tous
côtés, demeure dans ton pays et garde tes frontières, jusqu'à ce qu'ils se dis-
persent, et s'ils viennent pour entrer dans ton pays, alors, sors à leur ren-
contre. » Mais il le méprisa, et n'accepta pas son conseil; et, sans intelligence,
il tomba au milieu des Turcs. Alors, les Turcs se réunirent de toutes parts, au
milieu de la nuit, contre les malheureux Francs. Le Hasîsite s'avança vers
Bedawi et lui dit : « Tu ne m'as pas écouté, et nous sommes battus ; mais main-
tenant, écoute-moi : viens, fuyons; peut-être quelques-uns d'entre nous échap-
peront-ils-; car nous sommes environnés par une grande armée, et si nous
sommes encore ici quand arrivera le matin, ils nous détruiront complètement. »
Mais le malheureux n'y consentit pas. Or, dès le matin, avant que les rayons
de l'aurore ne brillassent, les Turcs d'un seul bond, pour ainsi dire comme
une avalanche, fondirent sur eux, brisèrent grands et petits, et les étendirent
au milieu de la plaine comme des arbres de magnifique stature.
Le prince 'Bedawi', seigneur d'Antioche, ce lion vigoureux, fut tué; Raynald,
seigneur de Kaisoum, ce jeune lionceau, succomba; et, pour le dire en bloc, il
ne s'en échappa pas un seul pour porter la nouvelle ; tout ce grand peuple
devint des monceaux de cadavres; [647] cette journée fut une grande calamité
pour les chrétiens'.
Les gens d'Antioche n'en eurent pas connaissance jusqu'au moment où les
Turcs entraînèrent tout le pays en captivité. Nour ed-Dîn vint mettre le siège
contre cette ville, et envoya la tète de Bedawi à Bagdad.
1. Sans doute une locution proverbiale. Le texte (non vocalisé) se prêle à plusieurs traductions.
Le contexte semble justifier celle-ci. Il agit comme un cerf qui, au lieu de fuir, se laisse percer de
flèches, en voulant se défendre. — 2. prinz. — 3. Raymond de Poitiers. — 4. 29 juin 1149. Cf.
Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 260.
III. 31
290 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
La division se mit parmi les gens d'Antioche ; les uns penchaient pour les
Turcs, les autres pressèrent le roi de Jérusalem de venir. Celui-ci ayant été
accepté par ce qui restait (de troupes) leur donna pour chef leur patriarche '.
Quand Josselin apprit que le seigneur (de Kaisoum) avait été tué, ce misé-
rable tarda ; il pensa que sa fille, qui était la femme de celui qui avait été tué,
survivait : il alla donc s'emparer de cette ville (de Kaisoum) et de BeitHesnê.
A cette époque Josselin, dans un esprit détestable, se montra l'allié de Kilidj-
Arçlan, fils de Mas'oud', qui était seigneur d'Ablastain et du pays. Celui-ci fit
venir son père, et ils mirent le siège contre Mar'as, après avoir pillé la région.
Comme ils pressaient la ville par le combat, les assiégés demandèrent l'assu-
rance de leur salut. Le sultan s'empara donc de Mar'as', et, conformément à la
parole donnée sous serment, il permit aux Francs qui s'y trouvaient, c'est-à-
dire aux chevaliers, à l'évêque et aux prêtres, de s'en aller à Antioche; mais il
envoya contre eux des Turcs qui les tuèrent sur la route.
Dans cette prise de Mar as périt tout le trésor de son église : le vase du
chrême, les patènes, les calices, les encensoirs d'argent, les tapis et les tentures,
entre les mains des prêtres de cette église, qui étaient en révolte contre leur
évêque.
En cette année*, l'émir Qara-[ArjçIan, seigneur de HesnadeZiad, voyant que
les Turcs envahissaient de tous côtés et prenaient les pays des Francs, que le
Seigneur avait abandonnés parce qu'eux-mêmes l'avaient abandonné, envoya
ses troupes s'emparer de Baboula, sur la rive de l'Euphrate. Les habitants du
pays de Gargar furent pris de peur et s'enfuirent, pour se mettre à l'abri, dans
la montagne de Mar Bar Çauma. Tous les environs du couvent furent remplis
d'hommes et de femmes avec leurs enfants et leur bagage. Beaucoup de moines,
zélés pour la religion, murmuraient et se plaignaient; cependant, comme il y
avait dans le couvent des moines et des serfs qui étaient les parents de ces
émigrés, ils ne purent les chasser. C'est pourquoi, quand les Turcs envahirent
le pays de Gargar, voyant les villages déserts, et apprenant que les habitants
étaient dans la montagne de Mar Bar Çauma, ils se dirigèrent vers la mon-
tagne. Le dimanche 15 de 'ab (août), les Turcs [dressèrent des embûches]' de
trois côtés, et au matin, ils firent subitement irruption et s'emparèrent des
troupeaux et des bœufs. Trois hommes furent tués du côté des serfs et deux
du côté des Turcs. Ensuite, les Turcs envoyèrent dire : « Nous honorons ce
saint; nous lui donnons des offrandes, et nous ne sommes pas venus pour mal-
traiter ce couvent. Nous sommes venus à cause des gens qui se sont rendus ici
1. Amaury. Barhébr. ajoute : «jusqu'à la majorité de Bohémond » (fils de Raymond), Cf. op^
cit., p. 262. — 2. Sultan d'Iconium. —3. 11 sept. 1149. — 4, En 1148, d'après l'indication du «di-
manche 15 août >'. — 5. Suppléer : lit»3 aum (BH et vers. ar.).
LIVRE XVII. GHAP. X
291
du pays de Gargar ;, si maintenant vous nous les livrez, nous vous rendrons
tout ce que nous avons prisj nous n'enverrons pas en captivité, mais bien
dans leurs villages, les gens que nous avons faits prisonniers. » Alors ceux du
couvent formèrent deux partis; les uns disaient : « II faut livrer le peuple » ;
les autres criaient : « Nous ne le livrerons pas »; et ils allaient en venir à
la lutte et au glaive, si un des vieillards craignant Dieu ne les avait apaisés
par sa prudence. Il prit avec lui quelques personnes des deux partis, sortit
trouver les Turcs et leur dit : « Si vraiment, comme vous le dites, vous ne
voulez pas emmener ce peuple en esclavage, que quelques-uns des notables
d'entre vous viennent avec nous; nous irons à Hesna de Ziad, près de l'émir,
et là ce pacte sera confirmé. » Alors les Turcs laissèrent voir qu'ils usaient
de ruse pour emmener le peuple en esclavage. Et quand cela fut décou-
vert, tous les habitants du couvent furent unanimes à crier : « Nous ne livre-
rons pas une seule personne, même si nous devons tous mourir! » Alors les
Turcs incendièrent tout ce qui était à l'extérieur : les maisons et les pressoirs,
et aussi les clôtures des vignes. Ils emmenèrent les moutons, les bœufs et les
prisonniers, et s'en allèrent. Les moines [se rendirent] ' à Hesna de Ziad. Grâce
à l'intervention de quelques fidèles notables de l'endroit, ils furent présentés à
l'émir, et, grâce au secours des prières du saint. Dieu inspira la générosité" au
cœur de l'émir Qara-Arçlan ; il renvoya tout : hommes, bœufs et moutons. Ce fut
une grande joie pour tout le monde dans tous ces pays, et la louange de Dieu
et du saint se multiplia dans la bouche de chacun. — Fin.
[643] En ce temps-là, Aharon du Sé-
gestan, évêque de Haditah, « hagaré-
nisa » c'est-à-dire devint musulman.
Il avait quitté son pays et habitait
dans le couvent de Mar Mattai. Le ma-
phrien Ignatius l'avait ordonné évêque
de ce diocèse situé dans le pays des
Perses. Or, Satan le trompa, et il se fit
musulman.
Au bout d'un temps, il se repentit et
revint ; mais, comme il ne fut pas ac-
cepté dansce diocèse et comme on ne lui
accorda pas la dignité épiscopale, il par-
tit pour Constantinople et devint chal-
[64S] Saint Mar Bar Çauma permit, à
cause de nos péchés, que son couvent
fût pillé ; mais, il ne permit, ni que
nous périssions complètement, ni que
le tyran restât sans avertissement, afin
qu'il puisse, s'il voulait recourir à la
pénitence, trouver le salut.
Une nuit, la même vision apparut à
trois de ses soldats ; ainsi qu'il est
écrit* : « Par la bouche de deux ou trois
témoins, toute parole tiendra ». Ces
trois hommes eurent la même vision.
Ils virent le couvent de ce saint qui res-
plendissait; au sommet, le saint lui-
1. Suppléer : (i^il (BH). — 2. BH. : « la pitié », t*-».
3. Deut., xtx, 15.
292
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
cédonien, dans cette fosse de fange, où
tout pourceau qui se précipite est ac-
cueilli.
Ensuite, il se convertit de nouveau et
vint demander à faire pénitence. Notre
patriarche Mar Athanasius disait :
« Quoiqu'il ne soit pas digne du sacer-
doce, mais bien de la pénitence, nous
ne devons pas repousser celui qui
vient ». II l'accepta donc, et lui permit
de célébrer la messe'. Alors, il y eut
une querelle entre le patriarche et le
maphrien. Le maphrien blâmait le pa-
triarche de l'avoir accepté avant l'accom-
plissement de la pénitence canonique, et
le patriarche reprochait au maphrien de
l'avoir ordonné sans examen, et de vou-
loir maintenant l'écarter" de la péni-
tence. Mais par la suite le maphrien se
trouva avoir raison. Car le patriarche
lui-même tomba dans la faute qu'il re-
prochait au maphrien. Il accepta, en
effet, [646] ce misérable avant' qu'il eût
fait pénitence, et ce misérable, sans
aucun motif, retourna bientôt chez les
Musulmans et resta avec les juriscon-
sultes * pendant quelques mois.
Ensuite, il se repentit encore et s'en
alla à Jérusalem ; mais, comme les
fidèles de notre confession ne voulurent
point le recevoir, il alla chez les Maro-
nites, qui sont dans le mont Liban, où
il mourut.
Au mois de 'iyâr (mai) de l'année
1460, un signe semblable à une longue
même se tenait debout dans une gloire
incomparable ; il les appela et leur dit :
« Allez dire à votre roi : Je fus irrité
contre mes moines, parce qu'ils ont
péché et ont irrité mon Seigneur. Je les
ai livrés entre tes mains, pour que tu les
vexes, afin qu'ils se repentent et se con-
vertissent; maintenant, j'ordonne que tu
les laisses retourner au couvent ». Quand
chacun d'eux fut éveillé et revint à soi,
ils reconnurent qu'il s'agissait d'une
véritable vision et non pas d'un vain
songe ; l'un d'eux alla trouver les deux
autres qu'il avait vus avec soi. Ils firent
tout ce qui leur avait été dit. Tous les
trois ayant été confirmés dans leur vi-
sion, s'enhardirent', méprisèrent la
crainte, allèrent trouver le misérable
Josselin, et lui dirent tout ce qu'ils
avaient vu et entendu. Celui-ci, nouveau
Pharaon, leur promit, après les avoir
écoutés, de renvoyer les moines ; mais
ensuite il endurcit son cœur, [646J men-
tit, et ne les renvoya pas. Au contraire,
il les pressait de compléter la somme,
et comme il avait déjà reçu 5 mille (di-
nars), il les pressait pour le reste.
La longanimité de Dieu l'invita encore
deux autres fois à la pénitence, par le
moyen des gens de sa maison ; ils virent
la châsse dans laquelle était la main
droite du saint, qui rayonnait et brillait
comme le soleil ; un glaive de feu sor-
tait du milieu de cette châsse, et une
voix se fit entendre, disant ; « Jeté dis.
1. C'est ainsi, semble-t-il, qu'il faut entendre t«^a- ; littér. : « propitiation » ou « absolution » ;
Barhébk., Chr, eccl. I, 518, donne : l^ooap M^au « ut tus impoceret «, leçon qui paraît moins
bonne. — 2. or^a^. — 3. >o,cs ÇBE). — 4. 'aJu.
5. aaivil.
LIVRE XVII. GHAP. XI
293
Josselin, que si tu ne nous laisses pas,
moi et mes moines, je te ferai périr
avec tout ce pays par ce glaive ». Après
que les gens de sa maison lui eurent
fait connaître ces choses, il renvoya les
moines âgés^ David et Ya'qoub, qui re-
vinrent au couvent le 5 d'éloul (sept.)
de l'année 1460.
Cependant, il prit chez lui la châsse
dans laquelle était la main droite de
saint Mar Bar Çauma, et la déposa dans
l'église des Francs à Tell Baser ; et elle
restait là, parce que Josselin attendait
que les moines lui apportassent encore
5 mille dinars, comme il le leur avait
fixé.
Alors s'éleva contre lui la verge de
justice par les armées des Turcs, comme
le montrera plus bas le récit, en pour-
suivant en avant l'ordre des histoires, et
en racontant', à propos des rois de la terre, comment les peuples s'ébranlèrent et
vinrent l'entourer, comment ils s'en retournèrent et se dispersèrent, par un grand
prodige, que Dieu seul pouvait accomplir, par sa vertu toute puissante et infinie, qui
opère [647] et se manifeste dans les ossements et les cadavres de ceux qu'il aime,
quand il le veut et comme il convient pour le salut de tous.
lance apparut dans la partie septentrio-
nale du ciel et disparut après la deuxième
heure de la nuit.
Peu de temps après apparut daus la
partie occidentale un œï)[;,5Tov, c'est-à-dire
un signe, en forme de croix, qui dispa-
rut au bout d'un instant.
Le mercredi avant la fête de l'Ascen-
sion, il survint à Jérusalem et dans les
environs une grande pluie, dans la-
quelle étaient tombées des gouttes de
sang, signifiant d'avance l'effusion du
sang qui devait avoir lieu dans les pays
des Francs à cette époque. Celle-ci
tomba au mois de 'iyâr (mai), et il y eut
au lieu de rosée un sang abondant
présageant un massacre cruel et l'effu-
sion du sang.
CHAPITRE [XI]. — De l'époque à laquelle les Turcs s'emparèrent des pays que
les Francs possédaient. De la chute de Josselin; et comment la main droite de
notre seigneur Mar Bar Çauma revint au couvent.
[648] A cette époque, la justice (divine) suscita le sultan Mas'oud, et des
myriades de Turcs se réunirent à lui pour envahir les pays des malheureux
Francs. La crainte s'empara de ces Francs : ceux qui (jadis) marchaient un contre
mille, tremblaient au bruit d'une feuille qui s'agitait, parce que la malédiction
de l'Écriture s'accomplissait sur eux, et la bouche de tous les peuples criait :
« Par la colère de Dieu les Turcs se sont rassemblés pour massacrer les chré-
tiens qui ont osé s'attaquer à Mar Bar Çauma ! »
1. Ci-après, chap. xr; cf. p. 296.
294 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Josselin voyant que les Turcs l'entouraient et qu'il était enfermé dans Tell
Baser, fut saisi de crainte; il comprit en lui-même et confessa de sa bouche que
son châtiment venait de Dieu, et que c'était là le doigt du Seigneur. Il promit
de faire pénitence et chercha du secours en notre seigneur Mar Bar Çauma.
Le Seigneur, qui avait amené le sultan, lui inspira alors de faire la paix avec
Josselin, après que celui-ci eut juré d'être sous sa suzeraineté'. Or, toute cette
disposition venait d'en haut. Le sultan repartit pour son pays, et Josselin ren-
voya le saint, c'est-à-dire la main droite de Mar Bar Çauma, à son couvent.
Ensuite, Josselin recommença à mal faire, comme le chien qui retourne à son
vomissement. C'est pourquoi la justice (divine) ne le toléra plus : mais sa ruine
arriva par les mains des Turcs auxquels il se joignait par son impiété, Nour ed-
Dîn, seigneur d'Alep, auquel il était allié par des pactes et des serments, entra
d ans son pays, tua beaucoup de gens et tit de nombreux captifs, et il s'empara
de deux forteresses.
En l'année 1461, Qara [-Arjslan, seigneur de Hesna de Ziad, envoya un de ses
grands nommé edh-Dhya'(?), qui campa dans le pays de Gargar.Une nuit,ils atta-
quèrent à l'improviste une forteresse située dans le voisinage du couvent, et qui
s'appelait Tégenkar '. Il s'en empara par la force. Cinq cents personnes furent em-
menées par lui et toutes réduites à l'esclavage. Or, il y avait là des objets et des
vêtements qui avaient été enlevés au couvent à l'époque où Josselin le pilla. Par
là, tout homme intelligent fut assuré que ce châtiment venait par la volonté de
Dieu, et que le déluge de sa colère inondait tout endroit où avaient pénétré les
dépouilles du couvent. Les Grecs et les Francs, après avoir tenté de secourir ceux
qui étaient à Gargar, se réunirent avec Basil, seigneur de l'endroit, de Hesn Man-
çour et de Kaisoum, de Gakhtai* et d'autres lieux, au nombre d'environ 500 cava-
liers, une multitude de fantassins et mille charges de froment, pour pénétrer dans
la forteresse de Gargar. Quand ils arrivèrent dans le voisinage de laforteresse,
voyant que les Turcs ne les avaient pas remarqués, mais qu'ils étaient campés
tranquillement, ils conçurent un dessein insensé ; ils laissèrent leur chargement
en dehors de la forteresse et descendirent fondre sur le camp des Turcs, pen-
sant les vaincre. Alors Dieu les brisa en face des Turcs, bien qu'ils fussent plus
nombreux que ceux-ci. Un grand nombre d'entre eux fut tué. Parmi' les pri-
sonniers étaient Basil de Gargar, Krikor de Gakhtai, Mâhî [649] le franc de
Kaisoum °; pas un seul des cavaliers^ n'échappa, et le froment fut enlevé. Quand
les Turcs eurent remporté une si grande victoire, l'émir Qara[-Ar]slan vint en
1. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus.,^. 263. — 2. Vers. ar. : uj^ (pour ,UaJI?) — 3. BH : »|Au.j^i..
— 4. Ms. : Gaivfai (partout). — 5. spcM» yi^LI. — 6. Vers. ar. ; ;oa»»3 POsU' i.«^;aSs, uwImo. Le
nom de Mâhî est probablement le même que Mahuis. — 7. Le même mot syriaque signifie « cava-
liers » en général, et « chevaliers «.
LIVRE XVII. GHAP. XI 295
personne, et^ dans sa magnanimité, il libéra tous les prisonniers et les renvoya
chacun à sa maison, et il donna des places dans son pays aux seigneurs des for-
teresses. A Basil qui lui livra Gargar, il donna Abdaher et le pays de
Çamaha; Krikor livra Gakhtai, et il lui donna Saghaman. Et ainsi les Turcs
régnèrent à Gargar, à Gakhtai et à Hesn Mançour.
Josselin partit pour aller à Antioche, ayant avec lui deux cents chevaliers,
qui étaient considérés comme capables de faire face à des milliers. Pendant la
nuit, comme ils marchaient près de 'Azaz, ils rencontrèrent quelques Turco-
mans ; à leur seule voix les Francs tremblèrent et prirent la fuite ; car ils avaient
perdu leur force victorieuse. Tandis que Josselin marchait pour fuir, il lui
sembla qu'il rencontrait un arbre, et il tomba. Or, plusieurs affirment qu'il n'y
avait jamais eu d'arbre en cet endroit; mais là où il fut abandonné (de Dieu), il
tomba. Un Turcoman le trouva, mais ne sachant pas que c'était Josselin, il
voulait le vendre aux chrétiens; ensuite, un juif les rencontra dans un village
des Taiyayê et reconnut Josselin. Ils le conduisirent avec joie à Alep'.Le préfet*
l'acheta mille dinars au Turcoman ; Josselin fut mis aux entraves, dans la prison,
et il finit là sa vie dans les tourments. Son entrée à Alep fut une grande allé-
gresse et joie pour tous les musulmans . II passa neuf années en prison. Ils cher-
chaient constamment à le séduire par des promesses et des présents pour qu'il
se fît musulman; mais il ne faiblit point; ils le menacèrent des supplices : il
ne les redouta point, mais il demeura ferme dans sa foi. II confessa qu'il était
châtié à cause de ses péchés. II fit demander au couvent^ et auxautres églises de
prier seulement pour lui afin que Dieu lui pardonne. Quand le moment de sa
mort approcha, au milieu du cachot dans lequel on l'avait jeté, il supplia et
obtint qu'on lui amenât l'évéque de la ville*, et après avoir fait sa confession, il
participa aux saints mystères. Quand il fut mort on le remit aux chrétiens. On
fit ses funérailles et il fut enseveli dans l'église. A sa sépulture étaient réunis
en foule les gens de la ville, tant arabes que chrétiens, dans l'étonnement de
ce qui s'était passé. — Fin.
[648] Quand Josselin eut relâché les moines, ils revinrent au monastère ; mais il
ne renvoya pas la main droite (du saint), et continua d'attirer sur lui la colère de
justice. Le Seigneur fit venir de la région septentrionale les fils de Gog, et ils entou-
rèrent Tell Baser.
Alors, les Francs, les Syriens, les Arméniens poussèrent des gémissements d'une
seule voix. L'inique Josselin fut lui-même pris de crainte. Sur son ordre, ils tirèrent
la main du saint et la portèrent en procession sur le mur en face du camp des ennemis,
1. Mai 1150. Cf. Gesch. des Kônigr. Jeras,, p. 265. — 2. ïiYSjxtôv. — 3. De Mar Bar Çauma. —
4. Ignace, métrop. des Syriens.
296 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
tandis que tout le peuple était tête nue et pleurait. Josselin fit publiquement cette
promesse : « Si le camp des Turcs est levé, je renverrai le saint h son couvent;
non seulement je n'exigerai point le reste de l'argent, mais je rendrai tout ce que j'ai
pris au couvent. » A ce moment même, sa pénitence fut acceptée, comme celle de
Zachée'; 11 pouvait dire : Le châtiment du Seigneur a ouvert mes oreilles^
il a fait paraître des merveilles ; afin que quiconque regarde attentivement puisse
facilement comprendre que rien ne peut arriver, ni dans les grandes choses, ni dans
les petites, sans le doigt de Dieu. Comme tout le peuple se mit en prière, et comme
le tyran s'abaissa à demander son pardon, celui qui jadis, par l'intermédiaire du
grand Moïse, consentait à suspendre les plaies à chaque repentance du Pharaon, pour
voir s'il persévérerait jusqu'au bout, fit de même ici : il fit en sorte que le camp des
Turcs s'ébranla, et il les fit éloigner [649] promptement de la ville. Ce fut une déli-
vrance miraculeuse pour les Chrétiens, et chacun proclamait que l'arrivée des Turcs
et leur départ avaient eu lieu par le doigt de Dieu.
■ Alors Josselin envoya demander pardon au couvent. Des moines âgés partirent et
ramenèrent le saint solennellement. Dans chaque ville et dans chaque pays, des
groupes de tous les peuples couraient au-devant en se réjouissant, tressaillant
d'allégresse, louant le Seigneur, et faisant l'office avec des cantiques, des cierges et
la fumée de l'encens. Toute la route ayant été parcourue triomphalement, ils arri-
vèrent au couvent le 1*' de kanoun ri (janv.), en la fête des saints Docteurs. — Fin.
CHAPITRE [XII] . — De V époque qui suivit la chute de Josselin, à laquelle les
Turcs s^ emparèrent des pays.
Le sultan Mas'oud, en apprenant la chute de Josselin, partit de nouveau et, le
jour de la Pentecôte S mit le siège devant Kaisoum, oîi se trouvait un Franc
nommé Raynald*.
A Tell Baser on établit le fils de Josselin, jeune enfant qui s'appelait aussi
Josselin [III].
Les gens de Kaisoum, en voyant la force [6S0] des armées innombrables,
tournèrent le dos; ils envoyèrent l'évêque Iwannis, et reçurent du sultan le
serment que les Francs pourraientse rendre à 'Aintab : ce qui eut lieu. Et le
sultan régna à Kaisoum, à Beit Hesnê, à Ra'ban, à Pharzaman; et il mille siège
contre Tell Baser.
1. Cf. Luc, xrx, 9. — 2. Cf. Job, xxxvr, 10 (?). Le texte du ms. laisse une demi-ligne en blanc;
la version arabe ne donne rien de plus.
3. 4 juin 1150. — 4. Renaghd.
LIVRE XVII. CHAP. XII 297
Le seigneur d'Alep, Nour ed-Dîn, vint le trouver. Le sultan lui donna sa fille,
qui était fiancée au neveu de l'empereur des Grecs, et Nour ed-Dîn l'épousa; et
il lui assigna Tell Baser (comme dot?) '.
Quand le sultan eut quitté Tell Baser pour retourner dans son pays, le roi de
Jérusalem arriva; il fit sortir de Tell Baser la femme de Josselin, ses enfants et
tous les Francs, et les mit en sûreté à Jérusalem. Dans cet endroit, il établit
quelques hommes de l'empereur des Grecs'. Quand ceux-ci furent entrés à Tell
Baser, à 'Aïntab, à 'Azaz, les Turcs les assiégèrent et les pressèrent de toutes
manières. Lorsqu'ils furent opprimés par la famine, ils livrèrent pacifiquement
tous les lieux à Nour ed-Dîn, et le seigneur d'Alep régna à Tell Baéer, à "Aïntab,
à 'Azaz et sur le reste du pays compris entre ces villes. Le sultan conserva
Mar'as, Pharzaman, Ra'ban, Kaisoum et BeitHesnè; et Qara-Arçlan (conserva)
Baboula, Gargar, Gakhtai et Hesn Mançour '.
fimourtas, seigneur de Mardîn^ s'empara de Bireh et aussi de Samosate, de
Qouris, de Kepharsout. — Et ainsi les Turcs régnèrent sur tous ces pays.
A Qala' Romaita, Josselin avait établi [6ol] un Arménien nommé Michel.
Celui-ci, en apprenant que Josselin avait succombé, manda à la femme et au fils
de Josselin, qui étaient encore à Tell Baser, de dire à Krikor, catholicos des
Arméniens, qui était à Dzov, c'est-à-dire au Petit-Lac', de venir à Qala' pour
secourir Michel. Or, le catholicos usa de ruse et de fourberie; il s'empara de
Michel, lui extorqua tout ce qu'il possédait, par les tortures, et le chassa. Le
catholicos Krikor lui-même se fixa à Qala' Romaita.
En l'an 1462, Agouba[r]çlan ' pénétra dans le pays des Grecs nommé
Pabara ' (?) ; il le dépeupla et le pilla tout entier, puis il se retira.
A cette même époque. Manuel, empereur des Grecs, fut défait par les Francs
et s'enfuit; et à peine put-il se sauver à Gonstantinople.
La même année, le seigneur de Ézangê des Arméniens, fut étranglé par sa
1. La phrase, omise par Barhébréus, est quelque peu obscure ; littér. : constiiuil et (fémin.)
Tell Baàer. Selon Ibn el-Athîr {Hist. or. des Crois., II, p. 181), Nour ed-Dîn avait épousé la fille du
sultan avant la prise de Josselin. Il est probable que l'anecdote contée ici se rapporte à une ten-
tative antérieure contre Tell Baser, peut-être à celle dont il est question au chap. précédent. —
2. Cf. GuiiL. DE Tyb, XVII, xvt. — 3. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 265, n. 5. — 4. 11 n'y a
pas de doute sur l'identification (Cf. Hist. arm., I, 198, n, 3); mais on peut conjecturer la res-
titution du texte altéré de' plusieurs manières. La vers. ar. répond à notre texte lettre pour lettre :
ei;.u^1 ul o|oo»a ^Is; BH: I^M»^ |;<p |ooi l^»!. Le texte primitif portait peut-être : ...,ata [is\ oopIow ^»I
« Il était à cette époque à Dzov », c.-à-d. le Petit-Lac (non loin de Kharpert). — 5. Ordinairement
ya'qoubaçlan; mais l'auteur orthographie les noms diOeremment selon les sources auxquelles il
puise. Cf. p. 253, n. 6. — 6. Même leçon dans l'arabe ; peut-être une transposition pour TLapâêr,
(cf. Hist. Grecs des Crois., I, p. 73), ou ^ripÉTt [ibid., p. 218).
m. 38
298
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
fille ' à l'aide de la corde d'un arc ; elle fît venir son ' frère de Dibarigê, et celui-ci
l'épousa et régna.
Le couvent des Grecs appelé de Sarika', dans le pays du Pont, possédait une
grande croix d'or, dans laquelle était une parcelle du bois de la Crucifixion, qui
opérait des miracles en ce pays. En cette année, le gouverneur conçut le des-
sein de s'emparer de la croix ; il rencontra un homme selon son cœur, un scélérat
d'entre les Grecs. Celui-ci étant parvenu à occuper la citadelle de l'endroit,
l'émir vint, s'empara de la croix et de tout le reste, chassa les moines et établit
les Turcs dans le couvent; ensuite, quelques-uns de ses grands lui rappelèrent
comment ses ancêtres avaient honoré ce couvent; à la suite de nombreuses-
supplications, il exigea des moines des gages pour l'or (promis) et un tribut-
qu'ils devaient lui payer chaque année, et il leur rendit le couvent*. — Que
diront maintenant les Grecs blasphémateurs? Quand l'inique Josselin pilla le
couvent de Mar Bar Çauma, ils se réjouissaient sottement et, comme ^ les
Juifs à l'égard de Notre-Seigneur, ils se moquaient et blasphémaient. Mais la
renommée de Mar Bar Çauma grandit auprès de toutes les nations; il revint
en triomphe, et les spoliateurs furent punis au septuple'; partout les fidèles se
réjouirent, comme les Apôtres de la résurrection de Notre-Seigneur. Quelle est
donc maintenant leur excuse ? On peut donc leur dire : « vous qui grinciez des
dents contre les saints en blasphémant, confessez, conformément à la vérité,
que si nous n'avions pas péché, et si la justice divine n'avait voulu nous châtier,
ni le couvent de Mar Bar Çauma n'aurait été pillé par Josselin, ni la croix pré-
cieuse n'aurait été tournée en dérision dans le couvent de Sarika. » — Fin.
Le 29 de kanoun t*'" (déc.) de l'année
1461, la terre fut secouée par un trem-
blement.
Le 15 de 'adar (mars) il y eut une
éclipse de lune, depuis le milieu de la
nuit jusqu'à l'aurore.
Le 23 de 'ab (août), il y eut des pluies
et une inondation qui renversa beaucoup
d'endroits, principalement à Hesna de
A cette époque, il y eut quelques-
évoques de notre Eglise qui succom-
bèrent manifestement.
L'un d'eux est Aharon du Ségestan,
dont nous avons déjà fait mention plus-
haut'. Après avoir été ordonné par le
maphrien, il finit par hagaréniser, gré-
ciser, maroniser*.
Un autre est celui de Hesna de Ziad,
1. Sic ms. et vers, ar, ; Barhébr. : « sa femme », — 2. Le frère « de lai » ; ce qui rend plus
vraisemblable la leçon « sa femme ». — 3. BH : I^h^»; notre leçon répond mieux au grec Sâpf/a
(enCappadoce). — 4. Ou bien : « il la leur renvoya (la croix) au couvent », comme a lu Barhébr. —
5. Lire : 1.û«»=o. — 6, Cf. Ps. Lxxvni, 12.
7. Cf. ci-dessus, p. 291. — . 8. Lire : sp;wl.|. S. Jean Damascène a dit de même (laptoviiisiv « embras-
ser l'hérésie des Maronites »,
LIVRE XVII. CHAJR XII
299
Ziad; dans cette ville, un jeune homme',
deux mulets et un âne furent noyés.
A cette époque, [6S0j on ordonna
pour les Chalcédoniens, comme pa-
triarche', un homme âgé qui avait été
fait évêque dans sa jeunesse, puis avait
abandonné l'épiscopat et s'était retiré
dans le monachisme. Quand il fat choisi
pour être patriarche, il ne fit point sa-
voir qu'il avait déjà été ordonné évêque.
Il était, en eflfet, captivé par l'amour de
la domination et il cacha la chose. Il fut
donc ordonné une seconde fois. Peu de
temps après, la chose fut dévoilée et il
fut honteusement chassé' avec ceux qui
l'avaient ordonné*.
En l'an 1462, il y eut un rude hiver,
et beaucoup de neige, comme si les ca-
taractes des cieux l'avaient laissé tom-
ber ; et même dans des lieux où on
n'avait jamais vu de neige, il y en eut
•environ deux coudées.
Au mois d'adar (mars), il y eut de
nouveau de la neige rouge. Les natura-
listes disent : te Quand les vapeurs ou
les vents soulèvent" de la poussière
rouge, c'est-à-dire de la poudre, ils
retendent en nuages ', et à cause de la
rougeur de la poussière, leur ^ couleur pa-
raît sanguinolente. Pareillement, quand
les vents soulèvent de la poussière dans
les nuages, ils laissent pleuvoir une
rosée de fine poussière ». Toutes ces
choses ont lieu pour notre avertissement.
surnommé Bar Tourkayê. Il avait été
ordonné par le patriarche [6S0] Mar
Jean comme évêque du diocèse de Tell
Baèer, quand Bar Andréas en fut chassé.
Lorsque Bar Andréas y fut de nouveau
accepté, on envoya Bar Tourkayê à
Symnada. Là aussi sa corruption fut
découverte et il fut chassé. On l'envoya
alors dans la région de Habôra. Mais là
encore, il ne put dissimuler la turpitude
de sa débauche' et il fut expulsé. Il se
rendit dans la région de la Grande
Arménie, quitta l'habit extérieur qu'il
portait, et sous l'habit des ouvriers
il se mit au service d'un des princes de
l'endroit. Il avait pris une courtisane.
Voyant qu'il ne pouvait pas même ga-
gner par le travail le pain nécessaire
pour lui et pour la courtisane qui s'était
attachée à lui, selon la parole des di-
vines Écritures', « il souhaitait de rem-
plir son ventre des caroubes des porcs , et
personne ne lui en donnait ». Alors, il
ne courut pas vers le Père miséricor-
dieux, mais il roula de mal en mal. Il
revêtit le saint habit et se mit à parcou-
rir les endroits où il n'était pas connu,
en recueillant des aumônes, au nom des
monastères et des saints ; et il mangeait
dans la débauche^ avec cette courtisane,
ce qu'on lui donnait ; mais cela ne put
demeurer caché, et alors un fidèle zélé
le tua. Telle fut sa fin.
Un autre s'appelait Gabriel^ de
1. BH : « un enfant et sa mère». — 2, A Constantinople. — 3. Lire ; (.?^*1. — 4. Il s'agit du
patriarche Nicolas Musalon, cf. Hist. du Bas-Emp., /LXXXYll, § Lri. — 5. Lire : ,»ûm», quoique
l'arabe porte comme le texte ; « rougissent » (lo;>a.».). — 6. Ou « sur les nuages », _ 7, Ms. et
vers, arabe : « sa couleur».
8. wto-Ji». — 9. Luc, XV, 16.
300
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
En ce même mois d'adar, la neige
tomba à Mélitène de telle sorte que
personne n'avait jamais vu ni entendu
parler d'une si grande quantité.
Le 23 de ce même mois, un signe
semblable à un rayon de feu apparut de
nouveau dans la région septentrionale.
La même année, dans la région de
Callisura, d'une montagne', au pied de
laquelle se trouvait un village, tomba tout
à coup* un énorme quartier de roche
qui fit un pressoir de tout le village,
avec ses habitants et leurs bestiaux.
La môme année, les pluies ayant été partout trop abondantes, elles détruisirent les
semences et toutes les [6Slj récoltes ; surtout sur le bord des rivières, tout ce qui
avait été semé fut entièrement détruit.
Mar'as; il était surnommé Gâmâkîr ',
dans la langue arménienne, ce qui signi-
fie « escamotant la prière ». Mar Atha-
nasius l'avait ordonné évêque pour
Saroug. Comme on disait de lui qu'il se
souillait dans la fornication, [6ai] le
patriarche, par manière de sollicitude,
usa de longanimité à son égard. Alors il
fut entraîné à de plus grands maux et
à des impiétés très honteuses, comme le
montrera plus loin le discours'.
CHAPITRE [XIII]. — Il est consacré à deux choses '. premièrement, au prodige
qui eut lieu à Antioche et à l'église qui fut bâtie en cette ville ; secondement, à
une exhortation.
Parole d' exliortation (tirée) du livre
du vénérable Dionysius^ . — Plusieurs
scrutent indiscrètement les jugements se-
crets et inaccessibles, « Pourquoi, disen t-
ils, Dieu n'a-t-il pas eu pitié du peuple
sur lequel est invoqué son nom, et ne
les at-il pas délivrés de ceux qui les te-
naient captifs ? Pendant longtemps le
joug des Assyriens s'est appesanti sur
eux, et plusieurs par contrainte aban-
donnèrent leur foi ». A ceux-ci, nous
répondrons brièvement : Il ne convient
pas que les événements arrivent selon
Nous rapportons l'histoire d'un pro-
dige que fit rillustre Mar Bar Çauma
dans la ville d' Antioche, en l'an 1462.
Un enfant d'une famille princière des
Francs était monté sur un figuier : les
arbres sont nombreux dans la ville, et
elle en est agrémentée comme un jar-
din. Or, il arriva que l'enfant tomba,
et se brisa les os du talon. Les méde-
cins lui donnèrent leurs efforts, mais
[ne] ' purent le rétablir. Ses parents
étaient affligés parce qu'il restait boi-
teux; il était leur fils unique, et ils
1. Lire ; Uafe ^ (ar. ^=<^ yl^). — 2. Lire : ù:^»!» (ar. : «C»,^).
3. BH : ;.alsoU (lire : ;"3(»U); les deux formes sont la transcription de l'arménien zarnaVer; de
zam, « temps, heures canoniques i> et k'erel, « gratter, écarter, annuler ». — 4. Cf. ci-dessous, p, 318.
5. Denys Bar Çalibi. — 6. Suppl. ; U (vers. ar. : o?,o l»o).
LIVRE XVII. CHAP. XIII
301
votre volonté. Beaucoup de choses sont
réputées sévères, parmi les hommes,
[632] au commencement, qui, à la fin,
tournent au bien. Comme il est écrit' : «Le
vase ne dit pas à son potier : Tu ne m'as
pas bien façonné ». Nous devons donc
confesser que tout est dirigé pour le bien
par la science impénétrable de Dieu.
En outre, nous devons comprendre et
savoir que, si leurs péchés ne s'étaient
multipliés, ils n'auraient point été livrés
aux mains de peuples étrangers. Qui a
jamais vu un père ne pas s'irriter contre
son fils, quand, après lui avoir confié
son bien et donné l'autorité sur ses ser-
viteurs, il le voit s'écarter avec mépris
des règles et des ordres de son père ?
Tant qu'il observe les prescriptions de
son père, il est le maître de tout le bien
paternel, mais quand il s'écarte de la loi
qui lui a été imposée, non seulement il
doit être privé d'héritage, mais même
livré aux mains des serviteurs pour
qu'ils le châtient, qu'il passe ses jours
dans le mal qu'il a médité, et qu'il com-
prenne par là sa dignité première et sa
chute dernière. Quant à ceux qui, dès
leur tendre enfance, ont été jetés en es-
clavage, pour pratiquer les œuvres du
paganisme et les mœurs déréglées, si
la providence de Dieu, qui prévoit toute
chose avant son existence, reconnaît
qu'en restant dans la foi de leurs an-
cêtres ils auraient donné des fruits
dignes du royaume (des cieux), il les
délivre promptement et sans retard, par
quelque moyen qui convient à sa provi-
dence. Il est dit, en effet : « Je retirerai
étaient les descendants des plus grandes
familles princières. Ils avaient recours
à tous les moyens, et avaient donné
beaucoup d'or, afin que la claudication
[6S2] de leur fils fût guérie. Ils se don-
nèrent de la peine pendant longtemps;
ils dépensèrent beaucoup, mais n'en re-
tirèrent aucun soulagement.
A cette époque, par suite de la chute
de Josselin, la renommée du bienheu-
reux Mar Bar Çauma était très répan-
due, et toutes les bouches récitaient les
miracles que Dieu avait faits en son nom,
les grands secours qui vinrent et vien-
nent encore constamment à ceux qui
le prièrent ou le prient.
C'est pourquoi la mère du jeune
homme estropié demandait continuelle-
ment au saint la guérison de son fils,
priant avec larmes et faisant des vœux.
Il se rencontra un moine du couvent qui
portait avec lui, selon l'usage, une image
du saint. Ils l'introduisirent avec em-
pressement dans leur maison, et ils re-
çurent la bénédiction de l'image.
Le lendemain, le bienheureux appa-
rut à la femme, sous l'aspect d'un roi
environné d'une grande gloire. Et
quand elle demanda qui était ce roi, la
foule qui était réunie en sa présence
lui dit : « Celui-ci est Mar Bar Çauma ».
Et elle entendit le bienheureux qui di-
sait lui-même ; « Je veux qu'on me bâ-
tisse ici une église ». Le même jour, le
moine dont nous avons parlé vit aussi le
saint qui lui disait : « Lève-toi : va à la
demeure du franc Henri, et dans son
jardin bâtis-moi une église », 11 lui
1. Cf. Is., XLV, 9.
302
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
des dents (des fauves), et je ferai reve-
nir des profondeurs de la mer' ». Mais,
si (cette prescience) voit qu'ils n'au-
raient point ressemblé par les œuvres à
«eux dont ils auraient été les disciples,
mais qu'ils se seraient plongés, depuis
leur enfance jusqu'au temps de lenr
vieillesse, dans l'impiété, et auraient
subi l'esclavage des passions comme le
peuple déréglé, cachant sous une peau
de lion Tastucedu renard, elle les aban-
donne à l'idolâtrie qu'ils auraient eux-
mêmes recherchée et au joug de laquelle
ils se seraient eux-mêmes soumis quand
ils seraient parvenus à l'âge de discerne-
ment. Et ceci suffit.
Ajoutons que nous devons aussi nous
blâmer nous-mêmes, à cause de l'épis-
copat qui a été avili par la démence,
comme l'a montré ce qui est dit [6S3]
dans les histoires ecclésiastiques à pro-
pos de Aharon du Ségestan et d'autres^,
qui furent très dissolus et se pervertirent
de plus en plus.
C'est pourquoi il ne convient pas de
confier sans discernement les fonctions
religieuses à des hommes répréhensibles,
ni ensuite de laisser entre les mains de
ceux qui chancellent le glaive spirituel,
dans la crainte qu'au lieu de couper les
passions, ils ne blessent les âmes,
comme il est arrivé.
Notre sel ' s'est affadi ; il n'y a plus de
résine en Galaad* ; chacun fait ce qui lui
plaît : et nous avons grand besoin d'un
Moyse ou d'un Samuel pour intercéder
en notre faveur; afin que le Seigneur se
montra trois autels, et la vision se re-
nouvela avec menaces.
Le moine, qui s'appelait Çelîba, fut
plongé dans la crainte et l'étonnement.
Il fit savoir ce qui lui avait été dit à
l'évêque Basil[ius] d'Edesse, qui se trou-
vait à Antioche à ce moment-là. Tandis
qu'ils étaient dans l'hésitation, voici
que les parents du jeune homme arri-
vèrent et firent connaître la vision,
qu'avait eue la mère de l'enfant.
Alors, le moine emmena avec lui
l'évêque et prit l'image du saint, et ils
se rendirent à la maison de ces Francs.
Ils célébrèrent l'office à l'endroit où
l'enfant gisait malade, et après avoir
achevé la prière ils s'en revinrent; le
père et la mère de l'infirme l'entouraient
en priant et demandant pour lui la santé.
L'enfant s'assoupit et s'endormit. Tout
à coup, il poussa un grand cri, se leva
et se tint sur ses pieds. Ses parents et
les gens de la maison étaient dans la
stupeur et l'étonnement. Ils virent la
main de l'enfant tendue comme si quel-
qu'un la tenait. Ils comprirent qu'il
avait une vision. Ils l'interrogèrent,
mais il ne répondit pas; il demeura un
long moment la main droite étendue et
les yeux levés en haut. Et tandis que
son père tressaille d'allégresse et loue
(le Seigneur), on prépare promptement
les cierges, l'encens et les parfums, et
une foule nombreuse s'assemble. Alors
l'enfant revient à lui et fait savoir que
le bienheureux Mar Bar Çauma lui était
apparu, tenant à la main une croix d'or
1. Lire : l-i-» û-=; Ps. lxvu (lxvhi), 22.
■^j^^. — 4. lla.^*. Jékém., VIII, 22.
— 2. Lire : l»è>*»° (vers. ar. : 'o(;^s5^). — 3. Lire
LIVRE XYII. CHAP. XIII 303
retourne, fasse luire sa face sur nous, brillante comme le soleil et dont l'éclat
et guérisse nos blessures apparentes et remplissait toute la maison; [6S3] il
cachées. Où la faveur n'a-t-elle point était accompagné d'une troupe de
pénétré dans l'Église ? Quelle sorte de moines ; il le prit par la main et le leva
cruauté trouve-ton qui n'y est point en lui disant :« Lève-toi; ne crains rien;
exercée ? La richesse et le lucre pros- je suis venu h cause de la foi de tes pa-
pèrentainsique la rancune et l'orgueil ; rents et de leurs supplications ». L'en-
les hommes pieux et les humbles sont fant répondit :« Comment pourrai-je me
méprisés ; la voix des séducteurs et des lever, puisque j'ai.le talon brisé? » Mais
verbeux' se fait entendre ! Seul le Sei- le saint palpa l'endroit, et il fut guéri
gneur peut dans ses miséricordes comme s'il n'avait jamais été brisé,
prendre pitié de son peuple, et redres- Et puisque ces choses ont eu réelle-
ser la tente de David qui est tombée. ment lieu, qui donc pourrait douter
i — Fin. que le Christ Notre-Seigneur, qui gué-
rit jadis la belle-mère de Pierre^, ne soit
celui-là même qui réaide dans notre seigneur Mar Bar Çauma et accomplit à son égard
ce qu'il a dit ': « Quiconque garde mes commandements fera les œuvres que je fais,
et en fera de plus grandes » ? Dieu, en effet, habite dans son saint, et fait tout ce qu'il
veut, quand, comment et où il convient.
Ensuite, les parents de cet enfant, pleins de crainte et de joie, le prirent avec eux,
marchant d'un pas rapide, et, suivis des foules, ils allèrent à la grande église, et de
là près de la reine*. Les nobles des Francs et la reine elle-même se joignirent à eux,
ainsi que des groupes d'Arméniens, de Syriens, de Francs; ils vinrent jusqu'à
l'endroit où avait eu lieu le miracle, et où l'enfant indiquait que se tenait le saint
quand il lui apparut. La reine se prosterna sur le visage en pleurant; les foules pre-
naient de la poussière, et en étaient bénies". Partout où on porta de cette poussière,
Dieu procura des guérisons et des soulagements à ceux qui crurent.
Ils commencèrent la construction de l'église, à laquelle fut préposé le moine Çeliba .
Tant de prodiges, de révélations, devisions arrivèrent pendant sa construction^, que
le chapitre dont nous nous occupons ne peut les contenir.
Nous allâmes à sa consécration avec les anciens du couvent '. Elle fut consacrée le
dimanche 9 de kanoun i" (déc.) de l'an 1468", du temps de Raynald^, seigneur
1. linguosi,
.2. Cf. Luc, IV. — 3. JoH., xiT, 12. — 4. On a déjà remarqué que les auteurs syriens donnaient
le titre de « roi » {malka) au prince d'Antioche (cf. p. 183, 199, etc.). La « reine « désignée ici était
Constance, mère du jeune Bohémond. — 5. C.-à-d. : la vénéraient et s'en servaient comme d'un
objet béni. — 6. Lire : »i..iao, — 7. Michel était alors archimandrite du couvent de Mar Bar
Çauma. — 8. 9 déc.' 1156. — 9. Renaghd. Renaud de Châtillon, qui avait épousé Constance, veuve
de Raymond de Poitiers.
304 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
d'Antioche, et de Baudoin, roi de Jérusalem, d'Amaury', leur patriarche, et de Mar
Athanasius, notre patriarche. A cette consécration se trouvèrent présents le gouver-
neur de Cilicie : le généreux* Thoros, la reine, Henri lui-même et sa femme dame
Isabelle, c'est-à-dire Elisabeth, le reste des princes francs, le peuple des Arméniens
et des Syriens, et une multitude de prêtres, de diacres et de moines, tant des nôtres
que de ceux des Francs et des Arméniens. Mais les Grecs haineux s'affligèrent dans
leur jalousie. Dieu et son saint furent glorifiés : à lui la gloire, et sur nous tous ses
miséricordes, en tout temps. Amen et amen!
CHAPITRE [XIV]. — De l'époque à laquelle mourut Daulah, seigneur de Mé-
litène ; et des choses qui concernent cette ville et son territoire. Des autres
événements qui arrivèrent à cette époque [parmi] les rois. De la discorde qui
survint entre le maphrien Ignatius et son diocèse.
En l'an 1463, les Francs sortirent de nouveau de Rome, pleins de colère contre
les Grecs, pour tirer vengeance de la fourberie dont ceux-ci avaient usé à
l'égard de leurs frères.
Ils pillèrent, ravagèrent, et parvinrent jusqu'à la porte de Gonstantinople; ils
incendièrent et causèrent de graves dommages dans l'empire des Grecs, puis
ils s'en retournèrent '.
Une partie d'entre eux vint en Palestine; [634] mais comme ils n'avaient point
de chef, ils ne furent pas d'accord pour tirer aussi vengeance des Taiyayê. Ils
passèrent au fil de l'épée ceux des Jaiyayè qu'ils trouvèrent dans les villages
de la région d'Ascalon et incendièrent ces villages.
Ils naviguèrent par mer et partirent pour l'Egypte. Là, dans la région occi-
dentale de Miçrin, ils firent brûler les villes et les villages avec leurs habitants.
Puis ils retournèrent dans leurs pays.
La même année, le 12 de haziran (juin), un jeudi*, mourut Daulah (seigneur)
de Mélitène, et son fils, Dhou 'l-Qarnein, régna ce jour même. Une grande ter-
reur se répandit et les angoisses se multiplièrent sur les chrétiens, de telle sorte
qu'ils se tournèrent vers la pénitence.
1. Amaury, A;naiWc«s, patr. d'Antioche, 1142-1187. (Cf. Oriens Christ. ,111, col. 1146; Ducange,
Familles d'outre-mer, p. 742). — 2. Mare agra, littér. « dominus mercedis », est le titre souvent
donné par les chroniqueurs syriens aux rois de la Petite-Arménie; il traduit sans doute quelque
formule du protocole arménien.
â. Le synchronisme paraît inexact. L'auteur semble faire de nouveau allusion à la guerre avec
Roger de Sicile; cf. ci-dessus, p. 282. — 4. 12 juin 1152.
LIVRE XVII. CHAP. XIV 305
Quand son frère Ya'qoub-A[r]çlan' eut achevé son deuil, il envoya des con-
doléances au fils et à sa mère, (et leur manda) de conserver la ville et de ne
pas se soumettre au sultan». Ils eurent confiance en lui et envoyèrent leurs trou-
peaux» pour qu'ils fussent en sûreté dans son pays.
Le sultan, en apprenant qu'ils s'étaient mis d'accord pour ne pas se soumettre
à lui, vint en colère, tout d'abord contre Ya'qoub-A[r]çlan. Celui-ci en voyant la
force des armées fut terrifié et se soumit; il promit de ne pas aider son neveu.
Alors, le sultan vint contre Mélitène, et le 24 de tamouz(juill.) la flamme surgit
tout à coup : des myriades de Turcs et d'autres peuples. En un instant ils rui-
nèrent et détruisirent comme par le feu tout ce qu'il y avait de beau dans les
environs. Et tandis qu'à l'extérieur les armées du sultan ravageaient le pays, à
l'intérieur les princes et les soldats tourmentaient sans pitié les habitants de la
ville, de toute façon.
Et comme les fidèles étaient resserrés entre [63S] deux bêtes féroces, ils se
souvinrent alors un peu de leurs péchés. En voyant le breuvage préparé et le
glaive aiguisé, ils se mirent à prier assidûment ; et le Seigneur, qui est prompt
à la pitié et à la miséricorde, hâta leur salut; de même qu'à la prière d'Elisée
Samarie obtint sans retard de la consolation : ainsi, à la prière de la Mère du
Seigneur d'Elisée, le jour de la fête de sa Transmigration, la paix fut faite,
pour le motif que voici :
Le jeune enfant qui régnait était fils de la fille du frère du sultan. Sa mère
tomba aux pieds du sultan en se prosternant; il se laissa fléchir et décida que
si le jeune homme lui-même venait le saluer et se mettait sous sa suzeraineté,
il le laisserait dans la ville. Le jeune homme sortit, fut bien accueilli*, et la
principauté lui fut confirmée.
Tandis que le sultan assiégeait Mélitène, quelques-uns de ses Turcs étant
entrés pour piller dans le pays de Claudia, trouvèrent des moines et des serfs
du couvent de Beit Hanis '' du couvent; et ils les emmenèrent en capti-
vité. Les moines s'étant ensuite rendus près du sultan, celui-ci les renvoya.
Comme ils s'en revenaient, dans la montagne de Hazourîn ' ils rencontrèrent
des brigands qui les attaquèrent : trois des brigands furent tués, et un jeune
homme parmi les serfs. Les autres arrivèrent au couvent.
Quand Mélitène fut sauvée, contre toute espérance, la mère du jeune prince
gouverna, et, sans pitié, elle tourmentait les riches et les pauvres par des tributs
et des impôts de toute sorte. Les Musulmans eux-mêmes, aussi bien que les
1. Fils de Ghâzî, de la famille de Danismend. — 2. Mas'oud, sultan d'Iconium. — 3. Lire :
>^oiNaso% « troupeaux » ou « chevaux ». — 4. Lire : ^^aoL] (vers. ar. : 'ov^aoâ). — 5. Le mot qui
suit le n. propre dans le texte paraît altéré et n'a pas été rendu par la vers. ar. : x^=oii^ '°.*<s?^
.joeioPlS '»»i— û>^ U» '^ rf»^ ^«ftaji^o — 6. La montagne « des Pommiers» ; vers.ar.: i— JSûSs '^.^.
III. 39
m
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Chrétiens, étaient dans l'oppression, et personne ne pouvait la persuader. Elle
disait « que la ville était aussi à elle et non seulement à son fils, puisque le sultan
avait accueilli sa demande »; et « qu'elle-même, par les magiciens et les sorti-
lèges, avait sauvé la ville. »
Autour d'elle se réunit une foule de magiciens et de femmes débauchées-
qui lui prédisaient « une longue vie », comme autrefois à Julien', et « qu'elle
régnerait ». C'est pourquoi, elle conçut le dessein de tuer son fils et de régner
seule, pour s'unir à qui « elle voudrait.
Alors le Seigneur eut pitié de la clameur des pauvres, et la colère de justice*^
é'éleva contre cette nouvelle Jézabel. Son projet fut découvert. On la chassa.
Elle sortit à pied, avec ces débauchées qui attendaient le succès et la fortune.
C'est à elles* que s'applique la parole prophétique' qui couvre de honte
l'impiété : « Lève-toi donc avec tes magiciens et tes enchanteurs. Peut-être pour-
ras-tu en tirer profit ? Tu t'es fatiguée (en vain) dans la multitude de tes des-
seins. » Après être demeurée quelque temps à la porte de la ville, elle fut
encore chassée de là, nue etsans chaussures, et son fils fut confirmé dans la prin-
cipauté. Il fit mettre à mort tous les magiciens et les incantateurs que sa mère
avait rassemblés; il pilla leur demeure. 11 édicta que tous les gens de cette
espèce fussent brûlés et ne parussent pas en sa présence. La plupart prirent
la fuite. Il procura la paix et la tranquillité aux habitants de la ville et abolit les
aggravations d'impôts et de perceptions. Ce fut un grand soulagement pour les
Chrétiens et la joie pour tout le monde. Et comme il avait découvert quelques-
uns des notables qui étaient disposés, avec sa mère, à le faire périr, peu à peu
il les chassa tous et pilla leurs maisons, de sorte que personne n'osa comploter
contre son gouvernement^
Au mois de tésrîn i*"" de l'an 1463,
il y eut une pluie abondante pendant
la nuit; elle détruisit les aires et les
plaines ; une foule de gens et d'animaux
domestiques furent noyés dans l'inon-
dation qui survint, surtout dans le pays
de Hesna de Ziad et dans celui de Ça-
maha. L'inondation emporta une quan-
tité de terre et de grandes pierres,
Le patriarche Athanasius quitta Amid
et vint à Hesna de Ziad. A cette époque
mourut l'évêque de l'endroit. Le pa-
triarche demeura en ce lieu pendant
trois ans, bien qu'il eût ordonné pour
évêque Sergius, son disciple, qui prit Ifr
nom d'Iwannis ; mais après, que celui-ci
fut ordonné, il l'envoya à Amid, pour la
gouverner [684] au nom du patriarche '.
t. Ms. Imianus («» pour'i-o«, et de même dans la vers. ar. : »flaaa.»i^»). — 2. Lire : ^ (BH)- —
3. \Lai\^, — 4, Barhébr. corrige : ci à elle », au singulier, — 5. Is., xlvii, 12. — 6, Litt. : « contre
son dessein »; peut-être faut-il restituer oitoi^Wj « contre son règne » (?).
7, Le texte paraît légèrement altéré. Vers. ar. : y^ô^^ lw_,oû>a^ ,so| lA.
LIVRE XVII. GHAP. XIV
307
(grosses comme des) meules de mou-
lins', [654] et les fit descendre dans
la vallée, c'est-à-dire dans le torrent qui
«st entre la place forte d'Abdaher et le
villagede Torséna'. L'Euphratefut com-
blé par une montagne qui s'effondra et
son cours fut suspendu pendant trois
heures ; j'ai vu l'endroit et les hommes
qui couraient prendre les poissons à
cet endroit; de sorte que les eaux s'ac-
cumulèrent', inondèrent en se répan-
dant les vallées de la montagne de Clau-
dia, et s'écoulèrent.
A cette époque, un prêtre arménien
nommé Joseph, originaire du pays de
Hanazit, bâtit une église dans le village
de Bârgahis', et l'orna. Il la fit à l'ex-
térieur resplendissante de blancheur.
Un jour, l'émir Qara-Arçlan, étant sorti
pour se récréer, selon l'usage des rois,
vit cette église resplendissante et en fut
irrité. Quelques Turcs qui détestaient
ce prêtre enflammèrent la colère de
l'émir; outre les nombreuses accusations
qu'ils portèrent contre lui, ils ajoutè-
rent, par une inspiration diabolique :
« Partout où une église neuve est cons-
truite, le prince de l'endroit meurt. »
Alors sur son ordre on rasa sans pitié
cette église jusqu'aux fondements, et on
■enferma en prison ce prêtre calomnié.
Les Chrétiens habitant Hesna de Ziad
s'étaient réunis pour intercéder en sa
faveur ; mais au moment même, avant
■qu'ils ne se présentassent, l'émir or-
donna de le crucifier, le jour de la fête
Tandis que le patriarche était' à Hesna
de Ziad, Ignatius, le maphrien, c'est-
à-dire l'archevêque de Tagrit et de
l'Orient, vint le trouver. Il était venu
pour le motif que voici.
Depuis les temps anciens, la coutume
était, chez les Orientaux, que le métro-
politain de Tagrit, qui est le maphrien,
ordonnât le métropolitain de Ninive et
de Mossoul. Quand celui qui était élu
avait été ordonné et était devenu métro-
politain de ce vaste diocèse, il n'était
plus soumis au maphrien, comme les
autres évêques de cette contrée, mais il
se faisait son égal, par une coutume
destructive de la hiérarchie régulière.
Il y eut constamment à ce sujet des
disputes dans la contrée orientale,
comme le montre la Chronique de Denys
de Tell Mahrê, depuis le temps du pa-
triarche Cyriacus, où cette coutume prit
naissance'.
Comme à cette époque Tagrit était
très amoindrie, tandis que le diocèse de
Ninive était florissant, le maphrien vou-
lut réunir le diocèse de Ninive à celui
de Tagrit et ne pas établir de mé-
tropolitain à Ninive. A ce propos, il
y eut une querelle entre le maphrien
et les gens de Tagrit, et c'est pour cela
que le maphrien Ignatius vint trouver le
patriarche Athanasius à Hesna de Ziad.
Ayant vu que le patriarche n'approu-
vait pas cela, il le quitta et passa à Méli-
tène, et de là [6ô&] au monastère de
Sergisyeh.
1. Vers. ar. : ^<.)a^ '1-.^. — 2, U»U (BH). — 3. Barhébr. {Chr, «y., p. 319) ajoute : « et arrivèrent
jusqu'au village de Prosidin, situé sur le sommet de la montagne ». — 4. Vocalisation incertaine.
5. Suppl. low. — 6, Comp. ci-dessus, p. 29, 32.
308
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Quand le patriarche monta de Hesna
de Ziad au couvent de Mar Bar Çauma,
le maphrien vint de nouveau le trouver,
et s'efforça d'amener le patriache, à ses
vues, pour qu'il consentît à la réunion
de Mossoul avec Tagrit et à ce que le
maphrien gouvernât les deux diocèses.
Après être demeuré tout l'été dans le
couvent, sans que le patriarche consentit
à sa demande, le maphrien partit et s'en
alla à son diocèse au mois de tésrîn ii
(nov.).
Il persévéra dans l'intention et le désir
qu'il avait, comme le fit voir l'événement,
et quand il en trouva la facilité, il ac-
complit son dessein, ainsi que le dis-
cours l'exposera plus bas, quand il en
arrivera à cette époque'. ,
Comme le patriarche demeura dans notre couvent, c'est-à-dire dans celui de notre
seigneur Mar Bar Çauma, tout le reste de sa vie, plusieurs en furent jaloux. — Fin.
Dans ce Livre est renfermé, en i4 chapitres, un cycle de dix années, pendant
lesquelles deux rois ont régné sur les Grecs et les Francs^, deux sur les
Turcs, et un sur les Arabes.
de la Croix, au mois d'éloul (14 sept.).
Dès ce moment et pour ce motif, parut
un édit défendant, dans tous les pays de
la Mésopotamie, de bâtir une nouvelle
église ou de restaurer les anciennes.
Cela fut [6SS] cause d'une grande afflic-
tion pour tous les Chrétiens, jusqu'à
l'époque qui suivit la mort de cet émir.
Du temps de son fils, les Chrétiens
de ses états se réunirent, lui offrirent
beaucoup d'or, et obtinrent la permis-
sion de restaurer toute église ancienne
qui avait besoin de réparation. Une
grande consolation fut procurée aux
Chrétiens, en tous lieux, par un sem-
blable édit. — Fin.
1. Cf. ci-dessous, p. 313. — 2. C,-à,-d. un sur chacun de ces deux peuples.
LIVRE XVIII
[6S6] Avec l'aide de Dieu, nous commençons ce Dix-huitième Livre a l'an 1464,
QUI EST l'asT 1134 DE l'InCARNATIOiV DE IVoTRE-SEIGNEt/a, LAN 531 DE l'eMPIRE DES
Arabes, l'an 93 des Turcs, et, depuis Adam et le commencement du monde,
l'an 6633*.
CHAPITRE le'. — De l'époque à laquelle les Francs enlevèrent aux Égyptiens
Asqalon, qui est 'Asqalân. Autres événements de cette époque.
En l'an 1464, comme Baudoin, roi franc de Jérusalem, était encore enfant, la
reine sa mère* dirigeait entièrement l'empire. Le roi, devenu homme par la
taille et l'intelligence, voulut [gouverner] seul». [Une discorde s'éleva entre le
roi et sa mère*. Celle-ci se fortifia dans la Tour de David. Alors les grands
s'interposèrent entre eux. On convint que Jérusalem serait à la reine, et les
autres villes, avec les troupes, au roi son fils ^
Le roi s'en alla contre la ville d'Ascalon, quiétait aux mains des Taiyayê Égyp-
tiens. Il dressa contre cette ville une tour de bois et des balistes, et y fit une
brèche. Quatre cents Frères •s'élancèrent et pénétrèrent à l'intérieur de la brèche.
Les Arabes les tuèrent tous : car ils étaient au nombre de 20.000, bien armés,
qui se tenaient à l'intérieur de la brèche. Le roi en fut fort affligé. Il était sur
le point d'abandonner la ville et de partir. Un homme belliqueux (nommé
Renaud)'' l'encouragea'. Toute la nuit les Francs veillèrent sur la brèche et ne
permirent pas aux Arabes de rebâtir le mur. Au matin, le roi prit la croix, la
jeta à l'intérieur de la ville et s'écria : « Quiconque n'entre pas avec la croix
n'est pas chrétien! » Alors, tous se précipitèrent et entrèrent dans la ville.
1. La version arabe donne identiquement ce titre, mais omet tout ce qui suit jusqu'à la p. 695
de notre texte. — 2, Mélisseude. — 3. A partir d'ici, notre ms. présente malheureusement une
lacune de dix feuillets. Il est probable qu'un cahier entier du manuscrit primitif a disparu. Afin
de conserver au récit une certaine unité, nous traduisons les parties correspondantes des Chro-
niques de Barhébréus, qui sont habituellement un résumé de celle de Michel, beaucoup plus
fidèle que l'abrégé arménien. Cette partie complémentaire est imprimée ici en lignes plus com-
pactes. Les passages empruntés au Chronleon syriacum^ sont traduits sur l'édition de P. Bedjan
(Paris, 1890), et ceux du Chronicon ecclesiasticum sur l'édit. d'AsBELOos et Lamy (Louvaiu, 1872).
La division en chapitres a été établie par conjecture. —4. La suite de ce cliap. d'après Bar. Hebr,,
Chron. syr., p. 319-320. — 5. Cf. Rôhricht, Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 270. — 6. Templiers. —
7. Ce nom, omis par Barhébréus, est donné par l'abrégé arménien qui, d'après le contexte, l'entend
évidemment de Renaud de Chatillon, Peut-être s'agit-il de Raymond, grand-maître des chevaliers
de Saint-Jean? Cf. Rôhhicbt, op. cit., p. 277. — 8. Lire : o*=^.
310
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Environ dix-huit mille Arabes furent tués dans Ascalon : les autres s'enfuirent
en Egypte sur des navires*.
A la suite de cette victoire remportée par le roi de Jérusalem, la principauté
d'Antioche fut attribuée (à Renaud) », et il prit pour épouse la femme » du sei-
gneur de cette ville qui était mort.
L'Arménien Thoros, prince de Cilicie, envahit le pays de Gappadoce ; il y fit
captifs des Turcs, et revint dans sa région.
Mas'oud, sultan d'Iconium, donna sa fille à Ya'qoub-Arslân, et ils se mirent
d'accord pour envahir la Cilicie. Mais comme tous les postes étaient fortement
occupés par les Arméniens, les Turcs s'en retournèrent des gorges des monta-
gnes * couverts de confusion.
Alors Thoros devint plus puissant, et il enleva aux Grecs les places qui res-
taient entre leurs mains. Manuel, l'empereur des Grecs, fut pris de zèle et
envoya en Cilicie le général Andronicus, de la famille impériale ^ Les Francs
et les Arméniens se réunirent; ils rencontrèrent les Grecs à la porte de Tarse,
et les Grecs furent vaincus : environ trois raille d'entre eux furent tués, et les
autres s'enfuirent par mer^
En cette année mourut Mas'oud, le grand sultan du Khorasan, dans la ville de
Hamadan. Il eut pour successeur son neveu' Malik-sah, fils de Mahmoud; son
gouverneur fut l'émir Khaç-beg'.
[6S6] A cette époque, à Césarée de
Cappadoce, parut aussi un édit de
l'émir qui régnait en cette ville, ordon-
nant de détruire les églises. Et pour ce
motif, les prêtres'
En celte année '% il se trouva une
chèvre qui mit bas un chevreau qui
avait trois yeux et deux bouches.
Il y eut une peste violente en Cilicie
et à Iconium.
[6S6] A cette époque, Jacques le Rhé-
teur, de Mélitène, dont nous avons fait
mention plus haut ", avait été institué
évêque de Mar'as. La cause de son ordi-
nation fut celle-ci " :
Jean, évêque de Mardin, avait envoyé
contre lui une plainte au patriarche :
« Est-il permis à un diacre, disait-il, de
réfuter la parole d'un évêque? » Le pa-
triarche voulut honorer l'évêque de
Mardin et écrivit un blâme et un inter-
I. Barhébr. ajoute ici : « Selon la vérité, les Francs prirent Ascalon en l'année 548 des Arabes,
qui est l'année 1465 des Grecs; mais Mar Michel place cet événement en l'année précédente. » Sur
la prise d'Ascalon (19 août 1153) cf. Gesck. des Kônigr. Jerus., p. 276 et suiv. — 2. Renaud de
Châtillon. D'après le texte de Barhébr. : « lui fut attribuée », c.-à-d. au roi. — 3. Constance, veuve
de Raymond de Poitiers. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 279. — 4. xXei(J0i5pai, si l'on s'en tient
à l'orthographe de l'éditeur. — 5. Fils d'Isaac, oncle de Manuel. — 6. Cf. Hist. du Bas-Emp.,
1. LXXXVIIl, § IV. — 7. Fils de son frère. — 8. Cf. Gesch. der Chai., III, p. 263-264. Ma'soud
mourut le 2 oct. 1152.
9. Ici commence la lacune du ms. Nous n'avons rien trouvé dans Barhébréus qui permette de
compléter cette phrase. — 10. 1464 ; d'après Barhébr. Le récit est tiré du Chron. syr., p. 320-321.
tl. Cf. ci-dessus, p. 269, 272, 300, — 12. Ici commence la lacune qu'on peut suppléer par le
texte suivant.
LIVRE XVIII. CHAP. II 311
Au mois de tesrîn • de celte année, dit contre Jacques ; non selon la justice,
des hommes et des femmes qui pas- mais pour être agréable à l'évêque. Or,
saient l'Euphrate, venant du pays de Jacques apporta le livre qu'il avait fait
Hesna de Ziad, pour aller à la fête de au synode, et le patriarche après l'avoir
Mar Agrippas dans le pays de Goubbos, lu, le loua ; et non seulement il délia
furent abandonnés (de Dieu), et tous Jacques de Tinterdit, mais il l'ordonna
furent submergés et noyés. Comme beau- évêque de Mar 'as. Il prit le nom de
coup de personnes furent scandalisées Dionysius. Le patriarche l'envoya chez
(decet accident), les Docteurs de l'Eglise l'évèque de Mardin et le réconcilia avec
en firent l'apologie par trois argu- lui',
ments : premièrement, qu'il ne convient
pas de scruter les jugements impéné-
trables du Créateur ; secondement, que les hommes et les femmes à cette époque ne se
réunissaient pas aux fêtes des martyrs pour prier, mais pour se souiller dans les plai-
sirs; troisièmement, qu'on ne doit pas considérer comme perdus ceux pour qui le
Seigneur juge que la mort est préférable h la vie : les païens périssent, mais non les
fidèles.
[CHAPITRE IIJ'
En l'an 1465, Mas'oud, sultan d'Iconium, envahit la Gilicie, avec une nom-
breuse armée de Turcs. Pendant qu'ils faisaient le siège de Tell Hanadon, et
pressaient cette place par leurs attaques, le Seigneur les frappa de la plaie des
moustiques et des mouches, plaie semblable à celle qui arriva aux Egyptiens
du temps du grand Moïse. Au bout de trois jours, l'air qu'ils respiraient fut
infecté : eux et leurs chevaux tombèrent malades. En voyant la peste qui les
envahissait, ils abandonnèrent tout leur bagage et s'enfuirent. Thoros et les
Arméniens descendirent sur eux, des monlagnes, et en tuèrent jusqu'à ce qu'ils
fussent fatigués'. II s'avança jusqu'à Gabdanj^a, qui estOouâlou", pilla les Turcs
et s'en revint.
La même année, mourut Hossara ed-Din Timourtas, seigneur de Mardîn; et
il eut pour successeur son filsNedjm ed-Dîn Alby. Ce prince' avait traité dure-
ment les Chrétiens au commencement de son règne; au moment de sa mort, il
recommanda à ses fils de faire du bien aux Chrétiens et de ne pas les maltraiter.
On dit que saint Mar Abai' lui était apparu en vision. Son autre fils Djemâl ed-
Din régna àHânî, et le troisième, Çamçâm' ed-Dîn, à Dara'.
1. Octobre 1464 (1152); d'après Bak. Hebr., Chron. syr.,f. 321.
2. Bar Hebr., Chron. eccles., 1, 511-513.
3. Bak Hebr;, Ckr. sjr., p. 321. — 4. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXXVIII, § xxiu. — 5. Vocali-
sation donnée par Barhébr. — 6. Timourtas. — 7. Dans l'abrégé armén. un ms, a substitué à ce
nom celui de Bar Çauma. — 8. Vocalisation de Barhébr. ; d'après la vers. arm. : « Sems ed-Dîn ».
— 9. Cf. Hist. armén, des Crois., t. I, p. 346.
312 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
[CHAPITRE IIIJ*
En l'année 1466, mourut Mas'oud, sultan d'Iconium, et il eut pour successeur
son fils Kilidj-Arslân. Comme celui-ci pouvait à peine défendre son pays contre
les princes de la famille de Danismend, et surtout contre Ya'qoub-Arslan, Nour
ed-Dîn marcha sur Pharzaman et "Aintab, et il s'empara de ces villes sans
combat.
En cette année, qui est l'année 549 des Arabes, Nour ed-Dîn enleva Damas
de vive force à Moudjir ed-Dîn, seigneur de cette ville»... Il lui accorda quelques
villages dans la région d'Emèse. II traita bien les habitants de Damas, qui se
réjouirent de ce qu'il pourrait s'opposer aux Chrétiens '.
En cette année, "Taphir, fils de Haphit, khalife d'Egypte, fut massacré', et on
lit régner après lui son jeune fils 'Isa, âgé de trois ans. II fut appelé Phaîz, et
un homme nommé 'Abas fut son vizir. Comme le grand émir Phares ed-Dîn
n'était pas présent, il fut irrité et menaça 'Abas parce qu'il avait réglé l'affaire
sans son avis. 'Abas eut peur; il prit tout ce qu'il possédait et se retira avec
trois mille Arméniens qui faisaient partie de sa milice; il s'enfuit pour cher-
cher secours près de Nour ed-Dîn. Les Egyptiens se mirent à leur poursuite,
mais les Arméniens se retournèrent contre eux et en tuèrent un grand nombre.
Il s'avança dans le désert avec ceux qui l'accompagnaient, et ils y souffrirent
pendant plusieurs jours de la faim et de la soif, parce qu'ils furent trompés
par leur guide, comme autrefois Julien l'Apostat. Il les amena en face d'As-
calon, et les Francs sortirent sur eux. Quand les Arméniens virent les croix au
sommet des lances des Francs, ils jetèrent les armes et se joignirent à eux. Ce
jour-là, environ cinq mille faiyayô furent tués. 'Abas ° lui-même fut pris et vendu
par les Francs aux Egyptiens qui le crucifièrent ^
La même année, le khalife Mouqtaphi alla mettre le siège contre la ville de
Tagrit; il attaqua vigoureusement la ville et la détruisit totalement; puis il se
mit à attaquer la citadelle. Alors, Mohammed-sah, fils du sultan Mas'oud', fit
dire aux émirs de Mossoul : « Mon père' vous a établis sur ces pays pour que
vous nous veniez en aide. Maintenant, il ne nous reste dans toute la région de
Sennaar que cette citadelle de Tagrit, et voici que cet homme, ce khalife, veut
nous l'enlever; nous vous demandons de venir sans retard le repousser loin
d'elle ». Les Mossuliens s'assemblèrent sur le champ, et se dirigèrent vivement
vers Tagrit. Alors le khalife, en apprenant qu'ils s'étaient groupés pour venir
sur lui, fut pris de crainte, il abandonna tous ses bagages et ses machines de
guerre et se retira à Bagdad '.
1. Bar Hebr., Chr. syr., p. 321-322. — 2. L'auteur ajoute quelques détails sur la ruse employée
par Nour ed-Dîn pour mettre préalablement la division parmi les notables, — 3. Cf. Gesch. der
Chai., III, 299 ; Gesch. des KOnigr. Jerus., p. 281. — 4. Cf. Gesch. der Chai., III, 297. — 5. Le texte
porte ici « Moudjir », la vers, arméu. : « Abas » ; en réalité, il faudrait « Nasir ed-Dîn » ; 'Abas fut
tué dans le combat. — 6. Pour ces événements, cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 282, et les sources
indiquées; spécialement H. DEREHEouac, Ousânta ihn Mounkidh; ch. vr. — 7. Mas'oud ibn
Mohammed, le seldjoukide. — 8. Dans le texte édité : « Mes Pères ! », au vocatif. — 9. Cf. Gesch.
der Chai., III, p. 304-305. Suit dans Barhébr. le récit d'une rébellion contre le khalife.
LIVRE XVIII. GHAP. III 313
A cette époque', l'évêque de Mardîn réunit chez lui un synode d'évêques. Le
maphrien lui témoigna de la déférence et y vint lui-même. On renouvela et on con-
firma les canons apostoliques. Or, Jean de Kaigoum alla trouver le patriarche, et il le
pressait de réunir un synode pour redresser les affaires ecclésiastiques qui péricli-
taient. Tandis qu'ils traitaient de cela, des moines, envoyés par le maphrien et
l'évêque de Mardîn, apportèrent des lettres qui invitaient h faire les réformes sans
retard. Le patriarche, ainsi pressé par eux et par l'évêque de Kaisoum, répondit :
« Si vous voulez vous réunir, il n'y a pas d'opposition de nôtre part. » Il disait
cela, mais il n'espérait pas qu'ils se réuniraient. Alors l'évêque de Kaisoum se rendit
à Mardîn, et ramena le maphrien et les évoques orientaux qui se réunirent tous, avec
celui de Mardîn et les évêques occidentaux, dans le couvent de Mar Bar Çauma, au
mois de kanoun ii (janv.) de l'année 1466.
Ils écrivirent quarante canons. Le patriarche et les évêques occidentaux ne les
observèrent point ; mais ils continuèrent leurs anciennes habitudes de vendre le sacer-
doce, comme les Arméniens. C'est pourquoi Bar Andréas', dans un poème satirique
composé sous le nom d'un certain moine Michel, son ami, qui avait abandonné la vie
religieuse pour aller habiter à 'Akko, se moque honteusement du patriarche en ces
termes :
Notre élu est un très habile banquier,
Il a appris et possède cet art depuis longtemps ;
Frappe de la nouvelle monnaie, Simon ! et présente-la.
Si la première a été rejetée', celle-ci sera acceptée.
Les princes et l'évêque de Mardîn aidèrent le maphrien*, et Mossoul fut annexée à
Tagrit. La concession fut sanctionnée dans ce synode; le patriarche et tous les
évêques orientaux et occidentaux y souscrivirent.
Ils concédèrent le Tour 'Abdîn à Bar Andréas et déposèrent l'évêque âgé qui s'y
trouvait. On ajouta Ra'ban au diocèse de Jean de Kaiéoum. Pour Bar Çalibl, ils
ajoutèrent Mabboug à Mar 'as. Ils annexèrent Sibabérek à Edesse, et déposèrent
Basilius, qui avait été jadis évêque de Lacabîn^ et qui s'y trouvait. A la vérité, ils
réunirent ce synode pour satisfaire leur cupidité et non pour autre chose.
Quand le synode fut dissous, le maphrien et l'évêque de Mardîn emmenèrent
avec eux Bar Andréas. Lorsqu'ils arrivèrent au couvent de Mar Hanania, il laissa
paraître l'abondance de sa science, et sa renommée parvint aux habitants du Tour
'Abdîn. Les prêtres, les moines et le peuple vinrent le prendre ; et il fut reçu par tout
le monde comme l'envoyé de Dieu, Cependant, il se trouva deshommes passionnés qui
calomniaient sa conduite, disant qu'il était vaniteux et orgueilleux. Et, en effet,
confiant dans sa vaste science, il n'était pas prudent dans ses paroles. Or, avant
d'avoir passé une année dans ce pays, il mourut, et plusieurs pensèrent qu'il avait
été empoisonné.
1. Tiré de BarHebr., Ckron. eccL, I, col. 513-518. — 2. Ancien évêque de Mabboug. Cf. ci-des-
sus, p. 282-283. — 3. Cf. Act. Apost., viir, 20. — 4. Cf. ci-dessus, p. 308.
III. 40
314 GHROxNlQUE DE MICHEL LE SYRIEN
[CHAPITRE IV]'
En l'année 1467, Prins% seigneur d'Anlioche, se mil en guerre avec Thoros,
prince de Cilicie. Les Francs voulaient qu'on donnât les places fortes que les
Arméniens avaient enlevées aux Grecs à ces frères Phrêr^, qui travaillaient pour
tous les Chrétiens, parce que ces châteaux avaient jadis été enlevés aux Francs
par les Grecs. Les Arméniens s'y opposaient. Les deux partis se rencontrèrent
à la porte d'Iscanderoun *; les Arméniens furent vaincus, Thoros s'enfuit. Il fit
ensuite la paix et livra les places aux Frères".
La même année, le seigneur de Mar'aé étant allé attaquer un village des
Arméniens, Stéphane, frère de Thoros, rassembla des Arméniens, qui vinrent
pendant la nuit, et se cachèrent dans les maisons des Arméniens. Au matin,
quand on ouvrit la porte de la citadelle, ils se précipitèrent, y entrèrent, occu-
pèrent la porte et le mur extérieur, et commencèrent à percer le mur inté-
rieur. Tout à coup la crainte s'empara d'eux en pensant que l'émir pouvait
arriver avec de nombreux Turcs, qu'ils se trouveraient pris entre les deux
murs, et seraient attaqués par ceux du dedans et par ceux du dehors. Alors, ils
pillèrent la ville : ils mirent le feu aux maisons et à ce qu'ils ne purent empor-
ter, ils emmenèrent toute la population et s'enfuirent.
Dans cette captivité, l'évêque Dionysius bar Çalibi fut emmené par ces
maudits* Arméniens, et il se sauva à pied au couvent de Kalsiour'. Il écrivit
trois discours sur cette destruction de Mar'as, qui était alors son diocèse.
Quand les Turcs arrivèrent, ils usèrent de miséricorde à l'égard des
Chrétiens qui étaient restés. Lorsque l'un d'eux échappait aux Arméniens et
revenait, ils ne l'empêchaient point de reprendre sa maison, sa vigne, son
champ. Cependant, ils écorchèrent vif un prêtre arménien qui avait eu des
intelligences avec ces Arméniens; au bout de trois jours, après lui avoir coupé
la langue, les mains et les pieds, ils le jetèrent dans le feu. Les Arméniens,
en apprenant cela, firent la même chose à quelques Turcs.
La même année, à Mélltène *, un autre prêtre arménien fut écorché vif. Il avait
attiré dans l'église une jeune fdle du voisinage récemment fiancée, et voulut lui faire
violence; comme elle se mit à crier, cet homme impudique lui mit la main sur la
bouche; lorsqu'il la laissa, après avoir accompli son action honteuse, il la trouva
expirante; alors, il l'étouffa complètement. Il lui coupa les oreilles et quelques
doigts qui étaient gonflés, parce que ses anneaux et ses pendants d'oreilles ne sor-
1. Bar Hebr., Chron. syr., p. 323-324. — 2, Renaud de Châtillon. C'est le mot franc, qui paraît
avoir été pris par les Orientaux comme nom propre. — 3. Les Templiers ; cf. p. 207, — 4. Dans le
texte : Snqroton, var. : Sqontron; peut-être pour Iskanderoun, Alexandrette (?), — 5. Cf. Gesck.
des Kônigr. Jerus,, p. 296. — 6. L'épithète est probablement une addition de Barhébréus. —
7. ^a.£^|.3; var. : < o » rnS |j_ Assemani lit : »jea. \fn-i , Basilius, Cf. tb xasTpov to Ka>TÇiépiv (Anna
CoMN., citée par Rôhright, Gesch. des Kônigr. Jerus,, p. 66).
8. Ce récit tiré de Barhébr. (Chr. syr., p. 324-325) vient très probablement de la Chronique de
Michel, où les événements concernant Mélitène sont habituellement rapportés avec force détails.
LIVRE XVIII. GHAP. V 315
taient pas, et cacha ceux-ci dans un chandelier. Il enveloppa son cadavre d'un tapis
et le déposa dans l'autel. Au bout d'uae heure, comme ses beaux-parents et ses
parents la cherchaient, des enfants qui jouaient sur la place leur dirent : « Nous
l'avons vue entrer dans l'église ». Ils interrogèrent le prêtre qui leur répondit :
« Oui, elle est entrée dans l'église; mais quand elle m'a vu dans l'église, elle a eu
honte devant moi, et elle est sortie de suite sans s'y arrêter >>. Ces fidèles crurent h la
parole d'un prêtre. Comme ils parcouraient la ville et la cherchaient dans les maisons
de leurs parents, ils virent ce mauvais prêtre impudique qui sortait par la porte de la
ville, chaussé de souliers. Ils s'emparèrent de lui et le conduisirent au gouverneur.
Après avoir reçu quelques coups, il avoua et leur montra le cadavre, les oreilles et
les doigts de la fille. Toute la ville se réunit là : Arabes et chrétiens, hommes et
femmes, et ils allèrent l'ensevelir avec grande douleur et vives lamentations. Ils
écorchèrent et coupèrent tout vif eu morceaux l'impudique; ils le firent ensuite
brûler.
[CHAPITRE V]'
En l'an 1468, Prins% seigneur d'Antioche, envahit Cypre, qui appartenait
aux Grecs, et pilla toute l'île : hommes, moutons, bœufs, chevaux, et toute la
richesse. Ils les amenèrent jusqu'au rivage, et alors les Cypriotes promirent
pour leur rachat et celui de leur bétail une quantité d'or. Les Francs les lais-
sèrent et prirent toute la richesse. Ils emmenèrent aussi à Antioche les
évèques, les supérieurs de monastères et les magistrats, comme otages, jusqu'à
ce que l'or fût payé^
En l'an 1469, Stéphane complota contre son frère Thoros et voulut le tuer.
Thoros, s'en étant aperçu, s'empara de lui et l'emprisonna pendant drx mois.
Ensuite, à la prière des Francs, il le relâcha, et celui-ci se mit dans l'armée des
Francs'.
En cette année mourut Josselin, prisonnier à Alep, après une parfaite
pénitence, comme l'a dit Ignatius, évêque d'Alep, qui lui administra les
sacrements '.
La même année, le sultan Mohammed, fils du sultan Mahmoud, assiégea Bag-
dad, avec une nombreuse armée, pendant quatre mois...
La même année, mourut le sultan Sandjar, fils de Malik-sah, fils d'Alp-Arslan,
fils de Daoud, après avoir échappé aux mains des Gouzayé qui s'étaient empa-
rés de lui.
En cette année*, il y eut de violents tremblements de terre en Syrie, et beaucoup
d'endroits furent détruits.
A Hamath, la citadelle, la ville, toutes les maisons s'écroulèrent sur les habitants,
vieillards, femmes et enfants ; des myriades de gens y périrent.
La citadelle de Saizar s'écroula entièrement : il n'échappa qu'une femme et un
eunuque.
1. Bar Hebr., Ckr. syr., p. 325. — 2. Cf. p. 314, n. 2. — 3. Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXXVIII,
§ xxlv; Gesch. des Konigr. Jerus., p. 286, 296. — 4. Cf. op. cit., p. 297. — 5. Cf. ci-dessus, p. 295.
— 6. 1469. (Bar Hebr., Chr. syr., p. 325).
316 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Les gens d'Emèse furent pris de frayeur : ils sortirent hors de la ville et furent
sauvés. Leurs maisons et la citadelle furent détruites.
De même, les gens d'Alep sortirent et restèrent plusieurs jours hors de la ville, et
ils furent sauvés. Leui-s maisons furent renversées, et cinq cents personnes seule-
ment y périrent.
Il en fut de même à Kephar-^ab et à Apamée, où personne n'échappa, et dans
beaucoup d'endroits, jusqu'à Rehabôt.
Parmi les villes des Francs, Ilesn el-Akrad et 'Arqa s'écroulèrent tota-
lement.
A Laodicée, la grande église seule resta debout, et ceux qui s'y trouvaient furent
sauvés. Dans cette ville, la terre s'enlr'ouvrit et laissa voir un abîme rempli de boue,
et au milieu de la boue une statue de fonte qui se tenait debout.
De même, la plus grande partie d'Antioche et de Tripoli fut détruite.
[CHAPITRE VIj'
En l'an 1470, Manuel, empereur des Grecs, envahit la Gilicie, et l'arménien
Thoros prit la fuite. L'empereur s'empara de Tarse, d'Anazarbus et des autres
villes (de la Cilicie). Il y resta tout l'niver. Les rois' de Jérusalem et d'Antio-
che, avec le patriarche des Francs, vinrent le trouver et se mirent d'accord
avec lui. Ils le réconcilièrent avec Thoros, qu'ils lui amenèrent; et il le fit
général de toutes les villes grecques du littoral. Tous les chrétiens grecs,
francs et arméniens s'allièrent pour s'emparer d'Alep, de Damas et de toute
la Syrie. Mais alors arriva la nouvelle d'un complot à Constantinople. Ils vou-
laient établir un autre empereur. C'est pourquoi l'empereur Manuel retourna
précipitamment à Constantinople, et le complot qui avait été comploté né
réussit pas'.
En l'année 1471, comme le fils de Josselin le prisonnier sortait continuel-
lement de Harim, et pillait la région d'Alep, Nour ed-Dîn lui lendit des
embûches et s'empara de lui. Il le mit dans le cachot où avait été mis son père*.
Cette année, au mois de 'adar\ mourut d'étoufiferaents le khalife Mouktafi, et
son fils Moustandjid ^ lui succéda.
En l'année 1470' tandis que l'empereur des Grecs s'avançait à Antioche et que
tous les rois des Arabes étaient rassemblés à Alep, avec leurs troupes, les Arabes de
Mossoul eurent l'occasion de satisfaire leur haine. Ils trouvèrent pour instrument un
maudit prêtre nommé Abraham, qui était le médecin du prince. Il voulut aban-
donner sa femme âgée pour en prendre une autre, et le maphrien lui interdit le
(ministère du) sacerdoce. Voyant que les Arabes désiraient vivement la perte du
maphrien', il alla les trouver et le calomnia. Ceux-ci lui dirent : « Suscite-lui une
1. Bar Hebr., Chr. syr., p. 326-327. — 2. Cf. p. 303, n. 4. — 3. Cf. Hist. du Bas-Emp.,
LXXXVIII, § xxv-xxxiii; Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 300-302. — 4. Ibid., p. 305. — 5. 12 mars
1160. — 6. Gesch. der Chai., III, p. 308. — 7. Bar Hebr., Chron. eccl., II, col. 347 et suiv. —
8. Ignace Lazare.
LIVRE XVIII. GHAP. VII 317
affaire, et fais-la nous connaître ». Or, à cette époque, les prêtres de TeU'aphar
envoyèrent une lettre au maphrien pour le consulter. (Ils disaient :) « II y a chez
nous un chrétien qui depuis longtemps s'est fait musulman; il avait une femme et
deux filles qu'elle lui donna pendant qu'il était chrétien. Maintenant, l'une est
devenue grande et sa mère veut la fiancer à un jeune homme chrétien. Que décides-
tu? Doit-elle être bénie dans l'église ou non? » Le maphrien répondit : « Si la jeune
fille n'a pas embrassé l'islamisme, elle doit être bénie ». Cette réponse du maphrien
tomba entre les mains du maudit Abraham qui la livra aux scribes arabes en disant :
« Voici qu'il ordonne de donner à un chrétien la fille d'un arabe ». Des bandes
d'Arabes se réunirent, et apportèrent des pierres pour lapider le maphrien. Le
préfet et ses satellites purent à peine le leur arracher et ils le conduisirent au juge,
le dimanche de Cana'. Le juge décida : « Si la jeune fille se déclare musulmane,
le maphrien doit être mis à mort ». Ils amenèrent la jeune fille et l'interrogèrent
astucieusement : « De qui es-tu la fille? N'est-ce pas de l'arabe un tel? » Elle
répondit courageusement, en élevant la voix : « Je suis chrétienne. Voici ma mère
qui m'a élevée. Quant à mon père, je ne l'ai jamais connu ». Ils essayèrent de la
séduire par des présents, mais elle demeura inébranlable ; ils tirèrent le glaive contre
elle, mais alors même elle ne changea pas de langage. On la mit ensuite en prison, et
le maphrien fut enfermé lui-même pendant quarante jours. Les Arabes admiraient
sa persévérance dans la prière, jour et nuit. Tous les deux jours il recevait pour sa
nourriture un pain d'autel. Pendant que le maphrien était en prison, le misérable
prêtre Abraham fut frappé d'une cruelle plaie, et, après avoir souffert pendant trois
jours, il expira. Sa mort rapide effraya plusieurs. La jeune fille l'ayant apprise fut
encouragée. Ils l'amenèrent par trois fois devant le juge, ils la menacèrent de la
jeter dans le fleuve ou dans le feu, mais elle ne se rétracta point. Alors les Ninivites
bénis donnèrent 300 dinars au juge et aux autres officiers, et délivrèrent le
maphrien. La jeune fille fut aussi délivrée et s'en alla à Jérusalem, où elle revêtit
l'habit de laine (des religieuses)'.
[CHAPITRE VII]»
En l'année 1472, sire Amaury, frère du roi de Jérusalem, envahit le pays
d'Egypte; les Francs s'y emparèrent de grandes richesses, et s'en allèrent.
Bientôt après mourut le khalife d'Egypte, Phaîz; et, à cause de cela, les Egyp-
tiens convinrent de donner aux Francs un tribut annuel de 160 mille dinars
d'or
G
prit
son pays
Q or .
Georgius, roi des Ibères, sortit et enleva aux Turcs la grande ville d'Ani ; il
prit un grand butin, avec de nombreux prisonniers Taiyayê, et rentra dans
1. Premier dimanche de Carême. — 2. Barhébr. ajoute : « Le patriarche Mar Michel le Grand
composa sur cet événement un admirable poème sur le mètre de Mar Balai, et le vénérable Jacques
bar Çalibi, deux autres ; l'un sur le mètre de Mar Ephrem, et le second sur le mètre de Mar
Jacques (de Saroug)i>.Ilest donc bien probable que Michel en parlait dans sa Chronique à cette place,
3. Bar Hebh., Chron. syr., p, 327-328. — 4. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 312-314. —
5. L'abrégé arménien paraît avoir modifié le récit des expéditions du roi Georges III, d'après
d'autres sources ; cf. Hist, arm. des Crois., I, 353, 356.
318
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
L'émir' de Mossoul, Djemal ed-Dîn
était un homme très miséricordieux
dont les aumônes étaient abondantes.
Il envoya le maphrien Ignatius comme
ambassadeur au roi Georgius, pour ra-
cheter les prisonniers Taiyayê. Le ma-
phrien partit et quand il arriva (près
du roi), il fut reçu avec honneur. Beau-
coup de prisonniers lui furent donnés
gratuitement et on le congédia avec des
présents pour le seigneur de Mossoul.
Le roi envoya avec lui, de sa part, un
ambassadeur Ibère. Quand ils arrivèrent
a Mossoul, le préfet sortit à leur ren-
contre. Le maphrien et l'ambassadeur
entrèrent dans la ville, avec des croix
fixées au sommet des lances. Ce fut une
grande consolation pour les chrétiens;
et aussi pour les Taiyayê, à cause de la
délivrance des prisonniers.
En cette année^, les Francs voulurent
s'emparer d'un brigand franc qui était à
Bagras. II s'enfuit et alla trouver Nour
ed-Dîn ; il prit des Turcs et revint bri-
gander dans la région d'Antioche. Les
Francs lui tendirent des embûches et
s'emparèrent de lui; Ils le firent brûler.
Gabriel' de Mar'as, après avoir été
chassé de son diocèse (de Saroug) parce
qu'il avait été surpris en fornication *, se
fit faire une croix et se mit à parcourir
les villages arméniens, pour tromper les
gens. Le préfet de Mélitène le fit saisir,
prit tout ce qu'il avait avec lui, et l'en-
ferma. Son frère, le prêtre Romanus,
alla trouver Kilidj-Arslan, fils du sultan
Mas'oud, seigneur de Mar'as, et lui offrit
de l'or pour l'innocenter". A cause de
cela, le prince le fit tirer de prison. Iwa-
nis de Kaisoum, ayant pitié de l'Eglise,
pour éviter qu'une coutume perverse ne
se renouvelât, le gagna et l'amena au pa-
triarche qui lui concéda Damas, pensant
que peut-être là, dans une région étran-
gère, ses tares ne seraient pas connues.
Joseph, fils de la sœur de Mar Timo-
theus de Gargar, qu'il servait dans le
diaconat, se souillait dans la débauche et
l'ivrognerie. Et pour cela, ce saint
vieillard n'est pas exempt de blâme, pas
plus que Héli. Quand Timotheus mou-
rut, quelques personnes de leur famille
circonvinrent le patriarche Mar Atha-
nasius, et, en une nuit et un jour, il
revêtit Joseph de l'habit monastique
et l'ordonna prêtre, et, le lendemain,
évêque. Aussi, comme on dit : « Ce qui est accepté facilement se cache "facilement »,
Joseph retourna aussitôt à ses mauvaises habitudes, à l'ivrognerie, au jeu, aux bouffon-
neries, et aux autres choses qui engendrent la débauche.
Quand on blâmait le patriarche à son sujet, il rejetait le blâme sur ceux qui le lui
avaient présenté. Ceux-ci intimidaient le patriarche par des menaces : « Si tu le dé-
poses, disaient-ils, il apostasiera ». Là-dessus, le moine Abou Ghaleb, qui avait
des monastères dans l'endroit, fut pris de zèle : il réunit quelques notables et les
amena au patriarche pour témoigner du libertinage de Joseph. Le patriarche n'ac-
cueillit pas (leur plainte), et il accusa Abou Ghaleb de montrer du zèle par passion,
afin de devenir lui-même évêque de ce diocèse. Alors l'évêque de Mardîn, par son
grand zèle, obligea le patriarche à priver Joseph de l'épiscopat, et il l'envoya au
monastère de Maqrôna.
I. Bar Hebr., Chron. syr., p. 328. Cf. le récit parallèle, Chron. eccl., II, col. 354. 2. En 1472
Chr. syr., p. 329. Il s'agit de Gérard de Sidon. Cf. Hist. arm. des Crois. ^ I, p. 354, n. 1 ■ Gesch.
des Kônigr. Jerus., p. 331.
3. Chr. eccl., I, co). 521 et suiv. — 4. Cf. ci-dessus, p. 300. — 5. Litt. : « pour Tinnocence ».
6. Je ne sais si ce proverbe est rapporté fidèlement. Il faut peut-être corriger '. |.a«3Cûo est faci-
lement « méprisé ».
LIVRE XVIII. CHAP. VIII 319
A cette époque, Basilius, le vieil évêque de Djihan, vint trouver le patriarche et le
pressa d'ordonner à sa place comme évêque son neveu', un jeune homme qui n'avait
pas encore atteint la majorité. Le patriarche s'y refusa en disant : « Cela n'est pas cano-
nique ». Le vieillard répondit : « Tu as ordonné Joseph de Gargar à la place de son
oncle maternel, et tu l'as fait hériter de son siège; tu as également fait hériter l'é-
vêque de 'Arqa du siège de son oncle maternel ; tu as ordonné pour le diocèse de
/;acabm un enfant qui n'avait pas l'âge de raison. Je suis dans le même cas que ceux-ci,
et même le premier de tous >). Le patriarche se laissa contraindre et ordonna le jeune
homme pour Djihau. Aussitôt, Dionysius, évêque âgé de Goubbos, vint trouver le
patriarche et amena avec lui son neveu ' : le patriarche ordonna celui-ci comme son
successeur; il s'appelait Abraham et prit le nom de Timotheus. Ainsi fut accompli ce
qui est écrit : « Il suffit de couper une petite digue pour laisser couler tout un fleuve. »
[CHAPITRE VIIIJ^
En l'année 1473, au mois de tesrin i*"" (oct.), mourut Dhou'l-Qarnain, prince
de Mélilène II eut pour successeur son jeune fils'.
Le sultan Kilidj-Arslân, voyant que Ya'qoub-Arslân et les autres émirs vou-
laient le renverser pour établir son frère, s'en alla à Gonstantinople où il fut
traité avec grand honneur par l'empereur des Grecs. Il y resta pendant quatre-
vingts jours, et, deux fois par jour, on lui envoyait sa nourriture dans de la vais-
selle d'or et d'argent, qu'on ne remportait pas, mais qu'on lui laissait tout
entière; chaque jour les deux repas lui étaient envoyés dans de la vaisselle
neuve. Le dernier jour, l'empereur et le sultan ayant mangé à la même table,
tous les vases et les ornements furent donnés au sultan, avec d'autres présents
qui lui furent offerts, ainsi qu'aux mille Turcs qui l'accompagnaient. Quand le
sultan revint, Ya'qoub-Arslân fut effrayé; il s'humilia et la paix fut faite '.
A cette époque, Stéphane, frère de Thoros, prince de Gilicie, ayant été invité à
un festin chez Andronicus, préfet grec de Tarse, fut trouvé massacré, et on le
jeta à la porte de la ville. Alors Thoros devint furieux contre les Grecs, et en
fit tuer plus de dix mille. Le roi de Jérusalem vint et rétablit la paix entre les
Arméniens et les Grecs °.
Renaud^ seigneur d'Antioche, fut fait captif par les troupes de'.Nour ed-Dîn.
11 était venu avec cent vingt cavaliers et cinq cents fantassins sur le territoire
d'Alep, où il accomplit de grandes prouesses avant d'être pris. Mais comme les
Turcs étaient très supérieurs en nombre et s'étaient cachés dans une embus-
cade, ils le cernèrent. Quoiqu'il pût se faire jour au travers de leurs rangs et
leur échapper, il ne tenta aucun effort, et se livra aux ennemis qui le condui-
sirent auprès de Nour ed-Dîn à Alep ^
1. Fils de son frère.
2. Chr. syr., p. 328-329. — 3. Nommé Mohammed, selon Barhébr. (p. 338), Mahmoud, selon
Michel (cf. ci-dessous, p. 337), — 4. Cf. Hisi. du Bas-Emp., ^LXXXYIII, § xxxvui-xl. — 5. Cf.
ihid., § XXV. — 6. Cet alinéa et les deux suivants sont empruntés à l'abrégé arménien [Hist. arm.
des Crois., l, 356-357). 11 est surprenant que Barhébréus ne parle ni de la prise de Renaud, ni
de l'avènement au trône d'Amaury, bien qu'il fasse plus loin allusion à ces faits. Il n'est pas
douteux que Michel les rapportait ici (cf. ci-après p. 324). — 7. Cf. Gesch. des Konigr. Jerus., p. 304.
320 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Sur ces entrefaites, les Turcs ayant dirigé une incursion vers Laodicée, y
firent sept mille prisonniers chrétiens. Cet événement causa une profonde
douleur dans l'Eglise'.
Le roi de Jérusalem en ayant été informé marcha contre Alep; mais ses
efforts furent inutiles. Alors, ayant fait la paix, il reprit le chemin de Jérusalem.
Arrivé à Acre, il mourut, laissant la couronne à Amaury son frère". Celui-ci
ayant transporté ses restes mortels à Jérusalem, leur rendit les honneurs
funèbres; cette perte le plongea dans le deuil pendant longtemps. Amaury
régna 12 ans'.
[CHAPITRE IX. — De Vépoque à laquelle Qara-Arslan assiégea Amid.
A cette époque on amena les eaux au couvent de Mar Bar Çauma]''.
[En l'année 1474, Qara-Arçlan, seigneurde Hesna de Ziad, vint mettre le siège
contre Amid]"' (et pressa cette ville de toutes) [677] manières'. Quand il eut orga-
nisé lesbalistes', il dressa aussi une tour de bois, garnie de fer. Ils ne prenaient
aucun repos, et beaucoup de peuple périt devant cette ville. Dans la ville se trou-
vait un émir turc de la famille des Ortokides'. 11 avait comme lieutenant" Ibn Nisan
Kamal" ed-Dîn, homme ingénieux, qui avait autorité sur tout : les murs et les
portes, les emplois" (?) et les troupes, les habitants de la ville et ceux des cam-
pagnes, la richesse " et le commandement étaient entre ses mains. L'émir Djemal
ed-Dîn lui-même, vieillard honnête, était soumis à Ibn Nisan; il lui donnait lui-
même le pain à manger. Cet homme agit avec beaucoup d'énergie, et vainquit
par son habileté la force des armées qui entouraient la ville. Il excitait le peuple
qui se trouvait à l'intérieur par des paroles aimables, par des flatteries, par des
promesses et des présents, à garder le mur et à combattre les ennemis. Contre
les engins du dehors, il en avait préparé à l'intérieur de plus grands, d'où ils lan-
çaient des pierres avec les frondes et des traits. Contre les machines, c'est-à-
dire les balistes de l'extérieur, il en dressa de plus élevées à l'intérieur. Par
trois fois, il envoya de nuit mettre le feu aux machines de guerre des assaillants.
Il défendait, en lançant de grosses pierres, le côté extérieur des tours contre
1. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 305, n. 3. — 2. Cf. op. cit., p. 307. — 3. Le texte armé-
nien porte « 19 ans » ; mais d'après les tableaux chronologiques (v. ci-après, à la suite du livre XXI),
Michel ne lui donnait que 12 ans de règne, ce qui est conforme à la réalité {(évr, 1162-juiII. 1173),
et plaçait son avènement à l'année 1474 (rectifier : 1473),
4. Nous restituons ce titre par conjecture. — 5. Ces premiers mots sont empruntés à Barhébr.
[Chron. syr., p. 329). — 6, Ici reprend notre texte, après la lacune; mais la version arabe omet
encore ces parties incomplètes. — 7. ^apaxMiJia. — 8. Lire : '.oo^»!. — 9. Litt. « comme second ».
— 10. Ms. ; KLM, Cf. H, Derenbourc, Ousâma ibn Mounkidh, p, 320, n. 2. — 11. Je suppose qu'il
faut lire ll.oLii.9. — 12. Il faut probablement lire : lUoi.
LIVRE XVIII. CHAP. IX 321
lesquelles on dirigeait les attaques. Il se tenait bien fortifié à l'intérieur dans de
grands portiques de pierre dure ' bâtis à chaux en long et en large. Pendant qu'il
résistait de toute façon aux assaillants, il envoyait fréquemment ses messagers
près de chacun des émirs du dehors, et s'efforçait d'en faire les ennemis de son
ennemi : ce qui arriva, en effet. Il en trouva un entre tous qui seconda son des-
sein : Ya'qoub-A[r]çlan, prince de Cappadoce. Bien qu'il fût le beau-père de
Qara-[ArJçlan, quand il reçut les messagers et les lettres qu'on lui envoyait
d'Amid^ voyant les promesses de grands présents* et de se soumettre [678] à
lui, il se sépara de Qara-Arslan. Il résolut de délivrer Amid' de ses mains; il
lui rendit ce que celui-ci lui avait fait dans l'affaire de Mélitène. Il entra donc
dans son pays et y fit des captifs et du butin. Qara-Arslan abandonna Amid et
revint le cœur brisé, après avoir pris beaucoup de peine pendant cinq mois et
fait de grandes dépenses. Quand il fut revenu à son pays et rentré dans sa
citadelle, Ya"qoub-A[r]çlan l'invita à faire la paix; dans l'irritation de son cœur,
il n'y consentit pas. Dans sa colère, Ya'qoub-Arslan pilla Kizan, Karsen et
Tell Patriq; il prit de vive force la forteresse de Soumouskai' et emmena
cent mille captifs : il emmena les hommes, les femmes, avec les bestiaux et tout
le reste de leur bien. Il laissa les campagnes désertes et dévastées.
Dans cette captivité, le vénérable Ignatius, évéque deTella sur l'Arsanias, fut
emmené jusqu'à Qamah, d'où il revint à Mélitène. L'évéque de Hesna [de Ziadj*
fut aussi pris, mais ils le relâchèrent au bout de deux jours. — Fin.
[En l'an 1474, alors que nous étions
préposé à la direction du couvent de
[677] ' ouvrit ses greniers, à Antioche, Mar Bar Çauma, nous apportâmes tous
et nourrit un peuple nombreux depuis nos soins à amener l'eau au couvent*...]
le commencement de 'adar' (mars), jus- [677] des années ; et même les Musul-
qu'au mois de haziran (juin). — Fin, mans, ou les Turcs et les Curdes et les
autres peuples^ qui se réunissaient con-
tinuellement pour venir vénérer le saint.
A sa fête surtout, un peuple innombrable s'assemblait au couvent, car il faisait la même
faveur à beaucoup de gens qui guérissaient. Le pèlerinage durait plusieurs jours. Les
gens étaient tourmentés par la soif, parce qu'on apportait l'eau de loin à dos de
mulet. Comme l'évéque de Mardin'" avait déjà trouvé l'art de la géométrie", ilcondui-
1. Proprement : « de marbre ». — 2. Lire : Itsawaso?. — 3. Lire : .ood. — 4. Vocalisation d'après
BH : uni.a»tt».. — 5. D'après BH.
6. Nous n'avons rien trouvé pour compléter cette allusion à une famine. — 7. Lire : »»),
8. Nous suppléons ce début d'après Barhébr. (Chr. eccl.^ I, 519). — 9. Litt. : « langues ». —
10. Jean. — 11. Traduction littérale; le contexte précise le sens.
111. 41
322 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
sait et amenait facilement les eaux où elles étaient nécessaires. Il fut agréable au
vénérable évêque d'attacher son souvenir à ce saint lieu. Cela ne plut pas aux moines.
Ils disaient : « Il nous est impossible, au moment où nous sommes entourés par les
Turcs, de faire un si grand travail ». D'ailleurs, ils ne croyaient pas qu'on pût jamais
établir un canal au sommet d'une montagne comme celle-ci, hérissé de pierres et de
rochers. A cause de cela, ils répétaient et disaient : « Les anciens qui étaient bien
des fois plus savants et plus riches que nous n'ont jamais pu faire cela, comment le
pourrions-nous?» Le temps s'écoula jusqu'au moment où moi, humble Michel, je
fus appelé et établi archimandrite de ce couvent. Le Seigneur, qui fait paraître sa
force dans les faibles aussi bien que dans les puissants, stimula ma faiblesse, et
j'écrivis au vénérable Mar Jean qui vint avec empressement. Après avoir pris les me-
sures, il démontra que l'eau pouvait entrer au couvent. Alors le travail commença par
le creusement de la terre et la préparation des choses nécessaires. A l'approche de
l'hiver, le vénérable évêque retourna à son diocèse, pour revenir au mois de nisan
(avril). J'omets de dire combien de tourments j'eus à supporter par le murmure des
frères; et cela par l'action de Satan, l'ennemi de tous les bienfaits procurés aux
hommes dans l'âme ou dans le corps. Il fit en sorte, dans sa jalousie, que tous les
moines,- vieux et jeunes, criaient et se lamentaient contre ma pauvre personne. L'un
objectait (?) les dépenses, l'autre était elFrayé par la jalousie' de ceux qui nous entou-
raient;- tous disaient que le couvent allait périr et être détruit. Je supportais allègre-
ment toutes les difficultés amères, avec l'aide des prières de Mar Bar Çauma. J'amenai
ceux qu'il était possible [678] de gagner par la persuasion à s'abstenir tout au moins
de murmurer, et j'infligeai la honte aux autres en recourant à la prière en échange
des injures. Vint le printemps, et le saint évêque revint selon sa promesse. Au lieu
de la jalousie à laquelle on s'attendait de la part du prince de ceux qui nous entou-
raient, ce furent des louanges et des secours tant des chrétiens que des musulmans.
Alors les moines reprirent courage, et tous se mirent à l'œuvre, par la vertu des
prières de notre seigneur Mar Bar Çauma, qui renversa et détruisit la jalousie de
Satan. Chacun mettait de l'empressement et s'efforçait d'être le premier au travail ;
surtout parce qu'on voyait des signes, qui indiquaient, pour ainsi dire du doigt,
que cette oeuvre était la volonté du saint, bien qu'elle fût une œuvre matérielle.
Et cela fut manifesté par des songes et par des événements. Qu'aucun de ceux qui
considèrent les songes comme des fantômes ne méprise ceux de cette espèce : car
parmi les songes, il y en a qu'il ne convient pas de dédaigner. Le saint apparut donc
à quelques-uns des moines et des serfs qui se montraient les plus opposés et s'effor-
çaient d'entraver l'entreprise ; il tenait le fil (à plomb) et montrait en disant : « Ici,
je veux qu'on amène les eaux ». Par les événements (sa volonté fut manifestée) de la
manière suivante : Comme on creusait à l'endroit du rocher où une grande pierre
1. Lire : l»aaft-, comme plus bas.
LIVRE XVIII. CHAP. IX 323
se trouvait sur le chemin, les hommes étaient autour et s'efforçaient de la faire rouler ;
tout à coup elle fit un grand bruit pour tomber, et, par la terreur du grand bruit de
cette pierre et de la troupe des gens, un des hommes fut effrayé, se laissa choir, et
tomba sous la pierre. Toute cette grosse pierre, pour ne pas dire cette montagne,
passa sur cet homme, qui gisait entre deux petites pierres. Tous se précipitèrent en
gémissant pour voir s'il restait quelque chose de ses ossements, et on trouva ce jeune
homme, qui portait aussi le nom de Bar Çauma, vivant et sain, n'ayant pas la plus
petite blessure. Cela nous avons tous vu de hos yeux et palpé de nos mains'. Si
quelqu'un doutait du prodige surnaturel écrit dans l'histoire du saint, h propos du
jeune homme dont le ventre broya le fer et qui néanmoins resta vivant, il doit être
affermi (dans sa croyance); car celui-ci fut comprimé entre deux pierres, et la même
vertu puissante qui a lait revivre celui-là, a conservé celui-ci.
Combien de prodiges et de miracles semblables ont eut lieu pendant ce travail, il
est impossible de le rapporter sans interrompre la suite du discours'. J'ai noté ces
quelques-uns parmi un grand nombre d'autres. Il y en eut un pourtant, à la fin du tra.
vail, que je dois raconter brièvement. Les eaux approchaient de la porte du couvent,
mais il se trouvait, un rocher très élevé, et il n'était pas possible de le fendre' ni de
bâtir un mur h côté. Nous en étions au désespoir. Alors, le saint apparut h un moine
étranger et lui dit : « Va dire à l'évêque* et à l'archimandrite : Ne vous découragez
pas ; vous trouverez un passage pour les eaux en tel endroit. » Quand il rapporta
cela, personne ne le crut; car la montagne était partout très dure en cet endroit.
Le moine s'étant mis seul à creuser h l'endroit qui lui avait été indiqué, trouva
[G79] la montagne fendue sur un espace d'environ cinq cents pas, et ni au-dessus ni
au-dessous de la crevasse n'apparaissait de fissure. Tout le monde fut surpris et loua
(le Seigneur). Quelques-uns disaient que la trouée était ancienne, d'autres que le Sei-
gneur l'avait nouvellement creusée. Pour moi, je dis : qu'elle ait été creusée dès
l'origine, ou qu'elle ait été ouverte maintenant, la vertu de Dieu qui réside dans
notre seigneur Mar Bar Çauma nous a prouvé qu'il a fait lui-même cette œuvre, et
non pas nous. Et si moi, misérable, j'en ai ajouté le souvenir aux autres choses que
j'ai réunies dans ce livre, personne ne doit penser que j'ai écrit une chose inexacte;
j'en ai au contraire omis plusieurs pour ne pas allonger le discours; de ce que j'ai
rapporté quelque chose de ce que j'ai eu h subir', personne ne doit conclure que je
me place désormais parmi les forts; je n'ignore pas ma faiblesse. J'ai écrit pour par-
ticiper aux prières des sages qui liront (ceci), et, dans leurbienveillance, prieront pour
moi. Qu'ils sachent que le travail a été achevé le 24 du mois de 'ab (aoûtj de
l'année 1474.
1, Cf, I JoH., I, 1. — 2. Le texte paraît altéré. — 3. BH : \H,jy. — 4. BH : Uacuii.. — 5. û2ka«»».
324 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
CHAPITRE [X]'. — De V époque à laquelle Boémond, fils de Bedawi, régna à
Aniioche, et A/naury, roi de Jérusalem, entra pour la seconde fois en Egypte.
A cette époque Ya' qoub-A[r]çlan mourut, et aussi le maphrien Ignatius. A
cette époque les Francs furent battus près de Harim, et le seigneur
d'Antioche et [celui] de TripoW^ furent pris.
Après que Raynald ' eut été pris par les Turcs et enfermé à Alep*, sa femme,
à qui appartenait Antioche, qu'elle avait reçue en héritage de son père, prit
l'autorité sur cette ville et elle la gouvernait. Elle avait un fils qui était parvenu
à sa majorité, mais elle ne lui permettait aucunement de gouverner, et les
grands en étaient scandalisés. Et comme" [elle était molestée par les grands,
elle manda à l'empereur des Grecs, qui était son gendre, de venir et qu'elle
lui livrerait la ville. Le patriarche et les grands en eurent connaissance, et ils
firent venir Thoros de Gilicie. Celui-ci entra à Antioche; il chassa la reine de
la ville, et affermit le fils de celle-ci sur le trône.
La même année, Nour ed-Dîn, ayant réuni une nombreuse armée de Turcs,
alla faire le siège de Hesn Akrad, afin de pouvoir envahir et piller la région de
Tripoli. Un jour, vers midi, comme le peuple des Turcs se reposait sous ses
tentes, les croix des Francs apparurent tout à coup, et une grande terreur
s'empara des Turcs. On rapporte que quand Nour ed-Dîn vit les enseignes
des Francs, il se précipita hors de sa tente, en chemise el sans manteau, et
sauta sur son cheval qui était attaché, selon l'usage. Un Curde s'avança et coupa
les entraves du cheval, et Nour ed-Dîn put s'enfuir et se sauver. Les Francs
saisirent le Curde et le tuèrent; ils passèrent beaucoup de Turcs au fil de l'épée
ou les enchaînèrent et les emmenèrent à Tripoli*.
En l'année 1475, Ya'qoub-Arslan mourut subitement [àJ'Kiangar, qui est sur
les rives du fleuve Halys. Il eut pour successeur Ismaël, son petit neveu'.
Celui-ci prit pour femme la veuve de Ya'qoub-Arslân, qui était la fille du sultan.
Nour ed-Dîn mit le siège contre Harim. Alors cinq princes se réunirent : le
prince d'Antioche', le comte de Tripoli''', Thoros de Gilicie, le grec Doucas" de
Tarse, et le Maître" des Frères, avec environ treize mille cavaliers et piétons.
Ils se l'encontrèrent avec Nour ed-Dîn et les Francs furent honteusement tail-
lés enpièces'^ Le comte, Doucas et le prince furent faits prisonniers et furent
emmenés enchaînés à Alep, Tous les Frères furent tués. Thoros se sauva à
Antioche, où le patriarche des Francs fit un grand deuil : il brisa les semantra et
1. Comme d'habitude, le numéro d'ordre du chap. est omis, — 2. i^^oa];^. — 3. Ms. : Renaghd,
— 4. Cf. ci-dessus, p. 319, n. 7. — 5. Nouvelle lacune du texte, que nous suppléons d'après
Barhébréus [Chr. syr.^ p. 328 et suiv.). — 6. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 317. — 7. C'est
ainsi qu'a compris la vers, armén, [Hist. arm., I, 359), et qu'il faut lire. Le texte de Barhébr.
porte : « sur le fleuve Kângar qui est sur les rives du fleuve Halys. » — 8. Lilt. : « Le fils du fils
de son frère ». — 9. Boémond III. — 10. Raymond le jeune. — 11. Constantin Calaman, gou-
verneur grec de Cilicie. — 12. mayster. — 13. 11 août. Cf, Gesch. des Kûnigr. Jer,, p. 318.
LIVRE XVllI. CHAP. X
325
fit cesser les prières. Nour ed-Dîn s'empara de Harim et du couvent grec de
Siméon. Il fit les moines captifs avec tous les gens du pays.
En cette année iNour ed-Dîn envoya en Egypte l'émir Asad ed-Dîn Shirkouh,
frère de Nedjm ed-Dîn Ayoub, père de Çalah ed-Dîn. — Ces deux frères, Shirkouh
et Ayoub, étaient fils de Shadî, de la région de Dovin, ville d'Arménie, et de
race curde ; ils étaient au service de Moudjahid ed-Dîn Bahrouz, eunuque de
l'émir de Tagrit, l'ami des Chrétiens. Shirkouh ayant tué un chrétien de Tagrit
que l'émir aimait beaucoup, les deux frères s'enfuirent à Mossoul près de Zan-
gui, qui les accueillit et les traita honorablement.
Quand Zangui s'empara deBa'lbek, il établit comme préfet dans cette citadelle
Nedjm ed-Dîn Ayoub. Après le meurtre de Zangui, celui-ci livra la place au
seigneur de Damas. Son frère, Asad ed-Dîn, Shirkouh entra au service de Nour
ed-Dîn qui lui donna Emèse et Rehabôt. Celui-ci avait aussi aidé à livrer
Damas à Nour ed-Dîn, et ils furent tous les deux en honneur près de ce prince.
L'occasion se présenta de faire passer des troupes en Egypte; les Egyptiens
étant désespérés, Shawer.vizir d'Egypte, vint de mander du secours. Nour ed-Dîn
vit que Shirkouh était capable, et il l'envoya avec Shawer. Ils partirent ensemble
et arrivèrent en Egypte. Shawer reconnut bientôt aux mouvements de Shirkouh
qu'il s'efforçait d'enlever l'empire aux Egyptiens. Pour ce motif, il fit la paix avec
les Francs, négligea Shirkouh, et ne lui donna rien de ce qu'il luiavait promis en
fait d'or et de places importantes. Shirkouh envoya ses troupes occuper la ville
de Bolbais. Shawer fit venir le roi de Jérusalem, avec une nombreuse armée de
Francs, et Shirkouh alla se fortifier dans Bolbais. Les Egyptiens s'unirent aux
Francs et marchèrent contre lui à Bolbais, où ils le tinrent bloqué pendant trois
mois. Puis la nouvelle arriva que les Francs avaient été mis en pièces et faits
prisonniers à Harim. Alors le roi de' Jérusalem envoya trouver Shirkouh et lui
proposa de sortir en paix et de s'en aller dans son pays, laissant l'Egypte à ses
maîtres. Shirkouh accepta cela avec empressement, il partit et s'en alla à Damas\
En l'an 1476, il y eut partout disette
de blé, et surtout dans la région d'An-
tioohe et de Cilicie, où il arriva au prix
d'un dinar pour un demi-marbana', A
la fin on n'en trouvait même absolument
plus.
La même année, fut tué Djemal ed-
Dîn, ce vizir^ qui était à Mossoul, dont
nous avons rapporté plus haut qu'il
envo3'a le maphrien Ignalius près du roi
des Ibères*. Cet homme êtaitPersan d'o-
Le maphrien Ignatius était tombé
malade depuis longtemps; quand il vit
son infirmité s'aggraver, il voulut venir
au couvent de Mar Bar Çaunia. Ayant
pris quelques-uns de ses disciples, et
aussi ses livres et son pécule, il partit
et arriva jusqu'au village appelé Hayel,
dans la région de Nisibe°.
Il devint très faible et obligea ses dis-
ciples à le conduire promptement au
couvent de Qartamîn; pendant la nuit.
1. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 313 et suiv.
2. Ce nom de mesure revient plusieurs fois par la suite. — 3. Lire : 1t»(o, — 4. Cf. ci-dessus, p. 318.
5. Ici le texte présente de nouveau une longue lacune. Ce qui suit est tiré de Barhébr. {Ckr. eccl.
II, coi. 355) qui reproduit le passage de MicheJ. Cf. Car. eccL, I, 530.
326 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
rigine, et l'atabeg Zangui l'avait établi tandis qu'ils l'emportaient, il mourut,
gouverneur de Mossoul. Il lui avait Ses disciples, craignant les gouverneurs
.. M , I 1» j . 1 . ■] du Tour 'Abdîn, abandonnèrent la route
attribue la dime de tous les revenus; il , • , in ^ , • i i- •
, . -1 • "^ couvent de Mar Gabriel et se diri-
s enrichit et grandit beaucoup, et il était g^^.^^^^ ^^^^ j^ couvent de Mar Hanania,
comparable à ' près de Mar Jean de Mardin. Son saint
corps y fut enseveli dans un sépulcre de
marbre, dans le sanctuaire de ce cou-
vent. Il mourut le dimanche' 14 de hazîran (juin) de l'année 1475. Il avait exercé (son
office) convenablement et honorablement pendant 21 ans. Mar Jean de Mardin hérita
de son pécule.
La même année'' mourut, h Mélitène, Çelîba de Qarigarah. Il était prêtre. Devenu
veuf, il s'appliqua aux études et surpassa tous ses contemporains. Il devint très
célèbre, bien qu'il fût méprisable parce qu'il aimait le vin. A la fin, il se fit moine.
Bar Çalîbî lui dédia quelques-uns de ses ouvrages.
[CHAPITRE XI]'
En l'an 1476, Kilidj-Arslan, sultan d'Iconium, envahit Gadoug, Ablastain et
Toronda. Il commença à poursuivre les descendants de Danishmend.
Nour ed-Dîn s'empara de Banias et la fortifia considérablement".
L'arménien Thoros pilla Mar'as. Il y prit quatre cents Turcs et fit dire à Nour
ed-Dîn : « Si tu ne délivres pas moyennant rançon les princes chrétiens qui sont
chez toi, je ferai brûler vifs tous ceux-ci ». Ainsi contraint, Nour ed-Dîn ran-
çonna tous ceux qu'il détenait, et même le jeune prince, à cent mille dinars*.
Quand ceprince, Bohémond,futdélivré, il s'en alla à Contantinople trouver l'em-
pereur des Grecs dont il était legendre Ml en obtint de grandes richesses, revint
à Antioche, et ramena avec lui un patriarche grec nommé Alhanasius. De cela, le
patriarche des Francs^ fut scandalisé. Il quitta la ville et se retira à Qoçaïr, et
envoya des anathèmes aux Francs d'Antioche'.
En l'an 1477, Manuel, empereur des Grecs, fut frappé d'un trait pendant la
guerre contre les Bulgares, et tomba de cheval. Un Bulgare se jeta sur lui
pour le tuer. Manuel fit connaître qu'il était l'empereur et promit de grandes
récompenses à celui qui l'avait pris, sous des serments redoutables, s'il le
conduisait à Constantinople. Le Bulgare y ajouta foi, et l'amena à la ville.
L'empereur accomplit sa promesse, et y ajouta encore'".
On dit qu'à cette époque Manuel tua par le poison l'impératrice, parce
qu'elle était stérile, et prit une seconde femme, ce qui n'était pas permis aux
empereurs".
1. Nous ne pouvons ici combler la lacune. Cf. Gesch. der Chai., 268, n. 1, et Hist. arah. des
Crois., I, 542. — 2. Texte imprimé : « le jeudi 14 ». — 3. 1475 (Bar Hebr., Chr. eced., I, col. 529).
4. Bar Hebr., Chron. syr., p. 331-332. — 5. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 320. — 6. Cl. op.
cit. , p. 319. — 7. Lisez : « le beau-frère »; cf. ci-après, n. 11. — 8. Amaury. — 9. Cf. op. cit.
p. 319. — 10. I/auteur fait sans doute allusion à quelque épisode de la guerre contre les Hongrois.
— 11. Après la mort d'Irène (1158) dont il n'avait que deux filles, il épousa Marie d'Antioche, fille
LIVRE XVIII. CHAP. XI 327
En cette année', au mois de shebat En l'année 1476, les Orientaux,
(févr.), mourut à Bagdad, h l'âge de citoyens de Tagrit et de Mossoul, vin-
90 ans, le médecin chrétien Emin ed- rent trouver le patriarche au couvent
Daulah, fils de Thalmid. Il était versé de Mar Bar Çauma pour recevoir un
dans différentes sciences ; il n'avait pas maphrien. Jean, archimandrite du mo-
son pareil dans la médecine à cette nastère de Mar Jacques dans la région
époque. II brillait beaucoup dans la dia- d'Edesse, fut élu^;ll était originaire
lectique, et n'était inférieur à aucun d'une famille noble de Saroug. Son
des plus habiles Arabes dans leur gram- ordination eut lieu le vendredi 6 de
maire et leur poétique, tesrîn ii (nov.) de l'année 1476 ^
La même année, le célèbre Mar Jean
de Mardin, se rendant du couvent de Mar
Hanania à la grotte d'Adrour, pour y visiter un solitaire nommé Hayeh*, fut projeté
par son cheval et mourut. Tout ce qu'il avait reçu en héritage du maphrien' resta
entre les mains d'hommes impies qui le dissipèrent iniquement, et qui périrent
ensuite misérablement^.
Quelques personnes conseillaient alors au patriarche de se rendre à Mardin et
d'en faire le siège du patriarcat, à la place d'Amid. II y consentit ; mais il attendait
d'être mieux, car il souffrait de la gravelle. Ensuite, voyant croître son mal, il sentit
sa fin approcher. Il fit venir Denis bar Çalibi (évêque de Mara's), qui se trouvait
alors à Mélitène', et il lui attribua le siège d'Amid; mais celui-ci ne l'accepta pas et
se borna à l'en remercier '.
Les gens de Mardin, voyant que le patriarche ne pourrait venir chez eux, deman-
dèrent d'un commun accord l'archimandrite du couvent de Mar Bar Çauma, Mar
Michel; le patriarche elles évêques y consentirent, mais lui-même n'accepta point.
Pendant qu'on traitait ces affaires, la fin du saint patriarche arriva, dans la soirée
qui précède le vendredi, le 14de tamouz(juill.) de l'an 1477. Son corps fut déposé dans
la sacristie de l'égliscj dans le tombeau où se trouvent (ainsi)' trois patriarches du
nom d'Athanasius. Il avait gouverné l'Eglise pendant 27 ans et sept mois, et ordonné
deux maphriens et trente-deux évêques.
La même année mourut aussi Jean, le pape d'Alexandrie'".
[fin du livre dix-huitième1 "
de Raymond de Poitiers et de Constance (25 déc. 1161). Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXXVIII,
§ XXXVII, Lxr.
1. 1476 (Bar Hebe,, Chr . syr., p. 329).
2. A la suite du refus de Michel lui-même. — 3. D'après Chr. eccl., I, 531 ; II, 358. — 4. La
lecture de ce nom est douteuse. — 5, Cf. p. 326. — 6. Chr. eccl., I, 532. — 7. Cf. ci-dessus, p. 314.
— 8, Le texte parait altéré eu ce passage. — 9. Le texte doit s'interpréter ainsi ; cf. ci-dessus
p. 135, 228. — 10. Cf. Renaudot, ffisi. pair. Alex., p. 528. — 11. Voir la note suivante.
LIVRE XIX
Avec l'aide de Dieu, nous commençons le Dix-neuvième Livre a l'année 1478,
QUI EST l'an 1148, de l'Incarnation de Notre-Seigneur, l'an 545 de l'empire
DES Arabes, l'an 107 des Turcs, et, depuis Adam et le commencement du
monde, l'an 6647 '.
[CHAPITRE PREMIER] =
En l'an 1478, Nour ed-Dîn envoya pour la seconde fois en É^ype l'émir Asad ed-
Dîn ShirkoLih, el Çalah ed-Dîn, neveu de celui-ci. Comme Shirkouh désirait cela
et s'yétait préparé, il arriva rapidement en Egypte. Il franchit le Nil et passa dans
la région occidentale ; il s'avança jusqu'aupays de Ça'id. Shawer, vizir d'Egypte,
envoya chercher les Francs. Les Francs et les Egyptiens rassemblèrent leurs
forces et passèrent à leur tour dans la région occidentale du Nil, à la poursuite
de Shirkouh. Les grands qui l'accompagnaient lui donnèrent alors un conseil
(en disant) : « Nous n'avons d'autre ressource que de repasser dans la
région orientale, et de nous en aller en Syrie. Nous ne pouvons résister à
l'armée de tous ceux-ci. Si nous nous rencontrons avec eux, nous savons sans
aucun doute que la défaite nous attend plutôt que la victoire. Et où trouverons-
nous un refuge? Car tous les fellahs et les soldats, tous les gens du pays sont nos
ennemis. » Alors un des serviteurs de Nour ed-Dîn, nommé Boungous, jeune
homme courageux et belliqueux, leur dit: « Croyez-vous, vous tous grands, que
si vous ne rencontrez pas les ennemis, etque si vous allez trouver Nour ed-Dîn
sans être victorieux ou vaincus, vous aurez raison à ses yeux? Il vous retran-
chera les vivres, et vous réclamera tout ce que vous avez consommé depuis
longtemps. Quiconque craint le danger ne doit pas être soldat du roi mais
laboureur', ou bien rester à la maison avec les femmes ! » En entendant cela,
Shirkouh dit : « Tel est aussi mon sentiment ». Çalah ed-Dîn dit à son tour ;
« Je suis aussi d'accord là-dessus ». Et alors tous se préparèrent à livrer bataille.
Bientôt les Egyptiens et les Francs se réunirent, et ils en vinrent aux mains
malgré eux. Snirkouh plaça au centre de l'armée son neveu Çalah ed-Dîn, avec
1. Ce titre n'existe pas dans le ms.; nous le restituons par conjecture. Nous fixons le commence-
ment du livre à l'année 1478, d'après la clausule de la version arabe (cf. ci-dessoUs, à la fin de ce
Livre), bien que nous ignorions sur quelle donnée l'auteur de cette version s'appuie pour en déter-
miner l'étendue. Habituellement le commencement des livres coïncide avec un changement de règne-
cependant la date 1478 n'est pas invraisemblable, car c'est celle de l'élévation de Michel au patriar-
cat. La division de ce livre en chapitres est purement hypothétique pour toute la partie comprise
dans la lacune.
2. Bar Hebr., Chron. syr., p. 332-333. — 3. Il y a ici un jeu de mots entre phalha « miles », et
phalaha « agricola ».
LIVRE XIX. CHAP. II 329
tout le bagage, comme pour augmenter leur nombre. Il leur donna cet ordre :
« Les Francs et les Egyptiens, pensant que je suis au centre, dirigeront contre
vous tous leurs efforts. Vous ne leur résisterez pas beaucoup, et bientôt vous
tournerez le dos. Vous n'aurez pas peur quand ils vous poursuivront, car je
viendrai derrière eux. » La bataille fut engagée. Shirkouh choisit des hommes
valeureux, en la vigueur desquels il avait confiance. Quand les Francs et les
Egyptiens attaquèrent, ceux qui étaient au centre tournèrent le dos; les Francs
et les Egyptiens les poursuivirent, et alors Shirkouh se mit à la poursuite des
vainqueurs, les fuyards se retournèrent, et Francis et Egyptiens se trouvèrent
enveloppés et essuyèrent une grande défaite. Ceux qui échappèrent au combat
prirent la fuite. On dit que Shirkouh n'avait que deux mille hommes, tandis
que les Francs étaient dix mille. Shirkouh marcha sur Alexandrie et la prit sans
combat. Les Francs et les Egyptiens se rassemblèrent dans la ville du Caire, et
firent demander la paix à Shirkouh. Il fut convenu qu'on donnerait à Shirkouh
cinquante mille dinars et qu'il retournerait dans son pays; qu'Alexandrie serait
restituée aux Egyptiens ; que les Francs recevraient chaque année cent mille
dinars et rentreraient dans leur pays ; cependant, ils auraient à Alexandrie
un détachement' et des cavaliers pour garder les portes et au besoin en écarter
les partisans de Nour ed-Dîn. Et ainsi Shirkouh quitta et alla à Damas'.
En cette année Qara-Arslan, seigneur de Hesna de Ziad, alla mettre le siège
contre Amid; par la trahison des gardiens, il s'empara de deux tours. Les
assiégés s'animèrent, et tuèrent ceux qui étaient montés sur les tours. Qara-
Arslan fut couvert de confusion ; il retourna chez lui dans la tristesse et la
honte'. Bientôt après, le 17 de tamouz (juill.)*, il mourut, et son fils° lui succéda.
[CHAPITRE II]*
Après la mort du bienheureux patriarche Athanasius, nos évêques, ayant entendu
dire que les évêques d'Egypte avaient élu pour leur patriarche Mar Marcus'' quarante
jours après la mort de Mar Jean, furent eux-mêmes pleins de sollicitude et se réunirent
dans le pays de Gargar. Quelques-uns de ces évêques désiraient exercer le pouvoir,
à l'exemple de Haya, de 'Abdoun et d'autres anciennement. Les autres montrèrent
du zèle et écrivirent les noms de trois personnes : le vieillard Rabban Abou Ghaleb,
qui avait déjà été ainsi Inscrit lors de réleclion de Mar Athanasius, Rabban Sahda,
de la montagne d'Edesse, et Rabban Michel, archimandite du couvent de Mar Bar
Çauma ; ils jetèrent les sorts dans le couvent de Pesqîn, (le dimanche de la Pentecôte,
après l'oblation et le triple office de ce jour)*. Le bulletin de l'archimandrite Mar
1. iia^, — 2. Cf. Gesck. des Kônigr, Jerus., p. 322 et suiv. - — 3, L'émir Ousâma assistait à ce
siège. Cf. H. Dekenbourc, Ousâma ihn Mounkidh^ p. 321. — 4. Mohammed Nour ed-Dîn. —
5. Sur cette date, cf. ci-après, p. 343, n. 5.
6. Bar Hebr., Chr. eccl., I, 535-544. — 7. Comp. et rectifier Eenaudot, Hisi. patr. Alex,,
p. 531. — 8. Les mots entre parenthèses, qui se trouvent dans le texte de Barhébr., semblent être
une interpolation, La Pentecôte n'a pu se rencontrer entre la mort d'Alhanasius (14 juill. et la con-
sécration de Michel (18 oct.). Le texte primitif portait peut-être « au bout de cinquante jours » ('/).
m. 42
330 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Michel sortit. Il était fils d'Elias, prêtre de la ville deMélitène, de la famille de Qin-
dasî. On envoya trois évoques pour l'amener. Mais il s'enfuit devant les évêques et
se cacha dans un lieu obscur; parce qu'il avait eu connaissance du dissentiment sur-
venu entre eux.
En efïet, les évêques qui n'étaient pas présents à l'élection, se mirent en arrivant
à se quereller avec ceux qui avaient montré de l'empressement. Alors arrivèrent le
maphrien et les évêques orientaux, qui mirent fin à la dispute en disant : « Nous étions
déjà disposés à l'ordonner, même sans les sorts ». On reçut en outre deux lettres :
l'une des moines du désert', qui disait : « Si Michel est élu, nous le proclamerons »,
et l'autre de l'évêque de Jérusalem', qui disait : « Je ne puis venir; mais je vous
envoie mon adhésion. Si vous ordonnez Michel, du couvent, ou Denha, archidiacre
d'Edesse, j'y consens et je l'accepte, mais non un autre. Et si vous en choisissez un
autre en dehors de ceux-ci, vous en répondrez devant Dieu ». Après la lecture de ces
lettres, ceux mêmes qui avaient fait de l'opposition dirent : « Nous le désirons nous-
mêmes plus que vous; mais nous étions scandalisés de ce que vous ne nous aviez pas
convoqués à l'élection ».
S'étant ainsi tous mis d'accord, ils vinrent au monastère' et le firent sortir de
l'endroit où il se tenait caché. Toutefois, il ne donna son consentement qu'après leur
avoir fait promettre qu'ils se conduiraient selon les canons des saints Pères ; qu'aucun
d'eux ne conférerait l'ordination à prix d'argent, n'annexerait un diocèse au sien,
ne passerait d'un diocèse à un autre. Quelques-uns résistaient et disaient : <( Ne
recherche pas la rigueur dans, le temps présent, mais compte avec la faiblesse de
cette génération. » Et ils étaient sur le point d'annuler l'élection. Alors, le véné-
rable Dionysius bar Çalibi s'anima et leur dit : m Depuis des années, nous et
d'autres qui sont morts, nous sommes tourmentés par le jugement de notre conscience;
deux fois des synodes ont été rassemblés pour corriger les abus, et les coutumes
invétérées n'ont pas été détruites. Maintenant que le Seigneur a excité le zèle dans
le cœur de celui qui a été choisi pour notre chef et qui estime par-dessus tout la
rectitude des canons, en vérité, quiconque ne donne pas son consentement est un
satan ! » — Alors, tous consentirent et donnèrent leur signature.
Lorsqu'il s'agit de faire l'ordination, une question fut agitée à propos de l'imposi-
tion des mains. Le maphrien disait : « Il m'appartient défaire l'imposition des mains,
de même que mon prédécesseur a ordonné deux patriarches ». Les évêques occiden-
taux répondaient : « Non, mais il appartient à l'évêque qui se trouve être le premier
de l'assemblée, c'est-à-dire le chef du synode, de faire l'imposition des mains ». Après
discussion on convint que le maphrien ferait la consécration et que douze évêques
l'assisteraient dans l'imposition des mains, que l'évêque d'Edesse *, qui était le chef du
synode, célébrerait la messe, que celui de Mélitène lirait l'évangile, et Bar Çalibi
l'autre leçon, que celui de Kaisoum proclamerait ; « La grâce'... », que le vieil évêque
de Djihan et celui de Goubbos liraient les prières, et ainsi de suite pour les autres
évêques, qui étaient au nombre de trente-deux^.
1. Madbra pourrait être le nom propre d'un couvent. — 2. Ignace Romanus. — 3. De Mar Bar
Çauma. — 4. Basile. — 5. Prière qui commence : Gratia iivina quse infirmas sanat etc. Voir le
détail du rite de l'ordination patriarcale des Jacobites dans Denziger, ^Ji«s Orientalium, II, 76-99.
— 6. La liste des évêques présents à la consécration (ci-dessous, Appendice^ § xliv) ne contient
que vingt-huit' noms.
LIVRE XIX. CHAP. III 331
Cette cérémonie fut accomplie le mardi 18 de tesrîn i^' (cet,) de l'année 1478, dans
le couvent de Mar Bar Çauma.
Ensuite, le patriarche écrivit un volume exposant la définition de la foi orthodoxe
et il l'envoya, par trois moines, au patriarche d'Alexandrie, selon l'usage en vigueur
dans les églises des Orthodoxes, selon lequel le patriarche d'Alexandrie, de son
côté, après son institution, en faisait part à celui d'Antioche, pour être proclamé en
Syrie comme le nôtre en Egypte.
Le patriarche vint ensuite au monastère de Mar Hanania. Là, il établit vingt-neuf
canons. II fit de Mardîn son diocèse, au lieu d'Amid, et obligea le vénérable
Mar Dionysius bar Çalibi à passer à Amid qu'il dirigea habilement pendant cinq
ans'.
A cette époque, Ignatius de Mélitène fut pris par le prince, et frappé d'une amende
de 300 dariques. Les gens de la ville, depuis longtemps irrités contre lui, ne lui
vinrent point en aide.
Le patriarche se proposa d'aller à Antioche, et se rendit à Edesse. Il parcourut
tous les monastères de la montagne sainte, accompagné de deux évêques : Ignatius
de Gargar, et Basilius de Césarée. De là, il passa l'Euphrate. A cause de la guerre
entre le seigneur d'Alep et celui d'Antioche, il ne put continuer, mais il retourna à
Kaisoum, et se rendit au monastère de Barid, où il fut surpris par un rude hiver et
où il s'arrêta^ pendant longtemps ^
Les deux évêques de Djihan, l'ancien et son neveu*, furent convaincus de diverses
fautes : il les déposa tous les deux.
CHAPITRE LUI]'
En l'an 1479, au mois de kanoun (déc), mourut Thoros, prince de Gilicie,
qui s'était fait moine avant demourir. Il prescrivit que son plus jeune fils"^ serait
son successeur, et que Thomas, son cousin ^ serait son tuteur. 11 déshérita
complètement son frèreMleh'. Celui-ci en fut choqué et se retira chez Nour ed-
Din. 11 en reçut une armée de Turcs et envahit la Gilicie". II fit prisonniers seize
mille jeunes gens etjeunes filles, hommes et femmes, prêtres, moines et évêques,
qu'il emmena à Alep ; il les vendit à des marchands (d'esclaves) et en distribua
le prix aux Turcs qui étaient avec lui. Ensuite, les Arméniens le rappelèrent
près d'eux : ils lui donnèrent la moitié du pays, et il jura que l'autre moitié
resterait à l'enfant. Puis il transgressa ses serments et s'empara des châteaux
«t des villes de tout le pays. 11 fit crever les yeux et couper les mains et les
pieds à plusieurs seigneurs et à des évêques ; il en fit écorcher vifs d'autres et
les jeta aux bêtes.
En cette même année, l'émir turc Zain ed-Din, qui était le ministre de
Qotb ed-Dîn, seigneur de Mossoul, devenu âgé, sourd et aveugle, remit à
1. Cf. ci-dessus, p. 327, et ci-dessous, p. 344. — 2 Lire : ;-ol. — 3. L'hiver de 1479 (1167-68).
— 4. Le fils de son frère; cf. ci-dessus, p. 319,
5. B\R Hebr., Chr. syr., p. 334-335. — 6. Roupen II. — 7. Littér : « fîls de sa tante mater-
nelle ». — 8. Mélier on Milo chez les auteurs francs. — 9. Cf. Gesch. des Kijnigr. Jerus.^ p. 355.
332 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Qotb ed-Dîn tous les pays qu'il gouvernait*, et ne conserva qu'Arbèles, qu'il
possédait déjà du temps de l'atabek Zangiii. Il s'y retira et y mourut. Il eut
pour successeur son fils Mouthafar ed-Dîn, et Moudjahid ed-Dîn devint mi-
nistre'.
Le patriarche se rendit en Cilicie, et de là à Antioche. A. la porte, il rencontra les
préfets et fut bien accueilli; mais il ne voulut pas entrer (dans la ville) à cause de la
proximité de la fête, pour laquelle il avait hâte de se rendre h Jérusalem. 11 partit
donc pour Laodicée, et de là à ïyr ; il parvint à Jérusalem le jeudi de la semaine
des hosanna^.
Après avoir prié au Goigotha et au Saint-Sépulcre, il célébra les fêtes dominicales
et la consécration du chrême dans notre église de laMagdeleine. La veille du Grand
Dimanche', il rencontra le patriarche des Francs' et fut traité par lui avec honneur.
De là, il repartit pour Antioche, et se rendit d'abord à Qoçaïr, près du patriarche
des Francs' qui l'accueillit avec joie. Comme celui-ci était irrité contre le patriarche
des Grecs qui était à Antioche', il fit introduire notre patriarche en grande pompe,
comme pour humilier les Grecs. Quoi qu'il en soit, le reste de notre peuple en reçut
de la consolation.
Le patriarche demeura là toute une année et y consacra le chrême*. 11 y consacra
trois évêques. L'un d'eiïx fut Athanasius d'Anazarbus, à la place d'Athanasius l'ancien,
oncle paternel du patriarche, qui, après avoir exercé la charge pastorale à Anazarbus
pendant trente-trois ans, en toute sainteté et détachement, s'en alla vers son
Seigneur.
CHAPITRE [IV]"
En l'an 1480, Kilidj-Arslan, sultan d'Iconium, enleva Gésarée de Cappadoce
et Symnada aux descendants de Danismend.
La même année, Nour ed-Dîn enleva Qala'Djabar à l'émir Sehab ed-Dîn, un
Ma'adéen de la famille de 'Oqail. Il lui donna Saroug, Malhata, Bab-Bouza'ah
et 20.000 dinars.
La même année, le sultan Kilidj-Arslan enleva aux Grecs la ville d'Ancyre
et Qanqar.
A cette époque, les Francs qui étaient restés en Egypte pour recueillir l'or
du tribut et garderies portes, firent dire à Amaury, roi de Jérusalem, que ce
pays était dépourvu d'armée, et que les Francs pourraient facilement s'en empa-
rer. Tous les grands voulaient s'y rendre, mais le roi, dans sa sagesse, les
retenait et leur disait : « Tout l'or de l'Egypte s'accumule chez nous ; si
1. Barhébr. commente : « c'est-à-dire Sigar, Harran, Hesna de 'Aqar, les forteresses du Hakà-
ryeh, ïagrit, et Saharzôr. ». — 2. Cf. Hist. arah. des Croisades^ t. II, ii, p. 241, 323,
3, Semaine sainte. — 4. La fête de la Résurrection de l'année 1479 (31 mars 1168). — 5. Amaury,
patr. latin de Jérusalem. — 6. Amaury, patr. latin d'Antioche. — 7. Athanasius, imposé par l'em-
pereur. Cf. ci-dessus, p. 326. — 8. Le Jeudi-saint 1480 (1169).
9. Bar Hebr., Chr. syr., p. 335-338.
i
LIVRE XIX. CHAP. IV 333
nous y allons, les Arabes, qui nous haïssent, se rapprocheront de Nour
ed-Dîn, le feront venir et nous aurons à combattre ceux du dedans et ceux du
dehors; et nous ne réussirons pas. » Les grands n'adoptèrent pas le conseil
du roi. « Nous irons, dirent-ils, nous emparer de l'Egypte, et avant même
que Nour ed-Dîn ait eut le temps de disposer ses troupes pour s'avancer 1 »
Le roi fut ainsi vaincu par eux ; ils se réunirent et partirent promptement.
Ils s'emparèrent de la ville de BolbeiSj la pillèrent et emmenèrent la popu-
lation en captivité. Ils s'avancèrent et mirent le siège devant le Caire et
Miçr. Les gens de Miçr, craignant qu'il ne leur arrivât la même chose qu'à
ceux de Bolbeis, s'encouragèrent mutuellement, prirent place sur le mur et
luttèrent énergiquement contre les. Francs. 'Adhid, khalife d'Egypte, coupa
les tresses des cHeveux de ses femmes et de ses filles et les envoya à Nour
ed-Dîn : « Voici, disait-il, que mes femmes te supplient en pleurant et en
gémissant de venir à leur secours. » Shawer, vizir d'Egypte, fit dire à Amaury
et aux grands des Francs : « Vous connaissez mon affection pour vous; et si
'e ne savais que les Taiyayê m'empêcheraient de vous livrer Miçr, je vous
a livrerais promptement ; mais je sais que s'ils entendaient de moi quelque
chose de semblable, ils me feraient périr sans tarder. Je crois qu'il vaut
mieux que vous preniez autant d'or que vous voudrez et retourniez dans votre
pays, tout en ayant chez nous des procureurs pour recueillir le tribut, comme
auparavant, et que Nour ed-Dîn ne vienne pas s'emparer de l'Egypte : car
alors vous n'aurez ni le pays ni le tribut ». Quand les Francs entendirent cela,
ils firent la paix à condition qu'on leur donnât un million de dinars. Shawer leur
donna sur le champ cent mille dinars et dit : « Quand vous aurez quitté et
serez partis, je réunirai le reste et vous l'enverrai. » Et ainsi, les Francs quit-
tèrent l'Egypte et retournèrent dans leur pays.
Nour ed-Dîn en apprenant que les Francs avaient quitté l'Egypte ne laissa
pas d'envoyer ses troupes : car son souci n'était pas de secourir les Egyptiens,
mais bien de s'emparer du pays. Il commanda donc à Shirkouh de se mettre sans
retard à la tête de l'armée et de partir avec Çalah ed-Din, son neveu. Shirkouh
se rendit au Caire, alla trouver le khalife 'Adhid et fut reçu par lui avec honneur.
Mais, comme toute l'administration était aux mains du vizir Shawer, celui-ci
entretenait Shirkouh par des paroles insinuantes, mais ne lui fournissait rien
pour sa subsistance, ni à ceux qui l'accompagnaient; il se proposait de donner
un festin à Asad ed-Din ' pour s'emparerastucieusement de lui et de son neveu :
ce dont son fils le détournait. Çalah ed-Dîn, de son côté, méditait de tuer Shawer,
et son oncle Shirkouh l'en empêchait. Un jour, Shawer s'étant rendu chez Shir-
kouh, comme de coutume, ne le trouva pas, parce qu'il était allé prier au tombeau
d'un de leurs grands personnages religieux. Alors Çalah ed-Dîn monta à cheval
avec lui et, tandis qu'ils causaient, il le précipita de son cheval et l'enchaîna, parce
qu'il ne pouvait le tuer sans la permission de son oncle. Il informa son oncle
qui lui dit : « Sans la permission du khalife nous ne pouvons rien faire. » On
informa donc le khalife 'Adhid, qui les exhorta à le massacrer, parce qu'il ne
laissait au kalife aucune place à côté de lui. Ainsi fut tué Shawer, sa maison fut
pillée, et Shirkouh devint vizir à sa place. On l'appela aussi roi et général'; car
I. âirkouh. — 2. Malik-Mansour ■ cf. Abou'l-feda, Annal, moslem., t. III, p. 609-625.
334 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
les vizirs d'Egypte portent ces titres. Or, Shirkouh passa seulement deux mois
dans le vizirat et il mourut d'étouffements. Son neveu Çalah ed-Dîn, fils de
Nedjm ed-Dîn Ayoub, lui succéda, et s'attacha toutes les troupes par ses
grandes largesses. Il s'empara de l'Egypte.
Asad ed Dîn Shirkouh laissait un fils qui s'appelait Naçr ed-Dîn. Lui et ses en-
fants eurent Emèse. Nedjmed-Dîn Ayoub, son frère, avait six fils : l'aîné Shams
ed-Daulah Tourân-sâh, qui régna à Alexandrie; le second: Shahinsâh, père de
'Izz ed-Dîn Faroukh-sâh, et de Taqi ed-Dîn 'Omar, qui posséda, ainsi que ses
descendants, Hemalh ; le troisième : Saif el-Islâm foghtekin, qui régna sur
Theman; le quatrième, Çalah ed-Dîn Yousef, qui régna sur l'Egypte, la Pales-
tine, la Syrie et la Mésopotamie ; le cinquième, Malik 'Adil Abou Bekr, qui suc-
céda à Çalah ed-Dîn ; le sixième, fadj el-Molouk Bouri, qui mourut pendant
que Çalah ad-Dîn assiégeait Alep.
D'Antioche, le patriarche revint an couvent de Mar Bar Çauma, et y rassembla un
synode en l'année 1480. Iwannis de Djihan fut déposé de l'épiscopat dans ce synode,
et le moine Abou Ghaleb fut ordonné h sa place. On y établit aussi un canon, sous
l'analhème de Dieu, statuant qu'aucun évêque n'aurait une femme à son service, fût-
elle sa sœur ou sa mère; qu'il n'aurait point la liberté de causer avec une femme,
mais qu'il ferait dire par un prêtre âgé ce qu'il aurait à dire aux femmes ; qu'un moine
n'admettrait jamais de femme dans sa cellule, ni vieille, ni jeune, ni religieuse, ni
séculière.
A cette époque mourut Athanasius de Maipherqat; à sa place fut institué Ignatius,
qui est Abou Ghaleb, neveu' du défunt maphrien Mar Ignatius. Il fut appelé du cou-
vent de Mar Bar Çauma, dans lequel il fut ordonné à la fête de la Croix*.
Basilius d'Edesse mourut aussi, et l'archidiacre Athanasius, qui est Denha, fut
ordonné à sa place.
Le patriarche fit venir du couvent de Mar Abhai, Ignatius de Mélitène. Les gens
de Mélitène vinrent eux-mêmes au synode. Ils réfutèrent les accusations portées
contre l'évêque et contre son frère, le prêtre Sergius, et l'évêque retourna à son
église.
[CHAPITRE V]'
Au moment où le patriarche entrait à Antioche*les Grecs excitèrent des contro-
verses au sujet de la foi. Le patriarche écrivit un libelle contenant l'exposé du sym-
bole de notre foi; et les Grecs envoyèrent ce libelle à Constantinople. Il fut lu
devant l'empereur Manuel; et l'empereur fit écrire au patriarche par Christophorus,
homme instruit, en ces termes : « Manuel, empereur fidèle, Porphyrogénète, par le
Christ-Dieu empereur puissant, élevé et illustre, autocrate des Romains, Comnène,
fait savoir h Mar Michel, chef des Jacobites par la grâce de Dieu : Notre Majesté
1. Fils du frère. — 2. 14 sept, 1169.
3. Bar Hebr., Chr. eccles., I, col. 549 et suiv. — 4. Donc dès 1479 (H68) ; cf, p. 332, n. 4.
LIVRE XIX. CHAP. V 335
s'est grandement réjouie en voyant le libelle que vous avez écrit, qui expose la vérité
de la foi orthodoxe et la saine doctrine. Notre Majesté désire beaucoup vous voir. »
Après cela, un homme nommé Theorianus fut envoyé par l'empereur Manuel vers
Narsès, catholicos des Arméniens, et vers le patriarche Michel. En arrivant à Qala'
Romaita'j il fit dire au patriarche* : « Nous avons pour vous une lettre sacrée de Sa
Majesté. Venez donc en Syrie; car nous ne pouvons passer en Mésopotamie, pour dif-
férentes raisons. » Le patriarche n'y alla point; mais il envoya Iwannis de Kaisoum,
qui conféra avec Theorianus.
Après son retour à Constantinople, Theorianus fut envoyé une seconde fois '. II fit
parvenir au patriarche une lettre ainsi conçue : « Au saint Mar Michel, catholicos
des Jacobites, le serviteur de l'empereur, Theorianus : Nous avons une lettre impériale
pour Votre Sainteté, et nous désirons la remettre de nos propres mains aux mains
de Votre Sainteté. Il faut donc que vous nous fassiez savoir quand et où nous pour-
rons nous rencontrer » . Cette fois encore, le patriarche ne se rendit pas à l'invitation.
Il envoya à Qala'Romaita le moine Theodorus bar Wahboun, son disciple. Quand
ce dernier rencontra le légat, il constata qu'avant son arrivée, il avait troublé les
Arméniens par ses doctrines profanes et les avait stupéfaits par l'enseignement
d'Aristote. Bar Wahboun lui demanda si la substance se divise en corporelle et incor-
porelle par des différences essentielles ou accidentelles? la première hypothèse
conduisant à la composition des êtres simples incorporels, l'autre à la consubstan-
tialité du corporel et de l'incorporel. Il lui demanda en outre : « En combien de
modes la nature est-elle connue par les philosophes? Et ces deux natures que vous
confessez dans le Christ sont-elles particulières ou communes »? Alors, brisé comme
un bois, Theorianus répondit : « Qu'avons-nous à faire avec ces doctrines du païen
Aristote ? » Le catholicos des Arméniens le voyant vaincu, le blâma et lui dit : « Tant
qu'il n'y avait personne près de nous pour résoudre tes raisonnements compliqués,
tu t'es mis au-dessus de nous et tu nous as reproché de ne rien savoir. Maintenant
que ceux qui peuvent te vaincre par tes propres arguments sont venus, tu te dérobes I »
Et ainsi le catholicos détourna son visage de Theorianus qu'il congédia en disant :
« Je tiendrai un synode et je répondrai à l'empereur ».
Le catholicos écrivit au patriarche : « L'empereur des Grecs nous demande dix
choses; cinq concernent la doctrine ; les voici : que nous disions deux natures unies
dans le Christ, deux volontés, deux opérations ; qu'avec les trois synodes nous procla-
mions le quatrième, le cinquième, le sixième, le septième; que nous ne disions plus :
« Qui as été crucifié pour nous ». Les cinq autres concernent les usages; ce sont :
que nous célébrions la fête de Nativité comme les autres confessions; que nous met-
tions du ferment dans l'hostie et de l'eau dans le calice; que nous fassions le chrême
avec de l'huile d'olive; que nous priions dans les églises; que nous fassions le
sacrifice publiquement. En vue de la paix, il me semble facile de réformer les usages,
et de dire deux natures, comme le Théologien*, mais de supprimer la formule « qui
as été crucifié pour nous » et d'anathématiser les saints, cela ne m'est pas possible.
Là-dessus, ce que tu feras, nous le ferons ».
Après son départ, Theorianus envoya la lettre de l'empereur au patriarche. Après
plusieurs choses, on y lisait : « Nous avons compris que Ta Sainteté a le désir de
1. Résidence du patriarche arménien; cf. p. 297. Theorianus y arriva en mai 1170 (1481), —
2. Michel. — 3, En 1483 (1172), — 4. Grégoire de Nazianze.
336 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
venir en présence de Notre Majesté et de converser avec Elle. Mais elle craint qu'on
ne lui fasse violence et qu'elle ne soit forcée d'écrire ou de dire ce qu'elle ne vondrait
pas. C'est pourquoi Notre Majesté, conférée par Dieu, fait disparaître cette crainte,
et, grâce à la lettre que nous avons envoyée par les mains du XtÇioç magistros Theo-
rianos, Ta Révérence aura la sécurité. Nous écrivons et nous disons : « Tu pourras
dire tout ce que tu voudras ; tu ne verras rien d'humiliant ni d'abaissant, mais tu
seras reçu avec honneur et tu retourneras au siège qui t'est échu. Si Ta Sainteté
n'accepte pas notre foi, elle demeurera dans la sienne ».
Après celle-ci, trois autres lettres de l'empereur, contenant la même instance, arri-
vèrent par les mains du grec Caloène. Le patriarche répondit : «Nous désirons beau-
coup, et nous ne fuyons pas l'union avec quiconque ne change pas la doctrine des
Pères et confesse, avec Athanasius et Cyrillus, une nature du Verbe incarnée' ».
[CHAPITRE Vl]"
A cette époque, (c'est-à-dire en l'année 1481,) ' le roi de Jérusalem, (Amaury,)
ayant demandé des troupes à l'empereur des Grecs, son parent par alliance*,
pour marcher contre l'Egypte, ce dernier lui en envoya par mer. Lorsque les
Grecs furent arrivés en Egypte, poussés par leur malice invétérée, ils voulurent
tromper le roi, et s'emparer de cette contrée pour leur propre compte. Mais
quelques personnes avertirent à temps ce prince de leurs intentions. Les
Égyptiens promirent de nouveau de lui payer' [69S] l'or qu'ils avaient coutume
de donner autrefois; ils livrèrent un otage comme garantie qu'ils donneraient
l'or chaque année. [Le roi] prit l'otage et revint à Jérusalem; les Grecs res-
tèrent dans la misère, et, comme l'hiver survint, plusieurs périrent^; à peine
quelques-uns d"entre eux revinrent à leur pays'.
La même année', l'émir de Mélitène, jeune homme dépourvu de jugement,
se souillait dans les actions d'une honteuse débauche. Il s'attacha à une courti-
sane sorcière, qui le poussait à persécuter par toute sorte de maux les citoyens
de la ville et ses soldats turcs. Quand les grands commencèrentà déclarer qu'ils
ne supporteraient plus de telles choses, il redoubla les désordres de sa vie; il
1. Les Actes de la discussion publique de Theorianus sont imprimés dans la Patr, Gr.,
t. CXXXIII, 114-298. Voir le résumé succinct de Lamy, Bar Hebr., Chron. eccl., I, 551, n. 1.
2. Le litre et le début de ce chapitre se trouvaient dans la lacune. Nous suppléons les pre-
mières lignes d'après l'abrégé arménien [Hist. arm. des Crois., I, 369). — 3, D'après le contexte;
c'est d'ailleurs la date exacte (1170). — 4. La reine Marie était la petite-nièce de Manuel. —
5. Fin de la lacune. — 6. Par suite des tempêtes. — 7. Sur cette campagne et le célèbre siège
de Damielte cf. Hist. du Bas-Emp., LXXXÎX, § xxxvii-xli; Gesch. des Konigr. Jerus., p. 345 et
suiv. ; G. ScuLVMBERGER, Campagnes du roi Amaury 1°' de Jérusalem en Egypte (Paris, 1907). —
8. 1481 (Bar Hsbr., Chr. syr., p. 338).
LIVRE XIX. CHAP. VI
337
s'empara de tout ce qu'il trouva dans les trésors de son père, il prit avec lui cette
courtisane et ses familiers, et il quitta la ville, comme pour les punir. Les géné-
raux, les soldats et les citoyens, en voyant ce que [faisait] l'insensé* Mahmoud',
s'empressèrent d'établir son frère, un jeune prince nommé Abou 'I-Qâsim.
Quand celui-ci régna, la ville fut pacifiée ; l'autre devint errant de place en
place, et le discours exposera dans la suite ' la fin de sa vie.
La même année, le roi de Jérusalem ayant appris que MIeh, prince de Cilicie,
faisait du mal aux Chrétiens, de toute façon et en tous lieux, s'avança contre lui.
Celui-ci eut recours aux Turcs, qui vinrent à son aide. Il y eut une bataille. Le
Seigneur, dans sa bonté, aida le roi qui les vainquit. Les Turcs s'enfuirent et
Mleh rentra dans sa citadelle. Tandis que le roi assiégeait cette citadelle [696j
et commençait à l'attaquer, MIeh, réduit à l'extrémité, se repentit, demanda
pardon et promit de rester dans la soumission au roi '.
La même année mourut "Izz ed-Daulah% prince de la forteresse d'Aghel. Son
fils Asad ed-Dîn lui succéda. Il y eut une lutte entre celui-ci et son oncle
paternel le prince d'Amid ^ Ils s'emparaient des cultivateurs des villages et les
vendaient comme esclaves. — Fin.
[En celle même année 1481, le lundi
29 de haziran (juin), il y eut un violent
tremblement de terre; la terre était
secouée comme une barque sur la mer]'
[695] Craignons, mes
frères, craignons ! Si un tremblement
de terre est capable d'inspirer une si
grande terreur, qui pourra affronter le
grand jour du jugement futur?
Comme nous nous trouvions dans le
temple du couvent de Mar Hanania,
nous nous prosternâmes sur le visage
[En cette année 1481, l'eunuque Emin
ed-Dîn qui gouvernait à Mardin] (oppri-
mait la ville)' [69S] et le pays. Il prit la
cour de notre église, à Mardin, et la
donna aux faiyayê qui l'annexèrent à
leur mosquée. Ce fut pour nous et pour
tout le peuple une grande affliction.
Alors, quelques hommes en vinrent à
blasphémer contre les saints; au lieu de
s'en prendre h eux-mêmes et h nous
tous : car, parce que nous avons péché,
Dieu ajustement permis que les Gentils
1. Lire ; l^''»^ lu^'. — 2. BH : « Mohammed « ; cf. p. 319, n. 3. — 3. Cf. ci-dessous, 1. XX,
cliap. li. — 4. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 3.55, et les sources citées. — 5. Fils de Mou'ayyid
ed-Daulah, seigneur d'Amid, mort en 551 H. (1156-57). — 6 Djemal ed-Daulah Kamal ed-Dîn
Abou'l-Qasim 'Ali ibn ai-Hassan ibn Nisan, vizir de Mahmoud ibn Ilaldi Djemal ed-Dîn, et dont il
a été question plus haut (p. 320). Ces seigneurs d'Amid n'étaient, en effet, « ofGciellement » que
les vizirs des princes turcs descendants de Inal. Page 677, 1. 8 du texte, il faut probablement resti-
tuer l.x>io^ "^lU « de Inal le turc », au lieu de Uoa^«| proposé ci-dessus, p. 320, n. 8. (D'après des
documents inédits communiqués par M. Max van Berchem.)
7, Le début du récit se trouvait dans la lacune. La date, d'après Bar Hebr., Chr. syr., p. 339.
8. Suppléé d'après Bar Hebb., Chr. eccl., I, 559.
III. 43
338
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
devant l'autel, et nous l'étreignîmes.
Nous étions projeté de côté et d'autre,
et, de cœur seulement, nous priions le
Seigneur de daigner mettre fin au fléau.
Après un long moment, quand nous re-
vînmes à nous, contre toute espérance,
nous étions comme si nous sortions du
tombeau, à cause delà frayeur. Ensuite,
comme quelqu'un qui s'éveille d'un som-
meil, nos yeux se mirent à répandre des
larmes, et nos langues la louange, sur-
tout quand nous vîmes, quand nous
apprîmes et fûmes assuré que non seu-
lement dans le couvent, mais dans tout
le pays, il n'y avait eu absolument
aucun dommage causé. Et quand nous
sûmes quels désastres avaient été causés
dans les pays et les villes, nous offri-
nous maltraitassent, ils osèrent s'atta-
quer injustement aux saints de Dieu.
Pourtant, les saints eux-mêmes nou*
disent avec raison : cf Le nom de Dieu
est tourné en dérision à cause de vous,
parmi les Gentils » ; et, en vérité, mal-
heur au serviteur qui est cause que le
nom de son maître soit méprisé !
Le lendemain, cet eunuque tomba de
sa monture; il fut pris de remords [mais
ne put]' restituer l'église, parce qu'il
craignait les faiyayê.
Eu cette année où mourut l'évêque de
Samosate, mourut aussi Joseph qui
s'était établi illégitimement h Telia
d'Arsanias, et les fidèles de l'endroit,
qui étaient fort scandalisés à cause d&
lui, furent délivrés de lui. — Fin.
mes tous des actions de grâces encore
plus grandes à Dieu, qui avait eu pitié de nous bien que nous n'en fussions pas dignes.
Dans ce tremblement de terre s'écroula Berrhoë, qui est la ville d'Alep, dans
laquelle l'impiété était aussi grande que dans Sodome et Gomorrhe.Nous avons vu de
nos yeux les nombreux genres d'iniquité qui s'y commettaient. Plusieurs milliers de
prisonniers chrétiens s'y trouvaient. Le dimanche seulement on leur permettait d'en-
trer à l'église, et avec les chaînes aux pieds et au cou. Leur plainte fendait les nues.
Quelle langue pourrait dire, quelle oreille pourrait entendre les oppressions que
subissaient là les prisonniers? Si la main voulait [696] les retracer, elle aurait besoin
de plusieurs volumes. L'air était épaissi', pour ainsi dire, par la fumée de la rage des
faiyayê de cette ville; et plusieurs en étaient venus à blasphémer en voyant et en
apprenant leurs actions; ils disaient que la providence de Dieu ne s'étend pas jusque-
là ! C'est pourquoi sa justice usa de miséricorde envers eux en les arrachant à cette
impiété furibonde' par ce fléau, comme ceux qui vivaient du temps de Noé par le
Déluge. Ceux qui disaient que Dieu ne pouvait pas sauver ni délivrer les prisonniers
de leurs mains, furent accumulés par monceaux dans le tremblement de terre'; leurs
murs et leurs maisons furent renversés ; l'air et l'eau furent infectés (par les cadavres)
de ceux qui furent suffoqués; toute la ville se fendit : eUe n'était plus qu'une série de
crevasses et de fissures; les noirs montèrent sur eux* (?); elle devint comme une
1. wii.M (?). — 2, ItûS. — 3. Lire : ll-v;^; vers. ar. : or^^il.^is,^i>. — 4. De même vers, ar.
flatta ;oo^3 ^i.jo. Le texte paraît altéré. — 5. Lire; Uf^ U (BH).
LIVRE XIX. GHAP. YII 339
colline de ruines. Et ce qui montre encore plus manifestement que le glaive de la
•colère était tiré contre elle, c'est qu'il n'y eut nulle part ailleurs un tel désastre.
A Antioche, le mur qui est sur le rivage du fleuve s'écroula ; la grande église
des Grecs s'écroula tout entière; le sanctuaire de la grande église de Mar Petrus fut
renversé, ainsi que des églises et des maisons en divers lieux. Environ cinquante
personnes périrent à Antioche même. Gabala s'écroula tout entière. A Tripoli, une
grande partie (de la ville) et la grande église s'écroulèrent pareillement. Dans les
autres villes du littoral, ainsi qu'à Damas, h Émèse', à Hama, dans toutes les autres
villes et les campagnes, ce tremblement de terre causa des désastres, mais nulle part
ailleurs on ne vit ou n'entendit parler d'un désastre semblable à celui qui arriva h
Alep.
Le prince', seigneur de cette ville', coupa ses cheveux, se revêtit d'un sac, rassem-
bla le peuple et monta h Qoçaïr demander pardon à leur patriarche. Ils le pressaient
de rentrer dans l'église; mais il déclara ; « Si vous n'en faites sortir le patriarche
grec, je n'entrerai pas. » Quand ils y pénétrèrent, ils trouvèrent ce dernier broyé
par le tremblement de terre; ils le prirent lorsqu'il respirait encore, et l'empor-
tèrent hors de la ville : il mourut en route. Alors Amaurj rentra à Antioche. Les
murs de la ville et son église furent rebâtis.
Nour ed-Dîn rebâtit le mur d'Alep; de même, le seigneur de Samosate rebâtit ses
murs, et chacun des princes turcs ou francs rebâtit ses places.
A nous, c'est-à-dire au reste de notre peuple qui se trouvait dans ces villes, Dieu
procura un grand secours : peut-être parce qu'il n'y avait dans notre nation ni roi,
ni riche*. A Alep, quand toute la ville s'écroula, notre église fut préservée, et il
n'en tomba pas même une seule pierre. A Antioche, trois églises nous furent conser-
vées : celle de la Mère-de-Dieu, celle de Mar Guiwarguis et celle de Mar Bar Çauma.
De même, la petite église que nous avions à Gabala fut conservée, ainsi qu'à Laodicée
et à Tripoli, pour l'exaltation et l'encouragement du reste de nos Orthodoxes. — Fin.
■CHAPITRE [Vil]. — De l'époque à laquelle moururent le prince de Mossoul et le
khalife de Bagdad; à laquelle Nour ed-Diii descendit à Mossoul; à laquelle
le couvent de Mar Mattai fut pillé, et à laquelle nous réunîmes un synode à
Mar Hanania.
En Tan 1482, au mois de 'ab (août), [mourut]' l'atabeg Qotb ed-Dîn, prince
de Mossoul et de toute l'Assyrie^
Alors, son frère, Nour ed-Dîn d'Alep, rassembla ses troupes, et descendit
promptement. Il s'empara de Nisibe sans combat; et les jurisconsultes' s'en
1. Corriger : j>o»«=o. — 2. ^nnz ; cf. p. 314, n. 2. — 3. Antioche. — 4. BH : l.^^* ttàl «ni prince»,
5. Lacune d'un mot dans le ms. — 6. Cf. Gesch. der Chai., III, 3i5, n, 2. — 7. ÎA,
340
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
réjouirent, parce qu'il les avait en grande estime. II [697] observait assidûment
de ne pas boire de vin et de ne pas laisser passer le moment de la prière. Les
Musulmans l'appelaient « prophète ». C'est pourquoi, il se montra dur pour les
Chrétiens et fut agréable auxTaiyayê. Il ordonna de démolir toute construction
nouvelle qui se trouvait dans les églises ou les couvents ; et ils se mirent à
démolir une grande paroi qui avait été construite dans l'église de Mar Jacques
de Nisibe, que les Nesloriens occupaient depuis le temps de l'hérétique Bar
Çauma'. lis pillèrent le trésor' qui s'y trouvait et un millier de volumes. Il fit
de même en beaucoup d'endroits.
Il établit comme « gardien des lois » un de ses familiers, ennemi des Chrétiens,
un jurisconsulte nommé Bar 'Azroun, et il l'envoya faire une tournée pour
détruire soigneusement toute construction nouvelle qui aurait été faite dans les
églises du temps de son père et de son frère, « afin que Dieu ait pitié d'eux ! » Ce
misérable partit, comme il en avait reçu l'ordre. Partout où on lui donnait des
présents corrupteurs, il jurait que la construction était ancienne ; mais là où on
ne lui mettait pas ce voile sur les yeux, il démolissait et détruisait, jusqu'à ce
que la chose lût connue de Nour ed-Dîn, qui le destitua.
Celui-ci marcha de Nisibe contre Sigar qu'il prit aussi sans combat.
Ensuite, au mois de kanoun i^"" (déc.) de l'année 1482, il mettait le siège
devant Mossoul.
La même année mourut le khalife [698] Moustandjid*. 11 eut pour successeur
son fils nommé Moustadhi*. Quand celui-ci régna à Bagdad, il détourna des
Chrétiens l'impétuosité de la haine et de la colère de Nour ed-Dîn, pour un
motif que le récit exposera en progressant dans la suite des années ^ — Fin.
Le couvent de Mar Mattai, dans la
région de Mossoul et de Ninive, fut aussi
atteint par l'inondation ' qui l'emporta,
à cause de nos péchés.
L'atabegQotb ed-Dîn mourut, et son
fils Saif ed-Dîn commença à régner; or,
en cette année ou dans l'anuée sui-
vante, qui est l'année 1482, Nour ed-
Dîn, prince d'Alep, attaquait cette ré-
En cette année', Hassan bar Kolaib ',
moine et prêtre, se fit musulman à Mar-
dê, à cause d'une dispute entre lui et
les moines ses frères. Les Taiyayê s'em-
parèrent de leur couvent, appelé des
Boukrê, qui était dans la montagne de
Mardê, et ils en firent une mosquée
pour les Curdes.
La même année, [697] lévêque Diony-
1. Cf. tome II, p. 438. — 2. xeijiViXiov. — 3. Le 9 de rebi' u, 23 déc. 1170. Cf. Gesch. der Chai.,
III, 335. — 4. Abou Moljammed ai-Hassan ibn al-Mouslandjid al-Moustadhi. — 5. Cf. p. 344.
6. Lire : |U-m; au sens figuré « l'invasion,».
7. 1482 (= 1171). — 8. Lire laXos au lieu de o^^s (cf. texte, p. 709, 1. 27); la version arabe pré-
sente ici la même orthogriiphe.
LIVRE XIX. GHAP. VII
341
gion. [697] Les nombreux Curdes des
environs du couvent savaient que Nour
ed-Dîa se complaisait dans la vexation
des Chrétiens. Ce fut un moment propice
pour leur jalousie. Ils se rassemblèrent
et formèrent le dessein de détruire le
couvent. Ils essayèrent de s'en emparer
pendant la nuit; mais les moines veil-
laient assidûment et plusieurs fois ils
brisèrent les échelles, et même broyè-
rent et tuèrent quelques-uns d'entre les
Curdes. Alors ceux-ci s'assemblèrent
pendant le jour et vinrent l'attaquer
ouvertement. En apprenant cela, les
campagnards de la région de Ninive
se réunirent, montèrent promptement
aider les moines, et vainquirent les Cur-
des, Ceux-ci usèrent de ruse; ils firent
une paix mensongère avec les moines,
et leur donnèrent 30 dinars' comme
par amitié. Les moines se fièrent à la
paix trompeuse des Curdes; Us ren-
voyèrent les campagnards à leurs mai-
sons. Alors les Curdes s'assemblèrent et arrivèrent à limproviste. Ils ébranlèrent
une des grosses pierres qui se trouvaient au sommet de la montagne et la firent rouler
avec violence ; elle frappa le mur à l'endroit où entrent les eaux, et y fit une brèche.
Les moines s'assemblèrent, et amenèrent de la chaux et des pierres pour rebâtir
l'endroit. Les Curdes se réunirent et leur lancèrent des flèches jusqu'à ce qu'ils les
eussent Jffaiblis. Puis ils tirèrent leurs glaives et, poussaut un seul cri^ ils se jetèrent
sur les moines : ils en tuèrent une partie, et une partie s'enfuit dans le donjon supé-
rieur du couvent où ils furent sauvés. Le moine Mattai et le reclus Denha furent tués.
Les Curdes étaient mille cinq cents. Quand ils se furent emparés du couvent, ils
chargèrent leurs chevaux' et se chargèrent eux-mêmes (de butin). Un si grand butin
se trouva dans le couvent parce que les biens des gens du pays y étaient accumulés
par précaution.
1. D'après Barhébr. {Chr. eccL, II, 366), « les moines donnèrent 30 dinars aux Curdes pour
obtenir la paix ». - 2. \l^ 1-=. - 3. Lire : ^oov-ll»^^ ; BH : Up ^oo^^? 1»=^ ^^ «"-^i'.
4, Ms. « la région «, et de même vers. ar. : WjMl j,^; lire ; «/..S^. - 5. Lire : >«.^i«4l ; vers.
sius, le docteur, commença à restaurer
l'église de la Mère-de-Dieu à Amid; il y
établit un diacre nommé Abraham, qui
était son syncelle. Celui-ci réunit les
jeunes gens qui voulaient s'instruire :
lui-même s'instruisait près de l'évêque,
et instruisait ensuite les disciples. A
l'aide de subsides fournis par lui-même
et par les autres fidèles, il restaura l'é-
glise *.
La même année, nous bâtîmes l'église
qui est dans le couvent d'Abou Ghaleb,
dans le pays de Birta de Gargar.
La même année, nous réunîmes un
troisième synode dans le couvent de
Mar Hanania. On ordonna comme
évêques Ignatius, pour Telia d'Arsa-
nias ', et Iwannis, pour Sibabérek, tous
les deux (originaires) de Mélitène, qui
furent appelés de Sergisyeh et de Pes-
qîn. — Fin.
342 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Quand les Curdes furent partis^ les moines prirent les livres et tout ce qui était
^ans le donjon, et ils descendirent à Mossoul. Le couvent resta [698] privé d'habi-
tants et d'office : spectacle lamentable, (fait) pour notre punition. Les gens du pays
louèrent des soldats pour garder le couvent, afin que les ennemis ne démolissent pas
les constructions. Ils leur assignèrent trente dariques par mois.
Quand les princes de Mossoul apprirent ce qu'avaient fait les Curdes dans le
couvent, ils envoyèrent une armée qui en massacra un grand nombre. Les Curdes
firent alors une incursion et dévastèrent neuf villages dans le pays des Nestoriens :
ils tuèrent les gens, pillèrent le bétail et les biens, et incendièrent les maisons.
CHAPITRE [VIII]. — De V époque des attaques de Nour ed-Dln contre Mos-
soul ; et des autres événements qui arrivèrent à cette époque.
Nour ed-Dln entourait Mossoul dans laquelle se trouvaient les cinq fils de
«on frère avec leur ministre, un eunuque qu'on appelait Fakr ed-Dîn 'Abd
el-Masîh, originaire de la région d'Antioche. Gomme il était favorable aux
Chrétiens, comme autrefois Mardochée à ses concitoyens, il était regardé d'un
mauvais œil par la jalousie des Taiyayê, comme (jadis) celui-là par Bougaios'.
Nour ed-Dîn lui-même disait que son zèle avait été excité et qu'il était venu à
Mossoul à cause de cet homme. Celui-ci gouvernait la ville' avec prudence.
Voyant qu'ils ne pourraient résister à Nour ed-Dîn, car tous se mettaient
à sa suite, il lui envoya des intermédiaires pour la paix. Il sortit ensuite lui-
même, et reçut le serment que Nour ed-Din n'enlèverait pas la ville à son
neveu. Nour ed-Dîn entra alors et monta à la citadelle ; il y établit un chef pour
la lui garder, [699] un eunuque nommé Sa'd ed-Dîn', et il laissa la ville et le
pays entre les mains de son neveu. Il partagea [l'or et les richesses qui se trou-
vèrent dans le trésor] * de son frère entre les fils et les filles de celui-ci, et il leur
partagea de même ses pays; il plaça sous sa propre autorité tous les pays qui
avaient une citadelle, c'est-à-dire une forteresse, et établit dans chacune d'elles
un préfet. 11 multiplia les tributs des Chrétiens, il augmenta la capitation, éta.
blit la loi qu'ils devaient être ceints d'une ceinture, et ne pas laisser croître les
cheveux de leur tête, afin qu'ils fussent reconnus et tournés en dérision par les
Taiyayê. Il décréta de même que les Juifs devaient porter un morceau d'étoffe
rouge sur leurs épaules, pour être reconnus.
1. Bouyaîo; ; Esth., xii, 6. — 2. Ms. : « les villes », — 3. BH : ^^^».MaS ^3^ t^». — 4. Le
«opiste a omis ici une ligae ; restituer : ^wo-l» U<^ >»»3evA|i [uiSia l^oiio, d'après la vers. ar. :
IJVRE XIX. CHAP. VIII
343;
A cette époque, Amaury, roi de Jérusalem, se rendit à Constantinople, près
de l'empereur des Grecs'. On lui donna beaucoup d'or et des armes.
Nour ed-Dîn, ayant appris son retour, s'empressa de revenir et ramena avec
lui l'eunuque 'Abdallah', ne voulant pas le laisser, de peur qu'il ne se fît
l'auxiliaire des Chrétiens. Quand cet homme partit pour Berrhoë, ce fut une
affliction pour les populations chrétiennes qui étaient en Assyrie et en Méso-
potamie.
Toutes ces choses arrivèrent dans le mois de 'iyâr (mai) de cette année 1483.
Ce même mois, l'émir qui était à Mélitène', un jeune homme de quinze ans,
frère de celui qui avait honteusement abandonné cette ville pour s'en aller',
épousa la fille de Qara [A]rçlan^ de Hesna de Ziad, qu'on lui amena. Après s'être
contentés et réjouis dans le festin, ils sortirent pour donner des jeux, selon la
coutume des Turcs et des soldats. Alors, dans la violente rapidité de son che-
val, l'émir tomba et mourut. Leur joie se transforma en deuil. Tout le monde
croyait [700] qu'ils ramèneraient le prédécesseur pour l'établir comme leur
chef, mais les Turcs n'y voulurent point consentir; ils se réunirent, jurèrent
et firent jurer aux Chrétiens de n'accepter jamais celui qui les avait abandonnés
pour s'en aller ; ils établirent donc comme chef son autre frère plus jeune, qui
s'appelait Féridoun', et ils lui donnèrent la fetame de son frère, malgré elle.
— Fin.
Comme le discours l'a partiellement
exposé au sujet de Nour ed-Dîn, Il se
laissait prendre à la vaine gloire de ces
Taiyayê qui le considéraient même
comme un « prophète » '. Aussi s'appll-
quait-il de toutes les manières à moles-
ter les Chrétiens, afin de passer auprès
des Musulmans pour observateur assidu
de leurs lois.
Aussi, quand, en dehors de la Syrie et
Au mois d'éloul (sept.) de cette année
1482, le vieillard Gabriel, du couvent de
MarBarÇauma, fut chassé par ses compa-
gnons et vint nous trouver à Mar Hana-
nla. A cause de lui, et pour d'autres
affaires, nous nous rendîmes au cou-
vent.
Nous étions accompagné de l'évéque
Iwannis de Kaisoum, qui était malade.
Or, il mourut le samedi 24 de ce mois*,
1, Cf. Hist. du Bas-Emp., LXXXIX, § xtir; Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 353. — 2. Lire :
crfb,,ai^; il s'agit de 'Abd el-Masîh, dont il changea le nom en celui de 'Abdallah. Cf. Bak Hebr.,
Chron. syr., p. 341. — 3. Abou '1-Qasim. — 4. Cf. ci-dessus, p. 337. — 5. Ici et plus bas
(p. 346, 1. 4) Michel semble parler de Qara-Arslan comme encore vivant. La date de sa mort
(17 juin. 1167) marquée plus haut (p. 329) est celle que donnent les auteurs arabes, auxquels Bar-
hébréus a pu l'emprunter. Cette date n'est pas sans susciter quelques difficultés ; cf. H. Dersn-
BouRG, Oasâna ibn Moun^idh, p. 323. — 6. BH : vOciSI.
7. Cf. ci-dessus, p. 340.
8, Le 24 sept. 1171 était un vendredi.
344
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
de l'Egypte, il domina encore sur l'Assy-
rie, il s'éleva dans son orgueil comme s'il
régnait déjà sur toute la terre habitée.
■Alors, Satan l'excita à détruire tous les
Chrétiens. Pour ce motif, il écrivit des
lettres et envoya des messagers au
khalife, disant : « Ceci est écrit dans
le Qorân, où se trouve tout ce qu'a dit
Mahomet quand il leur prophétisait :
« Les Musulmans régneront pendant
« cinq cents ans, pendant lesquels ils
« ne maltraiteront point les Chrétiens ».
Ces années sont maintenant accomplies.
Dès lors, il convient que les Chrétiens
disparaissent de tout l'empire des Mu-
sulmans; de sorte que quiconque ne se
fera pas musulman doit être mis à
mort ». Il écrivait en outre, dans sa lettre
au khalife, « qu'il était disposé à se rendre
près de lui ». Ceci effraya le khalife ; [G99]
il comprit qu''il voulait venir astucieuse-
ment pour l'expulser, comme il avait fait
à celui d'Egypte, et pour devenir khalife,
puisqu'il se nommait lui-même « pro-
phète » ; et pour cela le khalife le mé-
prisa.
Or, il arriva que le khalife mourut en
ces joursla, et son fils' lui succéda. Il
tua le vizir' qui avait voulu l'empêcher
de succéder h son père. Et, comme le
vizir qui fut mis à mort était l'ennemi
des Chrétiens, le nouveau khalife se prit
à aimer les Chrétiens par haine du vizir.
Ainsi, il délivra ces princes fidèles, les
Benè Thomas, qui étaient emprisonnés,
et leur rendit leurs maisons et leurs
églises.
dans ce couvent de Mar BarÇauma. Il
était instruit dans la doctrine des Livres
saints, suave dans son langage^ et cé-
lèbre dans l'Église.
Deux mois plus tard, c'est à-dire au
moisdetésrîn ii (nov.) de l'année 1483,
un nouveau deuil très lamentable attei-
gnit notre peuple, par la mort dans
notre Église orthodoxe de Dionysius
d'Amid, qui est Jacques bar Çalibi, le
docteur éloquent, l'étoile de sa généra-
tion ; il convient de l'appeler ami du la-
beur^, à l'exemple de Jacques [099]
d'Édesse, car il brilla beaucoup par les
labeurs de son érudition; il compila et
composa des ouvrages très exacts de
commentaires sur tous les livres des
prophètes, c'est-à-dire sur tout l'An-
cien Testament. Il fit en outre un com-
mentaire célèbre sur l'Évangile, l'Apôtre,
et les Actes, sur les livres doctrinaux de
Grégoire le Théologien, sur les livres de
Basile, sur celui de Denys*, et sur ceux
de Grégoire de Nysse ; sur les écrits de
saint Sévère, sur celui de Pierre de Cal-
linice, et sur les Centuries du moine
Evagrius.
Il fit un livre de réfutations contre
toutes les hérésies et toutes les sectes
qui s'attaquent à notre foi orthodoxe.
Il fit aussi des livres de commentaires
sur la dialectique des auteurs profanes,
d'Aristote et d'autres. Il fit un livre de
théologie. Il écrivit encore une Chro-
nique, un volume de lettres et des trai-
tés. Il compila et écrivit un grand vo-
lume dans lequel sont recueillis tous les
1. Moustadhi. Gesch. der Chai., III, 338. — 2, Ibn al-Bélédi (Ibn alAthie, t. XI, p. 237).
3. çiXonovo;. — 4. Du Pseudo-aréopagite.
LIVRE XIX. GHAP. IX
345
On lui fit alors connaître comment
son père avait chassé les envoyés de
Nour ed-Dîn, parce qu'il avait deviné la
ruse de celui-ci. Le khalife lui écrivit en
réponse : « Il ne t'appartient pas d'être
appelé « prophète >>, ni d'établir des lois,
comme Dieu; car, tu ne comprends pas
même correctement la parole de Maho-
met à propos des années; et Dieu ne
nous prescrit pas de tuer des hommes
qui n'ont point commis de faute ».
Nour ed-Dîn fut couvert de confusion;
il renvoya des messagers et des pré-
sents*, et demanda « à venir vénérer le
tombeau du khalife défunt ». Cela pro-
fita encore aux Chrétiens, car le nou-
veau khalife fut confirmé dans l'opinion
que Nour ed-Dîn cherchait à entrer per-
fidement dans la ville pour y régner. ,
C'est pourquoi, il lui répondit par des menaces et lui défendit de venir.
Pour nous, nous devons comprendre que si Dieu a permis, à cause de nos
péchés, que les Arabes [700] ou les Turcs régnassent sur nous, cependant, dans sa
miséricorde, à aucun moment ni d'aucune façon, il ne nous a abandonnés ou ne nous
abandonnera ; mais, par sa providence, il nous garde et nous délivre de tous nos enne-
mis, à cause de son amour pour son Eglise.
chants de notre Église. Ainsi enrichit
son Eglise par ses travaux, et enrichit
son âme par l'observation des canons,
ce saint dont nous avons écrit toutes les
œuvres, tous les labeurs, toutes les
actions glorieuses dans un traité. Qui-
conque le désire peut les apprendre de
ce traité*.
Il mourut, et son corps fut enseveli
dans l'église de la Mère-de-Dieu [700J
à Amid, sur le côté méridional, près du
tombeau des patriarches Bar 'Abdoun'
et Bar Sousan'. — Que Noire-Seigneur
lui accorde le repos, et qu'il soit misé-
ricordieux pour quiconque lira (ceci) et
priera aussi pour ma personne péche-
resse. — Fin.
CHAPITRE [IX] — De l'époque a laquelle le sultan Kilidj-A[r]çlan entra à
Mélitène et les émirs se réunirent de nouveau pour l'attaquer, à l'instigation de
Nour ed-Din; d cette époque la fausse nouvelle de la mort de Nour ed-Dln se
répandit et la division tomba entre les Turcs et les Arabes de ses états.
En l'an 1483, quand le sultan Kilidj-A[r]çlan apprit qu'il y avait de la division
à Mélitène, à cause du jeune émir, il se prépara à venir contre cette ville. Ceux
1. Lire : U-^J.
2, Cet ouvrage de Miehel ne nous est pas parvenu. Sur la vie et les œuvres de Denys bar
Çalîbi, cf. Bibl. Or., II, 156-211; Wright, Syriac liter., p. 246; R. Duval, La littér. syriaque,
3e éd., p. 399; Labodrt, préface à l'Exposition de la liturgie (Corpus Script. Christ. Or.; Script.
JSjr., s-T. II, t. XCIIl). — 3. Cf. ci-dessus, p. 162. — 4. Cf. ci-dessus, p. 171.
III 44
346 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
qui se trouvaient dans la ville, et qui s'étaient déjà mis unanimement d'accord,
envoyèrent à Hesna de Ziad, chercher l'eunuque Sa'd ed-Dîn, homme de gou-
vernement et habile. Celui-ci fortifia, encouragea, mit d'accord toutes les forces
et en fit un seul faisceau. Il confirma les fiançailles de la fille de son maître avec
le jeune émir. C'est pourquoi, quand le sultan arriva, il ne put s'emparer de la
ville; mais il emmena le peuple de la région, environ 12 mille hommes, et s'en
alla.
Nour ed-Dîn excita tous les émirs à se joindre à ses troupes; ceux de Mos-
soul, de Mardin, de Hesna de Ziad, ceux des Arméniens s'assemblèrent avec
beaucoup d'autres près d'Isma'il, à Sébaste. Le sultan était à Césarée, et il les
remettait d'un moment à un autre. Il les trompa pendant tout l'été; quand ils
virent que l'hiver approchait et qu'il les trompait, [701] ils s'avancèrent jusqu'à
la porte de Césarée pour l'attaquer. Le sultan ne sortit pas pour livrer bataille '.
Ils demandèrent qu'il rendît [le peuple]' qu'il avait fait captif dans le pays de
Mélitène, [702]» ainsi que les pays qu'il avait enlevés à son frère Sahinsah *, et
ceux qu'il avait pris à Danoun', et (qu'il délivrât) les fils de son frère qu'il tenait
emprisonnés. Il renvoya le peuple de Mélitène; il constitua à son frère une
pension annuelle de 10.000 dinars; mais il ne rendit pas une seule place. En ce
qui concerne les enfants de son frère, il montra de la cruauté. Il en fit massa-
crer un, le fit rôtir au feu, le plaça dans un plat avec du pain et envoya ce festin
au père en menaçant, s'il réclamait les trois autres, de les renvoyer de la
même manière. En voyant cela, les Turcs furent effrayés et, comme ils étaient
réduits à l'extrémité, ils firent la paix et revinrent chacun dans son pays, à
cause de l'hiver et aussi parce que leurs paj's étaient dégarnis de troupes.
Quand la nouvelle se répandit que Nour ed-Dîn était mort, les Arabes et les
Turcs s'insurgèrent les uns contrôles autres. Ils s'assemblèrent par milliers :
tuant et se faisant tuer. La crainte s'empara des Chrétiens, redoutant qu'il ne
les massacrassent dans leur fureur. C'est pourquoi les villages étaient vides
1. Barhébr. ajoute ; « mais il demanda la paix ». — 2. Suppl. : l^a^, d'après BH et la vera, ar. —
3. Le texte continue, sans interruption, p. 702, 1. 12 : Uo^tHo. Tout ce qui est intercalé ici (p. 701,.
1. 5 et suiv.) appartient au chap. vfi du Livre XX ; et se trouve répété plus bas (texte, p. 719, 1. 9).
La même intercalation et répétition se trouve dans la vers, arabe. — 4. Il devait être question de
ce prince dans une des lacunes de notre texte. Le premier alinéa du chap. m (ci-dessus, p. 312) est
ainsi rendu dans l'abrégé arménien : « En l'année 1466.... le fils de Maç'oud, Kilidj-Arslan, monta
sur le trône. Il avait deux frères : il emprisonna l'un, et l'autre s'enfuit vers les bords de la mer,
et se cantonna dans les forteresses que son père lui avait données avant sa mort. Il se nommait
Schahenschah, et s'était allié par mariage à la famille de Danischmend. Ya'koub-Arslan prenant
fait et cause pour lui, déclara la j^uerre à Kilidj-Arslan, et le combattit. En même temps, il envoya
prévenir Nour-eddin, qui accourut et s'empara de Ph'arzman et d'Aïn-tab. » [Hist. arm., I, 347).
— 5. Émir de Césarée et de Sébaste (cf. p. 253) ; Kilidj-Arslan lui avait enlevé Césarée (cf. p. 332).
LIVRE XIX. GHAP. IX
347
de leurs habitants et les routes privées de circulation dans toute la Syrie, la
Mésopotamie et l'Assyrie. Au mois de tésrîn, quand les troupes et les émirs
revinrent de la Cappadoce dans leurs pays, Nour ed-Dîn releva de sa maladie;
il se montra, et tous les peuples connurent qu'il était guéri. Ils se dispersèrent
«t on ne les vit plus de nouveau, et les pays furent pacifiés.
Dans cette sédition qui eut lieu entre les Arabes et les Turcs, un millier de
personnes environ furent prises dans le pays de Kaisoum; les gens de Mélitène
les rachetèrent, et acquirent ainsi un profit spirituel. — Fin.
En l'année 1483, au mois de tamouz
{juill), les Arabes s'emparèrent de
l'église de Mar Thomas, que nous avions
h Mardin, pour la raison que voici :
Un homme nommé Bar Çauma, de
Mardîn même, fut surpris en aduhère
avec une femme arabe; après divers
supplices il échappa tout juste à la mort.
On décréta que tous ses biens seraient
confisqués; et comme du temps de
Hossam ed-Dîn ce Bar Çauma avait res-
tauré l'église, en y faisant quelque con-
struction, les 'Taiyayê imaginèrent de
dire au préfet que cette église apparte-
nait à Bar Çauma, puisqu'elle avait été
bâtie par lui; et, sous ce prétexte, ils
s'en emparèrent, la démolirent, et en
firent une mosquée. Ce fut un€ très
grande affliction pour les Chrétiens.
Mais comme ils enflammaient la justice
(divine) par le blasphème, tandis qu'ils
s'efforçaient par leurs propres forces
d'arracher l'église aux Taiyayê, ils atti-
raient une plus grande colère contre
nous. Le peuple (des Chrétiens) s'assem-
bla pour se plaindre au préfet; or.
La môme année, Abraham, qui était
le syncelle de Dionysius, fut ordonné
pour Amid'.
La même année, tandisquenousétions
dans le couvent de Mar Bar Çauma,
nous y bâtîmes une demeure pour le
patriarche, et un hospice pour ceux
qui y viennent.
La même année, commença la restau-
ration de la grande église de Mélitène,
appelée du Cursor. Cette restauration
eut lieu ainsi. La coupole de cette église,
à cause de sa vétusté, était crevassée et
sur le point de s'écrouler. Maintes fois
les fidèles avaient projeté de la restau-
rer; mais les pasteurs ne le leur avaient
point permis, sous prétexte qu'ils re-
doutaient ceux qui gouvernaient, mais
en réalité parce qu'ils craignaient qu'a-
près avoir commencé les fidèles ne
pussent terminer et qu'eux-mêmes ne
fussent contraints de la rebâtir. Voilà
pourquoi elle resta (ainsi) jusqu'à cette
époque. Et quand quelques hommes
sages de la ville qui se trouvaient là
virent' [702] (cela, ils vinrent trouver)
1. Cf. p. 341. — 2. Le texte de cette col. compris entre les 1. 36 de la p. 700 et 24 de la p. 702,
€st une intercalation qui appartient au chap. vu du livre XX. On le retrouve plus loin à sa place
■(texte, p. 718). La dernière phrase est obscure. Peut-être faudrait-il lire : « quelques hommes
sages de la ville, voyant que nous nous trouvions là, vinrent trouver ma Bassesse » (.■').
348
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
comme ils ne cherchèrent pas le secours
en Dieu, mais blasphémaient contre
Dieu [701] et contre les saints, le Sei-
gneur endurcit le cœur du préfet; il
n'accueillit pas leur plainte, sa colère
s'accrut, et il fit peser un joug plus
lourd sur les Chrétiens.
Ce Hassan bar Kolaib, dont nous avons
parlé plus haut', fournit une occasion
à cette colère. Il était moine et prêtre',
et avait deux frères charnels qui étaient
aussi moines. Ceux-ci l'ayant querellé à
cause de sa dissolution, il alla par colère
se faire musulman. Ensuiteil se repentit,
s'enfuit à Jérusalem et revint au chris-
tianisme. Quand le préfet apprit cela,
il s'empara de ses frères et des autres
moines et leur fit subir des tourments
jusqu'à ce qu'ils en mourussent.
En cette année 1483, au mois d'éloul
(sept.), arriva subitement le froid avec
la pluie et la neige. Il détruisit les
vignes, les oliviers, le coton et le sésame
qui devinrent tels que des charbons
noirs, comme s'ils avaient été brûlés
par le feu. Cette calamité se fit sentir
non seulement en Assyrie, en Mésopo-
tamicj en Syrie, mais aussi dans les
contrées de Perse et d'Arménie, et
même en Palestine et en Egypte. Toute
la terre ressemblait à un tas de copeaux
que le feu a dévoré et qui est devenu
cendre et poussière : vision effrayante
pour les yeux des spectateurs qui ne sont
ma Bassesse (avec) empressement*. Je
donnai cinq cents dariques pour com-
mencer, et je fis en outre des promesses.
Ils mirent la main à l'œuvre et démo-
lirent la coupole et les portes du nord
et du sud. Ils commencèrent la recon-
struction; mais la jalousie^ de celui qui
s'efforce^ de détruire les bienfaits spiri-
tuels et corporels ne demeura pas inac-
tive. Les auxiliaires du dessein de ma
Bassesse furent l'archidiacre Abou'l-
Hassan, et l'économe Romanus, sur-
nommé Da'wagan'; toute la bâtisse fut
achevée par la diligence pleine de foi de
celui-ci. Les adversaires (du projet) eux-
mêmes, quand ils virent les portes ad-
mirablement reconstruites, s'empres-
sèrent de s'en faire les auxiliaires. Alors
ils démolirent et rebâtirent peu à peu
toute cette grande église, l'élevèrent
[703] et la terminèrent. Tous les gens
de la ville participèrent à la restaura-
tion; les pauvres et les veuves remet-
taient en secret leurs biens entre les
mains du fidèle Romanus.
La première construction de cette
église, faite par l'évêque Ignatius le Cur-
sor', eut lieu en l'an 1280; cette restau-
ration commença en l'an 1483; elle dura
six ans et fut achevée en l'an 1488 ; on
y dépensa 2 [mille dariques]*.
pas devenus' entièrement endurcis, comme
1. Cf. p. 340. — '1. l*-*ûo. — 3. <,^^.
4. La vers, arabe supprime le reste de ce chapitçe, suns doute faute de pouvoir le relier à l'inter-
calatioQ ; elle termine ainsi : • Xî^ •:• l>^lcyil^l uI.»lû«i^o • |.»Ui»o |»»i.t >l,o w^ U^j3..,. — 5. oiioai...
— 6. -=>»». — 7. BH : ^^»>», avec la vocalisation. — 8. Cf. ci-dessus, p. 130. — 9. Ainsi d'aprè»
BH : le nom de la monnaie est omis dans le ms.
LIVRE XIX. GHAP. X 349
une pierre insensible, par les péchés, les iniquités, les impiétés de toute espèce qui
se commettent dans cette génération perverse et affligeante, en laquelle tous, cha-
cun selon ses moyens, nous nous sommes écartés de la crainte de Dieu. Et pour cela,
[702] il nous est arrivé' h juste titre au-delà de ce qui est écrif : « Leur nourriture
était encore dans leur bouche que la colère de Dieu s'éleva contre eux! « — Fin.
CHAPITRE [X]. — De l'époque à laquelle fut tué lénia'il, prijice de Cappadoce,
auquel succéda son oncle paternel Danoun; à cette époque Nour ed-Din se
montra {guéri), et la famine s'aggrava., par suite de la multitude des calamités
violentes.
En cette année 1484, Isma'il, prince de Cappadoce^ fut tué pour la raison que
voici :
Gomme les gens étaient grandement opprimés parla famine qui régnait depuis
longtemps dans tout ce pays et en outre par un hiver rigoureux, ils lui deman-
dèrent de leur donner de la nourriture. Bien qu'il eût du blé, il ne leur en donna
pas même la plus petite quantité ; mais il se moqua d'eux et les chassa à diverses
reprises. Alors, pressés par la faim, ils méditèrent de le tuer pour se nourrir de
son froment, eux et leurs enfants. Ils formèrent une conjuration, se jetèrent
sur lui, et le massacrèrent ainsi que sa femme, sœur du sultan, et ses fami-
liers au nombre de cinq cents, et ils les jetèrent sur la neige, ne les jugeant
pas même dignes de sépulture. Ils s'emparèrent de tout ce qu'il avait, et ils
s'en nourrissaient. La nouvelle de son massacre ne se répandit pas avant le
mois de sébat (févr.), car la circulation était empêchée par l'abondance de la
neige. Quand la nouvelle fut connue dans tous ses états, les pillards ne purent
pas même s'ébranler à cause de la neige. Alors, ceux qui l'avaient tué se mirent
complètement d'accord et prirent la résolution d'établir à sa place quelqu'un de
la même famille. Ils envoyèrent chercher [704] son oncle paternel', Danoun,
que le sultan avait chassé de Gésarée% et qui s'était enfui à Damas. Aussitôt,
après avoir imploré le secours de Nour ed-Dîn, Danoun vint à pied à cause
de la neige. Quand il arriva dans le voisinage du couvent', les gens du couvent
t. Le copiste paraît avoir omis ici un on deux mots ; vers. ar. : "^aiS!. ^ ^\\ lovl <Ji.o . t»K "^iv^a
....x>oCb3l» ^Is »| oolia3<S\. — 2. Fs. Lxxvur, 30.
3. Successeur de Ya'qoub-Arsian, qui régnait à Sébaste. Cf. ci-dessus, p. 324. — 4. Sic. ms.,
ici et dans le tableau chronologique, d'accord en cela avec Barhébréus; cf. ci-dessus, p. 324, n. 8,
où Ismaël est donné comme le petit-neveu de Ya'qoub-Arsian. Toutefois, la vers, armén., dans le
passage correspondant (^Hist. arm., I, p. 359), dit simplement « le fils de son frère », faisant ainsi
de Danoun le « cousin >> d'Ismaïl. — 5. Cf. p. 332, 346. — 6. Le couvent de Bar Çauma.
350
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
sortirent et lui frayèrent la route pendant cinq jours, et à peine put-il passer.
Il parvint à Sébaste et commença à régner. Alors, il fit mettre à mort la plu-
part de ces meurtriers qui avaient tué leur maître', et ils burent, pour ainsi
parler, le calice qu'ils avaient préparé.
Ensuite, Nour ed-Dîn, que l'on croyait mort, parut et s'avança à la rencontre
du sultan, avec l'émir Gogh-A[r]slan, de Kaisoum, qui était l'oncle maternel du
sultan. Cet émir ayant appris que le sultan était irrité contre lui, avait aban-
donné Kaisoum, par crainte, et s'était retiré près de Nour ed-Dîn.
Quand Danoun régna en Cappadoce, le sultan marcha contre lui. Alors Nour
ed-Dîn rassembla (ses troupes) et vint s'emparer de Kaisoum, de Beit Hesnê,
de Mar'as, et entra dans le pays de Djihan. C'est pourquoi le sultan aban-
donna Sébaste et se hâta de venir combattre Nour ed-Dîn.
Comme les deux armées campaient en face l'une de l'autre, dans le pays de
Djihan, les deux partis étaient plongés dans la crainte; car tous les deux étaient
fort puissants par le nombre, et une grande famine se faisait sentir dans les
deux camps où beaucoup d'hommes périrent. Pour cette raison, des intermé-
diaires s'étant interposés entre eux, ils consentirent à la paix. Nour ed-Dîn
rendit Kaisoum [705] et tous les pays qu'il avait enlevés au sultan, et le sultan
laissa Danoun régner en Cappadoce sous la suzeraineté de Nour ed-Dîn. Ils
firent ainsi la paix et chacun s'en retourna dans son pays.
Parlons maintenant des calamités
qui enlevèrent les hommes, les ani-
maux, les volatiles; car, mes amis.
Dieu permit à cette époque que tout
l'Univers fût plus ou moins châtié : et
cela très justement. En effet, l'incrédu-
lité surpassait le châtiment : et quand
les récoltes furent détruites aux mois
d'éloul et de tésrîn, les astrologues
attribuaient le fléau au hasard, et ils
prétendaient que cela ne pouvait pas
arriver de nouveau à cette époque. C'est
pourquoi le Seigneur étendit de nou-
veau sa main. L'air se couvrit d'obscu-
rité, de sorte que la lumière du soleil
A cette époque nous' prîmes soin des
livres du couvent de notre seigneur
Mar Bar Çauma. Après avoir restauré
les anciens, avec l'aide de Dieu, nous
fournîmes le papier % et ses*deux tomes
furent copiés pour le couvent, en souve-
nir de l'évêque Athanasius, qui est
Zachai, mon oncle paternel, et de Rab-
ban Elias, mon père charnel.
En la môme année nous restaurâmes
la source d'eau de ce couvent.
La même année, l'évêque de Djézireh'
fut persécuté par les faiyayê, à cause
d'un couvent dont Ils s'emparèrent à
l'aide de faux documents. Quand il fut
1. Lire : vpw;-^*.
2. Lire : Vp^. — 3. Lire : iO»o, — 4. Le nom d'auteur n'est pas exprimé; il s'agit peut-être des
ouvrages de Bar Çalibi; cf. p. 344. — 5. Basilius. Cf. Bar Hebr., Chr. eccl., II, 368 (ann. 1483).
LIVRE XIX. CHAP, X
351
paraissait seulement comme celle de la
lune ; une neige abondante tombait, pour
ainsi dire, comme d'une cataracte ; les
montagnes et les plaines en furent rem-
plies, de sorte que les hommes robustes
ne passaient qu'avec grande difficulté
non seulement d'un village à un autre,
mais même d'une maison à l'autre. Les
rues des villes et des villages furent
remplies de neige et de glace, et les
hommes étaient enfermés dans les mai-
sons comme dans des tombeaux. Les
fleuves, les fontaines et toutes les sour-
ces furent durcis par la gelée, de sorte
que les hommes, les animaux et les vola-
tiles périssaient aussi bien de soif que
de faim.
Quelle langue pourrait raconter, ou
quelle main pourrait écrire la calamité
qui atteignit, à cette époque, tout ce qui
respire sur la terre? [704] Les animaux
et les oiseaux, qui se précipitaient pour
entrer dans les maisons, tiraient des
larmes de ceux qui les voyaient, par
leur aspect lamentable, et périssaient
bientôt. Les bœufs, les ânes, les che-
vaux périrent dans les maisons. Les
moutons et les chèvres étaient accumu-
lés sous la neige. L'air était empesté de
l'odeur des cadavres. Les hommes qui
avaient survécu goûtèrent la mort. Les
poissons même n'échappèrent pas au
fléau. Et ces choses n'arrivèrent pas
seulement dans les contrées septentrio-
nales^ mais jusque dans l'Inde la neige
atteignit quatorze empans, là où elle ne
tombait point ordinairement.
emprisonné à Mossoul, les gens de son
diocèse se rendirent à Bagdad et moyen-
nant de grandes dépenses le couvent
fut délivré et l'évêque aussi.
A cette époque, quelques Arméniens
d'Edesse, bartabeita'-, c'est-à-dire doc-
teurs, accusaient vivement leur catho-
licos de vendre' le sacerdoce. L'un,
nommé Garabed, était prêtre, et les
deux autres étaient moines et s'appe-
laient : l'un Géôrk • et l'autre 'Ausîg'.
Le catholicos les prit et leur fit raser la
barbe, dans sacolère. Dès lors, ils furent
eux-mêmes encore plus irrités. Ils don-
nèrent naissance à une hérésie. Environ
quatre cents familles arméniennes s'at-
tachèrent à eux, [704] et on les appela
Ausiganayê. Alors, le catholicos fut
encore plus animé* : il envoya des mes-
sagers et des présents au préfet, et lui
demanda de les chasser de sa ville. Le
préfet accepta les présents et permit
aux Arméniens de les expulser ; mais il
y eut du trouble et des coups ; les Ausi-
ganayê offrirent eux-mêmes des présents
à l'émir qui leur donna la permission
de vivre comme ils voudraient. Alors
ils se joignirent aux Chalcédoniens;
c'est pourquoi tous les Arméniens,
comme aussi nos fidèles, les détestaient.
Réduits aux difficultés, ils trouvèrent
un homme d'Alexandrie, qui savait
écrire l'arabe, et était loquace. Il alla
trouver Nour ed-Dîn, et accusa le catho-
licos, nous-même et les Èdesséniens, en
disant : « Des messagers et des lettres
arrivent aux Arméniens et aux Syriens
1. Armén. : vartabed. — 2. Lire : Itaioii^ low t?l' ; vers. ar. : toiovi^ •>x.a» ^Is, — 3. C.-à-d. :
Georges. Ms. et vers, arabe : Bôrk, — 4. C.-à-d. : Hésychius. — 5. ^t|.
352 CHRONIQUE DE MICHEL SYRIEN
La neige couvrit tout à coup les cam- de la part de l'empereur des Grecs,
pements des Arabes qui avaient l'habi- pour qu'ils lui livrent Edesse ». Le
tude de ne pas demeurer dans des mai- métropolitain Athanasius fut conduit à
sons, mais' sous des tentes; et ils pé- Alep, avec les Arméniens et quelques
rirent de telle sorte qu'il ne resta per- autres citoyens d'Edesse. On examina
sonne pour porter la nouvelle d'un cam- l'afTaire, et ce grec fut reconnu comme
pement à l'autre. Plusieurs [périrent]' un imposteur. Il fut chassé et s'enfuit
au milieu de leurs maisons ; car la neige dans son pays; et les gens d'Edesse
s'accumula et les maisons s'écroulèrent revinrent en paix. — Fin.
et les écrasèrent. De nombreux villages
périrent, et on en eut à peine connais-
sance avant le mois de nisan (avr.). Quantité de voyageurs furent surpris en route
et ensevelis sous la neige. Alors, malgré eux, les libertins jeûnaient, les ivrognes
étaient abstinents; les rois, les riches, les préfets et les pauvres persévéraient dans
les prières, les larmes et les aumônes. Mais Satan détournait de la pénitence l'esprit
des rois et des princes, par l'intermédiaire des astronomes qui disaient : « Quand
l'étoile Saturne* se trouve dans le voisinage de Mars, par son rapprochement elle
cause cette calamité; et maintenant qu'elle s'est éloignée [70S] la calamité a cessé,
et elle n'arrivera plus avant de nombreuses années; et par conséquent les rogations
n'ont plus d'utilité, il n'est plus besoin d'aumônes. » Beaucoup* ajoutaient foi à de
semblables paroles; mais Dieu en dévoila la fausseté. La même chose arriva l'année
suivante, depuis le mois d'adar (mars) jusqu'au milieu de haziran (juin), et alors les
insensés même qui professent les erreurs des astrologues furent obligés de con-
fesser que le Seigneur fait tout ce qu'il veut. — Nous avons rapporté ces choses afin
que les hommes prudents recueillent les avantages de la foi.
A cette époque, les Taiyayê pillèrent de nouveau l'église des Quarante-Martyrs,
à Mardîn ; car Dieu nous fit sentir son abandon pour que nous soyons de nouveau
châtiés. Cette église fut sauvée par un miracle de la providence de Dieu.
CHAPITRE [XI]. — De Vépoque à laquelle moururent Nour ed-Din, et le roi
Amaury. A cette époque nous allâmes à Amid, et le catholicos Narsès mourut.
En l'an 1485, Nour ed-Dîn était enflé d'orgueil, parce que l'Assyrie, la Méso-
potamie, la Syrie et l'Egypte étaient soumises à son autorité, et tous les émirs
qui s'y trouvaient couraient comme des esclaves là où il ordonnait; ceux de
Cappadoce et de Cilicie lui étaient également soumis, et il se disposait à détruire,
1. Lire : Hl. — 2. SuppL oS», ou un mot synonyme. — 3. Kpôvoî. — 4. Lire : Il ■ . ^ (au masc.).
LIVRE XIX. GHAP. XI
353
cette année, les deux royaumes à la fois : celui des Francs de Jérusalem et d'An-
tioche, et celui des Turcs de Bithynie. C'est pourquoi, des envoyés couraient
avec empressement de tous côtés pour presser les troupes de venir. A Damas,
des troupes innombrables se réunissaient de l'Arabie intérieure, d'Egypte,
d'Assyrie, de Mésopotamie, d'Arménie, de Gappadoce, de Syrie, de Gilicie. La
crainte et la terreur' [régnèrent]' partout, et surtout sur le peuple maltraité
des Chrétiens.
Mais le Seigneur, qui seul gouverne les empires des hommes et élève les
humbles, [706] commanda, et subitement, le 23 de 'iyar de cette année', Nour
ed-Dîn mourut, et tous ses projets furent anéantis. De joyeuses nouvelles
furent annoncées non seulement aux Chrétiens, mais aussi à ces émirs qui
étaient soumis à diverses contraintes. Il ne permettait pas de boire du vin dans
son camp, ni ne tolérait la musique ouïes danses, et son camp était absolument
silencieux. Il était assidu à écouter la lecture de leur Livre ; il se considérait
comme Mahomet, et s'attendait à ce que le Seigneur parlât avec lui comme avec
Moïse. C'est pourquoi les faiyayè, qui avaient compris la vanité de ses désirs,
l'appelaient « prophète » ; à chaque instant ils répétaient : « Aujourd'hui, ou
hier, on t'a vu à La Mecque, ou dans telle mosquée », et il acceptait cela.
Il régna 28 ans. Après lui, son fils Malik Çalih régna à Alep et à Damas.
Narsès *, catholicos des Arméniens,
mourut, le jeudi 8 de 'ab (août).
Il avait deux neveux s qui s'étaient
faits moines et étaient devenus évêques.
Le plus âgé des deux ne se trouvait pas
près de lui ; et c'est pourquoi il donna
son anneau au plus jeune, qui fut pro-
clamé catholicos. L'autre s'empressa de
venir, mais comme le plus jeune ne le
laissa point entrer, il eut recours à son
beau-frère* MIeh, prince de Cilicie. Ce-
lui-ci le présenta à Nour ed-Dîn, et
quand il revint, avec un édit des Turcs,
le peuple des Arméniens craignit qu'il
Après cela, deux prêtres des Ausi-
ganayê vinrent nous trouver, avec un de
leurs moines, se plaignant de leur ca-
tholicos. Nous vîmes qu'ils comprenaient
mal les paroles d'Athanasius et de Cy-
rillus, dont ils s'armaient (pour dire) :
« Ces saints ont parfois affirmé deux
natures dans le Christ, et parfois une
seule ; donc nous pouvons aussi dire une
ou dire deux (natures) ». Après que
nous leur eûmes longuement exposé le
vrai sens des écrits des saints, ils aban-
donnèrent l'opinion qu'ils tenaient et
revinrent à l'orthodoxie. Nous leur écri-
1. Uaa*»». — 2. Suppl. : "^a<. — 3. En réalité le 15 mai 1174; cf. Gesch. des Kônigr. Jerus.,
p. 358 ; Gesch. der Chai., III, 345-346.
4. Narsès Schnorhali (le Gracieux), que les ArméDiens honorent comme un saint. — 5. Fils de
ses frères. Ils se nommaient Grégoire et Grégoras (Hist. Armén., I, 376). — 6. ouèu,. L'auteur
a déjà employé ce mot dans le même sens; ci-dessus, p. 326, n. 7.
m 45
354
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
ne livrât le pays aux mains de Nour ed-
Dîn par l'intermédiaire de MIeh. C'est
pourquoi, malgré le plus jeune, des
groupes d'Arméniens introduisirent le
plus âgé à Qala' Romaita, et il fit en-
chaîner et mettre en prison son cousin*.
Il fut ordonné catholicos le dimanche
5 d'éloul (sept.) de cette année 1484'. —
Là, ces chrétiens dévoilèrent que leur
suprême pontificat ne marche pas
dans la voie frayée par les Apôtres,
[706] et plût à Dieu que (leurs pontifes
se conduisissent) ' comme des rois justes
et non comme des tyrans !
Le nouveau catholicos, qui s'appelait
Krikoros, convoqua ceux de nos évoques
qui étaient proches : Gregorius de Kai-
soum, Basilius de Ra'ban, et leur fit
prendre place parmi ses consécrateurs.
Le lendemain, il envoya à ma Bassesse
des messagers et des lettres dans les-
quelles il disait, entre autres choses :
« Ma volonté et mon désir étaient que tu
fusses présent et que tu fusses mon
consécrateur, que tu posasses de tes
mains sur ma tète la main droite de
Gregorius, l'évangélisateur des Armé-
niens, qui est pour eux la dispensatrice
du suprême sacerdoce; mais comme
nous étions au milieu du danger, à
vîmes des lettres pour leur catholicos,
afin qu'il leur pardonnât. Ils partirent;
mais en ces jours-là le catholicos
Narsès mourut. C'est pourquoi ces
moines demeurèrent dans nos couvents.
Ausig, leur chef, s'en alla à Antioche
et chalcédonisa entièrement; les autres
se dispersèrent.
Après Dionysius, Abraham, son syn-
celle, fut ordonné pour Amid. Celui-ci
y fut seulement trois mois et mourut*.
[706] Le prince s'empara des prêtres
pour leur faire donner les cent dinars
que jadis le rebelle Abou Sa'd avait
imposés à cette église, et il nous fit
écrire que « si nous n'envoyions pas
quelqu'un pour payer chaque année
ces cent dinars, il détruirait les églises ».
C'est pourquoi je me confiai au Sei-
gneur et je me rendis là. Quand le
prince l'apprit, il en fut surpris et nous
traita avec honneur; nous y entrâmes
en grande joie.
Nous y trouvâmes de magnifiques
églises fermées, de même que la rési-
dence du patriarche défunt; les unes
étaient totalement détruites, d'autre»
étaient remplies du coton du prince.
Combien de labeur et de dépenses il
fallut subir pour les récupérer, avec
1. Le fils de son oncle paternel. Grégoire IV DgKa (l'Enfant), 1173-1193, était le fils de Vasil,
seigneur de Gargar, frère de Narsès ; Grégoras, qui devint plus tard patriarche (1195-1202 ; cf.
ci-dessous, 1. XXI, chap. viii), sous le nom de Grégoire Yl Abirad (le Méchant), était fils de
Schahan, autre frère de Narsès. Comp. le tableau généalogique, Hist, arm, des Crois., I, p. cxx.
— 2. Cette date et celle donnée ci-dessus sont inconciliables : le 5 sept, ne pouvant être un
dimanche quand le 8 août est un jeudi. II en est de même des dates données dans l'abrégê^
armén. [Hist, Arm., I, 376). — 3. Le texte paraît altéré en ce passage. Vers. ar. : ^lU i»aft».o
4. Cf. ci-dessus, p. 341, 347.
LIVRE XIX. GHAP. XI
355
cause des armées des Turcs qui nous en-
vironnent, nous avons accompli l'office
précipitamment ; je te prie d'accomplir
cela en esprit ». Je lui fis réponse
selon ma faiblesse, avec des présents et
des prières ; et je n'omis point de rap-
peler les canons apostoliques, mais je
le détournai charitablement d'un grand
péché, c'est-à-dire du trafic du sacer-
doce, qui était pour ainsi dire une loi
chez les Arméniens. En écrivant ou-
vertement la parole du grand (apôtre)
Pierre au magicien Simon ', je fus
agréable à la masse des Arméniens,
mais je blessai leurs chefs. J'intercédai
pour son cousin^, et il le fit sortir de
prison.
En cette année^ les pluies furent
partout très abondantes, et leur quan-
tité fut nuisible. — A Bagdad, l'inon-
dation emporta environ trente mille
bâtiments j et en beaucoup d'endroits, il y eut de pareils accidents. Les fruits
des arbres et les vignes ne prospérèrent pas cette année. Les semences du froment
et des autres céréales poussèrent après que l'inondation eut cessé. — Fin.
l'aide de Dieu, il n'est pas nécessaire
de le dire.
L'église située dans le monastère de
Qanqrat, qui était bâtie en briques et en
bois, avait également été détruite; nous
nous en occupâmes aussi, et, le Sei-
gneur aidant, elle fut rebâtie en pierres
et chaux.
Les Benè Qarya avaient été jetés en
prison, et le prince exigeait d'eux deux
mille dinars. Il nous les vendit pour
300 dinars, et ils furent libérés.
Nous demeurâmes en cet endroit
tout le temps de l'hiver. Après la célé-
bration de la fête ' et la consécration
du chrême, Elias fut ordonné pour Kai-
soum et prit le nom d'Iwannis. Ensuite,
après le dimanche Nouveau*, nous par-
tîmes de là pour Mardîn. — Fin.
[Dans ce Dix-neuvième Livré est compris un cycle de 8 années. Je prie chaque
frère d'accomplir le précepte évangélique qui dit : « Pardonnez les uns aux
autres » ; qu'il me pardonne, afin que Dieu lui pardonne aussi et soit miséri-
cordieux pour lui] '.
1, Act. Apost., viH, 20. — 2. Corriger : m»» ;=, d'après le contexte et la vers, ar. : 'ov«si. ^=1 i3
3. La fête de Pâques. — 4. Le dimanche de Quasimodo (31 mars 1174).
5. Cette clausule rédigée moitié en arabe, moitié en syriaque (comp. une note sem-
i>lable ci-dessus, p. 189, n. 4), ne se trouve pas dans notre texte syriaque, mais seulement
dans la version arabe. En voici la teneur : <ia.a« , ,»ij» «JT ^(la.^ ;»i. o)i.«o|È&, o<^1<ù(S\ m^ot twû»!
LIVRE XX
Nous COMMENÇONS LE VINGTIÈME LiVRE A l'aNNÉE 1486 DES GrECS, QUI EST l'an
1156 DE LA NAISSANCE CORPORELLE DE NoTRE-SeiGNEUR, l'aN 553 DES ArABES, l'aN
114 DES Turcs, et depuis Adam, l'an 6655.
CHAPITRE PREMIER. — De Vépoqueà laquelle cessa la principauté des Benê
Tanouéman, en Cappadoce, quand le sultan d'Iconium y régna. A cette époque
commença le règne d'un autre Baudoin à Jérusalem; et noire Église fut agitée
par les nôtres.
Après la mort de Nour ed-Dîn, quand son fils Malik Çâlih commença à
régner, le roi Amaury entra dans le pays de Damas et y fit des captifs. Il mit
le siège contre Banias*. La terreur s'empara des Musulmans, d'autant plus qu'ils
se préparaient eux-mêmes à envahirles pays des Francs quand ceux-ci envahirent
les leurs. Les gens de Damas envoyèrent donc des messagers au roi et pro-
mirent de lui payer tribut comme ils payaient autrefois. Mais le roi n'y voulut
pas consentir, et il n'était aucunement disposé à faire la paix avec eux; il se
préparait au contraire à leur rendre ce qu'eux-mêmes étaient disposés à faire
aux Chrétiens; mais les jugements impénétrables (de la Providence) ne le per-
mirent pas. L'ardeur du roi fut ralentie, parce que sa fin arriva. Il tomba subi-
tement malade et sentit qu'il se mourait. Il s'empressa de prendre l'or des Damas-
quins, fit la paix avec eux et revint à 'Akko; et là il termina sa vie, au commence-
ment de tamouz (juill.) de l'an 1486, quarante jours après la mort de Nour
ed-Dîn'. Sa mort fut une cause de très lamentable affliction pour les Chrétiens;
car ils espéraient qu'il serait un secours pour eux, après la mort de Nour ed-
.Dîn, et leurs espérances furent déçues [708] par la mort déplorable du roi vic-
torieux, qui fut enlevé dans sa jeunesse. Il avait régné douze ans. Il désigna
comme son successeur son jeune fils âgé de quinze ans, qui s'appelait Baudoin,
du nom de feu son oncle paternel.
Quand Baudoin (IV) commença à régner, il confirma la paix que son père
avait faite avec le fils de Nour ed-Dîn.
1. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 359, spec. u. 1 ; et Hist. arm. des Croisades, I, p. 378, n. 2.
— 2, Amaury mourut à Jérusalem, le 11 juillet 1174 (1485 des Grecs). Pour la différence d'uue
année entre le chiffre réel et le chiffre donné par Michel, voir la note placée en tète des tableaux
chronologiques à la suite du Livre XXI.
LIVRE XX. GHAP. I 357
Or, à l'été de cette année 1486, quand Kilidj-Arçlan, sultan d'Iconium, apprit
la mort de Nour ed-Dîn, qui soutenait les BenêTanousman, il sortit précipitam-
ment et envahit leurs pays. Alors la stupeur s'empara d'eux, et en eux s'accom-
plit ce que dit le prophète Jérémie' : « Maudit celui qui se confie en l'homme et
qui fait de son semblable son appui, et écarte sa confiance du Seigneur; il sera
comme une racine qui n'a point d'eau ». Le sultan s'empara donc d'eux et les
ruina. 11 leur enleva Sébaste, Néocésarée, Comana et les autres villes et places
fortes de toute la Cappadoce. Le sultan Kilidj-Arçlan grandit et devint puissant;
tandis que ces émirs s'enfuirent chacun d'un côté pour se mettre à l'abri. Celui
qui était le chef de tous les autres se sauva près de l'empereur des Grecs, mais
n'en reçut aucun secours'.
C'est ainsi qu'à cette époque prit fin la dynastie des Benê Tanousman, qui
commença au moment de l'exode des Turcs qui envahirent et enlevèrent ces
pays aux Grecs en l'an 1366; ils régnèrent pendant 122 ans^ Six princes* de
cette famille s'y succédèrent l'un à l'autre. — Fin.
A cette époque cessa la dynastie des A cette époque, sur ma Faiblesse, et
Benê Tanousman en Cappadoce. à cause de mes péchés, s'éleva une tem-
En cet été, l'herbe et les récoltes re- pète qui n'était pas légère, eu égard à
commencèrent à croître, après quatre la débilité de l'époque; sans doute afin
années d'une grande famine qui avait que nous, qui sommes à la tête du ber-
régné dans toute la Syrie, la Palestine, cail^ nous participions aux afflictions
l'Assyrie, l'Arménie et les pays de la des saints. Toutefois, nous ne fûmes
Perse, et qui était parvenue jusqu'au pas persécutés comme les Apôtres par
Ségestan, et même jusqu'aux confins de les païens, ni comme les Pères par les
la Grande Inde. hérétiques; mais la tempête fut soule-
vée contre nous par nos frères. La ma-
nière est nouvelle; pour les amis de la
vérité, la vérité n'est pas cachée; sa récompense est chez celui qui scrute tout et qui
sait que je suis pécheur.
Quand je fus appelé à ce ministère redoutable, j'avais pris soin, comme je le
1. JÉRÉM., xvn, 5. — 2. Manuel fit de sérieux efforts pour s'opposer aux conquêtes du sultan ;
cf. Hist. du Bas-Emp., XC, § viir et suiv. et ci-dessous, p. 368. — 3. Cette phrase est équivoque.
Ci-dessus, p. 173, comme dans les Tableaux chronologiques, la V année de Danismend est fixée à l'an
1396, ce qui ne donne que 91 ans jusqu'ici. On ne peut prendre 1366 comme date de l'établisse-
ment des Turcs, fixé par Michel à l'an 1361 = 430» année des Arabes. Le chiffre 122 (leçon
confirmée par BH) représente probablement la différence entre cette année 430 et l'année 553
inscrite en tête de ce Livre, par suite d'erreurs que nous signalons dans les Tableaux chronolo-
giques. — 4. Tanousman, Ghâzî, Mahmoud, Ya'qoub-Arslan, Ismaïl, Danoun.
358 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
devais, d'observer et de lutter pour faire observer les saints canons; et comme je
combattis dès le commencement en renouvelant les canons qui étaient abolis, foulés
aux pieds et négligés : celui qui défend de conférer l'ordination moyennant des pré-
sents, et celui qui interdit de s'emparer d'un diocèse ou d'une église par la contrainte
des rois et des princes, et aussi celui qui défend d'oser fouler aux pieds les règles
ecclésiastiques et de passer d'un diocèse à un autre diocèse sans une autorisation
règnlière; pour cela, j'épron-vai de 1* opposition de la part de [l'é-vèque] ' de Damas,
et de celui de Djihan', et de celui du four'Abdîn', et ensuite de celui de Callinice,
qui est Denha, surnommé Iwannis.
Déjà, du temps du défunt* [708] patriarche Mar Athanasius, les gens de son
diocèse étaient scandalisés à cause de lui; ils formulaient contre lui de nombreuses
accusations, et plusieurs fois le patriarche l'avait excommunié pour le corriger.
Ces mêmes fidèles vinrent trouver ma Bassesse, et renouvelèrent contre lui les
mêmes accusations; alors, comme je le devais, j'engageai ceux-ci par l'exhortation
et la prière à faire la paix avec lui, et je l'avertis lui-même et le pressai de corriger
ses mœurs déréglées. Cela n'arriva pas seulement une fois ou deux, mais pendant
l'espace de huit ans! Chaque année ils venaient se plaindre, exposaient et affirmaient
que non seulement il n'observait aucune de ses promesses, mais qu'il ajoutait à ses
actions indignes. C'est pourquoi un synode s'assembla dans le couvent de Mar Hana-
nia, et, en sa présence, des témoins véridiques rendirent témoignage, d'un accord
unanime. D'après la décision de tout le synode, nous prescrivîmes qu'il abandonnât
ce diocèse et qu'il demeurât dans un monastère de la province " de Mardîn pendant
trois ans, jusqu'à ce que l'affaire eût été examinée. Peu de temps après qu'il eut pro-
mis, devant le synode, d'observer cette règle, le diable l'excita et il foula aux pieds la
loi ; il s'en alla trouver quelques Nestoriens, chefs et gouverneurs du pays de Mardîn,
et se plaignit de ma Bassesse. J'eus à supporter des labeurs et des vexations immo-
dérées, jusqu'à ce qu'ils eurent acquis une conviction et appris ses œuvres. Ayant
été chassé par ceux-ci, il courut trouver le préfet' et lui promit un présent s'il me
faisait massacrer. Mais le Seigneur dans sa miséricorde eut pitié de moi, ou plutôt non
pas de moi seulement, mais de son Église. Le préfet envoya des soldats qui m'emme-
nèrent comme à la mort; ils me mirent en sa présence, et il commença à me parler
avec colère. liC Seigneur, qui a dit à ceux qui croient en lui : « On vous donnera à ce
moment ce que vous devrez dire' », me donna à moi-même, indigne pécheur, (ce
que je devais dire,) non pas à cause de moi, qui suis indigne même de la terre,
mais à cause de son Église. A la suite d'une courte apologie, le préfet reconnut et
confirma la vérité, et il chassa le misérable. Je n'avais à ce moment avec moi, en
1. Ms. : « de celui de Damas ». Jean. — 2. Abou Ghaleb ; cf. p, 334, 374. — 3. Ignatius (Gabriel) ;
cf. p. 362. — 4. Littér. : « de celui qui est parmi les saiuts ». — 5. êitap^îa. — 6, ■fiYË[j.tôv. —
7. Matth., X, 19.
LIVRE XX. GHAP. I 359
dehors de Dieu, qu'une seule personne : Abou-Kaïi', l'archidiacre de Mardîn; que
Dieu lui soit propice !
Ensuite, Satan le remplit encore de colère contre nous. Il alla trouver le roi de
Mossoul, il me calomnia et promit mille dinars. Alors des soldats furent envoyés
pour me conduire à Nisibe. Mar Athanasius d'Edesse, Mar Jean et de nombreux
moines vinrent avec moi. Quand nous arrivâmes au camp, ils me présentèrent au
lieutenant^ de l'émir Saif ed-Dîn, qui se mit à me parler tranquillement, en disant :
« Il ne vous convient pas, puisque vous avez été placés par la permission de Dieu sous
notre autorité, de vous élever contre un ordre royal. Donc, plutôt que d'être traité
avec mépris, livré aux coups, prends soin d'accomplir l'ordre du roi victorieux. Or,
il a décidé, déjà auparavant, que ce métropolitain serait le pasteur du peuple' de
toutes les villes de son territoire situées en Mésopotamie: Callinice, Harran, Saroug,
la région de Habôra. Donc, consens toi-même à ce qu'il en soit ainsi, et retourne
en paix dans ton pays; sinon les choses se passeront autrement, » [709] Pour moi, je
me fortifiai* dans le Seigneur, et, comme Dieu le sait, je me préparai avec joie à
la mort. Je lui répondis hardiment : «Il y a trois livres qui renferment les préceptes :
la Loi pour les Hébreux; l'Évangile pour les Chrétiens, et le Qorân pour les Musul-
mans. Examinez-les tous les trois, et surtout le vôtre, et vous verrez que Dieu n'a
point commandé aux rois de diriger les affaires de la foi par le glaive; car la foi
s'acquiert librement et non par contrainte. Aussi, depuis que Dieu a donné l'empire
aux Musulmans, depuis Mahomet jusqu'à ce jour, aucun des rois justes qui ont
régné n'a foulé aux pieds la loi de Dieu, mais ils l'ont observée. Selon la permis-
sion de Dieu, ils ont imposé aux Chrétiens toute espèce de tribut et toute espèce de
servitude corporelle, mais ils ne se sont point attribué d'autorité dans les choses
concernant la foi. Maintenant, si vous voulez changer ce qu'ont fait les rois vos pré-
décesseurs, sachez que vous êtes en opposition non pas avec moi, mais avec le pro-
phète Moïse, avec le Christ et avec Mahomet ; car vous détruisez, vous annulez
leurs trois livres, c'est-à-dire' la volonté de Dieu; et, ce qui est encore plus mal,
vous favorisez celui qui n'a pas la vérité pour lui ; si vous le voulez, vous pouvez faci-
lement connaître qu'il est un menteur, de cette manière : Les villes que vous me
dites maintenant lui avoir données sont sous votre empire, et puisque vous lui avez
donné un édit, pourquoi ne l'acceptent-elles pas, sinon parce qu'il commet des
choses contraires à notre loi, et qu'il n'est pas fidèle à nos yeux? Il a recours au
glaive royal, pour que vous me contraigniez à fouler aux pieds, à détruire et à abolir
l'ordre de Dieu. Mais pour moi la perte de ma tête est peu de chose. » Je découvris
mon cou et je dis : « Voici que je tends volontairement mon cou : ordonne de le
couper; car jamais je ne transgresserai le précepte de la loi. » Alors ce général entra
1. Sic, et de même version arabe . L'édition de Barhébréas porte (I, 567) ; î»» os).— 2. Littér. :
« le second ». — 3. Im.^. .— 4, Lire : È5i»^I.I.
360 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
dans la lente du roi, et après ua assez long moment, il sortit, me prit par la main et
m'introduisit seul, ne laissant aucun des évêques ou des moines entrer avec moi. Après
que j'eus longuement' prié pour le roi, le lieutenant me répondit agréablement et
me dit : « Prie, ô patriarche, pour le roi Saif ed-Dîn ; car il a ordonné : Accomplis
ta loi, et que personne ne puisse t'en empêcher. » Après avoir ajouté des prières et
des actions de grâce, je sortis en louant le Seigneur avec larmes.
Tandis que les évêques et les moines se réjouissaient, le misérable qui se trouvait
là, voyant son espoir déçu, continua à vouloir me faire périr corporellement en se
suicidant spirituellement. Il cria devant la foule et dit : c! O musulmans! sachez que
ce vieillard est un inique séducteur; il habite dans l'empire des Taiyayê, et il prend
les faiyayê pour en faire des chrétiens. Voici un écrit de lui entre mes mains. » 11
produisit et montra un papier^ écrit par moi autrefois à propos de Bar Rolaib'. En
entendant cela, les Musulmans devinrent furieux et prirent des pierres pour me
lapider. Nos moines s'enfuirent. Mais Dieu continua d'être miséricordieux pour
moi. On examina le papier et on reconnut qu'il s'agissait de Bar Kolaib. Dieu disposa
au même moment quelques "Taiyayê, citoyens de Mardîn, qui affirmèrent que cet
homme était un moine et non un faiyaya. Alors le prince Saif ed-Dîn lui-même nous
donna un écrit, et nous revînmes en paix.
Le misérable s'en alla à Bagdad, pour se plaindre de moi au khalife. En l'apprenant,
j'envoyai des lettres aux fidèles de cet endroit qui le chassèrent.
Après cela, il vint nous trouver à Antioche, et demanda pardon : nous lui donnâmes
l'absolution, et nous l'envoyâmes dans la montagne d'Edesse, pour lui donner une
place quand nous serions de retour dans le couvent de Mar Bar Çauma, Mais là,
avant notre arrivée, sa dernière heure survint. Que le Seigneur ait pitié de lui!
CHAPITRE [II]. — De V époque à laquelle furent tués l'émir de Mélitène, et Mleh,
prince de Cilicie, et Emtn ed-Dtn, gouverneur de Mardin, et aussi le cizir du kha-
life de Bagdad, qui furent tués tous les quatre à la même époque. Des autres
événements qui survinrent à cette époque : meurtre de Vévêque du Tour 'Abdln;
Çalah ed-Dln t Égyptien, qui* s'empara de l'Arabie; le prince de Mossoul, qui
reprit les pays qui lui avaient été enlevés; les Turcs, qui s'emparèrent des
montagnes de Sassoun.
Après la mort de Nour ed-Dîn, son neveu Saif ed-Dîn partit de Mossoul et
s'empara [710] de Nisibe. Il abolit les lois établies par son oncle paternel et brisa
la pierre sur laquelle elles étaient écrites, qui était placée dans la mosquée. Il
1. IMmV». _ 2. Corriger: y«ft^,;-s (vers. ar. : »<»4,>o). — 3. Cf. ci-dessus, p. 340, 348.
4, Lire : •^iwl» (vers, ar. : >»j^).
LIVRE XX. GHAP. II 361
permit de boire publiquement du vin. Les émirs de Mardîn et de Hesna de
Kêpha vinrent le trouver, et il alla à Harran'. Il s'empara de ces villes et y fit de
même. Il s'empara de Saroug et de Gallinice, et son cousin', prince d'Alep et de
Damas, se soumit aussi à lui. Ensuite, il revint à Mossoul.
La même année, Çalah ed-Dîn, qui gouvernait l'Egypte, étendit aussi son
empire sur l'Arabie intérieure et sur divers lieux des royaumes Nubiens, par
une brillante victoire'.
Les Arméniens occupaient des forteresses dans la montagne de Sassoun
depuis de nombreuses générations; en cette année, les Turcs s'en emparèrent;
l'émir, de Maipherqat', en effet, leur fit la guerre; il les pressa, et, réduits à
l'extrémité par la famine, ils livrèrent eux-mêmes les places fortes au Sah-
Armen, seigneur de Khélat^
La même année, le roi des Ibères enleva aux Perses^ la ville d'Ani.
En l'an 1486, le 15 de kanoun i" (oct.), l'eunuque Emîn ed-Dîn, gouverneur
de l'endroit, fut tué dans la citadelle de Mardîn. Celui qui le tua fut l'émir Qotb
ed-Dîn'; il prit ensuite la tête du mort dan? sa main, alla trouver son vieux père
et lui dit : « Parce qu'il a voulu me tuer, je l'ai tué moi-même. » Le vieillard,
qui avait perdu l'intelligence, ne répondit pas un mot.
La même année, les troupes de Mleh, [711] prince de Gilicie, se révoltèrent
contre lui, à cause de ses nombreuses actions infâmes, et jurèrent de le tuer.
En ayant eu connaissance, il sortit du camp pendant la nuit et s'enfuit dans
l'une de ses places fortes. Les gardes de cette citadelle faisaient partie du com-
plot • organisé par les troupes ; ils s'emparèrent de lui et le coupèrent par mor-
ceaux; ils le donnèrent aux chiens et il fut dévoré*.
Ils firent venir son neveu, Roupen '", fils de Stéphanos, de Tarse où il se tenait
caché par crainte de son oncle paternel, et ils le firent régner sur eux. Alors,
il fit mettre à mort ceux qui avaient tué son oncle, parce qu'ils l'avaient jeté
aux chiens.
La même année, il y eut aussi à Bagdad une révolte contre le khalife, (excitée)
par son ministre. Ge ministre, qui gouvernait et s'appelait Qotb ed-Dîn", ras-
1. Sic ms, et vers, ar.; BH : « à Édesse et Harran ». — 2. Malik Çalih. — 3. Cf. Bar Hebr.,
Chr. syr., p. 346. — 4. Maipherqat faisait partie des états de Nedjm ed-Dîn Alpi (cf. p, 311); mais
il s'agit peut-être d'un gouverneur local. — 5. Soljtmân II Nasir ed-Dîn Mohammed (1128-1185). —
6. Par ce mot, l'auteur désigne ici les princes de l'Adherbaidjan ; cf. les Tableaux chronologiques.
— 7. Qotb ed-Dîn Ilghazi, fils et successeur de Nedjm ed-Dîn; cf. p. 368. — 8. Il faut probable-
ment lire : l^'oJo» ltJo_i3 v'^'oi; (vers. ar. : .pl.^î&. ■«so ^jai^A^^ao ;.a»û^l3 ^,..&m \\.\ yom Itub).
— 9. Comp. Hisl, arm. des Crois., I, p. 625. — 10. Roupen III; Roupen II, fils de Thoros II
était mort à Qala' Romaita en 1170, Cf. ci-dessus, p, 331. — H. Qotb ed-Dîn Qaimâz • cf. Gesch,
der Chai., III, p. 338.
m 46
362
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
sembla une armée. Il pressait le khalife Moustadhi par l'attaque' qu'il avait orga-
nisée contre lui dans son palais, afin de se faire proclamer sultan par le khalife.
Le khalife, réduit à l'extrémité, monta sur le toit de son palais, cria à haute voix
en pleurant, et en suppliant les gens de l'intérieur de la ville de se réunir pour le
délivrer des mains de son ministre révolté. Ils s'assemblèrent en grand nombre,
et,après le meurtre de beaucoup de personnes, le ministre prit la fuite avec trente
mille cavaliers. Us se sauvèrent dans le désert pour échapper. Après avoir mar-
ché pendant cinq jours dans une région où ne se trouve pas d'eau, ils commen-
cèrent à être opprimés par la soif, et ils envoyèrent des messagers au prince
de Mossoul, qui promit de rétablir la paix entre le khalife et eux. Comme ils se
dirigeaient pour rentrer à Mossoul, un vent brûlant, un violent ouragan les
surprit ; ils se desséchèrent et devinrent comme du bois noir, hommes et bêtes ;
ils n'étaient pas même dévorés par les bêtes sauvages, car leurs têtes étaient
devenues dures comme des pierres. Cent hommes arrivèrent à Mossoul, où les
médecins ne purent en sauver un seul; ils étaient un sujet d'épouvante pour
ceux qui les voyaient. — Fin.
En l'an 1486, le 15 de sebat (févr.)
un dimanche ', l'émir de Mélitène' fut tué
[710] par son frère*, celui-là même qui
avait été son prédécesseur et avait aban-
donné la ville pour se retirer dans la
honte.
Pendant cinq ans, il circula et vécut
avec prodigalité ^ ; puis il fut pris par
Nour ed-Dîn et emprisonné*. Ensuite il
s'échappa et s'enfuit à Antioche pour
se faire Franc. N'ayant pas rencontré là
le repos, il s'enfuit encore et se tourna
vers les Turcs. Il vint trouver le sultan',
qui lui donna Héraclée. A la vérité, il
s'attendait à recevoir Mélitène, et comme
cela n'eut pas lieu, il la lui enleva.
Il se dirigea donc de nouveau vers
les Turcs qui sont dans la région de
En l'année 1486, Ignatius, évoque du
four 'Abdîn, fut tué pour la cause que
voici :
[710] Il s'efforçait par tous les moyens
de recueillir des oboles, parce qu'il
était atteint de la passion de l'avarice,
« qui est le culte des idoles ' » . Il ne rougit
point lorsqu'il fut réprimandé par nous,
ou, pour mieux dire, par la loi; mais il
ajouta le mal au mal; il abandonna la
véritable espérance en Dieu et mit sa
confiance dans le prince du siècle, afin
de pouvoir amasser de l'or à l'aide du
sceptre royal. Aussi Dieu lui fit-il sen-
tir son abandon. Aux premières vêpres
d'un dimanche, il quitta l'office et sortit
pour aller trouver le prince et, selon sa
coutume, faire mettre en prison les
1. U3;û=.
2. Le 15 févr. 1175 était un samedi, — 3. Féridoun; cf. ci-dessus, p. 343. — 4. Mohammed ;^
cf. ci-dessus, p. 337. — 5. P.-ê. « il reçut errant » (?). — 6. Corr. : >»a-,l.l, — 7. Kilidj-Arslan.
8. Coloss., tir, 5,
LIVRE XX. GHAP. II
363
l'Orient; mais il fut repris par Nour
ed-Dîn qui le jeta en prison à Birah,
qui est située sur la rive de l'Euphrale.
Là, il fut dans une grande angoisse et vi-
vait d'aumônes ;c'estpourquoiIes moines
de Mar Bar Çauma osèrent lui en-
voyer des aumônes par l'intermédiaire
de quelques moines messagers, parce
que lorsqu'il était prince il aimait le
couvent. Et cela même tourna au pro-
fit, comme le discours le montrera plus
bas.
Nour ed-Dîn mourut peu de temps
après, et celui-ci sortit de prison. Ayant
entendu dire que la femme de son frère,
à cause de sa haine pour son mari, avait
abandonné Mélitène et était retournée
chez ses parents', à Hesna de Ziad, il se
dirigea vers cet endroit; ceux-ci l'encou-
ragèrent, et il vint en secret. Comme
il le dit lui-même plus tard, il mit sa
confiance en Mar Bar Çauma et lui fit
vœu, s'il régnait de nouveau à Mélitène,
d'exempter le couvent du tribut. [711]
Étant arrivé à la porte de la ville, il
y entra, au moment du soir, sous l'habit
d'un pauvre, sans que personne le sût,
excepté deux hommes qui étaient avee
lui. Ceux-ci le conduisirent à la demeure
d'un des Turcs qui étaient autrefois de
ses amis, et il demeura caché dans sa
maison pendant deux jours.
Ensuite^ pendant la nuit du dimanche
moines, les prêtres et les laïcs, pour
telles ou telles causes. Pendant la nuit, des
Curdes le rencontrèrent, et le méchant
tomba entre les mains des méchants;
ceux qui étaient avec lui s'enfuirent ; les
Curdes le torturèrent méchamment', et,
à la fin, l'empalèrent* et l'abandonnèrent
expirant; des hommes le trouvèrent
en cet état, et quand ils retirèrent
le pieu (de son corps) il rendit l'âme.
Peu de temps auparavant, à Hâha',
quelques fidèles des Benê Qouriaqos : le
prêtre Marzouq, son frère Bar Çauma
et leurs enfants, avaient été tués; et
l'opinion se répandit qu'ils avaient été
tués à l'instigation de ce misérable
évêque; aussi, lorsqu'il fut tué lui-
même, on pensa qu'il avait été tué à
l'instigation de ceux qui voulaient en
tirer vengeance. Quoi qu'il en soit,
cela arriva par la permission de Dieu ^.
La même année, à cause de mes
péchés, moi aussi, misérable, [711]
j'éprouvai justement l'abandon de Dieu ;
car, ayant témoigné à nos moines du
couvent de notre seigneur Mar Bar
Çauma, plus d'honneur, de charité et de
liberté, ils se révoltèrent contre moi
pour une raison que le discours expo-
sera soigneusement plus bas'. — Fin,
susdit, il méprisa sa vie*; ils par-
1. Chez son frère, vraisemblablement; cf. ci-dessus, p. 329, 343, n. 5. — 2. La construction est
obscure ; le sens pourrait être « il risqua sa propre vie », mais plus probablement « il osa enlever
la vie à son frère ». La vers, ar, suit le syriaque mot à mot : >ooiiov C&. I^.oo • vX\'^ (-3 vplott,
3. : ll.(u^(?), Itâji» (?). — 4. Littér, : « ils lui fixèrent un bois dans son dessous »; BH :
w>»ova « dans l'anus ». — 5. Pays d'origine de cet évêque. — 6. Littér. : « ce fut l'abandon »;
vers. ar. : •> t-l»«e yi» »l. ^la i» iS i . '^ a. — 7. Comp. ci-dessous, p. 367.
364 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
vinrent à leur palais' (?) et entrèrent dans les jardins, sans que les gardes s'en aper-
çussent. Ils trouvèrent là une échelle qui gisait par terre et ils l'appliquèrent contre le
mur. Ils montèrent et redescendirent dans le palais, et ils pénétrèrent dans la chambre
où ce malheureux dormait, ayant auprès de lui une vieille femme, sa nourrice. Tout-à-
coup, le jeune homme et la vieille s'éveillèrent en tremblant; l'autre le frappa et le
tua, puis il prit les clefs des portes de la ville et de la citadelle, et, la tête de son
frère dans sa main, il courut à l'instant même chez les notables : il se rendit tout
d'abord près de ceux qu'il savait d'accord avec lui et qui le désiraient chez eux. Cha-
cun de ceux qu'on venait de tirer de son sommeil, en voyant la tète de l'émir coupée',
tremblait et donnait promptement son adhésion. Quand il eut fait jurer ainsi une
quinzaine d'entre eux, il fit apporter la lumière et monta rapidement à la citadelle,
ayant avec lui environ cent hommes. Au moment du matin il y eut du bruit, le nouvel
émir fut proclamé, et la terreur et la frayeur s'emparèrent de tout le monde. Les
Chrétiens se cachèrent dans leurs maisons, et les Turcs, revêtus de leur armure,
montèrent sur leurs chevaux et se réunirent devant la porte de la citadelle. Ils se
disputaient, persuadés que l'émir qui gouvernait n'avait pas été tué. Quand la tête
du mort fut jetée, du mur, en bas, en la voyant, ils perdirent leur espoir en lui.
Contraints par la nécessité, ils prêtèrent tous serment à ce Mohammed, et lui à eux.
Quand il eut obtenu l'autorité, il fit remise du tribut imposé au couvent de notre
seigneur Mar Bar Çauma; mais les moines lui dirent qu'ils lui donneraient volontai-
rement [7i!2] chaque année trois cents dinars, et lui demandèrent d'abolir seulement
les impôts qu'avait surajoutés l'émir Ghâzî, En effet, avant l'émir Ghâzî il n'y avait
pas une trop grande charge sur le couvent; mais, quand celui-ci régna, avec dureté,
il imposa aux moines de donner chaque année sept cents dinars; et, à l'époque où se
passa cet événement, le couvent fut délivré de cette charge. Bien mieux, cet émir,
comme il l'a dit, avait fait vœu de tout remettre ; quand il vit que les moines ne le dési-
raient pas, par crainte d'exciter la haine des Musulmans, il étendit la même faveur au
couvent de Mar Domitius.
CHAPITRE [III]. — De V époque à laquelle Çalafied-Din sortit (T Egypte, s'empara
de Damas, et vainquit le seigneur de Mossoul. A cette époque, les Francs qui
étaient depuis longtemps emprisonnés à Alep furent délivrés.
En l'an 1487, Çalah ed-Dîn', qui régnait en Egypte, sortit et vint à Damas.
' 1, Ainsi a compris la vers, arabe (cf. p. 363, n, 1); mais le passage paraît être corrompu; le cou-
texte semble appeler une tournure telle que : « les plus énergiques d'entre eux [ou leurs com-
plices) parvinrent et pénétrèrent dans les jardins », — 2. <a«mSt.
3. Cf. ci-dessus, p, 334.
LIVRE XX. CHAP. III 365
Ayant appris que le seigneur de Mossoul avait enlevé Harran et Edesse au
fils de Nour ed-Dîn', il venait, prétendait-il, au secours du fils de son maître, et
sous ce prétexte, il s'empara de Damas et de ses environs. Le jeune fils de
Nour ed-Dîn, sa mère et ses précepteurs, qui étaient à Alep, eurent peur de lui.
Il envoya des messagers et leur fit dire : « qu'il n'était qu'un serviteur ; qu'il
était venu pour servir en la présence du jeune homme, pour être son précepteur,
pour combattre et poursuivre ses ennemis » ; mais il ne le crurent point et ne lui
ouvrirent point les portes.
En voyant cela, il laissa paraître sa tyrannie; il s'empara d'Émèse et de Hama •
de vive force; il fit venir d'Egypte une quantité d'or et se mit à le répandre
comme la poussière. Il rassembla des troupes et libéra les Francs qui étaient
emprisonnés à Damas depuis le commencement du règne de Nour ed-Dîn;
c'étaient des hommes distingués; il se montra facile pour leur rançon et fit la
paix avec les Francs'.
Saif ed-Dîn, seigneur de Mossoul, envoya des troupes pour l'expulser; et
ceux qui partirent pensaient, dans leur arrogance, qu'ils allaient le tailler en
pièces; [713] ils le raillaient, ils le méprisaient, ils l'appelaient « un chien qui
aboie contre son maître ». Pour lui, il leur fit dire humblement : « Il ne con-
vient pas qu'étant une seule maison nous soyons divisés » ; mais ils méprisèrent
ses envoyés et s'avancèrent contre lui, en se hâtant, pour qu'il ne pût se sauver
et échapper à leurs mains. Mais Dieu, qui renverse les orgueilleux et les
superbes, les humilia; la crainte s'empara d'eux, et cette multitude de troupes
tourna le dos dans la bataille. C'est pourquoi, il prit un grand nombre d'entre
eux et s'empara de leurs chevaux, de leurs chameaux et de leurs armures.
Il fit encore une autre chose digne de mémoire. Quand il les vit qui se met-
taient à fuir, il cria fortement à haute voix, en jetant son casque et en se lamen-
tant, et disant à ses troupes : « Ne tuez personne; ce sont nos frères I » Ensuite
il donna à ceux qui avaient été pris des provisions et des chevaux et les renvoya
en paix. Par suite de telles actions sa renommée grandit chez tous les musul-
mans.
Quand ceux qui étaient à Alep virent cette grande défaite, ils craignirent
encore davantage, et ils envoyèrent des présents au seigneur d'Antioche, afin
qu'il devînt leur auxiliaire. Les portes furent ouvertes pour que ces princes qui
étaient enfermés depuis longtemps et avaient perdu tout espoir, se rache-
tassent et sortissent d'Alep; le comte de Tripoli* fut rançonné à 80 mille (dinars);
Josselin, fils de Josselin, à 50 mille; le Prince Raynald'' à 120 mille : plusieurs
1. Ismaïl el-Malik eç-Çalih. — 2. Lire : Csoo- (BH et vers, armén.) ; ms. : « Émèse et Émèse (!) ».
— 3. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 366-367. — 4. Raymond III. — 5. Ms. : Renaghd Prinz.
Renaud de Châtillon.
366 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
fois on avait envoyé de l'or de Gonstanlinople pour ce dernier, mais il l'avait
donné pour la rançon d'autres qu'il avait délivrés et libérés, et maintenant il
fut délivré à son tour, ainsi que tous les autres.
Saif ed-Dîn, [seigneur] ' de Mossoul, après que ses troupes eurent été défaites,
rassembla de nouveau une armée beaucoup plus nombreuse '. Le seigneur de
Mardê et celui de Hesna de Kêpha partirent avec lui. Ils étaient 60 mille, et
Çalah ed-Dîn n'avait que 12 mille hommes. Il fit dire à Saif ed-Din : « N'engage
pas le combat; car si je suis vaincu, moi, serviteur, je ne perdrai rien à être
vaincu par' les fils de mon maître; mais toi^ qui es fils de roi, si tu es vaincu,
tu essuieras une grande défaite ». Saif ed-Dîn le méprisa et le tourna en déri-
sion. Quand on livra bataille, les chefs des troupes de Saif ed-Dîn, qui avaient
été corrompus par Çalah ed-Dîn, qui leur avait envoyé secrètement des présents
en abondance, tournèrent le dos. Saif ed-Dîn resta dans la détresse : il put à
peine regagner Mossoul sur un chameau, couvert de confusion. Il tua une par-
tie et chassa une autre partie de ceux qui s'étaient séparés de lui.
Çalah ed-Dîn s'avança contre Mabboug : les faiyayê qui s'y trouvaient la lui
livrèrent. Il s'empara de l'émir, qui avait été autrefois à Édesse*, et qui était
célèbre pour sa bonne nature^; il lui enleva injustement ses possessions. Au
bout de cinq mois, il le fit sortir de prison : et celui-ci se rendit à Mossoul.
Après cela, les émirs de Tell Baser, de 'Aïntab' et des autres endroits de la
Syrie lui firent leur soumission. II marcha contre 'Azaz. Là, ceux qu'on appelle
Hasisai'' tombèrent sur lui et le frappèrent à coups de couteau; mais il n'en
mourut pas. Ceux qui l'avaient frappé furent mis à mort, et il envoya ses
troupes piller leur pays. Après s'être emparé de vive force de 'Azaz, il mit de
nouveau le siège contre Alep.
Les gens d'Alep cherchèrent surtout du secours auprès des Francs. Ceux-ci
avaient envoyé cet Arnald', qui était sorti de prison. Le Seigneur lui donna la
victoire. Il détruisit une partie des troupes de Çalah ed-Dîn. Les Francs
envahirent de nouveau le pays de Damas; ils y massacrèrent beaucoup de gens
et firent de nombreux captifs. Raynald envoya ensuite des troupes en Egypte'
et elles pillèrent cet endroit. Çalah ed-Dîn, pressé par les Francs, restitua 'Azaz
au seigneur d'Alep ; il fit la paix avec eux, et s'empressa de retourner en Egypte '°.
— Fin.
1. Suppléer : l^-« (vers. ar. : xxa^.). — 2. J-S^U ^È>*; vers. ar. : |aj,|joo onUPi.lj; littér. :
« beaucoup plus du double ». — 3. Suppl. : ^. — 4. Vers. ar. -oïl^s Joal*. ^^ uS ^bo.
5. Qotb ed-Dîn Inal. — 6. otSi.». — 7, Les Assassins ou Ismaïliens. — 8. Arnaghd. Renaud de
GhâtilloD. — 9. Il s'agit peut-être de l'entreprise sur la mer Rouge, qui eut lieu plus tard, —
10. Sur toute cette campagne de Saladin en Syrie, comp. Hist. ar. des Crois., I, 46, 47, 615-625;
III, 58-63; IV, 182.
LIVRE XX. CHAP. III
367
En cette année 1487, le dimanche
Nouveau', 11 du mois de nisan (avr.), au
moment du matin, à la fin de l'office,
c'est-à-dire après la lecture de l'Evan-
gile, le soleil s'obscurcit totalement : la
nuit se fit, et les étoiles parurent ; la lune
elle-même se voyait dans le voisinage du
soleil. Ce fut une vision triste et terri-
fiante, qui fut cause que beaucoup de
gens se lamentaient en pleurant; les
moutons, les bœufs, les chevaux se mê-
laient les uns aux autres par suite de la
frayeur. L'obscurité dura deux heures,
ensuite la lumière revint.
Quinze jours après, dans ce même
mois de nisan, au déclin d'un lundi, au
moment du soir, il y eut une éclipse de
lune dans la partie du ciel où avait eu
lieu l'éclipsé de soleil. Gloire à celui qui
connaît tout!
En ce printemps, il y eut disette de
pluie et grande sécheresse. Les se-
mences et toutes les céréales se dessé-
chèrent. La soif fut telle que de nom-
breux villages étaient entièrement aban-
donnés par leurs habitants, surtout
à Jérusalem et dans toute la Palestine,
dans la Cœlé-Syrie, dans la région de
Nisibe et dans le four 'Abdîn. Dans
la région de Mossoul, on ne moissonna
pas même les récoltes, et on ne trouvait
pas d'eau, même pour abreuver les
hommes et les animaux.
La cause pour laquelle nos moines
méditèrent une vaine révolte est celle-
ci :
A l'époque à laquelle il y avait eu du
trouble dans l'Eglise, après la mort du
patriarche Mar Jean bar Sousan, quand
le synode s'était réuni dans le couvent%
avant d'élire un chef, à la demande des
moines, les évèques écrivirent une
exemption pour que le couvent ne fût
plus soumis à la dépendance du pa-
triarche en quelque manière. Les moines
avaient fait cela, parce qu'autrefois
quelques-uns des patriarches, se trou-
vant opprimés par les rois, avaient
imposé des charges au couvent : parfois
ils avaient pris dans le trésor des objets
d'argent, parfois ils avaient pris de l'or à
titre de prêt et ne l'avaient pas rendu.
Mais cet écrit d'exemption, que les
moines avaient obtenu du synode des
évoques, ne fut pas approuvé par les
patriarches qui se succédèrent; Athana-
sius, Jean son successeur, et un autre
Athanasius, notre prédécesseur, disaient
que la confirmation du patriarche qui
existait à cette époque lui faisait défaut;
et il est évident que les évêques firent
cette faveur illégitimement, par com-
plaisance. C'est pourquoi la concession
resta sans eflfet [713] et devint une cause
de discorde; car, à son sujet, des que-
relles avaient éclaté entre chaque pa-
triarche et les moines. Moi, qui avais
grandi dans ce couvent, je voulus accor-
der au couvent cette faveur qui devint une occasion d'affliction. Je confirmai l'exemp-
tion, et je contraignis les évêques à la signer. Tandis que je pensais faire cesser
1. Dimanche de Quasimodo, 11 avr. 1176.
2, Cf. ci-dessus, p. 174.
368 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
la cause des querelles entre les patriarches qui seraient établis dans l'Eglise et les
moines qui habiteraient ce couvent, la discorde s'aggrava, parce que, quand ceux
dont les voies étaient dissolues furent pour ainsi dire sans frein', la dispute s'éleva
dans le couvent même et deux partis se formèrent. — Fin.
CHAPITRE [IV]. — [714] De Vépoque à laquelle mourut Nedjm ed-Dtn deMardtti,
et à laquelle commença la guerre entre le sultan Kilidj-Arslan et l'empereur
des Grecs, Manuel. Autres événements qui arrivèrent alors.
En l'an 1487, le 20' de tamouz (juill.), mourut Nedjm ed-Dîn de Mardîn ; il
avait régné pendant 22 ans, et, durant ce temps, tous les habitants de son pays
furent dans une grande prospérité matérielle, surtout les Chrétiens, les églises
et les couvents, par suite de sa mansuétude et de sa bienveillance'.
Il eut pour successeur son fils Qotb ed-Dîn*, qui se mit en guerre avec ses
oncles paternels ; il les pressa fortement jusqu'à ce que, sur l'intervention et les
instances du seigneur de Mossoul et de celui de Hesna de Kêpha, ils reconnurent
sa suzeraineté, comme du temps de son père ; ils vinrent tous les deux : le sei-
gneur de Hâni et le seigneur de Dara ', ils entrèrent dans la citadelle de Mardîn,
lui rendirent hommage, et la paix fut rétablie entre eux.
Peu de temps après, la nouvelle se répandit que Qotb ed-Dîn était mort; et
son pays était sur le point' d'être dévasté, si le Seigneur n'avait eu pitié. Le
prince guérit de sa maladie, tua quelques milliers d'Arabes et leur enleva
12 mille chameaux; le reste prit la fuite, et le pays fut pacifié.
A cette époque, l'empereur des Grecs sortit à la chasse : il fut blessé par un
sanglier, et le bruit se répandit qu'il était mort. Le sultan pilla son pays. L'empe-
reur, voyant qu'il n'était pas reconnaissant' de la grande amitié et des bienfaits
qu'il lui avait accordés, en fut fort irrité. Les émirs Benê Tanousman enflam-
maient sa colère ; car ils avaient pris la fuite devant le sultan, qui s'était emparé
de leurs états, et étaient allés à Constantinople chercher du secours près de l'em-
pereur*. Ils partirent donc [71S] devant lui pour attaquer le sultan. Avec une
forte et nombreuse armée de divers peuples qui couvraient la face du pays qu'il
avait envahi, il parvint jusqu'aux confins des Turcs; il pressait le sultan de
rendre aux Benê Tanousman les pays qu'il leur avait enlevés et aussi ceux que
1. Lire : Ija^ U,.
2. Vers. ar. : « le 27 », — 3, Littér. : « la bonté de son œil ». — 4, Ilghazi II Qotb ed-Dîn. —
5. Cf. ci-dessus, p. 311. — 6. Lire : ia«u>o ; vers. ar. : wiUa 6j»o. — 7. Littér. : « ne gardait
pas l'honneur. » — 8. Cf. ci-dessus, p. 357.
LIVRE XX. GHAP. IV
369
son frère lui avait donnés; mais le sultan n'y consentit pas, et ils se firent la
guerre.
L'empereur rebâtit deux des villes* qui étaient détruites depuis longtemps,
et y établit des troupes qui pressaient les Turcs.
L'empereur envoya en outre piller le peuple des Turcomans; ses troupes en
tuèrent des milliers ; et alors ces Turcomans pénétrèrent dans la région septen-
trionale, dans les pays des Grecs qui se trouvaient sans garde', lis s'emparèrent
d'environ cent mille personnes ; ils tuèrent tous les hommes et vendirent les
femmes et les enfants à des marchands qui les menèrent jusqu'en Perse. — Alors
l'empereur poursuivit avec colère le sultan, qui fuyait d'une montagne dans une
autre, parce qu'il ne voulait point se rencontrer avec l'empereur en bataille
rangée.
L'empereur envoya 30 mille hommes avec l'émir Danoun, pour s'emparer de
Néocésarée. Tandis qu'ils pressaient cette place par leurs attaques, les Turcs
qui s'y trouvaient usèrent de ruse et écrivirent une lettre, comme de la part des
Chrétiens, au général des Grecs; ils disaient dans cette lettre : « Cet émir Da-
noun que vous avez amené, use de perfidie avec vous; il a des intelligences avec
lesTurcs,ses congénères, et ils se préparent à vousfaire périr». — Ils lancèrent
la lettre au bout d'une flèche dans le camp des Grecs qui furent pris de peur et
se mirent à fuir. Alors les Turcs qui étaient dans la ville sortirent à leur pour-
suite, en criant : « L'empereur Manuel est mort! » et ils en détruisirent la plus
grande partie. Le général, qui était le neveu' de l'empereur, fut tué; Danoun
s'enfuit dans la région septentrionale, mais les Grecs s'emparèrent de lui et le
réservèrent au jugement de l'empereur. — Fin.
[7l4j En cette année', le Seigneur eut
pitié de nous ; le temps cruel de la disette
de pluie passa, les sources et les fon-
taines coulèrent, et la terre fut promp-
tement délivrée de cette sécheresse qui
faisait périr les hommes et les animaux.
Cependant, la famine durait encore par-
tout, parce que les récoltes ne prospérè-
rent pas non plus en cette année 1487;
[714] Quand de tels dommages com-
mencèrent h se produire dans le couvent,
après que nous eûmes essayé de les cor-
riger par la réprimande'' légale, mais
sans succès, sur le conseil d'hommes
pieux, évoques et moines, nous usâmes
du bâton, selon le précepte', pour que la
blessure ne tourne pas à la gangrène.
Alors, ceux en qui était cachée la saveur
1. Dorylée et Silbium. Cf. IJist. du Bas-Emp., XC, § xi, xiii. — 2, Litlér. : « sans préoccupa-
tion ». — 3. Littér. : « fils de la sœar n. Andronic Vatace. Cf. op. cit., XC, § xv.
4. Vers. ar. ; « A cette époque ».
5. C'est, semble-t-il, le sens de cette expression, qui signifie litlér. : « le mépris, le dédain « ;
(cf. texte, p. 614, trad., p. 236, i. 8). — 6. L'allusion vise, je crois, quelque canon disciplinaire.
III 47
370
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
caria colère dejustice, justement excitée
contre nos péchés, n'était pas encore cal-
mée; pour cette raison, les pauvres dé-
périssaient en tous lieux. A Jérusalem, à
Damas, à Alep et dans le Désert salé ', le
prix d'un kaila de froment était de trois
(dinars) rouges ; et bientôt on n'en trouva
plus. Alors, des caravanes d'Arabes^ avec
leurs chameaux, se mettaient en route
et amenaient du froment. Dans les ré-
gions de la Syrie, l'or rouge avait perdu
la moitié de sa valeur, tandis que dans
ces mêmes pays le froment augmentait
de prix, au point que le qephîza se ven-
dait un dinar.
A cette époque, on vit dans le ciel, du
côté de l'Occident, comme une demi-
lune; elle monta vers l'Orient, et, à me-
sure qu'elle montait, elle grandissait,
jusqu'à ce qu'elle fut trois fois comme
la lune; alors elle s'avança subitement
jusqu'au milieu du ciel, puis se divisa
en trois parties et tomba. On ne la vit
plus. L'empereur' des Grecs ayant été
taillé en pièces, chacun put connaître [la
signification de ce météore]^ — Fin.
du sel apostolique furent pris d'un zèle
divin, et firent en sorte que les autres
se convertissent à la pénitence. Tous
envoyèrent les frères âgés et hono-
rables du couvent près de ma Bassesse,
au couvent de Marllanania; et ils firent
des instances pour que je retournasse
avec eux au couvent, pour mettre fin à la
querelle. Nous revînmes avec eux jus-
qu'à Amid. Le prince sortit et nous
accueillit avec joie. Nous consacrâmes
dans l'Esprit-Saint, l'église que nous
avions bâtie là, en la fête de sainte Bar-
bara, le dimanche 4 dekanoun i'"'(déc.)*.
Ensuite nous parvînmes, en peinant, jus-
qu'au couvent. Là, après plusieurs (dis-
cussions), il plut à tous : à nous, aux
évêques et à tout le monde, que ces
exemptions qui, de toute manière et de
tout temps, avaient été cause de schisme
dans l'Eglise, et plus ou moins de ruine
pour le couvent, fussent abolies. Cela
ayant eu lieu, avec le secours de Dieu,
cette mesure procura la paix et la con-
corde à la sainte Eglise, et la joie à tous
les gens du couvent, parce qu'ils en
avaient compris l'utilité. — Fin.
CHAPITRE [V]. — De l'époque à laquelle Manuel, empereur des Grecs, fut
vaincu par le sultan Kilidj-Arçlan.
Quand l'empereur des Grecs, Manuel, apprit que son neveu avait été tué à la
porte de Néocésarée", il partit en colère pour venir tirer vengeance des Turcs.
1. Lire ; U-=>*=o; vers. ar. : o^*»^»^ ov»-» >^o. — 2. Sic vers. ar. ; ms. : « le fil» de l'empe-
reur )). — 3. Le texte est manifestement altéré; sens d'après la vers. ar. : v,|ia^ y^ !*aa)| »|o.
4. 4 déc. 1177.
5. Cf. p. 369.
LIVRE XX. CHAP. V 371
Or, le sultan prescrivit à ses troupes de ne pas livrer bataille, mais de s'en
aller par bandes, en avant du corps d'armée de l'empereur, à droite et à gauche,
€t aussi par derrière, et de brûler les villages et tout ce qui pouvait servir de
nourriture pour les hommes et le bétail; d'infecter les citernes, les sources et
les puits, en y jetant les cadavres des morts, des chiens, des ânes, et toute
espèce de pourriture et d'immondices. Il prescrivit pareillement à ceux qui
étaient dans une forteresse de ne pas attaquer, mais de se maintenir tant qu'ils
pourraient, puis, quand ils seraient devenus trop faibles, d'incendier tout le lieu
et de se retirer. Le sultan s'en alla lui-même dans une montagne difficile, où il
passait d'un endroit à un autre.
Alors l'empereur s'avança impétueusement au milieu des pays des Turcs, à
une distance de cinq journées de marche; les Turcomans qui étaient dans ce
pays, innombrables comme la sauterelle, voyant que l'empereur était venu pour
les chasser de leur résidence, se réunissaient par 5 mille ou par 10 mille,
incendiaient, dévastaient, et massacraient ceux qu'ils trouvaient en dehors du
camp des Grecs.
Les Grecs arrivèrent dans le voisinage d'Iconium, à une journée de marche
(de cette ville), et à trois heures du lieu où était le sultan; ils s'engagèrent
entre les montagnes dans un endroit resserré où il n'y avait point d'eau, laissant
en arrière', les 5 mille chariots qui portaient la nourriture des hommes et des
animaux, les armes et les bois pour les machines de guerre, [716' l'or, les
églises", les croix et les objets de toute nature. Le peuple des Turcomans ayant
vu l'empereur et les troupes s'éloigner' du campement et de ces chariots chargés
des bagages, ils se rassemblèrent par derrière au nombre d'environ 50 mille,
capturèrent et pillèrent tout le campement.
Quand l'empereur et son armée apprirent que leurs richesses étaient perdues,
et que la nourriture qu'ils espéraient voir arriver jusqu'à eux avait été enlevée,
ils furent saisis d'une grande terreur. Les Turcs s'aperçurent qu'ils étaient
effrayés; ils faisaient rouler sur eux du haut des montagnes des quartiers de
roche qui broyaient les hommes et les animaux. Toutes ces myriades de soldats,
qui s'invectivaient mutuellement à l'intérieur de ce vallon*, avaient les genoux
tremblants et craignaient de sortir en présence des Turcs qui étaient tellement
proches qu'ils pouvaient les percer de leurs traits pendant la nuit. Alors, au
milieu de la nuit, l'empereur envoya trouver le sultan pour demander la paix.
Le sultan, qui était lui-même pris de crainte, yconsentit facilement. Des messa-
gers allaient et venaient avec des flambeaux, pendant toute la nuit. L'empereur
1. v*^oi5 ; BH : IS^^^^ 'oa*. — 2. Les tentes qui servaient de chapelles. — 3. Lire : aû-»W. —
4, Littér. : « celte fosse n.
372 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
abandonna au sultan les villes qu'il avait rebâties'. Au moment du matin,
quand la paix fut proclamée, les Turcs injuriaient le sultan et l'appelaient
« traître », parce qu'il avait consenti à la paix. Aussi l'empereur dut-il se
faire accompagner par trois des émirs du sultan pour arrêter l'audace des Turco-
mans. Mais ceux-ci ne restèrent pas tranquilles. Quand le camp des Grecs com-
mença à se mettre en mouvement, de tous les côtés les Turcomans frappaient
et tuaient des Grecs. L'empereurayant demandé à ces émirs pourquoi ces choses
avaient lieu après les serments échangés, ils répondirent : « Ceux-ci [nej'
dépendent pas de nous ». C'est pourquoi l'empereur leur tendit des embûches,
et on en tua environ 20 mille.
L'empereur de retour à Constantinople envoya beaucoup d'or au sultan, et
récupéra la croix' dans laquelle était le bois de la crucifixion.
Le sultan envoya à tous les émirs, au khalife de Bagdad et au sultan du Kho-
rasan des esclaves, des servantes, des armes, etles têtes des Grecs etleurs che-
velures au bout des lances, et ils les promenaient par les rues sur la croupe de
leurs chevaux, en se réjouissant.
Telle fut l'issue malheureuse de l'expédition de l'empereur des Grecs*. Et
qui ne confesserait que rien n'arrive sur la terre sans le consentement d'en haut,
selon des desseins impénétrables? — Fin.
A cette époque, l'évêque Jean, d'Émèse, homme vertueux et saint vieillard, avait
depuis longtemps voulu donner sa démission de la charge pastorale, par un juste
motif de religion. Il exposait l'affaibHssement causé par la vieillesse et d'autres rai-
sons qui méritaient d'être acceptées ; mais plusieurs fois, par les instances, les exhor-
tations et l'encouragement, on l'avait contraint de ne pas abandonner le diocèse qui
lui avait été confié par Dieu, Prince des pasteurs et Seigneur du diocèse ; et ce vieillard
craignant Dieu, bien qu'à regret et en pleurant, se faisait violence à lui-même, se
laissait persuader et s'en allait. L'année suivante, il revenait avec la même intention;
et cela dura pendant dix ans. Aussi, fus-je touché [716] par ses larmes, et non seule-
ment moi, mais encore les évêques qui étaient présents; et c'est pourquoi le moine
David, du couvent de Mar Hanania, fut ordonné pour ce diocèse d Emèse, et prit le
nom de Dionysius.
t. Cf. p. 3G9. — 2. La négation, exigée par le contexte, est omise dans le ms. ^ 3. Prise parmi
jes bagages. — 4. Cf. Hist. du BasEmp., 1. XC, § xiv et suiv.
LIVRE XX. GHAP. VI 373
CHAPITRE [VI]. — De l'époque à laquelle le sultan Kilidj-Arçlan s'empara de
Mélilène; et des autres événements qui se passèrent à cette époque en divers
lieux.
Au moment même où le sultan venait de faire la paix avec l'empereur des
Grecs, il mit le siège contre Mélitène. Dans cette ville se trouvait cet émir de
la famille des Benê Tanousman, qui avait tué son frère'. Il était en mauvais
termes avec ses soldats '. La plupart des Chrétiens avaient quitté la ville, à cause
de la famine qui sévissait en tous lieux, et surtout en cette ville, et ceux qui
étaient à l'intérieur, outre [717J la famine, avaient à souffrir la prison, les coups
et toute sorte d'autres afflictions. Alors ils se souvinrent des avertissements
qui leur avaient été adressés avec sollicitude, de vive voix ou par écrit, non
seulement par ma personne pécheresse mais par beaucoup d'autres : « Pour-
quoi avez-vous tourné à gauche etavez-vous abandonné les bonnes œuvres de
vos pères? » En eux s'est accompli le blâme du prophète qui dit' : « Ils se sont
mêlés aux Gentils, et ont appris leurs œuvres ». Aussi, quand ils virent le châ-
timentqui survenait, ils curentpeur, ils se retinrent, et ils ouvrirent les oreilles
de leur cœur, comme il est écrit* : « Le châtiment du Seigneur m'a ouvert les
oreilles »; et ils commencèrent à faire pénitence, dans les larmes et une amère
douleur. C'est pourquoi le Seigneur eut pitié, et jeta la crainte dans le cœur de
l'émir. Il se dit que ses Turcs le détestaient et que bientôt, quand ils souffri-
raient de la faim, ils le tueraient et livreraient la ville. Aussi s'empressa-t-il
lui-même d'envoyer secrètement trouver le sultan; il obtint la promesse de sa
vie sauve, sortit et passa à Hesna de Ziad.
Le sultan entra et prit possession de la ville le mercredi 25 de tésrîni°''(oct.)'
de l'année 1489, et ce fut un soulagement pourtout le monde; car tout ce camp
l'avait assiégée pendant quatre mois; ils n'avaient point engagé de combat; mais
ils s'étaient bâti des maisons en briques pour passer l'hiver, et ils avaient bâti
pour le sultan de grandes maisons avec les pierres qui étaient placées au-dessus
des tombeaux. Mais le Seigneur, dans ses desseins incompréhensibles, pro-"
cura au peuple affligé un soulagement inespéré.
A cette époque, le Seigneur châtia de Le vénérable David, deux ans après
nouveau la terre par le manque de pluie, avoir été ordonné pour Emèse, quitta
à cause de notre iniquité. Les récoltes cette vie temporelle. Alors, tous les gens
se desséchèrent, et il y eut une cruelle du diocèse envoyèrent vers nous, et, sur
1. Cf. ci-dessus, p. 362. — 2. Vers. ar. : • ;âvl3 ^a^li» '«jai^ 'ow ^s l»w. — 3. Ps. cv, 35. —
4. Cf. Is., L, 5 (?) ; Job., xxxvi, 10 (?). — 5. Le 25 oct. 1177 était un mardi.
375
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
famine en Syrie, en Palestine, en Assy-
rie, en Mésopotamie, en Arménie, Le
kaila de froment se vendait un dinar,
là où on en trouvait. A Damas et dans les
environs de cette ville, [7l7] on ne trou-
vait absolument plus ni blé ni autres
céréales. Beaucoup degens étaient morts
de faim, et beaucoup s'en allèrent dans
des pays très éloignés. C'est pourquoi,
partout, les Chrétiens, et même les Mu-
sulmans, persévéraient dans les prières
et les larmes. La plupart des princes
distribuaient miséricordieusement aux
indigents ce qu'ils avaient de blé ou
d'autres céréales. C'est ainsi qu'à An-
tioche, Amaury, patriarche des Francs,
donna abondamment du blé et d'autres
céréales ; et il en fut de même par-
tout. Aussi, le Seigneur se montra mi-
séricordieux ; quand tout espoir était
perdu, au milieu du printemps, les tor-
rents (du ciel) furent ouverts et le Sei-
gneur enivra la terre. L'atmosphère se rasséréna, et aussi les cœurs des hommes; les
langues chantaient la louange' de Dieu, parce que les récoltes prospéraient ; et il y
eut une grande abondance dans tous les pays.
leurs instances, nous contraignîmes le
vieillard Mar Jean de retourner à son
ministère'.
A cette époque mourut l'évêque Atha-
nasius, qui est le moine Abou Ghaleb,
qui avait été ordonné pour Djihan. [71 7|
Il mourut dans son couvent, situé dans
le pays de Gargar, et qu'on appelle cou-
vent d'Abou Ghaleb'.
La même année Jean, évêque d'Arsa-
mosale, mourut dans le couvent de Mar
Hanania.
Ignatiusde Gargar, qui est Romanus,
(évêque) de Telia d'Arsanias, mourut
aussi, à Mélitène, dans l'église de ses
parents.
L'ordination de Mar Athanasius*, qui
est Rabban Çeliba, notre frère charnel",
eut lieu dans le couvent de Mar Hanania,
le dimanche 9 de lésrin i" (oct.) ''.
CHAPITRE [Vil]. — De Vépoque à laquelle Çalah ed-Dtn sortit d'Egypte en Pales-
tine, fut vaincu par les Francs et s'enfuit en Egypte. Des autres événements
survenus à cette époque.
Au mois de tésrin de Tannée 1489, Çalah ed-Dîn sortit d'Egypte. Il menait
avec lui 33 mille hommes vêtus de cuirasses, sans compter les fantassins, et
aussi 52 mille chameaux' pour porter les armes et les bagages. Il entra dans le
1. Lire : lû>».aaj.l..
2. Cf. ci-dessus, p. 372. — 3. Cf. ci-dessus, p. 341. — 4. Plus lard métropolitain de Jérusalem;
cf. ci-dessous, p. 394. — 5. Lire : Uj^^. — 6. 9, oct. 1177.
7. La vers, armén. porte 34.000 hommes et 52.000 chameaux. Peut-être la leçon primitive était-
elle 'a. (12) au lieu de -aj (52) ?.
LIVRE XX. CHAP. VII 375
pays de Jérusalem en grande colère; il tua de sa main le premier Franc qui
fut pris, et dans son sang [718] lava et purifia ses membres !
Aussi le Seigneur eut-il pitié des Chrétiens. Tout le monde avait perdu espoir,
car le mal de la lèpre commençait à paraître sur le jeune roi Baudoin qui s'affai-
blissait, et dès lors chacun tremblait. Mais le Dieu qui fait paraître sa force dans
les faibles', inspira au roi infirme de sortir; le reste de ses troupes se réunit
autour de lui. 11 descendit de sa monture, se prosterna sur le visage devant la
croix, et pria avec des pleurs et des expressions touchantes. Le cœur de tous
les soldats fut ému à celte vue. Ils étendirent tous la main sur la croix et jurèrent
qu'ils ne fuiraient pas à la bataille, et que, si les Turcs étaient vainqueurs,
celui qui fuirait et ne mourrait pas serait regardé comme un apostat. Quand ils
furent remontés à cheval, ils s'avancèrent et parurent (en présence) des Turcs
qui se réjouissaient, parce qu'ils étaient persuadés qu'ils allaient détruire les
Francs. Ceux-ci, en voyant les Turcs, dont les forces étaient pour ainsi dire comme
une mer, descendirent de nouveau de cheval, coupèrent leurs cheveux, se don-
nèrent mutuellement la paix et demandèrent les uns aux autres un dernier par-
don. Ensuite, ils engagèrent la bataille. Au même instant, le Seigneur souleva
une violente tempête qui enlevait la poussière du côté des Francs et la jetait sur
les Turcs. Alors les Francs comprirent que le Seigneur avait accepté leur repen-
tir; ils se réjouirent et prirent courage. Les Turcs, au contraire, tournèrent le dos
pour fuir. [719] Les Francs les poursuivirent, tuant et massacrant toute la jour-
née. Ils pillèrent et enlevèrent leurs chameaux et leur bien. Gomme les troupes des
Turcs s'étaient dispersées dans le désert, pendant cinq jours les Francs les
recherchèrent. Ils les trouvaient^ par bandes : les uns déjà morts, les autres expi-
rants. Ils tuaient ceux-ci, et ramassaient leurs armes et leurs dépouilles. Les
quelques-uns qui parvinrent avec Çalah ed-Dîn jusqu'en Egypte se vêtirent de
noir et demeurèrent dans le deuil. Cette nouvelle joyeuse fut proclamée et par-
vint à Antioche tandis que nous nous y trouvions'.
En ces jours-là, le préfet* turc qui résidait à Hesna dellarim, ayant appris que
le seigneur d'Alep ° voulait s'emparer de lui [pour le tuer, se révolta] ' et se tourna
vers les Francs. Le prince' lui jura de ne pas le chasser de cette forteresse,
mais de l'y maintenir et de le secourir. Confiant (en cette promesse) le préfet fit
sa soumission aux Francs et fut en inimitié ouverte avec les Turcs ; mais les
Francs commirent alors une grande [iniquité]' et fouJèrent aux pieds ieurs ser-
1. Cf. II Cor., xri, 9. — 2. Lire : ,-^«» (BH). — 3. Il s'agit de la bataille de Ïell-Gezer (Mont-
Gisart), 25 nov. 1177. Cf. Gesch. des Kôiiigr. Jérusalem, p. 377. — 4. riyeiitiv (Sa'd ed-Dîn Koumis-
tekin). — 5. Malik Çalil.i. — 6. Restituer une ligne omise par le copiste : uoio^ ^^•»oo • "wal^^o?
(d'après la version arabe : . ov^ jJ-'-ot • 'o*i-û^»»o 'ova3lli^a* J). — 7. Prinz ; Bohémond III d'An-
tioclie, — 8. Suppl. : Uns. (vers. ar. : l;»=s \y>^\).
376
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
ments. Ils se réunirent de Jérusalem et de tout le littoral; le comte de Tri-
poli', Roupen de Cilicie et le comte de Flant^ allèrent avec le prince et un
peuple nombreux mettre le siège contre Harim, pendant quatre mois. Ils l'atta-
quaient par tous les moyens de guerre; ils pressuraient tout le pays et la ville
par leurs exactions; beaucoup d'hommes périrent dans le combat; et après
tout cela, Dieu justement ne leur donna pas la victoire, parce qu'ils avaient trans-
gressé les serments qu'ils avaient jurés sur la croix et l'évangile, et avaient pensé
obtenir la victoire par la force humaine. Or, quand les Turcs qui étaient dans la
place lurent affaiblis, ils envoyèrent un message à Alep, reçurent les serments
du seigneur de cette ville et lui livrèrent la forteresse. Celui-ci donna au prince
20 mille dinars, et le prince s'en retourna à Antioche, le cœur brisé. Et telle fut
l'issue de cette réunion'. — Fin.
A cette époque, un peuple nombreux,
pressé par la famine, s'ébranla et sortit
de l'Arable. Lorsqu'ils parvinrent aux
rives de l'Euphrate, les émirs leur inter-
dirent le passage, pour qu'ils ne fussent
pas cause 'd'un accroissement de famine.
Ceux-ei méprisèrent la défense et pas-
sèrent. C'est pourquoi les Turcs s'assem-
blèrent contre eux et massacrèrent envi-
ron cent mille d'entre eux; et le reste
retourna pour repasser l'Euphrate.
Quand [718] leurs chameaux entrèrent
dans les eaux, avec les hommes, les
femmes et les enfants, les eaux crurent
et les entraînèrent tous. Ils périrent, et
on les retrouvait comme des épaves sur
les rives.
Au mois de 'iyar (mai) de l'année 1489,
tandis que nous étions à Antioche, la
pluie tomba abondamment, et il y eut
dans la ville une inondation qui emporta
des maisons et des bâtiments; beaucoup
de gens et de bétail furent noyés. Le
A cette époque, [par] la grâce de Dieu,
après avoir institué, à Mardîn, l'évêque
Mar Athanasius', nous partîmes pour
Antioche.
Là, Dionysius'fut ordonné pour Alep.
A cette époque, on rapporta au sultan
qui régnait à Mélitène' que les moines
de notre couvent avaient été les auxi-
liaires de l'émir qui était jadis dans cette
ville, et que, pour ce motif, il leur avait
fait remise du tribut' : et alors [718] le
sultan leur imposa de payer chaque
année un tribut de cinq cents dinars. Il
leur interdit toute relation avec l'émir,
et chassa de Mélitène et de toute la ré-
gion tous les Turcs qui avaient servi les
Benê Tanousman.
A cette époque, il y eut querelle entre
ma Bassesse et le maphrien Mar Jean, à
propos des Haççaçinites, du pays de
Tagrit. Ceux-ci s'étaient séparés de
l'Église du temps du patriarche Mar Cy-
rlacus, à cause de la formule : panem
1. Raymond III. — 2. Philippe, comte de Flandre. — 3, Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 375.
4. Lire : ^ooiKVi.3; vers. ar. : ^owi^nni.
5. Cf. p. 374. — 6. D. Mobarak, moine d'Édesse. — 7. Kilidj-Arslan ; cf. p. 373. — 8. Cf. p. 364.
LIVRE XX. CHAP. VII
377
flot arriva jusqu'aux portes de la ville,
et en telle abondance que les portes ne
suffisaient pas à l'évacuation des eaux, qui
s'accumulèrent et s'élevèrent jusqu'au-
dessus du mur. Ce fut dans la ville une
grande calamité, qui causa la terreur et
la crainte.
L'année suivante, comme nous étions
encore à Ânlioche, il y eut un hiver
aussi doux que le printemps.
Au mois d'adar (mars), le feu prit dans
la ville et consuma beaucoup de mai-
sons et de bâtiments aux alentours de la
grande église de Mar Petrus. Dieu pré-
serva les hommes, et personne ne fut
blessé.
La même année, pendant que nous
étions à Antioche, le pape de Rome en-
voya des messagers aux patriarches des
Francs d" Antioche et de Jérusalem, et
les invita à se rendre près de lui, à cause
d'une hérésie qui avait surgi là '.
Le patriarche* d'Antioche'nous adres-
sa de sa part l'évêquc de Tarse' et deux
prêtres, et nous demanda d'aller avec lui
pour cette affaire '. Nous nous informâmes
et nous apprîmes que Satan avait fait
tomber dans l'hérésie quelques hommes
de la race des Francs, qui étaient dans ce
pays, et qui brillaient par leur amour
cœlestem^ ; maintenant, ils voulurent re-
venir à nous. Quand ils vinrent me
trouver et me demandèrent de leur or-
donner un évêque, je leur répondis :
«Nous dirons au maphrien de l'ordonner,
car il est archevêque de Tagrit, et il ne
faut pas que vous soyez séparés de nos
frères qui sont là. » Mais eux, par pas-
sion humaine, regardèrent cela comme
une honte; ils demandèrent qu'il fût
ordonné par nous-même, acceptant
toutefois d'être ensuite sous la dépen-
dance du maphrien. Nous leur dîmes :
« Cependant prenez patience, jusqu'à
ce que nous nous soyons mis d'accord
avec nos frères, afin qu'il n'y ait pas de
scandale. »' Après avoir congédié les
Haççiçanites sur cette promesse', nous
écrivîmes au maphrien comme à un
frère. Mais lui, en apprenant que les
Haççiçanites étaienrt venus nous trouver,
pensa que son honneur était perdu et il
se mit h faire proclamer l'excommunica-
tion contre les Haççiçanites et contre
quiconque les recevrait, dans tous les
diocèses de sa juridiction. Quand nous
apprîmes cela, nous fûmes dans la stu-
peur et, avec longanimité, nous ren-
voyâmes [719] vers lui des moines hono-
rables, comme messagers; nous lui
1. Il s'agit de la convocation du III» concile du Latran, célébré à Rome par Alexandre III, du
5 au 19 mars 1179 (Manst, Ampliss. collectio, XXII, 215 sqq.). Les prélats de la Palestine qui s'y
rendirent partirent en sept. 1178. Cf. Gesch. des Kônigr . Jerus., p. 381. — 2. Répétition du texte
intercalé plus Iiaut ; cf p. 3't7, n. 2. — 3. Amaury. — 4. Probablement l'évêque latin, dont nous
ignorons le nom, à moins que ce ne fût déjà Ausberlus, qui occupait le siège en 1190, et qui est
qualifié « archiepiscopus Tarsensis et principalis curiae Antiochia; concellarius » (Or. Christ., t. III,
col. 1182). — 5. Ni Amaury, ni l'évêque de Tarse n'assistèrent au Concile.
6. Cf. ci-dessus, p. 5, — 7. La suite de ce chapitre comprend la répétition de la partie inter
calée plus haut (texte, p. 701, 1. 30) ; cf. p. 347, n. 2, — 8, w.ûit.
378
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
des pauvres. [7*9] Us disaient' qu'il n'est
pas possible que le pain et le vin devien-
nent la chair et le sang de Dieu ; qu'il
n'y a d'autre vertu que les aumônes et la
miséricorde envers les pauvres, la cha-
rité et l'union des hommes entre eux".
Or, ils s'associèrent nombreux, au
point d'être des milliers et des myriades ;
ils avaient des évêques, et les comtes',
seigneurs des pays, s'étaient unis à
eux. Ils firent en outre dans leur asso-
ciation quelque chose de très honteux,
car ils mirent leurs femmes en commun.
Quand cette impiété fut dévoilée, eu
vue de la faire cesser, le patriarche* de
Rome, qu'ils appellent Apostolos', ré-
solut de tenir un synode œcuménique.
Pour nous, après avoir exposé qu'il ne
nous était pas possible, pour plusieurs
motifs, d'aller dans cette contrée, nous
écrivîmes un long volume dans lequel
nous montrâmes où et quand Satan fit
surgir de semblables doctrines et par
quels Pères cette hérésie a été réfutée.
fîmes savoir charitablement combien de
labeurs et de fatigues avaient supportés
nos saints Pères Cyriacus et Dionysius,
et comment le synode de Callinice'
avait décrété qu'ils devaient être reçus
s'ils se convertissaient, tout en leur per-
mettant de réciter cette formule.
Le maphrien ne reçut pas nos envoyés,
et balbutia des paroles de rébellion.
Quand nos envoyés furent repartis, il fut
blâmé par quelques hommes prudents et
pieux. Il se repentit et vint vers nous. Je
ne me rencontrai point avec lui, mais je
déclarai que cette affaire ne pouvait être
traitée que dans un synode. Il retourna
à son diocèse et envoya de nouveau des
messagers et des instances. C'est pour-
quoi nous réunîmes un synode dans le
couvent de Mar Bar Çauma ; il y vint lui-
même, et amena avec lui ses évêques.
Nousexposâmes quelle transgression des
canons il avait commise. Il demanda par-
don et promit par écrit de se soumettre
légitimement. Nous récitâmes sur lui la
prière d'absolution, et la paix et la con-
corde furent rétablies.
CHAPITRE [VIII]. — De Vépoque à laquelle nous montâmes à Jérusalem pour
la troisième fois; et sur diverses autres choses.
Au mois de tésrin i", tous les Francs se réunirent avec le roi Baudoin sur les
rives du Jourdain, au lieu appelé le « Gué de Jacob ». [720] Ils se mirent à
bâtir une ville pour pouvoir forcer Damas'.
1. La vers, arabe supprime la fia du chapitre, en reavoyant à l'intercalatiou : ■:• lûalao U-iol l»»'.
— 2. Il s'agissait des Albigeois. — 3. |.aa-I-»aoo. — 4. Littér. : « celui de Rome ». — 5. « Li apos-
toile », daas les anciens textes français.
6. Ms. : « de Chalcédoine »; même faute plus haut (texte, p. 702, 1. 3) et dans la vers, arabe. Il
s'agit du synode relaté ci-dessus, p. 39.
7. Oct. 1178 ; 1490 des Grecs. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 382.
LIVRE XX. CHAP. VIII 379
Çalah ed-Dîn méprisa (l'entreprise), quitta l'Egypte et vintà Damas ; car l'émir
qui occupait la ville de Ba'albek, qui est Héliopotis, Ville du Soleil, s'était
révolté contre lui. 11 plaça son camp devant cette ville et la pressa par différentes
attaques. L'émir qui était à l'intérieur envoya aux Francs, à diverses reprises,
des dons et des présents, ainsi que le serment et la promesse de se soumettre
à eux, mais, n'ayant point reçu de secours et son espoir étant déçu, il fut con-
traint de se tourner vers son persécuteur. Il reçut des serments et lui livra la
ville.
Alors Çalah ed-Dîn devint plus fort, et il envahit le pays de Palestine. Les
Francs se réunirent, et il s'enfuit devant eux jusqu'à Damas. Les Francs pillèrent
le pays et s'en retournèrent à une journée de marche. Lorsqu'ils campèrent, il
fondit sur eux à l'improviste et leur enleva cent hommes valeureux avec le chef
des Frères', c'est-à-dire le « Maïster dé Phrer ». Les Chrétiens en furent fort
affligés.
Çalah ed-Dîn se fortifia et revint promptement contre cette place que les
Francs avaient nouvellement bâtie, et il l'emporta d'assaut. Il y avait à l'inté-
rieur environ cinq cents Frères ; voyant que la place était prise, les uns se
précipitèrent eux-mêmes dans le feu et se firent brûler pour ne pas tomber
entre les mains des Taiyayê, d'autres se jetèrent dans le Jourdain et se noyèrent,
d'autres se laissèrent tomber du mur sur les rochers et périrent. Tous ceux
qui tombèrent entre les mains des faiyayê furent tués par le glaive ^ — Fin.
Au mois de tésrin i'"' de Tan 1490, nous partîmes d'Antioche, et nous rencontrâmes
à 'Akko le jeune roi Baudoin; quand il vit le diplôme de son père', que nous avions
avec nous, [720] il se réjouit, nous honora et nous donna aussi un diplôme et des
promesses.
Nous parvînmes ensuite à Jérusalem. Là, nous reçûmes d'Egypte des messagers
qui avaient été envoyés par le patriarche d'Alexandrie, Mar Marcus. Il nous faisait
connaître le schisme qui avait eu lieu à cette époque parmi nos frères d'Egypte,
Un homme aveugle, qui s'appelait aussi Marcus, et qui est surnommé Bar Qonbar,
était instruit et d'une étonnante facilité de parole. Il s'enfla de vanité, parce qu'on
lui prodiguait des éloges; 11 se crut quelque chose de grand, et se mit à enseigner des
doctrines erronnées; et, par l'apparence de la sainteté, il entraînait ceux qui l'écou-
taient, selon la parole du divin apôtre, qui dit ' : « De même que Satan osa imiter l'ange
de lumière, ainsi ses ministres imitent parfois les ministres de sainteté ». Il se mit à
prêcher sur la confession des péchés. Et comme cette pratique était tombée en désué-
1. Lire : t^U. Odon de Saint-Amand. Cf. Gesch, des Kônigr. Jerus,, p. 385. — 2. 30 août
1179 ; cf. op. cit., p. 387. — 3. «-wa=U. — 4. II Cor., xi, 14.
380 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
tude depuis longtemps chez les Egyptiens, par suite d'une certaine négligence, comme
aussiautrefois chez nous, le patriarche le lui défendait. Cethomme, qui avait trouvé des
adhérents, se révolta contre le patriarche. Il disait, d'après ce qu'il nous annonçait,
que de même que nous prescrivions aux fidèles de confesser les péchés, comme l'or-
donnent les canons apostoliques, ainsi faisait-il.
Quand les envoyés du patriarche arrivèrent, après que nous eûmes lu ses lettres,
les envoyés de Bar Qonbar vinrent à leur tour, et par sa [lettre]' nous reconnûmes que
la fausseté était mélangée dans sa doctrine, comme l'absinthe dans le miel. 11 s'était
laissé entraîner, en effet, et était tombé parmi les impurs Messaliens et dans l'opinion
de Lampetius « que quiconque confessait ses péchés était dans un corps en quelque
sorte incorporel et arrivait à l'impassibilité ; qu'il devenait comme le corps du Christ
et participait alors au corps et au sang du Christ ». Par cette opinion, son discours
l'amenait à compter dans le Christ des natures, des volontés, des opérations. Quand
nous respirâmes cette odeur fétide de la lettre de Bar Qonbar, nous lui [écrivîmes] ^
une longue réfutation, et nous refrénâmes son impétuosité par les exemples (tirés)
des Ecritures; nous montrâmes que si la confession des péchés est louable, ce n'est
pas cependant dans le sens de son impiété. Nous écrivîmes aussi un autre long volume
aux évoques et à tout le peuple, et nous excommuniâmes justement Bar Qonbar,
comme l'avait excommunié Mar Marcus. Au patriarche^ nous écrivîmes qu'il ne con-
venait pas de mépriser la confession à cause de l'erreur de Bar Qonbar. Après cela,
Bar Qonbar s'attacha aux Grecs chalcédoniens, et à la fin il fut en proie à de nom -
breux maux '.
[Fin du Livre vingtième] '
1. Suppl. : w^k:^!^ ; vers. ar. : .Um^ •oilSi.p»» ^. — 2. Suppl. ^J=^^. — .3. Cf. Renaudot,
Hist. patr, Alexandr., p. 550-553.
4, Notre ms, ne porte ici aucuu? clausule. La version arabe porte : vjlo^ oîs,loi<&. mtoi loiû^l
+ tl-U-jl ovjUo^ ^i«o looîas a Ce livre est achevé dans un cycle de cinq ans, en huit chapitres ».
LIVRE XXI
Nous COMMENÇONS CE ViNGT-ET-UNIÈME LiVRE A l' ANNÉE 1491 DES GRECS, 1161 DE
LA NAISSANCE DANS LA CHAIR DE NoTRE-SeIGNEUR, 558 DE l'eMPIRE DES TaIYATÊ,
119 DES Turcs, et 6660 depuis Adam, c'est-a-dire depuis le commencement du
MONDE.
CHAPITRE PREMIER — De Vépoque a laquelle mourut Manuel, empereur des
Grecs. A celte époque Bar Wahboun osa tenter de ruiner les lois [ecclésias-
tiques), et tomba comme la foudre du ciel.
[721] En l'an 1491, Manuel, (empereur) des Grecs tomba malade. Sentant
qu'il allait mourir ', il se fit moine, proclama empereur et couronna son fils
Alexis, enfant de 12 ans. Il fit la mère* de celui-ci religieuse et lui confia le tré-
sor de l'empire; il établit douze notables pour conduire les troupes.
Manuel régna 37 ans, et s'illustra beaucoup.
Après sa mort, il y eut une grande corruption dans leur empire, parce que
la mère de l'enfant qui régnait tomba dans l'adultère avec un de ces douze
notables'. C'est pourquoi, les onze autres voulurent la priver de l'empire, ainsi
que son fils, établir la fille' que Manuel avait eue de sa première femme et
proclamer empereur son mari. Mais ils ne purent mener à bonne fin cette
entreprise. Leur complot fut découvert; ils prirent peur et s'enfuirent dans la
grande église. 11 y eut un combat et une effusion de sang dans la capitale pen-
dant sept jours; puis ils dressèrent des rr.achines de siège contre Sainte-
Sophie °. Alors, on s'interposa entre eux. Leur patriarche, Theodosius, se porta
garant à ceux qui s'étaient réfugiés et fortifiés dans l'église : ils sortirent et
se rendirent au palais. Mais alors ils foulèrent aux pieds leurs serments et les
garanties de leur patriarche; ils mirent la main sur ces onze malheureux
notables et leur crevèrent les yeux, puis ils tuèrent ceux qui s'étaient attachés
à eux'. Alors le massacre redoubla, et leur patriarche mit l'interdit sur toute
1. Manuel mourut le 24 sept. 1)80. Cf. Hist. du Sas-Emp., XC, § xxxvn. — 2. Marie; cf. op. cit.,
XCI, § II. — 3. Le protosébaste Alexis, neveu de Manuel, — 4. Marie, femme du César Jean. —
5. BH : l..3ûai> ^^, — 6. L'auteur parle un peu confusément de ces événements et sans doute par
ouï-dire; il est intéressant de voir comment les faits étaient colportés et déjà défigurés par les
récits contemporains. Comp, Hist. du Bas-Emp., XCI, § vi et suiv.
382
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
la ville : le son des cloches et la prière cessèrent dans les églises et les monas-
tères, depuis le commencement de sébat (févr.), jusqu'au mois de tésrin (oct.) ;
leurs morts mêmes n'étaient pas ensevelis (avec un office funèbre), et le
patriarche se retira de la ville dans un couvent de l'extérieur.
[721] En l'an 1491, le sultan Kllidj-
Arçlan envoya une armée contre Ra'ban.
L'émir qui se trouvait dans cette ville,
et qui dépendait des états dé Çalah ed-
Dîn l'égyptien, alla chercher une armée
à Damas. Quand les Cappadociens virent
ceux-ci, [ils prirent la fuite sans avoir
combattu]'. Bien que les deux partis
fussent des Turcs, cependant, comme
ceux de Berrhoë étaient plus habitués
à combattre avec les Francs, les Cappa-
dociens eurent peur et prirent la fuite
en présence des autres.
En cette année, Josué, le scribe,
(originaire) du Tour 'Abdîn, fut ordonné
pour Hesna de Ziad. Dès le début, il se
montra transgresseur des canons; il
abandonna le siège pour lequel il avait
été ordonné afin de prendre le Tour
'Abdîn.
Pour cela, il se présenta au préfet'
Sa'îd ed-Dîn, et celui-ci nous écrivit
qu'il allait transférer Isaacus, l'évêque
du Tour 'Abdîn, qui est Iwannis, pour
le faire passer à Hesna de Ziad et donner
le four 'Abdîn à Josué le scribe. Je ré-
pondis au prince qu'il n'était pas dans
notre loi que l'autorité du prince pût
transférer un évêque d'un lieu à un
[721] En cette année 1491, nous
vînmes d'Antioche au couvent de Mar
Bar Çauma. Quand nous eûmes jeté les
fondements pour la construction d'un
temple dans ce couvent, la jalousie de
Satan se dressa pour l'empêcher.
Elle trouva comme instrument Theo-
dorus bar Wahboun ^ Celui-ci commença
alors sa rébellion, et pendant treize ans
remua toute pierre à propos de cette
affaire, c'est-à-dire de cette révolte. Il
est nécessaire que nous écrivions un peu
plus longuement (à ce sujet)'.
Si, dans tous les faits que nous avons
compilés dans ce livre, nous avons ap-
porté la plus grande diligence et vigi-
lance, comme nous le devions, pour
écrire la vérité et ne jamais mêler avec
l'exactitude quelque chose d'inexact;
maintenant surtout, en présence de Dieu
qui scrute les cœurs, nous allons écrire
sans nous écarter aucunement de l'exac-
titude. Dieu nous est témoin, et avec lui
plusieurs de nos frères les évêques, des
prêtres, des moines et des laïcs, que
tout ce qui va être écrit maintenant,
sans passion, est vrai. Certes, cène sont
pas toutes les mauvaises actions de ceux
qui ont pratiqué les rébellions [722] que
1. Le copiste a omis une ligne. Vers. ar. : .!-=(- t».^ laajw ot-co^lao ^wl lo;^ l»^o. —
2. 7|ye[Atov.
3. Il était le disciple du patriarche (cf. ci-dessus, p. 335), et aussi son filleul (Bar Hebr., Chr.
eccl., I, 577). — 4. Les faits rapportés dans la suite de ce récit s'étendent sur l'espace de ces
treize années. Le début toutefois paraît faire allusion à des choses antérieures.
LIVBE XXI. GHAP. I 383
autre, et qu'il ne m'était pas possible à nous écrivons maintenant dans ce récit;
moi-même de faire cela. Et Josué fut mais seulement la partie qu'il est néces-
déposé. — Fin. saire d'écrire pour montrer comment
cette entreprise diabolique commença
et prit fin.
Ceux qui s'associèrent a cette époque dans une association diabolique, pour diviser
l'Église de Dieu, étaient au nombre de cinq. Siméon, évêque d'Arzoun, avait le désir
de passer à Maipherqat, et comme nous ne consentîmes pas à son ambition illégitime,
il fut rempli de haine et de colère contre moi. Josué, le scribe, qui avait été ordonné
pour Hesna de Ziad, et qui recourut à l'autorité du prince pour passer dans le Tour
'Abdîn, fut légitimement déposé; il se joignit en secret à Siméon, et tous les deux
se rendirent à Amid^ auprès d'Abraham qui avait été institué évêque de cet endroit,
mais qui avait été excommunié à cause de ses fautes. Tous les trois séduisirent le
malheureux évêque de Sibabérek; comme celui-ci avait foulé aux pieds les canons et
avait reçu des présents pour l'ordination qu'il conférait, il était aussi excommunié.
Ils s'allièrent tous les quatre et oublièrent les promesses et les anathèmesque chacun
d'eux avait écrits de sa main (déclarant) « que le jour où il oserait s'élever contre nous,
il deviendrait étranger à lépiscopat et n'aurait plus le pouvoir de faire l'ordination ;
que s'il osait la faire, elle serait privée de la vertu de l'Esprit-Saint ». Ils foulèrent aux
pieds toutes ces promesses, parce que Dieu les avait abandonnés à la vanité de leur
intelligence'. Ils rencontrèrent le vase de colère, le démon incarné, le chef de la
troupe, le nouveau Bélial, qui fut reconnu par plusieurs dès son origine, dans
lequel était cachée une légion de démons '.
Après avoir été chassé de Mélitène, d'où il était, il se dévoila de nouveau àEdesse,
et en fut expulsé; il se manifesta ensuite à Jérusalem et dut prendre la fuite. Il en
fut de même partout où il alla. Après diverses choses, il vint près de ma Bassesse ; et,
en vérité, j'étais tombé moi-même dans un grand abandon (de Dieu), puisque je pensai
que je pourrais le corriger et qu'il persévérerait. Gomme il était instruit et versé
dans les Écritures, je pensais beaucoup de bien de lui, ainsi que Dieu, qui scrute les
cœurs, le sait, et plusieurs (le savent aussi). Pendant sept ans, je l'appelai dans ma cel-
lule, et je l'avertis: je subis et je supportai ses fautes; si bien que les ruses et les
machinations qu'il faisait dépassèrent la mesure. Comme Absalom, il restait à la porte
de ma cellule', et il attirait à lui pour le remplir de colère quiconque était mécontent
pour un motif quelconque. C'est de cette manière qu'il gagna ces quatre (évêques), et
il leur promit, s'ils le faisaient patriarche, de leur donner à chacun deux diocèses.
C'est pourquoi, non-seulement moi, mais beaucoup de personnes étaient scandalisées
par ses actions, œuvres sataniques et entreprises diaboliques; et je le chassai de ma
résidence.
1. Rom., I, 28. ^ 2. Allusion au texte évangélique, Marc, v, 9. — 3. Cf. Il Reg., xv, 2 et suiv.
384 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Agissant à son instigation, ces misérables allèrent trouver le prince d'Amid et lui
promirent de l'or, s'il les aidait à établir un patriarche qui résiderait dans sa ville,
qui recueillerait de toute part et lui donnerait tant et tant. Or, cet homme était
disposé, pour de l'or, à démolir non seulement les règles et les lois des églises
chrétiennes, mais même celles des Musulmans ! II leur donna donc un libelle d'élection'
pour Bar Wahboun, de la part d'Abou '1-Qàsim ibn Nisaa', ou plutôt de la part du
diable. Abraham d'Amid, ayant reçu le libelle, quitta l'habit monastique, revêtit le
vêtement des Turcs et chevaucha sur un cheval, comme un soldat, afin de ne pas être
reconnu : ce qui d'ailleurs était un symbole exact de leur dépouillement'. Il alla cher-
cher Bar Wahboun. Mais en ces jours-là, le Seigneur dans sa colère frappa le prince
d'Amid, qui mourut subitement. Ceux-ci qui lui avaient donné de l'or et qui avaient
perdu tout espoir dans le Seigneur, allèrent trouver le fils* de celui qui était mort,
lui donnèrent de nouveau de l'or et lui montrèrent l'écrit de son père. Il leur permit
de faire comme ils voulaient. Alors cette nouvelle se répandit h Amid, et tout le peuple
de la ville et de la région fut pris de zèle; les prêtres et les moines s'assemblèrent
avec toute la population ; ils vociféraient contre le prince en disant : « Nous ne laisse-
rons pas détruire notre foi ». Le prince dit au peuple : « Si votre patriarche vient
chez nous, nous chasserons celui-ci ». Les fidèles en firent la promesse et dirent :
« Nous amènerons le patriarche ». Alors il défendit à ces (évêques) d'ordonner celui-
ci « avant de savoir si j'irais ou non ». Des prêtres d'Amid, des moines et des fidèles
notables étant venus, je partis avec eux du couvent de Mar Bar Çauma.
Les misérables ajoutèrent à leur impiété. Ils allèrent à l'église et en fermèrent les
portes; et pendant la nuit, ils ordonnèrent l'impie Theodorus comme patriarche. Au
matin, ils changèrent de vêtements, couvrirent* leurs têtes du bonnet^, sortirent à la
porte de la ville, et se dirigèrent vers Mossoul, près du maphrien.
Quand j'appris qu'il en était ainsi, je compris en moi-même [723] qu'à cause de
mes péchés, j'avais justement été abandonné de Dieu, et je fus affligé de ce que
l'Eglise de Dieu était plongée dans cette désolation, telle qu'il n'y en a point eu de
semblable depuis le commencement du monde. Je pris la résolution absolue de
me démettre de ce saint office dont je n'étais pas digne. Lorsque je la fis connaître à
ceux qui étaient assemblés, ils me disaient avec larmes : « Si cela arrive, Dieu te
demandera compte du sang de tout ce peuple dont la foi aura péri ! » Et en vérité,
mon cœur trembla, et mes reins frémirent, et j'étais poussé des deux côtés. Je me
fis violence à moi-même, je fis violence à ma volonté, et me promis à moi-même de
faire cela quand le synode serait assemblé. J'allai avec eux à Amid.
1. G.-à-d. la permission d'élire. — 2. Cf. ci-dessus, p, 377, n. 6. Quoique la phrase soit un peu
obscure, c'est bien Abou'l-Qâsim qui délivre lui-même l'édit. — 3. De leur dégradation. — 4. Le
successeur de Djemal ed-Dîn fut Beha ed-Dîn Mas'oud, celui-là même qui fut dépossédé par
Saladin ; cf. ci-dessous, p. 389. — 5. Lire : o»a-. — 6. Ar. : îuj.
LIVRE XXI. CHAP. I 385
Le prince fut heureusement calmé ; il se réjouit, il donna l'assurance du pardon
pour tout le peuple de la ville et du pays : et ce fut pour eux une grande consolation.
Les évêques, les prêtres, les moines et les fidèles se réunirent promptement et
vinrent de tous lieux. Nous allâmes alors au couvent de Mar Ilanania.
Les misérables cependant allèrent à Mossoul, avec la confiance que le maphrien
leur donnerait son adhésion, à cause du dissentiment que nous avions eu avec lui
auparavant'. Quand ils virent que le maphrien ne les accueillait pas, mais venait au
contraire vers nous avec tous les évêques de sa juridiction, et que tout le peuple de
l'Orient se moquait d'eux, ils passaient d'un endroit à un autre, comme des men-
diants*.
Lorsqu'ils parurent dans la ville de Dara, les notables des fidèles s'emparèrent
d'eux et nous en informèrent dans le couvent de Hanania. Aussitôt le maphrien partit
avec quelques évêques et des moines, et ils les ramenèrent enchaînés. Alors, dans le
synode assemblé, ils confessèrent leurs fautes et ils anathémntisèrent par écrit leur
entreprise diabolique. Ensuite nous partîmes tous pour aller au couvent de Mar Bar
Çauma, afin d'y tenir une assemblée générale dans un synode universel qui devait défi-
nir'' ce qui plairait à tous, ou pour mieux dire à l'Esprit-Saint. Mais, pendant la
route, Satan était entré de nouveau en Theodorus. De nouveau il renia la foi et foula
aux pieds les serments et les anathèmes qu'il avait écrits contre lui-même de ses
propres mains. De nouveau il usa de ruse, selon ses habitudes; il promit de l'or à des
hommes iniques; ceux-ci amenèrent des Curdes*, et pendant la nuit ils vinrent à l'en-
droit où ils résidaient ; ils se joignit à eux et ils l'emmenèrent pour le cacher, jusqu'à
ce que nous soyons partis. Quand cela fut connu des évêques et du maphrien, ils
s'emportèrent contre moi en disant : « Pourquoi ne nous as-tu pas laissés l'enchaî-
ner? » Chacun sortit d'un côté ; ils le trouvèrent caché, et il fut pris de nouveau.
Quand nous parvînmes au couvent de Mar Bar Çauma, les autres évêques s'assem-
blèrent et de nombreux [fidèlesj" avec eux. Tous, comme d'une seule bouche, décrétèrent
qu'il serait dégradé ^ Après que cela eut eu lieu, et quand les autres affaires furent ter-
minées, chacun des évêques retourna à son diocèse, emportant la lettre synodale qui pu-
bliait la déposition prononcée par l'autorité de Dieu et de toute l'Eglise contre l'impie
BarWahboun. Celui-ci demeura près de nous dans le couvent; il montra du repentir
et demanda l'absolution. Pour moi, conformément au précepte évangélique, je l'ac-
1. Cf. ci-dessus, p. 376. — 2. Vers. ar. : lô^ûo* lojl j3. — 3. l»«^». — 4. Uï»û3 ; vers. ar. : »lp.
— 5. Vers, ar, : («M U^* JOotv^o. — 6. Littér. « dépouillé ». Barhébr. [Chr. eccl.^ I, 532) ajoute au
sujet de celte dégradation : «'Fertur eum terapore sacrificii habitu proprio exutum, veste sseculari
vestitam fuisse, ejusque capili cucullum rubrum impositum ; deinde cum illum statuissent ad lalus
altaris, omues processisse et in faciem ejus cxspuisse, et porro mysteria percepisse. Hune quidem
depositionis modum beatus Mar Miohael non commemoravit, sed nos e pluribus senibus fide dignis
haec ita contigisse audivimus : quse, si vera sunt, haud sane décent. »
III 49
386 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
cueillis de nouveau, et je le revêtis de l'habit monastique, persuadé de sa conver-
sion ; je lui donnai le néqessaire pour sa subsistance corporelle et une cellule pour
habiter, et je lui dis que s'il persévérait dans la pénitence, et ne se montrait plus
menteur et astucieux, quand le synode qui l'avait déposé se réunirait, il serait absous
dans la manière que prescrivent les canons. Et sur cette promesse je le laissai dans
le couvent de Mar Bar Çauma, et je revins au couvent de Mar Hanania.
Alors, encore une fois, selon son habitude, il renia ses promesses. Il sortit trou-
ver un homme semblable à lui, et fit un complot, pendant la nuit, il fabriqua des
cordes, descendit par le mur du couvent et s'enfuit à Damas. Là, ils rédigèrent un
écrit en arabe, et se firent présenter à Çalah ed-Dîn, roi d'Egypte. Il promit à celui-
ci de lui donner de l'or, s'il voulait lui accorder un édit prescrivant qu'il soit accepté
comme patriarche par tous ses états. A mon sujet, il écrivit aussi calomnieusement
des choses dignes de mort. Quand son écrit fut lu devant le roi, celui-ci s'informa
d'où il était. Il se trouva là quelques fidèles qui étaient scribes dans la chancellerie
du roi : ceux-ci lui ayant fait connaître son histoire, le roi chassa l'impie Bar
Wahboun et ne l'accueillit pas.
Alors, il s'en alla de là jusqu'à Jérusalem, et excita du trouble dans tout l'empire
des Francs contre le reste de nos frères qui s'y trouvaient, et surtout contre Mar
Athanasius ', métropolitain de Jérusalem. Il dit au patriarche des Francs de cet endroit
qu'il lui donnerait mille dinars, s'il lui concédait le couvent de Marie-Magdeleine que
nous possédions à Jérusalem. Il en résulta des labeurs et des vexations pour nous et
pour toute l'Eglise, par le fait des messagers que nous devions envoyer là de notre
part. Ce trouble se prolongea dans cette Eglise [jusqu'à]^ la prise de Jérusalem par
les Arabes.
[724] Cet impie abandonna ensuite ce pays et se dirigea vers la région orientale,
parce qu'il avait appris le décès du maphrien Mar Jean^. Là, il sema son ivraie, à
Mossoul et à Mardin ; il promettait à chacun des émirs turcs de lui donner de l'or.
Dans chaque diocèse, à cause de lui, se présentait l'occasion pour les princes d'im-
poser des sommes considérables. Nous fûmes, avec tous nos frères de la contrée
orientale, dans une grande affliction*, jusqu'au moment où il s'enfuit de là, comme
jadis de la Palestine. Ses actions honteuses furent dévoilées, et pour cela, 11 s'enfuit
de là et vint à Qala' Romaita près du catholicos des Arméniens.
Selon sa mauvaise et criminelle habitude, il avait coutume, quelle que fût la nation
chez laquelle il allait, de promettre que, si on l'aidait, quand il serait devenu
patriarche, il entraînerait tout le peuple à se soumettre à eux. Il avait agi ainsi
à l'égard du patriarche des Francs de Jérusalem, et, par cet espoir trompeur, il avait
1. Installé ea oct. 1184 ; cf. ci-dessous, p. 394. — 2. Suppl : ]m,\ (BH et vers, ar.) — 3. Mort
au mois d'août 1188; cf. Bar Hebr., Chron. eccl., II, 378 ; ci-dessous, p. 402, 406. — 4. «yiov.
LIVRE XXI. CHAP. I 387
séduit cet homme qui devint son soutien jusqu'à ce qu'il pérît. 11 agit de la même
manière à l'égard du catholicos des Arméniens, qui le crut sincèrement et lutta de tout
son pouvoir contre ma Bassesse, de toute manière: il remua toute pierre, il employa
quantité d'or et fît de grandes dépenses pour les présents qu'il envoyait aux émirs
turcs de la Syrie e( de la Mésopotamie, en s'efforçant de faire déposer ma Bassesse
et de faire établir Bar Wahboun patriarche pour le pauvre reste des Jacobites, afin
qu'ils passassent sous la juridiction du catholicos, comme il le lui avait promis. Il fit
beaucoup d'efforts pour arriver à cela dans l'empire des Turcs : mais Dieu ne le lui
permit pas.
Alors le catholicos partit de Qala' Romaita, et Bar Wahboun avec lui. Ils s'en
allèrent en Cilicie, près de Léon l'Arménien, prince de cette contrée. Là, il fit en sorte
que le prince ordonnât de proclamer Bar Wahboun comme patriarche dans son pays,
et le prince lui donna un édil, et le catholicos aussi. Il partit et se mit à circuler dans
le pays. Il prenait les biens de tout moine, prêtre ou évêque qui n'acceptait pas de le
proclamer, et il le chassait de son église. Le temps me fait défaut pour raconter
combien de tourments, qui ne sont pas moindres que les supplices infligés jadis par
les païens aux chrétiens, il fit subir aux pontifes, aux prêtres, aux moines qui se
trouvaient dans cette contrée.
Pour moi, pécheur, ayant rassemblé de nouveau un synode général, je les priai
de m'enlever cet office, puisque, à cause de mes péchés, le Seigneur avait permis que
cet impie souffletât l'Église de Dieu. Mais les évêques n'y consentirent pas, et ils
dirent: « Nous irons combattre dans une discussion orale ce catholicos inique, et
nous nous présenterons au prince Léon ». Quand je vis qu'ils ne me permettaient
point de me démettre de cet office, je leur dis : « Alors, mes frères, ne nous confions
pas en notre propre force, et n'ayons pas non plus recours aux princes; car il est
écrit' : Maudit celui qui met sa confiance en un homme, et fait de son semblable son
appui. Mais ayons recours à Dieu et à son saint Mar Bar Çauma, et que le bon plaisir
de Dieu s'accomplisse en nous ». Ceci plut à toute l'assemblée. Nous nous mîmes à
prier et à supplier dans les larmes, la douleur, la pénitence et les gémissements, et
avec nous toute la foule qui se trouvait réunie pour la fête de saint Mar Bar Çauma.
Lorsque la main droite du saint fut portée en procession, nous nous mîmes tous à
crier en pleurant, disant : « Seigneur Jésus-Christ, par la prière de Mar Bar Çauma,
aie pitié de ton Eglise I Montre ta puissance contre quiconque est pour elle une cause
de perturbation*. Si nous le sommes nous-mêmes, fais-nous disparaître; si ce sont
d'autres, qu'il en soit de même ! » Ensuite, le jour même oii la rogation fut accom-
plie dans le couvent de Mar Bar Çauma, le catholicos des Arméniens tomba de sa
monture, en Cilicie ; il se brisa un doigt du pied : on lui amputa le pied et il se tuméfia.
i. Jer., xvit, 5. — 2. Lire : U-èii.^,.
388 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Peu de jours après, étant sur le point d'expirer, il confessa sa faute et mourut'. Après
lui, chacun des douze évèques arméniens qui avaient donné leur adhésion à Bar
Wahboun fut frappé d'un châtiment quelconque et mourut. Sept moines syriens qui
s'étaient attachés à Bar Wahboun furent brûlés par la foudre en ces jours-là ; et après
tous ceux-ci, au bout de quarante jours, Theodoros Bar Wahboun fut lui-même
frappé par la colère de Dieu et mourut. Tous ces événements inspirèrent une grande
terreur à tout le monde et surtout au peuple de ce pays ; de sorte que le prince Léon
lui-même fut pris de crainte et adressa des lettres, des messagers et des présents à
notre seigneur Mar Bar Çauma et à ma Bassesse. Une grande paix régna dans
l'Église de Dieu, en tous lieux.
[723] Pour moi, mes frères, je n'ai pas écrit ces choses parce que j'ai la sotte
confiance qu'elles ont été amenées par ma sainteté ; à Dieu ne plaise! Je confesse que
le fléau de la colère a pu me frapper à cause de mes péchés pendant treize ans, et
que Dieu a procuré le salut au nom de Mar Bar Çauma, à cause de son amour pour
son Eglise et pour le reste de son peuple orthodoxe. A lui la gloire pour l'éternité!
Amen.
CHAPITRE [II]. — De l'époque à laquelle moururent subitement les émirs turcs,
princes de Mésopotamie. A cette époque le sultan vint à Mélitène et y convo-
qua ma Bassesse : et je Vy rencontrai; à cette époque aussi arriva un déplo-
rable accident., c'est à-dire l'incendie du couvent de Mar Bar Çauma.
En l'an 1492, il y eut une querelle entre le sultan Kilidj-Arslan ^ et son
gendre Nour ed-Dîn, parce que celui-ci répudia et chassa la fille du sultan, par
l'amour diabolique d'une prostituée. Çalah ed-Dîn d'Egypte s'avança pour
venir attaquer le sultan et secourir Nour ed Dîn'. C'est pourquoi, sur l'ordre
du sultan, on détruisit le mur de Kaisoum et ses habitants furent emmenés en
captivité. Nour ed-Dîn alla se joindre à Çalah ed-Dîn' près du fleuve Sanga, et la
dévastation de ces pays était sur le point de s'accomplir, si le Seigneur n'avait
eu pitié, par l'intermédiaire d'un homme prudent, Hassan, qui fut envoyé par
le sultan près de Çalah ed-Dîn, procura la paix et fit cesser la guerre'. Le sul-
tan revint à Mélitène, et restaura les deux murs de cette ville ; et Çalah ed-
Dîn retourna en Egypte.
La même année, le prince d'Antioche abandonna la femme grecque^ qu'il
1. Cf. ci-dessous, p. 410-411.
2. Ms. : Kilidj-Rouman, et de même dans la vers, arabe. — 3. Seigneur de Hesa-Kèpha. —
4. Comp. Hist. ar. des Crois., I, 641-644; IV, 211. — 5. Le texte est altéré; lire : ^^=o, au lieu
de "^^é^ ; vers. ar. : o;»^ "^^o >»i>.S>, il.o. — 6. Tlieodora, nièce de Manuel.
LIVRE XXI. CHAP. II 389
avait prise comme épouse légitime à Gonstantinople du temps de l'empereur
Manuel, et s'attacha à une prostituée'. Il méprisa les censures portées contre
lui par le patriarche de Rome. Leur patriarche d'Antioche l'excommunia aussi,
de même que le prêtre qui avait béni son union avec cette prostituée. Il interdit
toute la ville à cause de lui : le son des cloches etToblation cessèrent, les morts
même n'étaient pas enterrés (religieusement). Cependant le prince ajouta à ses
transgressions : il pilla les églises et les monastères. Au bout [726] d'un cer-
tain temps les comtes et beaucoup d'hommes nobles s'assemblèrent avec le
patriarche de Jérusalem, et ils purent difficilement trouver un moyen de conci-
liation ; le prince rendit tout ce qu'il avait volé; on lui laissa cette femme, et
ils firent la paix*.
La même année, l'émir qui régnait à Harran et à Édesse se révolta contre
celui de Mossoul ; il se tourna vers Çalali ed-Dîn, et, par son intermédiaire,
Çalah ed-Dîn régna sur la Mésopotamie et Nour ed-Dîn s'unit à lui \
Le seigneur de Mossoul, celui de Mardin, celui d'Amid et celui d'Arménie*
se réunirent pour s'opposer à l'Égyptien. Mais, sans avoir livré bataille, ils
tremblèrent devant lui et se dispersèrent. Le roi d'Egypte marcha donc sur Mos-
soul et mit le siège contre cette ville; mais, soit à cause des pluies qui furent
très abondantes, soit pour quelque autre motif, il abandonna Mossoul et revint''.
Le seigneur de Mardin et celui de Sigar, se soumirent au sultan égyptien. C'est
pourquoi il mit le siège contre Amid; il avait promis à Nour ed-Dîn de la
prendre pour celui-ci. Le dimanche des Hosanna il en commença l'attaque,
et comme il en poursuivit vigoureusement le siège, en peu de jours il perça
le mur ^ Alors le malheureux Ibn Nisan' la lui livra et la quitta misérablement.
Nour ed-Dîn, seigneur de Hesna de Kôpha, commença à y régner en l'an 1493^
La môme année' mourut Qotb ed-Dîn, seigneur de Mardin, en l'an 1495'".
Son oncle maternel, (le) Sah-Armen", vint y établir le jeune fils de Qotb ed-Dîn *^
En cette année 1493, mourut Çalih, seigneur d'Alep, et il donnait cette ville
au seigneur de Mossoul, qui est 'Izz ed-Dîn, lequel avait succédé à son frère
Saif ed-Dîn, et celui-ci la donna [727] à son frère", en échange Sigaf, afin de
de l'éloigner de son voisinage.
1. Sibylla, — 2. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 392, 393; pour les détails, Gutll. de Tyb,
XXII, VI, vil. — 3. Cf. Ilist. ar. des Crois., I, 655; IV, 227. — 4. Le Sah-Armen, seigneur de
Khélat. — 5. Cf. op. cit., I, 656. — 6. Cf. op. cit., I, 51, 657. — 7. Behâ ed-Dîn Mas'oud. —
8. La vers. ar. reproduit exactement les dates de notre ms, dans cet alinéa et les deux suivants.
Barhébr. porte ici 1494, date qui est d'accord avec les chroniqueurs arabes. Cf. op. cit., I, 52. —
9. Sic ms. et vers, ar. — 10. Le 9 sept, 1184, d'après les chron, ar. ; cl. Bist. ar, des Crois,, IV,
256; I, 54, — 11. Sokman II Nasir ed-Din. — 12. Hossam ed-Dîn Youlouk-Arslan. Cf. p. 396. —
— 13. 'Imad ed-Dîn Zangui. — 14. Cf. Hist. ar, des Crois., IV, 213.
390 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
En l'année 1494, commença à régner sur les Grecs Andronicus, qui avait été
chassé par Manuel. A cette époque, comme la sédition ' régnait (à Constanti-
nople), il put y rentrer par astuce '.
Au commencement, il parut se soumettre au jeune empereur; ensuite il fit
noyer dans la mer la femme de Manuel, sa fille et le mari de celle-ci; il fit périr
le jeune Alexis', et il massacra et fit brûler plus d'un millier de notables; il fit
crever les yeux à beaucoup d'autres et s'empara de leurs biens*. Ce vieillard
impudique prit pour épouse la femme du jeune Alexis'; il commit des méfaits
innombrables et chassa les Francs de la ville, parce qu'ils soutenaient le
jeune Alexis, attendu qu'il était fils d'une franque". Quand ceux-ci furent chas-
sés de leurs maisons, en partant ils mirent le feu à 14 mille habitations ou
villages dans les pays des Grecs; ils descendirent' à Rome, et les troupes des
Francs vinrent avec eux.
Le roi de Sicile ' vint aussi dans V empire des Grecs : ils détruisirent beau-
coup de villes et de villages"; ils les détruisirent complètement, les rasèrent,
les incendièrent, les rendirent déserts.
En l'an 1492, le sultan Kilidj-Arslan [vint] '" à Mélitène, et s'informa de ma Bassesse.
M m'envoya une lettre d'amitié, un bâton pastoral, et vingt dinars rouges : ce fut un
étonnement pour tout le monde.
L'année suivante, le sultan vint de nouveau, et avant d'entrer à Mélitène, il enten-
dit parler de la révolte excitée par Theodorus bar Wahboun. Il nous envoya des mes-
sagers et une lettre, et il invita ma Bassesse à se rendre près de lui à Mélitène.
Je fus dans l'étonnement en voyant quelque chose d'inaccoutumé. Comme j'étais dans
la perplexité, tout à coup arrivèrent, le lendemain, trois émirs et une multitude de
cavaliers pour nous faire une escorte d'honneur! A la vérité^ je fut saisi de crainte,
pensant qu'il y avait peut-être de Tabsinthe dans ce miel. Nous arrivâmes dans le voi-
sinage de Mélitène le soir du jeudi, 8 de tamouz (juill.) de l'an 1493. De grand matin,
le sultan sortit lui-môme au-devant de nous, avec une grande partie de ses troupes et
tous les gens de la ville. Il envoya devant lui des messagers pour dire : « Le sultan
a ordonné : L'entrée du patriarche chez nous se fera selon la loi des Chrétiens, avec les
croix et l'Évangile. » Alors les Chrétiens multiplièrent les cierges, suspendirent des
croix aux lances et élevèrent la voix dans les chants de l'office. Quand le roi se ren-
1. LiUér. : <c le glaive ». — 2. Cf. Hist, du Bas-Emp., XCI, § x et suiv. — 3. Il fut massacré
en oct. 1183. — 4. Cf. op. cit., XCI, § xvi et suiv. — 5. Agnès, fille de Louis VII, âgée de onze
ans. — 6. Marie d'Antiociie. Sur le massacre des Latins à Cple, cf. op. cii.,XCI, § xiir. — 7. Vers,
ar. 1 li^Mo. — 8. Guillaume II. Cf. op. cit., XCI, § xxxv et suiv. — 9. Lire : U»axno ; ms. et vers,
ar. : t«?ax»» « de Syrie ».
10. Suppl. : Ul; vers. ar. : ^fi!:'" "M.
LIVRE XXI. GHAP. II 391
contra avec ma Bassesse, il ne me laissa pas descendre de ma monture ; il ne me laissa
pas non plus prendre sa main, mais il embrassa ma Bassesse dans ses bras. Quand je
commençai à parler avec lui, par un interprète, il m'écouta avec plaisir. Quand je vis
qu'il écoutait avec attention, je prolongeai fort le discours, avec des exemples tirés de
l'Ecriture ou de la nature. Nous mêlâmes au discours une exhortation, de telle sorte
que des larmes coulèrent de ses yeux, et nous rendîmes grâce à la puissance' du
Très-Haut, Tous les Chrétiens louèrent et glorifièrent (le Seigneur), lorsqu'ils virent
la croix adorable portée en procession au-dessus de la tête du roi et des peuples
musulmans. Nous entrâmes ainsi à l'église. Après une parole d'instruction, nous réci-
tâmes des prières pour le prince et pour le peuple. Le lendemain, le sultan nous
envoya la nouvelle qu'il remettait le tribut imposé au couvent, et il donna son édit
royal. Le dimanche, il nous envoya une main d'or pur, incrustée de gemmes et de
perles, dans laquelle se trouvaient des reliques de saint Pierre, chef des apôtres.
[726] Nous restâmes à Mélitène un mois entier. Chaque jour il nous envoyait des
présents, et il y avait des questions et des réponses au sujet du Christ notre Dieu,
des prophètes, des apôtres et autres matières. Quand le sultan quitta Mélitène,
nous partîmes avec lui, selon son ordre. En route, nous eûmes de nouveau de nom-
breux colloques au sujet des paroles de l'Ecriture, avec son philosophe, un persan
éloquent nommé Kemal ed-Dîn, pareillement sur l'ordre et en présence du sultan ;
et quand il loua la sagesse des Syriens, le sultan en fut content. Toutes ces choses
ne sont pas arrivées parce que nous étions digne de quelque honneur, tant s'en faut%
mais bien parce que la miséricorde divine voulut réconforter les restes de son peuple
et son Eglise, aîTaiblie par la rébellion de Bar Wahboun, comme une mère console
son enfant qui pleure en lui donnant h téter. Cependant, il continua à nous affliger
nous-même, comme nous le méritions. Le samedi 30 de tamouz^ de l'an 1494, la
justice s'éleva contre notre iniquité, et nous châtia dans ses miséricordes : notre
excellent couvent, c'est-à-dire celui de notre seigneur Mar Bar Çauma, brûla !
Cela arriva ainsi. Un moine de ce couvent, nommé Denha, homme âgé, entra de
grand matin dans sa cellule intérieure. Par oubli, ou plutôt par la permission de Dieu
il oublia sa chandelle de cire, et sortit pour aller à la vigne. De cette chandelle le feu
prit dans les meubles et dans les bois, en-dessus et en-dessous. Comme une matière
abondante se trouva disposée pour l'incendie, car non seulement les toits mais aussi
les parois de toutes les cellules étaient bâtis en bois, et celles-ci étaient contiguës
par groupes de quatre et en certains endroits de cinq, lu flamme s'en empara facile-
ment. Nous étions à la prière de l'heure de Tierce quand nous entendîmes la voix
des lamentations; nous courûmes à l'armoire du saint, nous ouvrîmes la serrure
et nous retirâmes le reliquaire dans lequel était placée la main droite de notre sei-
1. Littér. : « à la main droite ». — ?. Tel paraît être le seus ; le texte est ultéi'é ; la Vers. ar.
porto : ^\, ^ ^,-^3 tull poipUI.... _ 3. 30 juillet 1183.
392 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
gnenr Mar Bar Çauma. Ensuite le fléau s'aggrava, parce qu'une tempête de colère
souffla ; et nous reconnûmes que c'était l'ordre de Dieu. Aussi nous nous abstînmes
d'enlever quoi que ce fût ; nous emportâmes seulement saint Mar Bar Çauma et Mar
Petrus, et nous sortîmes à la porte du couvent; nous abandonnâmes tout au feu, qui
dévora promptement toutes les cellules, les maisons de la communauté et des moines,
et même des serfs, avec tout ce qu'elles renfermaient. Le feu prit à l'église ancienne
et consuma les livres et les objets d'argent et de bronze. Il fit fondre le fer dans sa
violence, et réduisit les pierres en chaux. Les portes du couvent elles-mêmes, qui
étaient en fer, [727] brûlèrent; les murs s'écroulèrent; et, pour le dire d'un mot,
absolument rien ne fut sauvé, excepté l'église nouvelle qui était encore en construction,
la tour haute du couvent, la grotte du four, et la porte extérieure dite de Gargar,
Tout le reste devint un monticule de cendres. Le dimanche, la voûte du Kana'
s'efFrondra et un jeune homme du pays de Gargar y fut étoufïé. Il était venu, en
apprenant la nouvelle, dans l'espoir du pillage.
Nous avons vu trois prodiges accomplis : le premier, c'est qu'aucun homme du
couvent, ni parmi les moines, ni parmi les serfs, ne fut blessé', bien qu'ils entrassent
avec audace et mépris dans les flammes pour sauver quelque chose de leur bien,
quand tout h coup les plafonds tombaient et se séparaient : cela arriva en plusieurs
endroits, et malgré cela personne ne fut blessé'. C'est un prodige semblable à celui
qui est écrit dans l'histoire du saint : sur la prière qu'il adressa à Dieu, la grêle des-
cendit et détruisit les environs de la vigne des fidèles, mais elle ne causa aucun
dommage à la vigne ni aux fidèles. De même à cette époque, le saint, voyant que l'avi-
dité de notre palais se portait sur Famour des biens, demanda à Dieu de faire brû-
ler les biens et de conserver les âmes.
Nous avons vu un second prodige : le coffret de bois dans lequel sont déposées les
reliques des saints était lui-même placé dans une armoire : les reliques furent conser-
vées dans le coffret et ne furent pas brûlées. Combien ce prodige ne ressemble-t-il
pas à celui des trois enfants, qui furent conservés sains et saufs au milieu de la four-
naise' de feu à Babylone, parce que le fils des dieux' était avec eux; de même, ces
ossements dans lesquels résidait le Christ, Fils de Dieu, furent conservés pour l'en-
couragement des fidèles.
Nous avons vu un troisième prodige : tandis que beaucoup délivres, que personne
ne lisait ou n'ouvrait, brûlèrent comme superflus, ceux qu'on lisait constamment furent
conservés intacts au milieu du feu; ce sont : trois volumes des Évangiles, le grand
volume des Commentaires, deux volumes de Mar Jacques, et les deux tomes du bré-
viaire complet que nous avions fait établir » ; ces ouvrages furent conservés.
1. Plus haut (cf. p. 286'*, ce mot désigne « la prison » du couvent. — 2. Lire : i-aiLI, dans les
deux cas. — 3. Lire : \ioLls. — 4. Cl. Dan,, ii, 25 (syr. ; LXX : ni, 92). — 5. Lire : vJ-ût ^-?.
Comp. ci-dessus, p. 350, où la note 4 est à modifier en ce sens.
LIVRE XXI. GHAP. III 393
Nous demeurâmes avec les moines au sommet de la forteresse, dans la tour, pen-
dant un mois entier, jusqu'à ce que le fléau fût calmé ; alors nous nous mîmes à
reconstruire. En trois ans, le couvent fut rebâti, plus du double de ce qu'était le
premier; l'église nouvelle fut terminée dans l'espace de douze ans, grâce au Seigneur
qui la fit achever.
CHAPITRE [III]. — De Vépoque à laquelle Isaacus, c'est-à-dire Ishaq, régna sur
les Grecs; et des autres faits et événements profanes qui eurent lieu à cette
époque.
Au mois d'éloul (sept.), le jour de la fête de la Croix, en l'an 1496, Andro-
nicus, empereur des Grecs, fut tué, et Isaacus' commença aussitôt à régner.
[728] Andronicus était disposé à faire tuer Isaacus, de même que tout le reste
de la famille impériale. Isaacus en eut connaissance, et il revêtait son armure
même dans l'intérieur de sa maison. Quand on vint lui dire : « L'empereur te
demande », il n'y alla point. Andronicus en fut irrité et envoya son général*
pour l'amener. Isaacus, voyant que le général était venu avec colère, et sachant
qu'on était disposé à le massacrer, méprisa la mort, tira son épée, en frappa le
général et le tua. 11 monta promptement à cheval et s'enfuit pour aller à la
grande église, tenant à la main son glaive ruisselant de sang. Il criait et pous-
sait des clameurs : et les gens s'assemblèrent autour de lui par myriades.
Quand il parvint à l'église, tous les grands, qui étaient scandalisés par l'impie
Andronicus, à cause des crimes qu'il commettait, se mirent à l'instant d'accord
pourqu'Isaacus devînt leur empereur.
Cet Isaacus était de la famille même de leurs empereurs'. C'est pourquoi ils
forcèrent leur patriarche* aie sacrer. Il fut proclamé dans l'église : Andronicus
l'apprit et sortit du palais pour s'enfuir par mer. On s'empara de lui sur le
navire et on le fit retourner. Ils le torturèrent cruellement; ils lui découpaient
le postérieur avec des couteaux, tandis qu'il vivait encore, et ils se vendaient
mutuellement les morceaux de sa chair qu'ils déchiraient de leurs dents en
grande fureur. Enfin, ils le firent brûler au milieu de la foulée
Au mois de nisan (avril) de cette [728] année, Çalah ed-Dîn sortit d'Egypte,
et mit le siège contre la forteresse de Kérak. Nour ed-Dîn et les autres émirs
de Mésopotamie se rendirent près de lui. Tandis qu'ils attaquaient (cette place)
avec les balistes et toute espèce de moyens de guerre, les Francs s'assem-
blèrent et vinrent. Les Turcs s'enfuirent devant eux. Gomme les Francs res-
1. Isaac II, Ange. — 2. Hagiochristophorite. — 3. Cf. Hist, du Bas-Emp., XCII, § t. —
4, Basilius, — 5. Cf. op. cit., XCI, § xlii-îclv.
III 50
394
GHROiNIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
tèrent pour fortifier la place, les Turcs pillèrent Samarie et sa région, et il&
commirent de nombreux massacres. Quand les Francs les rejoignirent, les
Turcs s'enfuirent et les captifs furent délivrés*.
La même année, Baudouin (IV), roi de Jérusalem, voyant que sa maladie de
la lèpre progressait, donna le royaume au jeune fils de sa sœur, qui s'appelait
aussi Baudoin (V)'. Peu de temps après que celui-ci eut été proclamé, le
lépreux mourut'.
La même année encore, Çalah ed-Dîn marcha contre Mossoul; n'ayant pas pu
s'en emparer, il revint mettre le siège devant Maipherqat. Après de nombreux
combats, il l'acheta à prix d'or et y régna. Il revint alors contre Mossoul. Après
de nombreuses tentatives, on s'interposa entre eux*; les émirs de Mossoul con-
sentirent à lui envoyer des troupes, par soumission, comme ceux de Mardîn
et de Hesna de Kêpha ; et ils firent la paix^
Après que nous fûmes revenu à Mé-
litène, le sultan Kilidj-Arçlan s'en alla
dans le Beit Roumayê et s'empara de
72 des places fortes des Grecs. Il écrivit
à ma Bassesse [728] une lettre ainsi
conçue :
« Kilidj-Arçlan, grand sultan de Cap-
padoce, de Syrie et d'Arménie : à un
tel, patriarche, ami de notre royauté et
qui prie pour notre victoire, qui ré-
side dans le couvent de Mar Bar Çauma,
et se réjouit du triomphe de notre em-
pire. — Nous reconnaissons que par ses
prières Dieu a donné l'exaltation • à
notre empire à cette époque. En effet,
le neveu' de l'empereur des Romain^
est sorti de la célèbre Philadelphie et
est venu nous trouver, lui et ses enfants;
A cette époque mourut Ignatius de Jé-
rusalem, qui y avait exercé l'épiscopat
pendant 45 ans.
Au mois de tésrin (oct.) de Tannée
1496, mon frère Athanasius' fut envoyé
comme métropolitain à Jérusalem. [728]
Une sédition fut tout d'abord excitée
contre lui par de misérables moines qui
se trouvaient là. Quand ceux-ci furent
réconciliés avecl'évêqueau sujet de leur
querelle, Satan s'agita par le moyen de
son instrument, Theodorus bar Wah-
boun, nouvel Arius, qui suscita du trou-
ble, et l'évêque fut obligé de lutter jus-
qu'à ce que Bar Wahboun ait été ex-
pulsé.
A cette époque, Krikoros, catholicos
des Arméniens, ayant appris que le cou-
1, Cf. Gesch. des Konigr. Jerus., p. 411 (été de 1184). — 2. Fils de Sibylle et de Guillaume
de Longue-Épée. — 3. Baudoin V fut couronné en 1184 ; Baudoin lY mourut en 1185. Cf..
op. cit., p. 408 ; 415, n, 2. — 4. Vers. ar. : >oovio lo^ot oi;.M ?a.»l ,5.=o. — 5, Selon Abou'l-
Féda, Saladin prit Maipherqat, le 29 août 1185. Cf. Hist. ar. des Crois., I, 54 ; III, 85.
6. l»;»o?. — 7. Fils du frère. Il s'agit, je crois, de Jean Vatace ; cf. Hist. du Bas-Emp., XCI,
§ xvn. Toutefois, les faits rapportés dans cet alinéa et le suivant, paraissent en contradiction avec
les récits des auteurs byzantins. — 8. Cf. ci-dessus, p. 376,
LIVRE XXI. GHAP. III
395
il s'est avancé devant le trône de notre
Majesté et a fait sa soumission. Nous
envoyâmes avec lui quarante mille
hommes de troupes. Les ennemis en
ayant eu connaissance se réunirent dans
une grande ville par myriades nom-
breuses, et vinrent engager le combat.
Et Dieu donna la victoire aux nôtres
qui les ont poursuivis, ont détruit et tué
les ennemis de notre empire, qui furent
taillés en pièces, de telle sorte qu'ils ne
pourront de longtemps se relever. C'est
pourquoi nos troupes se sont emparées
■de vive force de la grande forteresse de
Diadion' (?), et ont ensuite soumis à l'au-
torité de notre empire tous les pays
situés depuis cet endroit et au-delà
jusqu'au rivage de la mer; et nous ré-
gnâmes sur eux selon la loi de l'empire,
sur cette terre qui n'avait encorejamais
appartenu aux Turcs. Et nous recon-
naissons que Dieu nous a véritablement
accordé toutes ces choses par tes
prières. Nous te demandons donc de ne
pas cesser les prières pour notre em-
pire. Porte-toi bien. »
Après celle-ci [729] nous reçûmes
«ncore plusieurs autres lettres de la part
du sultan, à d'autres époques.
A cette époque, il y avait trois frères
qui se rendirent près du sultan, reçurent
des troupes turques et allèrent s'empa-
rer de Philadelphie. Après quelque
temps, le tyran Andronicus s'avança
vent de Mar Bar Çauma avait brûlé,
s'en réjouit, car la jalousie était concen-
trée en lui. Il se mit à publier que S. Mar
[Bar Çauma]' s'était envolé et était allé
chez lui. En répandant de telles fables,
il essayait' de détourner l'honneur à
son profit. C'est pourquoi, la vertu
divine, qui reposait dans le saint, et qui
nous châtia à bon droit par cet incendie,
à cause de nos péchés, lui fit aussi sentir
son abandon, et il fut puni à cause de
son audace. Il sortit de Qala' Romaita
et s'en alla à Tarse. Son neveu*, qui s'ap-
pelait Sahensah, se révolta contre lui;
il fut soutenu par les Turcs, et il était
sur le point de livrer la ville aux Turcs.
Mais le catholicos l'ayant appris vint en
toute hâte, réunit des soldats et mit le
siège contre la forteresse. Les meurtres
se multiplièrent parmi eux, et quelques
hommes du catholicos moururent dans
le combat. Il revint couvert de con-
fusion et arriva au couvent de Tabous,
qui est près de Kaisoum. Il confessa pu-
bliquement que Mar Bar Çauma l'avait
châtié ; il promit encore, en présence du
vénérable Iwannis de Kaisoum, [729] de
faire pénitence. Ensuite, son neveu par-
courut " le pays ' et après de nombreuses
promesses, des serments solennels, des
engagements que prit le patriarche et
des gages qu'il lui donna, il vint enfin
le trouver et ils firent la paix.
1. Vers. ar. : ^yUy oti^o. La première lettre du mot syriaque, considérée comme préposition,
pourrait aussi bien faire partie du nom propre ; Ladiadion (?); la localité est à chercher vrai-
semblablement du côté de la Lydie.
2. Lacune d'un mot dans le ms. — 3. Je lis : >i»3U );=?; vers, ar,
•>o|;.aS!> a^a:^ — 4. Le fils de sa sœur. — 5. ypU (vers. ar. : ^ls%^).
"^^..i. .^U^o^ li« "^Caaao,
396 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
contre eux, et l'un d'eux fut tué dans le combat. Les deux autres s'enfuirent en
présence du tyran'. L'un de ceux-ci était Isaacus qui régna plus tard et tua l'impie
Andronicus.
CHAPITRE [IV]. — De V époque à laquelle devait arriver, selon les prédictions
des astronomes, un ouragan qui détruirait toute la terre habitée, comme autre-
fois le déluge du temps de Noé; mais comme il n'arriva point, les astrologues ,
avec leurs vaines espérances, furent couverts de confusion^. Autres événements
qui eurent lieu à cette époque.
Après la mort deQotb ed-Dîn* de Mardîn, Nour ed-Din son parent, seigneur
de Hesna de Kêpha, mourut aussi à Amid. Sa mort arriva subitement. Comme
il avait enlevé les colonnes de marbre de l'église et les avait introduites
dans sa demeure, il fut frappé de châtiment et mourut. Après celui-ci régna son
jeune fils appelé Qotb ed-Dîn», et à Mardin ils établirent aussi un jeune homme
appelé Hossam ed-Dîn' ; tous les deux étaient fils de servantes.
Le frère de l'émir Nour ed-Dîn, qui s'appelait 'Imad ed-Din, à qui apparte-
nait Boula depuis [730] la mort de son frère, s'empara encore de Hesna de
Ziad.
Après ceux-ci, mourut également le prince d'Arménie, l'émir Mîran' Sâh-
Armen, homme âgé qui n'avait personne de sa famille pour lui succéder. C'est
pourquoi, un de ses officiers, qui s'appelait Bôkhtimor', se présenta. Comme
il s'empressait d'aller régner, il eut à passer devant la montagne de Sassoun.
Il y rencontra le neveu' du catholicos des Arméniens, qui s'était échappé de
Qala' Romaita'. Celui-ci retint Bôkhtimor jusqu'à ce qu'il lui eût fait serment
de lui donner les forteresses de son pèreBâkhian '" (?).
La même année, le Prince, seigneur d'Antioche, après avoir fait la paix avec
Çalah ed-Dîn, et ayant confiance que celui-ci ne lui restait plus hostile, fit
des machinations iniques et s'empara de Roupen, prince de Cilicie, qu'il mit en
prison; il lui mit très durement les fers. Il réunit les Francs, et pénétra en
1. L'auteur semble confondre la révolte de Jean Vatace et la fuite de ses enfants, avec celle
d'Andronic Ange et de ses fils ; cf. op. cit., XCI, § xvii, xli.
2. Lire : ol.ov=, en un seul mot. — 3. Ilghâzî II; cf. ci-dessus, p. 368. — 4, Sokman II (1185-
1200). — 5. Youlouk-Arslan. Cf. p. 389. — 6. Sokman II Nasir ed-Dîn (1128-1185); cf. Hist.
armén. des Crois., I, p. 195, n. 2; Hist. ar., III, 84. — 7. Bektimour Saif ed-Dîn (1185-1193), gou-
verneur de Maipherqat. — 8. Fils de la sœur. — 9. èahensah, neveu de Grégoire IV. — 10. Tchor-
douanel, de la famille des Mamigoniens, seigneur de Sassoun, dans le tableau généalogique de
Dulaurîer, Hist. arm. des Crois., I, p. cxx.
LIVRE XXI. GHAP. IV
397
Gilicie; tout l'été, ils luttèrent sans pouvoir arriver à s'emparer d'un seul
lieu ; car à la place de Roupen était son frère Léon, qui gardait sagement leurs
pays. Le Prince revint couvert de confusion.
Ensuite, les Arméniens donnèrent aux Francs 3 mille dinars, Mopsueste,
Adana et d'autres lieux, et Roupen sortit de prison. Après sa délivrance, Roupen
se révolta contre le Prince et lui enleva ces places. Alors le Prince détruisit
par le pillage toutes les places de la Gilicie*.
[731] A cette époque encore, l'émir seigneur d'Edesse, par ordre du sultan
d'Egypte, enleva le pays de Sabaktan à celui de Mardîn. Le gouverneur qui
avait été établi par l'émir de Màrdîn s'avança et attaqua le peuple d'Edesse,
mais il fut vaincu.
Après cela, Çalah ed-Dîn lui-même vint pour occuper Mardîn; n'ayant pu la
prendre par les promesses flatteuses, il les fit ses vassaux comme ils étaient les
vassaux de[ ]^, et ils firent la paix.
Ensuite Çalah ed-Dîn descendit sur Mossoul. Après avoir aussi soumis (ces
gens) à son obéissance, par des serments et des promesses, il revint et tomba
gravement malade en cet endroit'. Il passa tout le temps de l'hiver sous les
tentes, et toutes ses troupes avec lui, affligé par la maladie.
Le bruit courut qu'il était mort; mais après qu'il fut rétabli il s'empara du
seigneur d'Edesse, qui était Modhaffer ed-Dîn, fils de Zain ed-Dîn, et lui enleva
les citadelles de Harran et d'Edesse. Peu de temps après il les lui rendit, et
ils furent en paix *. — Fin.
Récit concernant la fable des astro-
nomes. — En l'année 1497 se passa un
événement dont il convient surtout de
conserver le souvenir aux générations
futures, h la gloire de Dieu, qui prend
les savants dans leur astuce et choisit
les insensés pour confondre les sages
de ce monde. L'histoire est la suivante :
Depuis de longues années les astro-
logues s'étaient mis à dire qu'en cette
année, au mois d'éloul (sept.), les sept
étoiles qu'on appelle planètes, et qui
A cette époque, Stephanus fut or-
donné métropolitain du Ségestan, et
Basilius, de Bîrta de Gargar ^, et Basi-
lius, de Callinice.
Le dimanche de la (fête de la) Dédi-
cace de l'église, l'église de Mar Jean*, à
Edesse, brûla. Cet accident arriva ainsi :
Comme depuis longtemps elle res-
tait déserte, faute de prêtres pour y
officier, les princes faisaient un dépôt de
coton dans la sacristie, et les pigeons
faisaient leurs nids sous son toit élevé.
1. Cf. Hist. armén. des Crois., I, p. 394, n. 1, — 2. Le complément manque, et de même dans
la vers. ar. ; probabl. « du prince de Mossoul ». — 3. A Çarran. Sur cette expédition, cf. Hist'. ar.
des Crois., III, 82, 85. — 4. Cf. op. cit., III, 83.
5. Sic vers, ar. : ts:^^^ w^=ii. ; dans le ms. : « Gargar de Bîrta ». — 6, S. Jean-Baptiste,
398
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
sont le Soleil, la Lune, Saturne, Jupiter,
Mars, Mercure et Vénus, se trouveraient
réunies, et [730] se rencontreraient
toutes ensemble dans un même signe du
zodiaque, celui de la Balance; «et
comme une semblable conjonction des
sept planètes dans une seule mansion,
n'avait pas eu lieu depuis le temps de
Noë, où elles s'étaient trouvées réunies
dans le signe des Poissons, qui est plu-
vieux, raison pour laquelle avait eu lieu
le grand Déluge », ils prétendaient que
maintenant aussi, quand la réunion au-
rait Heu dans le signe de la Balance,
il y aurait un cataclysme' par le vent.
Et par cet oracle, ou pour mieux dire,
cette fausse prophétie, ils persua-
dèrent non pas un ou deux hommes,
mais un millier et plus. Cette prédic-
tion, mes frères, je l'ai entendue annon-
cer pendant l'espace de trente ans. Ils
disaient qu'en cette année, qui est l'an
1497, le 14 d'éloul(sept.), aurait lieu la
conjonction des étoiles, qu'il y aurait un
vent qui détruirait les villes et les vil-
lages avec tout ce qu'ils renferment,
depuis les hommes jusqu'aux bestiaux,
aux animaux et aux oiseaux, de manière
qu'il ne resterait absolument plus rien
sur la terre. Cela avait été publié en
Orient et en Occident', en Egypte et
Quelques individus avaient l'habitude
de faire la chasse aux pigeons pendant
la nuit avec des lumières. Il arriva [730]
qu'une nuit, par oubli, ils laissèrent une
des lampes dans ces greniers et descen-
dirent; celle-ci communiqua le feu à
ces greniers élevés, et les flammes dévo-
rèrent non seulement les bois, mais
même les pierres, jusqu'aux fonde-
ments. Trente-deux grandes colonnes
de marbre qui se trouvaient dans cette
église brûlèrent comme des copeaux,
et elle fut tout entière comme (un mon-
ceau de) cendre.
Les églises qui furent détruites à
Edesse du temps des faiyayê sont les
suivantes : la Grande église; l'église des
Apôtres ; l'église de Mar Thomas;
l'église de Mar Michel; l'église de Mar
Qoma', qui est celle du voile*; l'église
de Mar Georges; l'église de Mar Pa-
rouqa", qui est celle d'Abgar; l'église
de la Mère-de-Dieu, dite mo'allaqta^;
deux autres églises de la Mère-de-Dieu ;
l'église des Quarante - Martyrs ; une
autre grande église des XL Martyrs;
l'église des Confesseurs', située à la
Porte des Heures; l'église de [Mar]'
Etienne; l'église de Theodorus, (située)
en face de la citadelle*.
Au mois de nisan (avril) de l'an-
1. TUiftôv. — 2. Cf. Ibn al-Athir, à l'an 582 Hég. [Hist. ar. des Crois., I, 676 ; et les auteurs cités
n. 1) ; Hist. du Bas-Emp.^ XC, § xxvn.
3. Sic. ms. et vers, ar. ; probablement à lire : |ao|QX>, Cosma. — 4. Du suaire sur lequel était
imprimée la figure du Sauveur. — 5. C.-à-d. de « Mgr le Sauveur »; on s'attendrait à lire y-»o
M Notre-Seigneur », au lieu de u;.» (ms. et vers. ar.). — 6. Vers. ar. : ouii:>M&> ; le mot est peut-
être emprunté à la langue arabe, et susceptible de divers sens. — 7. En l'honneur des martyrs
Édesséniens : Gouria, Semouna et Habib. — 8. Suppléer ce mot d'après la vers. ar. — 9. Sur ces
divers édifices et leur origine, cf. Hallier, Edessenische Chronik passim ; et Raumani, Chronicon
civile et- ecclesiasticum, p. 106-107, où le texte semble toutefois renfermer quelques contradictions.
LIVRE XXI. GHAP. IV 399
dans l'Inde; de sorte que les fidèles née 1497, nous vînmes du couvent de
nous écrivirent même du Ségestan pour Mar Hanania au couvent de Mar Bar
nous demander de prier pour leur salut. Çauma ; et, par la miséricorde de Dieu
Des juifs, des musulmans, des païens, et et la faveur du saint, notre seigneur Mar
même beaucoup de chrétiens, publiaient Bar Çauma, notre faiblesse fut fortifiée ;
cela et disaient : « Ce jour-lk, il y aura nous bâtimes les voûtes de la nou-
une éclipse, c'est-à-dire un obscurcisse- velle église, dont nous avions jeté les
ment du soleil, des tremblements de fondements sept ans auparavant; et pen-
terre, un vent et une tempête qui sou- dant toutes ces années nous fûmes plon-
lèvera la poussière et les pierres et gés ' dans une grande agitation et dans
ensevelira les villes et les villages. » Ils les labeurs, et beaucoup d'autres avec
prétendaient encore «qu'enverrait [731] nous, à cause d'eux^
deux comètes », et beaucoup d'autres
choses semblables. Plusieurs rois et
princes, se firent des grottes dans la terre et des maisons solides, où ils accumu-
lèrent de la nourriture et de la boisson; plusieurs s'en allaient d'un endroit à un
autre, et plusieurs établissaient leur domicile dans les cavernes et les anfractuosités.
Les Chrétiens, du moins ceux qui étaient affermis dans la foi, ne croyaient point à
de semblables inepties, mais ils persévéraient dans la supplication et les prières,
dans les jeûnes et les aumônes. Les païens et les Juifs, et surtout les astrologues, se
moquaient des Chrétiens en les voyant faire des rogations; ils blasphémaient et
disaient : « Il n'est pas possible, même à Dieu, d'empêcher cette chose qui doit arri-
ver ». A ceux qui consultaient par lettres notre Bassesse sur cette affaire, nous
répondions, selon la vérité, « qu'un passereau même ne tombe pas dans le piège,
comme il est écrit', ni une feuille d'un arbre, sans le consentement de Dieu », et
nous disions' que ceux qui prétendent que le Déluge a été causé par la réunion des
planètes dans le signe des Poissons ne sont point véridiques. Et non seulement
d'après l'autorité de l'Écriture, mais aussi par des démonstrations rationnelles, nous
disions : « Si, conformément à la parole de ces astrologues insensés, le Déluge
arrivé du temps de Noë a été causé par la réunion des planètes, comment se fait-il
que les astronomes de cette époque, qui observaient très attentivement le cours des
étoiles, n'aient pas pu comprendre que le Déluge allait arriver, mais Noë seul, à
qui Dieu l'avait révélé? et qu'il était tourné en dérision par les insensés, comme plus
tard Loth à Sodome ? » Mais ceux qui n'étaient pas affermis dans la foi, et qui se
laissaient prendre par les vents', annonçaient les tempêtes, et. chaque bouche cla-
mait : « le vent, le vent, voici le vent qui arrive! » Le négoce et le commerce ces-
saient même.
1. Cf. Matth., X, 29. — 2. Lire : ,^o8i. — 3. Allusion probable au texte biblique, Eph. iv, 14.
4, 0001 ^f. — 5. C.-à-d. des évêques rebelles; cf. p. 382. Vers. ar. : y^X^ « à cause de cela ».
400 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Aux approches du jour désigné, dans lequel, annonçait-on^ aurait lieu la tem-
pête, ils couraient se réfugier dans les cavernes et dans les caves, pour se cacher.
Quand le jour arriva, la lumière agréable parut c'est-à-dire se leva; l'air était
pur et clair sur toute la terre, et cette pureté de l'air, ce calme durèrent tous les
jours suivants pendant plusieurs mois. C'est pourquoi tous les peuples louèrent et
glorifièrent le Seigneur qui seul dirige tout. Les rois méprisèrent et réprouvèrent
les astronomes, attendu que leur art est trompeur.
Pour moi, mes frères, je dis : Si même ce que les astrologues ont prétendu annon-
cer en disant qu'il y aurait du vent ou telle autre chose, était faux, parce qu'ils par-
laient par conjecture', cependant il peut être vrai que les étoiles se soient trouvées
réunies dans une même région, selon la révolution établie dans le firmament par la
volonté du Créateur, car le mouvement de leur révolution est connu de ceux qui les
observent' ; (il peut être vrai) aussi que c'était le moment d'une éclipse de soleil,
selon le mouvement de la révolution des astres; mais Dieu, qui a créé les éléments
et qui peut les changer, qui peut changer une pierre en eau, comme il l'a fait pour
les Hébreux, et changer l'eau en pierre, comme il l'a fait pour Simon*, changea
l'obscurité du soleil ou de la lune, pour qu'il n'y ait pas déclipse à ce moment ; parce
qu'il a eu pitié des hommes, afin que ceux-ci ne tombassent pas dans l'erreur et
n'oubliassent pas le Créateur : à lui, qui seul connaît et dirige tout, gloire de la
part de toute créature !
CHAPITRE [V]. — De Vépoque à laquelle les Curdes^ et les Turcomans massa-
crèrent, pendant leurs guerres réciproques^ les Chrétiens qui habitaient dans
l'empire des Taiyayê, ainsi que les autres nations.
[732] Dès l'an 1496 commença la dévastation opérée par le peuple des Turco-
mans, et pendant huit années ils massacrèrent et furent massacrés en Arménie,
en Assyrie, en Mésopotamie, en Syrie et en Cappadoce.
La cause qui fît commencer cette dévastation se produisit ainsi ;
Le grand peuple des Turcomans, qui habite sous les tentes, descend à l'hiver
pour hiverner dans le désert situé au sud de la Syrie, où la neige ne tombe pas,
où il ne gèle pas, et où on trouve des pâturages. Au printemps, ils remontent
dans la région septentrionale où ils rencontrent des pâturages pour leurs bes-
1. Lire : o»»» Uj-» ^ « e conjectura oplnati sunt ». La vers, ar., qui avait sans doute la même
leçon fautive sous les yeux, ne semble pas avoir compris : .1^3^» 1m oui ^*»^U >l»'5 ooio. — 2. ,j» oo».
— 3. Cf. Num., XX, 10; Matth., xiv, 29.
4. Vers. ar. : »|;.a.S!., comme plus bas.
LIVRE XXI. GHAP. V 401
tiaux. Pendant leur descente et leur montée, les roules sont remplies de la mul-
titude de leur bétail. Les Gurdes, habitués à la rapine, volaient partout de leurs
moutons, de leurs chevaux, de leurs bœufs, de leurs chameaux, et parfois
même tuaient de leurs hommes. Alors, les Turcomans se mirent à s'assem-
bler, au moment de leurs passages, pour veiller à leurs convois*. Or, ils ren-
contrèrent dans le pays de Sabaktân, sur les confins de Mardin, environ deux
cents Gurdes, qui étaient en embuscade [7.33] pour voler. Les Turcomans
les prirent et les massacrèrent tous. Alors il y eut une hostilité ouverte entre
eux. Les Gurdes se réunirent au nombre d'environ dix mille, et les Turcomans
s'assemblèrent plus nombreux qu'eux. Us engagèrent' une bataille et environ
dix mille hommes des deux partis furent tués.
Alors la haine et la colère grandirent parmi eux. Les Gurdes s'assemblèrent
dans la région de Nisibe, du Tour 'Abdîn, au nombre d'environ trente mille.
Les Turcomans se réunirent dans la région de Habora. Quand on livra bataille,
les Gurdes furent vaincus, et leurs morts tombèrent depuis les rives du fleuve
Habora jusqu'à Nisibe même.
Après cela, dans la région de Mossoul, il y eut deux batailles entre les Tur-
comans et les Gurdes. La guerre se prolongea, et les Gurdes furent vaincus en
beaucoup d'endroits : ils prirent la fuite devantles Turcomans, et se sauvèrent
dans les montagnes voisines des frontières de Gilicie, pour mettre en sûreté
leurs enfants et leurs bagages sur les confins des Arméniens. Les Turcomans
vinrent les y attaquer et les firent tous périr au fil de l'épée, hommes, femmes
et enfants; ils prirent leurs richesses», et la race des Gurdes disparut de toute
la Syrie et la Mésopotamie. Gar les Turcomans circulaient par bandes, dans les
plaines et les montagnes, et partout où ils trouvaient des Gurdes, sans pitié ni
motif, ils les massacraient.
Pendant les premières années, ils ne maltraitaient point les Ghrétiens. Mais
pour deux raisons, les Turcomans se mirent bientôt à massacrer aussi les
Ghrétiens; la première, parce que les Gurdes, en fuyant, cachaient leurs biens
dans les villages des Chrétiens, et la chose fut connue des Turcomans; la
seconde, parce que quand les Turcomans furent emportés par l'ardeur du pil-
lage et du massacre, les princes ne les en empêchant pas, ils maltraitèrent tous
les peuples dans la Grande Arménie. Après avoir tué les Gurdes, ils firent cap-
tifs les Arméniens; ils emmenèrent et vendirent comme esclaves 26 mille
hommes; ils brûlèrent les villages, et ils incendièrent le grand couvent de
Garabed *, après avoir tué tous les moines qui s'y trouvaient et avoir pillé les
livres et tout ce qu'il renfermait.
1. Littér. : « leur charge, leur bagage ». — 2. a»i»o. — 3. Lire : vpw'^'^, comme plus bas. —
'i. C.-à-d. : « du Précurseur ».
51
402
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
A la même époque, ils prirent de vive force la forteresse de TeU'Arab, qui est
dans le pays de Sabaktan, et ils réduisirent en esclavage et vendirent toute la
population.
A la même époque, ils tuèrent 170 hommes à Tell Besmé'; et de même en
beaucoup d'autres endroits' (?). Alors les princes, voyant leurs pays ravagés et
leurs villages dépeuplés, commencèrent, chacun dans sa région, à faire la
guerre aux Turcomans. Dans toute la Gappadoce et dans le pays de Mélitène il
y eut des combats et des massacres.
A la même époque, les Turcomans ayant envahi le pays de Claudia, le
prince leur résista par la lutte : environ deux cents jeunes gens du village
[d'Amroun]» et du reste du pays furent tués dans le combat.
Le discours n'est pas capable de raconter tous les massacres qui eurent lieu
pendant ces huit années ; car d'une petite étincelle prit naissance ce grand
incendie qui consuma des myriades de gens. Ensuite, la tempête s'apaisa.
[732] En ce temps, il y avait à Cypre,
île des Grecs, un gouverneur* grec
nommé Comnéneh'. Il se révolta contre
l'empereur de Constantinople, rassem-
bla les évoques grecs et leur ordonna
d'instituer un patriarche qui sacra em-
pereur ce Comnéneh. On proclama h
Cypre cet empereur et ce patriarche,
(qui subsistèrent) en opposition avec
ceux^ de Constantinople, jusqu'au mo-
ment où les rois Francs partirent de
Rome, et où le roi d'Angleterre vint
s'emparer de Cypre, jeta son empereur
grec dans les fers et l'enferma dans une
forteresse près d'Antioche. Le pa-
triarche qu'ils avaient établi mourut
aussi à Cypre, et leur vain dessein fut
anéanti.
[732] En l'année 1500', le maphrien
Mar Jean, vint nous trouver et nous
demanda avec instance d'abandonner
son diocèse. Nous voulûmes le forcer à
ne pas l'abandonner, mais il n'y consen-
tit pas, et il se retira au monastère de
Mar Jacques dans la montagne d'Édesse,
Peu de temps après, il eut du regret, il
vint de nouveau près de nous, il reçut
de nous une lettre et retourna à son
diocèse. Dans le village appelé Beit
Koudida, comme il dormait sur le toit
de l'église, pendant la nuit, il tomba du
toit et il mourut. Il fut enseveli dans le
couvent de Mar Mattai.
Alors, les Tagritains, les Mossuliens
et les Ninivites nous écrivirent et nous
envoyèrent des messagers pour nous
l. Sic BH : u>ai»à..I. ; vers, ar. : um<o '^ûo.— .2. Le texte paraît altéré ; vers. ar. : Uow ^ûao ;.&So.
— 3. Restituer : !ûu;o ^p;»] ^ (vers. ar. et BH).
4. ^yeiitiv. — 5. Isaac Comnèue. Cf. Hist. du JBas-Emp., XCI, § xxx, xxxi. — 6. Vers. ar. :
^;^ 'î??'?^ y;fr=Sso '*»' 'Ijo»
7. Sic ms, et Barhébr. Chr. eccl., I, 597 ; mais Chr. eccl., II, 377, la mort du maphrien est fixée
au mois d'août 1499, ce qui est d'accord avec la date de l'ordination de son ïuecesseur indiquée
ci-après, p. 403,
LIVRE XXI. CHAP. VI
403
Ensuite, le roi d'Angleterre* donna
l'île de Cypre aux « Phrcr ». Quand
le roi fut parti en France', les Grecs
relevèrent la tète; ils se rassemblèrent
en grand nombre contre les Francs qui
avaient été préposés à la garde (de
l'île); ils espéraient tuer les Francs et
régner eux-mêmes. Quand ils enga-
gèrent la bataille, les Grecs furent
vaincus».
Après cela, les Francs établirent
comme roi de Cypre celui qui [733]
avait été à Jérusalem*.
En l'an 1498, le vendredi 4 d'éloul
(sept.), à la huitième heure, il y eut une
éclipse de soleil, et on voyait les étoiles
auprès du soleil.
demander, conformément à la règle,
de leur choisir et de leur ordonner
un archevêque. Ils nous informèrent
qu'il y avait chez eux un homme entre-
prenant, nommé Bar Tammasih, qui
s'efforçait de s'emparer de cette dignité,
et auquel des hommes vaniteux comme
lui étaient attachés. Tous les fidèles
nous écrivirent qu'ils n'accepteraient
jamais ce Bar Tammasih, à cause de sa
conduite souillée et honteuse, que d'ail-
leurs nous avions déjà apprise du
maphrien feu Mar Jean. C'est pourquoi,
dans une élection légitime, par la force
et la contrainte de l'Esprit-Saint, [733]
Rabban Jacques, mon neveu charnel et
mon fils spirituel, fut élu et institué ;
homme disert, dont mon discours ne
peut dépeindre toutes les vertus, qui lui
avaient été accordées « par le Père des lumières de qui descend tout don excellent et
toute grâce parfaite' ». Son ordination eut lieu dans le couvent de Mar Domitius,
dans la région de Mardîn, le premier dimanche de carême de l'an 1500, et il fut
appelé Mar Gregorius, archevêque de l'Orient '.
A cette époque mourut Mar Marcus, patriarche d'Alexandrie et d'Egypte. Après
avoir exercé le suprême pontificat pendant 23 ans, il partit pour la vie heureuse et
sans fin, au mois de kanoun ii (janv.). Pour ce siège, on ordonna à la même époque
le pape, c'est-à-dire patriarche, Mar Iwannis'.
CHAPITRE [VI]. —De l'époque à laquelle Jérusalem fut enlevée aux Francs par
Çalah ed-Din, sultan d'Egypte^ et tomba au pouvoir des Taiyayê. Des autres
événements qui eurent lieu à cette époque.
En l'an 1498, le sultan Çalah ed-Dîn [734] rassembla des troupes d'Egypte,
d'Arable, de Syrie, d'Assyrie, et s'organisa pour la guerre contre les Francs.
1. Vers, ar., correctement : ?N.\^ yi».». — 2. Sic ms. et vers. ar. (ov.^^JSs.) ; en réalité, le roi
partit pour le siège d'Acre. — 3. Cf. Hist. du Bas-Emp., XCII, § xxxvlii-xL. — 4. Gui de Lusi-
gnan; en 1191. Cf, op. cit., XCII, § xli.
5. Jac, I, 17, — 6. Cf, BakHebr., Chron. eccles., II, 381. — 7. Cf. Rknaudot, Rist. pair, Alex.,
p. 55'i.
404 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Le samedi 4 de tamouz (juill.), les Francs furent abandonnés (de Dieu) à cause
de nos' péchés, et ils furent misérablement taillés en pièces. Le roi de Jéru-
salem et tous ses grands furent pris ; tous les frères « Phrer » furent tués.
Cette catastrophe arriva près de Tibériade '. Le comte de Tripoli» s'était révolté
et avait pris la fuite . On dit qu'il s'attendait à ce qu'ils l'instituassent roi * ; mais
comme ils ne voulurent pas de lui, il usa de fourberie à l'égard des Francs et se
retira. Pour moi, je dis que sans l'abandon (de Dieu) leur défaite n'aurait pas
eu lieu, puisque même un passereau ne tombe pas dans le piège sans laper-
mission d'en haut'. Çalah ed-Dîn tua de sa main le vieil Arnald^ et les trois cents
« Phrer », et il prit un bain dans leur sang. 11 assiégea et détruisit Tibériade; il
tua tout ce qui s'y trouvait, puis il se rendit promptement à 'Akko.
Alors les notables de cette ville s'enfuirent par mer à Tyr, et le peuple qui y
était resté la livra à Çalah ed-Dîn. Il pilla ensuite Gésarée, Jaffa, Samarie, Naza-
reth, et tout l'univers fut rempli de prisonniers '.
Combien d'outrages, d'injures% de mépris les Musulmans firent alors endu-
rer au peuple persécuté des Chrétiens, à Damas, à Alep, à Harran, à Edesse, à
Amid, à Mardin, à Mossoul et dans tout le reste de leur empire, la parole ne le
peut définir.
Au mois de tésrîn i" (oct.) de l'année 1l4]99, Çalah ed-Din traita avec les
Francs qui étaient à Asqaloun, c'est à-dire Ascalon ; il mit en liberté le roi qu'il
retenait prisonnier chez lui, et ceux-ci lui livrèrent la ville'.
11 monta ensuite contre Jérusalem, terre passagère'". Après l'avoir attaquée
pendant quelques jours, ils démolirent une partie de son mur, du côté du nord-
est. Alors, comme il n'y avait aucun moyen de salut, ils convinrent que chaque
personne donnerait dix dinars et s'en irait. Ainsi, tous ceux qui purent trou-
ver de quoi donner sortirent de la ville, par milliers et par myriades, dans des
pleurs et des lamentations à fendre les pierres; ceux qui ne purent donner
(les dix dinars) furent réduits en esclavage, [73S] au nombre de vingt mille
hommes et femmes. De ceux-ci, Çalah ed-Dîn affranchit quatre mille vieux
et vieilles; il en partagea six mille à ses troupes, comme esclaves; il en
envoya cinq mille en Egypte, pour fabriquer les briques destinées à la construc-
tion des murs; et il en laissa cinq mille à Jérusalem même, pareillement pour
la reconstruction du mur".
1. Sic ms. et vers. ar. — 2. Bataille de Hatlia ; 4 juill. 1187. Cf. Gesck. des Kônigr. Jerus., p. 434.
— 3. Kaymond. — 4. Au lieu de Gui de Lusignan. — 5, Cf. Matth., x, 30. — 6. Renaud de Châtil-
lon, dont il a été question à différentes reprises. Pour tout ce qui concerne ce héros, voir
G.ScHLUMBERGER, Reiiaud de Châtillon, Varis^ 1898, — 7. Cf. Gesck. des Kônigr. Jerus., p. 442 sqq.
— 8. Litt. : « de crachats ». — 9, Cf, op. cit., p,î449, — 10. De même vers. ar. ; cymûcaô^ oHl XJÙ^iol ;
vers, armén. : « vers la cité sainte de Jim ». Il y a peut-être une corruption du texte, ou une anti-
thèse avec la Jérusalem céleste. — 11. Cf. op. cit., p. 453-461.
LIVRE XXI. CHAP. VI 405
Ils purifièrent selon leur loi le Temple de Salomon, qu'ils appellent sakra,
c'est-à-dire « roche », qui avait été rebâti pour la seconde fois par les Arabes
eux-mêmes; et ils décrétèrent qu'aucun chrétien ne pourrait y entrer. Ils fer-
mèrent l'église de la Résurrection et les autres, et les Chrétiens, esclaves ou
autres, qui étaient restés, se réunissaient constamment pour prier en pleurant
devant les portes'.
Çalah ed-Dîn monta ensuite contre Tyr, ville située au cœur de la mer. Or,
en ces jours-là, y arriva de Rome un comte nommé Marghiz', qui venait prier
à Jérusalem, ne sachant pas ce qui s'était passé. Use conduisit héroïquement; il
réconforta le peuple et défendit la ville; et Çalah ed-Dîn ne put l'emporter d'as-
saut. Aussil'abandonna-t-ilpourallerprendreSidon, Beirout, Djobaïl etTebnit*.
En l'an 1500, Çalah ed-Dîii s'empara du Kérak et de Saubak, deux places fortes
situées sur la mer Rouge, à propos desquelles il avait commencé sa guerre
contre les malheureux Francs *.
La même année, Çalah ed-Dîn envahit de nouveau la région d'Antioche : il
prit de vive force Laodicée, Gabala, la forteresse de Çahyoun, Bagras et Tra-
besaghd'.
La même année, il y eut aussi du trouble dans les pays de Cappadoce. Une dis-
corde s'éleva entre le fils du sultan Kilidj-Arçlan, qui régnait à Sébaste, etHas-
san% lieutenant de son père. Hassan irrita le sultan contre son fils. Les deux
partis se réunirent pour en venir aux mains dans le pays de Gésarée. Mais alors,
pour l'honneur du vieillard, ceux qui s'étaient assemblés avec son fils se dis-
persèrent; ce dernier revint à Sébaste, et ne fit plus la guerre à son père. Le
sultan, dans sa colère, ordonna de massacrer quatre mille des Turcomans qui
s'étaient joints à son fils.
Vint alors l'émir nommé Bahram-sah ', qui était le gendre du sultan ; il se
présenta comme intermédiaire pour les réconcilier ; mais par ses ruses il obtint
un édit du sultan pour faire arrêter Hassan le lieutenant, et il prit tous ses biens .
Il l'emmena avec son fils et ses serviteurs pour les faire conduire à Sébaste.
Pendant la route, les Turcomans se jetèrent sur eux et massacrèrentHassan, ses
enfants et ses serviteurs. Ils coupèrent Hassan par morceaux, et ils portèrent
ses membres à Sébaste au bout de leurs lances. Sa mort arriva le jour de la fête
de la Croix*.
I. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p, 464. — 2. Lire : ^■^<!5,^^, au lieu de 1».^^-» que porte notre
ms. et la vers. ar. Conrad, marquis de Montferrat. L'auteur paraît confondre les deux sièges de
Tyr, qui eurent lieu la même année ; cf. op. cit., 447, 469. — 3. Vers. ar. : ^.l=/.c. Lire : Tibnin.
Cf. op. cit., p. 445. — 4. Op. cit.. p. 483. — 5. Trapessac, ou Darbessak (op. cit., p. 481) ; même
orthographe dans la vers. ar. — 6. Ikthiâr ed-Dîn Çassan. — 7. Seigneur d'Erzanga. —
8. 14 sept. 1189. Cf. Hist. arm. des Crois., I, p. 401.
406
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
En l'an 1500, [734] les misérables
qui faisaient partie de la troupe impie
de Bar Tammasih, en apprenant (la
mort de Jean^), offrirent au prince deux
mille cinq cents [dinars] rouges, et
ils obtinrent un édit du glaive*, pour
ordonner illégitimement, ou plutôt pour
corrompre dans l'esprit de Satan, ce Bar
Tammasih. À la vérité, le peuple des
fidèles ne l'accepta jamais; et il n'est
pas opportun de consigner dans ce
livre toutes les impiétés que commit ce
nouveau Dathan^, mais nous devons seu-
lement écrire celles qu'il est nécessaire
de faire connaître pour montrer ce
qu'il était.
Ce Bar Tammasih ajouta à son impiété
et s'associa à Bar Wahboun. Tous les
deux vinrent à Mardîn : ils proclamèrent
Bar Wahboun patriarche, etBar Tamma-
sih maphrien. Ils donnèrent au prince
deux mille dariques et obtinrent un édit concernant cette région. C'est pourquoi,
tout notre peuple courut un grand danger, et la foule fut poussée au murmure de
différentes manières ; car ils faisaient percevoir du peuple les contributions légales,
par les soldats du prince qui circulaient dans les villages. Alors, les gens du diocèse
de Mardîn furent pris de zèle; ils s'imposèrent une somme d'or à donner au prince,
et obtinrent un édit pour les chasser tous les deux de la région.
Quand ils revinrent à Mossoul, les gens de cet endroit se montrèrent également
zélés; ils chassèrent d'abord Bar Wahboun, et bientôt après les fidèles s'imposèrent
une somme d'or à donner au prince, et ils obtinrent un édit pour s'emparer de
l'impie Bar Tammasih. Ils le dépouillèrent [73S] du saint habit et lui mirent un vête-
ment de laïc, puis ils envoyèrent des évoques, des prêtres et des moines, hommes
honorables, pour ramener de Nisibe le saint maphrien Mar Gregorius. Celui-ci
entra à Mossoul et fut bien accueilli par les" princes et par tout le monde, avec
la grâce de Dieu, qui procura le repos à son Eglise. — Fin''.
En l'an 1501, contraint [734] par les
importunités de nos évêques et de plu-
sieurs personnes, nous envoyâmes près
du sultan Çalah ed-Dîn, Gabriel, (de la
part) du couvent, et Âbou '1-Faradj, de
notre part', h propos de la rébellion de
Bar Tammasih. Quand ils parvinrent à
Damas, avant de rejoindre le sultan qui
faisait le siège de 'Akko, ils furent pris
pour des espions et furent jetésdans une
dure prison ; et ils perdirent tout ce
qu'ils avaient avec eux. Ensuite, le Sei-
gneur eutpitié d'eux etilsfurentdélivrés.
Par l'intermédiaire de l'émir d'Édesse
Modhaffer ed-Dîn, fils de Zain ed-Dîn,
ils obtinrent du sultan des lettres
fermes' et revinrent joyeusement par
l'intercession de notre seigneur Mar
Bar Cauma. — Fin.
1. Vers. ar. : « Gabriel, archimandrite, et Abou '1-Faradj, évêque ». — 2. Vers. ar. : l^^s
oiu^so; le traducteur semble avoir lu : t>e5^- (au*. Le sens est peut-être « un sauf-conduit ».
3. Cf. ci dessus, p. 386. — 4. C'est-à-dire « de l'autorité civile ». — 5. Cf. Num., xvr. — 6. Sic
ms. et vers. ar. — 7. Ce mot est ici écrit eu arabe : A»5^
LIVRE XXI. GHAP. YII 407
CHAPITRE [VII]. — De l'époque à laquelle les rois et les peuples Francs par-
tirent des pays d'Italie, animés de zèle pour Jérusalem. Des autres événements
qui se passèrent à cette époque.
En l'&n 1500, un des fils du sultan, nommé Qaiçar-éàh Mo 'izz ed-Din, com-
mença à régner à Mélitène.
A cette époque, les rois et les armées des Francs partirent avec un grand
zèle; ils envoyèrent en avant, par mer, des peuples parlant différentes langues
[736] et qui ne pouvaient se comprendre les uns les autres, en foules innom-
brables*.
Ils mirent le siège contre 'Akko, alors qu'ils n'avaient pas de roi avec eux. Mais
ils avaient avec eux leurs pontifes et leurs prêtres, et des églises sous leurs
tentes. De nombreux peuples musulmans s'assemblèrent pareillement près de
Çalah ed-Dîn; et les deux camps étaient si rapprochés qu'ils se voyaient réci-
proquement. Les Francs ne pouvaient prendre la ville d'assaut parce qu'elle
renfermait 60 mille combattants, et le sultan ne pouvait livrer bataille aux
Francs ni les éloigner de la ville; ils bâtirent des maisons et des églises et
quatre mille moulins'.
Après cela, l'empereur d'Allemagne' partit. Ils vinrent contre Constantinople
et livrèrent bataille aux Grecs jusqu'à ce qu'ils les eussent soumis; puis ils
passèrent vers Iconium; et comme ils étaient pressés par la famine, les Turco-
mans se réunirent contre eux avec le fils du sultan*, et engagèrent une bataille.
Les Turcomans furent vaincus. Les Francs arrivèrent jusqu'à la ville et y péné-
trèrent : ils y tuèrent beaucoup de gens'. Là fut tué Michel de Mélitène, sur-
nommé Papa. Ensuite le sultan fit la paix avec eux. Ils franchirent la porte de
Qoniâ' et allèrent en Gilicie. Là mourut le vieil empereur d'Allemagne', qui
se noya dans un fleuve, et son fils conduisit son corps à Antioche. Ils allèrent
ensuite à 'Akko.
Deux autres rois' partirent aussi, et, après avoir enlevé Cypre aux Grecs *, ils
vinrent à 'Akko. Ils organisèrent [737] l'attaque de cette ville et la prirent
d'assaut. Un si grand nombre d'hommes fut tué, des deux côtés, que les rues
étaient remplies de cadavres. Les Francs occupèrent 'Akko au commencement
de tamouz (juill.) de l'an 1502 '".
1. Troisième croisade. — 2. Sic ms. et vers. ar. et arm. — 3, « Le roi A'Almane »; Frédéric
Barberousse. — 4. Qotb ed-Dîn, fils de Kilidj-Arslan. — 5. Hist. du Bas-Emp., XGII, § xxxvi. —
6. Qoniah est le nom arabe d'Iconium. — 7. 10 juin 1190. Cf. op. cit., XCII, § xxvit. — 8. Phi-
lippe-Auguste de France et Richard Cœur de Lion d'Angleterre, — 9. La conquête de Cypre fut
l'œuvre de Richard; comp. ci-dessus, p. 402. — 10. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., 559 sqq.
408
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Les Francs proposèrent à Çalah ed-Dîn de lui donner les Turcs qui restaient
dans la ville, en échange de tous les prisonniers Francs qui étaient à Damas.
Après que les deux partis se furent mis d'accord,', Satan endurcit le cœur de
Çalah ed-Dîn, et il ne consentit pas à leur donner les nobles comtes francs.
C'est pourquoi les rois furent irrités; ils firent sortir les prisonniers turcs à la
porte de 'Akko et les massacrèrent. En un instant, 25 mille hommes furent
massacrés, et leurs cadavres s'amoncelèrent à la porte de 'Akko. Ensuite, ils
les firent brûler dans le feu*.
Après la prise de 'Akko par les Francs, la puissance de Çalah ed-Dîn fut
ébranlée et il en fut fort affligé. Dans sa colère, il détruisit Jafîa et les murs
d'Ascalon».
Les Francs s'emparèrent aussi de Césarée; ils se fortifièrent et rebâtirent
Jaffa, où ils placèrent une garnison. Ensuite, ils montèrent rebâtir les murs
d'Ascalon, où ils établirent aussi des habitants de leur peuple.
Alors Çalah ed-Dîn fit de nouveaux efforts et rassembla des armées pour aller
combattre les Francs ; et ceux-ci sortirent de 'Akko pour aller à la rencontre
des Turcs. Quand les deux armées furent prêtes à livrer bataille, subitement,
au mois de tésrin i'"" (oct.) de l'année 1504, ils firent une trêve de trois ans.
Çalah ed-Dîn paya une somme aux Francs, pour la nouvelle bâtisse des murs
d'Ascalon faite par eux, et il retourna les détruire entièrement; cette ville
demeura déserte*.
Les Francs établirent à "Akko un comte nommé Henri", neveu* du roi
d'Angleterre, et ils retournèrent dans leurs pays.
Çalah ed-Dîn rebâtit les murs de Jérusalem d'une construction' beaucoup
plus solide que la précédente. — Fin.
En l'an 1502, mourut le seigneur
d'Arbèles', filsdeZain ed-Dîn. Alors son
frère» le seigneur d'Édesse, abandonna
Edesse, Harran et Samosate pour aller
régner à Arbèles, où il prospéra [et] '"
occupa beaucoup de pays en Perse".
Çalah ed-Dîn donna ces [736] villes
à son neveu", 'Omar Taqî ed-Dîn, à
A cette époque, un synode se tint au
couvent de Mar Bar Çauma; on y mit
par écrit et on publia dans toutes les
églises la déposition de Bar Tammasih.
A cette époque, je fus de nouveau
abandonné (de Dieu) à cause de mes
péchés, et je fus tourmenté au sujet du
diocèse [736] important de Mardîn; car
1. av^f, — 2. Pour tous les détails du siège de S. Jean d'Acre, cf. Gesch. des Kônigr. Jerus.,
p. 514-575. — 3. Cf. op. cit., p. 591, 619. — 4. Cf. op. cit., p. 647 et suiv. — 5, Henri de Cham-
pagne; mai 1192. Cf. op. cit., p. 616. — 6. Fils de la sœur. — 7. Lire : U-i^.
8, Zain ed-Dîn Youssouf, fils de Zain ed-Dîn 'Ali Koudjak. — 9. Modhaffer ed-Dîn. — 10. Suppl. :
"^o. — 11. Cf. Abou '1-Féda, à l'année 586 Hég. — 12. Fils de son frère èahensah.
LIVRE XXI. GHAP. VII
409
qui on donna aussi le nom de sultan ;
homme violent, méchant, et ennemi des
Chrétiens, qui persécutait même les
Taiyayê. Il aggrava le joug pesant des
Iributs et des impôts sur les Chrétiens
«t sur les Musulmans. Il s'attaqua aux
émirs Benê Bogousag, qui étaient à
Sibabérek, et les expulsa des forte-
resses qui leur appartenaient. De là, il se
Tendit à Maipherqat, qui était à lui de-
puis longtemps; et de là il alla s'empa-
Ter de Gabaksour' et de Qoulab; et de
là il partit pour pénétrer dans le pays
de Khélat.
Après qu'il fut resté pendant cinq
mois dans cette région de l'Arménie,
faisant des captifs, pillant, tuant sans
pitié, surtout les Chrétiens, le Seigneur
l'y frappa, et il mourut subitement'. Sa
mort procura aux peuples un soulage-
ment semblable à celui qu'apporta ja-
.dis la mort de l'impie Julien.
Alors, son fils' et ses troupes quit-
tèrent ce pays et revinrent à Maipher-
qat. Son fils se révolta contre Çalah ed-
Dîn, oncle paternel de son père, et
celui-ci envoya son frère, nommé Malik
«l-'Adil, qui expulsa (le rebelle)
d'Edesse, de Ilarran, de Samosate, et
prit ces villes pour lui, avec Maipher-
<jat; il lui donna Hama et Éraèse, et res-
titua le pays de Sibabérek' aux Benê
Bogousag", qui furent dans la même
condition qu'ils étaient jadis sous le
gouvernement de Qotbed-Dîn, seigneur
d'Amid.
je n avais personne qui consentît à en
être le pasteur, à cause des charges qui
lui étaient imposées par le prince. J'or-
donnai pour ce diocèse l'Edéssénien
Maudiana. Mar Athanasius de Jérusa-
lem, qui avait échappé comme un tison
au feu, était venu près de nous et se
trouvaitprésent dans le couvent denotre
seigneur Mar Bar Çauma. Il ne voulut
point prendre part avec nous à l'ordina-
tion du misérable Maudiana. Celui-ci
ayant été ordonné par suite de l'abandon
(de Dieu), s'en alla à son diocèse et fut
d'abord accueilli par tout le monde. En-
suite, s'étant livré a différentes machina-
tions, qu'il n'estpasutileque nousrappe-
lions', il fut chassé. Alors Légion" entra
en lui; il renia la foi et voulut se faire
musulman. Des chalcédoniens de Méli-
tène l'ayant rencontré, le séduisirent par
leurs flatteries et il se rendit à Cons-
tantinople; il apostasia et se fit chalcé-
donien. Ils l'envoyèrent à Maipherqat
pour être le pasteur des Chalcédoniens
de cet endroit.
Nous terminâmes h grand'peine au
bout de quatorze ans le temple que
nous bâtîmes dans le couvent de notre
seigneur Mar Bar Çauma; la construc-
tion avait commencé en l'année 1491,
comme nous l'avons rappelé plus haut',
et en celte année 1504, par la grâce de
Dieu et le puissant secours des prières
de saint Mar Bar Çauma, il fut achevé
et orné. Nous réunîmes 35 de nos
évèques, et le dimanche avant laPente-
1. Vers. ar. : ^o^iao^s, ; BH : j*^|a.^. — 2. 10 oct. 1191. — 3. El-Ma!ik el-Mançour. — 4. Lire :
YP|.a.i», comme plus haut. — 5. Vers. ar. : >.^U«ls^i». Cf. ci-dessus, p. 247.
6, !-3,J. — 7, Allusion à Luc, viir, 30. — 8. Cf. ci-dessus, p. 382.
m
o2
410 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
La même année, le 23 de hazîran, il côte, le 15 de 'iyar«, quand les foules
y eut une éclipse de soleil'. Plus de la vinrent pour la fête du saint, il fut con-
moitié de son globe [737] s'obscurcit, sacré dans l'Esprit-Saint, lors de l'as-
et tout autour de lui on voyait les semblée synodale dont nous avons parlé
étoiles, et même la lune dans son voi- plus haut, dans le récit concernant [737]
sinage. Bar Wahboun', quimourut àcette même
époque, ainsi que le catholicos des Ar-
méniens, et plusieurs autres avec eux.
CHAPITRE [VIII]. — De l'époque à laquelle moururent les deux rois Turcs :
Kilidj-Arçlan^ sultan de Bithynie, Cappadoce et Petite Arménie, et Çalah ed-
Dtn, sultan d'Egypte, Arabie, Palestine et Syrie. Des autres événements qui se
passèrent à cette époque.
Quand le sultan Kilidj-Arçlan eut été chassé par ses fils, il circulait de place
en place. Les gens d'Iconium pris de 2.èle lé ramenèrent, et il fut rétabli sur son
trône. Son fils aîné* occupait la ville d'Axara ^ Le vieillard déploya du zèle,
réunit de nombreuses troupes et marcha pour faire la guerre à son fils. Étant
tombé malade en cet endroit, il rebroussa chemin pour revenir à Iconium,
irais il mourut en route \ II était accompagné d'un de ses jeunes fils^, qui con-
duisit le corps de son père près de ses ancêtres et occupa Iconium.
Le sultan Kilidj-Arçlan avait régné 38 ans, et fut très illustre. [734] Ses
états restèrent à ses douze fils».
En l'an 1504, mourut aussi le sultan Çalah ed-Dîn, à Damas'. Il avait 23 fils'°.
Avant de mourir, il établit son fils aîné" à Damas, et le mit à la tête de tous les
autres; il fit régner le second" en Egypte et le troisième" à Alep. Chacun de ces
trois avait le titre de sultan. A chacun des autres il partagea et attribua une
place. A son frère Malik el-'Adil, qui avait aussi le titre de sultan, il donna
Harran, Édesse, Maipherqat, Samosate, Qala' Djabar, Kérak et Saubak.
Ensuite, le seigneur de Mossoul** s'avança ; ses frères, (les seigneurs) de
1. 23 juin 1191. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus., p. 557, n. 1.
2. En 1193 (1504) la Pentecôte était le dimanclie 16 mai. L'église, terminée en 1504, aurait donc
été consacrée l'année suivante, le dimanche 15 mai 1194 ; la Pentecôte était le 29 mai. Mais plus
bas (cf. p. 411, n. 12) l'année 1504 est de nouveau indiquée. — 3. Cf. ci-dessus, p. 387.
4. Qotb ed-Dîn Malik-sah. — 5. Vers. ar. : lîmaj >is\^ youe ^ts. — 6. 25 août 1192. Cf. Gesch.
des Kônigr, Jerus., p. 657, n. 3. — 7. Kaï-Khosrou. — 8. Cf. Abou '1-Féda et Ibn el-Athir
{Hist. ar. des Crois., II, 69) à l'an 588 H. — 9. 3 mars 1193. Cl. Gesch. des Kônigr. Jerus.,
p. 655, 657. — 10. Sic ms., vers. ar. et vers, arm.; BH : 17, d'accord avec les sources arabes.
— 11. Malik el-Afdhal. — 12. Malik el-'Aziz. — 13. Malik ed-Dhaher. — 14, 'IzzedDin Mas'oud.
LIVRE XX[. GHAP. VIII[ 411
âingar' et deGazarla', et aussi celui de Mardîn», se joignirent à lui, et ils vinrent
dans le vois inage de Harran pour livrer bataille à 'Adil et reprendre leurs pays.
"Adil, de son côté, réunit aussi ses troupes et vint à leur rencontre. Mais alors
le seigneur de Mossoul tomba subitement malade, et s'en retourna; ceux qui
l'accompagnaient se dispersèrent. 'Adil leur enleva alors Raqah et Habora, et
mit le siège contre Nisibe. C'est pourquoi ils furent pris de peur et se sou-
mirent à lui, comme jadis à son frère : il leur restitua alors Habora, et ils
firent la paix. Quant àlui, il alla pourrégnersurles Arméniens; mais il ne put
y réussir, et revint après une campagne inutile.
Le seigneur de Mossoul, qui est' Izz ed-Dîn, mourut*, et son fils, appelé Nour-
ed-Dîn\ régna après lui.
Léon, prince de Cilicie, s'empara du Prince" seigneur d'Antioche, [737] et le
tortura cruellement; il lui rendit tout ce que ce dernier avait fait à Roupen,
frère de Léon. Alors le comte Henri vint de 'Akko, et, par ses instances et ses
promesses, il délivra le Prince qui retourna à Antioche ''.
Léon, après la mort du sultan'^ régna dans le Beit Roumayé sur 72 places
fortes, qu'il enleva en partie aux Turcs, en partie aux Grecs. Avec les Turcs, il
futvainqueur à toutes les fois; c'est pourquoi les fils du sultan recoururent à
sa protection.
Au mois de kanoun de l'année 1506, Malik', seigneur d'Abiastaïn, alla trouver
Léon et se mit sous sa dépendance. Alors Léon marcha contre le seigneur de
désarée'" et le vainquit. Il lui enleva une place forte dans le voisinage deCésarée.
Le sultan d'Egypte, appelé Malik el-"Azîz, s'avança pour faire la guerre à son
frère qui était à Damas; et leur oncle paternel, le seigneur d'Edesse, alla
pour mettre la paix entre eux", — Fin.
En l'an 1504, comme le discours l'a Quand Tévêque Athanasius, mon
exposé auparavant ", mourutKrikoros", frère charnel, quitta Jérusalem, après
catholicos des Arméniens de Cilicie, au la destruction de cette ville, il vint me
mois de tamouz (juillet) de cette année, trouver au couvent de Mar Bar Çauma.
et les Arméniens ordonnèrent comme Je l'envoyai comme vicaire de ma vieil-
catholicos un toutjeune homme, neveu'* lesse dans le diocèse d'Antioche. Ils
1. 'Imad ed-Dîa Zangui. — 2. Mo'izz ed-Dîn Sindjar-sah; en réalité son neveu. — 3. Youlouk-
Arslan. — 4. 28 août 1193. — 5. Arslan-sah. — 6. Bohémond III. — 7. Cf. Gesch. des Kônigr.
Jerus., p. 661, 662. — 8. Kilidj-Arsian. — 9. Malik doit être pris ici, semble-t-il, comme un titre :
« le prince » ; selon Ibn el-Alhir {/. c. p. 410, n. 8), ce prince était Moghit ed-Dîn Togril-sah. —
10. Nour ed-Dîn Soltan-sah; autre fils de Kilidj-Arsian. — 11. Cf. Gesch. des Kônigr. Jerus.,
p. 659.
12, Cf. ci-dessus, p. 387 et 410, n. 2. — 13. Grégoire IV, Dgh'a ; cf. ci-dessus, p. 354, n. 1. _
14. Fils du frère.
412
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
de celui qui était mort, qui fut lui-
même appelé Krikoros, et surnommé
Dîrâsou'.
La même année mourut aussi le pa-
triarche des Francs d'Antioche, qui est
Amaury; il mourut dans sa forteresse
de Qoçair : ils ramenèrent son corps à
Antioche, et l'ensevelirent dans la grande
église. On lui trouva une très grande
fortune. Ils établirent à sa place un des
prêtres âgés, qui s'appelait Ranulfe ^
[738] A cette époque, Mar Iwannis,
patriarche d'Alexandrie et d'Egypte,
nous envoya comme messager un évêque
âgé, nommé Petrus, homme capable et
très pacifique ', qui nous apporta une
lettre en langue égyptienne* et aussi en
arabe, saine parole, solide dans la foi et
ornée d'humilité et de parfaite charité.
Dès l'an i[4]96, en même temps
qu'avait commencé la guerre des Turco-
mans°, avaient aussi commencé les
fléaux de colère, par la sauterelle dévas-
tastrice et les autres plaies de châti-
ment. Une cruelle famine s'aggrava au
point que les hommes mangeaient la
chair des morts et toute espèce de pour-
riture. Beaucoup de gens vendirent
leurs enfants. Du seul pays de êabak-
tan, sans parler des autres lieux, on
vendit par écrit", à Donisar, 22 mille
garçons et filles, qui tous allèrent en
esclavage à Babylone.
l'accueillirent' comme un ange, et il
fut honoré par eux, et non seulement
par le reste de notre peuple, mais même
par les Francs et les Arméniens. Après
qu'il eut passé deux ans dans la ville
ou dans le diocèse, le moment de sa mort
arriva, par la volonté de Dieu; il tomba
malade et mourut le jeudi 21 de tésrin
i" de l'an 1504*. Son corps fut enseveli
dans le monastère de Dovaïr, près du
tombeau^ dupatriarcheMar Jean". [738]
Que Dieu, dans ses miséricordes, lui
donne le repos, et ait pitié de lui et de
tout lecteur qui priera pour lui.
On ordonna pour Jérusalem Ignatius,
qui est Sahda, archimandrite du cou-
vent même".
Au mois de kanoun (déc.) mourut
Dionysius de Mélltène; à sa place fut
établi Iwannis de Callisura, qui est Bar
Qanoun.
Au mois de tésrin (oct.) de l'an 1505y
le maphrien Mar Gregorius vint nous
trouver au couvent de Mar Bar Çauma,
avec quatre évoques de sa juridiction,
qui confirmèrent le pacte légitime qu'ils
avaient fait avec leur père spirituel.
Tandis qu'ils retournaient àleurs sièges,
Satan excita de nouveau Bar Tammasih-
qui dit au prince : « Le maphrien a pris
la fuite, et il ne reviendra pas ici. »
Quand les évêques arrivèrent, ils le-
couvrirent de confusion et le mépri-
1. Sic ms. et BH. Diratsou en arméiiiea signifie « le clerc ». Ce Grégoire V est surnommé,
par les Arméniens, Manoug (le jeune homme). — 2. "^ûi» lînql • même orthograplie dans la vers,
arabe; cf. Oriens Christ., t. III, 1157, — 3. La vers. ar. paraît avoir lu : la^ai (la^ûi. loSs "^4^.
— 4. C.-à-d. « copte ». — 5. Cf. p. 400. — 6. La vers. ar. a compris « recensés » (i^ii-ls).
7. uwiîiaû. — 8, Le 21 oct. 1192 était un mercredi, un jeudi en 1193 (1505), —9. Lire : mi-^^. —
10, Cf. ci-dessus, p. 247. — 11, Probablement du couvert de Bar Çauma.
LIVRE XXI. GHAP. VIII
413
sèrent très justement, avec tout le
peuple fidèle. Lorsque le maphrien ar-
riva, il fut accueilli avec grande joie par
le prince et par tout le monde.
En cette année 1506^ Léon, prince de
Cilicie, envoya prendre furtivement Qala '
Romaita et fit emmener le catholicos
jeune'. Quand ses actions furent sou-
mises à l'examen, les évêques armé-
niens le déposèrent', et Léon mit ce
catholicos en prison dans une forteresse
appelée Goubidara*. Le malheureux
essaya de s'évader, tomba sur une pierre
et mourut : ce fut une confusion pour
les Arméniens '.
Ensuite^ ils ordonnèrent pour leur catholicos le cousin' de l'ancien, qui avait nom
Abîrad' et fut appelé, lui aussi, Krikoros*. — Fin '.
Jusqu'en cette année, qui est l'année
1506, la sauterelle [dévora] » tous les ans
les céréales et les vignes, depuis les
confins de 1 Egypte jusqu'en Ibérie,
et depuis la Perse JHsqu'h la mer du
Pont. Un grand qephiza de froment
valait, à Mélitène, 16 dinars du sultan.
En cette même année 1506, sur l'ordre
du seigneur d Édesse, qui est Malik
'Adil, le son des cloches cessa dans
les églises d'Édesse, et ce fut une grande
affliction pour tous les Chrétiens. Que
Dieu ait pitié d'eux! — Fin.
1. Suppl. : ^5| (vers. ar.). — 2. P^ doit être ici la traduction de l'arménien manoug, surnom
du catholicos; cf. p. 412, n. 1. — 3. oia^»È>o. — 4. Sic ms. et BH; vers. ar. : w;»aa^. — 5. Cf.
Hisi. arm. des Crois., I, 631. — 6. Le fils de l'oncle paternel. — 7. C'est-à-dire : le Méchant.
Ms. et vers. ar. : »»;»3|; BH : ?;^l. — 8. Grégoire VI. Cf. ci-dessus, p. 354. o. 1.
9. Notre manuscrit ne porte ici aucune clausule ; ce qui n'a pas lieu de surprendre, l'auteur
ayant pu avoir l'intention d'ajouter ultérieurement quelque nouveau chapitre à son ouvrage. La
version arabe (fol. 398 v») ajoute :
, ^lo ^1 |&*<^oo It^fO ^oi^o >Ols',.x loi^ t^ («ot |;^to ■ ^^ POjoaiL oii^^o h<^*^ >^ 1^i : v Priez
pour moi misérable, et la prière sera partagée en deux moitiés, — Soit commémorée la Mère de
Dieu, Marie, et tous les saints et saintes, Ainsi, Amen ! ».
NOTE
AU SUJET DES
TABLEAUX CHRONOLOGIQUES
reproduits ci-après.
Ces tableaux font suite à ceux qui ont été réunis à la fin du XI« livre, t. II, p. 531-539.
D'après la rectification indiquée à cet endroit, la concordance normale des premières
années du nouveau tableau devrait être :
1(87 Sé].=7':6[»(s. 757] J.-C, au lieu de : 1088 Sél. = 777 [m*. 758] J.-C.
Mais le titre même du livre Xll^ tt les titres des livres suivants, appuient cette der-
nière cor.coidance, et mcntienl qu'elle a été établie par l'auteur; elle est maintenue jus-
qu'à la fin : et nous devons l'adopter pour l'intelligence du texte même de la Chronique.
Toutefois, dans la i« col. de nos tableaux, nous inscrivons la série des années de l'ère
des Féleucides telle qu'elle auiait dû se poursuivre d'après les restitutions antérieures. La
différence est systf matiquement d'une année (en moins dans les chiffres rectifiés). Il a
paru inutile de continuer la série précédente des années de l'ère chrétienne, qui aurait été
également partout d'une année en moins sur la date rectifiée que nous avons mise en
accord avec les chiffres du tableau. Plusieurs dates de la Chronique ne sont exactes
que si on les entend selon la série rectifiée et non selon les chiffres du tableau.
Une coknr.e, qui re figurait pas dans les tableaux précédents, donne, à partir d'ici, la
so rrme des Ann('es des Arabes. Ceci ne doit pas s'entendre des années de l'Hégire, mais
d'une sorte de synchronisme à partir de l'Hégire. Toutefois, le point de départ indiqué
ici est inexact. En effet, la 1" année des Arabes correspondant, selon Michel, à Tan 933
Sél. =:6i2 [ms. (04] J. C , l'an 157 répondrait à l'an 10{;9 Sél. = 778 [ms. 760] J.-C.
L'année 1(88, première du tableau, correspondrait donc à l'année 156 des Arabes.
L'auteur a voulu rectifier plus loin son erreur, sans y réussir complètement (v. ci-après
le tableau aux années 531-533). Il semble que la perturbation inextricable qui s'est
glissée dans la chronologie des Khalifes (cf. cidestus, p. 115, 118, 122) a eu pour
cause première une confusion entre les années de cette colonne et les années réelles de
l'Hégire.
A plusieurs reprises l'auteur parle des Années des lurcs, qu'il n'a pas fait figurer dans
les t ableaux. On doit comprendre, de même, le nombre d'années écoulées depuis la date
assignée au premier roi Tuic, c. à-d. 1361 Sél. =10rO [ms. 1031] J.-C. (cf. p. 158). Ces
années sent mentionnées dans le titre de chaque livre, de cette manière erronée :
1. XVI : 1442 Sél. = 1112 J.-C. = 509 Ar. = 70 Turcs, au Heu de : = 510 Ar. = 82 Turcs.
I. XVll : 1455 » ==1125 » =: 524 » = 83 » =523 n =: 95 >.
l. XVIll : 1464 1) =1134 » =531 » = 93 n =532 » —104 »
1. XX : 1486 » =1156 » =353 » =114 » =554 » =126 »
1. XXI : 1491 » =1161 » =558 » =119 » = S59 » =131 >.
II nous parait impossible de déterminer avec précision la cause de l'erreur.
(J.-B. Ch.)
TABLEAUX CHRONOLOGIQUES DES LIVRES XII-XXI
389 <
390
391
392
393
394
395
ERE DES
SÉLEOCIDES
Série
rectifiée
1087
1088
1089
1090
1091
1092
1093
1094
1095
1096
1097
1098
1099
HÛO
1101
1102
1103
1104
nos
1106
U07
Ii08
1109
1110
1111
ni2
1113
1114
Chiffres
du m3.
EH£
CHBÉTIEJiiyE
Chiffres
rectifiés
Clliffres
du ms.
<:§
00 oa
Cd <
a
1088
777
758
1
1
1089
778
769
2
2
1090
779
760
3
3
1091
780
761
4
4
1092
781
762
5
5
137
158
139
160
161
66. Cons-
tantinus,
fils de
Léon.
22 ans
1093
782
763
1
6
1094
783
764
2
7
1095
784
765
3
8
1096
785
766
4
9
162
163
164
165
Sur les Taiyayi
régna Mousa,
fils de Malidi.
2 ans
24.
Haroun.
23 ans
1097
786
767
5
1093
787
768
6
1099
788
769
7
1100
789
770
S
1101
790
771
9
•1102
791
772
10
nos
792
773
U
1104
793
774
12
1105
794
773
13
1106
795
776
14
1107
796
777
15
= 1108
797
778
16
1109
798
779
17
1110
799
780
18
1111
800
781
19
1112
801
782
20
1113
802
783
21
1114
803
784
22
1
2
3
4
3
6
7
8
9
10
U
12
13
14
15
16
17
18
Nicepho-
rus*.
8 ans
166
167
168
169
170
171
172
173
174
173
176
177
17S
179
180
181
182
183
1115 804
785
19
184
396
ERE
DES SâLEl'CIDES
Série
rectifiée
1115
1116
1117
H18
397
398
399
1U9
1120
1121
1122
1123
1124
1125
1126
U27
1128
1129
1130
1131
1132
Chiffres
du ras.
ERE
CHRÉriENNE
Chiffres
rectifiés
Chiffres
du ms.
1116
805
786
2
20
1117
806
787
3
21
1118
807
788
4
22
1119
803
789
5
23
185
186
187
183
1120
1121
1122
1123
809
810
811
812
Mo-
ham-
med,
fils de
Ha-
roun.
4 ans
790
791
792
793
6
1
1
7
2
2
8
3
3
9
4
4
Et dans
le Kho-
rasan
Md-
moun,
fils de
Baroun.
[4 ans]
189
190
191
192
1124
813
Stauri-
1 an
794
Mâmoun
qui est
Abou '1
* Abbas.
20 ans»
193
1125
6S. Michel.
1 an
814
795
194
e,i.Léon.
7 ans
1126
815
796
1
3
1127
816
797
2
4
1123
817
798
3
3
1129
818
799
4
6
1130
819
800
3
7
1131
820
801
6
8
1132
821
802
7
9
195
196
197
198
199
200
201
1133
70. mchel
régna après
avoir tué
Léon. 8 ans *2
822
803
10
202
1. Page 478. — 2. Cette Olymp. est placée en face l'année 1089 du ms.. Nous plaçons régulièrement les autres, de 4 en
4 années, sans tenir compte des déplacements accidentels et des erreurs de copiste. — 3. P. 482. — 4. P. 484. —
5. P. 485. — 6. Le numéro d'ordre est omis, et il en est ainsi plusieurs fois par la suite. Il en est résulté des erreurs de
numérotage que nous croyons inutile de relever. De même dans la série des khalifes. — 7. P. 486. — 8. Numéro d'ordre
omis. — 9. Note marginale : Du temps de Mâmoun, l'empire des Taiyayê était pour ainsi dire dans l'anarchie, par le
fait des rebelles. — 10. P. 490. — 11. P. 498. — 12. Sic ms. ; mais 7 ans seulement dans le tableau.
416
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
ERE DES
SÉLKUCIDE3
Série
rectifiée
Chiffres
du ms.
ERE
CHBtTIEKNE
Chiffres
T' clifiés
Chiffres
du ms.
2^
ERE 1>ES
SÉLEDCIDES
Série
rectifiée
Chiffres
du tus.
ERE
CHRÉTIENNE
Chiffres
rectifiés
Chiffres
du ms.
IS
K 5 s
II
400
401
402
403
404
405
406
407
H33
1134
1135
1136
1137
1138
1139
1140
1141
1U2
1143
1144
1145
1146
1147
1148
1149
1150
1151
ii;.2
1153
1154
1155
1156
1157
1158
1159
1160
1161
1162
1163
1164
1134
1135
1136
1137
1138
li39
823
824
825
826
827
825
804
805
806
807
808
S09
2
11
3
12
4
13
5
14
6
15
7
16
rheo-
philuH.
8 ans'
1140
1141
H[4]2
11[4]3
829
830
831
832
810
811
812
813
17
18
19
20
27'. A bon
Ishaq.
U aus»
1144
833
814
5
1
1145
834
815
6
2
1146
835
816
7
3
1147
836
817
8
4"
1148
837
818
9
5
1149
838
819
10
6
1150
839
820
U
7
1151
840
821
12
8
1152
841
822
13
9
1153
842
823
14
10
1154
843
824
IS
11
Ti. Michel
-28. Ha-
fils de
roun sur-
Théo-
nommé
phile.
Watiq.
25 ans
6 ans
1155
844
825
1
1
1156
845
826
2
2
1157
846
827
3
3
1158
847
828
4
4
1159
848
829
5
5
1160
849
830
6
6
Dja-
•far".
5 ans
1161
850
831
7
1
1162
851
832
8
2
1163
852
833
9
3
1164
853
834
10
4
1165
854
835
U
5
203
204
205
206
207
208
209
210
211
212
213
214
215
216
217
218
219
220
221
222
223
224
225
226
227
228
229
230
231
232
233
234
408
1165
1166
1167
1168
409
410
411
412
1169
1170
1171
1172
1173
1174
1175
1176
1177
1178
1179
1180
1166
855
1181
1182
836
12
Ahmed
Aious-
ta 'In.
3 ans
1167
1168
1169
856
857
858
837
838
839
13
14
15
'Abdal-
lah Mou-
t'az.
3 ans et
6 m.
1170
859
840
16
1171
860
841
17
1172
861
842
18
1173
862
843
19
Mouh-
[t]adi.
11
ans**
1174
863
844
20
1
1175
864
845
21
2
1176
865
846
22
3
1177
866
847
23
4
1178
867
848
24
5
H[7]9
868
849
25
6
Ba&il\iu8\
[2 ans] *«
1180
1181
869
870
850
851
1
2
7
8
Le 23' ré-
gna sur
les Grecs,
Léon.
[â5 ans et
8 m.]"
1182
871
852
1
9
1183
872
853
2
10
1. p. 504. — 2. Ms. : 207. — 3. Ms. : 208. — 4. Ms. : 209. — 5. Sic ms. ; 15 au tableau. — 6. P. 507. — 7. Ms. : 24. -_
8. Le ms. porte ici : Abou 'l-Abbas ; 8 ans; cf. ci-après n. 10. — 9. P. 530. — 10. Le titre répété ici porte correctement
Abou-lshaq Mo'tacim. — 11. P. 538. — 12. P. 545. — 13. Moutawakkil. La chronologie est ici bouleversée. Cf. ci-
dessus, p. 113-114, 117-118.— 14. P. 546. — 15. Cf. p. 117. — 16. Ms. : McAeZ. ; cf. ci-dessus, p. 117, 1. 2-6. — 17. P. 547.
— 18. Cf. p. 117, 1. 6.
TABLEAUX CHRONOLOGIQUES DES LIVRES XII-XXI
417
EUE liEi
SÉLEUCIDES
Série
rectifiée
Chidres
du iiis.
EKE
CHRRTIEflKE
Cliiffies
i-ertiliés
Chiffres
du nis.
5 '^
^i
ÈRE DES
SÉLEUCIDES
Série
rectifiée
Chiffres
du ms.
ERB
CHRÉTIENNE
Chiffres
rectifiés
Clliffres
du ms.
413
414
415
416
417
418
419
420
421
1183
1184
1185
H86
U87
l'.88
118»
1190
1191
1192
1193
1194
1195
U96
1197
1198
1199
1200
1201
1202
1203
1204
1203
1208
1209
1210
1211
1212
1213
1214
1215
1216
1217
1184
1185
873
874
854
855
11
12
253
234
A limC'l.
[.l/ouVrt-
iuid],
[23 ans! '
1186
875
856
5
1
1187
876
857
6
2
1188
877
858
7
3
1189
878
859
8
4
iiao
879
860
9
5
1191
880
861
in
6
1192
881
862
H
7
1193
832
86^
12
8
1194
883
864
13
9
1195
884
865
14
10
1196
885
866
15
11
1197
886
867
16
12
1198
887
868
17
13
1199
888
869
18
14
1200
889
870»
19
15
1201
890
871
20
16
1202
891
872
21
17
1203
892
873
22
18
1204
893
«74
23
19
1205
894
875
24
20
1206
895
876
25
21
'Abou *l
'■Abbas.
20 aiiS et
10 mois
1209
898
8[7]9
2
1
1210
899
8S0
3
2
1211
900
881
4
3
1212
901
882
5
4
1213
902
883
6
5
1214
903
884
7
6
1215
904
885
8
7
1216
905
886
9
8
1217
906
887
10
9
1218
907
888
11
10
255
256
257
258
259
260
261
262
263
264
265
266
267
268
269
270
271
272
273
274
275
Alexandre
1 ia'
1206
1207
896
877
1
22*
276
Constan-
tinus.
55 ans»
1207
1208
897
878
[1]
[23]
277'
278*
279
2S0
281
282
283
284
285
286
287
422
423
424
425
426
427
428
429
430
431
1218
1219
1220
1221
1222
1223
1224
1225
1226
1227
1228
1219
908
889
12
11
1220
909
890
13
12
1221
910
891
14
13
1222
911
892
15
14
1223
912
893
16
15
1224
913
8U4
17
16
1225
914
895
18
17
1226
915
896
19
18
1227
916
897
29
19
1228
917
898
21
20
1229
918
899
22
21
1229
1230
1231
1232
1233
1234
123.-;
12:16
1237
1238
1239
1240
1241
1242
1243
1244
1245
1216
1247
1248
1249
1230
1251
1252
1253
1254
1235
1256
1257
1258
1259
1260
Aboli
Moham-
med.
6 aus et
1230
919
900
23
1
1231
920
901
24
2
1232
921
902
25
3
1233
922
903
26
4
1234
923
904
27
S
1235
924
905
28
6
Dja'far
Mouq-
tadir.
1236
925
906
29
1
1237
926
907
30
2
1238
927
908
31
3
1239
928
909
32
4
1240
929
910
33
5
1241
930
911
34
6
1242
931
912
35
7
1243
932
913
36
8
1244
933
914
37
9
1245
934
915
38
10
1246
935
916
39
11
1247
936
917
40
12
1248
937
918
41
13
1249
938
919
42
14
1250
939
920
43
15
1251
940
921
44
16
1252
941
922
45
17
1253
942
923
46
18
1254
943
924
47
19
1255
944
925
48
20
1256
945
926
49
21
1257
946
927
50
22
1258
947
928
51
23
1259
948
929
52
24
Abou
Man-
2 ans
1260
1261
949
950
930
931
53'
54'
288
289
290
291
292
293
294
295
296
297
298
299
300
301
302
303
304
303
306
307
308
309
310
311
312
313
314
315
316
317
318
319
320
321
322
323
324
325
326
327
328
329
330
1. Cf. p. 117, I. 8. — 2. M. : 8670. —3. Ms. : II ans; cf. p. 118, 1. 3, et ci-après n. 6. — 4. Ms. : 23 ; cf. p. 117, 1. 8. —
5. Ms. : 15 ans. — 6, Ici se lit en marge la note : « ou un an », qui semble se rapporter au règne d'Alexandre; cf. ci-
devant n. 3. — 7. P. 548. — 8. Ms. : 258. — 9. Ms. : 259. — 10. P. 549. — 11. Ms. : 25 ans; cf. p. 118. — 12. P. 551.
— 13. Qahir. — 14. Ms. : 52. — 15. Ms, : 53.
III.
53
418
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
ÈRE DES
SÉLBUGIDES
Série
rectiflée
Chiffres
du ms.
EKB
CHRÉTIENNE
Cbiffrcs
rectifiés
Chiffres
du ms.
H", I
432
433
434
435
436
437
438
1261
1262 gsi
932
55«
331
1262
1263
1264
126S
1266
1267
Homanus.
6 ans
1263
1264
1265
1266
1267
1268
952
953
954
955
956
957
1268
1269
1210
1211
933
934
935
936
937
938
1
2
2
3
3
4
4
5
5
6
6
7
332
333
334
335
336
337
78' dos
Romains
28' des
(irecs :
Coiistan-
iinus. 4 ans
40. Aboli
Ishaq
Mouqtafi,
4 ans
1269
1270
1271
1272
958
959
960
961
939
940
941
942
Homanus.
3 ans
AbouH-
Qas im.
ti ans
338
339
340
341
1272
1273
1274
1273
1274
1275
862
963
964
943
944
945
1
1
2
2
3
3
342
343
344
Nice-
phorhts]
Il ans
1275
1276
1277
1276
1277
1278
965
966
967
946
947
948
1
4
2
5
3
6
345
3 16
347
Al
FadhlK
i» ans
et 3 m.
1278
1279
1280
12S1
1282
1283
1284
1285
1279
1280
1281
1282
1283
1284
1285
1286
968
969
970
971
972
973
974
975
949
4
1»
950
5
2*
951
6
3
952
7
4
953
8
5
954
9
ft
935
10
7
956
11
8
348
349
3.10
351
352
3S3
354
3j5
Sy'< yskai,
[3 ans]
1286
1287 976
957
1
336
439
440
441
442
443
444
445
446
447
448
449
EHK D>-S
SÉLFXCIKRS
rectifiée
CIliffres
(lu ms.
1287
1288
1289
1290
1291
1:^92
1293
12D4
1295
1296
1297
1298
1299
1300
1301
1302
1303
1304
1305
1306
1307
1308
I30i)
l.ilO
1311
1312
1313
1314
1315
1316
1317
1318
1319
1 320
1321
1322
1323
1324
1325
1326
1327
1328
1329
1330
1331
1332
ERE
CHHRÏIE.ViNK
Chiifces
rectifies
Chiffres
du ms.
;^
1288
1289
977
978
933
939
10
11
Basiliun.
[o5 ansj^
1290
979
1291
980
1292
981
1293
982
1294
983
1295
984
1296
985
1297
986
1298
987
1299
988
1300
989
1301
990
1302
991
1303
992
1304
993
1305
994
1306
995
1307
996
960
961
962
963
964
963
966
967
968
969
970
971
972
973
974
975
976
977
1308
1309
1310
1311
1312
1313
1314
1315
1316
1317
1318
1319
1320
1321
1322
1323
1324
1325
1326
1327
1328
1329
1330
1331
1332
1333
1017
1018
1019
1020
1021
1022
998
9;*9
lOuO
1001
1002
1003
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29
Abou
Bekr'i.
lii ans
et 4 m.
997
978
19
1
998
979
20
2
999
980
21
3
1000
981
22
4
1001
982
23
5
1002
983
24
6
1003
984
25
7
1004
985
26
8
1005
986
27
9
1006
987
28
10
1007
988
29
11
1008
989
30'=
12
1009
990
31
13
1010
991
32
14
1011
992
33
15
1012
993
34
16
1013
994
35
17
1014
993
36
18
1015
996
37
19
1016
997
38
20
Abou 7-
^Abbas
Qd'Jii:
ii ans"
39
40
41
42
43
44
1. Radhi. — 2. Ms. : 53. — 3. P. 554. — 4. Al-Moufaddhal al-Mouti'. — 5. M,,. : 7 — 6. Ms. : 8. _ 7. P 555. —
. P. 557. — 9. Cf. p. 133, 1. 1. — 10. P. 558. — H. AtTayi'. — 12. Le ms. répète ici 29, et continue 30-5'i au lieu de
31-55. — 13. Sic ma.; ci-dessus, p. 133 : u 42 ans «•, 43 dans le tableau.
TABLEAUX CHRONOLOGIQUES DES LIVRES XII-XXI
419
450
451
452
453
457
458
459
ERE DES
SÉLBOCiDES
Série
rectifiée
Chiffres
du 1rs.
£KE
CUHÉTIENNE
Clijffres
rectifiés
Chiffres
du ms.
1333
1334
1335
1336
1338
1339
1840
1341
1342
1343
1334
1023
1335
1024
1336
1025
1337
1026
133S
1027
1339
1028
1340
1029
1341
1030
1342
1031
1343
1032
1344
1033
1004
1003
1006
1007
1009
1010
lUll
1012
1013
1014
43
7
46
8
47
9
48
10
W
U
no
12
51
13
52
14
53
15
54
16
5>
17
403
404
405
406
4ÛT
408
409
410
4H
412
413
Constan-
tùius
régna seul
sur les
lîumains*.
1344
1345
1346
1345
1346
1347
460
ERK
DES SftLEl'CIDES
Série
rectifiée
Chiffres
du ms.
1034
1035
1036
1015
1016
1017
1 «
18
2
19
3
20
414
415
416
EBE
CHHÉriENNK
Chiffres
rectifiés
Chiffres
du ms.
«
•o
«^■s=^
Z- -S T*.
S^cSs
xs"^
< -o
« Ë a
-u
■*
1360
1361
1362
1363
1364
1365
1366
1367
1368
1369
1361
1362
1363
1364
1365
1366
1367
1368
1369
1370
1050
1051
1052
1053
1054
1055
1056
1057
1058
1059
1031
1032
1033
1034
1035
1036
1037
1038
1039
1040
1
34 .
2
35
3
36
4
37
5
38
6
39
7
40
8
41
9
42
10
43
430
431
432
433
434
435
436
437
438
439
A cette époque, quand le roi des Ttiiyayé Aàou
'l-^Abhas mourut, les Arabes n'eurent plus de roi
universel, conime les précédents, mais seulement
un khalife qui régnait à Bagdad, demeurant retiré
dans un endroit appelé Darât er-Roum. c^iSt-à-dire
Maison des Romaini; tandis que le pouvoir {^vili^MiX)
était aux Turcs.
43.
Khalife
Bja'-
far'.
1S70
1371
1371
1372
1060
1061
1041
1042
11
12
440
441
l'impératrice
Théodora
gouvernait
l'empire des
Romains
pendant
nu an.
1372
1373
1062
1043
442
Michel.
1 an
1373
1374 1063 11144
443
EHE DES
SËLEUCIDES
Série
rectifiée
Chiffres
du ms.
iRE
CHKÉTrENNB
Chiffres
rectifiés
Chiffres
du ins.
S
o
a;
U^.h
454
455
456
1347
1348
1349
13-';0
ISSl
1352
1348
1349
1350
1351
1352
1353
1037
1038
1039
1040
1041
1042
1018
1019
1020
1021
i«2-2
1023
1
21
2
22
3
23
4
24
S
as
6
26
417
418
419
420
421.
422
Michel.
1353
1354
1355
1356
1357
1358
1359
1354
1355
1356
1357
1358
1359
1360
1043
1044
1045
1046
1047
1048
1049
1024
1025
1026
1027
1028
1029
1030
27
28
29
30
31
33
423
"424
425
426
427
428
429
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
1. Cf. ci-dessus p. 133. — 2. Ms. : 55, 56, 57 au lieu
de 1, 2,3. — 3. P. 559 — 4. Sic, ici et dans le texte
p. 146. — 5. Ms. :404 409, au lieu de 424-429.
6. P. 571. — 7. al-Qâim. Les numéros d'ordre sont
parfois omis, parfois erronés; nous les reproduisons
tels qu'ils se lisent dans le ms , sans nous préoccuper
de leur restitution. — 8. P, 572.
420
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
m
ÈRE
IiES
ÉRB
a
ce
■«
a
SÉLEUCIDES
CHRÉTIENNE
tn 0}
£ ».
-f, .
i^
S5
as -^
9a
Série
Chiffres
Chiffres
Chiffres
O g
a§
1^
o
rectifiée
du ms.
rectifiés
du ms.
'S
a
1. P. 576. _ 2. Ms. : 12-16 au lieu de 11-15. —
1374
1375
1064
104S
1
5
444
15
1375
1376
1065
1046
2
6
445
16
3. P. 577. — 4. Sic ms. Il en résulte, dans cette
colonne, un retard d'abord de six, puis de cinq ans,
qui ne semble pas avoir été corrigé avant l'année 1468 ;
Constan-
tinus Du-
cas. 9 ans
cf. p. 422, n. 13; 424, n. 1. — 5. P. 578. — 6. Ici,
1
dans la répétition du titre, le manuscrit porte : Abou
Dja'far Qahir, lire : Qaîm,
461
1376
1377
1066
1047
1
7
446
17
1377
1378
1067
1048
2
8
447
18
1378
1379
1068
1049
3
9
448
19
1379
1380
1069
1W50
4
10
449
20
462
1380
'1381
1070
1051
5
11«
450
21
1381
1382
1071
1052
6
12
451
22
1382
1383
1072
1053
7
13
452
23
1383
1384
1073
1054
8
14
453
24
1384
1385
1074
1055
9
15
454
25
90.
Oiogènes.
ï. Alp-
Arslàn.
463
[3 ans]
13S5
'1386
1075
1056
1
10'
455
1
1386
1387
1076
1057
2
11
456
2
1387
1388
1077
1058
3
12
457
3
-
)l. Michel
fils de
"onstantin
9 ans
1388
1389
1078
1059
1
13
'458
4
464
1-389
«1390
1079
1060
2
14»
459
5
1390
1391
1080
1061
3
15
460
6
1391
1392
1081
1062
4
16
461
7
1392
1393
1082
1063
5
n
462
8
465
1393
1394
1083
1064
6
18
463
9
1394
1395
1084
1065
7
19
46 i
10
-
TABLEAUX CHRONOLOGIQUES DES LIVRES XH-XXI
421
w
ÈRE
DES
ÈRE
ROUAINS
KHALIFES
TCBCS
SULTAN
TURCS
ABARBS
c
SÉLE0C1DE3
CHRETIENNE
DB
DE
DU
■ — —
'— *- '
91.
BAGDAD
DES
PERSE*
BEIT-
RODMAYÊ'
WPPA-
doce'
DÉaYPTE
>■
o
Série
rectifiée
Chiffres
du ms.
Chiffres
rectifiés
Chiffres
du nos.
Michel
Abou
ABABE3
Alp-
Arslân
t.
Soleiman
[i.Tanou-
sman] '
'Igiws''
1. 581. — 2. Ce
Il est
1
1395
1396
1085
1066
8
20
465
proclamé
Ahou'l-
1
1
i
titre n'est pas ins-
crit dans le ms. —
3. Comp. ci dessus, 1
Fatah'
1396
1397
1086
1067
9
21
466
2'
2
2
2
p. 170, Remarque. 1
— 4. Capitale : Ico-
nium. — 5. Capi-
92. Nice-
phorus
Botani-
-
tale : Sébaste. —
cius*.
i ans
6. Ce nom est écrit
par erreur dans la
466
1397
1398
1087
1068
1
22
467
3
3
3
3
col. voisine. — 7.
1398
1399
1088
1069
2
23
468
4
4
4
4
Sic ms. Peut-être
l'auteur a-t-il voulu
,
93. Alexis
désigner Ildekouz ;
Comnatos
3S ans
on s'attendrait, d'a-
près le texte (cf. ci
dessus, p. 172), à
1399
1400
1089
1070
1
24
469
S
5
5
5
1400
1401
1090
1071
2
25
470
6
6
6
6
trouver le nom de
467
uni
1402
1091
1072
3
26
471
7
7
7
7
'Aqsis. Le khalife
1402
1403
1092
1073
4
27
472
8
8
8
8
1403
1404
1093
1074
5
28
473
9
9
9
9
d'Egypte était, à
1404
1405
1094
1075
6
29
474
10
10
10
10
cette époque, le fati-
mide Mostansir. —
2. Soleiman
8. Au lieu de 2-15,
fut tué et
Utidf-Arsîai
1
le ms. porte 1-14. —
régna.
9. Sic ms.
10. Sic ms., en cet
468
140S
1406
1095
1076
7
30
475
H
1
11
H
endroit; parla suite
le titre est tantôt ;
1406
1407
1096
1077
8
31
476
12
2
12
12
1407
1408
1097
1078
9
32
477
13
3
13
13
1408
1409
1098
1079
10
33
478
14
4
14
14
Romains, tantôt ;
469
1409
1410
1099
1080
11
34
479
15»
5
15
15
Grecs; nous répé-
tons celui-ci jus-
qu'au bout. — 11.
P. 588. - 12. Ms.!
a
ÈHK
SÉLED
DES
CIDES
È[
CHRÈT
E
lENNE
GBECS
ET
FOIS
FR^NCS
KHALIFES
DB
ANNÉES
TURCS
TURCS
turcs
DE
DE PERSE
CAPPA-
s
>
Série
Chiffres
Chiffres
Chiffres
romains'"
DE JERU-
SALEM
BAGDAD
DES
Abou'l-
BITBYNIE
KiUdj-
DOCE
9,10, au lieu de 18,
19.
O
rectifiée
du ms.
rectifiés
du ms.
A lexis
Goâefroy
Dja 'far
ARABES
Arslan
sman
a
1410
1411
1100
1081
12
\
35
480
16
6
16
1411
1412
1101
1082
13
2
36
481
17
7
17
Baudoin
régna à
Jérusalem
1412
1413
1102
1083
14
1
37
482
18
8
18"
470
1413
1414
1103
1084
15
2
38
483
19
9
19
Tanousman
mourut et
Ghàzi
régna
1414
1415
1104
1085
16 3
39
484
20
10
1
422
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
ce
ÈRE
DES
ÉIIE
ORECS
BOIS
KHALIFES
ANNÉES
TURCS
TURCS
TURCS
?ÉLEl'CIDEà
CHBÉTIKHNE
ET
FRANCS
DE
DB PERSE
DE
DE
eu
^ ,!*■
^^
DE JÉBU-
BAGDAD
DES
BITHYNIK
CAPHA-
E
B0M.\1N8
Abou'L-
O
Série
rectifiée
Chiffres
du nis.
Chiffres
rectifiés
Chiffres
du ms.
Alexis
SALRM
Baudoin
Abou
Dja^far
ARABES
Fatah
Kilidj-
Anlan
DOCB
Ghdu
1. Chiffre déplacé.
UfS
1416
1105
10S6'
17
4
40
483'
21
11
2
1416
1417
1106
1081
18
5
41
486
22'
12
3
- 2. Ms : 21, _ 3.
471
un
1418
1107
1088
19
6
42
487
23»
13
4
Ms:22. — 1. Chiffre
omis. — 5. P. 592.
Alb-Arslan
1
fut tué et
Ghyàled Din
— 6. L'auteur pa-
régna.
raît désigner sous
nilao Sindjar
1
ce nom Mouqtadi
(1075-1094). — 7.
Ms ; Mouslim, mais
plus bas, correcte-
U18
1419
1108
1089'
20
7
43
488»
1
14
5
44. Aboul-
Qasim^.
Sakinsah
ment, Mas'oud.— 8.
s
[id ans]
Chiffre omis dans !c
ms. — 9. Cf. ci-des-
U19
1420
1109
1090
21
8
1
489
2
1
6
1420
1421
1110
1091
22
9
2
490
3
2
7
sus, p. 177, n. 1. —
10. P. 597. — 11.
P. 601. — 12. Ms.:
A cette époque
régna à Ico-
nium
15-22 au lieu de 16-
Mas'oud', le
23. — 13. Dans le
plus jeune fils
de Kilidj-
texte, ci-dessus, p.
Arslau.
221, on pLice à l'an-
née 1436 la mort de
472
1421
1422
1422'
1423
1111
1112
1092
1093
23
24
10
H
3
4
491
492
4
5
1
2
8
9
Moustadhir et l'avè-
142.S
1424
1113
1094
25
12
6
493
6
3
10
nement de son suc
1424
1425
1114
1095
26
13
6
494
7
4
11
cesseur Moustarsid
473
1423
1426
1115
1096
27
14
7
495
8
5
12
1426
1427
1116
1097
28
15
8
496
9
6
13
(1118-1135); celui ci
est complètement
omis dans nos ta-
Ici mourut
Baud
salcm
JÎD roi de Jéru-
, et le fds de sa
bleaux. La diffé-
sœur
, aussi appelé
rence de 4 ans pro-
Baud
oin, régna.
vient sans doute de
la répétition signa-
1427
1428
1117
1098
29
1
9
497
10
7
14
lée p. 420, n. 4.
Jean fils
d'Aleiis.
10
86 ans».
1428
1429
1118
1099
1
2
10
498
11
8
15
474
1429
1430
1119
UflO
2
3
11
499
12
9
16
1430
1431
1120
1101
3
4
12
500
13
10
17
1431
1432
1121
1102
4
5
13
501
14
11
18
II
1432
1433
1122
1103
S
6
14
S02
15
12
19
475
1433
1434
1123
1104
6
7
15
503
16"
13
20
1434
1435
1124
1105
7
8
16
504
17
14
21
1435
1436
1125
llOfi
8
9
17
503
18
15
22
1436
1437
1126
1107
9
10
18
506
19
16
23
476
1437
1438
1127
1108
10
11
19
507
20
17
24
1438
1439
1128
1109
11
12
20
508
21
(8
25
ci régD* su
les Arabes
t
i Bsgdad 1
45"\alife
(
[uiestJI/bus
tadhir*'.
1 1 ans.
1439
1440
1129
1110
12
13
1
509
22
19
26
1440
1441
1130
1111
13
14
2
510
23"
20
27
TABLEAUX CHRONOLOGIQUES DES LIVRES XII-XXI
423
m
ÈRE
DES
ÈRE
GRECS
R0I3
KHALIPBS
ANNÉES
TURCS
TURCS
Timcs
SÉLEUCIDE3
CHRÉTIESNE
ET
PB.^NCS
DE
DE PERSE
DE
DE
— — ,
ROMAmS
DE JÉRU
BAGDAD
DES
4.
BITHTNIE
CAPPA-
>-
Série
ChiSres
Chiffres
Chiffres
SALEM
Mousta-
ARABB3
Mahmoud
Mas^oud
DOCE
o
rectiflie
du ms.
rectifiés
du ms.
ieoM
BtMdoin
dhir
sultan
sultan
Ghâii
1. P. 606. — 2.
'477
1441
1142
1131
1112
14
15
3
511
1
21
28
1442
1143
1132
1113
15
16
4
512
2
22
29
ProbabL : « Comte
1443
1144
1133
1114
16
17
5
513
3
23
30
d'Anjou )'. — 3. Cf.
1444
1145
1134
1115
17
18
6
614
4
24
31
ci-dessus, p. 2'i8.
— i. Ma. ; Mas'ouà,
[
Ici mi'Urul
Emir-Ghâzi
par erreur. — 5. P.
et son fils
Mahmoud
622. — 6. Ms. : 5-8
régna en
au lieu de 1-4 — 7.
478
Cappadoce
P. 628. — 8. La
concordance 1455 :=
1445
1446
1135
1116
18
19
7
515
5
25
1
1446
1447
1136
un
19
20
8
516
6
26
2
1125 = 524 est con-
firmée par le texte ;
cf. ci-dessus p. 258.
Ici mourui
îaudoio, ro
le Jérusalen
i
— 9. Ms. : 9-17 au
et Fowj,
lieu de 5-13. — 10.
Gondadjo *
son (rendre
Ce qui suit (1464-
lui succéda
1
1481) se trouvait
dans la partie du
1447
1448
1137
1118
20
1
9
517
7
27
3
ms. qui manque. La
1448
1449
1138
1119
21
2
10
518
8
28
4
479
1449
1150
1139
1120
22
3
11
519
9
29
5
restitution des col.
1-7, 11, 12 ne fait au-
cune difficulté ; celle
5. Ma^soud
Ma'soud
Mahmoud^
46.
Khalife
sultan des
sult«n
des
régna sur
les Turcs
des col. 8-10 est jus-
Ra'sid
Turcs du
Khorasan '
Turcs de
Bithynie
de Cappa-
doce
tifiée dans les notes
%
suiv. — 11, Ici com-
mençait la série des
'1450
1451
1140
1121
23
4
1
520
1»
30
6
1451
1452
1141
1122
24
5
2
S 211
2
31
7
succeseurs de Mas-
1452
1453
1142
1123
25
6
3
o[2]2
3
32
8
'oud du Khorasan
480
1453
1454
1143
1124
26
7
4
5[2]3
4
33
9
probabl. par le nom
de Malik-sah; cf. ci-
6.
.
95.
Manuel
empereur
des Grecs
Baudoin
roi des
Francs «le
Jérusalem
Mouqtafi
khalife
des Arabes
4.
Ya'qoub'
Arslan
dessus p. 310. Elle
ne se poursuivait
que pendant 4 ans.
— 12. La suppres-
T
1454
1455
1144
1123
1
1
1
524'
5'
34
1
sion de deux année s
1455
1456
1145
1126
2
2
2
525
6
35
2
1456
1457
1146
1127
3
3
3
526
7
36
3
dans la série, qui re-
481
1451
1438
1458
1459
1147
1148
1128
1129
4
5
4
5
4
5
527
528
8
9
37
38
4
5
commence à 531 (au
1459
1460
1149
1130
6
6
6
529
10
39
6
Iieude533)=l464 =
1460
1461
1150
1131
7
7
7
530
n
40
7
1134, est intention-
482
1461
1462
1151
usa
8
8
8
531
12
41
8
nelle, d'après le
1462
1463
1152
1133
9
9
9
Î32
13
42
9
litre du livre XVIII,
ci-dessus, p. 309.
Matik-sah
et
plusieurs
La 1" année des
autres
Arabes correspon-
après lui '•
dant, d'après Michel
(cf. t. Il, p. 408), à
1463
1464
1153
1134
10
10
10
531"
43
10
1464
1465
1154
1135
11
11
11
532
44
11
933Gr. = 604J.-C.,
l'an 531 devrait ré-
pondre à l463Gr. =
5. Kilidj-
483
Arslan
1134 J.-C.
1465
1466
1155
1136
12
12
12
533
1
12
424
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
EUE
DES
ÈRE
GRECS
ROIS
KHALIFES
TURCS
TURCS
8ÉLEUCIDES
CHRÉTIENNE
ET
FRANCS
DE
ANNÉES
TURCS
DE
DE
a.
a
■-^^
ROMAINS
DE JKRU-
BAGDAD
DES
DE
BITBYNIE
CAPPA-
DOCE
Ya '■qoub-
Arslan
Série
rectifiée
Chiffres
du ms.
Chiffres
rertiflés
Chiffres
du ras-.
Manuel
BALEH
Baudoin
Mouqtafi
ARABES
PERSE
S. Kilidj-
Artlan
1466
1467
1156
1137
13
13
13
334
2
13
1. D'après Bar
hébr., ci-dessus, p.
49
Khalife
316, l'avènement de
J^Jous-
5. Ildéguiz'
tandjid *
Moustandjid se pla-
ce en 1472 ; mais il
a probabl. corrigé
1467
1468
1157
1138
14
14
1
535
1
3
14
146S
1469
1158
1139
15
15
2
536
2
4
15
le texte de Michel ;
484
1469
1470
1159
1140
16
16
3
537
3
5
16
à moins que l'erreur
1470
1471
1160
1141
n
17
4
538
4
6
17
1471
1472
1161
1142
18
18
5
539
5
7
18
de 4 années dont il
1472
1473
1162
1143
19
19
6
540
6
8
19
a été question plus
1
haut (p. 420, n. 4)
n'ait eu sa répercus-
6.
Amaury
sion jusqu'ici. Tou-
tefois l'Index (cf ci-
dessous, p. 441) ne
1473
1474
1163
1144
20
1
7
541
7
•9
20
485
1474
1475
1164
1143
21
2
8
542
8
10
21
donne que 13 ans
de règne à Mouq-
tafî. — 2. Ildéguiz
^
1
5. Isma'it
Sems ed-Dîn, prince
1
de l'Adherbaidjan
1473
1476
1165
1146
22
i
9
543
9
11
1
(1136-1173). — 3. P.
698. — 4. P. 707
1476
1477
1166
1147
23
4
10
544
10
12
2
486
1477
1478
1167
1148
24
.5
11
545
11
13
3
1478
1479
1168
1149
25
6
12
546
12
14
4
— 5. Mohammed el-
1479
1480
1169
1150
26
7
13
547
13
13
5
Pehlevân, frère et
1480
1481
1170
1151
27
8
14
548
14
16
6
successeur d'Ude-
guiz (1174-1186).
3
95.
ji/anucJ
empereur
6.
Amaury
roi des
50.
Moustadh
lihalife de
5. Hdeguis
sultan des
Turcs du
5. Kitidj-
Arsîan
sultan des
5. Isma 'il
sultan des
Turcs de
487
des Grecs
Francs
Arabes
Khorasan
Turcs de
Bithynie
Cappa-
doce
1481
1482
1171
1152
28
9
1
549
15
17
7
1482
1483
1172
1153
29
10
2
550
16
18
8
1483
1484
1173
1154
30
11
3
551
17
19
9
A cette épo-
que Isma'il
fut tué, et
Danoun, son
1 oncle, régna
1484
1485
1174
1155
31
12
4
532
18
20
1
Baudoin
Pehlevàn^
roi des
sultan des
Francs de
Turcs du
'488
Jérusalem
1 Khorasan
1485
1486
1175
1156
32
1
S
553
1
21
1486
1487
1176
1157
33
2
6
554
2
22
1487
1488
1177
1158
34
3
7
553
3
23
Kiîidj-Arslan
sultan des Turcs de
Bithynie et de
Cappadoce
1488
1489
1178
1159
35
4
8
556
4
24
489
1489
1490
1179
1160
36
3
9
357
5
25
1^^^^^
TABLEAUX CHRONOLOGIQUES DES LIVRES XII-XXI
425
gg
ÈRF
DBS
ÈRE
GRECS
m
a
SÉLBUCIDES
CHRÉTIENNE
ET
FRANCS
KHALIFES
T0RC8
TURCS DU NORD =
<
DE PERSE
a.
- ^a — ^
_— ■— -.
■ -
ROMAINS
DES ARABES
Chiffres
Cliiffrea
Giiiffres
Chiffres
Alexis fils
Baudoin
à Bagdad»
Pehlevàn
Sultan Kilidj-Arslan
o
rectifiés
du iDS.
rectifiés
du ms.
de Manuel
f
1490
1491
1180
Ii61
1
6
[5]S8
6
26
1491
1492
1181
1162
2
7
[5]59
7
27
1. P. 721. — 2.
1492
1493
1182
1163
3
8
560
8
28
A partir d'ici le nom
du khalife n'est plus
t
Ici regua
yranuiquement
sur les Grecs
Andronicus
inscrit. Moustadhi
mourut en 1180, et
eut pour successeur
490
1493
1494
1183
il64
i
9
561
9
29
/VaçiV (1180-1225).—
1494
1495
1184
ueg
2
10
562
10
30
3. Voir à l'an 1488
1495
1496
1185
1166
3
11
563
11
31
la raison de ce nou-
veau titre. — 4. P.
1
I(
l Androni-
Ici régna sur |
(
us fut tué.
Jérusalen
-.
732. — 5. Sic, avec
(
et sur les
}recs régna
Baudoin
Petit, fils
e
de
omission du chiffre
/
saacius ou
la sœur d
u
565. — 6. Le titre
Isaac.
précéden
est répété ici sous
cette forme : Turcs
1496
1497
1186
1167
1
1
564
12
32
491*
1497
1498
1187
1168
2
2
566'
6
33
du Khorasan; mais
1498
1499
1188
1169
3
3
567
34
la colonne reste
1 1
en blanc. De même
Ici mourut
Baudoin le
dans la vers, arabe.
Bambin ', e
'
— 7. Lire : ^o:s^.—
le royaume
8. Sic ms. ; sans
échut à sa
mère.
doute par erreur.
La version arabe
1499
1500
1500
1501
1189
1190
1170
1171
4
5
4'
568
569
35
36
continue 4-11. — 9.
492
1501
1502
1191
U72
6
570
37
La dernière Olym-
1502
1503
1192
1173
7
571
38
piade marquée dans
le ms. est l'Olymp.
Ici mourut le sultan
Kilidj-Arslan, et ses
CCCCLXXXXIV, à
12 fî's régnèrent
l'année 1505 du ms.
chacun en un lieu.
L'aîné fut proclamé
sultan ; il s'appelait
Qotb-ed-Bin.
1303
1504
1193
1174
8
572
1
1S04
1505
1194
1175
9
573
2
493»
1505
1506
1195
U75
10
874
3
1506
1507
1196
1177
11
575
4
III.
54
APPENDICES
I
[741] Avec laide du Dieu tout-puissant, nous écrivons les noms des pontifes
dans la colonne supérieure et ceux des rois dans la colonne inférieure,
l'un APRÈS l'autre, COMME ILS SONT RANGES DANS CE LIVRE, AFIN Qu'oN LES
RETROUVE facilement'.
I. — Succession du Sacerdoce'^.
Le suprême sacerdoce fut transmis
de la divinité aux :
Chérubins,
Séraphins,
Trônes,
Dominations,
Puissances,
Vertus,
Principautés,
Archanges,
Anges ;
et par les esprits célestes il fut trans-
mis à :
Noé
Abraham
Melchizédec
Job
Jacob
Moïse
Selon Jacques d'Édbsse : Selon Andronicus :
I. Aharon, 38 ans 3.
I. Aharon, 36 ans.
2, Eléazar, 56 ans.
2. Eléazar, 3o ans.
3. Phinebès, 8o ans
3. Phineljès, 60 ans.
4. Abiiou', 60 ans.
4. AbiJou', 32 ans*.
5. Abiqam, 60 ans^
5. Abiqam, 46 ans.
6. 'Ozri, 42 ans.
6. 'Ozri, 48 ans.
7. Zariha^, 52 ans.
7. Zariha, 57 ans.
1. Dans le ms., cet Appendice est disposé en tableaux synoptiques, qu'il serait difficile de repro-
duire typographiquement, et qui ne sont pas toujours coordonnés d'une façon régulière. Nous en
donnons ici les différentes parties les unes à la suite des autres.
2. Ces mots se trouvent comme titre courant en tête des pages suivantes dans le ms. — 3. Le
nombre d'années indiqué ici n'est pas toujours le même que celui donné dans le texte. Parfois,
l'orthographe des noms présente aussi des variantes. Les mêmes divergences se retrouvent dans la
version arabe. Nous nous bornons à signaler les passages correspondants du texte. — 4. Cf.
t. I, p. 50. — 5. Ce nom se trouve déplacé et rejeté le 11», au bas de la colonne dans notre tableau
(de même dans la vers, ar.) ; cf. t. I, p. 50, 51. — 6. On peut lire : Zartiaya, dans les deux cas; et
de même, t. I, p. 52.
428
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
[GRANDS-
[Selon Jacques d'Édesse]
8. Maros, 5o ans.
9. Amarias, 82 ans.
10. Aliitob, 20 ans 1.
1 1. Zadoq, 60 ans.
12. Ahima'aç ^, t8 ans.
i3. 'Azarias, 22 ans.
14. Amarias, 60 ans.
i5. Ahimélek, 22 ans.
16. Joiada, 3 ans.
17. 'Azarias 6,
18. èelloum.
19. Amasias.
20. Helcias.
21. 'Azarias.
22. Saraias.
23. Çadoq.
24. Josédek, ao ans 8,
25. Jésus.
26. Josédek^.
27. Elisée, 5o ans.
28. Joiada; \o ans.
29. Manias, 3i ans 13.
30. lohannan, i4 ans '5.
31. Andromachus,
24 ans.
32. Honias, 11 ans'*.
■PRÊTRES]
[Selon Andbohicds]
8. Marcs, 4o ans.
g. Amarias, 42 ans.
10. Phineljès, 4i ans.
11. 'Eli et ses fils, 40 a.
12. Ahitob, 46 ans.
i3. Abiatar, i3 ans3.
14. Çadoq, ig ans*.
i5. 'Azarias, 3i ans,
16. Ahima'aç, 12 ans 5.
17. Ahimélek, 32 ans.
18. Çadoq, 20 ans '.
19. Selloum, g ans.
20. Joiada, 44 ans.
21. Zacharias, 10 ans.
22. Ourias, 6 ans.
23. Amosias, 21 ans.
24. 'Azarias, 4o ans.
25. Hananias, i3 ans.
26. SiméonlO.
27. Mardai, 19 ans''.
28. Ourias, 16 ans 42.
2g. Hananias, 45 ansl*.
3o. Helcias, père de Jé-
rémie, 30 ans,
3i. Peshour, 4 ans,
3a. 'Azarias, 10 ans".
[GRANDS-
[Selon Jacques d'Édesse]
33. Siméon le juste ,
32 ans.
34. Eléazar, son frère,
dix ans '3.
35. Manassés, son on-
cle, .. ans.
36. Honias, 36 ans.
37. Siméon, fils de Ho-
nias, cent ans 21,
38. Çonias, fils de Si-
méon, 4 ans23_
39. Jason, 9 ans 25.
40. Menelaus, 3 ans.
4i. Eléazar, 3 ans.
42. Mathathias, 5 ans.
43. Judas Macchabée,
trois ans 27.
44- lonathan, son frère ,
19 ans.
45. Siméon, son frère,
8 ans.
46. lohannan, son fils,
16 ans,
47. Aristobulus, .. ans,
48. Alexandre, 27 ans.
49. Hyrcanus, 34 ans 30.
■PRÊTRES]
[Selon Andhonicus]
33. Saraias, 6 ans.
34^ Çadoq, 25 ans.
35. JosuélS, fils de Jo-
sédek, 35 ans.
36. Joiachim, 20 ans.
37. Elisée, 32 ans20.
38. Joiada, 17 ans .
39. lohannan, 33 ans.
40. Moïse22, 3 nns.
4i. Andronious24^
II ans.
42. Honias, 12 ans 26.
43. Siméon, 9 ans.
44. Eléazar, 34 ans.
45. Manassés, lO ans.
46. Honias, i4 ans.
47. Siméon, 48 ans.
48. [Honias, fils de Si-
méon, 5 ans] 28.
4g. Jason, 2 ans 29.
5o. Eléazar, un an.
5i, Mathathias, 4 ans,
52. Judas Macchabée,
3 ans.
53. Jonathan, son frère,
19 ans.
1. L'accord des deux listes cesse ici; cf. t. I, p. 54. — 2. Cf. t. I, p. 59, où le ms. porte fau-
tivement Atiimélek. — 3. Dans le texte (I, p. 59) Abiatar est dit le 15=, et la différence continue
ensuite. — 4. Cf. t. I, p. 60, 64. — 5. Cf. p. 64. — 6. Cf. p. 61; l'ordre des n<» 21 et 22 est
interverti ; Barhébr, a adopté celui du présent tableau. — 7, Cf. p, 67. — 8. Omis dans la vers,
ar. Cf. p. 64, 66. — 9. Cf. p. 67. — 10. Cf. p. 68. — 11. Cf. p. 69. — 12. Cf. p. 73. — 13. Sic
ms. et vers, ar, ; lire : Manassés, avec Barhébr. Cf. p. 67, — 14. Cf. p. 74. — 15. A partir du n" 30
il y a dans le texte une interversion évidente entre les deux colonnes, Helcias et les suivants
appartiennent à la série d'Andronicus, tandis qu'Andromachus et les suivants continuent celle
de Jacques d'Édesse. Cf. t. I, p. 73, 74. Cette substitution (qui existe aussi dans la vers, arabe)
vient sans doute de la distraction d'un copiste au tournant d'une page. L'ordre est ici rétabli. Il
en résulte une différence d'une unité dans la série des numéros, entre le texte et la traduction. —
16. Cf. t. I, p. 74, 108. — 17. Cf. p, 93. — 18. Ms. ; Josué bar IVoun- vers. ar. : Josué fils de
Josédek. Cf. p. 105. — 19. Sic. Cf. p. 108, 127. —20. Cf. p. 105,106.-21. Sic ms. et vers. ar. ;
cf. p. 128, — 22. Sic ms. et vers, ar.; lire : Manassés; cf. p. 107. — 23. Cf. p. 128. — 24. Sic ms.
et vers. ar. ; lire : Andromachus ; cf. p. 107. — 25. Cf. p. 108. — 26. Cf. p. 129. — 27. Cf. p. 130. —
28. Nom omis; à rétablir d'après le texte ; cf. t. I, p. 128. — 29. Cf. p. 129. — 30. Cf. p. 132, 134.
APPENDICE I
429
67. lohannan 22 ans.
[GRANDS-PRÈTRES]
[Selon Jacocks d'Édesse] [Sblon Androwccs]
5o. Hananiël, 3 ans*. 54. Siméon, son frère,
5i. Aristobulus, un an. 26 ans.
52. Menelaus, 2 ans. 55. lohannan, son fils,
53. Hananiël, 20 ans. 26 ans,
54. Zacharias, 22 ans. 56. Aristobulus, un an 2.
55. Siméon, 8 ans. 67. Hananiël, i2 ans.
55. Caïphe, 16 ans 3. 58. Alexandre, 22 ans.
A cette époque* eut lieu la naissance selon la chair de notre Seigneur et Sauveur.
A cette époque", il souffrit sur la croix, mourut et ressuscita. Et quand la prédi-
cation vivifiante de l'Évangile se répandit, par les saints Apôtres, la succession sacer-
[ÈvÊQUEs DB Rome]
[GRANDS-PRÊTRES]\
[Selon Jacques d'Édesse] [Selon Anoronccus]
56. Hannan, i5 ans. 5g. Hyrcanus, 34 nus.
60. Aristobulus, i an.
61. Zacharias, 22 ans.
62. Siméon, 24 ans.
63. Caïphe, un an.
64. loliannan, 2 mois.
dotale fut ainsi
1. - A ROME :
1. Petrus, 25 ans.
2. Linus, 12 ans.
3. Anacletus^, 11 ans.
4. Clemens, 9 ans.
5. Evaristus, 8 ans.
6. Alexandros, 52 ans.
7. Xistus, lo ans.
8. Telesphorus, n ans.
9. Hyginus, 4 ans.
10. Plus, i5 ans.
11. Anicius, n ans,
12. Soter, 9 ans.
i3. Zephyrinus ', 8 ans.
14. Calistus, 5 ans.
i5. Eleutherus, i5 ans.
16. Victor, i2 ans.
17. Urbanus, g ans.
18. Po(n)tianus, 5 ans.
[ÉvêQCEs DE Rome].
19. Anterus, 8 ans 8
20. Fabianus, i3 ans.
ai. Cornélius 9, 2 ans.
22. Lucius, 4 ins.
23. Stephanus, un an.
24. Xistus, II ans et 5 mois.
25. Dionysius, 8 ans.
26. Félix, 4 ans, et un m.
27. Eutychius, un an.
28. Gaius, ji ans et 4 ™ois.
29. Marcus 1", un an et 4 ™-
Evêques après le temps de
persécution :
30. Eusebius, 6 mois.
3i. Militiades 11, 3i ans,
32, Sylvester, 23 ans 12.
Après Silvestros, — Jean le Stylite
dit qu'entre Silvestros et Julius il y eut
Eusebius dont il est fait meution dans le
livre de Jovinianus, et Jean ajoute :
« Nous ne l'avons pas trouvé dans la
liste 0.
33. Marcus, 2 ans.
34. Julius t3, i5 ans.
35. Liberius, 4 ans n.
Philoxenus dit : w Certains pré-
tendent que huit cents évêques se trou-
vaient sous la juridiction de Liberius » ;
et il ajoute lui-même et dit; « Il nous est
plus facile de le rappeler que de le
vérifier ».
36. Félix,
37. Damasus,
38. Siricius,
39. Anastasius, 3 ans.
40. lunocentius, i5 ans.
4i. Zosimus, 7 ans 15_
1. Cf. t. I, p. 134, 135. — 2. Cf. p. 132. — 3. Cf. p. 143.
4. C'est-à-dire sous le règne d'Auguste. La notice est inscrite dans le tableau synoptique en face
de la mention de ce règne. — 5. Sous le règne de Tibère, d'après la même disposition.
6. Ms. : AnôlitoSj par confusion des lettres o et o. Nous transcrivons les noms sans signaler
toutes les fautes de cette nature. — 7. Ms. : Aporianos. L'ordre est interverti; Zephyrinus fut
le successeur de Victor. Il en est de même plusieurs fois par la suite. — 8. Sic ms. et vers. ar. ;
lire : un mois; cf. t. I, p, 189, n. 17. — 9. Ms. et vers, ar. : Qârilos. — 10, Après Gaius, viennent
Marcellinus et Marcellus. -~ 11. Melchiades. — 12. La note suiv. est à la marge ; les premiers
mots indiquent sa place. — 13. ; Ms. : Silos; vers. ar. : Silnos =: Silvanus; vers. arm. : Sylvien. —
14. Le texte de la note suiv. paraît altéré à la fin (aussi dans la vers, ar.) ; peut-être : « il est
plus facile de se servir de l'exagération que de l'exactitude ». — 15. Bonifatius omis.
430
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
[ÉVÊQUES DE ROMB]
42. Celestinus, 9 ansl.
43. Léon, hérétique, 2i ans.
44. Gallus 2, 8 ans.
45. Hilarius, 7 ans.
46. Simplicius 3, x6 ans.
47. Anastasius, 11 ans.
A partir d'ici ils sont
tous Chalcédoniens.
48. Symmachus, 6 ans,
49. Teorûntos *, 2 ans.
50. Hormisdas, 10 ans.
5i. Iwannis, i4 ans.
52. Félix 5, 35 ans.
53. Vigilius, 20 ans.
54. Agapius 6, i5 ans.
55. Silvester',
56. Pelagius,
57. Zozos 8,
58. Martinus9,
5g. Agathon '0^
60. AdrianusH,
II. — A ALEXANDRIE :
1. Marcus, 22 ans.
2. Ananius, 22 ans.
3. Milius, qui est Abilius 12,
4. Cerdon, ii ans. [i3 ans,
5. Primas, i2 ans.
6. Justus, II ans.
7. Eumenius 13^ i3 ans.
[ÉvÉQUEs d'Alexandrie]
8. Marcianus, 10 ans.
9, Celadion 1*, 14 ans.
10. Agrippianus, 12 ans.
11. Julianus, i4 ans.
12. Demetrius, 43 ans,
i3. HeracliuslS, 16 ans,
14. Dionysius, 17 ans,
i5, Maximus, 18 ans.
16. Theonas, 19 ans.
17. Petrus, 10 ans.
18. Achilleus, 6 ans.
ig. Alexandros, i5 ans.
20. Athanasius, 46 ans.
21. Petrus, 7 ans.
22. LuciuslSj arien.
23. ïimotheus, frère de Pe-
trus, 3 ans.
24. Theophylus, 28 ans.
25. Cyrillus, 33 ans.
26. Dioscorus, 7 ans.
27. Proterius,
28. TimotheusGoumrara,2oa.
2g. [Timotheus]!',
3o. loljanuan, hérétique,
3i. Petrus, 12 ans,
32. Athanasius, 7 ans.
33. lohannan, g ans,
34. Iwannis, 11 ans,
35. Dioscorus, 11 ans.
36. Timotheus, n ans.
[ÉvÊQOKs d'Alexandrie]
37. Theodosius, 38 ans.
38. Petrus, un an.
39. Gayana, hérétique.
40. Paulus, 40 ans,
4i. Zoilus 1',
42. Apollinarius,
43. Theodorus,
44- Petrus,
45. lohannan, chalcédonien.
46. Damianus,
47. Anastasius,
48. Andronicus,
49. Benjamin,
50. Cyrus, chalcédonien 19,
5i. Agathon,
52. lohannan,
53. Siméon,
54. Isaac,
55. Alexandros,
56. Cosmas, 4o ans,
57. Iwannis*",
58. Marcus,
Sg. Jacques,
60. Siméon,
6[, Joseph.
ni. — A ÉPHÈSE 21 :
1. Andréas, 12 ans,
2. Astikos22, lo ans.
3. Onesimus, i4 ans.
1, Sixtus III omis. — 2, Pour Gelasius, avec interversion. L'ordre serait : Léon, Hilarius, Sim-
plicius, Félix III (omis), Gelasius, Anastasius. — 3. Ms. : Siupalis, — 4. Sic ms. et vers. ar. ;
probabl. pour Laurentius, l'anti-pape. — 5. Ms. : Filipos- vers, ar, Filikos. A partir d'ici l'ordre
serait : Félix IV, Boniface II (omis), Jean II (omis), Agapet, Silverius, Vigilius, Pelagius (60« pape).
— 6. Sic ms. et vers. ar. — 7. A partir d'ici la série est incomplète. Cf. t. II, p. 486. — 8. Sic
ms. et vers. ar. Probablement pour Sabinianus (65* pape); cf. t. II, p. 373. — 9. 74» pape. Dans
la version arménienne la liste s'arrête ici. Elle est d'accord avec la nôtre, jusqu'au n» 55 inclus.
Cf. Lanolois, p. 363. — 10, 79e pape. — 11. 96» pape.
12. Le ms. semble porter : Akilios. — 13. Ms. : Amonos, — 14. Ms. et vers. Mnios ; vers, arm, :
Callinikos, — 15. Ms. et vers, ar, : Hidmios. ; de même dans la vers, armén. — 16, Sic vers, armén. ;
ms. et vers. ar. Tauazos. — 17, Omis dans le ms. Sic vers, arabe et armén. Timotheus Solofacio-
lus. — 18. Ms. et vers. ar. Zamios; vers, arm.: Zuklios, — 19. Cf. t. II, p. 432. — 20. Entre
Cosmas et Jean, Renaudot place Theodorus, Chail et Mennas.
21. Comp. t. I, p. 174 et 176, 189, — 22, Stychus.
APPENDICE I
431
[ËVÉQDES d'ÉfHÈSE]
4. Polycarpus, fj ans.
5. Politrobosl, i5 ans.
6. ÇédékioD, 8 ans.
7. Diogenes, 8 ans 2,
8. Athenodorus 3j i3 ans.
9. Eleulherius 4,
10. Philippus Sj
11. Polycarpus,
12. Euzoius, 5 ans*.
i3. Laurentius,
14. Olympus 7,
15. Protonicus, 18 ans8.
16. Marcus, i3 ans *.
17. Cornélius 10^
18. Constantinus H,
19. Titus,
20. Domitianus, 11 ans i^.
2i. Probus 13,
Ici le siège fut transféré à
Constantinople :
22. Alexandros, 23 ans •*.
23. Paulus.
24. Macedonius, arien 15^
25. Eusebius.
26. Eudoxius, hérétique.
27. Demophilus, arien 16.
28. Evagrius.
29. Gregorius magnus Na-
zianzenus, 10 ans I^.
30. Nectarius, 7 ans 18.
[Éyêques Dg Constantinople]
[ÉVÉQOES d'AnTIOCHE]
3i. Iwannis<9, un an.
3. Ignatius,
32. Arsacius *",
4. Héron,
33. Atticus 21,
5. Cornélius,
34- Sisinuus22,
6. Eros,
35. Nestor, hérétique 23.
7. Theophilus, 16 ans.
36. Maximianus, 2 ans2*.
8. Maximus, 18 ans.
37. Proclus25,
9. Serapion, 10 ans.
38, Flavianus, hérétique 26.
lO. AscIepiadesWj 12 ans.
39. Anatolius, hérétique 27.
II. Philippus,
4o. Gènnadius, hérétique 2S.
12. Zebennos,
4i. Acacius,
i3. Babylas,
42. Flabitus, 4 mois 29.
14. Fabius*!,
43. Euphemius, hérétique.
i5. Demetrius,
44- [Macedonius, hérétique] 30.
16. Paulus Samosatenus, hé-
45. Timotheus,
17. Domnus, [rétique
46. lotiannan, chalcédonienSl.
18. Timotheus,
47. Epiphanius, chalcédo-
19. Cyrillus,
48. Anthimus. [nien 32.
20. Tyranius,
A partir d'ici, tous chalcé-
21. Vitalius,
doniens 33 ;
22. Philogonius,
49. lohannan 34^
23. Eustathius,
5o. Cyriacus 35,
24. Paulianos 42,
5i. Sergius 36^
25. Eulalius, arien.
52. Mennas37,
26. Euphronius, arieo.
53. Germanicus38,
27. Flaocilus, arien.
54. Theodotus39.
28. Stephanus, arien.
29. Leoatius, arien.
IV. — A ANTIOCHE :
3o. Eudoxius, arien.
I, Petrus, 2 ans.
3i. MeleliuB.
2. Evodius, 3 ans.
32. Euzoïus.
1. Cf. t. I, p. 174, n. 14. — 2. Ibid., n. 15. — 3. Ms. et vers. ar. : Antrobos; cf. p, 177. —
4. Cet évêque et ceux dont la durée n'est pas indiquée ici, ne sont pas mentionnés dans la Chro-
nique. Ceci semble indiquer que ces tableaux n'ont pas été rédigés d'après le texte, mais d'après
certaines listes. Cf. Pseudo-Dorotheus, Patr. Gr., XCVIII, col. 1059-1067. — 5. Ps.-Dor. : *tXt?.
— 6. Cf. t. I, p. 177 n. 18. — 7, Ps.-Dor. : 'AWtoos. — 8. P. 185, n. 14. — 9. P. 189. — 10. Ps.-
Bob. ; Kuf>i»i(av6f. — 11, Ps.-Doa, ; Kacrrivoc — 12, P. 200. — 13. P, 202. — 14. P. 270, 271, —
15. P. 270, 275. — 16. P. 298, — 17. P. 311. — 18. P. 320. — 19. Cf. t. II, p. 3. — 20. P. 8. —
21. Ms. Titqos; cf. t. II, p. 8. —22. P. 13, — 23. Sic vers, ar, ; ms. : arien, — 24. Cf. t. II, p, 22.
— 25, Cf. p. 23. — 26, P, 25. — 27, P. 33. — 28. P. 141, 142. — 29. P. 154, 168. — 30, Omis
par notre copiste; sic vers, arabe et armén. — 31. Cf. t. II, p, 155, 168, — 32. P. 190. — 33, A
partir d'ici la liste est confuse et incomplète ; cf, t. II, p. 486. — 34. Cf. t. II, p. 243, 267, 309,
352. — 35. P. 373.-36. P. 401. — 37. P. 435. — 38. P, 482, — 39. Cf. ci-dessus, p, 72.
40. Ms. : Asolipirès. — 41. Ms. : Phâpios. — 42. Probabl. « Faulinus » (Chron. Euseb. Hiero-
nym,, ad ann. 23 Constantini).
432
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
[ÉvÊocEs d'Antioche]
[ÉvÊQUES d'Antioche]
33.
Paulinus 1.
61. Athanasius le Chamelier,
89.
34.
Flavianus.
4i ans.
90.
35.
Evagrius.
62. lohannan des Sedra, 42 a.
36.
Porphyrius.
63. Theodorus, 43 ans.
91-
37.
Alexandros, lO ans.
64. Severus, 44 ^^ûs.
92.
38.
lohannan, 3i ans.
65. Athanasius l'interprète.
93.
39.
ïheodotus, 32 ans.
66. Julianus, 45 ans*.
94.
40.
Domnus, arien.
67. Elias,
95.
41.
Maximus, arien.
68. Athanasius,
g6
42.
AcaciuSj chalcédonien.
6g. Iwannis,
97-
43.
44.
Martyrius, nestorien.
Petrus, qui fut persécuté,
70. Isaac ) .,,, . .
, , . > illégitimes.
71. Athanasius )
98.
99-
33 ans.
72. Georgius,
100.
45.
Calandion^j chalcédonien,
II y eut deux autres patriarches
lOI.
qui lut chassé.
(illégitimes) du temps de Georgius :
lohannan de Callinice et David de
102.
46.
Martyrius, chalcédonien.
Dara.
47-
Julianus, 37 ans.
73. Joseph,
io3
48.
Stephanus, 35 ans.
74. Cyriacus,
49-
Slephanus, hérétique.
75. Dionysius de Tell-Mahré,
io4
5o.
Palladius, hérétique.
27 (ans).
5i.
Flavianus, qui fut déposé.
76. lohannan, 27 ans.
io5.
52
Severus, 6 ans sur son
77. Ignatius, 4 ans.
106.
siège, et (ensuite) pen-
78. Theodosius, g ans.
dant la persécution.
79. Dionysius, i3 ans.
107.
53.
Paulus Judaeus, qui fut
80. lohannan, i2 ans.
108.
chassé.
Si. Basilius, 8 ans.
54.
Euphrasius, chalcédonien-
82. lohannan, [6 ans.
1O9.
55.
Ephremius, hérétique ,
83. Iwannis, 2 ans.
IIO.
56.
Domninus3, hérétique.
84. [Dionysius] 5.
III.
Après Mar Severus :
85. Abraham, g mois.
112.
57.
Sergius, 37 ans*.
86. lohannan, 20 ans.
ii3.
58.
Paul de Beit-Oulcamê, 38 a.
87. Athanasius, 17 ans.
114.
59.
Petrus de Callinice, 39 a.
88. lohannan bar 'Abdoun,
ii5.
60
Julianus, 4o ans.
26 ans.
116.
[ÉvÊQUES D'ANTIOnHE]
Dionysius, 10 ans.
loljannan bar ô 'Abdoun
i4 ans.
Athanasius, 6 ans.
lohannanbar Sousan, 9 a.
Basilius, 4 ans.
'Abdoun, rebelle,
Dionysius,
Iwannis '.
, [Dionysius] 8.
Athanasius, 38 aas.
lohannan, 8 ans.
Athanasius, 27 ans.
Michel le Grand.
Theophilus, qui est Atha-
nasius 9.
}. Maina, qui est Michel le
Jeune.
t. Snoudin lohannan, qui
est Josué.
Ignatius, qui est David.
, Dionysius, qui est Aha-
ron.
, lohannan bar Ma'dani,
, Ignatius, qui est Rabban
Josué.
, Cyrillus 10,
MacariusH,
Theodorus,
, Michel *2,
Gabriel t3,
Iwannis,
Marcus,
Iwannis.
1. Ms. : Paulianos, comme au n" 24. — 2. Ms. : Mandon; vers. arm. : Manitos; par suite de la
onfusiou fréquente entre m et kl. — 3. Domnus III. — 4. Sous les n°' 57-66, les chiffres indiqués
comme ceux des années, sont évidemment les numéros d'ordre d'une liste. La même erreur se trouve
dans la vers, arabe. — 5. Omis dans notre ms. et aussi dans la vers, arabe. — 6. Sic ms. et
vers. ar. ; cf. ci-dessus, p. liil. — 7. Ce nom est écrit en marge avec un renvoi à la suite de
•Abdoun, et la vers, arabe a compris: 'Abdoun qui est Iwannis; mais le nom de "Abdoun était
lohannan. — 8. Omis dans le ms. et dans la vers. ar. — 9, Les noms placés sous les n"' 102-
108, sont tirés de la Chr. eccl. de Barhébréus. — 10. J'ignore à. quelle source le continuateur a
puisé les noms placés sous les n" 109-116. — H. Ainsi dans la vers. ar. ('*»û*!''1«); ms. : Qaqrios.
— 12. Cf. BH. Chr. eccl., I, 794. — 13. Op. cit., I, 796 ; (mort en 1387 de notre ère).
APPENDICE I
433
II. — Succession des empires du monde temporel.
[741] La royauté de ce inonde temporel fut premièrement à :
I. Adam.
p.. Seth.
3. Énos.
4. Caiaan,
5. Mahalaël.
6. lared.
7. Henoch.
8. Mathusalah.
g. Lamech.
10. Noé.
Ces patriarches n'oublièrent pas Dieu,
comme le reste des hommes.
[HEBREUX]
11. Sem.
12. Arphaxad.
i3. Cainan.
14. Salah.
i5. 'Eber.
16. Phaleg,
17. Ragau.
i8. Saroug,
19. INahor.
20. Tareh.
21. Abraham.
II naquit en l'an 3ô de Belos,
22. Isaac.
23. Jacob.
24. JoSL-ph.
Pendant toute la durée de la vie d'Adam, il gouvernait les hommes. Après
sa mort, son fils Seth gouverna pendant 128 ans. Durant ces mille ans, ils con-
naissaient le Seigneur. Quand Seth mourut, en l'an 40 de lared, les hommes ou-
blièrent Dieu, se révoltèrent et se constituèrent des rois. Il y eut deux partis, l'un
qu'on appelait des x anges », et qui eu pour premier roi un nommé Samiazos, et
l'autre, celui des n hommes, t\ dont le premier roi fut :
1. Aloriosl, 98 ans.
2. Alapidos, 29 ans;
3. Almelon, 128 ans.
4. Amménon, 118 ans.
5 Megalares, 177 ans.
6. Danos, 98 ans.
7. Eudrodikos, 177 ans2.
8. Araempisinos, 98 ans.
g. Otantinos, 78 ans.
10. XisoutroSj 177 ans.
Ces dix rois existèrent avant le déluge;
tous ét^ient chaldéens et astrologues; ils
n'adoraient pas Dieu, mais les étoiles.
Après le Déluge' :
2."). Levi.
26. Qahat.
27. Amram, 40 ans.
28. Mo'ise, 40 ans.
26. Josué, fils de Noun, 25 a.
[JUQES]
3o. 'Olboniel, 40 ans.
3i. 'Eglon, 18 ans.
32. Ahod avec
33. Samgar, 80 ans.
34. Jabin (roi) des Jébuséens,
2o ans.
35. Debora ayec
Barak, 4° ans.
36. 'Aurin et Zîb*, .. ans.
37. Gédéon,.. ans.
38. Abimélek, 3 ans.
3g. ïhola', g ans.
40. Jaïr, 20 ans.
4i. Ammonites, 8 ans.
42 Jephté, 6 ans.
43. Hesbon, 7 ans.
44 Élôn, lO ans
45. Philistins, 4o ans.
46. Samsom, 4o ans,
47. anarchie, lO ans.
48. 'Eli, prêtre, 4o ans.
49. Samuel, 20 ans.
[Rois des Hébreux]
50. Saul, 40 ans.
1. Voir les mêmes noms avec des variantes orthograhiques t. I, p. 6, 12 ; et ci-après, p. 442. —
2. Dans le texte (et dans la vers, ar.) ce nom est déplacé et se trouve au 10= rang.
3. Ici le tableau présente simultanément les patriarches des Hébreux, les premiers rois d'Egypte
et ceux des Babyloniens, que nous donnons successivement. Pour ces listes royales, nous nous
bornerons à transcrire lettre pour lettre les formes des noms propres, telles que les donne le ms.j
en les faisant suivre de la forme grecque qui paraît se rapprocher le plus de la leçon syriaque
souvent défigurée par la maladresse des copistes. Nous avons tiré les formes grecques des édi-
tions d'Eusèbe, du Syncelle, de Nicéphore de Cple. — 4. Cf. Jud., vu, 25.
m 55
434
CHRONIQUE DE MIC HEL LE SYRIEN
[Rois DES Hébreux]
5i. David, 4o ans.
52. Salomon, 4o ans.
J UDA :
3. Eoboam, 17 ans.
t^. Abias, 3 ans.
5. Asa, 4i ans.
6. Josaphat, 25 ans.
7. Joram, 8 ans.
S. Ochosias, un an.
g, "Alhalia, 7 ans.
10. Joas, 4o ans.
11. Amasias, 29 ans.
12. 'Ozias, 52 ans,
i3. Joatham, 16 ans.
14. Achaz, 56 ans.
i5. Ezéchias, 29 ans.
16. Manassès, 26 ans.
17. Amon, i2 ans.
18 Josias, Si ans,
[Eliacim ou Joa-
chim, i2 ans.
Sédécias, 11 ans]'.
Années de Captivité :
Nabuchodonosor, 24 a.
Evilmérodak, un an.
Baîtasar, 3 ans,
Darius, 11 ans.
Cyrus le Perse, 32 a.
Cambyse, 8 ans.
Israël :
1 . Jéroboam, 22 ans.
2. Kadab, 20 ans.
3. Baasa, 24 ans.
4. Ela,, 2 ans.
5. 'Ainr(i), 12 ans.
G. Achab, 22 ans.
7. Ochozias, 2 ans.
8. Joram, 12 ans.
9. Jehu, 28.
10. Joachaz, 17 ans,
11. Joas, 16 ans.
12. Jéroboam, 4i ans.
i3. Zacharias, 6 mois^,
14. èellum, un mois,
i5. Menahem, lO ans,
16. Phaceas, lO ans,
17. Phacé, 20 ans,
18. Osée, 9 ans.
Ici cessa le royau-
me d'Israël.
Grands-prêtres 3
Jésus, 32 ans,
Joiachim, 3o a.
Elisée, 40 ans.
Joiada, 36 ans.
Johannan, 32 a.
Jaddus, 20 ans.
Honias, 21 ans.
Siméon, i5 ans.
Honias, i4 ans,
Eléazar, 32 ans.
Manassès, 96 a,
Honias, 24 ans,
Jésus, 6 ans,
Honias, 7 ans.
[ROIS DES RABYLONIENSJ
En l'an 10 de Raghau, régna le pre-
mier roi des Babyloniens* :
1, Nemrod, 69 ans.
[anarchie, 43 ans] S.
2. Qombiros, 85 ans.
3. Somiros, 73 ans.
4, Kisaronàs, 43 ans.
5, Arpliaksar, 18 ans.
6. anarchie, sept ans.
Total des années des Babyloniens : 347 ans.
ROIS DES ASSYRIENS
i. Bilos Br,),oç, 62 ans.
Abraham naquit en l'an 36 de Bélos,
2. Ninos Ni'voî, 52 ans.
3. Smirm £s[jiipa(j,i;, 46 ans,
4. Zamios Zàpirjç, 38 ans,
5. Arikos "Apeio;, 3o ans.
6. Adlios 'ApdcXioî, 40 ans.
7. Ksrksis Eép^ï);, 3o ans.
8. Armamitros 'ApixotutOp/i;, 38 ans.
g. Bilos BriXwxo!) 36 ans.
10. Balaos BaXoîoç, 52 ans.
11. Atros 'AX-râSaç, 72 ans.
12. Mamos Mâ[j.u6oi;, 3o ans.
i3. Maiklos Maa-yjiXsMv, 3o ans,
14. Spros Sçaîpoç, 20 ans.
i5. Mamlos Môp;u).o;, 3o ans,
16. Sprtos ^LitâpeOo;, 4o ans.
17. Astqris 'A(7xaTâST]c, 4o ans.
18. Amutis 'AiiûvTYn, 45 ans.
19. BalprosS BaXsxôpric, 3o ans.
20. Bilokos Bt|),(i)xo?, 45 ans,
21. Lmpriris AajmptSri?, 32 ans.
22. Sosros S(o<iâpY)î, 20 ans.
23. Lmpris Aa(x.7tapT|{, 3o ans,
24. Panupos Kavjà;, 45 ans.
25. Sosrkos SM<rap(ioi:, 19 ans.
26. Mitdos Mi6patoç, 27 ans.
27. Totanis TauTâvi)?, 3i ans.
1. A compléter ainsi d'après le texte. Cf, le tableau, t. I, p, 228, — 2. Lire ainsi (cf. t. I,
p, 77); ms, et vers. ar. : 100 ans (!). — 3. Comp. ci-dessus, p. 428.
4. Comparer ce tableau avec celui du corps de la Chronique, 1. 1, p, 28, et avec le texte, p, 23-27.
— 5. A rétablir d'après le tableau de la p. 28. — 6. Les n"" 19 et 20 sont interverlis. Nous ne-
signalons pas ces fautes par la suite, non plus que les omissions.
APPENDICE I
435
^8. Taoaos TeuTaïoç, 40 ans.
29. Ainos ©ivaîoç, 3o aas.
30. Daronos AspxûXo;, 4o ans.
3i. Auplmis EÙTtâliir];, 38 ans.
32. Laosatinos AaodOévri;, 45 ans.
33. Partiaris Htpziâ&qi, trente ans.
34» Aupratos 'OçpaTaîoç, 20 ans.
35. Au])rtis 'OçpocTévïjç, cinquante ans,
36. Auraparis 'Axpavâvr,;, 43 ans.
37. Aonos ©tôvoç, 20 ans.
Vci l'empire passa des Assyriens aux
Mèdes 1.
[ROIS DES ÉGYPTIENS]
En l'an 100 de Raghau, régna le roi
des Egyptiens^ :
Panopos, 46 sfs.
Apropios, 48 ans.
[Sânos, 60 ans] 3.
Para'on, 35 ans.
Barimon, 43 ans.
Apitos, 32 ans.
Aurakos, 33 ans.
Samos, 30 ans.
Armis, 27 ans.
Total des années : 325*.
XVIe Dynastie, thébaine : 190 ans5,
11. Amosios, 3o ans 6.
XVn= Dynastie'.
12. Stios Saftïic, 19 ans.
i3. Nun Bvtov, 4o a°s.
i4. Armis "Ap^Xi];, 3o ans.
i5. Apopis "Atpwî>îc, 14 ans.
16. Amopis "A|j.(oiîiî, 25 ans.
17. 'kron Xeêpojv, i3.
18. Amnopis 'Ajitisvcofi;, 21 ans.
19. Mipris Mi9p:^;, 12 ans.
20. Mispr MidçpayjjiouOijKn;, 16 ans.
21. Tutmsis Toû9n.wat;, neuf ans.
22. Zamanopti 'Aptévioyi;, 3i ans.
23. Auros "ûpo;, 38 ans.
24. Aonkris 'A/sv/IpuTij, la ans.
25. Atodos "A9(»piî, 16 ans.
36. Akrdis 'kxzç(ir\i, 8 ans.
27. Barkris Xepp5i;, i5 ans.
28. Aomaos 'Ap[j.ai;, 5 ans.
29. R'msis 'Pa(ji£c7(jii{, 68 ans.
30. Manopis MévM^îCî, 40 ans.
3i. Satos SéSwç, i5 ans.
32. Rmapsis 'Pa|iij<if]?, 66 ans.
33. Amanopis 'A^.îv£cp9î;, 26 ans.
34. Taoadis ©oOwpi;, 7 ans.
35. Manatos, 178 ans 8.
XX« Dynastie qui est aussi appelée
Dios[polite]9, dans laquelle il y eut de
nombreux gouverneurs.
37. Qusnis fouaévviic, 46 ans.
38. Lapdkris Neçe'/ep^^c, 4 ans.
39. Amanopatis 'AficvMçôi'ç, g ans.
40. Ausokoris 'Offo^œp, 6 ans.
41. Psiakos 'Fivâ/Y]{, 9 ans.
42. Psusabis ^ouuévvyjç, 35 ans.
43. SasonkoslO SsdÔYXoxfiî, 21 ans.
44- Ausorton 'OaMpOtôv, i5 ans.
45. Taqalolis TaxéXMÔiç, i3 ans.
46. Patokastis IleTouëâo-Ti;, 16 ans.
47. Aurston '0(j(i)p6(iv, g ans.
48. Psmos 1Fa(ji(ioOç, g ans.
49. Bskros B6);x<«>P'«, 45 ans.
Kousites :
Sabaqon Sa6âxMV, 12 ans.
Tarakos Tapaxô;, 20 ans.
1. Cf. t. I, p. 223, n. 2. — 2. Comparez ce premier tableau avec celui du corps de la Chronique,
t. I, p. 28, basé sur le texte p. 20-27. — 3. A rétablir d'après le tableau de la p. 28. -^ 4. Il ne
paraît pas utile de relever le désaccord entre les chiffres donnés ici et ceux du texte ou des
tableaux de la première partie de la Chronique. — 5. Plusieurs noms mentionnés dans le texte
(t. I, p. 27-33) ne figurent pas ici. — 6. Ce nom se lisait probablement dans la lacune de la p. 20
du texte. Le n» 11 est assigné à ce prince parce qu'après les neuf rois du premier tableau, la
XVI« Dynastie occupe la 10° place. — 7. Cf. t. I, p. 37. — 8. Sic ms. ; cf. t. I, p. 216, n. 6. —
9. Lire ainsi; la version ar. donne ici la bonne leçon. — 10. Le nom de ce roi étant donné
sans numéro d'ordre dans le ms., les chiffres suivants se trouvent déplacés. La vers. ar. les donne
■correctement.
436
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Amaris "Annepis, 12 ans.
Stapinatis STe<pivc(8i«, sept ans.
Nakpasos Ncxe'l'tos, six ans.
Nabu NE/au, 8 ans.
Aupsamit.... W!ip.\i.r]ttxoi, 44 ans.
Nabau N£-/a<4, 6 ans.
Psamusti YaiiliOÛOiç, ly ans.
Auparis OCaçpiç, 25 ans.
Amosios "Ajj.w(iiç, 44 ans.
Icj cessa cet empire, quand Camhyse le Perse
régna sur l'Egypte i.
Après que l'empire d'Egypte eut été pendant
412 ans sous le joug des Perses, les Égyptiens
se révoltèrent et se donnèrent des rois :
Amurtos 'A;i.upTato;, 6 ans,
Lapritios NsçEpixT]?, 6 ans.
Akoris "A/wpt;, 12 ans.
Psmutis ^«nt'o'^S'-S, un an.
Iqtiabis Nexiavlêiî, 18 ans.
Puis ils furent de nouveau sous le joug des
Perses, jusqu'à Alexandre fils de Philippe le
Macédonien,
ROIS DES SICYONIENS :
1. Aiglus AiytaXeûî, 42 ans,
2. Auropos EO'poi}', 45 ans,
3. Talkin TeXxiv, 20 ans.
4. Apios "Aiciç, 25 ans.
5. Talkaion ©sXÇiiov, 52 ans.
6. Agodis Aî'yjSpo;, 12 ans.
7. ïaurima ©oupi(i.3c/oç, 48 ans.
8. Luqipis Aeûxuntoi;, 18 ans.
9. Maspos MIo-traicoç, 46 ans,
10. Altos "EpaTOS, 40 ans.
11. Pamaos IlXriixvatoc, 40 ans.
12. Aurtoplis 'Op66iro>iç, 63 ans.
i3. Martios MapaOtivto;, 3o ans.
14. Martos MdtpaOoç, 20 ans.
i5. Kurus 'E/upsûç, 35 ans.
16. Qoraqos KôpaÇ, 3o ans.
17. Apopus 'EnoTreûç, 4l ans.
18. Lomadon AaojiISMV, 40 ans.
19. Siquan Sixuiiv, 44 ans,
20. Polukos noXû6o;, 4o ans.
ai. Ikanos "Iva^o;, 42 ans,
22. Postos $aî(TToç, 8 ans.
23. Ardsts "ASpaffTo;, 4 ans.
24. Polupilos Tlol\)ifliSrji, 3i ans.
25. AgamamonS, 35 ans.
26. Palsgos UAaafôç, vingt ans.
27. Duksipos Zsû^imio;, 3i ans.
Jci cessèrent les rois des Sicyoniens. Leur
temps se prolongea 961 ans, sous 27 rois^.
[ROIS DES ARGIENS]
Ici, à cette époque*, commença l'em-
pire des Argiens :
1. Ainakos "Iva^oc^ 5o ans.
2. Poros ^opwveûi;, 60 ans.
3. Apis "Aitiç, 35 ans,
4. Argos "Apyoç, 70 ans.
5. Aqrisos Kpîaffoç, 14 ans,
6. Porkos *op6a;, 35 ans.
7. Tripos Tpwnaç, 47 ans,
8. Qrotopos KpÔTOito;, 21 ans.
9. Stnalos SOévsXo;, n ans,
10. Daoaosg Aavaôc, 3o ans.
11. Abas "A6aç, 23 ans.
12. Protos IIpoîTOî, 3o ans.
i3. Aqrisios 'Axpi'dioc, 3o ans.
Ici 5 cessa cet empire des Argiens, et il
passa aux
iHYCÉNIENS :
1. Aurostos Eùpuo-OeO;, 45 ans,
2. Atros 'Arpsûî, 66 ans.
3. Aurstos 'Op£ijTii]ç, 7 ans.
4. Tisamiios Tcuaixevoç, 55 ans,
5. Agammnon 'AYapiéiivuv, 35 ans 6.
L'empire des Mycéniens cessa^ après avoir
duré environ 200 ans, sous 5 rois.
1. Cf. t. I, p. 229, n. 12, — 2, Ce nom est passé ici de la colonne voisine (Mycéniens) et n'ap-
partient pas à la liste des rois Sicyoniens, qui ne devrait comprendre que 26 noms ; cf. t. I, p. 216.
Même erreur dans la vers. ar. — 3. Cf. t. I, p, 56, Il faut sans douta lire : ^? i-^^»,
4. C.-à-d. du temps de Jacob; cf. t. I, p. 37 et 208, mais notre tableau n'est pas disposé correc-
ment dans le ms. — 5, C.-à-d, du temps de Débora; cf, t. I, p. 50, 214.
6. Devrait être le 3" dans la liste ; il est aussi déplacé dans la vers , ar, — 7. Cf. t. I, p. 58, et 217.
APPENDICE I
437
[ROIS DES ATHÉNIENS]
A cette époque ' commença cet empire
des Athéniens :
1. Miqropos Klxpo']/, 5o ans.
2. Qrios Kpavaoç, g ans.
3. Qliqton 'A\ifiKTjtùv, lo ans.
4. Ariktonios 'Epr/Oôvtoç, 5o ans.
5. Pndion IlavSi'wv, 40 ans.
6. Ariktus 'Eps/eeuç, 5o ans.
7. Qqropos Ké/.po4i, 4° ans.
8. Pandion navBiuiVj i5 ans.
9. Aguspr AIyeÙ? IlavSîOvo;, 48 ans.
10. Aisus ©Kidsû;, trente ans.
11. Mâisatus MevetrGîûCj 23 ans.
12. Dimopon Aïjijioçwv, 33 ans.
i3. Auksntis '05ijvti;, 44 ans.
14. Pidos 'A(fe:5xî, un an.
15. Amotis ®u(ji,ocTrî;, 8 ans.
16. Malaitos MéXavOc?, 3o ans.
17. Qodros KoSpoç, 27 ans.
18. Mazog MéSoJv, 20 ans 2.
19. Akoststos "AxaoToç, 36 ans.
20. Arkipos "ApyiiTOo;, 19 ans.
21. Tadasipos ©épsiuTto;, 4i ans.
22. Po.rkas *ôp8aç, 3i ans.
23. Amagalis ME^axiriç, 3o ans.
24. Dioganitos AiiyvYjTOî, 28 ans.
25. Paraqlos ^IpExXoj, 19 ans.
26. Aripron 'Apsçpptov, 20 ans.
27. Tasapis Qeamzii, 27 ans.
28. Agamilor 'AyaiAiîuTwp, 2o ans.
29. Aksulos At^x^'oç, 23 ans.
30. Âlqmaon 'AXx|j.aîii)v, 2 ans.
3i. Baropos Xàpoi}', 10 ans.
32. Asmidos A(iii|i.t8ï]{, 10 ans.
33. Qlidiqos KXeiStxo;, 10 ans,
34. Aipomanis 'Iwtcoiiévïjc, 10 ans.
35. Laoqrtos AswxpâTYi«, 10 ans.
36. Apsndros "AiJ/av8poç, 10 ans.
37. Aruksias 'Ep-jÇiac, lO ans.
Ici cessa Vempire des Athéniens.
[ROIS DES LATINS]
Ici, à cette époque ', commença cet
empire des Latins :
1. Aiis Alvst'aç, 3 ans.
2. Asoanis 'A<7xâvio{j 38 ans.
3. SiJuanos EiXoJio;, 29 ans.
4. Anias Aîvetaç, 3i ans.
5. Latinos Aârivoç, 50 ans,
6. Albas, 'AvayâXëaç, 39 ans.
7. Apotos Aî'YuitTo;, 36 ans.
8. Qapos KâitOî, 28 ans.
9. Pantos, KapTiivTOî, i3 ans.
10. Tibrios Tiêlpio;, 8 ans.
11. Agripas, 'AypTOreas, 41 ans.
12. Arabolos 'ApIjiouXoç, 19 ans.
i3. Auantios, AÙsvtioç, Sg ans.
14. Proqlos Ilpôxavoî, 28 ans.
i5. Amulos 'AjioùXoi;, 23 ans.
Ici ces Latins furent appelés Romains : ce
sont les Francs •*.
ROIS DES ROMAINS :
1. Romalis 'P(0|ji.OXo{, 38 ans.
2. Numas Nougjiâc, 4( '>ds.
3. Tulos ToOXXoç, 32 ans.
4. Anqios "Ayxtoç, 23 ans.
5. Salautis OoriXio; (?), i5 ans.
6. Trquainos Tapx\ivtoç, 37 ans.
7. Salbios Sepoûîo;, 34 ans.
8. Trquainos TapxOvio;, 35 ans.
Jci cessèrent les rois des Romains 5.
[ROIS DES CORINTHIENS] 6
1. Alitis 'AX^TY);, 35 ans.
2. Ibsion 'IÇi'uv, 37 ans.
3. Labotis AaëcoTYjjj 37 ans'.
4. Prumanis IIpûiJiviiîj 35 ans.
5. Bapkis Bâx)(r]î, 35 ans.
6. Agis 'Aysiai, 3o aas.
7. Audimas EiîSritioç, 25 ans.
8. Aristomidi 'Apt(jTO(iiiiSTi;, 35 ans.
1. C.-à-d. à l'an 461 d'Abraham ; cf. t. I, p. 210, n. 11. — 2. Cf. t. I, p. 218, n. 3.
3. Cf. t. I, p. 55. — 4. Cf. t. I, p. 81. — 5. Cf. t. I, p. 230, n. 4. — 6. Cf. t. I, p. 58. — 7. Ce
nom appartient à la série des rois des Lacédémoniens, où il doit occuper le 4' rang, au lieu
d'Agélas dont la place est ici. La même permutation existe dans la vers, arabe.
438
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
9. Aigimon 'A^■rn>.u>^^, 16 ans.
10. Alksndros 'AXlSavSpoç, 25 ans.
11, Talastis Tslldtïiî, la ans.
i2. Autmanis AÛto|j.évï);, un an.
Ici cesser eut ces rois des Corinthiens, dont
la durée se prolongea pendant 3^3 ans i,
ROIS DES LACÉDÉMONIENSî
I. Aurostos EùpuirBsij;, 44 ans.
a. Agis "Ayt;, un an.
3. Anstrtos E^sffTpaTÙç, 35 ans.
4. Aglaos 'A^éXaç, 37 ans 3.
5. Dodostos Aipuafioç, ag ans.
6. Agisilaos ' A.yri<siXaai, 44 ans.
7. Arklaos 'Ap^jéXaoç, 60 ans.
8. Tllamos TtiXexto;, 40 ans,
9. Alkmanos 'AXxafjiévïi?, 34 ans.
Ici cessa cet empire des Lacédémoniens, qui
avait duré 376 ans, pendant lesquels il y eut
•9 rois * .
[ROIS DES MACÉDONIENS]
Ici ' commença l'empire des Macé-
doniens :
1. Qrmos Kâpavoç, aS ans.
2. Qonos Koivôç, 12 ans.
3. Turimas TOptuag, 38 ans.
4. Prdlqas IlîpSîxa;, 57 ans.
5. Argaos 'Apyiitoç, 38 ans.
6. Pilipos «fiXijncoç, 38 ans.
7. Aaropos 'AEpôitaç, 26 ans.
8. Alutas 'AXxETÔc;, 29 ans.
9. Amuntos 'Aij.uvTa;, 5o ans.
10. Alksndros 'AXéÇavSpoî, 43 ans.
II. Prdiqas IXspSixïç, 28 ans.
12. Arklaos 'Ap/IXaoç, a4 ans 6.
[ROIS DES LYDIENS]
Le royaume des Lydiens commença
à cette époque'; le premier roi des
Lydiens fut :
I. Adros "ApSuaoç, 36 ans.
2 Aluatis 'AX'jdcTri;, i4 ans.
3. Milis MîXïi;, 12 ans.
4. Qndulis KavSajXrjî, 17 ans.
5. Gugis rûyY);, 36 ans.
6. Adros "ApSj!7o;, 38 ans.
7. Salutis SaXuârr]C, 55 ans.
8. Aluatis 'AXudtTïjc, 29 ans.
g. Qrosos KpoïtTo;, i5 ans.
Ici finit cet empire des Lydiens, quand ré-
gna Cyrus le Persan. La durée des Lydiens est
de 232 ans 8.
ROIS DES MÉDES 9 :
1. Arbaqios 'ApSâxï);, 28 ans,
2. Sosrmos i3(û(iap}j.oç, 3o ans.
3. Mamqs Mav5ayxYi<, i3 ans.
4. Diaisis, Aioc'xï);, 14 ans.
5. Qurkaos, 'ApTiixa;, i3 ans.
6. Praortis ^potôpTU)?, 24 ans.
7. Quakrisis Kualâpr);, 32 ans.
8. Astuagis 'Adwayr];, 38 ans.
Ici 10 cessa l'empire \des Mèdes, qui passa] 1 *
aux
PERSES :
Quros K'jpoç, 3o ans.
Qambusis Kan6'jiTr)«, 8 ans.
fralres Magi Màyo: àSsXyoi, sept mois .
Dariaus Aapsïo;, 36 ans.
Ksrksis SépÇy;;, 21 ans.
Rtabanos 'ApTà6avo{, 7 mois.
Artksar 'ApTa^ÉpÇriç, 26 ans.
Ksraksis Eép^r);, 2 mois.
Sogdianos SoySiavô?, 7 mois.
Dariaus AapEîo;, 19 ans.
Artaksrksis 'ApTalspÇriç, quarante ans.
Aubos "û^oÇj 24 ans.
Arsios Apirric, 4 ans.
Darius Aapsïoî , 6 ans.
Ici 12 cessa Vempire des Perses, quand
Alexandre tua Darius. L'empire des Perses
dura 23r ans.
1. Cf. t. I, p. 79. — 2. Cf. t. I, p. 58. — 3. Cf. p. 437, n. 7. — 4. Cf. t. I, p. 79. — 5. Cf. t. I,
p. 223, n. 6. — 6. Ici s'arrête la liste, au bas de la p. 743. Elle aurait dû continuer à la page 744
jusqu'à Alexandre (cf. t. I, p. 231), mais la col. est restée en blanc dans le ms., et de même dans
la vers, arabe. — 7. Cf. t. I, p. 78. — 8. Cf. t. I, p. 229, n. 9. — 9. Cf. t. I, p. 77 et 223, n. 1. —
10. Cf. t. I, p. 229, n. 7, — 11. A restituer d'après la vers, ar, — 12. Cf. t. I, p. 232, n. 3.
APPENDICE I
439
A cette époque' régna Alexandre^ fils de Philippe le Macédonien, qui mit fin à tous
ces empires, 6 ans.
Après sa mort de nombreux princes s'élevèrent de nouveau, entre autres ceux qui
sont mentionnés ci-dessous:
Sur LE3 Hébreux :
Judas Macchabée, 3 a.
Jonathan, ig ans.
Siméon, 8 ans,
Hyrcanus, 26 ans.
Aristobulus, un an.
Jannaeus, 27 ans^.
Âlexandra, 9 ans.
Hyrcanus, 34 ans.
[Rois :]
1. Hérodes le Philis-
tin 3, 37 ans.
2. Archelaus, g ans.
3. Hérodes, 24 ans.
4. Agrippas, 26 ans.
5. Agrippas, 7 ans.
Ici cessa totalement
la royauté des Hé-
breux, et la succession,
quand Jérusalem fut
détruite par Yespa-
sien *.
Sur Babïl Et la Perse :
Seleucus Nicator, 32 a.
Antiochus, 19 ans.
Antiochus II, i5 ans.
Seleucus, 20 ans.
Anlioch. Magnus, 36 a.
Sur la Syrie, l'Asie
ET Babel :
Seleucus, 12 ans
Antiochus, ri ans.
Antiochus, 2 ans.
Demetrius, 12 ans.
Alexandre, 9 ans.
Demelrius, 3 ans.
Antiochus, 9 ans.
Demetrius, 4 ans.
Antiochus, 12 a.
Antiochus, 18 ans.
Philippus, 2 ans.
Ici cessa l'empire
des Grecs en Syrie, à
Bahylone^ en Egypte et
en l'erse^. Celte princi-
pauté avait duré l'es-
pace de 220 ans. —
Que celui qui lit, prie.
En Asie et en Sf rie :
Antigonus, [1]8 aus.
Demetrius, 17 ans.
Alors vint Seleucus
qui tua Demetrius en
Cilicie, et régna aussi
sur la Syrie, l'Asie, la
Bahylonie et la Perse ".
En Macédoinb :
Philippus', 7 ans.
Cassandro, 19 ans.
Ses fils, 4 ans.
Demetrius, 5 ans.
Pyrrhus, 7 mois.
Ptolémée, un an.
Méléagre, 2 mois.
Antipater, un mois.
Sosthenes, 2 ans.
Antigonus, i5 ans.
Philippus, 42 ans.
Persée, 5o ans.
Ici finit l'empire des
Macédoniens, qui dura
i58 ans.
A Alexakdbie :
Ptolémée [..] ana.
Ptolémée II, 38 ans.
Ptolémée III, 26 ans.
Ptolémée IV, 17 ans.
Ptolémée V, 24 ans,
Ptolémée VI, 36 ans.
Ptolémée VII, 29 ans.
Ptolémée VIII, 17 ans.
Ptolémée IX, 8 ans.
Ptolémée X, 10 ans.
Ptolémée XI, ,. ans.
Dionysius, 3o ans.
Cléopâlre, 22 ans.
Ici finit l'empire des
Lagides en E gyp te ,
après qu'il eut duré
296 ans^.
RO.MAINS.
[743] Ici, à cette épo-
que', commença le der-
nier empire des Romains,
dans la ville capitale de
Rome.
I. Gaïus, 5 ans.
2. Augustus, 56 ans.
3. Tiberius, 23 ans.
4. Gaïus, quatre ans.
5. Claudius, [ i]3 ans.
6. Nero, i3 ans.
7. Espasinus, 9 ans et i m.
8. Titus 11', 2 ans, 2 mois.
9. Domitianus, i5 ans et 2 m.
9. Nerva *', un an.
10. Trajanus, 19 ans et 5 mois.
11. Adrianus, 21 ans.
i2. Titus Antoninus, 22 a. ,3m.
i3. Marcus Aurelius, 19 ans,
14. Commodus, i3 ans.
i5. Pertinaxl2, 6 mois.
16. Severus, 18 ans.
1. Cette notice est placée dans le tableau à l'époque de Honias, grand-prêtre des Juifs; cf. t. I,
p. 113, 232. — 2. Ms. : 57 ans. — 3. Lire : U^i^iS. — 4. Cf. t, I, p. 161, 168. — 5, Cf. p. 128,
129. — 6. Cf. p. 232, n. 8. — 7. Ph. Aridaeus. — 8. Cf. t. I, p. 136.
9. Cf. t. I, p. 134. — 10. Ms. et vers, ar : Trajanos. — 11. Sic ms., avec répétition du n° 9; cf.
p. 440, n. 2. — 12. Ms. et vers, ar, ; Padatinakos.
440
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
17. Antoninus, 7 ans.
18. Macrinus, un an.
19. Antoninus, 4 aïs.
20. Alexandre f, de Marna, 1 3 a.
21. Maximus, 3 ans.
22. Gordianus, 6 ans,
23. Philippus, 6 ans.
24. Decius, un an.
25. Gallus, a ans.
26. Valerianus, i5 ans,
27. Claudius', un an.
28. Aurelianus, 5 ans.
3o. Tacitus, 6 mois 2.
3r. Probus, 6 ans.
32. Carus, 2 ans.
33. Diocletianus, 20 ans,
34. ConstantinusMagnus, 34a.
35. Constant., 32 ans.
36. Constant. 3, 21 ans.
37. Julianus, 2 ans.
38. JoTÎnianus, 7 mois.
Sg. Valenlinus et Valens avec
40. Theodosius, 16 ans et 8 m.
41. Arcadius a>'ec Honorius e<
Gratianus*, i4 ans.
43. Theodosius, 42 ans.
43. Marcianus, 4 ans, 6 mois.
44. Léon, 8 ans.
45. Léon le jeune, lO mois.
46. Zéiion, 16 ans.
47 Anastasius, 27 ans.
48. JustinianusS, 9 ans.
49. Justinianns, 38 ans.
50. Justinianuse, i3 ans.
ROIS DES PERSES :
En l'an 4 d'Alexandre
fils de Marna, roi des Ro-
mains, surgit Ardasir, et
il vainquit de nombreux
roisenOrient : iltriompha
et régna seul. De là com-
mença le dernier empire
des Perses, qu'on appelle
des Sassanides7.
1. Ardasir, i5 ans.
2. Sabôr, Si ans.
3. Hormizd, 2 ans 8.
4. Warahran, 11 jours.
5. Warahran, fils de Wah-
raran, 17 ans.
Q. Warahran Sagansaho, 4 ™.
7. Narsê, 7 ans et un mois.
8. [Hormizd, 7 ans.] '(•
9. Sabôr, 69 ans et 6 mois.
10. Ardasir, 3 ans et 8 mois.
11 . Sabôr, 4 ans.
12. Warahran, 10 ans, n mois.
i3. Yezdegerd, 21 ans.
i4. Walirahran, 22 ans.
i5. Yezdegerd, 19 ans.
16. Pêroz, 27 ans.
17. Balous, 4 ^o®.
18. Qawad, ir ans.
19. Damasp, 2 ans.
20. Qawad, 3o ans.
21. Kosrau, 48 ans.
22 Hormizd, i2 ans.
23. Kosrau, 38 ans.
24. Siroi, 9 mois.
aS. plusieurs persans, 2 ans.
27. Yezdegerd, 12 ans.
Ici cessa le dernier empire
des Perses, qui dura 4i8 ans ;
et Vempire d'Orient passa
aux Arabes musulmans ".
[ROIS DES GRECS ET DES
RO.MAINS]
Ici commencèrent les
empereurs Grecs à Cple'^.
(5i) i. Tiberius, 4 ans.
{62) 2. Mauricianus, 20 ans.
(53) 3. Phocas, 7 ans.
(54) 4- Heraclius, 32 ans.
(55) 5. Constantinus, 27 ans;
(56) 6. Constantinus et ses
frères, 16 ans.
(57) 7. Justinianns, 10 ans.
(58) 8. Leontius, 4 ans.
(59) 9. Tiberius, 7 ans.
(60) 10. Justinus, 6 ans.
(61) II. Philippicus, 2 ans.
(62) 12. Anastasius, 2a. et 5 m,
(63) i3. Léon, 24 ans,
(64) i4- Constantinus, 34 ans.
(65) i5. Léon, 5 ans.
(66) 16. Constantinus, 22 ans.
(67) 17. Nicephorus, 8 ans.
(68) 18. Stauricius, un an.
(69) ig. Michel, un au.
(70) 20. Theophilus, i3 ans.
(71) ai. Michel, 25 ans.
(72) 22. Basilius, 2 ans.
(73) 23. Léon ,.. ans et 3 m.
(74) 24- Alexandre, un an.
(75) 25. Constantinus, 55 ans.
(76) 26. Romanus, 6 [ans].
(77) 27. Constantinus, 4 ans,
(78) 28. Romanus, 3 ans.
(79) 29. Nicephorus, 11 mois.
(80) 3o. Iwauè Soumiskê,3ans.
(81) 3i. Basilius, i5 ans.
(82) 32. Constantinus seul, 2 a.
(83) 33. Romanus, 5 ans.
(84) 34. Michel, 8 ans.
(85) 35. Constantinus, 12 ans.
(86) 36. Theodora, un an.
(87) 37. Michel, un an.
(88) 38. Isaacius, 2 ans.
(89) 39. Const. Ducas,
(90) 4o. Diogenès, 3 ans.
(91) 4r. Michel, g ans.
(92) 42. Nicephorus, 2 ans.
(93) 43. Alexis, 38 ans.
1. Ms. : Qlaurelianos ». — 2. Sic ms. et vers, ar., avec omission du n» 29. — 3. Sic ms., en
abrégé ; la vers, ar. omet le n» 36. — 4. Sic ms. et vers. ar. ; le nom est écrit : Tratianos (TpaxiavSç
pour rpaxiavôç). — 5. Sic; Justin I. — 6. Sic; Justin II, — 7. Cf. t. I, p. 256. — 8. Ms. : 10 aus.
9. Ms. : SagHh-^ cf. t. I, p. 256. — 10. Omis dans le ms. et la vers. ar. ; cf. t. I, p. 255. — 11. Cf.
t. II, p. -524. — 12. Cf. t. II, p. 316.
APPENDICE I
441
(94) 44- Iwannê, 26 ans.
(95) 45. Manuel, 38 ans.
96) 46. Alexis, 3 ans.
(97) 47- Andronicus, 3 ans,
(98) 48' Isaacius.
fROIS DES ARABES]
Ici' commença l'empire
des Arabes musulmans.
1. Mohammed, 7 ans.
2. Abou Bekr, 2 ans.
3. 'Omar, 12 ans.
4. 'Othman, i2 ans.
5. anarchie, 5 ans.
6. Mo'avia, 20 ans.
7. Yézid, 3 ans et 6 mois.
8. Marwan, un an.
9. 'Abdalmélik ^, 20 ans,
10. Walid, 9 ans.
11. Soleiman, 2 ans, 8 mois.
12. 'Omar, 2 ans, 5 mois.
i3. Yézid, quatre ans.
l4. Hisam 3j ig ans,
i5. Walid, un an.
16. Yézid, quelques jours.
17. Ibrahim, 2 ans.
18. 'Abdallah régna dans le
Khorasan, t^ ans, et
19. Marwan, à Damas, 5 ans.
20. Abou Dja'far, 20 ans.
21. Mahdi, 9 ans.
22. Mousa, un an.
23. Haroun Rasid, 23 ans.
24. Ahmed Amin, 4 ans.
25. Mamoun, 20 ans.
26. Abou-Ishaq, 8 ans.
27. Haroun Watiq, 6 ans.
28. Dja'far, 4 ans.
29. Moliammed, 6 mois.
30. Ahmed, 3 ans.
3i. Abou "Abdallah, 3 ans.
32. Mouhtadhi, 11 ans,
33. Ahmed, [i3 ans].
34. [Abou']l-'Abbas, 21 ans*.
35. Abou Dja'far, un an,
36. Moustadhi, 24 ans.
37. Abou Mançour, un an.
38. Abou '1-Abbas, 7 ans.
39. Abou Ishaq, 4 ans.
40. Abou '1-Qasim5, 6 ans.
4i. Abou '1-Fadhl, 29 ans.
42. Abou Bekr, 19 ans.
43. Abou '1-Abbas QadirS,
44 ans.
A partir d'ici ces khalifes
commencèrent à résider à
Bagdad.
Depuis le moment où les
Turcs régnèrent dans le Kho-
rasan, les Khalifes arabes ré-
sidaient à Bagdad :
44. Dja'far Qahir^, 44 ans.
45. Abou '1-Qâsim 8, 20 ans.
46. Moustadher, 11 ans.
47. Râsîd, 4 ans.
48. Mouqtafî^, i3 ans.
TURCS
qui régnèrent dans le Khora-
san.
1. Togril-bek, 25 ans.
2. Alb-Arslan, n ans.
TURCS DE BITHYNIE
i. Soleiman, 10 ans.
2. Kilidj-Arçlan, 25 ans.
3. Mas'oud, 44 ans.
4. Kilidj-ArslaalO^ 4^ ans.
5. Ses fils.
TURCS DE CAPPADOCE
1. Tanousman, 19 ans.
2. Ghâzî, 3i ans.
3. Mohammed, 9 ans.
4. Ya'qoub-[Ar]çlan't, 2i ans.
5. Isma'il, 9 ans.
6. Danoun, 2 ans.
Ici cessa cette principauté,
et le sultan Kilidj-Arçlan ré-
gna 12.
ROIS DES FRANCS
A JÉRUSALEM
1. Godefroy, 2 ans.
2. Baudoin, 7 ans.
3. Baudoin.
4. Foulques, 7 ans.
5. Baudoin, i3 ans.
6. Amaury, 12 ans.
7. Baudoin, n ans.
8. Baudoin, un autre, 3 ans.
Ici cessa [cet empire] et
les Turcs occupèrent Jérusa-
lem 13.
I. C'est-à-dire à l'époque d'Héraclius; cf. t. II, p. 403, 408. —2. Sic vers, ar. correotenient;
ms. ; ^Abdallah. — 3. Ms. : Haèim. — 4. Sic vers. ar. Notre copiste a réuni les deux noms des
n" 33 et 34. — 5. Ms. et vers. ar. : Abulkus. — 6. Notre copiste a dédoublé ce personnage. —
7. Sic ms. et vers, ar., au lieu de Qatm ; cf. p. 420, n. 6. — 8, L'ordre des Khalifes est, à partir
d'ici, troublé et incomplet. Cf. ci-dessus, p. 422, n. 6 et 13. — 9. Ms. et version ar. : Moustaft.
— 10. Ms. et vers. ar. : Migrsln. Cf. ci-dessus, p. 185, n. 10. — 11. Cf. ci-dessus, p, 253, n. 6.
— 12. Cette notice se lit dans la vers. ar. Elle a été omise par notre copiste; elle était ainsi
conçue : ^j».^ ^a*» yi^lo Itau,; hw ^V^a lajw. Cf. ci-dessus, p. 357. — 13. Même observa-
tion. Texte original : xt^A^ol Usïot oj-lo [Uaiao l»w] ^^a Ww.
III ' 56
II
[748] Avec l'aide de Dieu nous consignons le souvenir des empires qui ont été
CONSTITUÉS DANS L'ANTIQUITÉ PAR NOTRE RACE DES ArAMÉENS, c'eST-A-DIRE DES DES-
CENDANTS d'ArAM, [qui]' furent APPELÉS SYRIENS OU GENS DE SyRIE. NoUS AVONS
RECUEILLI AVEC DILIGENCE, DES ÉCRITS AUTORISÉS, LES TÉMOIGNAGES QUI CON-
CERNENT CES EMPIRES.
Eusebius, très versé dans ces sortes de choses, établissant d'après les
anciennes chroniques d'Alexandre Polyhistor, d'Abydenus et autres Ghaldéens,
la succession depuis Adam jusqu'au déluge survenu du temps de Noé, place
l'un après l'autre dix rois, dont les noms et les années sont notés en la manière
que nous les avons rangés plus haut dans ce livre'. Ici, il les appelle encore
« Chaldéens ». Il montre qu'après le Déluge régna Euvexius' le Chaldéen; et
après lui Koniasbelos*, et que, depuis le temps de Xisouthros, où eut lieu le
Déluge, jusqu'au temps où les rois tnèdes s'emparèrent de Babylone, il y eut
86 rois, selon le témoignage des écrits de Polyhistor et d'Abydenus. Il dit que
Polyhistor mentionne pour chacun son nom et le nombre de ses années; et
ensuite il ajoute : « quand l'empire des Chaldéens cessa, 21 rois» mèdes
régnèrent »; et il dit encore : « Les rois chaldéens régnèrent, au nombre de
40' », et il rapporte aussi le nom et les années de ceux-ci'. Après cela, les Assy-
riens mirent fin à l'empire des Chaldéens, du temps de Samiram, et cette période
comprend un total de 46 rois'. Alors il y eut un roi chaldéen nommé Phoulos,
que les livres hébreux appellent Phoul; c'est celui qui envahit le pays de Judée.
Après celui-ci, d'après Polyhistor, vint Sennachérib, dont le prophète Isaïe parle
en ces termes" : « En l'an 14 d'Ézéchias, roi de Juda, le roi Sennachérib monta
contre les villes fortifiées, et s'en empara. » Poursuivant l'histoire, il parle de
Rabsacès, qui fut envoyé par Sennachérib contre Jérusalem. Et Eliacim avec
Sabna et loaha'* lui dirent : « Parle araméen avec tes serviteurs, car nous com-
1. Lire : a.poLN, d'après le contexte et la version arabe. — 2. Comp. tome I, p. 6 et 12; ci-
dessus, p, 433. Notre ms. répète ici, en marge, les noms de ces dix rois avec plusieurs fautes
dans l'ordre et la durée des règnes : « 1. Aloros, 10 sares; 2. Alomparos, 3 sares ; 3. Almelon,
13 sares; 4. Amegalaros, 8 sares; 5, Dounobos, 12 sares; 6. Euadonracos, 10 sares; 7. Amemon
8 sares , 8. Amapasinos, 8 sares ; 9 Otartios, 10 sares ; 10. Xisouthros, 8 sares. » La version
arabe a introduit ces noms dans le texte. — 3. Eùrjjfto;. — 4. 'S,o)^i(7Si)Xo(:. Ms. et vers. ar. : Komas-
kelos. — 5. Sic. ms. et vers. ar. ; Eus, : 8. — 6. Sic ms. et vers. ar. ; Eus. : 49. — 7. Cf. Euseb.
Chron., 1. I; éd. Schoene, p. 24. — 8. Sic ms. ; Eus. : 45. — 9. Is., xxxvi, 1. — 10. IV Reg.,
xviir, 26. Orthographe et vocalisation du texte biblique (vers. syr.).
APPENDICE II 443
prenons, et ne parle pas judéen. » On voit par ce témoignage du livre prophé-
tique que les rois clialdéens et assyriens se servaient de la langue et de l'écri-
ture araméenne.
Pourquoi sont-ils nommés Chaldéens, et d'où furent-ils appelés Assyriens?
Nous pouvons l'apprendre des écrits de Polyhistor et d'Abydenus, avec lesquels
l'hébreu Josèphe est d'accord, et auxquels a puisé Eusebius Pamphylus', évêque
de Césarée. Parlant des générations des trois fils de Noé, (Eusèbe') dit : « Sem,
le troisième des fils de Noé, eut cinq fils qui habitèrent l'Asie, qui s'étend depuis
le fleuve Euphrate jusqu'à l'Océan' indien. "Élam eut pour descendants les
Élamites qui sont les ancêtres des Perses; Asour habita la ville de Ninive, et
donna le nom d'Assyriens à ceux qui lui obéissaient; Arphaxad donna son nom
aux Arphaxadiens'; et Aram gouverna les Araméens' que les Grecs appellent
Syriens*. Parmi ceux-ci, 'Ouç'' bâtit Trachon et Damas, entre la Palestine' et la
Gœlé-Syrie. Ils sont tous appelés, en général, Chaldéens, du nom antique,
ou Assyriens, c'est-à-dire Athorayê, du nom d'Asour qui habita Ninive. »
Josèphe, le chroniqueur hébreu, dit des choses qui sont d'accord avec celles
d'Eusèbe, car il appelle Asùr « Assour », en langue grecque : « Assour, de qui
proviennent les Assyriens, bâtit Ninive »; et il appelle aussi Chaldéens ceux de
qui descendent les Assyriens et les Araméens qui sont les Syriens. Beaucoup
plus loin Josèphe dit : « Les noms, pour l'élégance du langage, ont été grécisés
par les Grecs, qui sont les Hellènes; il n'en est pas chez eux comme chez nous,
Hébreux, et le type de leurs noms n'est pas le même que dans notre langue ;
ils n'ont qu'une seule sorte de noms, dont la terminaison est unique; ainsi ils
appellent le nom du juste Noah « Nôkos° », et la langue des Grecs observe cette
manière de faire pouf toute espèce de noms ».
Puisque nous trouvons de semblables témoignages dans des écrits autorisés,
par là nous devons comprendre que tous les rois qui furent dans ce pays, et
qu'on appelle Assyriens et Chaldéens, appartenaient à notre langue, et que
leurs noms furent changés par les Grecs qui régnèrent plus tard en Asie.
Pourquoi leurs noms ont-ils disparu et ont-ils été effacés des Livres saints?
Nous le montrerons dans cette histoire, quand le discours nous en fournira
l'opportunité. Pour le moment, revenons à l'époque de Sennachérib et voyons
ce qui est écrit à son sujet.
[749] Alexandre Polyhistor, parlant de Sennachérib et de Nabuchodonosor,
dit : « Après Phoul, régna son frère Sennachérib. 11 vint avec une armée contre
1. Lire : iooà^»abo3. Ms. et vers. ar. : Polyphilos. — 2, Selon notre auteur, le sujet du verbe doit
être Eusèbe ; mais le texte reproduit plutôt Josèphe, Ant.^ \, vi. Cf. Eus. Ckron., I, p. 74. —
3. ■«oûjUooI. — 4. Le texte de Josèphe ajoute « qui sont aujourd'hui appelés Chaldéens ». —
5. Lire : U»»!. — 6. Le cinquième, qui n'est pas nommé ici, est Loud. — 7. Fils aîné d'Âram
(Jos., loc. cit.). — 8, Lire : '-i..6^ài. ta . — 9. Lire : 'i»o3o) (vers, ar.) ; Nù)-/o;.
444 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Babylone. Il fut victorieux, prit vivant Sarnelibos' et l'envoya à Athor. Après
s'être emparé de la Babylonie, il établit son fils Asordanissos' comme roi, à
Babylone, et repartit lui-même pour Athor. Ayant appris que les Grecs avaient
envahi la Cilicie, il s'avança rapidement contre eux et en détruisit une grande
partie. Il laissa un souvenir de victoire en érigeant, à l'endroit, sa statue, et y fit
écrire les événements en lettres chaldéennes. Il bâtit la ville de Tarse, à l'instar
de Babylone, et l'appela Tarais, et ensuite il partit pour retourner' dans son
pays. Il vécut 18 ans, et fut tué par son fils. » Celui-ci* régna 8 ans, et, après lui,
Hamougios °, 21 ans, et le frère de celui-ci aussi 21 ans ; après eux, Naboupalas-
soros 20 ans; après celui-ci [Najbouchodonossoros', (pendant 43 ans) '. De sorte
qu'on compte, depuis Sennachérib jusqu'à Nabuchodonosor, 88 ans. Josèphe
dit : « Dans nos livres, à nous Juifs, lu trouveras [la même chose]' en les exami-
nant, depuis Ezéchias jusqu'à Joachim contre lequel vint Nabuchodonosor. »
A propos de Nabuchodonosor, Josèphe dit, en alléguant le témoignage d'un
écrit antique^ : « Lorsque le père de Nabuchodonosor, [NJaboupalassar '",
apprit que le satrape établi sur l'Egypte, la Syrie et la Phénicie, s'était çévolté,
comme il ne pouvait aller en personne le combattre, il confia à son fils Nabu-
chodonosor, qui était déjà d'âge viril, une petite partie de son armée, et l'en-
voya. Nabuchodonosor s'empara du rebelle et soumit de nouveau ces pays à
leur autorité. Pendant ce temps, son père tomba malade, et quitta la vie" après
avoir régné 21 ans. Nabuchodonosor, ayant appris la nouvelle, arrangea les
affaires en Syrie, en Egypte, en Judée, en Phénicie, et donna ordre de conduire
les captifs à Babylone; lui-même avec un petit nombre d'hommes se hâta de
rentrer à travers le désert. Il prit possession des affaires qui étaient administrées
par les Ghaldéens, et commença à régner. Quand les captifs furent amenés, il
commanda de leur désigner un lieu d'habitation, et avec le butin de la guerre il
orna le temple de Bel. Il ajouta aussi à la décoration de la ville primitive et de
l'autre ville extérieure, et pourvut à ce que les gens du pays ou d'autres enne-
mis ne pussent détourner le fleuve contre elle. Il bâtit trois murs élevés autour
de la ville intérieure et trois autour de la ville extérieure, en brique cuite et
en chaux "; il la fortifia considérablement; il orna ses portes ; il ajouta aux palais
royaux de ses ancêtres des édifices dont il serait trop long de narrer l'élévation
1. Elibus dans la vers. arm. d'Eusèbe, Chron., I, p. 27. — 2. Âsordanes (ihid.). — 3. Lire :
;-a-i.| (d'après l'ar.). — 4. Ardamouzanes. — 5. Sammuges {loc. cit.). — 6. Lire : uiooituiojjopaa^ liot;
Nabucodrossorus {loc. cit.). — 7. Ibid. — 8. Le complément est omis aussi bien dans la vers,
ar, que dans notre ms, ; « iisdem similia comperit » (vers. arm. d'Eusèbe, /. cit.). — 9. Bérose,
cité par Josèphe Contra Ap., I, 19; cf. Eus. Chr., I, p. 46. — 10. Même orthographe fautive dans
la vers. ar. — 11. Litt, ; « échangea la vie », netaVActÇai tôv pfov. — 12. Gr. : eÇ otci^ç ixXévOou xa'i
àffçâXtO'j-
APPENDICE II 445
et l'ornementation'. Il détourna le fleuve Armakales', qui est une branche de
l'Euphrate, [et] il creusa la fosse Akrokranos • ; son circuit était de 40 parasanges '
et sa profondeur de 20 brasses; il y établit des vannes qui arrosaient la plaine
quand on les ouvrait. Le flot des eaux fut écarté de la mer Rouget II bâlit la
yille de Térédon', à l'entrée de l'Arabie. Il décora le palais royal d'arbres et de
jardins suspendus' qui passent pour l'une des sept merveilles. » Plus loin il dit :
« Nabuchodonosor parut plus puissant qu'Hercule; il pilla et dévasta la Libye
et ribérie et emmena en captivité (leurs habitants) au sud de la mer'. Il s'enor-
gueillit et dit : « N'est-ce pas là cette grande Babylone que j'ai bâtie pour ma
gloire? » comme il est dit dans le livre de Daniel'. Les Chaldéens rapportent
que, comme il montait au palais royal, un des dieux s'empara de lui, et il
s'écria : « Moi Nabuchodonosor, ô Babyloniens, je vous prédis la catastrophe
qui doit vous atteindre! » Ils appellent « dieu » le démon qui s'empara de lui.
Pour ne pas divaguer, ce peu de choses tiré des écrits de Polyhistor et de
Josèphe suffit; notre but étant de montrer qu'un empire de notre langue et de
notre écriture s'est prolongé jusqu'à l'époque de Cyrus le Perse.
Denys de Tell Mahré expose cela quand il parle ainsi'" : « A l'époque où les
Israélites étaient fixés en Egypte, deux frères, Syros" et Cilikos, se querellèrent.
Cilikos s'en alla dans la région au-delà" de la montagne qu'on appelle aujour-
d'hui Noire, et elle fut appelée de son nom Cilicie. Syros se fixa dans la région à
l'ouest de l'Euphrate, et elle fut appelée de son nom Syrie. Celle-ci fut partagée
entre plusieurs, et il y eut (dans cette région) beaucoup de rois qu'on appelle
« des Syriens ». Les rois Iduméens" sont appelés « rois des Syriens », comme
il est écrit dans la version des Septante : « Bar Hadad, roi des Syriens, assiégea
Samarie'* », et : « Les officiers du roi des Syriens dirent à leur maître : Le Dieu
d'Israël est le Dieu des montagnes*^ », et : « Le [roi] *^ d'Israël dit à ses officiers" :
Ne savez-vouspasque [7S0]Galaad esta nous? Négligerons-nous de la reprendre
des mains du roi des Syriens? » — Ainsi, on voit que la Syrie était à l'ouest de
l'Euphrate; et qu'on appelle par métaphore « Syriens » ceux qui parlent notre
langue à nous, Araméens, et dont les Syriens ne sont qu'une partie; tout le
1, Ici s'arrête la citation de Josèphe ; ce qui suit est tiré d'Abydenus cité par Eusèbe, Chron. I
p. 38. 2. 'AppiaxâXï];.... xéptx; Bùoppircéw. — 3, &'k; vers. ar. : i«aoi|;ûo;ûl o^ ;3^o. L'auteur prend
ce mot pour un nom propre; « puteum clivi », xiv t£ 'Axpôxavov; pour év "Axpa xatvôv. Eus., I, p. 40.
4. l.Wll«S. — 5. Sic ms. et vers. ar. (•o^^-^ao); le texte est manifestement fautif ; gr. : liteTetx'<Je
tï xa'l Tîiî èp<(9pri; ^aXâ-aar^ç, triv ènixXudiv. — 6. Tep»)8ôva itiXiv. — 7. xpena<TToù; TcapaSscdou;. — 8. Dans
le grec : eî; th SsÇià toO Ilôvrou. — 9. Dan., iv, 27. — 10. Le passage est déjà cité plus haut, p. 77.
1^1. Lire : >«»o»<«». — 12. Littér. : « à l'intérieur ». — 13. Ms. et vers. ar. : « les rois des Romains » ;
il faut lire : Uioojl.licf. texte, p. 523, 1. 26. — J14. IV Reg., vt, 24. — 15. III Reg., xi, 23. — 16, Sup-
pléer : ta:i«. — 17. m Reg., xxn, 3.
446 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
reste' habite à l'est de TEuphrate, c'est-à-dire depuis les rives de l'Euphrate
jusqu'en Perse. Et depuis les rives de l'Euphrate jusqu'à l'Orient, il y eut de
nombreux rois. En Assyrie : Bel et Ninus, et leurs nombreux successeurs; à
Babylone : Nabuchodonosor, qui s'entretenait en langue araméenne avec les
magiciens qui avaient été convoqués pour l'explication du songe; à Edesse :
ceux de la famille d'Abgar; dans le "Araba : ceux de la famille de Sanatrouq.
Nous avons dit cela pour montrer que les « Syriens » sont proprement ceux qui
sont à l'ouest de l'Euphrate ; qu'Edesse est la racine et le fondement de la langue
(syrienne); et que ceux-là ne sont pas dans le vrai qui pensent que jamais un
roi ne s'éleva de ce peuple. Il a été démontré, au contraire, que les rois Ghal-
déens et Assyriens, qui furent appelés Syriens, appartenaient à ce peuple. Leur
nombre total est de 194 : 10 avant le Déluge, 76 après le Déluge; puis, après
les Mèdes, 40 rois Chaldéens; les 45 descendants de Ninus; puis, après les
Perses, 23 de la famille de Sennachérib et de Nabuchodonosor.
Après avoir ainsi établi cela, avec autant de soin que possible, par le témoi-
gnage de l'écriture, expliquons ce que nous avons promis auparavant, c'est-à-
dire de montrer pour quelle raison leurs noms ont disparu de nos livres.
La raison est la suivante : Ces royaumes primitifs furent anéantis par le
royaume des Perses, qui commença avec Cyrus et finit avec ce Darius qui fut
tué par Alexandre ; et, pendant l'espace' de 231 ans que dura l'empire des Perses,
tout le peuple des régions de l'Asie fut réduit sous la domination des Perses.
Après Alexandre, il faut y joindre l'époque des descendants de Seleucus et
d'Antiochus, qu'on appelle rois des Syriens. Leur durée se prolongea 220 ans,
jusqu'au commencement de l'empire des Romains avec Gaïus et Augustus,
époque à laquelle parut le Sauveur de l'Univers, le Christ, Fils de Dieu. II y
avait donc 550 ans', que notre peuple n'avaitplus de rois. Or, quand la doctrine
vivifiante de l'Evangile parut, ce peuple y adhéra* et la professa avec empres-
sement; et alors ils négligèrent et méprisèrent totalement les autres livres,
dans lesquels étaient consignés les souvenirs de leurs anciens rois, et, dans un
zèle ardent pour la religion, ils mirent au feu tous les livres dans lesquels était
compilé le souvenir de ces rois; parce qu'au nom des rois et à la série de leurs
règnes étaient aussi entremêlées les histoires diaboliques de leur paganisme;
et, pour ce motif, ils détournèrent leur visage, comme d'une odeur fétide, de tous
ces livres, et ils les mirent au feu pour que le souvenir n'en fût pas conservé à
leurs enfants et aux générations à venir. C'est ce que rappelle le livre des Actes
des saints Apôtres quand il dit' : « Ceux qui croyaient apportaient les livres de
1. Il semble préférable de lire : Is;* ; toutefois l'arabe porte « tous les peuples » (X>ot^3 o.^»^ ),
— 2. Lire : (^û", — 3. Le chiffre peut se lire 50, ou 500, ou 550. — 4. Lire : ■&»<. — 5. Act.
Aposi., XIX, 19.
APPENDICE II 447
leurs pères et les brûlaient aux pieds des Apôtres, livres dont le prix était
estimé à de grandes sommes d'argent ». En beaucoup d'endroits et pendant
plusieurs générations, après l'apparition salutaire de l'Evangile, les saints Pères
firent cela avec un zèle constant. Partout où se trouvait un papier contenant le
souvenir d'histoires païennes, ou des récits concernant leurs' dieux, il était
jeté au feu. C'est ainsi que le souvenir des rois païens 4isparut de notre écri-
ture, parce que nos pères s'attachèrent complètement au Christ-Dieu et abju-
rèrent toutes les erreurs du paganisme. Et, pour ce motif, ils proclament,
après le Christ, le premier roi qui crut et fut baptisé au nom du Christ, Cons-
tantin le Victorieux, et, après lui, successivement, tous les rois fidèles et ortho-
doxes. Quant à ceux qui, par la suite, s'écartèrent de l'orthodoxie, ils les consi-
dérèrent comme des étrangers. D'ailleurs nous ne devons pas nous glorifier
dans la royauté temporelle, mais dans le Christ, dont le royaume n'est pas de
ce monde*.
Nous avons réuni' ces choses dans ce livre, contre les Grecs vaniteux, dont
la vanité est leur propre confusion. Quand ils virent nos saints Pères se détour-
ner d'eux, parce qu'eux-mêmes s'étaient éloignés du Christ, ils se plaignaient,
et disaient pour tromper les simples c qu'il n'était jamais sorti de roi de notre
peuple », nous supposant ainsi gratuitement* dans l'anarchie, (et ils ajoutaient)
« nous nous séparons d'eux ». Aussi avons-nous tiré ces choses de leurs propres
écrits; car eux-mêmes ne s'éloignèrent pas complètement du paganisme. Saint
Grégoire le Théologien atteste que, dans les propres écrits des Grecs, on trouve
l'histoire de leurs ancêtres païens; Eusebius explique pareillement nos écrits
d'après les livres (des Grecs), et Abbas Mar Jacques d'Édesse démontre, d'après
leurs livres, qu'il s'éleva de notre peuple [7S1] des empires plus puissants que
tous les empires de leurs temps'. Et aujourd'hui, anathématisant leur erreur,
nous sommes attachés au Christ roi de l'Univers.
Qu'il soit propice, dans sa bonté, au saint' patriarche Mar Michel, qui a
compilé ce livre; qu'il ait pitié de quiconque le lira ou le copiera et se souvien-
dra de moi dans la prière. Que celui-là reçoive, conformément à sa prière, en
tout temps, par la grâce de Notre-Seigneur, le pardon des péchés. Ainsi soit-il!
1. Ms. fautivement ; « vos dieux ». — 2. Cf. Joh., xvtri, 36. — 3. C'est probablement encore
Denys de Tell-MaljLrê qui parle, — 4. La phrase est embarrassée par cette incidente ; littér. : et
sine principe reputant nos quasi ex semetipsis : « quidem ab eis recedimus ». — 5. C'est ainsi que
la vers, ar. a compris ce passage dont le texte est légèrement altéré dans notre ms. — 6. Si la
clausule est l'œuvre de Michel, les termes en ont certainement été modifiés par les copistes. Même
teneur dans la vers, arabe.
!I/
[7o2] Avec l'aide du Dieu tout puissant, nous écrivons les noms des
PATRIARCHES QUI ONT EXISTÉ SUCCESSIVEMENT, DANS NOTRE ÉgLISE ORTHODOXE,
depuis le bienhevreux Severus jusqu'aujourd'hui.
I. — Severus, du monastère de Theodorus de Gaza. L'ordination eut lieu au
mois de tésri ii, indiction X», en l'an 823*. Le bienheureux fut ordonné par un
synode de douze évéques. Abraham, évêque d'Alep, lui imposa* les mains. Du
temps de l'empereur Anastasius, il exerça ses fonctions dans son siège pendant
six ans. Quand l'empereur orthodoxe fut mort, l'astuce des hérétiques s'exerça
contre le patriarche, du temps de Justinianus', et le bienheureux quitta
Antioche le 29 d'éloul de l'an 829*. 11 administra le patriarcat pendant la persé-
cution, l'espace de vingt-neuf ans, (pour) tout le temps de sa vie. Il mourut le
8 du mois de sébat% dans la ville de Xoïs*, en Egypte, et son saint corps fut
enseveli dans son couvent.
II. — Sehgius. Après la mort de Mar Severus\ les Orthodoxes ordonnèrent
Sergius de Telia, du monastère de Hala. Iwannis, métropolitain d'Anazarbus,
lui imposa les mains, et il fut proclamé pour le siège d' Antioche. Il exerça peu
de temps*.
m. — Paulus, de Beit Oukamê, du monastère de Goubba-barraya, dans
lequel il fut ordonné. Thomas, métropolitain d'Édesse, lui imposa les mains.
L'empereur Justinianus le trompa, et il communiqua avec les Chalcédoniens
dans l'espoir que ceux-ci rejetteraient le concile de Ghalcédoine'. L'empereur
ayant failli à ses serments, Paulùs se retira en anathématisant le concile. Mais
les Orthodoxes ne l'acceptèrent point, et il fut ordonné dans le mépris '".
IV. — Petrus de Callinice. Son ordination eut lieu du temps où Paulus vivait
encore. Joseph, métropolitain d'Amid, lui imposa les mains". Il répara la chute
de Damianus d'Alexandrie ". Quand il mourut, son corps fut enseveli dans le
monastère de Goubba-barraya, en l'an 902".
1. Nov. 511. — 2. Lire : <, ^«>. — 3. Justin I ; cf. t. II, p. 169, n. 1. — 4. 4 sept. 518. —
5. 8 févr. 854 (542) selon Barhébr. (I, 211); les dates sont indiquées différemment dans la Chro-
nique; cf. t. II, p. 170, 243. — 6, Ms., vers. ar. et BH : Ksouia ; corruption de llama, cf. t. II,
p. 243, n. 8. — 7. Trois ans, selon Barhébr. (I, 234). — 8. Les patriarches orthodoxes qui sié-
gèrent pendant l'exil de Severus sont mentionnés plus haut dans la liste, p. 432, col. 1. Cette liste
a probablement été remaniée par son continuateur. — 9. Cf. t. II, p. 243, 299, 308. — 10. Lire :
ItVio ; vers. ar. '. jO»^b. — 11. Cf. t. II, p. 345. — 12. Cf. t. II, p. 354. — 13. 22 avr. 591-, cf.
t.II, p. 372.
APPENDICE III 449
V. — JuLiANUS [I], qui était le syncelle de Petrus, du monastère de Qennésrê,
dans lequel il fut ordonné. lohannan, évêque de Telia, lui imposa les mains. Il
exerça le patriarcat trois ans'.
VI. — Athanasius [I], surnommé Gamala, de Samosate, qui avait fait profession
dans le couvent de Qennésrê'. Il fut élu, etSeverus, métropolitain de Jérusalem,
lui imposa les mains. Il fit l'union entre le siège d'Antioche et celui d'Alexan-
drie'. Il exerça quarante-cinq ans*. Il mourut en l'an 946', et fut déposé dans le
couvent des Garoumayé.
VII. — IOHANISA.N [Jean I], qui était le syncelle d'Athanasius, du monastère de
Goubba-barraya. Abraham, métropolitain de Nisibe, lui imposa les mains*. Ce
patriarche, surnommé « des sédra », exerça pendant onze ans'. II mourut, et fut
enseveli dans le couvent de Mar Ze'ôra, à Amid, le 14 de kanoun i" de l'an 960'.
VIII. — Theodorus, du désert de Scété. Il fut appelé du monastère de
Qennésrê. Abraham, métropolitain d'Émèse, lui imposa les mains. Il exerça le
patriarcat pendant dix-huit ans '.
IX. — Skverus [II], surnommé Bar Masqa, du monastère de Phaghimta
autrement dit de Saphylos. lohannan bar 'Ebrayata, métropolitain de Tarse,
lui imposa les mains. Il y eut une querelle entre lui et les évêques '°. II exerça
douze ans".
X. — Athanasius [II], du grand couvent de Beit Malké. Le synode était réuni
dans le couvent de Saphylos, de Res'ayna. Hanania, évêque de Mardê et de
Kephar Touta, lui imposa les mains. II exerça trois ans".
XI. — JuLiANUs [II], du couvent de Qennésrê ; au mois de tésrî ii de l'an 999.
Athanasius, de Saroug, lui imposa les mains, dans la ville d'Amid; il exerça
vingt ans, et mourut en l'an 1019".
XII. — Elias, du monastère de Goubba-barraya. Il était évêque d'Apamée.
Après avoir exercé l'épiscopat pendant 8 ans'*, il fut élu et appelé au patriarcat
1. Cf. t. II, p. 373, 374; — 2. Cf. t. II, p. 374, 375. — 3. Cf. t. II, p. 381 sqq. — 4. Sic ms.
et vers. ar. — 5. Sic ms. et vers. ar. ; Barhébreus (I, 273) dit qu'il « gouverna 36 ans », ce qui
est d'accord avec le texte de la Chronique (906-942) ; cf. t. II, p. 374, 419. Il ajoute : « dans un codex
[désignant p.-ê. ainsi les présentes listes] nous trouvons qu'il siégea 44 ans et mourut en 942 ».
— 6. Cf. t. II, p. 419. — 7. Sic ms. et vers, ar.; le texte primitif portait probabl. 17 (>• au lieu
de \') ; BH : 18 ans. — 8. 14 déc. 648. Cf. t. II, p. 443. Lire ; •«, dans le texte, chiffre exacte-
ment reproduit dans la vers, arabe. — 9. Cf. t. II, p. 443, 453 (mort en 978 = 667). — 10. Cf.
t. II, p. 456. — 11. Selon Barhébreus de 979 à 991 ; mais il est en contradiction avec lui-même
en plaçant l'élection de son successeur en 995, « l'année même de la mort du patr. » ; Michel place
sa mort en 995 (684). Il faut supposer une vacance de plusieurs années après la mort de Théodore,
ou une erreur dans le nombre des années. Cf. t. II, p. 453, 470. — 12. 995-998 (684-687). Cf.
t. II, p. 474. — 13. Cf. t. II, p. 474, 475. — 14. Sic ms.; l'arabe paraît ici plus favorable à la
lecture 18 ; cf. t. II, p. 491, n. 6.
m. 5T
450 CHROiNIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
en Tan 1020; il exerça pendant quinze ans et mourut le 3 de tésrî i*"" [1035]',
étant âgé de quatre-vingt-deux ans. Il fut déposé dans son monastère.
Xin. — Athanasius [[II], du monastère de Goubba-barraya; au mois de nisan
de l'an 1035^Il était supérieur de ce monastère. 11 fut ordonné dans le couvent
de Qartamîn. Theodosius, évêque de Res'ayna, lui imposa les mains. Il fit l'union
avec les Arméniens'. Il exerça quinze ans et mourut en l'an 1055*. [733]
XIV. — IwANNis [Jean II], qui était évêque de Harran. Son élection se fit par
le sort, par l'intermédiaire d'Athanasius Sandalaya, qui fit de la fraude, à ce
que l'on dit°. Il exerça [seize] ° ans. Quand il mourut', il fut enseveli dans le
village de Badaya, sur les rives de l'Euphrate'.
XV. — Athanasius [IV], Sandalaya, métropolitain de Maipherqat. Il fut établi
par l'ordre d'Abou Dja'far, roi des Arabes, et non par [la volonté] de Dieu;
s'étant rendu à Harran, il y fut étranglé'.
XVI. — Georgius. Quand ce bienheureux fut élu, il n'était encore que diacre.
Son ordination eut lieu à Mabboug, dans un concile universel'". Ensuite, des
hommes iniques : lohannan de Gallinice et David de Dara, s'élevèrent contre
lui. Le bienheureux fut emprisonné à Bagdad, pendant neuf ans, et ces deux
[hommes] prévalurent jusqu'à la mort d'Abou Dja'far, roi des Arabes. Alors le
patriarche sortit de prison, et exerça sa charge jusqu'à sa mort. Depuis son
ordination jusqu'à sa mort, il s'écoula trente ans". Son saint corps fut inhumé et
déposé dans le couvent deMar Bar Çauma.
XVI". — Joseph, de Goubba-barraya^* .
A partir d'ici et désormais, nous écrivons sous chacun des patriarches les noms des
évêques qui ont été ordonnés de son temps ".
XVII. — Cyriacus. En Tan 1104, le 8 du mois de 'ab'*, l'ordination de Mar
1. L'année est omise dans notre ms. et dans la vers. ar. — 2. Avril 724. — 3. Cf. t. Il, p. 492.
— 4. Sic ms. et vers. ar. ; BH : 1051 ; ce qui peut se concilier avec le texte de la Chronique (t. II,
p. 503, n. 9) en supposant qu'il faille lire \i\ (1051) au lieu de 111 (1031). — 5. Cf. t. II, p. 504. —
6. La place du nombre est en blanc dans le ms. et dans la vers. ar. ; cf. t. II, p. 523. — 7. Oct. 754.
— 8. Michel omet ici le nom du patr. illégitime Isaac de Harran. Cf. t, II, p. 523. — 9. Regardé
aussi comme illégitime. Cf. t. II, p. 524 ; t. III, p. 432. — 10 . En oct. 758 ; cf. t. II, p. 525. — 11. Il
mourut en 1101 (789-90); cf. ci-dessus, p. 10. — 12. Il est inexplicable que ce patriarche légitime
ait été omis par Michel, Élu en juin 790, il mourut en janv. 792. Cf. ci-dessus, p. 10-11. —
13. Voir dans l'Introduction ce qui concerne l'origine et la source de ces listes épiscopales. Bar-
hébréus les avait sous les yeux, moins de cinquante ans après la mort de Michel, et peut-être dans
le ms. autographe ; mais il se borne à indiquer le nombre des évêques ordonnés par chaque
patriarche. D'après ses chiffres et ceux qui sont donnés plus haut dans la Chronique, l'inadvertance
des copistes aurait laissé disparaître 20 noms dans l'ensemble. Nous pourrons en rétablir quel-
ques-uns, que nous ajoutons en italique à la fin de la liste à laquelle ils nous semblent appartenir.
— 14. Le 8 août 793. Ci-dessus, p. 11 : « le 15 août ». Barhébr. (I, 330) note la variante.
APPENDICE III
451
Cyriacus, du monastère du Pilier, à Gallinice, eut lieu dans la ville de Harran.
Theodosius, évêque de Ba'lbek, lui imposa les mains.
Il ordonna évêques :
1. Sarbîl, fut intronisé' à Tagrit.
2. Philoxenus, évêque de Gourgan.
3. Meikizedeq, évêque de Reçapha, dans le
village de Haziou'.
4. Constantinus, évêque de Dolik, dans le
village de Tell 'Ada.
5. Thomas, métropolitain de Dara ; il fut ap-
pelé du monastère de Qoubbê.
6. Hanania, du couvent de Gallinice, pour
Mardin et Kephar Touta'.
7. Thomas, du couvent de Qartamîn, pour le
Tour 'Abdiu; [il fut ordonné] dans le
couvent du Pilier.
8. lohannan, év. de Maipherqat, dans le vil-
lage de Saharta, dans la contrée de
Harran*.
9. lohannan, évêque de la ville des Tribus,
dans le monastère du Pilier.
10. Paulus, évêque d'Aphrah, ville du Khora-
san, à Badaya', village de la région de
Harran.
11. Cyriacus, évêque pour le peuple des Qad-
manayê^, dans la ville d'Édesse.
12. David, du couvent de Qartamîn, évêque de
Nisibe, à Édesse.
13. Basilius, pour Edesse, dans le couvent
de lohannan d'Aphtonia.
14. Çabib, métropolitain d'Apamée, dans la
ville de Damas.
15. Anastasius, évêque de Telia de Mauzelat,
à Dâra, dans la région de Sâm.
16. Basilius, év. de Callinicej dans cette ville.
17. Jacques, évêque de la ville de Gircesium,
dans le monastère de Zakai.
18. Athanasivis, métropolitain de Tarse, dans
la ville de Harran.
25.
26
27
19. Theodosius, évêque de Gallinice, dans la
ville de Harran.
20. Gabriel, évêque de Res-Képha, à Mériba,
village de Harran.
21. lobannan, évêque pour la nation des Qad-
manayê", à Kephar Hân, village de la
région de Res-Kêpha.
22. Athanasius, évêque de Qalinqala, ville
d'Arménie.
23. lohannan, évêque de Kélat, ville d'Armé-
nie, à Gallinice ,
24. Saba, évêque de la ville d'Arzouu, dans le
couvent du Pilier, au mois de liaziran.
Lazarus, du couvent de Qartamîn, évêque
de Nisibe, dans le monastère du Pilier.
Siméon, du couvent de Mar Jacques de
Cyrrhus', évêque de la ville de Tadmor.
Job, évêque de la ville de Mopsueste,au mois
de février; il fut aussi déposé au mois
de février.
28. Timotheus, métropolitain de Jérusalem,
dans le couvent de Mar Jacques de Cyr-
rhus.
29. David, év. pour les Taglibites de Gazarta
et de Mossoul, dans le village de
Daqla', siège [épiscopal] des Taglibites.
30. Mattai, évêque de Telia de Mauzelat, à Phî-
mân de Saroug ".
31. Damianus'", évêque de Saroug, au village
de Masara", en cette région.
32. Philoxenus, évêque de Nisibe.
33. Daniel, évêque de la ville de Samosate,
dans la ville de Harran.
34. lohannan, du couvent de Bir Qoum, mé-
tropolitain d'Emèse.
35. Jacques, évêque du pays de Dîrîg.
1. L'arabe semble avoir pris le mot pour un substantif, et traduit "^ûo »U « fut fait procureur,
vicaire ». — 2. Version arabe : : oij-. — 3. Note marginale : « On croit que c'est ce Hanania qui
bâtit le couvent »; l'arabe ajoute : de Zapharân. Cf. ci-dessus, p. 20. — 4. Sic vers. ar. (U-);
ms, : td\ — 5, Le ms. et la vers. ar. portent en réalité : Kadaja. — 6. Sic ms,, ici et plus bas
(n" 21); la vers, ar, porte : ^aum^ïSs, Qarmanayê, dans les deux endroits, — 7. Sic vers. ar. ; le
nom est rejeté à la ligne suivante dans le ms. — 8. Vers. ar. : «n^a^. — 9. Vers. ar. : ^^^!«> y.U.>a9.
— 10. Vers. ar. ; Uoo». — 11. Ar. : oiî^ûi».
452
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
36. CyrilluSj évêque de la ville d'Arsamosate, 57.
à Kaphara.
37. Gabriel, du couvent de Mar Salomon, mé- 58.
tropolitain de Tarse.
38. Anastasius, du monastère de Mar Sila, év. 59.
de ReJ-Kêpha.
39. Elias, évêque de la ville de Hadet, dans le 60.
couvent du Pilier, à Callinice.
40. Eliseus,év. pourKarma|et les Haçiççanites, 61.
à Tagrit.
41. lohannan, évêque de Sarzoul, à Tagrit. 62.
42. Siœéon, métropolitain de Tagrit.
43. Georgius, du couvent des Taiyayê, évêque 63.
de la ville d'Adra'at '.
44. Sergius, du couvent de Qartamîn, évêque 64.
du Tour 'AbdÎQ. 65.
45. 'Othman, év. pour le peuple des Taglibites
qui est à Gazarta. 66.
46. Ignatius, du couvent de Natapha, évêque
d'Anazarbus. 67.
47. lohannan, métropolitain d'Émèse, du cou-
vent de Bir Qoum'. 68.
48. Arabi, du couvent de Séna', évêque de
Theodosiopolis-Reà'ayna. 69.
49. Salomon, métropolitain de Cyrrhus, du
monastère de Mar Jacques. 70.
50. Maqim, évêque de Circesium, du couvent 71.
de Tellal*.
51. Habib, évêque de la région de Djaulan^, 72.
du monastère de Sarmîn.
52. Dionysius, évêque de Telia, de Beit 73.
Mar Thomas.
53. Siméon, évêque d'Arabie, du couvent de 74.
Mar Zakai.
54. Theodosius, évêque de Samosale, du mo- 75.
nastère des Orientaux. [754]
55. Theodorus, évêque de Kaisoum, du cou- 76.
vent de Mar Jacques de Kaisoum.
56. Lazarus, évêque de Gisra, du monastère 77.
de Mar Abhai».
lo^iannan, du monastère de Mar Atounos,
métropolitain J'Amid.
Siméon, du couvent d'Abîn', métropoli-
tain de Reçapha.
Theodosius, du couvent de Qennésré, mé-
tropolitain d'Edesse.
Petrus, du couvent de Mar lohannan de
Dara, évêque d'Arzoun.
Sergius, du monastère de Pesilta, évêque
de Ba'lbek.
Daniel, du monastère des Arabes, évêque
d'Alep.
Jacques, du monastère de Mar Joseph,
évêque du village d'Ourim.
Georgius, évêque de la ville d'Arsamosate.
Tiberius, du monastère de la Croix'^
évêque d'Aphrah dans le Khorasan.
Basilius, du monastère de Phinehés, mé-
tropolitain de Maipherqat.
lohannan, du grand monastère de Hesmi ',
évêque de la ville de Qardon ,
Gauri, évêque de la ville de Harran. — Il
abdiqua ensuite.
Gabriel, du monastère de Mar Sila, év.
de la Grande Arménie.
Habib, métropolitain de la ville de Tarse.
Evagrius, étranger '", évêque d'Arde'at de
Bithynie".
Isaac, évêque de la ville de Tibériade et
Adjoumia".
lohannan, du monastère de Qarqaphta,
évêque de la ville de Telia.
Methodius, du monastère de Mar Atounos,
évêque de Tell Besmê.
Georgius, du monastère de Mar Phinehés,
métropolitain de Maipherqat.
Basilius, du monastère de Sergius, métro-
politain de Tagrit.
Adai, du monastère de Mar Ze'ôra de
Saroug, évêque de Karma.
1. Ar. : ^i.i» ; cf. n. 11 ; — 2. Répétition du n" 34 (?). — 3. Ar. : ,f»^ Ui. — 4. ^lii ; sic vers. ar.
5. Sic vers. ar.
J
^?
il=.
6. Sic vers, ar, : u»»3|, — 7, Même leçon dans l'ar, — 8. Celiba
pourrait aussi être un n. pr. de personne, — 9. Sic ms. et vers. ar. — 10. Ar. ; o»;.^; le mot
signifie « religieux » eu syr. ; peut-être le n. pr. Xenaias . — 11. Sic ms.; vers. ar. : oU'ai.d&. oi^^ii_
Il s'agit probablement de Der'at (cf. n" 43) ; je ne vois pas comment rétablir le second nom; la lec-
ture Satanée ne répond pas bien à la transcription. — 12. Sic. ms. et vers. ar. (or-xa^^lo).
APPENDICE III
453
78. Ezechiel, du monastère de Qartamîn, év.
du Tour "Abdin.
79. Gabriel, du couvent de Qartamîn, évêque
d'Arménie.
80. Ignatius, du monastère de Mar Hananiai
évèque de Mardê et de Kephar Touta.
81. Georgius, du monastère de Qartamîn, év.
de Harran.
82. Tliomas, du couvent de Mar Jacques de
Kaiëoum, évêque de Kes-Këpha.
Mar Gyriacus exerça le patriarcat vingt-quatre ans, et il mourut à Mossoul,
en l'an 1128 des Grecs'. — Que ses prières et celles de ceux qu'il a ordonnés
soient avec nous. Amen.
83. lohannan, évêque de Baies ', de Reçapha,
du couvent de Hanania, qui est dans
cette région.
84. David, du couvent de Mar Joseph, év. de
Garybos^.
85. Theophilus, du monastère d'Elisée, évèque
de Zoubtara'.
86. Elias de Harran*.
XVIII. — DioNYSius [I], patriarche, appelé de TellMahrê. II fut institué dans
la ville de Gallinice, dans un synode de quarante-trois évêques ^ 11 ml appelé
du monastère de Qennésrê. Theodosius, métropolitain de Gallinice, lui imposa
les mains, le dimanche 1'"' du mois de 'ab de l'an 1129 '.
II ordonna ces évêques :
1. Thomas, évêque d'Arde'at», du Grand
monastère de Tell "Ada.
2. Habîb, évêque deBeitBaleé, du couvent de
Goubba-barraya.
3. Severus, évêque de la ville de Dara, du mo-
nastère de Qoubbê.
4. Joseph, évêque du Beit Parsayê, du mo-
nastère de Souqîn".
5. Basilius, év. '° de Samosate, de Qennésrîd.
6. Habîb, évêque de Mar'as, du monastère de
Mar Jacques.
7. Constantinus, évêque du Khorasan, du
monastère de Qennésrê.
8. SergiuSj métropolitain de Mabboug, deMé-
rîba.
9. Siméon, évêque de Saroug, de Kephar
Touta.
10. loihannan, évêque d'Arabie, du couvent
de Mar Zakai.
11. lôuan, évèque de la ville d'Arzoun, du mo-
nastère de Saçarani.
12. lohannan, évêque de Tadmor, du monas-
tère de Mar Hanania.
13. Job, métropolitain de Jérusalem.
14. Thomas, évèque de Zarang*', du couvent
de Qartamîn.
15. Domnus", évêque de Zeugma, du monas-
tère de Mar Salomon.
16. Daniel, évêque de Mélitène", du monastère
de Mar Bar Çauma,
1 . D'après l'arabe : '»i.l3. — 2. SiC vers. ar. tiaoaaokçj, ; ms. : Garjphos . — 3. Vers. ar. : |;è'=ol. —
4. D'après Barhébréus, Gyriacus ordonna 86 évêques. Ci-dessus, p. 35, 1. 8, il faut lire 83 (au
lieu de 93); ce qui donne le même nombre en ajoutant les trois maphriens de Tagrit. Nous
croyons donc pouvoir ajouter ici le nom de Elias de Harran, mentionné dans la Chronique (ci-des-
sus, p. 35), qui ne iîgure pas dans la liste, — 5. Le 19 août 817 ; cf, p. 35.
6. Sic ms. et vers. ar. ; ci-dessus, p. 39 : « quarante-cinq ». — 7, Août 818, — 8. Probabl.
Der'at; vers, ar, : Cvi?»; cf. XVII, 43, 71. — 9. Vers. ar. : »f>aoo. — 10. Vers. ar. : « métropo-
litain ». — 11, Appelé év. du Ségestan, ci-dessus, p. 86. — 12, Ar. : l>>o», — 13. Ar. : w»^?^».
454
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
17. Anastasius, métropolitain d'Anazarbus, du
monastère do Qarqaphta.
18. Hanania, évêque de Qennésrîn, du mo-
nastère de Naphsata.
19. Gabriel, évêque d'Irénopolis.
20. Jacques, évêque de Dolik, du couvent de
Tell "Ada*.
21. Lazarus, évêque d'Arsamosate, du couvent
de Qartamîn.
22. Abraham, évêque de Gisra, du couvent de
Mérîba ,
23. Sergius, métropolitain de Cyrrhus, du
couvent de Goubba-barraya.
24. Michel, métropolitain d'A[na]zarbus ', du
couvent de Mar Jacques de Cyrrhus.
25. Iwannis, métropolitain de Rcçapha, du
couvent de Sarmin.
26. Denha, évêque de Res-Kêpha, du monas-
tère de Saphylos.
27. Iwannis, métropolitain de la ville de Dara,
du monastère de Mar Hanania.
28. Hanania, évêque de Callisura, du monas-
tère de Natapha.
29. lollannan, évêque d'Arménie, du monas-
tère de Sandalaya', qui est dans la ré-
gion de Maipherqat.
30. Constantinus, évêque de Laodicée, du
monastère de Siagta-*,
31. Theodorus, évêque de German[ic]ia ', du
monastère de Bizôna.
32. Athanasius, métropolitain d'Apamée, du
couvent de Qennésrê.
33. Ignatius, évêque d'Arsamosate, du cou-
vent de Qartamîn.
34. Cyriacus, évêque de Hanazit, du monastère
de Qartamîn.
35. lohannaa, évêque des Taglibites, du cou-
vent de Qarqaphta.
36. Siméon, évêque de Tell Besmê, du monas-
tère de Sandalaya.
37. Ignatius, évêque de Jérusalem, du monas-
tère de Bizôna.
38. Timotheus, métropolitain de Maipherqat,
du monastère des Orientaux.
39. Ignatius, métropolitain d'Amid, du mo-
nastère de Qartamîn.
40. Samuel, évêque des Qadmanayê^, du mo-
nastère de Qartamîn.
41. Timotheus, métropolitain de Damas, du
monastère de Qarqaphta.
42. Tioubil, évêque de Djounia, du couvent de
Saphylos.
43. Thomas, évêque de Helbôn, [du monas-
tère]' de Mar Moïse.
44. Thomas, évêque des Taglibites, du monas-
tère de Bir Qoum.
45. Abraham, évêque de Hérat', du monastère
des Orientaux. [755]
46. Iwannis, évêque de Telia, du couvent de
Qennésrê.
47. Abraham, métropolitain de Maipherqat,
du monastère de Hanania.
48. Daniel, évêque de Tagrit, du monastère
de Bir Qoum.
49. Elias, évêque de Dolik, du monastère dé
Mar Salomon,
50. Severus, évêque de Gisra, du monastère
de Mar Bas».
51. lohannan, évêque de Bagdad, du monas-
tère d'Eusébona.
52. Iwannis, métropolitain de Hérat", du
monastère de Mar Séna.
53. Abraham, évêque d'Arabie, du Grand
monastère de Tell 'Ada.
54. Severus, évêque de Tibériade, du monas-
tère de Gasoum.
55. Thomarîqa, évêque de Qennésrîn, du mo-
nastère de Naphsata, d'Alep".
56. lohannan, évêque de Dolik, du monas-
tère de Mar Jacques de Kaisoum,
57. Georgius, évêque de Bahrîn, de la Vallée
d'Adam 12.
58. Theophilus, évêque de Tell Besmê, du
monastère de Sandalaya.
1. Ar. : Itii-t, 2. Ar. : ls?ll-'l. — 3. Ar. : "^l-ii^ (même traduction partout ailleurs). —
4. "Vers. ar. : <»<^;a:Ss, ;.^. — 5. Ms. et vers. ar. ; Germania. — 6. Sic ms. et vers, ar. — 7. Sic
vers. ar. — 8. Ms. et vers. ar. : wîJot; cf. ci-dessous, n» 52, et plus bas, XXIX, 10. — 9. Même leçon
dans la vers, ar, ; probabl. « Mar Bassus », Cf. ci-dessous, a" 85. — 10, Vers. ar. : oJjw; cf. ci-
dessus, n° 45, — il. Vers. ar. : 'ai- '.3 ; cf. p. 464, n. 4. — 12. Ar. : :»jl ■^■t\c.
APPENDICE III
455
59. Joseph, qui est Marzouq, évêque des Ta- 80.
glibites.
60. Bar-Hadbesabba, évêque de Gourgan', du 81.
monastère des OrieatauK.
60* Cyrillus, métropolitain d'Édesse, du mo- 82.
nastère de Zouqenîa'.
61. Thomas, évêque de Zoubtara, du monas- 83.
tère des Orientaux.
62. lohannan, qui est Gadouda', év. deKînîsa. 84.
63. Thomarîqa, évêque de Saroug, du monas-
tère de Qennésrê. 85.
64. Abraham, évêque de Mar'as, du monas-
tère de Mar Joseph. 86.
65. Anastasius, évêque de Res'aynâ, du cou-
vent de Qennésrê. 8'-
66. Joseph ', évêque de Gourgan, du monastère
des Orientaux, 88.
67. Joseph, métropolitain de Jérusalem, du
monastère de Bizôna. 89.
68. Thomas, métropolitain de Mélitène, du
couvent de Mar BarÇauma. 90.
69. Thomas, métropolitain de Tagrit, de la
montagne d'Edesse. 91.
70. Isaac, évêque de Diboraita"".
71. Gabriel, évêque de Mar'as, du monastère 92.
de Mar Salomon.
72. Abraham, métropolitain de Cyrrhus, du 93.
monastère des Taiyayê.
73. Bacchus, évêque d'Arménie, de la Vallée 94.
d'Adam.
74. Habib, évêque des Taglibites, du monas- 95.
tère de Kanousia'.
75. Georgius, métropolitain d'Anazarbus, du 96.
monastère [de] Sandalaya.
76. Elias Zaqna, évêque de Qardou. 97.
77. Constantiaus, évêque de Circesium. 98.
78. Gabriel, év. de Kînisa, du monastère de
Raphîu'. 99.
79. Sergius, évêque du Séges[tan]', du monas-
tère de Tell 'Ada.
lohannan, métropolitain de Maipherqat,
qui est Mousiqaya, [de] Sandalaya.
Abraham, métropolitain de Mabboug, du
monastère de Bizôna,
Abraham, évêque de Nisibe, du monastère
de Qartamîn.
Rabban Benjamin, métropolitain d'Édesse,
du monastère de Mar Jacques.
Theodorus, évêque de Gisra, du monas-
tère de Mar Isaife]'.
Domitius, évêque de Qardou, du monas-
tère de Bous'".
Sabra, évêque d'Arabie, du monastère
d'Atou.
Severus, métropolitain d'Anazarbus, du
monastère de Mar Zakai.
Elias, métropolitain d'Edesse, de la mon-
tagne d'Édesse.
Nonus", évêque du Tour 'Abdîn, du mo-
nastère de Qartamîn.
Gabriel, évêque de Samosate, du monas-
tère de Mar Bar Çauma.
David, évêque d'Aphrah, de la montagne
d'Édesse.
Thomas, évêque de Kaisoum, du monas-
tère de Mar Jacques de Kaisoum.
Basilius, évêque de Telia, du monastère
de Mar Hanania.
Georgius, évêque de fîadet, du monastère
de Goubba-barraya.
Gregorius, évêque de Kaisoum, du monas-
tère de Bir Qoum,
Zacharias, évêque de Callinice, du monas-
tère de Mar Zakai.
Georgius, évêque des Taglibites.
lônan, évêque de Gourgau, du monastère
de Mar Sîla.
Constantinus, métropolitain d'Édesse, du
monastère de Qennésrê ".
1. Ar. : ^^-Jssj^. — 2. Cette notice, écrite en marge du ms., est placée sous le n» 68 dans la
vers, ar., et par suite les autres reculent d'un rang. — 3. Vers. ar. : ot»V. — 4. Ar. : âoBa».
— 5, Ar. : "^kAiiSi (les abeilles). — 6. Ar. : o»va,^!'. — 7. Ar. : ^» U^, — 8. Ar. : ^^oi^^.
— 9. Ar. : u»v ;<« ^. — 10. Ar. : •^raas- cf. n° 10. — 11. Ar. : «oa^P. — 12. Selon Barhé-
bréus ce patriarche ordonna cent évêques. Notre liste est dont complète (avec le u° 60 bis).
456
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Ce Mar Denys de Tell Mahrê exerça le patriarcat pendant vingt-sept ans, et
il institua ces évêques. Il mourut en Tan 1156, le 22 de 'ab. Son corps fut ense-
veli dans le monastère de Qennésrê*. — Que Notre-Seigneur nous pardonne
nos fautes par la prière du défunt et de tous les évêques qu'il a institués.
XIX. — loHANNAN [Jean III], patriarche, du couvent de Mar Zakai, de Calli-
nice. Son installation eut lieu dans le monastère de Mar Sîla, de Saroug, le
21 de tésrî ii de l'an 1158'. Mar Habib, [métropolitain] de Tarse, lui imposa les
mains.
Il institua ces évêques :
1. Gabriel, métropolitain de Reçapha, supé-
rieur du monastère de Beit Mar Zakai.
2. Arabî, métropolitain de Samosate.
3. Bar-Hadbesabba, évêque de Hanazit, da
monastère de Mar Sîla.
4. lohannan Toubana ', év. de Circesium.
5. Andréas, évêque du Ségestan, du monas-
tère de Mar Zakai.
6. Basilius, métropolitain de Tagrit, du mo-
nastère de Mar Bar Çauma.
7. Elias, métropolitain de CyrrhuR, du mo-
nastère des Orientaux.
8. Sergius, évêque d'Alep, du monastère de
Siagta *.
9. Aharon, évêque de Séleucie, du monas-
tère de Mar Ab[rah]am ^.
10. Iwaunis, évêque de Zeugma, du monastère
de Qartamîn.
11. Timotheus, métropolitain de Samosate, du
monastère de Mar Sîla.
12. Aharon, évêque^ de Maipherqat, du mo-
nastère de [Mar] 'Atounos.
13. David, évêque d'Arsamosate, du monas-
tère de Mar Moîse,
14. lônan, évêque d'Aphrah, du couvent de
Mar Atounos.
15. Jacques, métropolitain d'Emèse, du mo-
nastère de Hala'.
16. Aharon, évêque de Circesium, du monas-
tère <fe Mac Hanaaia.
17. Jacques, évêque des Taglibites, du monas-
tère de Bir Qoum.
18. Severus, évêque d'Akazqawan », du couvent
de Qartamîn. ['756]
19. Ahoudemma ', évêque des Ma'adayê, de la
Vallée d'Adam.
20. Stephanus, év. d'Irénopolis, de Tell 'Ada.
21. Anastasius, métropolitain de Tarse, de
Saphylos.
22. Ignatlus, évêque de Cadet, du monastère
de Mar Zakai.
23. Aharon, métropolitain d'Anazarbus, du
monastère de Mar Zakai.
24. Joseph, évêque de Zeugma, du monastère
de Mar Joseph.
25. Aharon, métropolitain de Cyrrhus, du
monastère de Mar Jacques.
26. David, évêque de Harran, du couvent de
Qartamîn.
27. Iwannis, év. de Callisura, de Saphylos.
28. Eliseus, évêque de Nisibe, du monastère
de Salomon.
29. lohannan, évêque de Kephar Touta et de
Mardê, du monastère de Tell Çaphara.
30. Severus, évêque de Telia, du monastère
des Confesseurs.
31. Jacques, évêque de Kaisoum, du monas-
tère de Salomon,
32. Theodosius, métropolitain d'Apamée, de
Mar Jacques de Kai'soum,
1. Août 845; cf. ci-dessus, p. 116. — 2. Nov. 846; cf. p. 116. — 3. Vers. ar. : ^^r^ <-a-. —
4. Ar. : w>^«, — 5. Ms, et vers, ar. : Abam, — 6, Ar. : « métrop, », — 7. Ar. : '^i^ ;*?. —
8. Même leçon daos la vers. ar. ; cf. Abadqawan (XX, 20, XXII, 25» XXIX, 5). — 9, Vers. ar. :
APPENDICE III
457
33. Habîb, métropolitain d'Amid, du couvent 56,
de Hanania,
34. BasiliuSj évêque de Gisra, du monastère 57.
des Orientaux.
35. Cyriacus, métropolitain de Callinice, du 58,
monastère de Zakai.
36. Sergius, évêque de Qenaésrîn, du monas- 59.
tère de Pesilta'.
37. Jacques, métropolitain de Hérat', du mo- 60.
nastère de Bir Qoum,
38. Theodorus, évêque de Gisra, du monas- 61,
tère de Bir Qoum.
39. Isaias, métropolitain de Maipherqat, du 62.
monastère de Bizôua.
40. Severus, évêque de Samosate et Hanazit, 63.
(du monastère) de Mar Çanania.
41. lohannau, métropolitain de Jérusalem, du 64,
Grand monastère de Tell 'Ada. 65.
42. Dionysius, métropolitain de Reçapha, du
monastère de Naphsata. 66.
43. Hanania, évêque de Tibérîade, du monas-
tère de Hala. g7.
44. Daniel, évêque de Tell Besmê, du (monas-
tère de) Mar Atounos. 68.
45. Daniel, évêque de Kephar Bala', de la
Vallée d'Adam. 69,
46. Petrus de la Vallée d'Adam.
47. Samuel, métropolitain du Ségestan, du 70.
monastère de Mar Mattai.
48. Melkizédeq, métropolitain de Tagrit, du 71.
monastère de la Mère-de-Dieu.
49. Abraham, métropolitain d'Amid, du mo- 72.
nastère de Mar Siméon.
50. Tiberius, évêque d'Arabie, de la montagne 73.
d'Edesse.
51. Habîb, évêque de Qardou, du couvent de 74,
Hanania.
52. Ignatius, évêque d'Arménie, de Harbâz. 75.
53. Salomon*, évêque des Nédjrayê et des
Ma'adayè, àa roonasihre de Kaaoasia. 76.
54. Anthimus, évêque de Dolik, du monastère
de Bar Hadbesabba. 77,
55. Petrus, évêque d'Aphrah, des moines de 78,
la montagne d'Edesse,
Basilius, évêque de Circesium, du monaS'
tère de Hanania.
Bacchus, évêque desTaglibites, de la Val-
lée d'Adam.
Salomon, métropolitain de Damas, du mo-
nastère de lôuan.
Job, évêque d'Aphrah, du monastère de
Tell Çaphara de Çarran.
Noé, évêque d'Irénopolis, du monastère
de Souqnîn".
Iwannis, évêque d'Apamée, du monastère
de Qennéérê.
Theodorus, évêque de Rés'ayna, du mo-
nastère de Saphylos.
Timotheus, évêque d'Arzoun, du monas-
tère de Mar Zakai.
Athanasius Hakim, métropolitain de Dara.
Philoxenus, métropolitain de Reçapha,
du monastère de Mar Zakai.
Cyrillus, qui est Noé, métropolitain de
Jérusalem.
Eliseus, métropolitain de Maipherqat, du
monastère de Hanania.
Isaac, métropolitain de Damas, du monas-
tère de Pesilta,
Siméon ", métropolitain de Mabboug, du
monastère du village de Sébân,
Siméon, évêque de Ba'lbek, de la montagne
d'Edesse.
Isaac, évêque de Saroug, de la montagne
d'Edesse.
Isaac, évêque de Cyrrhus,de la montagne
d'Edesse.
Abraham, métropolitain de Hérat', de la
montagne d'Edesse.
Athanasius, évêque de Qennésrîn, de Mar
Phocas.
Lazarus, métropolitain de Tarse, du mo-
nastère des- Orientaux.
Johaaaaa, évêque d'Arabie, da coaveat
de Mar Zakai.
Sergius, moine, métropolitain de Tagrit.
lohannan, évêque des Taglibites qui sont
à Gazarta de Mossoul'.
1. Vers. ar. ; tcwi^i^ ;«». ^_ 2. Vers. ar. : w;)oi. — 3. Vers. ar. : Ib ;-a3, — 4. Ar. :v>a^i»i». —
5. Même leçon dans l'ar. — 6. La vers. ar. place ici les évêques dans un ordre différent (68, 72,
69, 70, 71, 74, 73, 75). — 7. Vers. ar. : o,»». — 8. Sic ms. et vers, ar.; cf. XVII, 29.
m 58
458
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
83. Ignatius, évêque de Mardê, [du monastère]'
de Mar Hanania,
84. Stephanus, évêque de Callisura, (du mo-
nastère) de Mar lohannao.
85. Thomas, métropolitain de Mélitène^ .
79. lohaanan, évêque d'Irénopolis, du monas-
tère de Qoubbê.
80. Gabriel, évêque de Gisra, du monastère
des Orientaux.
81. Georgius, évêque de Zeugma, du monas-
tère de Qennésrê.
82. Mattai, évêque de Rés-Kêpha, de la mai-
son des Confesseurs, d'Édesse.
Ce Mar lohannan administra le patriarcat pendant vingt-sept ans, et il
institua ces évêques. Il mourut le jeudi 3 de kanoun i" de l'an 1185», dans le
couvent de Saphylos, et son corps fut conduit à son monastère de Mar Zakai.
XX. — Ignatius, patriarche,du couvent de Harbâz; il fut ordonné en l'an 1189',
par les mains de Mar Timotheus, de Samosate, dans l'admirable couvent" qui
est sur le fleuve de l'Euphrate.
Il institua ces [évêques] :
1, Severus, évêque de Res-Kêpha, du monas-
tère des Étrangers.
2, Abraham, métropolitain d'Ânazarbus, du
monastère de Hadbesabba.
3. Sergius, métropolitain de Cyrrhus, (du
monastère) de Mar Lazarus de Harran.
4. Cyriacus, métropolitain d'Edesse, (du mo-
nastère) de Mar lolbiannan de Dara.
5, Abraham, évêque [d'Alep]", de la mon-
tagne d'Édesse.
6. lohannan, évêque de Germanicia, du mo-
nastère de Zouqnîn.
7. Michel, évêque de Samosate, du couvent
de Mar Atounos.
8, lol^annan, métropolitain d'Amid, du mo-
nastère de Mar Sergius.
9. Abraham, évêque de Circesium, du cou-
vent de Hanania.
10. Elias, évêque de Hadet, du monastère de
Mar Severus. [767}
11. Siméon, évêque de Zonbtara, du monas-
tèi« de Mar Jacques de Kaisoum.
12. Cyrillus, évêque de Maipherqat, [du mo-
nastère]' de Qennésrê.
13 . Gabriel, évêque de Saroug, du monastère de
la Mère-de-Dieu, qui est dans le désert.
14. Jacques, évêque de Ba'lbek, du monastère
de Pesilta.
15. Cyriacus, métropolitain d'Anazarbus, du
monastère de Salomon.
16. Constantinus, évêque de Çarran, du mo-
nastère de Qartamîn.
1. Sic vers. ar. — 2. Selon la Chronique (p. 116) et Barhébr., le patriarche ordonna 86 évê-
ques. Nous pouvons suppléer un des deux noms manquants : Thomas de Mélitène, mentionné ci-
dessus, p. 119, comme ayant été ordonné en 1180 (869). Cyriacus qui figure dans la série de»
évêques de Jérusalem (ci-après Appendice IV) entre Cyrillus (ci-dessus, n° 66) et Severus (XX, 26),
devrait avoir été ordonné par Jean III ; mais ce nom est probabl. inscrit par erreur dans la dite
liste. Voir la note. Une inscription syriaque (Poonon, Inscriptions sémitiques, p. 44) mentionne
un certain Ezéchiel de E[àh, év. du Toui" 'Abdîn, entre Nonus (XVIII, 89) et Ezéchiel (XXI, 14); il
pourrait avoir été ordonné par Jean III. — 3. Dec. 873. Cf. ci-dessus, p. 116.
4. En juin 878; cf. p. 119. — 5. Barhébr. (I, 390) : l;.o» «j»^ l-?oo; vers, ar, : ^\A yos u9
;*=?î»^. Le texte primitif paraît avoir été lî-so» u,,^^ l^ioc, littér. : « la résidence nnique par les
œuvres », — 6. Sic d'après l'ar. ; le nom du siège est omis dans le ms, — 7. Sic vers, ar.
APPENDICE III
459
17. Aharon, métropolitaia de Maipherqat, du
couvent de Hanania,
18. Gabriel, évêque d'Arabie, du monastère
de Sébâu*.
19. Mattai, métropolitain de Dara, du couvent
de Mar lohannan de Dara.
Iwannis, évêque de Abadqawan ' du cou-
vent de Mar Salomon de Dolik.
Severus, métropolitain du Ségestan, du
monastère de Tell Çaphara de Harran.
20
21
22. Severus, métropolitain de Callinice, du
monastère de Mar Zakai.
23. Theodosius, évêque de la ville de Doula',
du monastère de Qennésrê.
24. lohannan, métropolitain de Mabboug, de
la montagne d'Édesse.
25. lohannan, évêque de Dolik, du couvent de
Mar Jacques.
26. Severus, métropolitain de Jérusalem, du
monastère de Zouqnîn*.
Ce Mar Ignatius administra le patriarcat pendant cinq ans. Il mourut le
mardi de la Passion% à Mériba; son corps y fut enseveli dans la grande église.
XXI. — Theodosius, patriarche, du couvent de Qartamîn. Son installation
eut lieu en l'an 1198, le dimanche 5 de sébat'', dans la ville d'Amid. Mar Tirao-
theus, [métropolitain] de Samosate, lui imposa les mains.
Il institua ces évêques' :
1. Athanasius, métropolitain de Tagrit, de
la montagne d'Edesse.
2. Job, métropolitain de Hérat, du couvent
de Tell Çaphara, à Kaisoum.
3. Dionysius, métropolitain d'Apamée, [du
monastère]' de la Mère-de-Dieu.
4. Cyrillus, métropolitain d'Anazarbus, du
monastère de Zouqnîn.
5. Dionysius, évêque de Telia, du couvent
de Qartamîn.
6. Ezéchiel, évêque de Mélitène, du monastère
de Mar Atounos.
7. Daniel, métropolitain de Damas.
8. Denha, évêque de Callisura, du monastère
de Mar éîla.
9. Georgius; évêque de Circesium, du [mo-
nastère] ' de Mar lohannan de Dara.
10, Gabriel, métropolitain de Tibériade, du
monastère de Tar'el.
11, Michel, métropolitain de Mabboug, du
monastère de Bizôna.
12, Jacques, métropolitain de Samosate, de la
montagne d'Edesse.
13. Ignatius, métrop. d'Aphrah, qui est dans
le Khorasan, de la montagne d'Edesse.
14. Ezéchiel, évêque du four 'Abdin, du mo-
nastère de Qartamîn.
15. Silvanus, évêque d'Arzoun, du monastère
de Bar Hadbeéabba.
16. Basilius, évêque d'Arménie.
17. lônan, évêque d'Irénopolis, du couvent
de Qartamîn.
18. Habîb, métropolitain d'Anazarbus, du mo-
nastère de Mar Sergius.
19. Siméon, évêque de Tell Besmê, du monas-
tère de Mar Atounos.
20. Habîb, métrop. de Reçapha, du monastère
de Naphsata, de la montagne d'Édesse.
21. lohannan, év. de Saroug, du monastère de
Habisa, qui est dans le Tour 'Abdîn.
22 . Lazarus, métropolitain de Tarse, du Grand
monastère de Samosate.
23. Elias, évêque de Gisra, de la Maison des
moines, de la montagne d'Édesse.
24. Habîb, évêque de Kaisoum, de la montagne
d'Édesse.
1. Même orthographe dans la vers. ar. — 2. Vers. ar. : sûû ^I, — 3. Ar, : ©ïi-oi. — 4. La
liste est complète d'après Barhébr. et la Chronique (p. 119), — 5. Le 26 mars 1194(883) ; cf. p. 119.
6. Févr. 887 ; cf. p. 120. — 7. D'après la Chronique (p. 120) et Barhébr., il ordonna 33 évoques.
II manque donc un nom à notre liste. — 8, iSJc vers. ar.
460
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
25, Basilius, évêque de Zeugma, du monastère 29. Severus, évêque de Dara*.
de Siagta. 30. Jacques, évêque des Nédjrayê.
26, Mattai, évêque de la ville de Telia, du 31. Habib, évêque d'Irénopolis.
couvent de Hauania. 32. Sergius, évêque de Res['ayna]', du mo-
27. Thomas, évêque de Circesium, du couvent nastère de Mar lohannan.
de Hauania.
28. Thomas, évêque d'Irénopolis, du monas-
tère de Zouqnîni.
Mar Theodosius administra le patriarcat pendant 9 ans et 4 mois. Il mourut
le 4* de hazîran de l'an 1207", dans le couvent de Qartamîn.
XXII. — DiONYsius [II], patriarche, du monastère de Beit Bôtîn de Harran.
Son installation eut lieu en Tan 1208, le 23 de nisan'. Jacques d'Émèse lui
imposa les mains.
Par lui furent accomplies les ordinations suivantes' :
1 . Theodosius, métropolitain d'Edesse, de la
montagne d'Edesse.
2. Iwannis, métropolitain de Samosate, de
Saphylos.
3. Timotheus, métropolitain de Damas, de
Mar Atounos.
4. lohaDuan, évêque des Tribus, du monas-
tère de Jacques de Kaisoum. '
5. Jacques, évêque d'Irénopolis, du monas-
tère de Tell 'Ada.
6. Ignatius, évêque de Qennésrîn, du monas-
tère d'Eusébona.
1. lohannan, évêque de Zouptara», du mo-
nastère de Mar Siméon.
8, lohannan, évêque de Harran, du monas-
tère de Mar Severus.
9, Daniel, métropolitain de Samosate, du
monastère de Habrâz.
10. Cyriacus, évêque de Ba'lbek, de Mar
lohannan de Dara.
11. Gabriel, métropolitain de Cyrrhus, [du
Grand Monastère.
12. Isaac, métropolitain de Hérat] », du Grand
Monastère qui est dans le territoire de
la ville de Telia.
13. Philoxenus, métropolitain de '", du
monastère de Sêna.
14. Dioscorus, métropolitain d'Edesse, de
Harbâz.
15. Habib, évêque d'Irénopolis.
16. Samuel, métropolitain de Maipherqat.
17. Abraham, métropolitain d'Aphrah, du mo-
nastère de Saphylos.
18. Isaac, évêque de Nisibe, du monastère de
Qennésrê.
19. lohannan, évêque du four "Abdin, du
couvent de Qartamîn.
20. Job, évêque de Callisura, du couvent de
Qartamîn,
21. Theodosius, évêque de Res'ayna.
22. Cyrillus, métropolitain de Tarse, du mo-
nastère de Bizôna,
23. Theophilus, évêque de Zouptara", du mo-
nastère de lohannan.
24. Daniel, évêque d'Arménie.
25. Gregorius, métropolitain de Callinice, de
cette ville même. [758]
25». Jacques, évêque d'Abadqawau, du mo-
nastère de Beit Botîn.
26. Abraham, évêque de la ville de Doula.
1. Sic vers. ar. : ^.looi. — 2. Sic vers. ar. : oijN ; ms. : Dada. — 3. Sic vers. ar. : ^.a:^ ««l», —
4. Sic ms. et vers. ar. ; mais dans le texte (cf. p. 120) : «le l*"' ». — 5. Juin 896.
6. Sic ms. et vers. ar. Cf. ci-dessus, p. 120. — 7. Cinquante et un évêques selon Barhébréus
(I, 395). La liste ne contient que 50 noms. — 8. Vers. ar. ; li^ô^ol. — 9. La vers. ar. omet ces
mots. — 10. Le nom du siège est omis dans le ms. et dans la vers. ar. — 11. Vers, ar. : wt^oi.
APPENDICE III
461
27. Cosmas, évêque de Hadet.
28. Petrus, métropolitain de Reçapha, de la
montagne d'Édesse.
29. Jacques, évêque de Tibériade, de Mar
Jacques de Batnan *.
30. Moïse, évêque d'Amid, du monastère de
Mar Âmalina,
31. Georgius, évêque de Hadet, de la montagne
d'Edesse.
32. lohannan, évêque de Mardê, du monas-
tère de Mar Hanania.
33. Tîmothcus, évêque de Circesiura.
34. Anastasius, évêque d'Abadqawan du Kho-
rasau '.
35. Athanasius, métropolitain de Damas.
36. Athanasms, métropolitain de Tarse.
37. Theodoretus, métropolitain de Maipher-
qat, du monastère de Tellal. ,
38. Gabriel, métropolitain d'Apamée, du mo-
nastère de Bizôna,
39. Isaac, évêque d'Arménie, du couvent de
Mar Mattai.
40. Jacques, évêque de Dolik, du couvent de
Mar Jacques.
41. Elias, évêque de Mélitène, du monastère
de Beit Bôlîn.
42. Ignatius, évêque d'Irénopolis, (du couvent)
de Mar lohannan.
43. Iwannis, métrop. de Dara, de celte ville.
44. Ignatius, métropolitain d'Amid, du monas-
tère de I;Iarbâz,
45. Isaac, évêque de Zeugma, du monastère
d'Eliseus.
46. Timotheus, évêque de Samosate, du mo-
nastère de Siméon.
47. Basilius, évêque de Bithynie', de la mon-
tagne d'Edesse.
48. Timotheus, évêque d'Edesse, du monas-
tère de Res'ayna.
49. Joseph, évêque de Saroug, de Mar Saba.
Ce Mar Dionysius administra le patriarcat pendant treize ans. Il mourut en
l'an 1220, le mardi de la semaine du Repos*, au mois de nisan', dans le mo-
nastère de Beit Bôtîn, et son corps vénérable et saint y fut enseveli.
XXllI. — loHANNAN [Jean IV], patriarche, de la Colonne du monastère de
Qourzahiel •. Son ordination eut lieu dans le monastère de Tell Çaphara, de
Harran, le samedi 21 de nisan de l'an 1221'. Le vénérable Mar lohannan,
[évêque]» de Mar'as, lui imposa les mains.
II ordonna évêques" :
1. Thomas, métropolitain de Tagrit, de la
Colonne de la montagne d'Edesse.
2. Iwannis, métropolitain de Hérat.
3. Denha, évêque de Kaiâoum, du monastère
de Saphylos.
4. Abraham, évêque de Dolik, du monastère
de Noulaban.
5. Joseph, évêque de Mar'as, du monastère
de Tâbés.
6. Theodosius, métropolitain de Maipherqat.
7, Joseph, métropolitain de Jérusalem, de
Damas.
8, Severus, évêque de Callisura, du [monas-
tère] de Mar Jacques de Kaisoum.
9, Gabriel, évêque de Dolik, du couvent de
Mar Jacques.
10. Job, év. d'Alep, du monastère de Bizôna.
11. Siméon, évêque de Gisra, du Pilier.
12. Denha, métropolitain de Tagrit, de l'église
de Mar Thomas'».
1. Vers. ar. : Kcs^I'îa^. — 2. Ar. ; ^w^aas ^oopl, — 3. Ari ; ovoo^-3. Cf. ci-dessus, p. 452, n, 11.
— 4. La semaine de Pâques. — 5. Le 18 avril 909 ; cf. ci-dessus, p. 120 ; Barhébr., I, 395.
6. Cf. ci-dessus, p. 121. Même rédaction dans Barhébr. ; l'arabe intervertit ici : « du monastère
de la Colonne de Q. ». — 7. Avril 910. — 8. Dans l'ar. : « métrop. ». — 9. La liste (41 év.) est
complète. — 10. Voir la note suivante.
462
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
13. Isaac, métropolitain d'Émèse, du monas-
tère de Qourzahiel de ilarran*.
14. Stephanus, évêque d'Irénopoiis.
15. Jacques, évêque de la ville de Zeugma.
16. Thomas, évêque de Qennésrin, de Siagta,
17. Theodorus, évêque pour les Nédjrayê et
les Taglibites, du Pilier.
18. Sergius, métropolitain de Reçapha, du
monastère de Mar Zakai.
19. Aharon, évêque de Gisra, du couvent de
Qennesrê.
20. Samuel, évêque du Tour 'Abdin, de Qar-
tamîn.
21. Theodosius', métropolitain de Jérusalem,
de Mar Atounos.
22. Joseph, évêque d'Arzoun, supérieur du
monastère de Qartamîn,
23. Ignatius, év. de Mardê, de [Mar] Hanania,
24. Moïse, métropolitain de Damas, du cou-
vent de Sila.
25. Anthimus, évêque de Reâ-Kêpha.
26. Constantinus, évêque de la ville de Tella.
27. Isaac, métropolitain de Cyrrhus, de
Qourzahiel.
28. Abraham, métropolitain de Nisibe, de Mar
Siméon.
Ce Mar lohannan exerça le patriarcat pendant douze ans. 11 mourut le samedi,
dernier jour de tésrî ii (de l'an 1234) ^ dans le monastère de Saphylos, de
Rés'ayna ; et son corps fut enseveli là, dans la grande église.
XXIV. — [7S9] Basilius, patriarche, du couvent de Saphylos, dans le village
de Mérîba, en Tan 1234, le vendredi 15 de 'ab^ en la fête de la Mère-de-Dieu.
Mar Habib % [évêque] d'A[na]zarbus, lui imposa les mains.
Il fit les ordinations de' :
29. Lazarus, évêque d'Irénopoiis, de Mar
Jacques.
30. Dioscorus, évêque de Rés'ayna.
31. Basilius, évêque de Circesium.
32. lohannan, évêque de Mélitène, de Mar Bar
Çauma.
33. Paulus, évêque d'Aphrah, du monastère
de Mar Bar Çauma.
34. David, évêque de Zouptara, du monas-
tère de Mar Salomon de Dolili.
35. Ignatius, évêque de Harran, du monastère
de Hesna Hamouça".
36. Severus, évêque de Callinice, de Mar Ha-
nania.
37. Jacques, métropolitain de Callinice, de la
montagne d'Édesse.
38. Iwannis, évêque d'Irénopoiis, du monas-
tère de Hesna Hamouça.
Habib, évêque de Tella, du monastère de
Qourzahiel,
Cyriacus, évêque de Bithynie', de Mar Sa-
lomon.
Severus, évêque de Tell BeSmê, du cou-
vent d' Atounos.
39
40
41
1, Cyriacus, métropolitain de Cyrrhus, du
couvent même.
2. Gregorius, métropolitain de Mélitène et
Claudia.
1. Sic ms. et vers. ar. (J;»^); mais Qourzahiel était dans la région d'Antioche, Je pense que
le nom doit être joint à la ligne supérieure et qu'il faut lire « Mar Thomas de Harran ». — 2. Sic
ms, et vers. ar. ; dans la liste des év, de Jérusalem, appendice IV (n° 71), ce prélat est appelé
Theodorus, — 3. Ar, : v»^Ss. ovî^. — 4, Vers. ar. ; oiA)o^-a. — 5. Nov. 922.
6. Août 923, — 7. Sic ms., vers. ar. et Barhébr. (cf. XXI, 18). Ci-dessus, p. 121, le texte porte
« Jacques », vraisemblablement par une faute de copiste. — 8, Lire : <«oio.-«l=. La liste est com-
plète.
APPENDICE III
463
3. Ignatius, métropolitain d'Anazarbus, du
village de Bala '.
4. Theodosius, métropolitain de Mabboug,
d'Arpânia *.
5. Job, évêque d'Abadqawan, en Perse,
d'Édesse.
6. Theodosius, métropolitain de Samosate,
de la montagne d'Edesse.
7. Siméon, métropolitain de Cadet, de Mar
Jacques de Kaisoam.
8. lohannan, métropolitain de Saroug, du
couvent de Hanania.
9. Stephanus, évêque d'Arménie, de Mar
Eliseus.
10. Job, métropolitain de Tibériade, de Mar
Zakai.
11. Iwannis, évêque du Tour "Abdîn, de Qar-
tamin,
12. Gabriel, métropolitain de Dara, supérieur
du couvent des Orientaux.
13. loliannan, évêque des Nédjrayê et des
Ma'adayê, du monastère de Qarqaphta,
14. Athanasius, métropolitain d'Émèse, de
Mar Hanania.
15. Atbanasius, évêque des Tribus, du couvent
de Harbâz.
16. Cyrillus, métropolitain de Jérusalem, de
la montagne d'Edesse,
,17. Iwannis, évêque de Saroug, du monastère
18. Philoxenus, métropolitain d'Édesse.
19. David, métropolitain d'Emèse, du monas-
tère de Mar Sila.
20. Julius ', métropolitain de Maipherqat, du
Pilier.
21. Athanasius, évêque de Ba'lbek, supérieur
du monastère d'Edesse.
22. Iwannis, métropolitain d'Amid, de Mar
Bar Çauma.
23. Job, évêque de Zeugma, du monastère de
Siagta.
24. Dionysius, métropolitain de Samosate, du
monastère de Mar Severus.
25. Gregorius, évêque de Hadet, du couvent
de Mar loliannan.
26. Abraham, évêque d'Alep, du couvent de
Mar lohannan.
27. Petrus, métropolitain du Ségestan, de la
montagne d'Edesse.
28. Sergius, évêque de Saroug, de Mar Bar
Çauma,
29. Iwannis, évêque de Gisra, du couvent de
Mar Zakai.
30. Jérémie, évêque de Hâmâm', du couvent
de Hesna Hamouça.
31. Petrus, évêque de Mardê etKephar Touta,
du monastère de Çanania.
32. Paulns, métropolitain de Hérat, de la
montagne d'Edesse.
de Mar Bar Çauma.
Ce Mar Basilius exerça le patriarcat pendant onze ans et sept mois, 11 mourut
le mercredi de la Passion, 25 d'adar% dans le monastère Oriental, — Que sa
prière nous accompagne! Amen.
XXV. — loHANNAN [Jean V], patriarche, de la Maison des moines de la mon-
tagne Noire, Son ordination eut lieu à Tell 'Ada, village de la région d'Antioche
en l'an 1247", le dimanche 28 de 'ab \ Mar Athanasius, [métropolitain] s de Tarse,
lui imposa les mains'.
Il ordonna ceux-ci *" :
1, Basilius, métrop. de Tagrit, de Qartamîn,
2. Anastasius, év, d'Alep, de Mar Siméon ",
3, Jacques, métropolitain de Tibériade, de
Mar lônan de Damas.
1. Vers. ar. : o»i.la. — 2, Ar. : ovJ^â»! (Raphanée?), — 3. Même leçon dans l'ar. — 4. Ar. : ^oI^om.
— 5. En l'an 1246 (25 mars 935).
6. Ms. et vers. ar. : 1227 (faute évidente). — 7, Août 936. — 8, Sic vers. ar. — 9, Cf. ci-dessus,
p, 121, — 10, La liste (48 év.) est complète. — 11. Vers, ar, : yO»!^ « Salomou ».
464
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
4. Gregorius, évêque de Res'ayna.
5. Mattai, evêque d'Arzoun, de Mar Zakai,
6. Iwannis, évêque de Doala.
7. Abraham, évêque de Hadet •, de Mar Zakai.
8. Iwannis, év. de Qâstau', de Mar Eliseus.
9. Iwannis, év. de Dolik, de Mar Salomon.
10. Habib, év. du four 'Abdîn, de Qartamîn,
11. Basilius, év, de Samosate, de QâqôsînS.
12. Âthauasius, métropolitain d'Aphrah, de
Mar Daniel.
13. Severus, évêque de Circesium, du couvent
de Qartamîn.
14. Jacques, métrop. de Maipherqat, de Bizôna.
15. Timotheus, évêque de Wastan.
16. Athanasius, évêque d'Aphrah, de Saphylos.
17. Job, évêque de Hamâm et Kînîsa.
18. Sergius, métrop. d'Apamée, de Bizôna.
19. Basilius, évêque d'Arsamosate, du monas-
tère de Salomon.
20. Abraham, év, d'Arménie, de Mar Sergius.
21. Siméon, évêque de Qennéèrin, du Grand
Couvent.
22. Theodosius, évêque de Zouptara, de Mar
Atounos.
23. loliannan, métropolitain de Damas, du cou-
vent de Naphsata d'Alep'.
24. Jacques, métropolitain de Mabboug, de
Mar Zakai.
25. Athauasius, métropolitain de Samosate,
26. Severus, évêque de Res Kêpha, de Bizôna.
27. lohannan, métropolitain d'Anazarbus.
28. Job, métropolitain de Nisibe.
29. Joseph, métropolitain d'Amid, du monas-
tère de Mar Bar Çauma.
30. Stephanus, évêque de Zouptara.
3t. Petrus, évêque de Claudia.
32. lohannan, évêque de Ségestan,
33. Ignatius, évêque de la contrée du Halys",
34. Philoxenus, évêque de Harran, du monas-
tère de Naphsata.
35. Abraham, métrop. d'Édesse, du Pilier.
36. Athanasius, métropolitain de Tarse.
37. Moïse, évêque de Germanicia.
38. David, métropolitain d'Anazarbus.
39. Habib, métrop. de Reçapha, de Mar Zakai.
40. Jérémie, métropolitain de Tarse.
41. Athanasius, [métropolitain]' d'Anazarbus.
42. Ignatius, év. du "Tour 'Abdin. [760]
43. Jacques, évêque deHamâm et Kînîsa.
44. Iwannis, évêque de Wastan, d'Amid.
45. Iwannis, métropolitain de Mélitène.
46. Michel, métropolitain de la ville de Dara.
47. Jérémie, métropolitain de Jérusalem, de
la montagne d'Édesse.
48. lohannan, évêque de Qarnah.
Ce IVIar lohannan exerça le patriarcat pendant dix-sept ans, et il mourut le
3 de tamouz', en la fête de Mar Thomas. Son corps l'ut enseveli dans le Grand
couvent de Tell 'Ada, dans le caveau du vénérable Mar Jacques d'Édesse, —
Que sa prière soit avec nous I
XXVI. — Iwannis [Jean Yl], patriarche, [de la Colonne de Qouzahiel] '. Il fut
institué en l'an 1265 ' dans le village de Tell 'Ada. Mar Jacques, métropolitain de
Gallinice, lui imposa les mains.
Il ordonna ces évêques*" :
1. Vers, ar, : ^1»- « de Harran », — 2. Vers. ar. ; ^^a>Vo (cf. i^^o, n" 15 et 44). — 3. Ar. :
<joQûlo. — 4. D'après le ms. et la vers. ar. le sens est bien « Naphsata à Alep » (comme ci-des-
sus, XVIII, 55); mais la lecture inspire quelque doute, un couvent de ce nom étant sûrement
dans la montagne d'Édesse. — 5. Vers. ar. : >a>^ »(!=. Peut-être « de la région maritime » (àXô;)?
— 6. Sic vers. ar. — 7. Barbébr. ajoute que c'était un dimanche, ce qui correspond à l'année 1364
(juillet 953). Cf. ci-dessus, p. 121.
8. Sic vers, ar. ; cf. ci-dessus, p. 124, — 9, 16 juillet 954 (ibid.). — 10. La liste (10 év.) est
complète.
APPENDICE III 465
1. Elias, métrop. do Mélitène, de Zouqnîn'. 6. Joseph, métropolitain de Nisibe.
2. Joseph, métrop. de Damas. 7. Moïse, évêque d'Arabie.
3. Moïse, métropolitain d'Emèse, de Mar 8. Siméon, évêque d'Aphrah du Khorasan.
Abtiai. 9. Sergius, évêque de Ba'lbek.
4. Basilius, évêque de Zouptara. 10. Jacques, métropolitain de Symnadou '.
5. Lucas, évêque de Qarnah,
Ce Mar Iwannis administra la patriarcat pendant deux ans. Il mourut le ven-
dredi, dernier jour de kanoun ii', dans le couvent de Mar Salomon de Dolik.
XXVII. — DioNYSius [III], patriarche, du couvent de Qartamîn. Il fut institué
le 28 de tésrî ii de l'an 1269*. Mar Jacques, métropolitain de Callinice, lui
imposa les mains.
Il ordonna ces évêques^ :
1. Eléazar, métropolitain d'Anazarbus '. 5. Theodosius, évêque d'Aphrah, de Mar
2. lohannan, évêque de Zouptara, du mo- Hanania.
nastère de Nahra de Qarîrê. 6. Dioscoius, métropolitain de Dara. ■
3. Athanasius, métropolitain de Damas. 7. Ezéchiel, métropolitain de Mélitène.
4. Iwannis, évêque de Mardê, du couvent de 8. Timotheus, évêque de Circesium.
Qartamîn.
Ce Mar Denys administra le patriarcat pendant deux ans. Il mourut au mois
de haziran^ de Tan 1272, dans le couvent de Qartamîn, et son corps fut enseveli
dans le caveau du patriarche Mar Theodosius '.
XXVIII. — Abraham, patriarche, du monastère de Tar'el, en l'an 1273', au
village de Tell 'Ada. Mar Job, évêque de Zeugma, lui imposa les mains.
II ordonna ces évéques'" :
1. lohannan, métropolitain de Tibériade, 5. Timotheus, évêque de Harrau, dans le
d'Antioche. monastère de Tar'el.
2. Cyriacus, métropolitain de Tagrit, de la 6, Ignatius, évêque de Gisra, dans le monas-
ville d'Alep'', tère de Tar'el.
3. Gonstautinus, évêque de Germanicia. 7. lohannan, métropolitain de Callinice, dans
4. Severus,év. du Tour 'Abdîn, de Tell 'Ada. le monastère de Tar'el.
1. Gf p. 125, et supprimer la n. 1 ; Elias ayant été ordonné par Jean, et non par Denys, la date
1269 doit être maintenue. — 2. Vers. ar. : « de Hesn Mançour ». La lecture « Symnadou » est confir-
mée parle texte, ci-dessus, p. 131. — 3. Janv. 957 (1268); p. 124, n. 4.
4. Sic ms. ; mais il faut corriger 1270 (28 nov. 958) ; cf. p. 124, n. 6. — 5. La liste (8 év.) est
compile. — 6. Appelé Lazarus, ci-après, p. 467, 1. 20. — 7. Le 2 juin 961. Cf. p, 124. — 8. Cf.
ci-dessus, p. 460.
9. Le 25 mai 962 ; cf. p. 129. — 10. D'après Barhébr. et le texte cité (p. 130), il ordonna sept
évêques. Mais il est dit expressément (p. 129) qu'il institua lui-même son maître Anastasius comme
évêque d'Alep. Or cet évêque ne figure pas dans la liste. Le seul év. d'Alep mentionné dans nos
listes sous le nom d'Anastasius est celui qui fut ordonné par Jean V, vers 936 (XXV, 2). — 11. Vers.
ar, : « à Alep ».
m 59
466
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Il administra le patriarcat pendant dix mois et il mourut le 4 d'adar'. Il fut
enseveli par son maître, Mar Anastasius, évêque d'AIep, dans cette ville. —
Que sa prière nous accompagne!
XXIX. -— loHANNAN [Jean VII], patriarche, surnommé de Sarigta, à cause de
sa grande pauvreté, aussi du monastère de Tar'el; le dimanche 9 de tamouz de
l'an 1276', il fut institué à KepharNébo, dans la région de Saroug. Mar Sergius.,
[évêque de Saroug]', lui imposa les mains.
Il ordonna ceux-ci ' :
1. lohannan, évêque de Res-'ayna, du Pilier.
2. Ignatius, métropolitain d'Amid.
3. Theodosius, métropolitain de Damas.
4. lohannan, métropolitain de Hérat,
5. Timotheus, métropolitain de Maipiierqat,
de Qarîrê.
6. Philoxenus, métropolitain d'Edesse, de la
montagne.
7. Ignatius, métropolitain de Mélitène».
8. Iwannis, évêque du Tour 'Abdîn.
9. Basilius, évêque de Mardê.
10. Iwannis, évêque de Hérat du Khorasan'.
11. Athanasius, évêque de Callisura.
12. Dionysius, évêque de Hadet.
13. Elias, métropolitain de Samosate.
14. Sergius, év. d'AIep, de Ségara de Pésqîn',
15. lohannan, métropolitain de Tibériade.
16. Cyriacus, évêque de Saroug, du monastère
de Sergisyeh.
17. Iwannis, évêque de Germanicia, du monas-
tère qui est dans le désert».
18. Ignatius, métropolitain de Dara, du mo-
nastère de Qartamîn. ['61]
19. Sergius, évêque de Res'ayna, du monas-
tère de Tell Patriq.
20. Theophilus, métropolitain de Damas, du
monastère de Mar lônan.
21. Timotheus, métropolitain d'Amid, de
Ségara de Mar Aharon ».
22. Micliel, évêque de Claudia, du couvent de
Mar Bar Çauma.
23. Theodosius, évêque de Harran, du monas-
tère de Beit Botîn.
24. Basilius, métropolitain de Symnadou, du
monastère de la Mère-de-Dieu.
25. Sergius, métropolitain d'Apamée, de Mar
Atounos, qui est à Qarîrê.
26. Siméon, évêque de Zeugma et Goubbin'",
à Nahra de Qarîrê.
27. Thomas, métropolitain de Jérusalem, du
monastère de Tar'el, à Mar'aè.
28. lobauuan, métropolitain de Cyrrhus, de
èégara de Pésqîn".
29. Cosmas, métropolitain de Reçapha, de la
Colonne qui est dans le mooastère de
Mar Bar Çauma de Saroug".
30. Petrus, évêque d'Arzoun, d'Amid, à
Nahra de Qarîrê.
31. Ezéchiel, métropolitain de Dara et de
Habôra, du monastère de Qartamîn.
32. Sergius, évêque de Qarnah, de Ségara" de
Pésqîn, en ce lieu.
33. Moïse, évêque du pays de Claudia, à
Mar'as,
1. Mars 963 (1274). Cf. p. 129.
2. Juillet 965. Cf. p. 130. — 3. Ainsi d'après le texte (/. c). — 4. Au nombre de 48, d'après le
texte et Barhébr. La liste paraît donc incomplète. Cf. en outre ci-après, n. 6. — 5. Ignatius le Cur-
sor; cf. ci-dessus, p. 130. — 6. Même leçon dans la vers. ar. Paraît être une répétition du n" 4. —
7. Vers. ar. : oilu&. i.,^ ^ ; cf. ci-après, n. 11. — 8, Restituer : l;3jsa3», d'après la vers. ar. —
9. Vers. ar. : ^pioil «^.vj ;.» ^ ;.^i ^, — 10. Sic vers, ar. : ^a^; ms. : « de » Goubbîn. —
11. Vers. ar. : oitui^ ^^. — 12. Vers. ar. : >.^r« îU» «»3 « qui est dans le pays de Saroug ». —
13. Vers. ar. : ks^ ; cf. n. 7, 11.
APPENDICE III
467
34. Basilius, métropolitain de ïibériade, dans
le village d'Arnôs'.
35. Cyriacus, évêque de Zouptara, de Nahra
de Qarîrê, à Mar'as.
36. Paulus, évêque d'Aplirjh, de Ségara* de
PésqÎQ, en ce lieu.
37. Denha, évêque d'/lrsamosate, [du monas-
tère] de Tabès', qui est à Kaisoum.
38. Zacharias, év. de Saroug^ du monastère de
Nahra de Qarîrê, à Mar'as.
39. Basilius, év, du Ségestan, du monastère
de Sergisyeh, à Mar'as.
40. loljannan, métropolitain de Nisibe, du
monastère de Mar lohannan, à Mar'as.
41. Michel, évêque de Callisura, du même
couvent, en ce lieu.
Il exerça le patriarcat pendant vingt ans; et il mourut ' dans le couvent de
Barîd; son chaste corps y fut enseveli dans le temple qu'il y avait bâti.
XXX. — Athanasius [V], patriarche, surnommé Çalhaya', du couvent de Mar
Aharonde êégara'". II fut institué en l'année 1298, le jeudi 21" de tésrî i*'', dans le
village de Qotainé", dans la région de Djihan. Lazarus ", métropolitain d'Ana-
zarbus, lui imposa les mains.
Il ordonna ceux-ci '* :
42. Basilius, évêque de Saroug, de la monta-
gne d'Edesse.
43. Iwannis, évêque de Hâmâm, du [monastère
de] Tabès de Kaisoum, [à Mar'as.
44. Petrus, évêque de Harran, du Grand
Monastère]', à Mar'as.
45. Theodosius, évêque de Mar'as, du monas-
tère de Sergius et Bacchus.
46. Samuel, évêque de Hamâm, du monastère
de Mar Phargisia, qui est dans le pays
de Tâgra^.
47. Cyriacus, évêque de Djihan'.
48. lohannan, maphrien de Tagrit, à Mar^aP.
1. Paulus, métropolitain de Tarse, du monas-
tère de Mâdîq.
2. Andréas, métropolitain de Cyrrhus,da mo-
nastère de Bârîd.
3. lohannan, évêque d'Arsamosate", du mo-
nastère de la Mère. de-Dieu dans la ré-
gion de Callisura.
4. Isaac, évêque de Callisura, du monastère
de Sergisyeh.
5. Petrus, évêque de Saroug, du couvent de
Mar Bar Çauma.
6. Ivpanuis, évêque de Mardê, Res'ayna et
Kephar Touta, de Sergisyeh.
7. Philoxenus, métropolitain de Dara, du
couvent de Qartamîn.
8. Christodulus , évêque de Ba'lbek, du
monastère de Mar lônan qui est à Da-
mas.
9. Cyrillus, évêque d'Arménie, du monastère
de Mar Eliseus.
10. Moïse, évêque de Samosate, du monastère
de Nahra de Qarîrê.
1. Même leçon dans la vers. ar. — 2. Vers. ar. : K^ ; cf. p. 466, n. 13. — 3. Vers. ar. : ■•sH. —
4. L'ar, a omis les mots entre crochets. — 5. Vers, ar. : ^Jl^ ?(!= ^ M.r«».^il3. La leçon
1;.^ s'est déjà rencontrée ; cf p. 20 1. 9 ; 21, 1. 5.-6. Cet évêque qui assistait à la consécration
de Jean VIII (cf. p. 139) et qui n'a pas été ordonné par Athanase V, est sans doute un des deux
ou trois dont les noms ont disparu de la présente liste. — 7. Ordonné par ce patriarche en 961
(1292), d'après Barhébr., Chr. ecel., II, 253. — 8. En 1295 (985); cf. ci-dessus, p. 131.
9, Vers. ar. : uiU^p*.. _ 10. Vers, ar. : ^^ÇiMa. — H. Oct. 986. Il faut lire 21 (date exacte),
quoique le ms. semble porter 27. Cf. ci-dessus, p. 134. — 12. Vers. ar. ; ©»i»^o. — 13. Appelé
« Éléazar », ci-dessus, XXVII, 1. — 14. Au nombre de 39, selon Barhébr. et la Chronique (p. 134).
— 15. Vers. ar. : « de Samosate » (lecture moins probable).
468
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
11. Basilius, métropolitain de Baies ', de la ré- 25.
gioQ d'Antioche.
12. Timotheus, métropolitain de Mabboug, du 26.
monastère de Mauricius.
13. Iwannis, métropolitain de Hérat, d'Amid, 27.
dans ce couvent.
14. Gregorius, évèque de Bîrta ^, du monas- 28.
tère du Cursor de Mélitène.
15. Moïse, métropolitain de Callin'ce, du mo- 29.
nastère de Mar loljannan de Cyrrhus,
à Mélitène. 30.
16. Philoxenus, évêque de Telia Qastra, du
couvent de Bar Gàgî, à Mélitène. 31.
17. Ignatius', métrop. de Tagrit, du monas-
tère des Quarante', de Bar Gàgî, à Mé- 32.
litène.
18. Basilius, év. de 'Arqa, du monastère de 33.
Baitaya ", dans le monastère de Bârîd.
19. lohannan, évêque de Zeugma, du couvent 34.
de Bârîd.
20. Iguatius, métropolitain d'Edesse, du mo- 35.
nastère de Bar Gàgî,
21. Dioscorus, métropolitain d'Emèse, du mo- 36.
nastère de Mar Mâma.
22. Joseph, évêque du Tour 'Abdîn, du monas- 37,
tère de Qartamîn.
23. Thomas, métropolitain d'Anazarbus, du 38.
monastère de Masar'a, à Bârîd.
24. Dionysius, qui est le syncelle', évêque de 39.
Claudia.
Timotheus, évêque d'Aphrah, du monas-
tère de Masar'a.
loliaunan, évêque du Tour 'Abdin, du cou-
vent de Qartamîn '.
Gabriel, évêque d'Alep, du couvent de
Mar Salomon.
Theodosius, métropolitain de Maipherqat,
du monastère de Mar lohannan.
Iwannis, évèque d'Arsamosate, de Bârîd,
à Mar Domitius.
Philoxenus, métr. de Mabboug et Gisra,
du monastère de la Mère-de-Dieu.
Jacques, évêque de Ba'lbek,du monastère
de Mar lohannan.
Daniel, évèque d'Arménie, du monastère
de Kêpha des Arzanéniens, à Bârîd.
Thomas, métropolitain de Tibériade, du
monastère de Mar Mattai,
Petrus, évêque de 'Arabissus, du couvent
de Mar Bar Çauma.
Abraham, év. de Zeugma, du monastère
de la Mère-de-Dieu de Mar Bar Çauma.
lohannan, évêque de Dolik, du couvent de
Mar Séna.
Elias, [évêque]' de Symnadou, du monas-
tère de Petrus.
Ignatius, évêque d'Arzoun, dans le couvent
de Mar Bar Çauma.
Iwannis, métropolitain de Mélitène, du cou-
vent de Bârid '.
Il administra le patriarcat pendant seize ans, et il mourut dans le couvent de
Mar Bar Çauma'". Son saint corps fut enseveli dans la sacristie, qui est sur le
côté nord de l'église ancienne. — Que sa prière soit avec nous ! Amen!
XXXI. — [762] loHANNAN [Jean VIII], patriarche, qui est Bar 'Abdoun, de
Mélitène, moine de la montagne Noire". Son ordination eut lieu le jeudi 6 de
tamouz de l'an 1315", dans le monastère de la Mère-de-Dieu de Boundouqah,
I . Vers. ar. : >»^U>. — 2. Ar. : w;«a — 3. Surnommé Bar Qîqî ; cf. p. 13 i. — 4. Des XL Martyrs
de Sébaste; cf. p. 126. — 5. Vers. ar. : oUmPI ;.,. — 6. Vers. ar. : "^.Si^ owo. — 7. Cf. Bar
Hebr., Chr. eccL, I, 417. — 8. Sic vers. ar. — 9. Ce nom devait figurer dans la liste avant
le n" 17. Cf. ci-dessus, p. 134. Il se lit également dans la liste des évèques de Mélitène (u° 19),
ci-après, App. IV. — 10. Cf. ci-dessus, p. 135. En 1314 (1002-03).
II. Cf. ci-dessus, p. 137. — 12. 6 juillet 1004; cf. p. 139.
APPENDICE III
469
dans le pays de Goudpai'. Petrus, évêque
Il ordonna évêques ceux-ci' :
1. Thomas, métropolitain de Saraosate, de la
montagne Noire.
2. lohannan, métropolitain d'Amid, de Mar
Atounos ; son disciple.
3. Severus, évêque d'Arzoun, du monastère
de Qartamin.
4. Athanasius, métropolitain de Tarse, [du
couvent] de Sergius et Bacchus. -
5. Ignatius, métropolitain de Mélitène, du
monastère de Qainan* de Hadet.
6. Athanasius, métropolitain de Callinice, du
couvent de Mâdîq.
7. lohannan, métrop. du diocèse de Hauran
de Bithynie, de l'église de Çôr*.
8. Basilius, métropolitain de Hérat, du cou-
vent de Qartamîn.
9. Ivrannis, évêque de Hadet et de Ra'bàn,
du couvent de Mar Lazarus de 'Arqa.
Abraham, évêque de Callisura, du monas-
tère de Sergisyeh".
Petrus, métropolitain de Callinice, du mo-
nastère d'Abadhar.
12. Marouta, métropolitain de Tibériade, de
la ville de Baies.
13. Siméoa, évêque de èaizar, du monastère
de Masai'a.
14. Basilius, métropolitain d'Anazarbus, du
monastère d'Abou'l-hapurp]».
15. Isaac, évêque de 'Arqa, du monastère de
Bar Gâgî, secrétaire du patriarche, et
qui par la suite se fit chalcédonien'.
16. Elias, évêque de Zeugma, du monastère
de Mar Julianus.
Mattai, évêque du Ségestan, du monastère
de Mar Hananîa.
Andréas, évêque de Kaisoum, du monas-
tère de Tabès, de cette ville.
10
11
17
18
deHarran, lui imposa les mains.
19. Basilius, métropolitain de Nisibe, du mo-
nastère de Qartamîn.
20. Sergius, évêque de Saroug, du monastère
de Julianus de Kaisoum.
21. lohannan, évêque de Reé'ayna, du cou-
vent de Mar Hanania.
22. lohannan, métropolitain de Dara et Ha-
bôra, du couvent de Bârîd.
23. Timotheus, évêque de Qarna et Telia d'Ar-
sanias, du couvent de Mar Bar Çauma.
24. Siméon, évêque de Telia et Lâqabîn, du
couvent de Mar Domitius.
25. Cyrillus, évêque de Hâmâm, du couvent
de la Mère-de-Dieu qui est à Anazar-
bus.
26. lohannan, métropolitain de Dara, du mo-
nastère de Mar Abai" de Qélat.
27. Thomas, évêque de Claudia, du monastère
de Nahra de Qarîrê.
28. lohannan, métropolitain de Jérusalem, du
monastère de §éna d'Antioche.
29. Theodosius, métropolitain de Damas, du
monastère de Soumaqa ' de Karséna.
30. Athanasius, métropolitain de Tagrit, du
monastère de la Mère-de-Dieu.
31. Basilius, métropolitain d'Amid, du monas-
tère de Bar Gâgî.
32. Abraham, métropolitain de Tarse^ du mo-
nastère de Nahra de Callinice.
33. Athanasius, métropolitain de Goudpai et
Karséna, du monastère de Séblata.
34. Ignatius, évêque de Hâmâm, du monastère
d'Abou'l-haourî.
35. Gregorius, évêque de Bîrta, du monastère
de Harçaphta.
36. Cyrillus, métropolitain de Cyrrhus, du
monastère de Mar Saba.
1. Vers. ar. : uS,a.j^,lb u3 i^tiSsv ot^yoa u9; cf. ci-dessus, p. 136. — 2. Barhébr. (I, 424) dit :
« 47 évêques » (sans compter le maphrien de Tagrit); notre ms. dit : « 49 » (ci-dessus, p 136).
Il manque donc deux noms à notre liste. — 3. Même orthographe dans la vers. ar. — 4. Vers. ar. :
w»o» WV.3 ^ ovJot>«^ vjiiii. û-i.po. — 6. Cf. ci-dessus, p. 147. — 6. Ar. aussi : »ooi!>.o3| ; cf. n" 34.
— 7. Cf. ci-dessus, p. 143-145. — 8. Sic ms. et vers. ar. — 9. Vers. ar. : ; ■^ «■ 'V ;^». Il faut pro-
bablement lire : |6j»oû«e l;«j « le monastère Rouge » (cf. XXXII, 31), et Kaisoum au lieu de Karséna.
470
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
37.' Dionysius, métropolitain de Maipherqat,
da monastère de Zarnouqa.
38. Philotheus, métropolitain d'Apbrab, du
monastère de Mar Mattai.
39. Philoxenus, métropolitain de Jérusalem,
de Bar Gàgî.
40. Basllius, évêquede Harran, du couvent de
Qartamîn.
41. Moïse, évêque de Hesna de Ziad, du cou-
vent de Mar Aharon.
42. Athanasius, qui est Haiyê, évêque d'Ar-
samosale, du couvent de Mar Aharon
de Ségara. Celui-ci devint patriarche*.
43. Ivfannis, évêque de Dolik, du monastère
d'Abou'l-haourî.
44. Abraham, métropolitain de Samosate', du
monastère de Séblata, dans le monas-
tère de Perrhîn,de Mar Christophorus.
45. Dionysius, évêque de Telia d'Arsanias, dû
monastère de Séblata, dans le couvent
de Mar Bar Çauma.
46. Basilius', évêque de Claudia, du couvent
de Mar Bar Çauma.
47. Iwannis, métropolitain d'Arzoun, du cou-
vent de Qartamîn.
48, Dionysius, évêque de Tell Patriq^.
Ce bienheureux ordonna encore d'autres évèques, mais parce qu'il fut pris
par les Grecs et emmené en exil, ainsi qu'il est raconté dans son histoire écrite
plus haut dans ce livre^, les noms de tous n'ont pas élé consignés.
Il exerça le patriarcat pendant vingt- six ans et il mourut en l'an 1341^, le 2 de
sebat, en exil dans le pays des Bulgares, dans un vrai martyre. Que sa prière soit
avec nous !
XXXII. — Dionysius [IV], patriarche, qui est Haiyé, supérieur [du couvent]
de Lazarus, dans la région de Mélitène. Son ordination eut lieu le jeudi 14 de
tésrî i«r de l'an 1343', dans le monastère de Mar Domitius de Claudia, dans le
temps de la persécution (excitée) par les Chalcédoniens. Les évêques s'étaient
réunis [à fcmanin, dans la région de Claudia]'. Mar Abraham de Callisura
lui imposa les mains :
II ordonna ces évèques' :
1. Philoxenus, métropolitain de Symnadou,
[du couvent] de Mar Bar Çauma.
2. Ignatius, évêque de Bîrta, qui est Isaïe,
de Harçaphta.
3. lohannan, évêque de 'Arqa, du couvent de
Tell Patrîq.
Ensuite il s'en alla, à cause de la persécution des Grecs, et il résida à Amîd, dans
l'empire des Arabes".
4. Gregorius, évêque de Mar'as, qui est Mar
Lazarus.
5. Athanasius, évêque de Djihan, du monas-
tère de Circesium'» (?)
6. lohannan, métropolitain de Mélitène, du
monastère de Mar Séna.
1. Cf. ci après, n° XXXIV. — 2. Sic vers. ar. — 3. Vers. ar. : Philoxenus. — 4. Un des évêques
qui accompagnèrent le patriarche en exil ; cf. p. 151-145. Comme les trois évêques nommés avant lui
ont été ordonnés par Jean VIII, il y a lieu de croire qu'il en fut de même pour Dionysius. —
5. Cf. ci- dessus, p. 141 et suiv. — 6. Même date dans la vers. ar. Cf. ci-dessus, p. 139, n. 1,
7. 14 oct. 1031; cf. p. 139, n. 1. — 8. Ces mots, aussi omis dans la vers, ar., sont rétablis
d'après le texte de la Chronique, ci-dessus, p. 147. — 9. Au nombre de "6, selon Barhébr. et la
Chronique (p, 148). — 10. Vers. ar. : ^aea^io • ms. : Sérapion. — 11. Cf. p. 147.
APPENDICE in
471
7. [763] Timotheus, métropolitain de Baleà,
du monastère de Mar Atounos.
8. Athanasius, métropolitain d'Edessn, qui
est Josué, supérieur du couvent de Mar
Abhai.
9. Iwannis, évêque de Ba'lbek, du couvent
même.
10. Iwannis, métrop. d'Anazarbus, du monas-
tère de Bouqâ», dans le couvent même.
11. Basilius, évêque de Cadet, du couvent de
Mar Aharon.
12. Iwannis, évêque du Tour 'Abdîn, qui est
Zakai, du monastère de 'Abid .
13. Cyrillus, métropolitain d'Émèse, du mo-
nastère de Qaleph.
14. lohaaaan, évêque de Telia et Lâqabîn, de
Bar Gâgî.
15. Iwannis, évêque de Hesna de Ziad, qui est
Bar Çauma, de Bar Gâgî.
16. ïimotheus, évêque de Callisura, du mo-
nastère de Mar Aharon.
17. Philoxenus, évêque de Mabboug, de 'Ar-
salis', qui est Matusalah.
18. Athanasius, métropolitain 3, de Bârîd,
à Âmid,
19. Iwannis, métropolitain de Hérat, du mo-
nastère de Pharîs.
20. Marcus, métropolitain d'Aphrah, du mo-
nastère de Nahra de Qarîrê.
[Ce Mar Dionysius]' administra (le patriarcat) pendant dix ans et mourut le
21 d'adar'. Son corps fut enseveli dans la grande église de la ville d'Amid.
XXXIII. — loH.vNNAN [Jean IX], patriarche, du couvent de Bar Gâgî. Il était
le fils du frère de Mar lohannan bar 'Abdoun '°. H fut ordonné en l'an 1353 ", le
mardi..., à Pharzeman, sur les confins de Ra'bân. Mar Elias, présidant du
synode'% lui imposa les mains.
Il ordonna ceux-ci" :
21. Iwannis, métropolitain de Hérat, du cou-
vent de Bar Gâgî.
22. Athanasius, métropolitain d'Émèse, du
monastère de Qaleph.
23. Basilius, évêque de 'Arqa, du monastère
d'Abou'l-haonrî.
24. Gregorius, métropolitain d'Arménie, du
monastère de Mar Georgius.
25. Timotheus, métropolitain de Tibériade,
du monastère de Zarnouqa.
26. Basilius, métropolitain de Tagrit, en l'an
1349».
27. Gregorius, métropolitain de Callinice, de
Bar Gâgî.
28. Abraham, évêque d'Arsamosate, du mo-
nastère de Ségara, qui est à Gargar.
29. Iwannis, évêque de Circesium, de Bârîd.
30. Ignatius, évêque d'Arzoun, du monastère
de Bar Bousîr.
31. lo^iannan, évêque de Kaisoum, de Mar
Julianus, le Couvent-Rouge •.
32. Ignatius, métropolitain d'Amid, de cette
ville •.
33. Paulus, évêque de Mardé, du couvent de
Qartamîn.
34. Philoxenus^ évêque de Dolik''.
35. Athanasius, évêque de Lâqabîn '.
1. Vers. ar. ; U>aa. — 2. Même orthographe dans la vers. ar. — 3. Le nom du siège omis
dans le ms. et dans la vers. ar. — 4. 1038. — 5, ^.aa-.^ ;.», — 6. Ou « de ce couvent ». — 7. Ces
deux évèques sont mentionnés ci-dessus, p. 161, par ordre d'ancienneté, entre Basilius de Harran
(XXXI, 40) et Iwannis d'Anazarbus (XXXII, 10). Il se pourrait qu'ils eussent été ordonnés par
Jean VIII. — 8. Sic vers, ar, — 9. Probablement en 1353 (21 mars 1042) ; cf. p. I'i8, n. 1. Noter
que la date 1368 indiquée là, est celle de la mort de son successeur; cf. ci-après, p. 472, 1. 4 a f .
10. Jean VIII. — 11. CH ci-dessus, p. 160, et p. 139, n. 1. — 12. Évêque de Zeugma; cf. p. 161.
— 13, Trente évèques, selon Barhébr, et la Chronique.
472
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
19
20
1. lobannan, évêque de Zoubtara, qu'il or-
donna de force en ces jours-là.
2. Athanasius, évêque de Nisibe, du monas-
tère de Qartamîn.
3. Iwannis, évêque de Hadet ; secrétaire de Sa
Paternité.
4. Zacharias, métropolitain de Jérusalem, du
couvent de Bârîd,
5. Marcus, évêque d'Arzoun, du couvent
d'Eliseus.
6. Basilius, métropolitain de Tarse; son se-
crétaire.
7. Basilius, métropolitain d'Anazarbus, du
monastère d'Abou'l-haourî.
8. Petrus, évêque de Hâmâm et Bâlinag, du
monastère de Sabê'.
9. Timotheus, évêque de Hadet, de Bar Gâgî,
à Hànî'.
10. Sergius, évêque d'AIep, du monastère de
Habib.
11. Basilius, évêque du Tour 'Abdîn, de Qar-
tamîn.
12. Petrus, métropolitain de Nisibe, du cou-
vent de Qartamîn.
13. Thomas, métropolitain de Jérusalem, du
couvent de Qartamîn.
14. Athanasius, métropolitain de Samosate, de
Mar Lazarus,
15. Iwannis, évêque de Karséna, qui est
'Abd[a]' le moine.
16. Thomas, métropolitain du Ségestan, du
monastère de Hânî, dans cette ville.
[Ce Mar lohannan]' exerça (le patriarcat) pendant quatorze ans et dix mois,
et il accomplit ces ordinations selon l'opération efficace de l'institution de
Notre-Seigneur. II mourut le samedi 24 de 'iyar de l'an 1368', et fut enseveli
dans l'église de la Mère-de-Dieu, à Amid, sur le côté nord.
XXXIV. — Athanasius [VI], patriarche, qui est Haiyé, autrefois évêque
d'Arsamosate'. Il fut ordonné deux fois, c ontrairement aux convenances, dans
17. Elias, métropolitain de Baies, qui est
Abou'l-Hassan, diacre, de Maitan*.
18. Dionysius, évêque de Bîrta de Gargar,
qui est David, du monastère de Mar
Julianus de Kaisoum.
Basilius, évêque de Hesn Mançour, à
Qanqrat.
Dioscorus, év. de Samosate, à Labitôr*.
21. Basilius, métropolitain d'Aphrah, du mo-
nastère de Çânî, dans cette ville.
22. Iwannis, év. de Callisura, de Tell Patrîq.
23. Basilius, évêque de 'Arqa, du couvent de
Pharîs.
24. Gregorius, évêque de Mardê, Tell Besmê
et Rés'ayna.
25. Athanasius, métropolitain d'Arzoun, du
couvent de 'Abid 'Abdoun".
26. Iwannis, évêque de Goubbos, du monas-
tère de Mar Bar Çauma.
27. Petrus, évêque de Claudia, du couvent de
Hour 'Ebar.
28. Philoxenus, évêque de Hâmâm, de Bâlinag
et de la ville de Sanoudanou^, du monas-
tère de la Mère-de-Dieu qui est dans
la montagne Noire.
29. Iwannis, évêque d'AIep, du monastère de
Habib, dans la montagne Noire.
80. Dionysius, métropolitain de Samosate, du
monastère de Bar Gâgî,
1, C.-à-d. « des Anciens ». Vers. ar. : ui^ttoJ^ ;«t ^ <^^o Jolsa^,,.. — 2. Même orthographe
dans la vers. ar. — 3. Même orthographe dans la vers. ar. ; cf. ci-dessus, p. 273. — 4. Vers. ar. :
MU^<^ oJ»Q^^i»o. — 5. Sic vers, ar, — 6. 24 mai 1057 ; cf. ci-dessus, 162. La vers. ar. porte ici,
par erreur, le 24 mars.
7. Cf, XXXI, 42. Ci-dessus, p. 162.
APPENDICE III
473
13
14
15
le pays de Pharîs ; Basilius, de Harran, lui imposa les mains. Il fut blâmé pour
la seconde ordination.
Il ordonna évêques ceux-ci' :
1. Gregorius, évêque de Kaisoum.
2. Ignatius, évêque de 'Arqa, du monastère
d'Argoula '.
3. Timolheus, évêque de Hesu Patrîq, du cou-
vent de Mar Aharon de Ségara.
4. Timotheus, év. de Tell Patrîq, du monas-
tère de Beit Ba'out de Hesna de Ziad.
5. Ignatius, métrop. de Syrauadou, de Bârîd.
6. Athanasius, métropolitain d'Emèse, de
cette ville.
7. Philoxenus, évoque d'Arsamosate, de la
maison patriarcale'.
8. Mattai, métrop. de Samosate. [764]
9. Iwannis, métropolitain de Maipherqat, du
monastère de Hour 'Ebar.
Il ordonna encore d'autres évêques; à cause du trouble qui survint par suite
de l'incursion des Turcs, ils ne furent pas inscrits. Le patriarche lui-même,
tandis que les Ghalcédoniens le conduisaient* à Gonstantinople, en vue d'une
discussion, mourut en route, en l'an 1374''. Son corps fut enseveli dans le cou-
vent de Mar Aharon de Ségara.
XXXV. — loHANNAN [Jean X], patriarche, qui est Bar Sousan, de Mélitène.
Il avait été ordonné à Ainid, à l'époque de Haiyê, et avait cessé ses fonctions
jusqu'à la mort de celui-ci*. Ensuite, les évêques se réunirent et lui firent
violence; il accepta, et exerça [le patriarcat].
Il ordonna ces évêques' :
10. Timotheus, év. de Mar'as, de Mar èéna.
11. Ignatius, métropolitain de Damas.
12. Basilius, métropolitain de Helbôn, de la
Montagne Noire.
Theodosius, évêque de Ra'bàn.
Petrus, évêque de 'Arqa. Celui-ci est Bar
Arika', qui, après être revenu de l'exil,
se fit chalcédonien, à cause d'une que-
relle.
Gregorius, [évêque de] Birta de Gargar.
16. Athanasius, évêque de Rehabôt.
17. Ignatius, métropolitain de Mélitène ; fils
de la sœur du patriarche'.
1. Ignatius, pour Qélat et Dara, de Qélat.
2. Siméon, évêque de Kaisoum; syncelle de
notre Père.
3. Timolheus, pour Harran, de l'église, des
Édesséniens, dans celle-ci.
4. Timolheus, évêque de Claudia, du monas-
tère de Harçaphta.
5. Athanasius, métropolitain de Symnadou,
de Bârîd, à Harran.
6. 'Basilius, évêque de Lâqabin, du monas-
tère de Lazarus de 'Arqa.
7. Dionysius, évêque de Goubbos, de Bar
Gâgi.
8. Iwannis, évêque de 'Arqa, de Bar Gâgî.
9. Mattai, évêque de Saroug, qui est l'im-
monde" qui abandonna son diocèse.
10. Philoxenus, pour le Ségestan ; et comme
il n'y alla point, il fut déposé.
1. Vingt évêques, selon la Chronique (p. 163) et Barhébréus. — 2. Vers. ar. •: lla^i ;ij ^. —
3. Littér. : « de la cellule de notre Père ». — 4. Vers. ar. •.'^.aô^ ,=1. — 5. Cf. p. 164, 165. —
6. ^>3aM. — 7. 1063; c(. p. 166.
8. Cf. p. 163, 170. — 9. Dix-sept, selon Barhébréus, — 10. 1*^^,, aussi dans la vers, ar. ; Taphla
pourrait être un nom propre.
III 60
474 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
11. Ignatius, évêque d'Arzoun, de la région 15. Athanasius, mélropolitain de Samosate,
de Maipherqat, du monastère d'AJoud.
12. Timotheus, métropolitain de Jérusalem, 16. Ignatius, évèque de Dolik, du monastère
d'Amid, à Mar Abhai. d'Abou '1-haourî.
13. Ignatius, métropolitain de Callinice, de 17. Iwannis, évêque de Mardîn, qui est Saùl,
Harran, dans cette ville. de Qartamîn.
14. Basilius, évêque de Mardê, de Qarlamîn.
[Ce Mar lohannan]' exerça le patriarcat pendant neuf ans; et il mourut le
mardi 27 de lésrî ii. en l'an 1384 ^ Son corps fut enseveli dans l'église de la
Mère-de-Dieu à Amid, près du tombeau de Mar lohannan 'Abdoun, son maître».
XXXVI. — Basilius [II], patriarche, du couvent de Mar Bar Çauma deSéna.
En l'an 1385. Son ordination eut lieu à Hesna de Mançour; Athanasius, évêque
d'Édesse, lui imposa les mains, le 6 de kanoun ii*.
11 ordonna ces évéques' :
1. Basilius, métropolitain d'Anazarbus, du 4. Athanasius, évoque de Hesna de Ziad, à
monastère de Mar Abhai. Mar Bar Çauma.
2. Gregorius, évêque d'Alep, du monastère 5. Athanasius, métropolitain d'Édesse, dans
d'Asoud, [dans le couvent] • de Mar Bar le monastère de Mar Abhai.
Çauma. 6. Athanasius, évêque de Karséna, dans la
3. lohannan, métropolitain de Symnadou, de résidence du patriarche à Qanqrat.
Bar Gâgî, dans le couvent de Mar Bar 7. lohannan, métropolitain et maphrien de
Çauma. C'est 'Abdoun le patriarche'. Tagrit, de Qartamîn'.
Il exerça le patriarcat un an et six mois. Il mourut, et fut enseveli dans
l'église de Maipherqat, Ville des Martyrs ^
XXXVII. — loHANNAN, qui est 'Abdoun, qui avait été fait métropolitain de
Symnadou, et ravit le patriarcat par la violence '".
Il ordonna ceux-ci '» :
1. Iwannis, pour Telia de Hamdôn ; 4. et Bouzîra", qui ensuite se fit musulman,
2. Abdochus, pour "Arqa ; à Amid.
3. Ignatius, pour Mardê;
Ce 'Abdoun demeura envie sous quatre patriarches ".
1. Sic vers. ar. — 2. Nov. 1072. — 3. Jean IX. Cf. ci-dessus, p. 171.
4. Janv. 1074. Cf. ci-dessus, p. 174. — 5. Sept, selon Barhébréus. — 6. Sic vers. ar. ; restituer:
..;.yi, \u,o. — 7. Cf. ci-après, a" XXXVII, et ci-dessus, p. 174. — 8, Cf. p. 175. — 9. Martyro-
polis est le nom grec de cette ville.
10, Cl. ci-dessus, p. 174 et suiv. — 11. Cf. p. 187. — 12. Vers. ar. : ■^Si-l -J^ j-»ll l>l"o « Et
Bouzîra pour Amid, lequel apostasia ». Ci-dessus, p. 187, le texte porte Khôrîza. — 13. Cf.
p. 189. Ce rebelle n'ayant jamais été reconnu, nous avons pensé qu'il ne devait pas recevoir
de numéro d'ordre dans la série des patriarches du nom de Jean.
APPExNDIGE III 475
XXXVIII. — DioNïsius [V], patriarche, qui est Lazarus, supérieur' du cou-
vent de Mar Bar Çauma. Il fut ordonné dans ce couvent. Mar lohannan, métro-
politain de Tagrit, lui imposa les mains, en Tan 1388'.
Il exerça le patriarcat pendant un an. Il n'ordonna aucun évéque. Il mourut
à Hesn Mançour,
XXXIX. — IwANNis, patriarche, qui est lohannan [Jean XI], moine du pays
<ie Karséna. Il fut ordonné à Mélitène, en l'an 1391'. Ignatius, métropolitain de
Mélitène, avec les évêques qui l'accompagnaient*, lui imposa les mains.
Il ordonna ces évêques' :
1. lohannan, métropolitain de Jérusalem, de 4. Basilius, métropolitain de Maipherqat,
Bârîd, dans ce couvent même. aussi de Bârîd, en ce lieu.
2. Timolheus, évêque de Callisura, de Mar 5. Çeliba, évêque de Bâlinag, du même cou-
Bar Çauma, vent, et dans ce lieu.
3. Athanasius, évêque de Oolik et Mabboug,
de Bârid, en ce lieu.
[Ce Mar Iwannis] ' exerça le patriarcat un an et six mois, et mourut dans le
«ouvent de Bârîd; son saint corps y fut enseveli.
XL. — DiONYsius [VI], patriarche, qui est Marcus, supérieur du couvent de
Bârîd. Il y fut ordonné en présence d'un petit nombre d'évêques. C'est pourquoi
il fut déposé et ne fut pas reçu; mais enfin il fut accepté, à cause de 'Abdoun
■qui excitait du trouble \
Il ordonna ceux-ci ^ : [76S]
1. Philoxenus, évéque de Mar'as, du monas- 5. Aharon, métrop. du Ségestan, de Mar
tère de Mar Bar Çauma. Aharon, qui est dans la Montagne Bénie.
2. Mattai, évêque de Ra'bân, du couvent de 7. Basilius, qui est Samli", évêque du Tour
Samnoug». 'Abdîn.
3. Basilius, év. de Harran, du môme couvent. 8. Gregorius, qui est Lazarus, pour le même
4. Iwannis, évêque d'Arsamosate, du mo- diocèse qui fut divisé.
nastère de Qaisa "Abia'°. 9. Josué, métropolitain d'Anazarbus, d'Abou
o. Philoxenus, évêque de Hesn Mançour, du '1-haourî même.
couvent. 10. Basilius, métrop. de KepharTâb et Emèse.
[Ce Mar Dionysius] * exerça le patriarcat un an et demi, et il mourut dans le
•couvent de Zarnouqa.
1. !;«».» I;*» >»»»; littér. : « dixième supérieur »; mais l'ar. dit simplement : Imo!;^ ««^io ;»» i^a»?,
îl faut peut-être corriger \iai\ en l>ss». (?). — 2, En 1077. Cf. ci-dessus, p. 177.
3. En 1080; cf. ci-dessus, p. 177. — 4. Lire : oimx^ l— -m- ; vers ar. : ov»o ^_^ ^;|.^a(&o. —
-5. Cinq évêques, selon Barhébréus et la Chronique. — 6. Sic vers. ar.
7. Cf. ci-dessus, p. 186. — 8. Dix évêques, selon Barhébréus et la Chronique. — 9. Même ortho-
,graphe dans la vers. ar. — 10, Vers. ar. : ol-.^ '^*3 »•» ^. — 11. Vers, ar. ; ^^vsos ooi '■•^,
476
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
XLI. — Athanasius [VII], patriarche, qui est Abou 'I-faradj, d'Amid, moine et
prêtre du couvent de Mar Bar Çauma. II fut ordonné [dans l'église du Cursor]'
de Mélitène, le dimanche premier de kanoun i"' de l'an 1402'. Mar Timotheus,
de Tell Patriq, lui imposa les mains.
II ordonna ceux-ci» :
1. Cyrillus, métropolitain de Jérusalem ; car
il est écrit que le commencement vient
de Jérusalem'. Il fut appelé du couvent
de Mar Bar Çauma, C'est Sa'doun des
sept oboles».
2. Iv^annis, évêque de Bàlinag, de Bithynie',
à Bàrîd.
3. lohannan, métrop. de Mélitène, qui est
Sa'id bar Çabouni, qui fut massacre^.
4. Basilius, pour Bîrta de Gargar, de Mar
Abhai.
5. Ignatius, mélropolitain deTell Patrîq', de
Mar Aliaron.
6. Dionysius, métropolitain d'Arzoun, du
monastère de Habib.
7. Basilius, métropolitain d'Edesse, qui est
Bar Çabouni ; il fut déposé ^.
8. Dionysius, évêque de Kaisoum, du monas-
tère de Mar Bar Çauma.
9. Philoxcnus, métropolitain de Mabboug, du
monastère de Kâslioud '".
10. Basilius, métropolitain de Symnadou,
de Bàrîd.
11. Timotheus, évêque d'Arsamosate, de .Mar
Abhai.
12. Iwannis, évêque de Tell Patrîq, du monas-
tère de Sarsaq ".
13. Basilius, évêque de Saroug, de la mon-
tagne d'Edesse.
14. Gregorius, évêque de Claudia, de Mar Par
Çauma,
15. Timotheus, évêque de Karséna, (du cou-
vent) de Bar Gâgî.
16. lohannan. Bar Thomas, évêque pour
Lâqabîn, de l'église de Mélitène,
17. David, métropolitain de Jérusalem, de la
Vallée d'Elias". Celui-ci est Sa'doun,
qui fut noyé dans la mer.
18. Basilius, évêque de Hesna de Ziad, de Beit
Qenayâ.
19. Gregorius, évêque de Ra'bân, du monas-
tère de "Arnîs ".
20. Timotheus, métropolitain de Tarse, du
monastère de Habib.
21. Iwannis, évêque de Saroug, de la mon-
tagne d'Edesse.
22. Timotheus, év. de Gargar, de Sergisyeh.
Celui-ci est Bar Basilius.
23. Iwannis, évêque de Baqah, de l'église
de Baies.
24. Iwannis, mélropolitain de Mélitène, qui est
Eliseus, à Mar'as.
25. Dionysius, qui est Mo'i'se, de Bàrîd, ma-
phrien pour Tagrit, à Mar'as.
1. Ces mots sont aussi omis dans la vers. ar. — 2. 1" déc. 1090; cf. ci-dessus, p. 181. —
3. Soixante-cinq évêques, selon Barhébréus. Nous trouvons au début de son pontificat un certain
Iwannis de Djihan (p. 197), mais nous hésitons à l'ajouter à la liste ; car il s'agit peut-être de
Iwannis de "Arqa (cf. p. 180, 1. 11). De même Basilius de Césarée, mentionné ci-dessus, p, 331,
devrait avoir été ordonné par ce patriarche, puisque les listes suivantes sont complètes; mais je
soupçonne qu'il faut lire : U^à^o « Claudia », au lieu de UJaolij; cf. XLIII, 14. — 4. Cf. Luc, xxiv,
47 (vers. syr.). — 5. Vers. ar. : ,m»^|;û ov^attî^ o< ^p,^» ooio. J'ignore à quoi ce surnom fait
allusion. — 6. Sic ms. et vers. ar. ; il faut probablement lire : \-^o ù..s « Beit Qenayâ » ; cf. ci-
après n? 18. — 7. Cf. oi-dessus, p. 186. — 8. Sic vers, a r. ; ms. ; Tell Paril. — 9. Cf. p. 190-191.
— 10. De même vers, ar. ; peut-être faut-il lire : »(i.iiiii.tr ; cf. p. 314, n. 7. — 11. Même ortho-
graphe dans la vers, ar. — 12. Vers. ar. ; \>«"Sn| ;.^^^ [sic).
APPENDICE m
477
26. Basilius, pour Hesn Manrour. Au bout
d'une année, il abdiqua ; il vécut encore
un an et mourut.
27. Ignatius, évêque de Hànî' du Tour "Abdîn,
de cette ville.
28. Timolheus, évêque de Mar'as, du couvent
des Moines, à Dovaïr.
29. Timotheus, évêque de Tell Palrîq, du mo-
nastère de Qôqà*.
30. Ignatius, évêque de Kephar Tàb, de notre
couvent qui est à Jérusalem.
31. Basilius, évêque pour le couvent de Qar-
tamîn, de ce couvent.
32. Ignatius, qui est HasnouD, métropolitain
de Jérusalem,
33. Cyrillus, métropolitain de Kephar Tâb, de
ce lieu, à Dovaïr.
34. Philoxenus, pour Bâlînag, du monastère
de Mar Séna.
35. Ignatius, métropolitain de Mabboug, delà
Montagne Noire.
36. Timolheus, métropolitain de Samosate et
Hesn Mançour, qui est Fouraidj, édes-
sénien.
37. Ignatius, métropolitain d'Arsamosate, de
Harçaphta.
38. Iwannis, qui est Marcus, métropolitain de
Maipherqat.
39. Timotheus, évêque de Claudia, dans le
couvent de Mar Bar Çauma.
40. Iwannis, évêque du Ségestan, de Hesna
de Ziad.
41. Iwannis, mëiropolitain de Callinice, du
monastère de 'Arnîs.
42. Iwannis, évêque de Callisura,'du monastère
de Mâdîq.
43. Ignatius, métropolitain d'Édesse, de notre
résidence. Celui-ci est Bar Gadina*.
44. Basilius, évêque de DjUian, du monastère
de Romanus.
45. Basilius, qui est Bar 'Abbas, métrop. de
Mardè, de la montagne d'Edesse *.
46. Dionysius, évêque de Hesna, de Mar Abhai.
47. Iwannis, évêque de Hesna de Ziad, de notre
résidence,
48. Ignatius, év. de Harran, de notre résidence.
49. Gregorius, évêque de Karséna, de Bârîd.
50. lohannan, métropolitain de Damas, de
'Arnîs, à Mar Bar Çauma.
51. lohannan, métropolitain de Res'ayna et
Mardin, à Mar Bar Çauma.
52. Basilius, métropolitain de Maipherqat, à
Qanqrat.
53. Dionysius, év. de Goubbos, de Sergisyeh.
54. Io];iannan, métropolitain de Mabboug», de
notre résidence, à Qanqrat.
55. lohannan, métropolitain de Mardin, qui
est Joseph; celui ci fut fort illustre en
son temps '.
56. Philoxenus, évêque de Karséna, àKaisoum.
57. Timolheus, évêque de Hâza ', à Kaisoum.
58. Siméon, métrop. d'Anazarbus, à Kaisoum.
59. Basilius, évêque de Hesna de Ziad, dans
le couvent de Mar Bar Çauma.
60. Ignatius, évêque de 'Arqa, dans ce même
couvent.
61. lohannan, métropolitain du Ségestan, dans
le même couvent.
[Ce Mar Athanasius]' administra le patriarcat pendant trente-huit ans, et il
mourut le 8 de hazîran, en l'an 1440'; son corps fut enseveli dans la sacristie de
l'ancienne église dans le couvent de Mar Bar Çauma, où avait été déposé Atha-
nasius de Çalah'".
1. Sic ms. et vers, arabe. M. Pognon {Inscriptions sémitiques, p. 48, 120) montre qu'il faut
lire, selon toute vraisemblance, -U Hâh, au lieu de -j1- Hâni. Il est même probable que cette
faute a été commise par le copiste en d'autres passages de noire Chronique, où Hânt doit être
corrigé en ffâh. Ci-dessus, p. 365, n. 3, il faut lire « résidence de cet évêque ». — 2. Vers. ar. :
Ulo ;*,^. _ 3. Vers. ar. -. li^ll.^v''. — 4. Cf. p. 263. — 5. Jean bar Andréas, dont il est sou-
vent question dans la Chronique; cf. p. 236, 252, 268, 282, 299, 313. — 6. Cf. p. 263. — 7. Même
leçon dans la vers, arabe. — 8. Sic vers. ar. —9. Juin 1129. — 10. Cf. ci-dessus, p. 468.
478
CHROiNIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
XLII. — [766] loHANNAN [Jean XII], patriarche, qui est Bar Maudiana, supé-
rieur du monastère de Dovaïr. Il fut ordonné à Tell Baser, tandis que Josselin
occupait le pouvoir, et ses grands étaient présents au synode. Dionysius, le
maphrien, lui imposa les mains. L'ordination eut lieu le lundi 17' de sébat de
l'an [1441] '. Il fut élu deux fois».
Il ordonna ces évêques' :
1. Athanasius, métropolitain de Maipherqat,
du monastère d'Antioche.
2. Athanasius, métropolitain d'Edesse, de
cette ville'.
3. Basilius, métropolitain de Kaisoum, qui
est Abou '1-faradj bar èoumaua^.
4. Basilius, évêque de Làqabîn, de 'Arnis.
Il fut ensuite destitué',
5. Iwannis, évèque d'Adana, de Dovaïr.
6. Athanasius, évêque de Çadad, de Mar
Mattai.
7. Athanasius, qui est Zakai, de notre cou-
vent de Mar Bar Çauma, pour Anazar-
bus».
8. Iwannis, évèque de Sibabérek, du même
couvent,
9. Basilius, métrop. d'Amid, du monastère
de Jérusalem.
10. Dionysius, métrop. de Damas, d'Edesse.
11. Mattai, métropolitain de Symnadou, du mo-
nastère de Beit Qenayâ.
12. Basilius, métrop. d'Areoun, de cette région.
11 exerça le patriarcat pendant huit ans. Il mourut dans le couvent de Dovaïr,
et son saint corps y fut enseveli'. — Que sa prière soit avec nous !
XLIII. — Athanasius [VIII], patriarche, Bar Qatreh", qui est Josué, diacre
de Mélitène. Il fut ordonné dans la ville d'Amid, le dimanche 4 de kanoun i«' de
l'an 1450". Mar Dionysius, le maphrien, lui imposa les mains.
Il ordonna ces évêques'* :
1. Ignatius, métropolitain de Mélitène. Il était
fils de la sœur du patriarche ".
2. Ignatius, métropolitain de Jérusalem, qui
est Romanus, moine de Mélitène, du
couvent même".
3. lohannan, métropolitain de Samosate ; il
fut appelé de la montagne d'Edes-
se.
4. Ignatius, évêque d'AIep, aussi de la mon-
tagne d'Edesse.
5. Ignatius, maphrien, de Sergisyeh", à Mar
Aharon de Ségara.
1. Ms., à tort : « 27 ». — 2. Le chiffre est omis dans le ms.; l'arabe donne 14i2, mais c'est en
1441 (1130) que le 17 févr. était un lundi. — 3. D'abord à Kaisoum, puis à Tell Baser; cf. ci-des-
sus, p. 231. — i. Douze évêques, selon Barhébréus. La liste serait donc complète. Il n'y est point fait
mention de l'évêque apostat, surnommé Sar Tourkaya, ordonné par Jean XII, comme évèque
de Mabboug (p. 239) ou Tell Baser (p. 299); ces deux villes faisaient partie du même diocèse. —
5. Cf. ci-dessus, p. 243. — 6. Cf. p. 242. — 7. Cf. p. 263. — 8. Cf. p. 332. — 9. En 1448 ; sept.
1137. Cf. p. 247.
10. Lire : oi;ilo ;-3. — 11. Dec.' 1138. Cf. ci-dessus, p. 251. — 12. Trente-quatre évêques, selon
Barhébréus. La liste ne fait point mention expresse de Gabriel Gâmâklr, ordonné parce patriarche
«omme évêque de Saroug (cf. p. 299, 300); il est possible que Gabriel soit le premier nom de
Cyrilius (n" 6), mais il semble que, plusieurs fois, le nom des évêques rebelles ou apostats a été
omis à dessein; cf. ci-dessus, note 4. — 13. Cf. p. 252. — 14. Cf. p. 255.
APPENDICE III
479
25
26
6. Cyrillus, évèque de Saroug, du monastère
d'Abou 'l-haour[î], à Mélitène,
1. Philoxenus, érêque de Mar'as, de cette
ville, à Mélitène.
8. Iwannis, évoque de Kaisoum, de Mâdîq ;
secrétaire du patriarche'.
9. ïimolheus, évêque de Gargar, qui est Jo-
seph ; il succomba'.
10. Philoxenus, évèque de Kephar Tâb, de
Dovaïr, à Kaiàoum.
11. Iwannis, évèque de Callisura, de Mélitène,
dans le courent de Mar Bar Çauma.
12. Iwannis, évèque de Lâqabîn, de Sergisyeh.
13. Iwannis, métropolitain de Raqah, dans la
ville d'Amîd.
14, Basilius, évèque de Claudia, de Mâdiq.
15, Iwannis, évèque de Hcsna de Ziad, de
Maqrôna; disciple du patriarche.
16. Basilius, métrop. de Syninadou, de Mar
Aharon qui est dans la Montagne Bénie,
17. Timotheus, pour Arsamosate, du monas-
tère de Mâdîq.
18. lohannan, évèque du Tour 'Abdîn, du
monastère de Qartamîn,
19. Ignatius, évèque de ïella d'Arsanias, de
Sergisyeh.
20. Dionysius, pour Mar'aâ, et ensuite pour
Amid, qui est Jacques le rhéteur, de
Mélitène».
21. Sirbéon, métropolitain d'Arzoun, du cou-
vent de Mar Ilanania.
II exerça le patriarcat pendant vingt-sept ans et sept mois, et il quitta [cette
vie] le jeudi 14 de tamouz de l'an 1477". Le vendredi, fête de Mar Abhai, sou
saint corps fut déposé dans le tombeau qui est dans la sacristie de l'église
ancienne du couvent de Mar Bar Çauma, où sont Athanasius de Çalah, Athana-
sius d'Amîd, et cet Athanasius de Mélitène, qui est Bar Qatreh. — Que sa
prière soit avec nous! Amen !
XLIV. — [767] Michel, qui, je le dis envérilé et non par figure, ne suis digne
ni du saint ministère du patriarcat, ni de ce titre"; mais parles jugements
22. Ignatius, évèque de 'Arqa, du monastère
de Lazarus,
23. Iwannis, évèque de Hânî*, qui est Moïse,
de Mar Hanania, à Mélitène.
24. Timotheus, évèque de Harran, du monas-
tère de 'Ezrôn «, à Sergisyeh.
Iwannis, évèque de Djihan, fils du frère
de l'ancien, du vivant même de l'an-
cien *.
lohannan, métropolitain de Hâmâm, dans
le couvent de Mar Bar Çauma. Celui-ci
parut comme un homme excellent.
27. Ignatius, métrop. d'Amid, de Mâdiq ', dans
le couvent.
28. Iwannis, évèque d'Arsamosate, dans le
même couvent.
29. Ignatius, évèque du Tour 'Abdîn, qui est
Gabriel, de cette région».
Dionysius, évèque de Lâqabîn, de Méli-
tène. Par la suite il abandonna cette
ville».
Timotheus, év. de Goubbos, fils du frère
de l'ancien, qu'il ordonna tandis que
celui-ci vivait encore '.
32. Basilius, évèque de Mar'as, de Bârîd.
33. lohannan, maphrien, supérieur du mo-
nastère de Mar Jacques, dans la mon-
tagne d'Edesse'".
34. Timotlieus, évèque de Karsena, de ce pays.
30
31
1. Cf. p, 256. —2. Cf. p. 318, — 3, Denys bar Çalîbî. — 4. Probabl. à lire : >-U Hâh; cf.
p. 477, n. 1. — 5. Même orthographe dans la vers. ar. — 6. Cf. p. 319, 334. — 7. Le ms. et la
vers. ar. ont ici : o»l» (Meddo?}, mais je pensé qu'il faut lire : -is»!» ; cf. n"' 8, 14, 17. — 8. Cf.
p. 362. — 9. Cf. p. 319, — 10. Cf. p. 327. ~ 11. Juillet 1166. Cf. ci-dessus, p. 327.
12. On voit par cette formule que Michel lui-même a rédigé ces listes.
480 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
incompréhensibles de la providence divine, le saint synode s'étant réuni dans
le couvent de notre seigneur Mar Bar Çauma^ [savoir' :]
Mar lohannan, le maphrien'; Mar Ignatius, du Tour 'Abdîn";
Mar Basilius, d'Edesse', président du Mar Ignatius, de 'Arqa";
synode ; Mar Dionysius, de Làqabîn " ;
Mar Basilius, de Djihan'; Mar Timotheus, de Harran";
Mar Dionysius, de Goubbos"; Mar Iwannis, le jeune, de Djihan '";
Mar Athanasius, d'Anazarbus"; Mar Iwannis, d'Arsamosate" ;
Notre seigneur' Mar Ignatius, de Méli- Mar Timotheus, lejeune, deGoubbos";
tène'; Mar Timotheus, du Beit'Arabayê" ;
Mar lohannan, de Samosate'; Mar Timotheus, d'Adherbaldjan ;
Mar Iwannis, de Kaisoiim'"; Mar lohannan, de Beit Nouhadran;
Mar Basilius, de Claudia"; Mar Iwannis, de BeitRouniana ;
Mar lohannan, de Qartamîn"; Mar Iwannis, de Nisibe;
Mar Ignatius, de Birta'^; Mar lohannan, de Callisura" ;
Mar Dionysius, le docteur'*; Mar Iwannis, de Callinice";
Mar Siméon, d^\rzoun'^; Mar Basilius, de Mar 'as"';
l'ordination eut lieu le mardi 18 de tésri i", de l'an 1478".
Ensuite furent ordonnés ces pontifes " :
1. lohannan, métropolitain de Damas, à Je- 3. Athanasius, métropolitain d'Anazarbus.
rusalem; de sorte que « le commence- Celui-ci était de Kaslioud". Il fut or-
nient vienne aussi de Jérusalem "». Il fut donné à Antioche ".
ordonné le grand dimanche de la Ré- 4. lohannan, év. d'Arsamosate, aussi à Antio-
surreclion, en présence de quatre che ; syncelle du patriarche défunt,
évêques '". 5. Ignatius, métropolitain de Maipherqat
2. lohannan, métropolitain de Tarse. Celui- qui est Abou Ghaleb, du couvent de Mar
ci était de Dovaïr. Bar Çauma ".
1. Cette liste ne comprend que 28 noms. Selon Barhébréus {Chron. eccl., I, Sil), les évêques pré-
sents à la consécration étaient au nombre de 32; il est possible que quelques-uns arrivèrent
après l'élection, qui ne se fit pas sans difficulté (cf. ci-dessus, p. 330). — 2. Cf. ci-dessus, XLIII,
33, — 3. XLII, 3. — 4. XLI, 44. — 5. XLI, 53. — 6. XLII, 7. — 7. Michel dépendait de cet
évêque, tant par son origine qu'en sa qualité d'archimandrite du couvent de Mar Bar Çauma. —
8. XLIII, 1. — 9. XLIII, 3. — 10. XLIII, 8. — 11. XLIII, 14. — 12. XLIII, 18. - 13. XLIII, 19.
(Il s'agit de Bîrta de Gargar [cf. p. 331], où cet év. avait sans doute été transféré). — 11. XLIII,
20. — 15. XLin, 21. — 16. XLIII, 29. — 17. XLIII, 22. — 18. XLIII, 30. — 19. XLIII, 24.
— 20. XLIII, 25. — 21. XLIII, 28. — 22. XLIII, 31. — 23. Cet évêque et les quatre suivants
accompagnaient le maphrien et avaient été ordonnés par celui-ci ou par ses prédécesseurs. —
24. XLIII, 11. — 25. XLIII, 13 — 26. XLIII, 32. — 27. Oct. 116S. — 28. Selon Barhébréus (Ckr.
eccl., I, 605), Michel ordonna 55 évêques; ce qui est conforme à notre liste. — 29. Cf. p. 476,
n. 4. — 30. Cf. p. 332. — 31. Cf. p. 476, n. 10, — 32. Cf. p. 332 . — 33. Cf. p. 334.
APPENDICE IIF
481
7
8
9.
10.
11.
12.
13.
14.
15.
16.
17.
18.
19.
20.
21.
22.
Philoxenus, métropolitain de Mabboug, de 23
Kaslioud. Il fut ordonné dans le cou-
vent. 24
Iwannis, métrop. de Samosate, qui estïheo-
dorus, fils du frère de Bar Andréas.
. ïimotheus, évêque de Lâqabîn, qui est 25,
Constanl[inus], supérieur du monas-
tère de Ségara de Mar Aharon.
Ignatius, évêque de Telia d'Arsanias, qui 26.
est Bar Çauma, supérieur du couvent
de Sergisyeh '. 27.
Iwannis, évêque de Sibabérek, du couvent
d'Aharoo, qui est dans la Montagne Bé- 28.
nie. Il fut ordonné dans le couvent de
Mar Hanania '. 29
Athanasius, évêque de Djihan *, qui est
Abou Ghaleb le moine, l'ancien'. 30
Athanasius, métropolitain d'Édesse, qui
est Rabban Denha, de cette ville t.
Basilius, évêque de Ra'bân, qui est lo- 31.
hannan, moine*.
Gregorius, évêque de Kaisoum, de la mon- 32.
tagne d'Edesse'.
Abraham, métrop. d'Amid, de cette ville*. 33.
ïimotheus, évêque de Claudia, supérieur
du couvent de Mâdîq. - 34
Ivfannis, év. de Kaisoum, du monastère
de Çeliba qui est dans le Tour 'Abdîn^ 35.
lohanuan, métropolitain de Callinice, du
monastère des Samîtê ", qui est dans la
région de Mardîn.
lohannan, évêque d'Arsamosate, qui est 3fi.
Sem'ân', du monastère de Mar Aharon,
qui est dans la Montagne Bénie". 37
Basilius, métropolitain de Symnadou, du
même monastère. 3;^
Iwannis, évêque du Tour 'Abdîn, qui est
Isaac, du couvent de .Mar Bar Çauma'.
Basilius, métropolitain du Ségestau, de 39.
cette contrée; mais il avait été élevé
dans notre résidence.
. Dionysius, métropolitain d'Émèse," de Mar
Hanania'".
lohannan, évêque de Salabdîn", du même
monastère, dans le couvent de Mar Bar
Çauma.
Abraham, métropolitain d'Amîd, du cou-
vent de Sa'ba. Il tomba dans l'erreur
de Bar Wahboun ".
Athanasius, métropolitain de Jérusalem,
qui est mon frère charnel ".
Dionysius, pour Berrhoë (Alsp), qui est
Môbarak, moine édessénien ".
lohannan, évêque de Hesna de Ziad, qui
est Josué, le scribe, du Tour 'Abdîn".
Ignatius, métropolitain de Maipherqat, du
couvent de Mar Bar Çauma.
Dionysius, métropolitain de Mélitène, qui
est Grîpas bar Samka '", qui fut élevé
dans notre résidence ".
Basilius, évêque de Hesna de Ziad, du
monastère de cet endroit
Iwannis, pour Amid, du monastère de Mar
Aharon; il fut ordonné à Mélitène.
Iwannis, évêque de Ra'bàn, de Telia d'Ar-
sanias, du monastère de Mâdîq.
Ignatius, pour Lâqabîn, de cet endroit ; il
fut appelé de notre résidence,
Ignatius, pour Harran. Celui-ci passa à
Damas, et là se fit musulman dans le
temps de la persécution de Jérusalem,
et il s'enfuit en Egypte.
Stephanus, métropolitain du Ségestan, qui
est Etienne, supérieur du couvent ".
Basilius, évêque de Bîrta de Gargar, de
notre résidence ".
Basilius, métropolitain de Callinice, qui
est Benjamin, moine de la région d'An-
tioche". [768]
Gregorius, métropolitain, archevêque pour
le siège de Tagrit, c'est-à-dire ma-
phrien, qui est Jacques, fils de mon frère
1. Cl. p 341. — 2. Cf. p. 334. - 3. Vers. ar. : yi^, — 4. Cf p. 354. — 5. Cf. p. 355. — 6. Vers,
ar. : v'-Ê-»^. — 7. Vers. ar. : >«a». _ 8. Cf. p, 374. — 9 Cf. p. 382. — 10. Cf. p. 372. —
11. Vers, ar. : ^,^.. — 12. Cf. p. 383-84, — 13. Cf. p. 374, 394. — 14, Cf. p. 376. — 15. Cf. p. 382,
383. — 16. Vers. ar. : \^^c>, ^] «la.;^. _ 17. Cf. p. 412. — 18. Cf. p. 397.
III. 61
482
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
charnel et [mon] fils' spirituel, honjme
éloquent, qui fut appelé de notre rési-
dence. Il fut ordonné en l'an 1500, en
présence de cinq évêques *.
40. Ignatius, évêque de Mar'as, du monastère
de Kaslioud,
41. Iwannis, évêque de Callisura, qui est Bar
Qanoun, qui passa ensuite à Mélitène'.
42. lohannan, pour Mardîn, qui est Maudiana,
qui ensuite succomba [totalement, renia
la foi orthodoxe, passa] ■* à Constauti-
nople et se fit chalcédonien '.
43. Timotheus, évêque de Claudia, du monas-
tère de Mâdîq.
4'i. Iwannis, évêque de Césaréede Cappadoce,
qui est Damianus, moine du monastère
de Roumanah.
45. Iwannis, métropolitain d'.\.mid, qui est
Mika' ; il fut appelé du couvent de Mar
Bar Çauma.
46. lohannan, métropolitain de Damas, qui
est Gregorius, moine antiochénien.
47. Ignatius, évêque de Goubbos, du couvent
de Maqrôna.
48. Basilius, métropolitain d'Édesse, qui est
Pharas, supérieur de la Montagne.
49. Basilius, évêque d'AIep, qui est Const[an-
tinus], supérieur du monastère d'Abou
Ghaleb.
50. Philoxenus, évêque de Roumanah, de ce
lieu, qui est Bar Çauma, supérieur du
couvent de Roumanah,
51. Gregorius, évêque de Claudia, du monas-
tère de Màdîq.
52. Ignatius, métropolitain de Jérusalem, qui
est Sahda, supérieur du couvent même ',
53. Basilius, évêque de Callisura, du couvent
qui est dans la Montagne Bénie.
54. Dionysius, évêque de Djihan et ' du couvent
de Bârîd, de ce même couvent.
55. Iwannis, évêque d'Emèse, du monastère
d'Abou Ghaleb, qui est Joseph d'Amid.
tel finissent ces listes qui font connaître pour chacun des patriarches, combien
(T évêques il a ordonnés , quels sont ceux qui ont été ordonnés et pour quels pays \
— Que celui qui lit, prie pour le pécheur Michel!
1. Lire : 'A-y^o. — 2. Cf, ci-dessus, p. 403, — 3. Cf. p. 412. — 4. Suppléer ainsi la lacune
du ms., d'après la vers, ar. : ...«^ "jmo >Quû£srûs<^ ,^^>a.ll^3 ;a2o t^^ '^oflo |;^| w.^, — 5. Cl.
p. 409. — 6. Vers, ar, : U'^. — 7. Cf. p. 412. — 8. Sic ms. et vers. ar. ; il faut probablement
lire « dans le couvent ».
9. Nous croyons devoir ajouter ici une table alphabétique des noms des évêques mentionnés
dans ces listes; la multiplicité des homonymes exige qu'on les distingue par des indications qu'il
serait difficile d'introduire commodément dans la Table générale. Pour la même raison, on trou-
vera à la suite de l'Appendice IV, la liste alphabétique des sièges épiscopaux contenus dans les
mêmes listes.
APPENDICE m
483
Liste alphabétique des évèques mentionnés dans l'Appendice III.
'Ahda (Iwannis), de Karèéna,
xxxiii, i5.
Abdochus, de 'Arqa, xxxvu, 2.
'Ahdoun (loljannan), de Sym-
nadou, xxxvi, 3.
Abou 'l-faradj (Basilius), de
Kaisoum, xlu, 3.
Abou Ghaleb (Athanasius), de
Djihan, xuv, ii.
Abou Ghaleb (Ignatiua), de
Maipherqat, xliv, 5.
Abou 'l-hassan (Elias), de Ba-
ies, xxxiu, 17.
Abraham, d'Alep, 1,
— d'Alep, XX, 5.
— d'Alep, XXIV, 26.
— d'Amid, XIX, 49.
— d'Amid, xliv, i5.
— d'Amid, xliv, 25.
— d'Aoazarbus, xx, 2.
— d'Aphrah, xxii, 17.
— d'Arabie, xvni, 53.
— d'Arménie, xxv, 20.
— d'Arsamosate, xxxii, 28.
— de Callisura, xxxi, 10;
xxxii.
— de Circesium, xx, 9.
— de Cyrrhus, xvni, 72.
— de Dolik, xxiii, 4.
— de Doula, xxii, 26.
— d'Edesse, xxv, 35.
— d'Emèse, vui.
— de Gisra, xvili, 22.
— de Hadet, xxv, 7.
— de Héx-at, xviu, 45.
— de Hérat, xix, 73.
— de Mabboug, xviii, 81.
— de Maipherqat, xvill, 47-
— de Mar'as, xviii, 64.
— de Nisibe, vu.
de Nisibe, xxiu, 28.
— de Nisibe, xviii, 82.
— de Samosate, xxxi, 44-
— de Tarse, xxxi, 32.
— de Zeugma, xxx, 35.
Addaf, de Karma, xvii, 77.
Aharo.n, d'Anazarbus, xix, 23.
— de Circesium, xix, 16.
— ■ de Cyrrhus, xix, 25.
— de Gisra, xxiii, 19.
— de Maipherqat, xix, i2.
— de Maipherqat, xx, 17.
— du Ségestan, xj,, 6.
— de Séleucie, xix, 9.
Ahoudemma, des Ma'adayè,
XIX, 19,
ANASTAsius,d'Abadqawaii,xxii,
34.
— d'Alep, xxv, 2.
— d'Alep, xxvin.
— d'Anazarbus, xviii, 17.
— de Rés'ayna, xvni, 65.
— de Rés-Képha, xvii, 38.
— de Tarse, xix, 21 .
— • de Telia de Mauzelat,
xvii, i5.
Andréas, de Cyrrhus, xxx, 2.
— de Kaisoum, xxxi, 18.
— du Ségestau, xix, 5.
Anthimus, de Dolik, xix, 54-
— de Res-Kêpha, xxiii, 25.
Arabî, de Rés'ayua, xvn, 48.
— de Samosate, xix, 2.
Athanastus, de ..... .,xxxii, 18.
— d'Anazarbus, xxv, 41.
— [Zakai) , d'Anazarbus ,
XLU, 7 ; XLIV.
— d'Anazarbus, xliv, 3.
— d'Apamée, xvui, 32.
— d'Aphrah, xxv, i2.
— [Haiyê] , d'Arsamosate ,
XXXI, 42 ; xxxiv.
— d'Aphrah, xxv, 16.
— d'Arzoun, xxxiii, 25.
— de Ba'lbek, xxiv, 21.
— de Çadad, xm, 6.
— de Callinice, xxxi, 6.
— de Callisura, xxix, 11.
— de Damas, xxii, 35.
— de Damas, xxvu, 3.
— [Hakim], de Dara, xix, 64.
— de Djihan, xxxu, 5,
Athanasius {Abou Ghaleb), de
Djihan, xuv, n.
— de Dolik et Mabboug,
xxxix, 3.
— [Josué), d'Edesse, xxxii,
8 ; xxxvi^
— d'Edesse, xxxvi, 5.
— d'Edesse, xlu, 2.
— (Denha), d'Edesse, xliv,
12.
— d'Emèse, xxiv, ll^,
— d'Emèse, xxxii, 22.
— d'Emèse, xxxiv, 6.
— de Goudpai et Karséna,
XXXI, 33.
— de Hesna de Ziad, xxxvr,4.
— de Jérusalem, xliv, 26.
— de Karséna, xxxvi, 6.
— de Lâqabin, xxxii, 35.
— {Sandalaya) de Maipher-
qat, XV.
— de Maipherqat, xlii, i.
— de Nisibe, xxxin, 2.
— de Qalinqala, xvii, 22.
— de Qennésrîn, xix, 74.
— de Rehabot, xxxiv, 16.
— de Samosate, xxv, 25.
— de Samosate, xxxiii, 14.
— de Samosate, xxxv, i5.
— de Saroug, xi.
— de Symnadou, xxxv, 5.
— de Tagrit, xxl, i.
— de Tagrit, xxxi, 3o.
— de Tarse, xvu, 18.
— de Tarse, xxii, 36 ; xxv.
— de Tarse, xxv, 36.
— de Tarse, xxxi, 4-
— des Tribus, xxiv, i5.
Bacchus, d'Arménie, xvin, 73,
— des Taglibites, xix, 57.
Bar'^Abbas (Basilius), de
Mardè, xli, 45-
Bar Arika (Petrus), de 'Ar-
qa, xxxiv, 14.
Bar Çabouni (Basilius), d'E-
desse, xli, 7.
484
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Bu.r Çabouni (lohannan) , de
Mélitène, xli, 3.
Bar Çauma ( IwaDnis ) , de
Hesna de Ziad, xxxu, i5.
Bar Çauma (Philoxenus) , de
Roumanah, xliv, 5o.
Bar Çauma ( Ignatius ) , de
Telia d'Arsanias, xliv, g.
Bar 'Ebrajata (lohannan), de
Tarse, ix.
Bar Gadina (Ignatius) , d'E-
desse, xli, 43.
Bar Hadbesabba, de Gourgan,
xviii, 6o.
— de Hanazit, xix, 3.
Bar Qanoun ( Iwaanls ) , de
Callisura, xliv, 4i-
Bar Samka (Uenys), de Méli -
tène, xnv, 3o.
Bar Soumana (Basilius), de
Kaisoum, xlii, 3.
Bar Thomas (lohannan), de
Lâqabin, xli, i6.
Basilius [Constantinus), d'A-
lep, XLIV, 49.
— d'Amid, xxxi, 3i.
— d'Amid, xLii, g.
— d'Auazarbus, xxxi, i4.
— d'Anazarbus, xxxui, 7.
— d'Anazarbus, xxxvi, 1.
— d'Aphrah, xxxiii, 21.
— d'Arménie, xxi, 16.
— de 'Arqa, xxx, 18.
— de 'Arqa, xxxu, 23.
— de 'Arqa, xxxiu, 23.
— d'Arsamosate, xxv, 19.
— d'Arzoun, xlii, 12.
— de Baies, xxx, n.
— de Bîrta de Gargar, xli, !\.
— de Bîrta de Gargar, xliv,
37.
— de Bithynie (?), xxu, 4?.
— de Gallinice, xvil, 16.
— (Benjamin), de Gallinice,
XLIV, 38.
— de Callisura, xliv, 53.
— de Césarée de Cappadoce,
p. 476, n. 3.
— de Circesium, xix, 56.
Basilius, de Circesium, xxlii,
3i.
— de Claudia, xxxi, 4".
— de Claudia, xLili, i4 ; xLiv.
— d'Édesse, xvu, i3.
— [Bar Çabouni), d'Édesse,
XLI, 7.
— (Bar Soumana), d'Edes-
se, XLIV.
— (Pharas), d'Edesse, xliv,
48.
— de Djihan, xli, 44 j xliv.
— de Gisra, xix, 34.
— de Hadet, xxxu, u.
— de Harran, xxxi, 4° >
XX XIV.
— de Harran, xl, 3
— de Helbon, xxxiv, 12.
— de Hérat, xxxi, 8.
— de Hesn-Mançour, xxxin,
'9-
— de Hesn-Mançour, xli, 26.
— de Hesna de Ziad, xli, 18.
— de Hesna de Ziad, xli, 59.
— de Hesna de Ziad, xnv,
3i.
— (Abou 'l-faradj har Sou-
mana), de Kaisoum, xlu,
3.
— de Kcpliar fàb et Emèse,
XL, 10.
— de Lâqabîn, xxxv, 6.
— de Lâqabîn, xlu, 4-
— de Maipherqat, xvu,66.
— de Maipherqat, xxxix, 4.
— de Maipherqat, xi.i, 52.
— de Mar'as , xlui, 32 ;
XLIV.
— de Mardê, xxix, g.
— de Mardè, xxxv, 14.
— (Bar 'Abhas), de Mardê,
XLI, 45.
— de Nisibe, xxxi, 19.
— de Qartamîn, xli, 3i.
— (lohannan) de Ra'bân ,
xliv, i3.
— de Samosate, xvui, 5.
— de Samosate, xxv, n.
— de Saroug, xxix, 42-
Basilius, de Saroug, xli, i3.
— du Ségestan, xxix, Sg.
— du Ségestan, xi.iv, 22.
— de Symnadon, xxix, 24.
— de Symnadou, xli, 10.
— de Symnadou, XLiii, 16.
— de Symnadou, xliv, 20.
— de Tagrit, xvu, 76.
— de Tagrit, xix, fi.
— de Tagrit, xxv, i.
- de Tagrit, xxxu, 26.
— de Tarse, xxxiu, 6.
— de Telia, xviii, 93.
— de Tibériade, xxix, 34.
— du four 'Abdîn, xxxin,
ir.
— (Samli), du four 'Abdîn,
XL, 7.
— de Zeugma, xxi, 2â.
— de Zouptara, xxvi, 4.
Benjamin, d'Edesse, xviii, 83.
Benjamin (Basilius), de Calli-
nice, XLIV, 38.
BoDziRA, d'Amid, xxxvii, 4.
Çeliba, de Bâlînag, xxxlx, 5.
Christodulus, de Ba'lbek,
xxx, 8.
CoNSTANTiNus, de Circesium,
xviu, 77.
— de Dolik, xvu, 4.
— d'Edesse, xviu, 99.
— de Germanicia, xxvui, 3.
— de Harran, xx, 16.
— du Khorasan, xviii, 7.
— de Laodicée, xviii, 3o.
— de Telia, xxiil, 26.
Constantinus (Basilius), d'A-
lep, XLIV, 49.
Constantinus (Timotheus), de
Lâqabîn, xliv, 8.
CosMAs, de Hadet, xxu, 27.
— de Reçapha, xxix, 29.
Cyriacus, d'Anazarbus, xx, i5.
— de Ba'lbek, xxu, 10.
— de Bithynie (.'), xxiii, 40.
- de Callinice, xix, 35.
— de Cyrrhus, xxiv, i.
— de Djihan, xxix, 47.
— d'Edesse, xx, 4.
APPENDICE III
485
Cyriacus, de Hanazit, xviiJ,
34.
— desQadmanayê, xvlljii.
— de Saroug, xxix, i6.
— de Tagrit, xxvui, 2,
— de Zouptara, xxix, 35.
Ctrillus, d'Anazarbus, xxi, 4-
— d'Arménie, xxx, g.
— d'Arsamosate, xvii, 36.
— de Cyrrhus, xxxi, 36.
— d'Edesse, xviii, 6o^.
— d'Emèse, xxxu, i3.
— de Hâmâm, xxxi, 25.
— (A^oe), de Jérusalem,
XIX, 66.
— de Jérusalem, xxiv, i6.
— {Sa'doun), de Jérusa-
lem, XLI, I.
— de Kephar Tàb, XLI, 33.
— de Maipherqat, xx, la.
— de Saroug, xuii, 6.
— de Tarse, xxu, aa.
Damianus, de Saroug, xvii, 3i.
Damianus (Iwannis), de Césa-
rée de Cappad., xuv, 44.
DANtEi., d'Alep, xvii, 6a.
— d'Arménie, xxu, 24.
— d'Arménie, xxx, 3a.
— de Damas, xxi, 7.
— de Kephar Bàla, XIX, 4.''.
— de Mclitène, xviii, i6.
— de Samosate, xvil, 33.
— de Samosate, xxu, 9.
— de Tagrit, xviii, 4S-
— de Tell Besmê, xix, 44-
David, d'Anazarbus, xxv, 38.
— d'Aphrah, xvm, qi.
— d'Arsamosate, xix, i3,
— de Dara, xvi,
— d'Emèse, xxlv, ig,
— de Garybos, xvii, 84.
— de Harran, xix, 26.
— {Sa'doun), de Jérusalem,
XLI, 17.
— de Nisibc, xvii, 12.
— des ïaglibites, xvii, 29.
— de Zouptara, xxni, 34.
David (Dionysius), de Bîrta
de Gargar, xxxiii, 18.
m.
Denha, d'Arsamosate, XXIX, 37.
— de Callisura, xxi, 8.
— de Kaisoum, xxiii, 3.
— de Rés-Kêpha, xviu, 26.
— de Tagrit, xxiu, la.
Denha (Athauasius), d'Edesse,
XLlV, i2.
DioNYsrus, d'Amid, xlui, 20;
XLlV.
— d'Apamée, xxi, 3,
— • d'Arzoun, xlî, 6.
— [Môharak) , de Ber -
rhoë (Alep), xLiv, 27.
— [David)^ de Birta de
Gargar, xxxiii, 18.
— de Claudia, xxx, 24.
— de Damas, xlu, ro.
— de Djihan, xliv, 54.
— d'Emèse, xliv, a3.
— de Goubbos, xxxv, 7.
— de Goubbos, xlî, 53 ;
xliv.
— de Hadet, xxix, i2.
— de Hesna, xlî, 46.
— de Kaisoum, xlî, 8.
— de Lâqabîn, xlui, 3o ;
xliv.
— de Maipherqat, XXXI, 37.
— [Jacques), de Mar'as,
XLUI, 20 ; XLIV.
— [Gripas bar Samf;a), de
Mélitènc, xliv, 3o.
— de Reçapha, xix, 42.
— de Samosate, xxiv, 24.
— de Samosate, xxxiu, 3o.
— [Moïse), de Tagrit, xlî,
25 ; XLU; XLlU.
— de Tell Patriq, xxxi, 48.
— de Telia, xvii, 62.
— de Telia, xxi, 5.
— de Telia d'Arsanias,
xxxi, 45.
DioscORUs, de Dara, xxvii, 6,
— d'Edesse, xxii, i4.
— d'Emèse, xxx, 2i.
— de Res'ayna, xxiu, 3o.
— de Samosate, xxxiii, 20.
DoMiTius, de Qardou, xvm,
85.
DoMNus, de Zeugma, xvm, i5.
Eleazar [Lazarus), d'Anazar-
bus, xxvu, I ; xxx.
Elias, d'Apamée, xu.
— [Ahou 'l-hassan), de Ba-
ies, xxxm, 17.
— de Cyrrhus, xix, 7.
^ de Dolik, xvm, 49.
— d'Edesse, xvm, 88.
— de Gisra, xxi, 23.
— de Hadet, xvii, 39.
— de Hadet, xx, 10.
— de Harran, xvu, 86.
— de Mélitène, xxu, 41.
— de Mélitènc, xxvi, i.
— [Zaqna) , de Qardou,
xvm, 76.
-- de Samosate, xxix, i3.
— de Syranadou, xxx, 37.
— dr: Zeugma, xxxi, i6 ;
xxxm.
Eliseus, de Karma et des Ha-
çiççanites, xvu, 4o.
— de Maipherqat, xix, 67.
— de Nisibe, xix, 28.
Eliseus (Iwannis), de Méli-
tène, XLI, 24.
Etienne (Stephanus), du Sé-
gestan, xliv, 36.
EvAGRius, d'Arde'at de Bithy-
nic (?), xvu, 71.
EzECHiEL, de Dara et Habôra,
XXIX, 3i.
— de Mélitène, xxi, 6.
— de Mélitène, xxvu, 7.
— du'rour'Abdîn,xvu, 78.
— du four 'Abdin, p. 458,
n. 2.
— du Tour 'Abdîn, xxi, i4.
Pourâidj (Timotheus), de
Samosate et Hesn Mau-
çour, XLI, 36.
Gabriel, d'Alep, xxx, 27.
— d'Apamée, xxu, 38.
— d'Arabie, xx, 18.
— d'Arménie, xvu, 79.
— de la Grande-Arménie,
xvu, 69.
— de Cyrrhus, xxu, 11.
61*
486
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Gabriel, de Dara, xxiv, 12.
— de Dolik, xxin, 9.
— de Gisra, xix, 80.
— d'Irénopolis, xvui, 19.
— de Kînisa, xvui, 78.
— de Mar'as, xviii, 71.
— de Reçapha, xix, i.
— de Rés-Kêpha, xvii, 20.
— de Samosate, xviii, 90.
— de Saroug, xx, i3.
— de Tarse, xvu, Sy.
— de ïibériade, xxi, 10.
Gabriel (Ignatius), du Tour
'Abdîn, xLiu, 29.
Gadouda (lohannan), de Kî-
nisa, xviii, 62.
Gaukf, de Harran, xvii, 68.
GEORGrus, d'Adra'at, xvii, 43.
— d'Anazarbus, xviii, 75.
— d'Arsamosate, xvii, 64.
— de Bahrîa, xviu, 67.
— ■ de Circesium, xxi, 9,
— de Hadet, xviii, 94.
— de Hadet, xxu, 3i.
— de Harran, xvu, 81.
— de Maipherqat, xvu, 75.
— des Taglibites, xviu, 97.
— de Zeugma, xix, 81.
Gregorius, d'Alep, xxxvi, 2.
— d'Arménie, xxxii, o■.!^.
— de Bîrta, xxx, 14.
— de Bîrta, xxxi, 35.
— de Bîrta de Gargar,
xxxiv, i5.
— de Callinice, xxu, 25.
— de Callinice, xxxu, 27.
— de Claudia, xli, 14.
— de Claudia, xliv, 5r.
— de Hadet, xxiv, 25.
— de Kaisoum, xviu, g5.
— de Kaisoum, xxxiv, i.
— de Kaisoum, xnv, 14.
— de Karséna, xli, 49.
— [Lazarus) de Mar'as,
xxxu, 4 •
— de Mardè, Tell Besmê
et Rés'ayna, xxxiu, 24.
— ■ de Mélitène et Claudia,
xxiv, 2.
Gkegorius, de Ra'bân, xli, 19.
— de Rés'ayna, xxv, 4.
— {Jacques), de Tagrit,
XLIV, 89.
— • (Lazarus) , du Tour
'Abdîn, XL, 8.
Gregorius (lohannan), de Da-
mas, xLiv, 46.
Gripas bar Samka (Diony-
sius), de Mélitène, xliv,
3o.
Habib, d'Amid, xix, 33.
— d'Anazarbus, xxi, 18;
xxiv.
— d'Apamée, xvu, i4<
— de Beit Baies, xvui, 2.
— de Djaulan, xvu, 5i.
— d'Irénopolis, xxi, 3t.
— d'Irénopolis, xxu, i5.
— de Kaisoum, xxi, 24.
— de Mar'as, xvui, 6.
— de Qardou, xix, 5i.
— de Reçapha, xxi, 20.
— de Reçapha, xxv, 3g.
— des Taglibites, xvui, 74.
— de Tarse, xvu, 70; xix.
— de Telia, xxui, 39.
— du Tour 'Abdîa, xxv, 10.
Haiyê (Athanasius), d'Arsa-
mosate, XXXI, 42.
Hakim (Athanasius), de Dara,
XIX, 64.
Hanania, de Callisura, xviii,
28.
— de Mardè et Kephar
Touta, X.
— de Mardîn et Kephar
Touta, XVII, 6.
— de Qennésrîn, xviii, 18.
— de Tibériade, xix, 43-
Hasnoun (Ignatius), de Jéru-
salem, XLI, 32.
Ignatius, d'Alep, xlui, 4-
— d'Amid, xviii, 39.
— d'Amid, xxu, 44-
— d'Amid, xxix, 2.
— d'Amid, xxxu, 32.
— d'Amid, xlui, 27.
— d'Anazarbus, xvii, 46.
Ignatius, d'Anazarbus, xxiv,
3.
— d'Aphrah, xxi, i3.
— d'Arménie, xix, 52.
— de 'Arqa, xxxiv, 2.
— de 'Arqa, xli, 60.
— de 'Arqa, xlui, 22 ; xliv.
— d'Arsamosate, xvui, 33 _
— d'Arsamosate, xli, 37.
— d'Arzoun, xxx, 38.
— d'Arzoun, xxxu, 3o.
— d'Arzoun, xxxv, 11.
— de Bîrta, xxxu, 2.
— de Bîrta, xliv.
— de Callinice, xxxv, i3.
— de Damas, xxxiv, 11.
— de Dara, xxix, 18.
— ■ de Dolik, xxxv, 16,
— d'Edesse, xxx, 2.0.
— (Bar Gadina), d'Edes-
se, XLl, 43.
— du pays du Halys, xxv,
33.
— de Gisra, xxviu, 6.
— de Goubbos, xliv, 47.
— de Hadet, xix, 22.
— de Hâmâm, xxxi, 34.
— de Hànî, xli, 27.
— de Harran, xxui, 35.
— de Harran, xli, 48.
— de Harran, xliv, 35.
— d'Irénopolis, xxu, 42.
— de Jérusalem, xviii, 87.
— (Hasnoun), de Jérusa-
lem, xli, 32.
— (Romanus), de Jérusa-
lem, xLin, 2.
— (Sahda), de Jérusalem,
XLIV, 52.
— de Kephar Tàb, xli, 3o.
— de Lâqabîn, xliv, 34-
— de Mabboug, xli, 35.
— (Abou Ghaleb), de Mai-
pherqat, xnv, 5.
— de Maipherqat, xliv, 29.
— de Mar'as, xliv, l\o.
— de Mardè, xix, 83.
— de Mardè, xxiii, 23.
— de Mardè, xxxvii, 3.
APPENDICE 111
487
Ignatics de Mardê et Kephar
ïouta, xvii, 80.
— de Mélitèae, xxix, 7.
— de Mélitène, xxxi, 5.
— de Mélitène, xxxiv, 17 ;
xxxix.
— de Mélitène, xliu, i ;
XLIV.
— deQélatetDara,xxxv, I.
— de Qennésrîn, xxu, 6.
— de Symnadou, xxxiv, 5.
— de Tagrit, xxx, 17.
— de Tagrit, xlui, 5.
— de Tell Patrîq, xli, 5.
— de Telia d'Arsanias,
xLin, 19.
— (Bar Çauma), de Telia
d'Arsanias, xliv, g.
— ■ du Tour 'Abdîn, xxv,
42.
— (Gabiiel), du Tour 'Ab-
dîn, xLiii, 29 ; xLiv.
loHANNAN, d'Amid, xvii, 67.
— d'Amid, xx, 8.
— d'Amid, xxxi, 2.
— d'Anazarbus, xxv, 27.
— d'Arabie, xvui, 10.
— d'Arabie, xix, 76.
— d'Arménie, xvm, 29.
— de 'Arqa, xxxu, 3.
— d'Arsamosate, xxx, 3.
— d'Arsamosate, xliv, 4.
— [Sem''an) , d'Arsamo -
sate, XLiv, 19.
— de Bagdad, xviii, 5i.
— de Baies, xvii, 83.
— de Beit Nouhadraa ,
xi.iv.
— de Callinice, xvi.
— de Callinice, xxviu, 7.
— do Callinice, xuv, 18.
— (Toubana), de Circe-
sium, XIX, 4.
— de Cyrrhus, xxix, 28.
— de Damas, xxv, 23.
— de Damas, xxi, 5o.
— de Damas, xuv, i.
— {Gregorius), de Damas,
xLiv, 46.
loHANNAN, de Dara, xxxi, 26.
— de Dara et Habôra,
xxxi, 22.
— de Dolik, xvm, 56.
— de Dolik, xx, 25.
— de Dolik, xxx, 36.
— d'Émèse, xvii, 34.
— d'Émèse, xvii, 47-
— de Germanicia, xx, 6 ;
XXlll.
— de Hâmàm, xlui, 26.
— de Harran, xxu, 8.
— de Hauran de Bithy-
nie (.'), XXXI, 7.
— de Hérat, xxix, 4.
— [Josué], de Hesna de
Ziad, xLiv, 28.
— d'Irénopolis, xix, 79.
— de Jérusalem, xix, 4i.
— de Jérusalem, xxxi, 28.
— de Jérusalem, xxxix, i.
— de Kaisoum, xxxu, 3i.
— de Kélat, xvu, 23.
— de Kephar Touta et
Mardê, xix, 29.
— [Gadouda), de Kînîsa,
xvui, 62.
— {Bar Thomas), de Lâqa-
bîn, xxi, i6.
— de Mabboug, xx, 24.
— de Mabboug, xli, 54.
— de Maipherqat, xvu, 8.
— [Mousiqayà), de Mai-
pherqat, xvm, 80.
— de Mardê, xxu, 32.
— {Joseph), de Mardîn,
XLI, 55.
— (Maudiana), de Mar-
dîn, xLiv, 42.
— de Mélitène, xxiii, 32.
— de Mélitène, xxxu, 6.
— (Sa'id bar Çaboani),de
Mélitène, xu, 3.
— des Nédjrayè et de
Ma'adayê, xxiv, i3.
— de Nisibe, xxix, 4o.
— des Qadmanayè, xvu,
21.
— de Qardou, xvu, 67.
loHANNAN, de Qarnah, xxv, 48.
— de Res'ayna, xxix, i,
— de Res'ayna, xxxi, 21.
— de Res'ayna et Mardîn,
xu, 5i .
— de Samosate, xlui, 3 ;
xuv.
— de Saroug, xxi, 21.
— de Saroug, xxiv, 8.
— du Ségestan, xxv, 32.
— du Ségestan, xli, 61.
— de èalabdin, xliv, 24.
— de Sarzoul, xvu, 4i.
— {'Abdoun), de Symna-
dou, xxxvi, 3 ; xxxvu.
— de Tadmor, xviu, 12.
— desTaglibites, xvm, 35.
— des Taglibites, xix, 78.
— de Tagrit, xxix, 48.
— de Tagrit, xxxvi, 7 ;
xxxviu.
— de Tagrit, xlui, 33 ;
xuv.
— de Tarse, ix.
— de Tarse, xliv, 2.
— de Telia, v.
— de Telia, xvu, 73.
— de Telia et Lâqabin,
xxxu, i4.
— de Tibériade, xxvlii, r.
— de Tibériade, xxix, i5.
— dufour'AbdîniXxii, 19.
— du T. 'Abdîn, xxx, 26.
— du Tour 'Abdîn, xlui,
18; XLlV.
— des Tribus, xvu, 9.
— des Tribus, xxu, 4-
— de Zeugma, xxx, 19.
— de Zoubtara, xxxiu, i.
— de Zouptara, xxu, 7.
— de Zouptara, xxvii, 2.
lohannan (Iwannis), de Hesna
de Ziad, xuii, i5.
lohannan (Basilius), de Ra-
'bân, XLIV, i3.
lÔNAN, d'Aplirah, xix, i4.
— d'Arzoun, xvm, 11.
— de Gourgan, xvui, 98.
— d'Irénopolis, xxi, 17.
488
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
IsAAC, d'Arménie, xxii, 89.
— de 'Arqa, xxxi, i5.
— de Callisura, xxx, 4.
— de Cyrrhus, xix, 72.
— de Cyrrhus, xxui, 27.
— de Damas, xix, 68.
— de Diboraita, xvm, 70.
— d'Emèse, xxiii, i3.
— de Hérat, xxu, 12.
— de Nisibe, xxii, i8.
— de Saroug, xix, 71.
— de Tibériade et Adjou-
miah, xvii, 72.
— de Zeugma, xxu, /(•''•
Isaac (Iwannis), du Tour 'Ab-
dîn, XElv, 2:.
IsAïAS, de Maiphérqat, xix, 3g.
Isaias (Ignatius), de Bîrta,
xxxii, 2.
Iwannis, d'Abadqawan, xx, 20.
— d'Adana, XLll, 5.
— d'Alep, xxxui, 29.
— d'Amid, XXIV, 22.
— d'Amid, xtiv, 32.
— {Mika), d'Amid, xliv,
45.
— d'Anazarbus, II.
— d'Anazarbus, xxxii, 10.
— d'Apamée, xix, 61.
— de "Arqa, xxxv, 8.
— d'Arsamosate, xxx, 29.
— d'Arsamosate, xl, !^.
— d'Arsamosate, xmi, 28;
XLlV.
— d'Arzoun, xxxi, 47.
— de Ba'lbek, xxxii, 9.
— de Bàlinag, xti, 2.
— de Beit Roumanah ,
XLlV.
— de Callinice, xti, 4i.
— de Callisura, xix, 27.
— de Callisura, xxxiii, aa.
— de Callisura, xli, 42.
— de Callisura, xLiii, n;
XLlV.
— (Bar Qanoun), de Calli-
sura, XLlV, 4i.
— (/Janiianus), de Césarée
de Cappadoce, xliv, 44-
Iwannis, de Gircesium, xxxu,
29.
— de Dara, xviii, 27.
— de Dara, xxii, 43.
— de Djihan, p. 476, n. 3.
— de Djihan, xlui, 25 ;
XLIV.
' — de Dolik, xxv, 9.
— de Dolik, xxxi, 43.
— de Doula, xxv, 6.
— {Joseph), d'Emèse, xliv,
55.
— deGermanicia,xxix, 17.
— de Gisra, xxiv, 29.
— de Goubbos, xxxiil, 26.
— de Hadet, xxxui, 3.
— de Hadet et Ra'ban,
XXXI, 9.
— de Hâmâm, xxix, 43.
— {Moïse), de Hàni, xliii,
23.
— de Harran, xiv.
— de Hérat, xviii, 52.
— de Hérat, xxiii, 2.
— de Hérat, xxix, 10,
— de Hérat, xxx, i3.
— de Hérat, xxxn, 19.
■ — de Hérat, xxxu, 21.
— {Bar Çauina), de Hesna
de Ziad, xxxu, i5.
— de Hesna de Ziad, xli,
47-
— {Iohannan.),de Hesna de
Ziad, xlui, i5.
— d'Irénopolis, xxiii, 38 .
— de Kaisoum, xlui, 8 ;
XLIV.
— de Kaisoum, xliv, 17.
— {'^Abda), de Karséna,
xxxiii, i5.
— de Lâqabîn, xLlli, i2.
— de Maiphérqat, xxxiv, 9.
— {Marcus), de Maiphér-
qat, XLI, 38.
— de Mardè, xxvil, 4-
— de Mardè, Reâ'ayna et
Kephar Touta, xxx, 6.
— (Saiil), de Mardè, xxxv,
>7-
IWANNNis, de Mélitènc, xxv,
45.
— de Mélitèae, xxx, Sg.
— [Eliseus), de Mélitène,
XLI, 24.
— {Bar Qanoun), de Mé-
litène, XLIV, 4i .
— de Nisibe, xliv,
— de Qastan (?), xxv, 8.
— de Ra'ban, xliv, 33.
— de Raqah, xli, 23.
— de Raqah (Callinice),
XLIU, l3 ; XLIV.
— de Reçapha, xviii, 25.
— de Samosate, xxii, 2.
— [Theodorus), de Samo-
sate, xMv, 7.
— de Sarougj xxiv, 17.
— de Saroug, xli, 21.
— du Ségestan, xli, 4°.
— de Sibabérek, xm, 8.
— de Sibabérek, xliv, 10.
— de ïell Patriq, xli, 12.
— de Telia, xviii, 46.
— de Telia de Homdôn,
XXXVll, I,
— du Tour 'Abdîn, xxiv,
II.
— duTour 'Abdîn, xxix, 8.
— {Zakai), du four 'Ab-
dîn, xxxu, 12.
— [Isaac), du Tour "Ab-
dîn, XLIV, ai.
— de Zeugma, xix, 10.
— de Wastan (?), xxv, 8.
— de Wastan, xxv, 44.
Jacques, d'Abadqawan, xxu,
25".
— de Ba'lbek, xx, 14.
— de Ba'lbek, xxx, 3i.
— de Callinice, xxiu, 37 ;
xxvi; xxvii.
— de Circesium, xvii, 17.
— de Dîrîg, xvii, 35.
— de Dolik, xviii, 20.
— de Dolik, xxu, 4o-
— d'Emèse, XIX, i5; xxu.
— de Hàmâm et Kînîsa,
xxv, 43.
APPENDICE III
489
Jacques, de Hérat, xix, 87.
— d'Irénopolis, xxu, 5.
— de Kaisoum, xix, 3i.
— de Mabboug, xxv, 24.
— de Maipherqal, xxv, i4.
— des Nédjrayê, xxi, 3o,
— d'Ourim, xvii, 63.
— de Samosate, xxi, i2.
— de Symnadou, xxvi, 10,
— des Taglibites, xix, [7,
— de Tibériade, xxii, 29.
-~ de Tibériade, xxv, 3.
— de Zeugma, xxiii, i5.
Jacques (Dionysius), de
Mai-'as, xLMi, 20.
Jacques (Gregorius), de Ta-
grit, xnv, 39,
JÉRKMiE, de Hàmâm, xxiv ,
3o.
— de Jérusalem, xxv, 47-
— de Tarse, xxv, 4o.
Job, d'Abadqavran, xxiv, 5.
— d'Alep, xxiu, 10.
— d'Aphrah, xix, Sg.
— de Callisura, xxii, 20.
— de Çâmâm et Kînîsa ,
xxv, 17.
— de Hérat, xxi, 2.
— de Jérusalem, xvm, i3.
— de Mopsueste, xvii, 27.
— de Nisibe, xxv, 28.
— de Tibériade, xxir, 10.
— de Zeugma, xxiv, 23 ;
XXVlll.
Joseph, d'Amid, rv.
— d'Amid, XXV, 29.
— d'Arzoun, xxni, 22.
— du Beit Parsayê, xvm, 4-
— de Damas, xxvi, 2.
— de Gourgan, xvm, 66.
— de Jérusalem, xvm, 67.
— de Jérusalem, xxm, 7.
— de Mar'as, xxm, 5.
— de Nisibe, xxvi, 6.
— de Saroug, xxii, 49.
— [Marzouq) , des Tagli -
bites, xvm, 59.
— du Tour 'Abdîn, xxx, 22.
— de Zeugma, xix, 24
m.
Joseph (Iwannis), d'Émèse,
XLiv, 55.
Joseph (Timotheus), de Gar-
gar, XLiii, 9.
Joseph (lohannan), de Mar-
din, xLi, 55.
JosuÉ, d'Anazarbus, xl, 9.
Josué (Athanasius), d'Edesse,
xxxn, 8.
Josué (lohannan), de Hesna
de Ziad, xliv, 28.
JuLius, de Maipherqat, xxiv,
20.
Laza-Kus [Éléazar), d'Anazar-
bus, xxvn, I ; xxx.
— d'Arsamosate, xvui, 21.
— de Gisra, xvii, 56.
— d'Irénopolis, xxm, 29.
— de Nisibe, xvii, a5.
— de Tarse, xix, 76.
— de Tarse, xxi, 22,
Lazarus (Gregorius), de Ma-
r'as, xxxii, 4.
Lazarus (Gregorius), du four
'Abdîn, XL, 8.
Lucas, de Qarnah, xxvi, 5.
Maqim, de Circesium, xvn, 5o.
Marcus, d'Aphrah, xxxn, 20.
— d'Arzoun, xxxm, 5.
Marcus (Iwannis), de Mai-
pherqat, XLi, 38.
M AROUTA, de Tibériade, xxxiji 2.
Marzouq (Joseph), des Tagli-
bites, xvm, 59.
Mattai, d'Arzoun, xxv, 5
— de Dara, xx, 19.
— de Ra'bân, xl, 2.
— de Res Kêpha, xix, 82.
— de Samosate, xxxiv, 8.
— de Saroug, xxxv, 9.
— du Ségestan, xxxi, 17.
— de Symnadou, xlu, ii.
— de Telia, xxi, 26.
— de Telia de Mauzelat,
xvn, 3o.
Matuialah (Philoxenus), de
Mabboug, xxxii, 17.
TkTaMrfia^a (lohannan), deMar-
dîn, xi.iv, 42.
Meichizedeq, de Reçapha,
xvii, 3.
— de Tagrit, xlx, 48.
Methodius, de Tell Besmê,
xvn, 74.
Michel, d'Anazarbus, xvm, 24.
— de Callisura, xxix, 4i'
— de Claudia, xxix, 22.
— de Dara, xxv, 46.
— de Mabboug, xxi, 11.
— de Samosate, XX, 7. (Cf.
ci-après, p. 5o2, n. 1.)
Mika (Iwannis), d'Amid, xnv,
Màharak (Dionysi-os), deBer-
rhoë, xLiv, 27.
Moïse, d'Amid, xxll, 3o.
— d'Arabie, xxvl, 7.
— de Callinice, xxx, i5.
— de Claudia, xxix, 33.
— de Damas, xxiii, 24.
— d'Émèse, xxvi, 3.
— de Germanicia, xxv, 37.
— de Hesna deZiad, XXXI, 41.
— de Samosate, xxx, 10,
Moïse (Iwannis), de Hânî,
XLUl, 23.
Moïse (Dionysius), de Tagrit,
XLl, 25.
Mousiqaya (loljannan) , de
Maipherqat, xvm, 80.
NoÉ, d'Irénopolis, xix, 60.
Noé (Cyrillus), de Jérusalem,
XIX, 66.
NoNus, du Tour 'Abdîn, xvm,
89.
"Othman, des Taglibites, xvil,
45.
Paulus, d'Aphrah, xvn, 10.
— d'Aphrah, xxm, 33.
— d'Aphrah, xxix, 36.
— de Hérat, xxiv, 32.
— de Mardê, xxxn, 33.
— de Tarse, xxx, i.
Pethus, de , XIX, 46.
— d'Aphrah, XIX, 55.
— d'Arabissus, xxx, 34-
— [Bar Arika), de 'Arqa,
xxxiv, i4.
62
490
CHRONIQUE DE MICFIEL LE SYRIEN
Petrus, d'Arzoun, xvii, 60.
— d'Arzoun, xxix, 3o.
— de Callinice, xxxi, 11.
— de Claudia, xxv, 3i.
— de Claudia, xxxiu, 27.
— de Hâmâm et Bâlînag,
xxxiu, 8.
— de Harran, xxix, 44;
XXXI,
— de Mardê et Kephar
Touta, XXIV, 3i.
— de Nisibe, xxxui, 12.
— de Reçapha, xxu, 28.
— de Saroug, xxx, 5.
— du Ségestan, xxiv, 27.
Pharas (Basilius), d'Édesse,
xnv, 48.
PurLOTHEUs, d'Aphrah, xxxi,
38.
Philoxenus de...., xxu, i3.
— d'Arsamosate, xxxiv, 7.
— de Bâlînag, xi.i, 34-
— de Dara, xxx, 7.
— de Dolik, xxxu, 34.
— d'Édesse, xxiv, 18.
— d'Edesse, xxix, 6.
— de Gourgan, xvii, 2.
— de Hâmâm, Bâlinag, et
Sanoudanou, xxxiu, 28.
— de Harran, xxv, 34-
— de Hesn-Mançour, XL, 5.
— de Jérusalem, xxxi, 39.
— de Karséna, xli, 56.
— de Kephar Tâb, xtiii, 10.
— (Matuialah) , de Mab-
boug, xxxii, 17.
— de Mabboug, xu, 9.
— de Mabboug, xliv, 6.
— de Mabboug et Gisra ,
xxx, 3o.
— de Mar'as, xl, i.
— de Mar'as, xliu, 7.
— de Nisibe, xvii, 32.
— de Reçapha, xix, 65.
— [Bar Çauma) , de Rou-
manah, iliv, 5o.
— du Ségestan, xxxv, 10.
— de Sypinadou, xxxu, i.
— de Telia Qas^ra, xxx, i6.
Romanus (Ignatius), de Jéru-
salem, xEiu, 2.
RouBii,, de Djounia, xviii, 42.
Saba, d'Arzoun, xvu, 24.
Sabra, d'Arabie, xviu, 86.
Sa'doun TfCyrillus), de Jéru-
salem, XEl, I.
So'doura (David), de Jérusa-
lem, XLl, 17.
Sahda (Ignatius), de Jérusa-
lem, XLIV, 52.
SaHd bar Çaboimi (loliannan),
de Mélitène, xii, 3.
SAr.oMON, de Cyrrhus, xvu, 49.
— de Damas, xix, 58.
— des Nedjrayê et des
Ma'adayê, xix, 53.
àamli (Basilius), du Tour
'Abdîn, XL, 7.
Samuel, de Hâmân, xxix, 46.
— de Maiphferqat, xxu, 16.
— desOadmanayê(ou Qar-
manayê), xvni, 40.
— du Ségestan, xix, 47-
— du Tour 'Abdin, xxui,
20.
Sarbil, de Tagrit, xvu, i.
SaiXl (Iwannis), de Mardîn,
xxxv, 17.
Se'^mân (lohannan), d'Arsa-
mosate, XLIV, 19.
Sergius, d'Alep, xix, 8.
— d'Alep, XXIX, 14.
— d'Alep, xxxiii, 10.
— d'Apamée, xxv, 18.
— d'Apamée, xxix, aS.
— de Ba'lbek, xvU, 61.
— de Ba'lbek, xxvi, 9.
— de Cyrrhus, xviu, 23.
— de Cyrrhus, xx, 3.
— de Mabboug, xviii, 8,
— de Qarnah, xxix, 32,
— de Qennésrîn, xix, 36.
— de Reçapha, xxui, 18.
— de Res'ayna, xxi, 32.
— de Res'ayna, xxix, ig.
— de Saroug, xxiv, 28;
XXIX.
— de Saroug, xxxi, 20.
SEKOtus, du Ségestan, xviii, 79.
— de Tagrit, xix, 77.
— du Tour 'Abdîn, XVII, 4^.
Severus, d'Akazqâwân (?),
XIX, i8.
— d'Anazarbus, xviu, 87.
— d'Arzoun, xxxi, 3.
— de Callinice, xx, 22.
— de Callinice, xxin, 36.
— de Callisura, xxiii, 8.
— de Circesium, xxv, i3.
— de Dara, xvui, 3.
— de Dara, xxi, 29.
— de Gisra, xvui, 5o,
— de Jérusalem, vi,
— de Jérusalem, xx, 26.
— de Res-Kêpha, xx, i.
— de ResKêpha, xxv, 26.
— de Samosate et Hana-
zit, xix, 4o.
— du Ségestan, xx, 21.
— deTell Besmê, xxui,4i.
— de Telia, xix, 3o.
— de Tibériade, xviii, 54.
— du T. "Abdîn, xxvui, 4.
SiLVANos, d'Arzoun, xxi, i5.
SiMÉoN, d'Anazarbus, xli, 58.
— d'Aphrah, xxvi, 8.
— d'Arabie, xvu, 53.
— d'Arzoun, xliu, 21;
XLIV.
— de Ba'lbek, xix, 70.
— de Gisra, xxul, ii.
— de Hadet, xxiv, 7.
— de Kaisoum, xxxv, 2.
— de Mabboug, xix, 69.
— de Qennésrîn, xxv, 21.
— de Reçapha, xvu, 58.
— de Saizar, xxxi, i3.
— de Saroug, xviii, 9.
— de Tadmor, xvu, 26
— de Tagrit, xvii, !\1.
— de Tell Besmê, xviii, 36.
— de Tell Besmê, xxi, 19.
— de Telia et Lâqabîn.
XXXI, 24.
— de Zeugma et Goubbîn,
XXIX, 26.
— de Zoubtara, xx, 11.
APPENDICE III
491
Stepbahus, d'Arménie, xxiv, g.
— de Callisura, xix, 84.
— d'Irénopolis, xix, ao.
— d'Irénopolis, xxiii, 14.
— (Etienne), du Ségestan,
XLiv, 36.
— de Zouptara, xxv, 3o.
Theodoretus, de Maipherqat,
xxii, 87.
Theodords , de Germanicia ,
xvm, 3i.
— de Gisra, xviii, 84.
— de Giàra, xix, 38.
— de Kaisoum, xvn, 55.
— des Nedjrayè et des
Taglibites, xxm, 17.
— de Res'ayna, xix, 62.
Theodorus (Iwannis), de Sa-
mosate, xliv, 7.
Theodosius, d'Apamée, xix, 3a.
— d'Aphrah, xxvii, 5.
— de Ba'lbek, xvii.
— de Callinice, xvii, 19;
xvm.
— de Damas, xxix, 3.
— de Damas, xxxi, ag,
— de Doula, xx, a3.
— d'Edesse, xvii, 5g.
— d'Edesse, xxii, i.
— de Haran, xxtx, 23.
— de Jérusalem, xxiii, 2t.
— de Mabboug, xxiv, 4.
— de Maipherqat, xxiii, 6.
— de Maipherqat, xxx, aS.
— de Mar'as, xxix, 45.
— de Ra'bân, xxxiv, i3.
— de Resayna, xm.
— de Resayna, xxii, 21.
— de Samosate, xvii, 54-
— de Samosate, xxiv, 6.
— de Zouptara, xxv, 22.
Theophilus, de Damas, xxix,
20.
— de Tell Besmê, xvui, 58.
— de Zoubtara, xvii, 85.
— de Zouptara, xxn, aS.
Tuomariqa, de Qenneârîn,
xvm, 55.
— ■ de Saroug, xvm, 63.
Thomas, d'Anazarbua, xxx, 23.
— d'Arde'at, xvm, i.
— de Circesium, xxi, 27.
— de Claudia, xxxi, 27.
— de Dara, xvii, 5.
— d'Edesse, 111.
— de Helbôn, xvm, 43.
— d'Irénopolis, xxi, 28.
— de Jérusalem, xxix, 27.
— de Jérusalem, xxxiii, i3.
— de KaiJoum, xvm, 92.
— de Mélitèae, xvm, 68.
— de Mélitène, xix, 85.
— de Qennésrîn, xxui, 16.
— de Rès-Kêpha, xvn, 82.
— de Samosate, xxxi, i.
— du Ségestan, xxxiii, 16.
— des Taglibites, xvm, 44-
— de Tagrit, xvm, 69.
— de Tagrit, xxiii, i.
• — de Tibériade, xxx, 33.
— du Tour 'Abdin, xvn, 7.
— de Zarang, xvm, i!\.
— de Zoubtara, xvm, 61.
TiBERius, d'Aphrah, xvii, 65.
— d'Arabie, xix, 5o.
TiMOTuEus , d"Adherbaidjan ,
XLlV.
— d'Amid, xxix, 21.
— d'Aphrah, xxx, 25.
— d'Arsamosate, xli, ii.
— d'Arsamosate, xLHi, 17.
— d'Areoun, xix, 63.
^ de Baies, xxxi:, 7.
— du Beit 'Arabayê, xuv.
— de Callisura, xxxil, 16.
— de Callisura, xxxix, 2.
— de Circesium, xxii, 33.
— de Circesium, xxvii, 8.
— de Claudia, xxxv, 4.
— de Claudia, xli, 39.
— de Claudia, xliv, 16.
— de Claudia, xliv, 43.
— de Damas, xvm, l\i.
— de Damas, xxii, 3.
— d'Edesse, xxii, 48.
— de Gargar, xli, 22.
— (Joseph), de Gargar,
XLlll, 9.
TiMOTHEUs, de Goubbos, xLui,
3i ; XLIV.
— de Hadet, xxxm, 9.
— de Harran, xxvm, 5.
— de Harran, xxxv, 3.
— de Harran, xxm, 24 ;
XLlV.
— de Hâza, xli, 67.
— de Hesn-Patrîq, xxxiv,
3.
— de Jérusalem, xvn, 28.
— de Jérusalem, xxxVj 12.
— de Karséna, xli, i5.
— de Karséna, xLiii, 34.
— (Constantinus), de Lâ-
qabîn, xliv, 8.
— de Mabboug, xxx, 12.
— de Maipherqat, xviii, 38.
— de Maipherqat, xxix, 5.
— de Mar'as, xxxiv, 10.
— de Mar'as, xli, 28,
— de QarnahetTellad'Ar-
sanias, xxx:, 23.
— de Samosate, xix, n;
XX; XXI (cf. p. 5o2, n. i).
— de Samosate, xxn, 46.
— (^''ouraiVy), de Samosate
et Hesn-Mançour, xxi, 36.
— de Tarse, xli, 20.
— de Tell Patrîq, xxxiv,
4; x'-i.
— de Tell Patrîq, xtt, 2g.
— de Tibériade, xxxii, 25.
— de Wastan, xxv, i5.
Toubana (loliannan), de Cir-
cesium, XIX, 4.
Zachaeias, de Callinice, xvm,
96.
• — de Jérusalem, xxxiii, 4.
— de Saroug, xxix, 38.
Zakai (Athanasius), d'Ana-
zarbus, XLli, 7.
Zakai (Iwannis), du four 'Ab-
dîn, xxxii, i2.
Zaqna (Elias), de Qardou,
xvm, 76.
IV
[Noms des Évêques des divers sièges]
(N.-B. — Le texte du ms, donne ici la liste chronologique des évêques de Jérusalem, Édesse,
Mélitène, Araid et Tagrit. Nous croyons devoir compléter ces listes : — 1», en ajoutant aux noms
des évêques une référence à l'Appendice 111 ; — 2°, en dressant, à la suite, des listes analogues
pour tous les autres sièges mentionnés dans r Appendice 111, avec cette différence, toutefois, que
nous ne faisons pas précéder les séries, généralement complètes, des noms d'évêques antérieurs
au ix° siècle, qui se trouvent mentionnés incidemment dans le cours de la Chronique, et qu'on trou-
vera à leur place respective dans la Table générale.
Le chiffre romain désigne un paragraphe de l'Appendice 111, et le chiffre arabe le ra» de la liste
des évêques placée dans ce même paragraphe.)
1. — Évêques de Jérosalem
I
Jacques, frère de
Seigneur, 3 ans •
Notre-
2
Joseph, fils de Cléophas,
i6.
cinq ans.
3
Justus', 5 ans.
17'
4-
Zacchai, deux ans.
i8.
5.
Tobias, 3 ans.
19-
6,
Benjamin, un an.
20.
7
lo^annan, 3 ans.
21.
8.
Matathias, 2 ans
22.
9-
Philippus, 4 ans.
23.
10.
Senecas, 2 ans.
24.
II.
Justus, un an.
25.
12.
Levi, 4 ans.
26.
i3.
Ephraim, qui est
Afrês,
27-
3 ans.
28.
i4-
Joseph, 2 ans.
29.
i5.
Judas, un an.
3o.
Gea 15 évêques étaient de la cir-
concision ; (ils siégèrent) pen-
dant 40 ans, jusqu'à la destruc-
tion de Jérusalem.
. Marcus, (le premier) des
Gentils».
. Cassiauus, 3 ans».
. Poplius, 4 ans.
. Maximus, 5 ans.
Julianus, 6 ans.
, Gaïus, 2 ans.
, Symmachus, 4 ans.
, Gaïus, 24 ans.
Julianus, un autre, 2 ans.
Capiton, i8 ans.
Maximianus, 8 ans.
Autoniuus, ro ans.
Valens.
Dolicbianus*.
NarcissusS.
3i. Dios.
32. Germanion.
33. Gordianus.
34. Narcissus, le même.
35. Antoninus '.
36. Valens.
37. Mysius •.
38. Alexandre '.
39. Mezabannes "■.
40. Hymenœus ".
4i. Abados ".
42. Hermon.
43. Judas".
Il était au synode des 318, du
temps de Constantin.
44. Macarius.
45 Maximianus",
qui eut un œil arraché dans la
persécution des païens.
1. Cf. t. I, p. 167, pour les n" 1-15. — 2. Ce nom est écrit en marge; nous le rétablissons à sa
place. —3. lhid.,p. 176. — 4. Cf. ibid., p. 177-178, pour les n»" 17-25. — 5. Lire ainsi ; cf. p. 184.
— 6, Cf. p. 184, pour les n" 26-34. — 7. Les n»' 35, 36 sont une répétition des n"» 27, 28; cf. t. I,
p. 185. — 8. Même leçon dans la vers. ar. — 9. Cf. ibid., p. 190. — 10. Ibid., p. 194. — 11. Ibid.
— 12. Vers. ar. : uioo»kol ; lire : Zabdas ; cf. t. I, p. 204, — 13. Ce nom paraît légendaire. La
mention suivante se rapporte à Macarius; cf. t. I, p. 248. — 14. Ibid., p. 264.
APPENDICE IV
493
46.
48.
49.
5o.
5i.
52.
53.
54.
55,
56,
57.
58.
59.
60.
61.
62.
63.
64.
65.
Cyrillus *,
qui fui chassé par les Ariens.
Arseuius, arien*.
Hilariauus ', arien.
Cyrillus*.
Celui qui était au synode des 150.
Praïlus '.
Juvenalis ».
Celui-ci tomba dans l'erreur des
ChalcédonieDs.
Theodosius ',
qui fut étouffé par I«s Chalcé-
doniens.
Anastas[iuS] ■.
Martyrius.
Sallustianus.
Celui de Borne se sépara de
celui-ci.
Elias, qui fut chassé".
Après celui-ci, les Orthodoxes de
celle Tille n'eurent plus d'évê-
que jusqu'au temps où les
Arubes régnèrent.
Cyrillus.
Jérémie.
Thomas,
lohannau.
Philoxenus.
Timotheus (xvii, 28).
Job (xviii, i3).
Ignatius (xviii, 37).
Joseph (xviu, 67).
66. lohannan (xix, 4i)-
67. Cyrillus (xix, 66}.
68. Cyriacus'».
69. Severus (xx, 26).
70. Joseph (xxin, 7).
71. Theodorus" (xxiii, 21).
72. Cyrillus (xxiv, 16).
73. Jérémie (xxv, 47).
74. Thomas (xxix, 27).
75. loliannan (xxxi, 28).
76. Philoxenus (xxxl, 39).
77. Zacharias (xxxiil, 4).
78. Thomas (xxxiii, i3).
79. Timotheus (xxxv, 12).
80. lohannan (xxxix, i).
81. Cyrillus (xLi, i).
82. David (xLi, 17).
83. Ignatius (xi-i, 32).
84. Ignatius".
85. Ignatius (xuii, 2).
86. Athanasius (xliv, 26).
87. Ignatius (xi.iv, Sa).
II. — ÉVÉQUES d'ÉûESSE.
1. Addai.
2. Aggai.
3. Palout.
4. Abselama.
5. Barsamia".
6. Tir[idate]".
7. Barnai".
8. Saloula.
9. 'Abda.
10. Gouria.
11. 'Abda.
12. Yazni".
i3. Hystaspe".
14. 'Aqai".
i5. Qona".
i6. àa'out.
17. Aitallaha ".
18. Abraham".
19. Eulogius»».
20. Rabboula".
21. Aitallaha".
22. Habsai.
23. Barnai".
24. Abraham.
25. Barsê ".
26. Eulogius ".
27. Qoura.
28. Sîlvanus.
29. Paqida..
30. Diogenes.
3r. Rabboula.
32. Hibas, hérétique •'.
33. Nonus".
34. Cyrus".
35. Petrus".
36. Paulus.
37. Aslip".
1. Cf. t. I, p. 270. — 2. Cf. p. 274, n. 2. — 3. Cf. p. 289. — 4. Cf. p. 309. — 5. Cf. t. II,
p. 11. — 6. Cf. t. II, p. 15. — 7. Ibid., p. 123. — 8. Ibid., p. 153, 168. — 9. Cf. t. II, p. 168, 189.
La notice suivante n'est pas d'accord avec le texte de la Chronique; cf. ibid., p. 189, 267, 309, 352.
— 10. Ce nom n'existe pas dans nos listes; par contre, il manque dans la série des év. d'Édesse
(cf. p. 494, n. 16); il est probable qu'il y a eu transposition. — 11. Sic ms. et vers, ar.; dans
l'App. III : Theodosius. — 12. Ce nom aussi donné par la vers. ar. n'existe pas l'App. III.
13. Pour les n-» 1-5, of. t. I, p. 175. —14. Cf. p. 184. —15. T. I, p. 184 : Bouznai. — i6. Vers,
ar. : wj»|, comme plus haut, t. I, p. 184. — 17. Cf. ibid. — 18. Bonne leçon, au lieu de Yôna; cf. t. I,
p. 203, n. 7. — 19. Cf. t. I, p. 203. — 20. P. 204. — 21. La vers. ar. traduit ce nom oC^"^ ?"-%?»
« amené par Dieu ». T. I, p. 246, cet évêque est dit le 19«; la Chronique, il est vrai, compte
Aggai comme le premier; mais tous les autres y sont nommés dans le même ordre qu'ici. —
22. Cf. ihid., p. 264. —23. Cf. p. 270, 277. — 24. Cf. p. 309, et pour les quatre suivants, p. 321. —
25. Cf. t. II, p. 23. — 26. Ibid., p. 36. — 27. Ibid., p. 142. — 28. Ibid., p. 161. — 29. Sic ms. et
vers. ar. ; Asclépiades ; cf. t. II, p. 180.
62.
494
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
38. Amazonius '.
68. Athanasius (xxxii, 8).
21.
39. Jacques ',
6). Athanasius (xxxvi, 5),
22.
4o. Epiphanius ».
4i. Severus '.
70. Basilius (xli, 7).
Ignatius (xli, 43).
23.
42. Sergius '.
7;. Athanasius (xlu, 2).
a/,.
43. Theodorus •.
72. Basilius ",
25.
44. Paulus,
73. Athanasius (xLiv, 12).
26.
45. lônan '.
74. Basilius (xLiv, 48).
27.
46. Isaïe».
28.
47. Siméon'.
m. — ÉvftgUES DB MÉLITKNK ".
48. Gabriel'».
49. Tiberius.
50. Jacques le Rhéteur".
5i. Habîb".
52. Constantinus".
55. Zacharias".
54. Zacharias".
1. Leontius.
2. Otreius".
3. Acac[i]us,
4. Marna.
5. Domitianus.
Et longtemps après :
6. Thomas.
I.
2.
3.
4.
5.
6.
55. Basilius (xvii, i3).
56. Theodosius (xvii, 69).
57. Cyrillus (xvui, 6o«).
58. Rabban Benjamin (xviii,
7. Ezéchiel.
8. Gregorius.
9. Aharon.
10. Daniel (xviii, 16).
7-
8.
9.
10.
83).
59. Elias (xvin, 88).
60. Constantinus (xviu, 99).
Thomas (xvin, 68)«'.
11. Ezéchiel (xxi, 6).
12. Elias (xxii, 4i).
II.
12.
i3.
Cyriacus (xx, 4)".
61. Theodosius (xxli, i).
62. Dioscorus (xxii, i4).
i3. lollannan (xxiii, 82).
14. Gregorius (xxiv, 2).
i5. Iwannis (xxv, 45).
i4.
i5.
16.
63. Timotheus (xxu, 48).
16. Elias (xxvi, i).
17-
64. Philoxenus (xxiv, 18).
17. Ezéchiel (xxvii, 7).
18.
65. Abraham (xxv, 35).
18. Ignatius Cursor {xxix, 7).
19-
66. Philoxenus (xxix, 6) ".
19. Iwannis (xxx, 39).
67. Ignatius (xxx, 20).
20. Ignatius (xxxi, 5).
20
lohannan (xxxn, 6).
Ignatius le Rhéteur
(xxxiv, 17).
lohannan (xli, 3).
Dionysiue ".
Iwannis (xli, 24).
Ignatius (xLiil, i).
Dionysius (xliv, 3o).
Iwannis (xliv, 41).
IV. — ÉvÉQUES d'Auid".
Iwannis (xvii, 67).
Ignatius (xviu, 39).
^abib (xix, 33).
Abraham (xix, 49).
lohannan (xx, 8).
Moïse (xxii, 3o).
Ignatius (xxu, 44)-
Iwannis (xxiv, 22).
Ignatius".
Joseph (xxv, 29).
Ignatius (xxix, 2).
Timotheus (xxix, 21).
lolttannan (xxxi, 2).
Basilius (xxxi, 3i).
Ignatius (xxxu, Sa)".
Basilius (xlu, 9).
, Athanasius".
. Ignatius (xLUl, 27).
.Dionysius le Rhéteur
(xLiii, 20).
3. Abrah[am] (xliv, i5).
1. Même orthographe dans la vers. ar. ; lire <^|lxj|; cf. t. II, p. 246. — 2. Ibid., p. 245. —
3. Ibid., p. 268, 352. — 4. P. 855. — 5. P. 374. — 6. Sic, ms. et vers, ar, ; lire : Theodosius; cf.-
t. II, p. 374, n. 2. — l.lbid., p. 379. — 8. P. 401. — 9. Le texte, t. II, p. 427, insère ici, avaa^
Siméon, un certain Constantinus. — 10. Cf. ibid., p. 454. — 11. P. 471. — 12. P. 472. — 13. Cf. t. II,
p. 480. — 14. Cf. ci-dessus, p. 4. — 15. Ci-dessus, p. 5. —16. Cf. ci-dessus, p. 493, n. 10. —
17. La vers. ar. arrête ici la liste. — 18. Transféré de Kaisoum (xlu, 3),
19. Le nom de Mélitène est omis dans le titre ; mais il se lit dans la version ar., et il ne peut y
avoir aucun doute sur ce point. Par suite de cette omission, notre copiste a cru que la liste devait
être jointe à celle des évèques d'Amid, de sorte qu'il a continué la série des numéros 29-51 dans
la colonne suivante. -- 20. Cf. t. I, p. 312. — 21. Aussi omis dans la vers. ar. — 22. Transféré de
Goubbos (xxxv, 7).
23. Cf. ci-dessus, note 19. — 24. Ce nom, omis dans la vers, arabe, figure à tort dans celte liste.
— 25. Ici serait la place de l'intrus Bouzira (xxxvu, 4). — 26. Transféré de Maipherqat (xlu, 11).
APPENDICE IV
495
2i. Abraham (xliv, 25).
7
aa. Iwannis, qui
fut déposé
8
(xLiv, 32).
9
23. Iwannis (xliv,
45).
lO
V. — ÉVÊQDBS
)K Tagkit.
II
Après Babai le
Martyr! :
12
I. Garmai.
i3
3. Marouta,
i4
3. Christodulus,
i5
4. loljianaan.
i6
5. Dentia.
17
6. Bacchus.
i8
lo^annan Zakonnaya.
Sarbil (xvii, i).
, Siméon (xvii, 42).
Basilius (xvii, 76).
Daniel (xviii, 48) ".
Thomas (xvui, 69).
Basilius (xix, 6).
Melchisedec (xix, 48).
. SergiuB (xix, 77).
. Athanasius (xxi, i).
. Thomas (xxiii, i).
Denha (xxiii, 12).
, Basilius (xxv, i).
19. Cyriacus (xxvlii, 2).
lohannan (xxix, 48)'.
20. Ignatius, qui se fit musul-
man (xxx, 17).
21. Athanasius (xxxi, 3o),
22. Basilius (xxxii, a6).
23. Iol;iannaa (xxxvi, 7).
24. Dionysius (xli, 25).
25' Ignatius (xliu, 5).
26. lohannan (xlui, 33).
27. Gregorius le Rhéteur'
(xliv, 39).
Fin.
Abadqawan.
Iwannis, xx, 20.
Jacques, xxii, 25».
Anastasius, xxti, 34-
Job, XXIV, 5.
Voir : Akazqawan.
Akazqawan (?)
Severus, xix, 18.
Voir : Abadqawan.
Adama.
Iwannis, xlii, 5.
Adhersaidjan.
Timotheus, xliv.
Adjoduiab.
Voir : Tihériade.
Adba'at.
Georgius, xvii, 43.
Voir : Arde'at.
Alkp (ou BbebboÉ).
Abraham, 1.
Daniel, xvu, 6a.
Sergius, xix, 8.
Abraham, xx, 5.
Job, xxiu, 10.
Abraham, xxiv, 26.
Anastasius, xxv, 2.
Anastasius, xxvui (p. 465,
n. 10).
Sergius, xxix, i4.
Gabriel, xxx, 27.
Sergius, xxxiii, 10.
Iwannis, xxxlii, 29.
Gregorius, xxxvi, 2.
Ignatius, xlui, 4.
Dionysius {Môbara/t), xliv, 27.
Basilius (^Constant.), xliv, 49.
AuiD.
Voir ci-dessus, p. 494.
Anazakbgs.
Iwannis, 11.
Ignatius, xvii, 46.
Anastasius, xviii, 17.
Michel, xviii, 24-
Georgius, xviii, 76.
Severus, xviii, 87.
Aharon, xix, 23.
Abraham, xx, 2.
Cyriacus, xx, i5.
Cyrillus, xxi, 4.
Habib, xxi, 18; xxw.
IgAatius, xxlv, 3.
lohannan, xxv, 27.
David, xxv, 38.
Athanasius, xxv, 41 •
Eléazar (Lazarus), xxvii, i ;
xxx.
Thomas, xxx, 23.
Basilius, xxxi, i4.
Iwannis, xxxil, 10.
Basilius, xxxiii, 7.
Basilius, xxxvi, i.
Josué, XL, 9.
Siméon, xli, 58.
Athanasius, xlu, 7; xliv.
Athanasius, xtiv, 3.
1. Cf. t. II, p. 414, 417; t. III, p. 29. La liste des évêques antérieurs à Sarbîl est incomplète,
et elle doit être corrigée d'après Barhébréus, Chron. eccL, t. II. — 2. Ce nom est aussi omis
dans la vers, ar. (Cf. Bar Heb., Chr, eccl., II, 191). — 3. Aussi omis dans la vers. ar. — 4. En
marge de la vers, ar,, une main plus moderne a ajouté stupidement : u;-=v ^1 « Bar Hebraius ».
496
CHRONIQUE DE xMIGHEL LE SYRIEN
APAHéE.
Elias, xu.
Habîb, xvil, 14.
Athan^sius, xviu, 32.
Theodosius, xix, 32.
Iwannis; xix, 61.
Dionysius, xxi, 3.
Gabriel, xxii, 38.
Sergius, xxv, 18.
Sergius, xxix, 26,
Aphrah.
Paulus, xvu, 10.
ïiberius, xvu, 65.
David, xvjii, 91.
lônan, xix, i4.
Petrus, XIX, 55.
Job, XIX, 59,
Ignatius, xxi, i3.
Abraham, xxii, 17.
Paulus, xxm, 33.
Athanasius, xxv, 12.
Athanasius, xxv, i6>
Siméon, xxvl, 8.
Theodosius, xxvn, 5,
Paulus, XXIX, 36.
Timotheus, xxx, 25.
Philotheus, xxxi, 38.
Marcus, xxxi, ao.
Basilius, xxxiii, 21.
JArabie.
Siméon, xvil, 53.
lo^annan, xviii, 10.
Abraham, xvm, 53.
Sabra, xvm, 86.
Tiberius, xix, 5o.
lohanoan, xlx, 76.
Gabriel, xx, 18.
Moïse, XXVI, 7.
'Arabissus.
Petrus, xxx, 34.
Arde'at de Bithynie (?).
Evagrius, xvii, 71.
Thomas, xvm, i.
y oir Adra'at; et Bithynie.
Arménie.
Gabriel xvil, 29.
lohannan, xvm, 29.
Bacchus, xvm, 73.
Ignatius, xix, 52.
Basilius, xxi, 16.
Daniel, xxu, 24.
Isaac, xxii, 39.
Stephanns, xxiv, 9.
Abraham, xxv, 20.
Cyrillus, xxx, 9.
Daniel, xxx, 32.
Gregorius, xxxii, 24.
Voir Grande Arménie.
Arménie (Grande-).
Gabriel, xvu, 69.
Voir aussi : Arménie.
'Arqa.
Basilius, xxx, 18.
Isaac, XXXI, i5.
lohannan, xxxu, 3.
Basilius, xxxu, 23.
Basilius, xxxm, 23.
Ignatius, xxxiv, 2.
Petrus {Bar Arika), xxxlv, 14.
Iwannis, xxxv, 8.
Abdochus, xxxvU, 2.
Ignatius, xi.1, 60.
Ignatius, xLiil, 22 ; xliv.
Arsahosate.
Cyrillus, xvu, 36,
Georgius, xvu, 64-
Lazarus, xvm, 21.
Ignatius, xvm, 33.
David, XIX, i3.
Michel (?) (cf. p. 5o2, n, i).
Basilius, xxv, 19.
Denha, xxix, 37.
lohannan, xxx, 3.
Ivpannis, xxx, 29.
Athanasius (Haiyê), xxxi, 42;
xxxiv.
Abraham, xxxu, 28.
Philoxenus, xxxiv, 7.
Iwannis, xl, 4.
Timotheus, xu, 11.
Ignatius, xli, 37.
Timotheus, xlui, 17.
Iwannis, xliu, 28; xliv.
lohannan, xliv, 4.
lohannan (Sem'ân), xliv, 19.
Abzoun.
Saba, xvu, 24.
Petrus, xvu, 60.
lonân, xvm, 11.
Timotheus, xix, 63.
Silvanus, xxi, i5.
Joseph, xxui, 22.
Mattai, xxv, 5.
Petrus, xxix, 3o.
Ignatius, xxx, 38.
Severus, xxxi, 3.
Iwannis, xxxl, 47.
Ignatius, xxxu, 3o.
Marcus, xxxiii, 5.
Athanasius, xxxm, 25.
Ignatius, xxxv, 11.
Dionysius, xu, 6.
Basilius, xui, 12,
Siméon, xi,in, 21 ; xaiv.
Baodad
lohannan, xvm, 5i.
Bahrîn.
Georgius, xvm, 57.
Ba'lhek.
Sergius, xvii, 61.
Siméon, xix, 70.
Jacques, xx, i4
Cyriacus, xxu, 10.
Athanasius, xxiv, 21.
Sergius, xxvi, 9.
Christodulus, xxx, 8.
Jacques, xxx, 3i.
Iwannis, xxxi, 9 .
Bales ou Beit Bales.
lohannan, xvu, 83.
Habîb, xvui, 2.
Basilius, xxx, 11.
Timotheus, xxxu, 7.
Elias [Ahou'l-hassan], xxxiu,
17-
APPENDICE m
497
BaUiVag.
Çeliba, xxxix, 5.
Iwannis, xli, 2.
Philoxenus, xli, 34-
Voir : Jlûmâm et Balinag,
B^«lo.
Voir : Djihan et Barîd.
Beit 'Arabayê.
Timotheus, xliv.
Beit BaleS,
Voir : Baies.
Beit Nouhadran.
Iol,laDnaD, xliv.
Beit Parsayè.
Joseph, xvui, 4.
Beit Roumana.
Iwanuis, xliv.
Berrhob.
Voir : Alep.
BîliTA.
Gregoiias, xxx, ili.
Gregorius, xxxi, 35.
Ignatius (Isaias), xxxu, 2.
Voir ; Gargar.
BiiirA DK Gaugar.
Voir : Blrta, et Gargar.
BiTHYNIK (?).
Basilius, xxu, 47.
Cyriacus, xxui, 4o.
Voir : Arde'^at.
Çadad.
Atlianasius, xi.u, (i.
Cai.linice (ou Raqah .
lohannan, xvi.
Basilius, xvii, ifi.
ïlieodosius, xvii, ly; xvui.
Zacharias, xvui, 96.
Cyriacus, xix, 35.
Severus, xx, 22.
Gregorius, xxii, 25.
Severus, xxui, 36.
Jacques, xxiii, 37 ; xxvi ; xxvii.
lohannan, xxviii, 7.
Moi'se, XXX, i5.
Atlianasius, xxxi, 6.
Petrus, XXXI, 1 i.
Gregorius, xxxii, 27.
Ignatius, xxxv, i3.
Iwannis, xli, 23.
Iwannis, xli, 41 •
Iwannis, XLiii, i3 ; xliv.
lohannan, xliv, j8.
Basilius (Benjamin), xliv, 38.
CALLlStlllA,
Hanania, xviii, 28.
Iwannis, xix, 27.
Stephanus^ xix, 84-
Job, xxii, 20.
Denlia, xxi, 8.
Severus, xxiu, 8.
Athanasius, xxix, ii.
Michel, XXIX, 4i .
Isaac, XXX, 4.
Abraham, xxxi, id.
TimotheHS, xxxii, iC.
Iwannis, xxxiii, 22.
Tiraotheus, xxxix, 2.
Iwannis, xi.i, 42.
Iwannis, xliu, ii, xliv.
Iwannis [Bar Qanouu), xliv,
4'.
Basilius, xliv, 53.
Césarée de Cappaboce.
Basilius (?), p. 476, n. 2.
Iwannis (Damianus), xliv, 44.
ClRCRèlUM.
Jacques, xvir, ly,
Maqîm, xvii, 5o.
Conslantinus, xviii, 77.
lohannan [Touhana), xix, 4
Aharon, xix, 16,
Basilius, XIX, 56.
Abraham, xx, g.
Georgius, xxi, 9.
Thomas, xxi, 27.
Timotheus, xxu, 33.
Basilius, xxiii, 3[.
Severus, xxv, i3.
Timotheus, xxvii, 8.
Iwanuis, xxxii, 29.
Claudia.
Petrus, xxv, 3i.
Michel, XXIX, 22.
Moïse, XXIX, 33.
Dionysius, xxx, 2'\.
Thomas, xxxi, 27.
Basilius, xxxi, 46.
Petrus, xxxiu, 27.
Timotheus, xxxv, 4-
Gregorius, xli, i4'
Timotheus, xli, 39.
Basilius, xliu, 14.
Timotheus, xi.iv, iG.
Timotheus, xliv, 43.
Gregorius, xliv, 5i.
Voir : Mélitène et Claudia.
Cykhhus.
Salomoc, xvii, 4y-
Sergius, xviii, 23.
Abraham, xvui, 72.
Elias, XIX, 7.
Aharon, xix, 25.
Isaac, xix, 72.
Sergius, xx, 3.
Gabriel, xxu, i i.
Isaac, xxiu, 27.
Cyriacus, xxiv, i.
loliannan, xxix, 28.
Andréas, xxx, 2.
Cyrillus, xxxi, 36.
Damas.
Timotheus, xviii, l\i.
Salomou, xix, 58.
Isaac, xix, 68.
Daniel, xxi, 7.
Timotheus, xxu, 3.
Atlianasius, xxu, 35.
Moïse, XXIII, 24.
lohannan, xxv, 23.
III.
63
498
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Joseph, XXVI, a.
Athanasius, xxvii, 3.
ïheodosius, xxix, 3.
Theophilus, xxix, 20.
Theodosius, xxxi, 29
Igaatlus, xxxiv, 1 1.
lohanuan, xli, 5o.
Dioiiysius, xlii, 10.
lohannan, xliv, i.
lohaanan (Gregorius), xliv,
46.
Daqla.
David, xvu, 29.
Daba.
David, XVI.
Tliomas, xvii, 5.
Severus, xvm, 3.
Iwaanis, xviii, 27.
Athanasius (iî«/f^m), xix, 64.
Mattai, xx, 19.
Severus, xxi, 29.
Iwannis, xxii, 43.
Gabriel, xxiv, 12.
Michel, XXV, 46.
Dioscorus, xxvii, 6.
Ignalius, xxix, i8.
Philoxenus, xxx, 7.
lohaanan, xxxi, 26.
Voir Qélat et Dara.
Daha et Habora.
Ezechiel, xxix, 3i.
lohannan, xxxi, 22.
DlBOHAlTA.
Isaac, xviii, 70.
DîkIg.
Jacques, xvii, 35.
DJADLA^.
Habib, xvii, 5i.
DjruAN.
Cyriaeus, xxix, 47.
Athanasius, xxxu, 5.
Iwannis, p. 47'), n. 2.
Basilius, xli, 4'i-
Iwannis, xLiii, 25; xliv.
Athanasius [ktiou Gkaleb),
xliv, II.
DjiHAN et Bakid.
Dionysius, xliv, 54.
DjOUiSIA.
Roubil, xviii, 42.
DOLIK.
Constantinus, xvu, 4.
Jacques, xviu, 20.
Elias, xviii, 49-
lohannan, xviii, 56.
Anthimus, xix, 54-
lohannan, xx, 25.
Jacques, xxii, 4o.
Abraham, xxui, 4-
Gabriel, xxiii, 9.
Iwannis, xxv, 9.
lohannan, xxx, 36.
Iwannis, xxxi, 4^.
Philoxenus, xxxu, 34.
Ignatius, xxxv, 16.
DoLiK et Mabboug.
Athanasius, xxxix, 3,
Voir : Dolik, et Mahboug.
DOULA.
Theodosius, xx, 23.
Abraham, xxu, 26.
Iwannis, xxv, 6.
ÉUESSE.
Voir ci-dessus, p. 49^.
Halys (région Ju).
Ignatius, xxv, 33.
ÉUÉ!^E.
Abraham, viii.
lohannan, xvu, 34.
lohannan, xvu, 47-
Jacques, xix, i5.
Isaac, xxui, i3.
Athanasius, xxiv, 14.
David, XXIV, 19.
Moïse, XXVI, 3
Dioscorus, xxx, ai.
Cyrillus, xxxu, i3.
Athanasius, xxxu, 22.
Athanasius, xxxiv, 6.
Dionysius, xliv, 23.
Iwannis (Joseph), xliv, 55
V, : Kephar Tab et Èmèse.
Gakgar ou (Birta nE Gariab).
Dionysius (David), xxxui, 18.
Gregorius, xxxiv, i5.
Basilius, xi.i, 4.
Timotheus, xli, 22.
Timotheus (Joseph), xliu, g.
Basilius, XLIV, 37.
Voir aussi : Blrta.
Gabybos.
David, xvu, 84.
Gbkmanicia.
Voir : Mar'as.
GlnBA.
I.azarus, xvu, 56.
Abraham, xviii, 22.
Severus, xviu, 5o.
Theodoriis, xviii, 84-
Basilius, xix, 34.
ïheodorus, xix, 38.
Gabriel, xix, 80.
Elias, XXI, 23.
Siméon, xxiii, 1 1.
Aharon, xxiii, 19.
Iwannis, xxiv, 29.
Ignatius, xxvui, 6.
Voir : Mabboug et Gièia.
G0UBB03.
Iwannis, xxxui, 26.
Dionysius, xxxv, 7.
Dionysius, xli, 53 ; xnv.
Timotheus, xliu, 3i; xliv.
Ignatius, xliv, 47-
GoL'DPAi et Kaiiséna.
Athanasius, xxxi, 33.
Voir : Karséna.
APPENDICE m
499
GOLRGVN.
Philoxeaus, xviii, 2.
Bar Hadbesabba, xviii, 60.
Joseph, xviii, 65.
lônan, xviii, gS.
Habora.
Voir : Dara et Ilahôra.
Haçiççanites (év. des).
Voir : Karma.
Hadet.
Elias, XVII, 39.
Georgius, xviii, 94.
Ignatius, xix, 22.
Elias, XX, 10.
Cosmas, xxii, 27.
Georgius, xxii, 3i.
SiméoQ, XXIV, 7.
Gregorius, xxiv, a5.
Abraham, xxv, 7.
Dionysius, xxix, 12.
Basilius, xxxii, i t.
Iwannis, xxxiii, 3.
Timotheus, xxxui, 9.
Hadet et Ra'ban.
Iwannis, xxxi, 9. '
Voir : Hadet; et Ra'han.
Hamam.
Jérémie, xxiv, 3o.
Iwannis, xxix, 43.
Samuel, xxix, 46.
Cyrillus, XXXI, 25.
Ignatius, xxxi, 34.
lohannan, xlui, 26.
Hauau et Balîivag.
Petrus, xxxiii, 8.
Hamau, Balînag et Sanoddanou.
Philoxenus, xxxm, 28.
Hauam et KînîsA.
Job, xxv, 17.
Jacques, xxv, 43.
IIanazit.
Cyriacus, xviii, 34'
Bar Hadbesabba, xix, 3.
Voir Samosate et IIanazit.
Hani (?).
(Cf. ci-dessus, p. 477, n. i.)
Ignatius, xli, 27.
Iwannis {Moïse), xliii, 23.
Hahban.
Iwannis, xiv.
Elias, xvii, 86.
Gauri. xvii, 68.
Georgius, xvu, 81.
David, XIX, 26.
Constantinus, xx rfi.
lohannan, xxu, 8.
Ignatius, xxni, 35.
Philoxenus, xx7, 3/)
Timotheus, xxvin, 5.
Theodosius, xxix, 23.
Petrus, XXIX, 4'l-
Basilius, xxxi, l^o,
Timotheus, xxxv, 3.
Basilius, xl, 3
Ignatius, XLi, 48-
Timotheus, xi.ni, 24 ; lxiv.
Ignatius, xnv, 35.
Hauban de Bithynik.
lohannan, xxxi, 7.
fÎAZ*.
Timotheus, xli, ïi-j.
Helbon.
Thomas, xviu, 43.
Basilius, xxxiv, 12.
Hébat.
Abraham, xvlil, 45.
Iwannis, xviii, 52
Jacques, xix, 37.
Abraham, xix, 73.
Job, XXI, 2.
Isaac, xxii, 12.
Iwannis, xxiii, 2.
Paulus, xxiv, 3:j.
lohannan. xxix, 4-
Iwannis, xxix, 10.
Iwannis, xxx, i3.
Basilius, xxxi, 8.
Iwannis, xxxn, ig.
Iwannis, xxxii, 21.
Hksn Mançouk.
Basilius, xxxiii, ig.
Philoxenus, xl, 5.
Basilius, xli, 26.
Voir ; Samosate et Hesn
Mançour.
Hbsn Patkiq.
Timotheus, xxxiv, 3.
Voir : Tell Patriq.
Hesna.
Dionysius, xli, 46.
Hesna de Ziad.
Moïse, XXXI, 4i.
Iwannis (Bar Çaama), xxxii,
i5.
Atbanasius, xxxvi, 4.
Basilius, xli, 18.
Iwannis, xli, 47-
Basilius, xli, Sg.
Iwannis, xliii, t5.
lohannan (Josué), xliv, 28.
Basilius, xliv, 3i .
IRÉ^0P0LIS.
Gabriel, xviii, 19.
Stephanus, xix, 20.
Noé, XIX, 60.
lohannan. xix, 7g.
lônan, xxi, 17.
Thomas, xxi, 28.
Habib, XXI, 3i .
Jacques, xxii, 5.
Habib, xxu, i5
Ignatius, xxu, 42.
Stephanus, xxui, i4.
Lazarus, xxiii, 29.
Iwannis, xxiii, 38.
500
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
JÂKUSALEU.
Voir ci-dessus, p. 492.
KaiSodm.
Theodorus, xvii, 55.
Thomas, xvili, gî.
Gregorius, xvlll, gS;
Jacques, xix, 3i.
Habîb, XXI, 24.
Denha, xxiH, 3.
Andréas, xxxi, 18.
lohanaan, xxxii, 3i.
Gregorius, xxxiv, i.
Siméon, xxxv, 2.
Dionysius, xli, 8.
Basilius, xlii, 2.
Iwanuis, XLiii, 8 ; xliv.
Gregorius, xi.iv, i4.
Iwannis, xliv, 17.
Karua.
Addai, x%ii, 77.
Karma et IIaçiççanites.
Eliseus, xvii, 40.
KarSéna.
Iwannis ["-Aiida], xxxiu, i5.
Athanasius, xxxvi, 6,
Timotheus, xli, i5.
Gregorius, xm, 49.
Pliiloxenus, xli, 56.
Timotheus, xliu, 34.
Voir : Goadpai et KarUna.
Kélat.
lohannan, xvii, 23.
Kephar Bbla.
Daniel, xix, 45.
Kbi'Har Tab.
Ignalius, xli, 3o.
Cyrillus, XLi, 33.
Philoxeuus, xlui, 10.
Kephar Tab et Émrsk.
Basilius, xl, 10.
Kbphar Touta et Mardé.
lohannan, xix, 29.
Voir : Mardé et Kephar
Toula ; et Mardé, Bes'ayna
et Kephar Touta.
Khorasan.
Constantinus, xviii, 7.
Voir : Aphrah ; et Hérat.
KîtiîSA.
lol.lannan, xvili, 62.
Gabriel, xvm, 78.
Voir : Hâmâm et Ktnisa.
Laodicée.
Constantinus, xviii, 3o.
Laqabîn.
Athanasius, xxxii, 35.
Basilius, xxxv, 6.
lohannan, xli, 16.
Basilius, xlii, 4'
Iwannis, xliu, 12.
Dionysius, xliu, 3o ; xliv.
Timotheus {Constantinus),
XLIV, 8.
Ignatius, xliv, 34.
Voir : Te/la et Lât/abin.
Ma'ada\ê (éy. des).
Al.loudemma, xix, 19.
Voir : Nédjrayê et Ma'^a-
dayê.
Mabbouo.
Sergius, xvui, 8.
Abraham, xviii. Si.
Siméon, xix, 69.
lohannan, xx, 24
Michel, XXI, ri .
Tlieodosius, xxiv, rj.
Jacques, xxv, 24.
Timotheus, xxx, 12,
Philoxenus [Matusalah), xxxu,
17'
Pliiloxenus, XLt, <).
Ignalius, XLI, 35.
lohannan, xli, 54-
Philoxenus, xliv, 6.
Mabbol'q et GiSra.
Philoxenus, xxx, 3o.
Voir : Mahhoug, et Giira ;
et Dolik et Mahbuug.
Maipherqat,
Athanasius, xv.
lohaunan, xvu, 8.
Basilius, xvu, 66,
Georgius, xvu, 76.
Timotheus, xvui, 38.
Abraham, xviu, 47.
lohannan [Mousiqaya], xvui,
80.
Aharon, xix, 12.
Isaïas, XIX, 39.
Eliseus, XIX, 67.
Cyrillus, xx. 12.
Aharon, xx, 17
Samuel, xxu, ili.
Theodorelus, xxu, 37.
Theodosius, xxiu, 6.
Julius, xxiv, 20.
Jacques, xxv, 14.
Timotheus, xxix, 5.
Theodosius, xxx, 28.
Dionysius, xxxi, 37.
Iwannis, xxxiv, 9.
Basilius, xxxix, 4.
Iwannis [Marcus)^ xli, 38.
Basilius, xli, 52.
Athanasius, xlu, i.
Ignatius [Ahou Ghaleb), xliv,
5.
Ignatius, xliv, 29.
Ma'BAS (ou GERMANrCIA).
Habib, xvni, (5.
Theodorus, xvui, 3i.
.\hraham. xviu, 64
Gabriel, Xvui, 71,
lohannan, xx, 6; xxui.
Joseph, xxui, 5.
Moïse, xxv, 37.
Constantinus, xxviu, 3.
Iwannis, xxix, 17.
Theodosius, xxix, /^â.
APPENDICE IV
501
Gregorius (Lazarus), xxxir, 4-
Timotheus, xxxiv, lo.
Philoxenus, xi,, i.
Timotheus, xli, 28.
Philoxenus, xLiii, 7.
Dionysius {Jacques), xlih, 20.
Basilîus, xLiii, 3'2 ; xliv.
Ignatius, xi,iv, 4°.
Mardê ou Mardin.
Ignatius, xix, 83.
lohannan, xxii, 32.
Ignatius, xxiu, 23.
Iwannis, xxvli, 4-
Basilius, xxrx, 9.
Paulus, xxxu, 33.
Basilius, xxxv, i4.
Iwannis [Saill), xxxv, ij.
Ignatius, xxxvii, 3
Basilius {Bar 'Abbas), xli, 45-
Ichannan (Joseph), xli, 55.
ïohsianan(Maudiana), xliv, 42.
Voir : Reê'ayna et Mardîn.
Mardê et Kephar Touta.
Hanania, x.
Hanania, xvil, 6.
Ignatius, xvii, 80.
lohannan, xlx, 29
Petrus, XXIV, 3r.
Mardê, ReS'ayna et Kephak
TotlTA.
Iwannis, xxx, 6.
Mardê, Tell BeSmê et RE§'AY^A.
Gregorius, xxxiii, 24 .
Mélitèke.
Voir ci-dessus, p, 494-
MéLiiÊNE et Claudia.
Gregorius, xxiv, 2.
Voir : Mélitène ; et Claudia,
MOPSUESTE.
Job, XYU, 27.
Nédjraïê (év. des).
Jacques, xxi, 3o,
Nedjbayê et Ma'adayê.
Salomon, xix, 53.
Johannan, xxiv, i3,
Nédjrayé etTAQLiBiTKs (év. des).
Theodorus, xxiii, 17.
NlSIRE.
Abraham, vu.
David, xvil, 12.
Lazarus, xvu, 25.
Philoxenus, xvu, 32.
Abraham, xviu, 82.
Eliseus, XIX, 28.
Isaac, xxii, 18.
Abraham, xxiu, 28.
Job, XXV, 2.
Joseph, XXVI, 6.
lohannan, xxlx, 4o.
Basilius, xxxi, 19.
Athanasius, xxxm, 2.
Petrus, xxxlli, 12.
Iwannis, XLtv.
OURIM.
Jacques, xvu, 63.
Qadïanayê (ou Qahmanayê?)
Cyriacus, xvu, 11.
lohannan, xvu, 2i.
Samuel, xvui, 4°.
Qalinqala.
Athanasius, xvu, 22
Voir : Arménie ; et Grande
Arménie.
Qardou.
lohannan, xvu, 67.
Elias [Zaqna), xvui, 76.
Domitius, xvui, 85.
Habib, xix, 5i.
Q ARMANAYÊ .
Voir : Qadmanayé.
Qarna et Tella d'Arsanias.
Timotheus, xxxi, 23.
Voir Qarnah ; et Tella d'Ar-
sanias.
Qarnah.
lohannan, xxv, 48.
Lucas, xxvi, 5.
Sergius, xxix, 32.
QartamIn (év. du couv. de).
Basilius, xli, 3i .
loljannan, xLUi, 18; xliv.
Qastan (?).
Iwannis, xxv, 8.
Voir ; Wastan.
Qèlat et Dara.
Ignatius, xxxv, i.
QENNÊâsÉ ou QENSÉSRin.
Hanania, xvui, 18.
Thomariqa, xvui, 55.
Sergius, xix, 36.
Athanasius, xix, 74.
Ignatius, xxu, 6.
Thomas, xxin, ifi.
Siméon, xxv, 2r.
Ra'ban.
Theodosius, xxxiv, i3.
Mattai, xl, 2.
Gregorius, xli, 19.
Basilius {lohannan), xliv, i3.
Iwannis, xliv, 33.
Voir : Hadet et Ra'^ban,
Raqah.
Voir : Callinice.
Beçapha.
Melkizédeq, xvu, 3.
Siméon, xvu, 58.
Iwannis, xvui, 25.
Gabriel, xix, i.
Dionysius, xix, 42.
Philoxenus, xix, 65.
Habib, xxi, 20.
64
502
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Petrus, xxu, 28.
Sergius, xxiii, 18.
Habîb, XXV, Sg,
Cosmas, XXIX, 29.
Rkhabôt.
Athanasius, xxxiv, 16.
RrS'ayna (ou Theodosiopolis).
Theodosius, xiii.
Arabî, xvii, 48.
Anastasius, xvlil, 65.
Theodorus, xix, 62.
Sergius, xxi, 32.
Theodosius, xxii, 21.
Dioscoras, xxiii, 3o.
Gregorius, xxv, l^.
lohannan, xxix, i.
Sergius, xxix, 19.
lohannan, xxxi, 2i.
ReS'ayna et Makdin.
lohannan, xli, 5i.
Voir : Mardé, Reè'ayna, et
Kephar Toula ; et Mardé,
Tell Beèmê et Rei'ayna.
ReS-Kêpeia.
Gabriel, xvii, 20.
Anastasius, xvu, 38.
Thomas, xvii, 82
Denha. xviii, 26.
Mattai, xix, 82.
Severus, xx, i.
Anthimus, xxiii, 25.
Severus, xxv, 26.
ROUMANAH.
Philoxenus [Bar Çauma), xliv,
5o.
Saizar.
Siméon, xxxi, i3.
Salabadin.
lohannan, xliv, i'\.
Sahzoul.
lohannan, xvu, 41.
Samosatk.
Daniel, xvii, 33.
Theodosius, xvii, 54.
Basilius, xvm, 5.
Gabriel, xvm, 90.
Arabî, xix, 2.
Timotheus, xix, 11; xx; xxi.
Michel', XX, 7,
Jacques, xxi, 12.
Iwannis, xxii, 2.
Daniel, xxu, 9.
Timotheus, xxu, 4*5-
Theodosius, xxiv, 6.
Dionysius, xxiv, l'\.
Basilius. xxv, ir.
Athanasius, xxv, 25
Elias, XXIX. i3.
Moïse, XXX, 10.
Thomas, xxxi, i.
Abraham, xxxi. 44-
Athanasius, xxxiii, i4-
Dioscorus, xxxiu, 20
Dionysius, xxxiu, 3o.
Mattai, xxxiv, 8.
Athanasius, xxxv, i5.
lohannan, xlui, 3; xi.iv.
Iwannis [Theodorus], xliv, 7.
Samosate et Hanazit.
Severus, xix, 4o.
Sauosate et Hesn .Mançoiir.
Timotheus, xt.i, 36
Saroug.
Athanasius, xi.
Damianus, xvii, 3i.
Siméon, xvm, 9.
1, Sic ms. et vers. ar. ; mais comme
Timothée, son ppédéce.sseur, figure rn-
core au n» xxi, il se pourrait que le
texte primitif ait porté : w Michel
d'Arsamosnte » {au lieu de Saoïo-
sate) ; conjecture d'autant plus vrai-
semblable qn'il s'est écoulé au moins
fi.H ans depuis la mort ^le David d'Ar^a-
mosate (xix, 13) jusqu'à l'ordioation de
Basile (xxv. 19) entre lesquels ce Mi-
chel serait à placer. Cf. ci-dessus, p. 496.
Thomariqa, xviii, 63,
Isaac, xix, yi.
Gabriel, xx, t3.
lohannan, xxi, 21.
Joseph, xxii, 49.
lohannan, xxiv, 8.
Iwannis, xxiv, 17.
Sergius, xxiv, 28; xxix.
Cyriacus, xxix, 16.
Zacharias, xxix, 38.
Basilius, XXIX, 42.
Petrus, XXX, 5.
Sergijus, xxxi, 20.
Mattai, xxxv, 9.
Basilius, xli, i3,
Iwannis, xli, 21.
Cyrillus, xliii, 6,
Ségest.an.
Sergius, xvm, 7g.
Andréas, xix, 5.
Samuel, xix, 47-
Severus, xx, 21.
Petrus, XXIV, 27.
lohannan, xxv, 32.
Basilius, XXIX, 39.
Mattai, XXXI, 17.
Thomas, xxxiii, 16.
Philoxenus. xxxv, 10.
Aharon, xl, 6.
Iwannis, xli, 40.
lohannan, xii, 61.
Basilius, xliv, 22.
Stephanus, xliv, 36.
Voir : Zarang.
SÉLEUCtB.
Aharon, xix, 9.
SiBABÉREK.
Iwannis, xlu, 8.
Iwannis, xliv, 10.
Symnadou.
Jacques, xxvi, 10,
Basilius, xxix, 24.
Elias, XXX, 37 .
Philoxenus, xxxii, i.
APPEiNDICE IV
503
Ignatius, xxxiv, 5.
Athanasius. xxxv, 5.
lohannan, xxxvi, 3; xxxvii.
Basilius, xli, io,
Mattai, xi.ii. II.
Basilius, XLUi, i6.
Basilius, xliv, 2o.
Taglibites.
David. XVII, 29
'Othman, xvn, 45.
lohannan, xviii, 35.
Thomas, xviii, 44-
3 oseph (Marzouq), xviii, ,59.
Habib, xviii, 74.
Georgius. xviu, 97.
Jacques, xix, 17.
Bacohus, XIX, 57.
lohannan. xix, 78.
Voir : Nédjrayê et Tagli-
bites.
Taqhit.
Voir ci-dessus, p. 495-
Tadmor (Palmyre).
Siméon, xvil, 26.
lohannan, xvui, 12.
Tarse.
lohannan Bar "Ebrayta, ix.
Athanasius, xvu, 18
Gabriel, xvn, 37.
Habib, xvu, 70 ; xix.
Anastasius, xix, 21.
Lazarus, xix. 76
Lazarus, xxi, 22.
Cyrillus, xxii, 22.
Athanasius, xxii, 36; xxv.
Athanasius, xxv, 36.
Jérémie, xxv, 40.
Paulus, XXX, I.
Athanasius, xxxi, 4-
Abraham, xxxi, 32.
Basilius, xxxiii, 6.
Timotheus, xli, 20.
lohannan, xnv, 2.
Tell BeSmê.
Methodius, xvu, 74.
Siméon, xvui, 36.
Theophilus, xviii, .'S8.
Daniel, xix, 44'
Siméon, xxi, 19.
Severus, xxiii, 4i'
Voir ; Mardif, Tell Beimê
et Res'ayna,
Tell Patriq.
Dîonysins, xxxi, 4S
Timotheus. xxxiv, 4 ! '^i-i.
Tgnatius, xli, 5.
Iwannis, xli, 12.
Timotheus. xli, 29.
Voir ; Resn Patriq.
Tell* ou Tella de Maijzelat.
Sergius, 11.
lohannan, v.
Anastasius, xvii, i5.
Mattai, xvn, 3o.
Dionysius, xvu, 52.
lohannan, xvu, 73.
Iwannis, xvui, '|6.
Basilius, xvui, 93.
Severus, xix, 3o.
Dionysius, xxi, 5,
Mattai, xxi, 26.
Constantinus, xxui, 26.
Habib, xxiu, 39.
Tella u'Arsanfas.
Dionysius, xxxi, 45.
Ignatius, xLiii, 19.
Ignatius (Sar-Çiîama). xliv, 9.
Voir ; Qarna et Tella d'Ar-
sanias, et Tella et Laqnbtn
Tella de Hamdôn.
Iwannis, xxxvu, i.
Tella Qastra.
Philoxenus, xxx, 16.
Tella et Laqabin.
Siméon, xxxi, 24.
lohannan, xxxu, 14.
Theodosiopolis.
Voir : Re^'^ayna.
TlBÉR[ADE.
Severus, xviu, 54.
Hanania, xix, 43.
Gabriel, xxi, 10.
Jacruea, xxu, 2g.
Job, XXIV, 10.
Jacques, xxv, 3.
lohannan, xxviu, r
lohannan, xxix, i5.
Basilius, XXIX, 34.
Thomis, XXX, 33.
Marouta, xxxi, 12.
Timotheus, xxxu, 23.
TiRÉRiADB et Adjoumiah.
Isaao, xvu, 72.
ToDB 'Abdîn.
Thomas, xvu, 7.
Sergius, xvu, 44-
Ezechiel, xvu, 78.
Nonus, xviu, 89.
Ezechiel (?). (p. 458, n. 2).
Ezechiel, xxi, 14.
lohannan, xxu, 19.
Samuel, xxui, 20.
Iwannis, xxiv, 11.
Habib, xxv, 10.
Ignatius, xxv, 42.
Severus, xxviu, 4.
Iwannis, xxix, 8.
Joseph, xxx, 22.
lohannan, xxx, 26.
Iwannis {Zakai), xxxu, 12.
Basilius, xxxm, 11.
Basilius [SainW), xl, 7.
Gregorius [Lazarus], xl, 8.
lohannan, xlui, 18.
Ignatius (Gabriel), xliu, 29;
XLlV.
Iwannis {Isaac), xliv, 21.
Tribus (év. des).
lohannan, xvu, 9.
504
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
lohanuan, xxu, 4.
Âthanasius, xxiv, i5.
Wastan.
Timotheus, xxv, i5.
Iwannis, xxv, 44-
Voir ; Qastan.
Zarang.
Thomas, xviii, i4-
Voir : Sêgestan.
ZwamA .
Domnus, xvni, i5.
Iwaunis, xlx, 10.
Joseph, XIX, 24.
Georgius, xix, 81.
Basilius, xxi, 25.
Isaac, xxu, 45.
Jacques, xxiii, i5.
Job, XXIV, 23 ; xxviii.
lohannan, xxx, 19.
Abraham, xxx, 35.
Elias, xxxi, 16.
ZeUOMA et GOUBBIN
Siméon, xxix, 2G.
ZOUBATHA OU ZOUPATHA.
Theophilus, xvii, 85.
Thomas, xviii, 6r.
Siméon, xx, 11.
lohannan, xxii, 7.
Theophilus. xxu, 23.
David, xxm, 34.
Theodosius, xxv, 22
Stephanus, xxv, 3o,
Basilius, xxvi, 4.
lohannan, xxvil, 2.
Cyriacus, xxix, 35.
lollannan, xxxiu, i .
[Abrégé de l'histoire d'Arménie]',
[770] Nous disposons les noms des Rois et des Pontifes des Arméniens, comme
ils sont consignés * chez eux dans leurs livres.
(1)« Ils disent qu'en la première année du roi Abgar, fils d'Arsam, qui est
l'année 43* d'Auguste César, et l'année 33° d'Hérode, Notfe-Seigneur naquit à
Bethléem. Quand il fut âgé de trente ans, il fut baptisé, et à l'âge de trente -
trois ans il souffrit la Passion.
Quand Abgar connut le mystère de sa Passion ', il envoya près de lui Hanania <
Apahouni, avec dix autres envoyés. Celui-ci, s'étant rendu à Jérusalem, vit l'un
<les disciples, nommé Philippe, et il lui exposa le motif de sa venue. Philippe
le dit à André et tous les deux le dirent à Jésus, ainsi qu'écrit Jean" : « II s'en
trouva quelques-uns qui montèrent à Jérusalem, et qui disaient : Nous vou-
lons voir Jésus. Et André et Philippe le dirent à Jésus. Or, Jésus leur répondit :
l'heure est venue que le Fils de l'homme soit glorifié — appelant « glorifica-
tion >) la Passion et la Croix qui devait procurer le salut à tous les hommes, —
et non pas d'aller en Arménie. » Il reçut avec honneur Hanania Apahouni»,
envoyé d' Abgar, et ordonna à l'apôtre Thomas d'écrire une réponse à Abgar,
lui promettant d'envoyer, après sa résurrection, un de ses disciples qui guéri-
rait le roi. — Ce mystère avait été vu d'avance par l'œil prophétique de Zacha-
rie, qui indiqua manifestement l'ambassade et le nombre des dix hommes
.envoyés par Abgar près de Notre-Seigneur : « En ces jours-là, dix hommes
s'empareront d'un juif, et lui diront, etc. » ^
Abgar vécut encore cinq ans après la Passion de Notre-Seigneur. La durée
totale de son règne est de trente-huit ans.
1, Cette compilation parait avoir quelque importance pour le contrôle des anciennes listes royales
■et patriarcales. Je dois l'identification de la plupart des noms qui y sont contenus à l'obligeance
et à la sagacité de M. J. Marquart. Le commentaire détaillé de ce document ne saurait trou-
ver place dans ces notes ; il fera ultérieurement l'objet d'un travail spécial. Il a semblé
utile de conserver ici aux noms arméniens la physionomie que leur a donnée le traducteur syriaque
dans sa transcription. — 2. Lire : t^oA*), — 3. Pour faciliter la comparaison entre les différentes
listes, nous ajoutons ces numéros d'ordre entre parenthèses : ceux des rois en chiffres arabes, et
ceux des patriarches en chiffres romains; nous imprimons les noms des rois et princes en petites
capitales, et ceux des patriarches en italique. — 4, Sic. ms. et vers, ar. — 5. Joh., xu, 20-23. —
6. Vers. ar. : uJooiiaiSs Ji-tti>.. — 7. Zaoh., vni, 23.
III 65
506 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
(2). Après Abgar, régna Sanatroug, fils de son oncle maternel'.
Celui-ci bâtit Nisibe, à côté de l'Euphrate, ville de la Mésopotamie. Après
son achèvement, il ordonna de fabriquer une statue à sa ressemblance, pour
être placée sur le mur de la ville, tenant dans sa main un zouza, pour signifier
qu'un seul zouza lui était resté de la construction de la ville.
Celui-ci fit mettre à mort l'apôtre Tatios', en un lieu appelé Adra'.
(3). Après Sanatroug, régna Erband', de sa famille, fils d'une femme Arsa-
gouni', d'un mariage illégitime. Il régna vingt ans."
Il fit massacrer les enfants de Sanatroug; carie Seigneurie poussa à venger
le sang de l'apôtre. — Un homme, appelé Sembad Pakradouni% sauva le plus
jeune des fils de Sanatroug, nommé Arsoug^, et il s'enfuit près de Tares ', roi
des Perses. Il lui fit connaître que l'enfant était fils de Sanatroug, que ses frères
avaient été tués, et qu'il était seul survivant. Et quand le roi des Perses apprit
cela, il couronna le jeune homme ; et il donna à Sembad soixante-dix mille
hommes armés et l'envoya contre Erband. Sembad battit celui-ci, le tua, s'em-
para de la couronne de Sanatroug et la mit (sur la tête) de [son] " fils Arsoug. Et
ils appelèrent cet endroit Erband-aband '".
En l'an 10 de cet Erband, Jérusalem fut dévastée par Espisianos.
(4). Après Erband, régna Arsoug", pendant 40 ans.
Celui-ci prit pour femme la fille du roi des Alains; et avec elle vinrent les
saints Soubia et Qinos'*. Le roi lui-même crut et fut baptisé par les saints
appelés Vosgianès", disciples de Tatios l'apôtre.
Du temps de celui-ci, parurent'* les saints «herbivores », qu'on appelle
Bazak'% qui méritèrent la couronne du martyre.
(5). Après Arsoug, régna Ardabasd'", son fils, 2 ans.
A ce propos, les Arméniens racontent longuement qu'il fut emmené par les
géants qu'on appelle Khasîr", dans la montagne appelée Masis, et y fut attaché
par une chaîne. Il fait des efforts pour se délivrer et dévaster la terre; mais,
au bruit des coups de marteau des forgerons, ses chaînes se renouvellent
et il ne peut se délivrer. D'autres racontent de lui qu'en passant sur le pont du
fleuve Arask '^, il s'embarrassa et tomba, et son corps ne fut pas retrouvé; c'est
pourquoi ils prétendent qu'il vit encore aujourd'hui.
1. Sic ms. et vers. ar. ; lire : oiû». ;= « fils de sa sœur », d'après Moïse de Khorène. — 2. Vers,
ar. : ««olii- (Thaddée). — . 3. Vers. ar. : wmI ; lire ; n»l (Ardaz). — 4. Erouant, — 5. Arsacide.
— 6. Vers. ar. ; i.jo,n3 pxaao; restituer: taxu». — 7. Moïse de Khor., II, xxxvil : Ardasès. —
8. Darius. — 9. Ms. et vers. ar. ; « du fils d' Arsoug ». — 10. Sic ms. et vers. ar. — 11. Sic ms. et
vers. ar. ; plus bas (p. 515) : Ardasès. — 12. Sic vers. ar. ; i«ai.i3o Usaao ; en réalité il faut lire
au singulier : Soukiasinos. Cf. Jean Catholicos, trad. Saint-Martin, p. 29-30 [Souk'hianoues).
13. Oueski (n. pr. singulier) chez Jean Catholicos (p. 29). — 14. Lire: a«j».l.l (vers. ar.).
15. K'ho^hk'h, chez Jean Cath. (p. 30). — 16. Ms. et vers. ar. : Ardasbad. — 17. Sic ms. et vers,
ar. : ;«At3 ; on s'attendrait à lire : y*l-3, Khasakh; cf. Moïse de Kh., II, lxi. — 18. Araxe.
APPENDICE V 507
(6). Après [771] celui-ci régna Tirad', son frère, 17 ans.
(7). Puis DiKRAN% son autre frère, 45 ans.
(8). Et après celui-ci, Bagars', son fils, 18 ans; puis il mourut.
(9). Et après lui, Khosrov*, son fils, 44 ans. — Celui-ci fut tué par Ardasir,
roi des Perses,
(10) et Ardasîr, le persan, régna lui-même sur les Arméniens, 26 ans.
(11). Et après les Perses, régna Tertat% fils de Khosrob, 56 ans.
(I). Et en l'année 16" de Dertât% qui est l'an 20 de l'empereur Diocletianus%
et l'an 260 de la Passion de notre Sauveur, saint Grigorios sortit de Birab', et
évangélisa les Arméniens pendant 30 ans, puis il émigra vers Notre-Seigneur.
(II). Et après lui Resdakès, son plus jeune fils, sept ans. — Celui-ci bâtit une
grande église de sainte Sophie», dans le hameau' de Rozan'^Etensuite, il fut tué
par un prince nommé Arkegabos", parce qu'il le blâmait des méfaits qu'il com-
mettait.
(III). Après lui vint le fils aîné de Grigorios, qui s'appelait Bartanès, pendant
17 ans. Celui-ci aussi fut chassé par une femme nommée « satal dignas digin'^ » ,
qu'il réprimandait.
(12). Après Dertad, régna Khosrob, son jeune fils, pendant 20 ans.
Celui-ci bâtit une ville au pied de la montagne appelée Khégam, sur le
fleuve appelé Azad, et il l'appela en langue persane Tebin, ce qui signifie
« plâr » '^
(IV). Enl'an 16 du règne de ce voi, Ausig^^ , fils de Bartanès, fut ordonné catho-
licos pour les Arméniens ; il exerça 6 ans.
(13). Après Khosrob régna Diran, son fils, 15 ans.
Comme le catholicos le blâmait, il ordonnade frapper le catholicos de verges'*
flexibles (?) jusqu'à ce qu'il en mourût. En apprenant cela, le vieillard Daniel,
chorévêque, qui était un des disciples de Grigorios, maudit le roi et tout ce
qu'il avait. A cause de cela, ce roi maudit fit étrangler Daniel '".
(V). Et Pharnerseh" , homme pacifique" et humble, fut ordonné catholicos, et
occupa le siège 4 ans. Il fut aussi tué par le roi. Après cela, le roi des Perses
1. Diran. — 2. Tigrane, — 3. Vagharsch (Vologèse). — 4. Vers. ar. : oi^aas. — 5. Tiridate.
-— 6. Même orthographe dans l'arabe; lire ; >aoojU^2^ûB*ï, — 7. Sic ms. et vers. ar. L'auteur
paraît avoir pris ce mot pour un nom propre. Il faut entendre ! sortit « de la fosse » (arménien :
virah); comp. Coll. des Bist. de V Arménie (Langlois), t. I, p. 133. — 8. Vers. ar. : USaaocA^ta ;
l'auteur semble avoir lu : ôtyia (joçîa; mais il faut lire : « dans la province de Dzop (Sophene) ». Cf.
Etienne Asolik, trad. Dulaurier, p. 98. — 9. Transposer : 't^sj}'- — 10. ylias. — 11, Archélaûs. —
12. Les mots arméniens, que l'auteur semble avoir pris pour un nom propre, signifient ; « à l'ins-
tigation de la reine des reines »; cf. Etienne Asolik, p. iOO. — 13. Armén. : plour « colline ».
— 14. lousig (Hesychius). — 15. De nerfs de bœuf (?). Vers. ar. : ot^H, •^^■f^ mî^.^ i-■»^^.
— 16. Moïse de Kh., III, xiv]; Cf. Faustus de Brz., III, xlv. — 17. Lire ; ovo>P^. — 18. !»»•).
508 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEiN
s'empara de Diran et lui fit crever les yeux; car Dieu le livra aux mains de se&
ennemis, parce qu'il avait commis l'impiété et tué deux catholicos, et avait
privé les Arméniens de la lumière* (spirituelle).
(14). Après Diran, régna Arsag, son fils, 30 ans.
Celui-ci fit tuer son neveu», Knél, à propos d'une femme nommée Pharan-
dzem^
(VI). En l'an 4 de celui-ci, fut ordonné catholicos des Arméniens [Nersès]' fils
d'Athanakinê, fils d'Ausig, fils de Bartanès, fils de Grigorios.il occupa le siège
30 ans. Il maudit le roi Arsag, parce qu'il avait tué son neveu et pris la femme
de celui-ci. Il maudit tout le peuple des Arméniens, pour qu'il ne surgît plus de
roi d'entre eux. Il abandonna lui-même le siège et se retira dans le pays des
Grecs.
Or, le roi de Perse appela alors Arsag, roi des Arméniens, qui se rendit
près de lui j il le fit enchaîner et jeter en prison, et là Arsag se suicida", selon la
prophétie du catholicos Nersès; et le roi de Perse établit en Arménie un
chef persan nommé Mehroudjan". Alors le catholicos Nersès persuada à l'em-
pereur des Romains, Theodosius le Grand, de donner des troupes [au fils]'
d'Arsag, qui était retenu comme otage; et Bab, fils d'Arsag, s'avança et vain-
quit Mehroudjan '.
(15). Et Bab régna sept ans.
A cette époque, Theodosius bâtit une ville en Arménie, par les soins d'Anato-
lius, général des troupes romaines venues avec Bab. Le nom de la ville est
Garno-kagak'; mais il l'appela, du nom de l'empereur, Theodosiopolis.
Or, Bab marchait dans les voies mauvaises de son père, et, pour cela, le catho-
licos Nersès ne cessait'" de le réprimander; craignant qu'il ne le maudît, comme
il avait maudit son père, et ne se retirât chez les Grecs, il fit périr le catholicos
par un poison mortel. Alors Basilius le Grand anathématisa Bab, et statua que
désormais le siège de Gésarée n'ordonnerait plus de catholicos pour les Armé-
niens; car jusqu'à cette époque les catholicos des Arméniens étaient institués
par l'Église de Gésarée. Et la malédiction de S. Basilius transperça Bab comme
un trait. Anatolius s'empara de lui et le conduisit près de l'empereur Theodo-
sius, et, sur l'ordre de celui-ci, il fut jeté à la mer, comme le rapporte Mobsès
Kertogahair, c'est-à-dire « polisseur des mots»".
(16). Après Bab, régna Baraztan'^ Arsagouni, 10 ans, — Celui-ci régna aussi
1. Cf. Faustus, III, XX, s. f. — 2. Le iils de son frère. — 3. Cf. Faustus, IV, xv. — 4. Suppléer :
icciaii. Le nom propre est omis, aussi daus la vers. ar. — 5. Cf. Faustus, V, vu. — 6. Vers, ar.:
Jnsj^^w». — 7. Suppléer : w;^ , vers. ar. : VxJ*') ^H. — 8. Cf. Moïse de Kh., III, xxxvi; Amm.
Marcell., 1. XXXVII. — 9. Cf. ci-dessus, t. II, p. 521, n. 8. — 10. .*wl»S| H; vers. ar. : •'joi'. —
il. Vers. ar. : ;ollS^ 'S»!». Moïse de Khorène; les mots arméniens signifient littéralement : « père-
des philologues « ou « des grammairiens ». Cf. Moïse de Kh., III, xxxix. — 12. Varaztad.
APPENDICE V 509
par l'autorité' de l'empereur Theodosius; car lui-même avait été otage chez
les Romains.
(VII). A cette époque, Sahag fut ordonné catholicos des Arméniens, sans le
consentement du métropolitain de Gésarée; il exerça 6 ans.
(VIII). Ensuite, son frère Zaben* fut ordonné; il exerça" 6 ans.
(IX). Et après lui Asipourag', 5 ans.
(17). Et après Barazdad, [772] régnèrent les deux fils de Bab, Arsag et
Bagarsag*, 20 ans.
(18). Et après ceux-ci régna Khosrob Arsagouni, par l'autorité du roi des
Perses, car les Arméniens s'étaient aussi révoltés contre les Romains. Il régna
10 ans.
(X). En la 2» année de celui-ci, fut ordonné catholicos des Arméniens Sahag,
fils de Nersès le Grand, qui exerça 41 ans.
(19). Après Khosrob régna Bramsabouh, par l'autorité du roi des Perses, pen-
dant 22 ans.
Du temps de celui-ci, les Arméniens purent posséder l'écriture" grâce au
bienheureux Mesrob*, du pays deTaron', du village de Haségas.
(20). Après Bramsabouh, régna Ardasès', son fils, 10 ans.
Et, comme il commettait beaucoup de méfaits, les princes des Arméniens
s'assemblèrent près du catholicos Sahag, et lui demandèrent de se rendre avec
eux' près du roi de Perse^ pour faire destituer leur roi et en établir un autre.
Le catholicos n'y consentit pas, mais il dit'" : « A Dieu ne plaise que je livre
la brebis" du Christ entre les mains du loup et de l'athée ». A cause de celai
les princes furent aussi irrités contre le catholicos; ils se rendirent près du
roi de Perse, qui est Bramsapouh'% et ils accusèrent leur roi et leur catho-
licos. Le roi s'empara d'Ardasir, le fit enchaîner et l'envoya dans le Khou-
gaç|an" ; il déposa Sahag du catholicat, et, selon la demande des princes armé-
niens, ils eurent (pour catholicos) un syrien jacobite nommé Apti'a^'^ (X^») ;
homme astucieux et méchant. Il gouverna un anet mourut. Après lui vint Swowe^
(X**), de la même race'°. Il gouverna 2 ans et mourut.
(XI). Après ceux-ci, il y eut un arménien, nommé Sourmag^^, qui, conjointe-
ment avec les princes, avait calomnié le bienheureux Sahag. Celui-là fut aussi
1. Ij,ûaa3. — 2. Zaven. — 3. Même leçon dans la vers. ar. (Asbourag). — 4. Arsag IV et Vaghar-
sag n. — 5. Lire : l;SUio ; vers. ar. ; JOovfrs. — 6. Vers. ar. : oot^»o. — 7. Ms. et vers. ar. : Tadon;
lire : sofl-i, Taron (Daron). — 8. Vers. ar. : ;.»»»l. — 9. ,.oov»i.. — 10. ^^ol. — 11. Je corrige :
lapi»; mais la vers. ar. a lu comme porte le texte; l=;i-^ « le rejeton, le rameau » l-j^Y Cf.
Moïse de Kh., III, lxiii. — 12, oia31«»;=. — 13. Khouzistan. — 14. Même orthographe dans la
vers. ar. ; I^aèoI ('Abdisô'), forme employée par Etienne Asolik, au lieu de Brikisô' {M.a»»3p), vrai
nom de ce patriarche. — 15, Ils sont regardés^comme illégitimes. — 16. Jean Catholicos (p. 48)
place Sourmag avant les deux syriens; l'auteur suit ici Etienne Asolik (cf. trad. Dulaurier, p. 109).
510 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
institué catholicospar l'autorité du roi de Perse, et il mourut après avoir gou-
verné sept ans, — Sahag mourut lui-même dans le pays de Taron, dans le village
d'Asdisa[d]», et le roi Khosrob' mourut aussi.
(21). Après ceux-ci, les Arméniens mirent à leur tète un homme nommé Sba-
rabed'; en qualité de préfet*, son nom était Barta.n% de la famille appelée
Mamigon[i], petit-fils de saint Sahag.
Tantôt les Arméniens étaient soumis aux Perses, tantôt ils se révoltaient
contre les Perses, comme ils s'étaient jadis révoltés maintes fois contre les
Romains, ainsi que le rapporte» l'histoire du docteur Elisée \
Ce Bartan maintint les princes arméniens dans l'amour de la concorda
pendant 30 ans. Il mourut pour l'Eglise, tué par les armées des Perses.
(XII). Pendant la préfecture de Bartan, fut ordonné comme catholicos pour
les Arméniens, un homme appelé louseph, un des disciples du célèbre Mesrob.
11 fut catholicos pendant 8 ans.
(XIll). Après lui vintiT^fi*, pendant 10 ans.
Du temps de celui-ci, il y avait comme docteurs, parmi les Arméniens,
Mobsès Kertogahair', et Mambrê Be[r]zanog"', son frère; Tabit" le philosophe.
(XIV). Après celui-ci vint Ohan "Man[da]gouni", pendant 6 ans.
Celui-ci établit beaucoup de constitutions dans l'Église des Arméniens,
savoir : les récitations de la nuit et du jour; les rites du baptême, de l'ordina-
tion des évêques, prêtres et diacres, de la consécration de l'église, et de la pré-
paration à la. messe.
De son temps eut lieu le synode de Chalcédoine, auquel il n'acquiesça pas.
(XV). Après celui-ci vint Papken, 6 ans.
(22). Et après Bartan le préfet, vint Mankanos '*, son fils, pendant 20 ans.
(23). Après celui-ci, Bahan", son fils, 15 ans.
(24). Après lui, BART'^ son frère, 12 ans.
(25). Après lui, Mégég Knouni ", 30 ans.
En l'année 10 de ce dernier, qui est l'an 310 des Grecs [à partir de] l'an 7 de
1. Même orthographe dans la vers. ar. — 2. Ms. et vers. ar. : Mesrob. — 3. L'auteur semble
prendre ce titre pour un nom propre. La ponctuation que nous adoptons paraît indiquée par la
phrase syriaque; mais il est plus naturel de lire : « mirent à leur tête, avec le titre de Sbarahed
(connétable, généralissime), en qualité de préfet, un homme... » Cf. Etienne Asolik, trad. Dulau-
rier, p. 111. — 4. Littér. : «juge »; vers. ar. : '«.U». — 5. Vartan. — 6. Uv», — 7. Hist. de Vartan
(^Coll. des Hist, de l'Arm., II, 183 et suiv.). — 8. La vocalisation est donnée dans le ms. ; arménien :
Kiitd. — 9. Restituer : ;.(«l,5j^tp; cf. ci-dessus, p. 508, n. 11. Le ms. porte ici : « Mobses bar (fils
de) Togahair », leçon qui se trouve aussi dans la vers. ar. : f'wlxs^t ,^1. — 10. Lire : >.^)i;3 ; le
mot arm. correspond au grec âvayvtidx-Yiç. — 11. Vers. ar. : ^^\L (David). — 12. Jean. — 13. Resti-
tuer: uj(v^,iîo. — 14. Sic ms. et vers. ar. ; armén. : Manknos. — 15. Vahan. — 16. L'arabe a
traduit « la fille de son frère » («a3| û>i=); armén, : Vart. — 17. Lire : <aioi1^1s^1m (vers, ar.) ; arm. :
Mezez Knuni.
APPENDICE V 511
Philippe César S l'an 14 de Justinianus, qui bâtit la grande église de Sainte -
Sophie, et l'an 258 de Grégoire, l'illuminateur des Arméniens, fut établi le
comput des Arméniens'''.
(XVI). Ensuite Samuel' devint catholicos, 10 ans.
(XVII). Et après lui^ Mousê*, 8 ans.
(XVIII). Et après lui, Sahag, 5 ans.
(XIX). Et après lui, Kristophor, le philosophe, 6 ans.
(XX). Et après lui, Lebon ', 3 ans.
(XXI). Et après lui, Nersès, 9 ans.
Celui-ci, la 4» année de son pontificat, tint un concile dans lé lieu appelé
Tebin*. Les chefs de ce synode étaient Petr[us]' de Siounik', Nersabouh' de
Daron '", Aptisô " de Sanasoun.
En ce temps, les Syriens tinrent aussi un synode en Mésopotamie, et ils
envoyèrent en leur nom sept hommes notables au synode des Arméniens avec
des lettres qui exposaient le symbole de la foi orthodoxe, et (faisant connaître)
qu'ils disaient dans le trisagion " « qui as été crucifié pour nous ». Et quand les
Arméniens virent cela, ils firent l'union avec les Syriens, et furent unis" par la
foi. Les noms des hommes envoyés par les Syriens sont : Aharon, archiman-
drite'*; Tabit, archimandrite"; Mardayahb, sapouris (?) ; Agop '^ prêtre de
Sareba", Tabit, prêtre ; Sarkis", prêtre. Ils envoyèrent f'^^'^] aussi avec eux le
saint élude Dieu, 'Abdis", afin qu'ils l'ordonnassent prêtre, pour la charité^"; et
le chef du synode, Mar Nersès, l'ordonna, et ils le renvoyèrent avec honneur et
avec des présents, porteur du symbole de la foi exposé dans une lettre. Quand
les Syriens virent ces choses, ils se réjouirent et, d'un commun accord, ils ana-
thématisèrent le Synode de Ghalcédoine et le Tome de Léon.
Après Mégéga Knouni", Gabad" fils de Béroz*% domina sur les Perses.
1. L*an 304 des Grecs à partir de l'an 7 de l'empereur Philippe et l'an 252 de S. Grégoire,
selon Etienne Asolik (trad. Dulaurier, p. 115). Cf. t. I, p. 192. — 2. Cf. Dulaurier, Recherches sur
la chronol. armén. (Paris, 1859). Le point de départ de l'ère armén. est fixé au 11 juillet 552. —
3. Vers. ar. : ^^a»!.. — 4. Vers. ar. : uxoiio. — 5. Armén. : Levond (Léon). — 6. Vers. ar. : ^aU.
C'est dans ce synode de Tevin, que fut fixé le comput mentionné plus haut. — 7. Vers. ar. : "^hÔ'S ;
(correctement). — 8. Lire ; ûa.ja.i!tt*l (?). — 9, Lire r-oioakilj (vers, ar,, correct.). — 10. Vers. ar.
ojIsI;»!. Lire : ai3|j_K.|; arm. : Daravnoi . — 11. Vers. ar. : a»«IS3t ; lire : o«.ûv3| (ou û»^&3|). —
12. Littér. : « après la sanctification de Dieu ». — 13. Littér, : « furent un dans la foi ». — 14. Litt. :
« prêtre du couvent i>. — 15. Les deux noms paraissent défigurés. (Même orthographe dans la
vers, arabe.) — 16. Jacques. — 17. Le mot syriaque traduit probablement l'arménien : erets sare-
pouni. — 18. Vers, ar, : lai.^;^». — 19. Vers. ar. : ««««fal (syr. : 'Abdisâ'). — 20. En signe de
mutuelle communion, — 21, C'est-à-dire après l'époque où Mezez Knouni gouvernait en Arménie.
— 22, Cawad. — 23, Ainsi d'après la vers, ar, : (lil-s <=l >=J«^) ; qui suppose la leçon ''!•= »=, au lieu
de èarbaraz que porte notre ms.
512 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
(26). Et à cette époque ', il envoya comme « marzban », c'est-à-dire « duc » des
Perses sur les Arméniens, un homme nommé Artensabouh', qui les obligeait
à adorer le feu; et ceux qui n'y consentaient pas étaient mis à mort. Il gouverna
8 ans.
(27). Après lui, Baraztad% pareillement persan, 7 ans.
Or, Gabad, roi des Perses, mourut, et son fils, Khosrob, régna.
(28). Ce dernier envoya aussi un homme nommé Souren, pareillement per-
san, son parent; il gouverna 7 ans.
Cet homme très impie [outrageait les femmes des princes arméniens en pré-
sence de leurs maris. C'est pourquoi l'Arménien Bartan petésk', se souleva]^
tua le Persan, et s'enfuit près de Justinus, empereur des Grecs, qui le reçut
avec honneur. Et comme à cette époque on bâtissait « Aghia Sophia », l'empe-
reur désigna une de ses portes sous le nom des Arméniens, et jusqu'à ce jour
on l'appelle «Porte des Arméniens ».
(29). Alors les Perses choisirent parmi les Arméniens Dabit' Sa[ha]rouin, et
l'établirent prince des Arméniens.
Et en l'an 12 de ce prince, sortit Mohammed fils de 'Abdallah, et fut le
commencement de l'empire des Arabes, en l'an 72 de la chronologie des
Arméniens. Ce Tabit' vécut 30 années dans le principat des Arméniens.
(30). Après celui-ci, Theodoros Resdouni^,13 ans.
(XXII). A cette époque 'Ohannès" fut ordonné catholicos; il gouverna 27 ans.
(XXIII). Après celui-ci, Mouéê, 30 ans.
(XXIV). Après celui-ci, Abraham" ^ 23 ans.
Du temps de celui-ci, Qioron'", catholicos des Ibères", accepta le Synode de
Chalcédoine, et le fit proclamer; et les Ibères se séparèrent des Arméniens.
A cette époque, les Grecs furent vaincus par les Perses, et les villes de Gar-
noi-kagak" et Gédrasi" furent prises.
(XXV). Alors 'OAan'* fut ordonné catholicos; mais on ne le compte pas dans
la série, parce qu'il tourna à l'hérésie des Ghalcédoniens et fut déposé '\
(XXVI). Après celui-ci vint Gomidas, 8 ans. Celui-ci bâtit la maison de repos'"
des martyres Hripsimè, et restaura celle qu'avait édifiée Grigorios.
1. La Chronologie de l'auteur est fort confuse et souvent fautive — 2. Vers. ar. : oio=ov»jU>I.
armén. : Tenàabuh). — 3. Vers. ar. : »Ui;3 ; lire : y\Ltj[s, (arm. : Varaztad). — 4. Armén. ptSa&kh,
commandant militaire. — 5. Les mots placés entre crochets sont omis dans la vers. ar. —
6. Sic ms. et vers. ar. — 7. Le ms. porte : >U3 ,^i (vers. ar. : «jI-s ,«j.i) au lieu de ujo.»»». — 8. Vers,-,
ar. : lavuwol. — 9. Vers. ar. : xJuoilia), — 10. Arm. : Kiurion ou Kiuriun. — 11. Vers, ar, : ylUU).
— 12, Lire : yW^ ""'Us» (vers. ar. : yl,j5^Vaaj»t^ ). — 13. Vers. ar. : «^»|»k^. Armén. : Ctrig. —
14. Même orthographe dans la vers. ar. — 15. Il est néanmoins compris dans les listes, ci-des-
sous, p. 517, 518, où il a son numéro d'ordre. — 16. L'église bâtie sur leur tombeau.
APPENDICE V 513
(XXVII). Après celui-ci vint Kristophor, 3 ans ; il fut déposé parce qu'il exci-
tait du trouble parmi les princes.
(XXVIII). Après celui-ci, Ezr^, 10 ans.
Du temps de celui-ci, en l'an 100 du comput des Arméniens, la domination
des Perses prit fin en Arménie, et les Arabes régnèrent sur l'Arménie et [le
pays]' des Ibères, par 'Omar fils de Mo^iammed'.
(XXIX). Après lui, Nersès, 20 ans.
Celui-ci bâtit la grande église de Grigprios, dans la ville de Taédi*, et il
invita à sa consécration Constantius, empereur des Grecs, petit-fils d'Héra-
clius. Mais, y étant venu, l'empereur ne traita point avec honneur les princes
des Arméniens, selon leur attente. Après qu'il fut parti, les princes déposèrent
le catholicos Nersès « pour avoir introduit un chalcédonien dans l'église et
l'avoir souillée ». Nersès maudit les princes des Arméniens, et s'enfuit dans le
pays des Romains, où il mourut.
(XXX). Après celui-ci v\n\.Anastas, 6 ans. — Au temps de celui-ci, (vivaient)
Anania' Siragasi, le docteur, qui fit un calendrier" aux Arméniens, car jusqu'à
son époque, ils se servaient de celui des Grecs; et aussi Philon Diragasi, qui
traduisit le livre de Socrate de la langue grecque en arménienne.
(XXXI). Après lui, 'Ail\ 10 ans.
(XXXII). Et après lui, Sahag, 27 ans. — Celui-ci mourut à IJarran.
(XXXIII). Et après celui-ci, 'Élia, 13 ans.
(XXXIV). Et après celui-ci, 'OAawnès, 11 ans. — Celui-ci tint un synode à
Man[az]gerd'.
Les princes qui existèrent après Theodoros' Resdouni'", sont :
(31). Hamazazp, gurabagad", Mamigon[iJ; il gouverna sous l'autorité des
Arabes, 26 ans.
(32). Après celui-ci, Krikor, badrig'% 20 ans.
(33), Après celui-ci, Asod, Pakradouni, 17 ans.
(34). Après celui-ci, Narsès, Gamsaragan, 20 ans.
(35). Après celui-ci, Sembad, Pakradouni, 20 ans.
(36). Après celui-ci, Asod, Pakradouni, fils de Basag", 18 ans.
(37). Après celui-ci, Sembad, son fils, 12 ans.
Les pontifes qui existèrent après Ohannès** le Philosophe, sont :
1. Ms. et vers. ar. : Azad. — 2. .Sic vers, arabe. — 3. « 'Omar le second après Mahomet » (Et.
As., p. 127). — 4. Valarsapat, — 5, Vers. ar. : wtil. — 6. chronicon- vers. ar. : i^oi^^as (xûxXoc?).
— 7. Même orthographe dans la vers. ar. (Israël ou Elias). — 8. Même orthographe dans la
vers, ar.; lire : »;»^^5o. — 9, Lire : >«oo»o»oU (vers, ar.) ms, : Theodosios . — 10. Ici correcte-
ment; cf. p. 512, n, 6. — 11. Transcription da titre curopalate. — 12. Lire : "^'p {palrice) ; le ms.
portait sans doute v^'P ; la vers. ar. a traduit : i.^» v* « fils de Rig ». — 13. Vasag. — 14. Même
orthographe dans la vers. ar. • lire: >£ai>ate'.
III 66
514 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
(XXXV). Tablt, 13 ans.
(XXXVI). Dertad, 23 ans.
(XXXVH). Un autre Dertad, [3]' ans.
(XXXVI II). 5io«, Sans.
(XXXIX). Esaya, 13 ans.
(XL). Sdéphanos, 2 ans.
(XLI). Keork\ 3 ans.
[Xhll). loseph, 10 ans.
(XLIII). 'Ohap\Q mois.
(XLIV). Selimon. 2 ans.
(XLV). David, 25 ans.
(XL VI) 'Obhannès\ 22 ans. — Du temps de celui-ci, Mamounig' vint [774]
comme émir en Arménie, en l'an 4* du comput des Arméniens.
(XLVII). Zakaria, homme aimable, 22 ans.
(XLVIII). Keork, 21 ans.
(XLIX). Maédoz, homme adonné à l'ascétisme depuis son enfance, qui vécut
seulement 8 mois dans le catholicat.
(L). 'Obannès\ 29 ans.
De son temps régna en Arménie, un Arménien, Sembad fils d'Asod'.
(38). Ensuite régna son fils, AâOD, qui est surnommé Msager, c'est-à-dire « Car-
nivore », pendant 25 ans.
Celui-ci acheta à prix d'argent le lieu appelé Arsarounis', de la famille de
Gamsaraganas'", et y transporta la capitale.
(39). Après lui régna Sembad, son fils, qui est surnommé Ablabas ", 30 ans.
Celui-ci, dans son enfance, avait été comme otage à Ôamarin", du temps de
[Haroun al-Rasid]", et après avoir été relâché, il vint régner en Arménie.
(40). Après lui, son fils Asod, 40 ans ; par l'autorité de 'Isa bar Hasak", et du
consentement de Basilius, empereur des Grecs,
1. Ainsi d'après les auteurs arméniens ; le chiffre est omis dans le ms. et dans la vers. ar. —
2. Vers. ar. : yio-a. — 3. Arm. : {H)ovap (Joab). — 4. Même orthographe dans la vers. ar. —
5. Ms. et vers. ar. : Mamouig ; restituer : .^a»»o. (Étiknnb As., p. 134). 11 s'agit de al-Hasan ben
'Ali al-Badgisi, al-Mamûnt ; cf. J. Marquart, Osteuropàische und ostasiat, Streifziige, p. 460. —
6. Sic ms. et vers. ar. (erreur évidente). — 7. Vers. ar. : >«»aitaot. — 8. Cf. ci-dessus, n* 37. Il
y a ici de nouveau confusion dans la chronologie des princes et des patriarches. — 9. Ms. et vers,
ar. : Ariagounis. — 10. De même dans la vers. ar. ; ici , comme dans beaucoup d'autres noms
propres cités plus haut, le syriaque a conservé les désinences de la déclinaison arménienne. —
11. Arm. : Ablapas. — 12. La vers. ar. a bien compris : oi^Jolai^U « à Samara ». — 13. La trans-
cription du ms. (la même dans la vers, ar.) est ici presque inintelligible'. « du temps de Daèdîn et
c
Hamara ». Lire ; ^Jo^lo1o f»*U; Cf. Et, As., p. 134. — 14. Vers. ar. : yU- ^ «««ft^ {'^^ O L*~i*)'
APPENDICE V 515
(41). Et après celui-ci, Sembad, son fils, en l'an 339 du comput des Armé-
niens; par l'intermédiaire de l'émir Ahmed, (fils)' de 'Isa, fils de Hasak, sous
l'autorité de Léon, empereur des Grecs. Il vécut dans la royauté pendant
22 ans.
Du temps de ce Sembad et de son père Asod, la contrée des Arméniens
demeurait en paix. — En l'an 22 de celui-ci', qui est l'an 360 'du comput des Armé-
niens, l'émir louseph, fils de Bousig', arabe, vint en Arménie avec de nom-
breuses troupes. Avec lui se mirent d'accord, Ad[r]onerseh', empereur des
Grecs, et Kakig', prince du Basbouragan, et Asod, fils de Sabouh, et il assiégea
Sembad, dans l'endroit appelé Gabvid. S'étant emparé de l'endroit, il fit cru-
cifier Sembad, ravagea et dépeupla l'Arménie, et la malédiction adressée par le
prophète aux enfants d'Israël s'accomplit aussi sur les Arméniens.
Nous avons trouvé ces choses dans un écrit arménien qui traite de leur his-
toire, depuis l'époque de la naissance selon la chair de notre Sauveur, jusqu'à
Tannée 360 de la chronologie des Arméniens, en laquelle Sembad fut tué et les
Arabes régnèrent : ce qui fait 910 ans'. — A partir de cette époque, ils n'eurent
jamais plus de roi.
Noms des rois des Arméniens, el nombre des années de chacun d'eux".
V. Abgar, 38 ans. 10. Les Perses", 26 ans,
2. Sanadroug, 30 ans. 11. Pokr Khosrob", 20 ans '*.
3. Erband, 20 ans. 12. Dertad, 56 ans.
4. Ardaâès"',40 ans. 13. Diran, 15 ans.
5. Artabast, 2 ans. 14. Arsag, 30 ans.
6. Diran, 17 ans. 15. Bab ", un an.
7. Dikran", 45 ans. 16. Barastad, 10 ans.
8. Bagars, 18 ans. 17. Arsag (et) Bagarsag, 20 ans,
9. Khosrov, 44 ans. 18. Khosrob, 10 ans.
1. Suppléer : oi;=, et intervertir ainsi les noms ; ms. « Ahmed fils de Haèak » — 2. Sembad. —
3. Ms. et vers. ar. : S68. — 4. Sic ms. et vers. ar. ; lire : Aboustg, Abou-Sâdj, (_LJ| ^^| J tjuiji).
— 5. Vers. ar. : o>JoP»ol. Il faut supposer une lacune dans le texte, ou lire : roi « des Ibères », au
lieu des « Grecs ». Cf. Jhan Cathoucos, trad. Saint-Martin, p, 197. — 6. -v;^. — 7. D'après
Samuel, d'Ani, l'an 22 du Sempad, 360 des Armén., répond à l'an 26 de l'empereur Léon VI.
8. Nous transcrivons la liste et les chiffres du ms. Ces chiffres ne concordent pas toujours avec
ceui qui ont été donnés plus haut; mais les divergences proviennent de la confusion de plusieurs
lettres numérales. — 9. Les n»« d'ordre sont dans le ms. — 10. Ci-dessus Arioug. : — 11. Ms. el
vers. ar. : Dibran. — 12. Barsigs. — 13. C.-à-d. : Khosrov le Petit ; successeur de Tiridate (Der-
tad) ; l'ordre des n" 11 et 12 est interverti. — 14. Sic vers. ar. ; ms. : 7 ans. — 15. ^\^.
516
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
19. Bramsabouh, 22 ans.
20. Ardasès^ 10 ans.
Quand les rois cessèrent, ils eurent
des gouverneurs, savoir :
21. Bartan, 30 ans.
J22. Manknos, 20 ans.
23. Bahan, 15 ans.
24. Bart, U ans.
25. Mégég Knouni, 30 ans.
Ici cessèrent* également les princes
arméniens, et leurs gouverneurs furent
des chefs persans, qui étaient appelés
marzbans, c'est-à-dire quelque chose
comme « douqasê' )) :
26. Artensabouh, 8 ans.
27. Barazbad, un an.
28. Sourên, un an.
Alors existèrent de nouveau des
princes arméniens :
29. Tabit S^harouni, 30 ans.
30. Theodoros Resdouni, 24 ans».
31. Hamazazp, gurabagad, 25 ans.
32. Krikor, badrig, 20 ans.
33. Asod Pakradouni, 17 ans.
34. Nersès Gamsaragan, 20 ans.
35. Sembad Pakradouni, 20 ans.
36. Asod Pakradouni, 18 ans.
37. Sembad, son Sis, 12 ans.
Alors existèrent ai nouveau des rois,
arméniens d'origine :
38. Asod msager, 20 ans.
39. Sembad Aplapas, 30 ans.
40. Asod, son fils, 40 ans.
41. Sembad, son fils, 22 ans.
Celui-ci ayant été tué, il n'y eut plus
en Arménie ni roi ni gouverneur
pris parmi les Arméniens; mais les
rois des Arabes et les émirs régnèrent
sur eux dans toute la Grande-Arménie.
Et après' cette époque, quand les Turcs
firent invasion, des émirs turcs s'éta-
blirent et régnèrent en Arménie, jus-
qu'à ce jour.
[Extrait de l'histoire des catholicos des Arméniens]^.
[XV. Papken, 6 ans]'. — Du temps de celui-ci, les Grecs et tout l'empire des
Arméniens et du Beit [Parsayê]^ s'assemblèrent en commun et réprouvèrent le Con-
cile de Ghalcédoine, du temps de Zenon et d'Anastasius, empereurs des Romains.
XVP. Semouelde Peznoun», du village d'Arzouhê '", 10 ans.
XVII. Mar Mousê, du village d'Alapériz, 5 ans.
XVIII. Mar Ishaq, du village d'Egékigé ", 5 ans.
XIX. Mar Kristophor, [du canton]" de Pakraban^, 6 ans.
l.Lire : cis^. _ 2. duces. — 3. Vers. ar. : 27 ans. — 4. ^» i^^o.
5. Le début mimque ; voir la clausule, ci-dessous, p. 517, 1. 22-23. — 6. D'après les autres
notices. — 7. Restituer : l^^i^â ^.a, de préférence à ^ïtyvi ^.=. — 8. Ces numéros d'ordre sont
dans le texte. — 9. Lire : .^Û^ ; ms. et vers. ar. : Peziun, — 10. Arzghê. — 11. Lire : ^-^l.».! ;
m«. et vers. ar. : agahig, — 12. Vers. ar. : w-.» .».
APPENDICE V 517
XX. Mar Léon', du village d'Aresd-le-petit», 3 ans.
XXI. Mar Nersès, du village deMegdala, 7 ans'.
XXII. Mar 'Ohannès*, du village de [Slnjsegban^, 17 ans.
XXIII. Mousès*, du village d'Elebart', 30 ans. — Et en la 3'' année' de son pon-
tificat, sur son ordre, fut composée la chronologie' de Torgonia, à la manière des
calendriers, d'après les Arméniens, du temps de Mégég Knoun[i]"'.
XXIV. Abraham Eregdouni", du village d'Agab", 23 ans. — Du temps de celui-
ci, les associations" (?) cessèrent et disparurent de l'empire des Arméniens; et ils
adoptèrent les usages des Romains, pour recevoir le synode de Chalcédoine. Le
catholicos des Ibères était Qiourion ", qui causa lui-môme la division.
XXV. Mar 'Ohan", de Goqobita", 26 ans. — Moriq" César établit ainsi ce 'Oha-
nès'' catholicos en Arménie du temps du catholicos Abraham, et il assigna une rési-
dence pastorale à 'Ohanès, à Qodas", dans le village de I-aban^".
XXVI. Mar Gomidas", du village d'Agsi[s", quirebâlit]^M'églîsedesHropsimê,8ans.
XXVII. Mar Kristophoros, de la famille noble de Mar Abraham, 3 ans.
XXVIII. Mar Ezr, (du canton) de Neg", du village de Paraznagerd, qui fut élevé
dans la résidence du catholicos, pendant 9 ans. — Celui-ci traita avec l'empereur
des Romains, et fit unanimement^^ recevoir le synode de Chalcédoine par tous les
évêques d'Arménie.
XXIX. Mar Nersès
Et il y avait bien encore d'autres choses qui appartenaient à ce chapitre; mais je
n'ai pu les écrire, parce qu elles étaient déchirées en tête et à la fin.
[Noms des Patriarches et durée de leur pontificat],
[770]. Après Bartolomai et Addai, les ii. Restakès, un an.
évangélisateurs : m. Bartanès, son fils, 17 ans.
i". Krikor, 30 ans. iv. Ausig, 6 ans.
1 . Sic. Dans la présente liste plusieurs des noms propres revêtent la forme syriaque. — 2. Armén. :
Pokr Aresd. — 3. 'Sic ms. et vers. ar. — 'i. Vers, ar., correctement : uuuwol. — 5, Lire : ^la^ai^.
Armén. : Snçeghvan. — 6. Lire : imaoo»; ms. et vers. ar. ; Qlusuq. — 7. Transposer : liU>HI. —
8. Ms. et vers, arabe : .^m ; lire '-^c — 9. Cf. Jeam Cathol., Hist., trad. Saint-Martin, p. 55.
— 10. s^ '-5s^^■«s}»• — 11. Transposer : ••Jo^^i'. — 12. Vers. àr. : '31^; lire : '-=ls4; armén. : Agpa-
tani. — 13. Vers. : ar. 1. 1û3| î-sàSs.. — 14, Ms. et vers. : Qouzion; lire : s?-'»'^''. ^ 15. Vers. ar. : ^wol.
— 16. Ar. : l^MiJOs^ ; lire : (^aaoa.^ , — 17. Ms. et vers. ar. : Mar César; lire : a»*;..» (Mau-
ricius). — 18. Vers. ar. : imuwol. — 19. Ar. : .=ol»aû3 (armén. : Godais). — 20. Armén.; Y-avan.
— 21. Lire: ^If.»©^ ; ms. et vers. ar. : Gomrados. — 22. Armén. : Jghçiç. — 23. Lacune de
quelques mots; même leçon dans la vers. ar. ; cf. ci-dessus, p, 512. — 24. Ms. et vers. ar. :
Ezraineg. — 25, Peut-être faut-il lire : £!>iUo» « misérablement )> (?).
26. Ces n"' d'ordre ne sont pas dans le texte; nous les ajoutons pour faciliter la comparaison.
518
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
V. Parnerseh', 10 ans.
VI. Nersès, 34 ans',
vu. Sahag, 5 ans*,
vin. Zaben, 6 ans.
IX, Aspouragès, [5]' ans.
x. Sahag Balhab, 5 ans'.
xt. Sourmag, un' an.
xu. louseph, 8 ans.
XIII. Kît, 10 ans.
XIV. 'Ohan° Mandagouni, 6 ans.
XV. Papken', 6 ans.
XVI. Samuel, 10 ans.
XVII. Mousê, 8 ans.
XVIII. Sahag, 5 ans.
XIX. Krist[o]phor', 6 ans.
XX. Lebon, 3 ans.
XXI. Nersès, 9 ans.
XXII. 'Ohannès, 17 ans.
xxiii. Mobsès', 30 ans.
XXIV. Apraham, 23 ans.
XXV. 'Ohan, 26 ans.
XXVI. Gomidas, 8 ans.
xxvii. Kristophor, 3 ans.
xxviii. Ezr '", 10 ans.
XXIX. Nersès", 20 ans.
XXX. Anastas, 6 ans.
XXXI. Israïl", 10 ans.
XXXII. Sahag, 27 ans.
xxxni. 'Egia, 13 ans.
xxxiv. lohannès" imastasêr", 11 ans.
XXXV. Tablt, 13 ans.
xxxvi. Dertad, 23 ans ".
xxxviii. Sion, 8 ans.
[778] Jacques d'Edesse^^ montre que neuf rois s'élevèrent du peuple des Arméniens ,
avant le commencement du dernier empire des Perses, c'est-à-dire avant l'époque
de la venue de Notre-Seigneur ; ce sont ceux-ci" :
Khosrov, Tertat, Kosrov, Tîrân, Aéaq, Bab", avec 'Orast", Asaq et Balasaq". Et
ceux-ci prolongèrent leur durée jusqu'à l'époque des rois chrétiens. Et quand les
Arméniens crurent dans le Christ, leurs rois étaient portés à s'unir avec les empe-
reurs fidèles. Alors les rois perses s'élevèrent et prévalurent contre eux, au point
qu'ils ne permettaient pas même que des soldats s'élevassent parmi eux.
Voilà ce que dit le docteur Mar Jacques. Mais les Arméniens disent, eux, à pro-
pos de Asâq ou Asâg, roi sorti d'entre eux :
1. Le nom est défiguré dans les transcriptions ; vers. ar. : ot-fiajS^, — 2. Vers. ar. : 37 ans. —
3. Vers. ar. : 6 ans. — 4. Chiffre omis dans le ms. et la vers. ar. ; cf. p. 509, 1. 6. — 5. Sic ms.
et vers ar. — 6. Vers, ar. : vjwol. — 7. Vers. ar. : sja3V3 ; lire : 4^913. — 8, Même orthographe
dans la vers. ar. — 9. -Sic ms. et vers. ar. — 10. Vers, ar, ilil. — 11. >m«p (vers, ar.) : ms. : Nsrq.
— 12. Ms. et vers, ar. : Anatl ; (Israël ou Elias). — 13. Même orthographe dans la vers. ar. —
14. Vers. ar. : ;<»1j1mI ; on s'attendrait à lire : ;»fio|,«olM| (le Philosophe). — 15. Le ms. et la vers,
ar. omettent ici le second Dertad (n" xxxvii da la première liste; p. 514),
16. Cf. t. I, p. 119 ; et Jacob. Edess,, Chronicon, éd. Brooks (^Corpus Script. Christ. Or.; Script,
syrijser. III, t. IV, p. 211, 258, trad.). — 17, Cf. les listes données plus haut, a" 9-17, —
18. Vers, ar., correctement : o^s | ms. : Pdq, — 19. Sic ms. et vers. ar. ; lire : ig^gj»|»ol (Varaz-
tad). — 20. Vagharsag.
APPENDICE V 519
Cet Asâg' tua le roi Antiochus et régna sur la Syrie et sur Jérusalem, sur toute
la Palestine, sur Atôr et Babylone. Il remplit l'Océan de navires, passa en Occident,
dévasta les pays d'Italie et régna sur Rome; et il érigea deux stèles entre' deux
montagnes d'où l'on tire de l'or. Quand il revint de là dans le pays des Grecs, il
frappa de sa lance une grande colonne de marbre et y fit un trou de part en part.
En le voyant, les sages d'Athènes» dirent : « Cette pointe de lance* a été trempée
dans le sang de dragons qui répandent le venin, et c'est pourquoi elle a perforé
cette pierre dure. » Cet Asâg dépeupla l'île des Ibères, et en amena la population
qu'il fit habiter dans les montagnes du Nord pour être les esclaves des Arméniens,
Ce sont ceux qu'on appelle aujourd'hui Ibères. Quant à lui, après avoir régné
30 ans, il mourut à Nisibe.
Ces choses sont écrites en langue arménienne ^ ; quoiqu'ils les considèrent comme la
vérité, elles ont l'apparence d'une histoire fabuleuse.
1. Vers, ar, ; 'v^U'. (Arsace). — 2. ^i»». — 3. Lire : 'noli^th (vers. ar.). — 4. Lire:
5. Cf. MoïsB DE Kborène, II, IX et suiv, ; Étiennh Asolik, trad, Dulaurier, p. 32.
VI
Nous ÉCRIVONS LES NOMS DES CA.THOLIGOS NESTOniKNS,
I. Aqaq'. Celui-ci fut élevé dans l'École d'Édesse, avec Bar Çauma et Narsai, qui
s'instruisirent dans les livres de Diodorus et de Theodorus (traduits) dans cette
langue araméenne. Et,s'étant rendus dans les pays des Grecs, ils eurent pour précep-
teur Aohalos* (?), disciple de Theodorus. Après qu'ils furent revenus en Orient, cet
Aqaq fut élu, et il fut institué dans un lieu appelé al-Madaïnah, c'est-à-dire les
Villes'. II rassembla les évoques qui professaient son opinion, parmi lesquels étaient
Bar Çauma le Rhéteur et lohannan de Garmai^ et ils définirent qu'on devait con-
fesser le Christ en deux hypostases, deux natures et deux essences dans l'unique
T^pis-wTTov du Fils.
II. Ianai (Babai)*. Après Aqaq, fut institué lanai (Babai), son disciple' (?),
aussi à Madaïn. Il gouverna 6 ans. Celui-ci statua que les prêtres pourraient épouser
plusieurs femmes et que même le calholicos devait être marié.
III. SÎLA. Après lanai (Babai) vint Sîla, c'est-à-dire : Demandé. Il était prêtre et
avait une femme et un fils. Il fut institué à Madaïn. Il exerça 8 ans. 11 mourut et y
fut enseveli.
IV. [Nahsai] ^. Après Sila fut institué Narsai. Comme il ne fut pas institué du con-
sentement de tous les évêques, il ne fut pas accepté par tout le peuple.
V. Eliseus. Eliseus fut institué en dehors de l'endroit précité. Il y eut deux par-
tis en lutte, qui s'anathématisèrent mutuellement; et, quand Narsai mourut, Eliseus
fut déposé.
VI. Paulus. Celui-ci fut choisi pour être catholicos lorsqu'il était évêque de Gon-
disabour. On lui imposa de destituer les évêques qui avaient été établis par Narsai
et par Eliseus. Après les avoir déposés l'un après l'autre, et avant d'avoir accompli une
[annéej ', il mourut.
VII. Mar'Aba, 16 ans. Celui-ci était mage d'origine, et était instruit dans les doc-
trines profanes. En l'an 6 de Khosrau Anosirvan', il fut institué; et, à cette époque,
il y eut une persécution contre les Chrétiens. Et celui-ci disposa pour les Nestoriens
1. Acacius. Les noms et le numéro d'ordre sont écrits en marge du ms, — 2. Même orthographe
dans la version arabe. II faut très probablement lire : uioi^o»oU, Theodulus ; cf. Maris, éd.
Gismondi, trad., p. 38. — 3. ^UU. Séleucie et Clésiphon. — 4. La vers. ar. porte aussi lanai,
au lieu de Babai, Cette confusion, impossible en syriaque, montre que la notice a été composée sur
des documents arabes. L'auleur a ponctué Jli, au lieu de j\j. — 5. Le texte est altéré ; vers. ar. :
ova;-» ;3 oV». — 6. Sic vers. ar. — 7. Suppléer: I^1J. (vers, ar.). — 8. Même orthographe défec-
tueuse dans la vers, arabe.
APPENDICE VI 521
des canons et des règles; il définit que le catholicos ne pouvait avoir une femme; et
il interpréta les livres de Theodorus et propagea sa doctrine.
VIII. Joseph, 12 ans. Celui-ci était médecin et excellait dans cet art. Il disposa de
nouveau des règles pour les Nestoriens; [776] et quand il eut exercé son office avec
rectitude pendant 12 ans, il fut atteint de la passion mauvaise de l'avarice, et, sans
pitié, il rassemblait de l'or pour prix des jugements et des ordinations. C'est pour-
quoi les évêques se réunirent et le déposèrent'. Il resta trois ans déposé et mourut.
■Cependant, ses canons sont admis chez eux.
IX. EzÉCHiEL, 11 ans. Celui-ci avait été disciple de Mar Aba % et était évêque de
Nou'manyah'; et ayant été élu et institué, il gouverna avec rectitude pendant 11 ans.
X. Isô'yahb {!)', 1,5 ans. Celui-ci est appelé Arzounaya. Il fut illustre, et leur établit
des règles. Il fut envoyé comme ambassadeur par Khosrau, roi des Perses, à Mauri-
cius, empereur des Grecs. De son temps, la verge de colère" se fit sentir dans le Beit
■Garmai; alors il ordonna et institua le jeûne des Ninivites, pendant trois jours, et le
fléau cessa. De son temps Nou'man bar Mondar devint chrétieji.
XI. SabrÎsô', 8 ans. Celui-ci était du Beit Garmai; il fut institué par la contrainte
du prince °, car les évêques furent frappés à coups de bâton jusqu'à ce qu'ils l'ordon-
nassent. Il était vieux, et, après avoir gouverné pendant 8 ans, il mourut.
XII. Gregorius, 4 ans. Celui-ci est surnommé Bar lanai '' (?), (originaire) de
Kaskar*. Il fut institué à Madaïn. Il y fut 4 ans et mourut.
XIII. Isô'yahb (H)', Bans. Celui-ci dans sa jeunesse avait pris femme, et il fut élu
par la contrainte du prince, à Madaïnah'", en l'an 4 des Arabes. Peu de temps après, il
<nourut, et les Nestoriens restèrent sans catholicos pendant 18 ans"; car leurs affaires
furent troublées.
XIV. Maremmeh, 3 ans. Celui-ci était d'Arzoun. Il avait été évêque de Gondisabour,
puis il fut élu et devint catholicos, et il gouverna pendant trois ans".
[XV. Isô'yahb (III), 10 ans] ..., et quand tous les évêques furent réunis, ils
consentirent h accepter celui qu'il aurait lui-même choisi, et à ce que celui qui
ne l'accepterait pas fût déposé. Or, après avoir obtenu leur signature, il dit :
« Je n'en choisis pas d'autre que moi-même, qui serai votre chef ». Ainsi ils
l'acceptèrent involontairement. Mais, à la vérité, il gouverna" très bien. II disposa la
liturgie'* de Nestorius en abrégé, car elle était fort longue. Au moment de sa mort,
il fit ordonner Georgius son disciple.
. ;,
1. Lire : '.«oiaflBj^û. — 2. Ms. et vers. ar. : Marana ; (IJIjU au lieu de liljU). - 3. ÂJUjuJI =^
il.-JI jifâ,,.! (Maris). — 4. Lire : i3{n..va». . — 5. La peste. — 6. Liltér. : « par le glaive du
prince ». — 7, Sic ms. et vers. ar. ; le texte paraît altéré. — 8. : : 'A'^'^. — 9. \. de Gedala. —
10. Lire : wu.via i.ov=. — 11. Cette longue vacance suivit la mort de Gregorius. — 12. Une note
marginale avertit qu'il y a ici une lacune. Elle est fort peu étendue, puisqu'il s'agit aussitôt de
l'élection de Jésusyahb d'Adiabène, successeur immédiat de Maremmeh. — 13. Lire : ;=» i-a*.
/vers. ar,). — 14. Sic ms. et vers. ar. ; 'Amr parle seulement du Bréviaire des Nestoriens.
m 61
522 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
XVI'. Georgius. Celui-ci gouverna peu de temps et mourut.
XVII. loHANNAN bar Marta*. Celui-ci eut une vive querelle avec les évoques. C'est
pourquoi il abandonna volontairement le siège.
XVIII. Henanisô' (I). Celui-ci est surnommé chez eux « le Grand ». Sept ans après
qu'il eût été institué, lohannan' revint et donna beaucoup d'or au prince; le prince
commanda à Henanisô', en disant : « Celui-ci a été élu avant toi ; donne-lui la crosse et
la mitre, si tu ne veux pas mourir ». Il eut peur et les donna. lohannan, avec
l'appui des glaives et des armes, se rendit à Madaïnah, et contraignit les évêques à
le recevoir*. Peu après, il mourut. Henanisô' mourut aussi après lui, et ils restèrent
sans catholicos pendant 25 ans.
XIX. Çeliba[zeka]^, 14 ans. Celui-ci effaça le nom de [lohannan, et fit proclamer
le nom de Ilenanîsô'. II gouverna 14 ans et mourut.
XX. Pethion, 12 ans. Celui-ci était]' du Beit Garmai. Il fut évoque et gouverna le
diocèse de firhân; il devint catholicos, pendant 12 ans, et mourut en l'an 123 des
Arabes.
XXI. Mar-Aba (II), 10 ans. Celui-ci est surnommé Bar Brikzebianè'. Il était de
Kaskar*. Il fut évêque de cette ville et devint ensuite catholicos pendant 10 ans; et
il mourut.
XXII. SoURÎN, Celui-ci était métropolitain de Nisibe ; il donna de l'or au gouver-
neur de la ville, ni celui-ci contraignit les évêques de l'ordonner. Ensuite, les chefs
nestoriens [allèrent trouver] ' le khalife SafTah '", qui destitua le gouverneur, et Sourîn
fut chassé et déposé.
XXIII. Jacques, 19 ans. Quand celui-ci devint catholicos, il renvoya Sourîn à sa
métropole. Il gouverna 19 ans et mourut.
XXIV. Henanisô' (II), 7 ans. Celui-ci était évêque de Daqouqah", et il devint catho-
licos en l'année où Mahdi devint khalife. Il gouverna 7 ans et mourut.
XXV. TiMOTHEDs, 43 ans. Celui-ci trompa les gens de la ville (en promettant) de
leur donner de l'or ; mais quand il eût été ordonné, il ne donna rien. Il gouverna pen-
dant 43 ans, et mourut du temps de Mâmoun.
XXVI. Isô' (bar Noun), 4 ans. Celui-ci était du pays de Ninive; il fut ordonné en
l'an 205 des Arabes ; il mourut dans le couvent de Kalilîsô'.
1. Par suite de l'omission du titre précédent le ms. met ici le n° 15, et la divergence continue
jusqu'à la fin. — 2. Vers. ar. (à tort) : Uo^.^. — 3. L'auteur confond Jean bar Marta (mort peu
de temps après son abdication) avec Jean le Lépreux, métrop. de Nisibe. — 4, o^^^clzal, —
5. Lire : Pi l=»^i (vers. ar.). — 6. Les mots entre crochets ont été omis par le copiste. Restituer,,
d'après l'arabe : . ^a^^a ■> '^* — •:• ^.vso j» U'^t. ps» »li.3o . \i.a».ii>., ov^àv iplo ^-o.»] om^ 1.»;^, |jo,
....«•«■•.çv'^'^ [<° 'o* t'®* •> "^^ I-—"-. — 7. « Bénie sa volonté. » — 8. i-aaas. — 9. Lacune d'un mot..
— 10. Lire : a^SUo (vers, ar.); Abou'l-'Abbas as-Saffàti. — 11. Ainsi Barhébréus (II, 163).
APPENDICE VI 523
XXVII. Georgius (II), 4 ans. Celui-ci est surnommé Bar Çabah'; il éVait de Marga %
-et s'était marié. Ensuite il se fit moine; il fut ordonné métropolitain de Gondisa-
bour% et y exerça son office pendant 20 ans; alors il devint catholicos, pendant
•4 ans, et mourut.
[777] XXVIII. Sabrîsô' (II), 4 ans. Celui-ci était évêque à Harran, ayant été ordonné
par* Iwannis, métropolitain de MossouI\ Il fut transféré par Timotheus et devint
■métropolitain de Damas. Quand Mâmoun se rendit en ce lieu, avec les chefs nes-
toriens, l'évêque leur distribua de grands présents; il fut élu par eux et devint catho-
licos en l'an 217 ; il gouverna 4 ans et mourut.
XXIX. Abraham, 13 ans. Celui-ci était de Marga ; il fut institué par ordre du
khalife Mo'taçem*, et gouverna pendant 13 ans.
XXX. Theodosius, 5 ans et un mois. Celui-ci était évêque du Beit Garmai. Le
-catholicos Sabrîsô' le transféra et il devint métropolitain de 'Anbar. Puis il y eut du
trouble excité contre lui, et il s'en retourna demeurer en paix dans sa maison, sans
diocèse, pendant 5 ans ; et après cela, il fut choisi et devint catholicos.
XXXI. Sergius, 12 ans. Celui-ci était métropolitain de Nlsibe. Il fut institué par
l'ordre do khalife Moutawakkil, en l'an 1171 de l'ère des Syriens. Il gouverna
pendant 12 ans. Après lui, le siège resta vacant pendant 4 ans.
XXXII. Ends, sept ans. Celui ci était métropolitain de Mossoul; il gouverna pen-
dant 7 ans, et mourut en Tan 270 des Arabes,
XXXIII. loHANNAN, [8] ans. Celui-ci est appelé Bar Narsai. Il était évêque [de
'Anbar]''. Il devint catholicos en l'an 271 des Arabes, Il gouverna 8 ans et mourut.
XXXIV. Iwannis, 6 ans. Celui-ci était le fils du frère de Theodosius, Comme les
évoques étaient réunis, il monta h l'ambon, à la fête de la Pentecôte, et commenta
l'homélie du Théologien' sur le Saint-Esprit. Il plut aux évêques et à tout le peuple,
parce qu'il était très versé dans les livres de l'Église. C'est pourquoi il fut ordonné,
en l'an 280° des Arabes. Il gouverna 6 ans et mourut.
XXXV. loHANNAN, 4 ans. Alors, les évêques nestoriens se divisèrent en deux par-
tis; les uns voulaient Theodosius, évêque de Gondisabour", et les autres lohannan
bar 'Isa, le boiteux. Après de grands préjudices, ils convinrent de tirer au sort entre
les deux. Le sort désigna lohannan; il fut institué; il gouverna quatre ans et
mourut.
XXXVI. Abraham, 32 ans. Celui-ci était évêque du Beit Garmai, et fut ins-
titué catholicos du temps de khalife Mouqtafî; il gouverna 32 ans et mourut.
1. AMR.(ed. Gismondi), p. 67 : ^L«_^'l \\. — 2. De même Barhébr. (II, 187); Maris et 'Amr :
« de Karkha » t-j50I JaI -j». — 3. Même orthographe fautive dans la vers. ar. ; lire : iaaooi^.
— 4. Lire ; l)»| ^.«13. — 5. Sic ms. et vers. ar. ; lire : « de Nisibe », d'après Maris et 'Amr. —
6. ;>o.^i.a». — 7. Rédactioa identique dans la vers. ar. ; lire : ;-=j!i. — 8. Grégoire de
Nazianze. — 9. Ainsi tous les auteurs; ms. et vers, ar. : « 288 ». — 10. iaaoo^^.
524 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
XXXVII. Emmanuel, 22 ans. Celui-ci fut institué catholicos en l'an 326 des Arabes;
il exerça 22 ans et mourut.
XXXVIII. Israël, 26 ans. Celui-ci était évêque de Kaskar, et fut institué catho-
licos. Il exerça 26 ans et mourut'.
XXXIX. Mari, 14 ans. Celui-ci était de Mossoul. Il devint évêque et ensuite métro-
politain en Perse; enfin il fut institué catholicos; il gouverna pendant 14 ans et
mourut.
XL. [IwANNis]*, 9 ans. Celui-ci était évêque en un lieu appelé Séna, et devint
métropolitain en Perse. Il fut ensuite élu par les gens de Bagdad, et fut institué
catholicos en l'an 391 des Arabes. 11 fut familier avec Ignatius, le maphrien, c'est-à-
dire catholicos, des Jacobites, surnommé Bar Qîqî', à Tagrit. Il gouverna pendant
9 ans et mourut.
Fin. de ces choses comme nous les avons trouvées dans le livre''.
1. Après Israël vint 'Ébedjesus, passé sous silence dans le texte et dans la vers, arabe. —
2. Nom omis dans le ms. et dans la vers, arabe. — 3. Cf. ci-dessus, p. 134-137.
4. Notre ms. ajoute : « par le diacre Gouria, en l'an 2199 des Grecs » (1898 de l'ère chrétienne).
Gouria est très probablement un pseudonyme. Le manuscrit de la version arabe se termine ainsi :
«,jo| •..^S», oi^o l'.^ 1^3 How ti..) |à^vi3 « comme nous avons trouvé, et gloire à Dieu! Amen. B
TABLEAUX GENEALOGIQUES
pour l'intellig^ence du texJe de la Chronique de Michel le Syrien.
(N. B. — Les généalogies ne sont point complètes et ne comprennent habitueUemeat que les personnages dont il est fait mention dans la Chronique. >
I. Abou'l-'Abbas Saffah
I. Khalifes Abbassides'.
Mohammed, fils de 'Ali, fds de 'Abdallah, fils de 'Abbas oncle du Prophète.
I
II. Abou Dja'far (Manijour;
I
III. Mahoi
IV. MoL'SA iHadi)
VI. Amis
V. Haboun ab-Rasid
I
Ibrahim
Vil. Mamoun
I
Abbas
Mançour
VIII. Abou Ishaq (Mou'taçim)
Mohammed IX. H,«ouN (Watiq)
X. Moutawakkil
I
XII. AnuED
(Mousta'în)
XIV. MOUHTADI XI. MoUNTACIIi
I I I I
XIII. Mou'taz Mouayad XV. Mouhtabid Mouwaff'ak
XVI. Mou'thadi
XVII. MOL'QTAFI
XXII. MOUSTAQFI
XXIX. MOCSTAKSIO
I.
XXX. Rasid
XVIll. MOUQTADIB
I
XIX. Qahib
I I I
XX. Radht XXI. Abou Ish.vq Mouqtafi (Mouttaqi) XXIII. Al-Fauhl (Mouti')
I I
XXV. Abou 'l-'Abbas Qadir
XXIV. Aboo BiKH (Tayi")
XXVI. Qaiem
I
Mohammed (Dhasirat ed-Dîn)
I
XXVII. MOLQTADI
XXVlll. MOUSTAbHIR
I
XXXI. MouTTAQr (Mouqtafi)
XXXII. MOCSTANDJID
XXXIII. MousrADHi
I
XXXIV. Naçir
1. Nous donnons les noms tels qu'ils se rencontrent chez Micbel. et nous ajoutons entre parenthèses les noms plus usuels donnés par les auteurs arabes.
526
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
II. Seldjoukides du Khorasan.
Michael, fils de Seldjouq
I
Daoud
I
I. Togril-bek I"'
Qarwad
{Seldjonkides du fiirman)
m. Maliksah 1"
I
II. Alp-Àrslan*
I
(à Damas)
1. Toutous Tadj ed-Daula '
V. Rokn ed-Dtn VU. Mohammed' VIII. Sindjar» IV. Mahmoud I" 2. Rodwan*
(Barkyaroq) (Ghyated-Dîu) |
VI. Maliksah II
3. Alp-Arslàn'al-Akhras
I
Douqaq*
4. Sultansah»
IX. Mahmoud II* ^Moghyt ed-Dîn)
I
XII. Togril II XI. Mas'oud'" (Ghyat ed-Dîn) XIV. Soleimaiisah
X. Daoud" XIII. Malikrah m" Mohammed" Alp-Arslan" Arslansah
Mohammedsah '
Togrilsah
1. Cf. ci-dessus, p. 159. — î. P. 168, 170. — 3. P. 178. — i. P. i9î. —5. P. 216. — 6. P. 417. —7. P. 192, 2U, 225. — 8. P. 175,225, 315. — 9. P.
J06, 225, 248. — 10. P. Î04, 2)6, 241, 246, 248, 310. — 11. P. 241. — 12. P. 315. — 13. P. 310. — 14. P. 265. — 15. P. 312.
III. Seldjoukides de l'Asie-Mineure.
Israël ou Arslan, fils de Seldjouk
I -
Qotloumis
Soleiman I"'
Kilidj- Arslan I" Daoud •
I
al-Faridj •
Malik "Arab» ,
§ah nsah "
Mas'oud*
1
Togril-Arslan '
X..'
§ahinsah
1
Kilidj-Arslan II»
1
1
plusieurs filles'"
Qotb ed-Dîn"
(Malik-!,ah)
Kaï-Khosrau"
(Ghyat ed-Dîn)
Nour ed-Dîn "
(Sultansah)
1
Soleiman II
(Rokn ed-Dîn)
1
Kilidj Arslan III
Mo'izz ed-Dîn"
(Qaiçarsah)
plusieurs filles"
1. Cf. ci-dessus, p. 179. — 2. P. 172, 179. — 3. P. 187, 194. — 4. P. 194, 223. — 5. P. 194. — 6. P. 194, 219, 223, 245, 258, 310, 312. — 7. P. 19(, 225.
— 8. P. 346. — 9. P. 275, 290, 305, 312, 319, 326, 332, 346, 357, 373. — 10. Parmi elles : 1» une qui épouse o) Malik Mohammed, Danismenide, puis :
6) Ta'qoub-Arslan, frère du précédent (p 255); 2» une autre qui épouse Nout ed-Din d'Alep (p. 297); l' une autre qui épouse a) Ya'qoub-Arslan
(p. 310); et ensuite : b) Ismaël, petit-neveu de ce dernier (p. 3241. — 11. P. 407, 4i0. — 12. P. 410. — 13. P. 411. — Jt. P. 407. — 15. Parmi el!«s :
1« une qui épouse Nour ed-Din, lOrtokide, de Hesn-Képha (p. 388); 2' une autre qui épouse Bahramsab, seigneur d'Erzanga (p. 405).
NOTES GOMPLExMENTAIRES
527
IV
Famille du Danismend.
Mohammed I, on Ismaïl, fils d» Tilou le Danismend, surnommé Goumistikin, et appelé par Michel
Tanousman '.
I
Emir Ghâzi '
Aghousian '
dix autres fils
plusieurs filles •
Malik Mohammed II'
ou Malik Mahmoud
I
Yagan '
Daulah '
I
Ya'qoub-Arslan'
fille"
I I I I
Danoun" Yaunas " Alipas" Ibrahim" Dhou'l-Qarnaïn"
Ismall "
Mohammed"
ou Mahmoud
I
Abou "1-Qasim "
Baldoukh', plusieurs filles"
Féridoun '•
1. P. 173, 187. —2. P. 194, 205, 218, 219, 233. — 3. P. 192. — 4. L'une d'elles possède Syœnada (p. 230). — 5. P. 223, 237, 248, 253. — 6. P. 224,
238. — 7. P. 238, 253, 304. — 8. P. 253, 297, 305, 310, 319, 324. — 9. Emir de Samosate — 10. Parmi elles, une qui épouse Ibn Mangoug (p. 205); une
»ulre épouse Mas'oud de Cappadoce (p. 219, 230). — 11, P. 233, 346, 349, 369. — 12. P. 223, 253. — 13. D'après Dulaurièr, Hist, Arméniens des Croisades,
t. I, p. Lxxii. Le tableau donné en cet endroit doit être corrigé d'après le nôtre sur plusieurs points. — 14. P. 304, 319. — 15. Epouse Qara-Arslau Fakr
ed-Dîn (p. 320). — 16. P. 3)9, 337, 362, 373. — 1 7. P. 337, 343. — 18. P. 343, 362. — 19. Nous savons «enlement qu'il est petit-61s de Mohammed, et
fils d'un frère de Danoun ; le nom de son père ne se rencontre pas dans la Chronique (p, 324, 346, 349).
I
llghazi Nedjm ed-DIn '
V
Omokides.
Ortoq ibn Aqsis (f k Jim, 1091).
Ubarmis*
Soqman
Mo'in ed-Daulah
I
Behram
AyazS Timourtas* ^ Soleiman"
Hossam ed-Dlii Sems ed-Daulah
Ibrahim
Daoud »
Roka ed-Dîn
I
I I . I I „ I
Alby' Djemal ed-Dîn' Sems ed-Dîn' Arslan Dogmis '" Soleiman'
Nedjm ed-Dîn (Çamçam)
*Abd el-Djahbar
Soleiman
Qara-Arslan Fakr ed-Dîn "
I
llghazi 11 Qotb ed-Dîn '
I
I
Youlouq-Arslan
Hossam ed-Dîn '
Orjoq-Arslan
Mahmoud ou Mohammed "
Nour ed-Dîn
Soqman II, Qotb ed-Dîn'* Mahmoud Naçer ed-Dîn
I I
"Imad ed-Dîn" fille"
1. P. 193. — 5. P. 215. — 3. P. 216. — i. P. 218. — 5. P. 218, 220. — 6. P. 314. — 7. P. 368. — 8. P. 396. — 9. P. 216. — iO. P. 237, 258. — 1 1. P. 250.
— 12. P. 258. — 13. P. 329. — 14. P. 8:16. — 15. Epouse Abou '1-Qasim, pais son frère Féridoun, le Danismenide (p. 3*3).
328
CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
VI. 'Oqa.ii,iy)ES {à M ossoiil).
D'après S. Lane-Poolb, The Mohammadan Dynasties, p. 116.
Mousayyib, fils de Râfî", fils de Mouqallad
Abou Dhauwad "Ali
Mohammed [{ 386) (f 390)
I
1. Hossam ed-Daulah
Mouqallad (t 391)
I
2. Qirwas
(+ M)
3. Abou Khamil
Baraka (f 443)
Abou'l-Fadhl
Badraa (+ 42S)
Malik
I
Sems ed-Daulah
Salim (f 519)
•Alt (+ 302)
Abou '1-Hassaa
Mouqallad (f 446)
4. Qoreis (f 458
I
5. Mouslim ((• 418) 6. Ibrahim (1- 486)
Sihàb ed-Dîn Malik 7. 'AU (+ '
I I I
Mohammed Qirwas Mouayad
(+ i89] (t 493)
VIL MiRDASiDES (à Alep).
D'après S. Lane-Poole, op. cit., p. 115; et Weil, Gesch. der
Chaliphen, III, p. 109.
Mirdas
I
1. Salih
- I
2. Sibl ed-Daulah
Abou Kamil Naçr
- I
4. Rasid ed-Daulah
Mahmoud
3. Mou'izz ed-Daulah 5. Abou Douaba
Abou Oulwân Tamal 'Atiya
6. Djalal ed-Daulah
Samsam ed-Daoulah
Naçr
Watthab
(Sabib?)
1. Abou 'IFadha'il
Sabiq
(Les chiffres indiquent l'ordre de succession au pouvoir.)
VIII. Atabecs de Mossoul et de Mésopotamie
Aqsonkor Qaçim ed-Daulah
I
Zangui 'Imad ed-Dîn
Ghazi Seif ed-Dîn
I
Ghazi 11 Seif ed-Dîa
i
Sindjarsah Mo'izz ed-Din
I
Maadoud Qotb ed-Dtn
I
Mahmoud, Nour ed-D!a
Mas'oud el-M. Qahir 'Jzz ed-Dîn
I
Arslansah Nour ed-Dîn
I
'Imad ed-Dîn Zangui II Ismaïl el-Malik eç-Çalih
Mohammed Qotb ed-Dîn
IX. Ayoubides.
Sadi
I
'Ayoub Nedjm ed-Dîn
Sirkouh Assad ed-Dîn
_ I „ I ^
Sems ed-Daulah Sahinsah
(Touransah) |
Seïf el-Islam Çalah ed-Dîn
(Toghlekin)
MaUk el Modhaffer
(Taki ed-Dîn 'Omar)
Malik el-Mançour
Mohammed
Izz ed-Dîn
(Faroukhsah)
I I I
Malik el-Adel Tadj el-Molouk Mohammed
(Abou Bekr) (Bouri) (Naçr ed-Dîn)
I I
I I Sirkouh II
Malik el-Aouad 8 autres fils (Malik Modjahed)
Nedjm ed-Dtn Ayoub
Malik el-Afdhal
(à Damas)
Malik el-'Aziz
(en Egypte)
Malik edh-Dhaher
(à Alep)
NOTES COMPLÉMENTAIRES
529
Souverains de la Petite-Arménie
I. RouPKN le Grand (rers 1080)
II. Constantin 1 (-J-llOO)
III. Thobos I"
(U00-U29)
Roupen
mort àCple (H40)
IV. Léon 1»' (1129) prisonnier
à Cple (1136-39) (fH39)
N épouse de
Josselin de Courtenay
Tafroc ou Taphnuz
Arda, épouse de
Baudoin I d'Edesse
V. Thobos U (+ H67)
I
VI. RoupBN II (-1- 1170)
VII. Mleh (i 1115)
VIII. Roupen m (1175-81)
IX. Léon II (1187-1219)
XI
Premiers rois francs de Jérusalem.
Eustache, comte de Boulogne, épouse
Ida, fille de Godefroy, duc de Lorraine
I
I. GODBFROT
duc de Bouillon
roi de Jim (1099-1100)
II. Baudoin I"
comte d'Edesse (1099-1100)
roi de Jim (1100-1108)
Hugues de Rethel, épouse
Mélissende
III. Baudoin II du Bourg,
comte d'Edesse (HOO-1108)
roi de Jim (1118-1131)
Mélissende, épouse Alix, épouse Hodierne, épouse
IV. FoiLQUES, comte d'Anjou Boémond II, prince d'Anlioche Raymond II, comte de Tripoli
roi de Jim (1131-1144)
I
I
V. Bacdoin III (1144-1162)
I
VI. AUAUHY l" (1162-73)
VII. Baodoin IV
roi de Jim (1173-8S)
Sibylle, épouse :
1" Guillaume, fils du
marquis de Montferrat
I
VIII. Baudoin V
roi de Jim (1185 86)
2» Guy de Lusignan [IX]
roi de Jim (1186-87);
roi de Chypre (1192 94)
Isabelle, épouse :
1° Humfroy de Thoron;
2° Conrad de Montferrat [X]
roi de Jim (U90-1192);
3° Henri I^r, comte de Champagne [XIj
roi de Jim (1192-1197);
4° Ahaury II de Lusignan [XII]
roi de Jim (1197-1205).
68
TABLE DES MATIÈRES
LIVRE DOUZIEME
Pages.
CHAPITRE I". — De l'époque du commencement du règne de Léon, empereur desHomains,
et de Mahdî, roi des Taiyayê, à laquelle le saint patriarche et martyr Mar Georgius
sortit de prison i
CHAPITRE II. — Quand et comment surgit dans l'Eglise la querelle au sujet de l'expres-
sion V. panem cœlestem frangimus » 5
CHAPITRE III. — De l'époque du commencement du règne du Haroun, roi des Taiyayê,
et de Constantinus, empereur des Romains. De la mort du patriarche Georgius. De
ceux qui lui succédèrent dans l'Église des Orthodoxes, et des autres événements qui
survinrent à cette époque et sont consignés par écrit 8
CHAPITRE IV. — De l'époque à laquelle Constantinus tomba, avec sa mère, et à laquelle
Nicephorus commença à régner. De ce que fit à cette époque Haroun, roi des Taiyayê.
Du trésor qui fut découvert àEdesse. Du trouble causé au patriarche Cyriacus par les
moines; de l'union qu'il fit avec les Julianistes, et qui fut ensuite rompue i2
CHAPITRE V. — De l'époque du commencement du règne de Nicephorus, empereur des
Romains, et de Haroun Rasid, roi des Taiyayê. Commencement du schisme des Goub-
bayê contre le patriarche Cyriacus. Prodige qui eut lieu à Mabboug, et antres évé-
nements qui se passèrent à cette époque i5
CHAPITRE VI. — De la division qui eut lieu dans le royaume des Taiyayê après la mort
de Haroun, et de la division qui eut lieu à la même époque dans l'empire des Romains,
après la mort de Kicephorus. De la division qui s'éleva au sujet du patriarche
Cyriacus , 2i
CHAPITRE VII. — Sur l'époque des guerres civiles des Taiyayê, et des rebelles. Du
meurtre de deux empereurs des Romains. De la reconstruction des murs d'Édesse,
de Kaigoum et de Samosate, De la lutte et de la résistance contre le patriarche
Cyriacus, qui furent continuées par les rebelles excommuniés 25
CHAPITRE YIII. — De l'époque des rebelles qui se multiplièrent dans l'empire des Tai-
yayê ; du meurtre du roi Mohammed; du meurtre de Léon, empereur des Romains.
De la résistance contre le patriarche Cyriacus, et de la mort de celui-ci, qui survint
à cette époque. De la secte qui prit naissance, à Harran, d'un chalcédonien nommé
Theodoricus Pygla, et qui fut anéantie après avoir été dévoilée par Nonnus, archi-
diacre de Nisibe, homme éloquent de cette époque 2g
CHAPITRE IX. — De l'époque de Màmoun, roi des Taiyayê. Du meurtre de Léon, empe-
reur des Romains, sur lesquels régna Michel. A celte époque, un nouveau synode
d'évêques s'assembla à Callinice, à propos de l'expression « panem cxlestem », et
dans ce synode le patriarche Denys, le chroniqueur, fut ordonné 35
CHAPITRE X. — Exposé des choses qui ont encore été définies dans ce synode de Cal-
linice 4i
532 CHROiNIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Pages.
CHAPITRE XI. — Des choses qui arrivèrent encore du temqs de Mâmoun, dans l'empire
des Taiyayê, et pareillement dans celui des Romains, du temps de l'empereur Michel.
Des choses qui se passèrent dans l'Eglise au commencement du pontiCcat de Mar
Dionysius l^^
CHAPITRE XII. — De l'époque du commencement du règne de Theophilus, empereur
des Romains ; du succès du roi des Taiyayê, Mâmoun, qui est 'Abdallah. De la rébel-
lion d'Abîram et de la victoire de Mar Dionysius 5o
CHAPITRE XIII. — De la ruine que causèrent aussi les rebelles dans le pays d'Egypte,
du temps de Mâmoun, roi des Taiyayê. De ce qui arriva à Baçra, à cette époque. Du
décret porté contre l'Eglise, à props duquel Mar Dionysius descendit en Egypte. . 59.
CHAPITRE XIV. — Il est tout entier consacré aux événements ecclésiatiques. Rébellion
de Philoxenus de Nisibe et de Lazarus de Bagdad, à propos desquels le patriarche
Mar Dionysius descendit à Bagdad, et rencontra Mâmoun, roi des faiyayé, comme
il l'écrit lui-même très exactement 64
CHAPITRE XV. — Sur divers événements qui eurent lieu du temps des trois empereurs
Romains dont les noms sont consignés dans les précédents chapitres; et sur la suite
des événements ecclésiastiques, que le patriarche Dionysius a disposés très exacte-
ment dans son livre 70
CHAPITRE XVI. — De l'époque à laquelle l'empereur des Romains, Theophilus, envahit
la Petite Arménie et engagea la guerre avec les IÇaiyayè. Des événements ecclésias-
tiques qui eurent lieu à cette époque. Du faux Antéchrist représenté par un insensé
qui eut quelque célébrité et fut ensuite démasqué 73
CHAPITRE XVII. — Récit sur le pays d'Egypte, écrit par le patriarche Dionysius, rela-
tivement aux choses qu'il y vit, lorsqu'il s'y rendit avec le roi Mâmoun ■jty
CHAPITRE XVIII. — Sur l'époque de la mort de Mâmoun et du commencement d'Abou
Ishaq, qui fut un soulagement pour Theophilus, empereur des Romains. Sur la des-
cente du patriarche Dionysius en Orient ; et sur différentes choses 85
CHAPITRE XIX. — De l'époque de la seconde invasion de Theophilus, empereur des
Romains, dans le pays des Taiyayê. De la venue de Georgius, roi des Nubiens, près
d'Abou Ishaq, roi des Taiyayê. Des villes nouvelles que voulut hàtir le roi des Tai-
yayê. Du troisième voyage à Bagdad du patriarche Mar Dionysius. De la ruine qui
survint à cette époque parmi les Ncstoriens de Bagdad et parmi les Ch.ilcédoniens
d'Antioche 8S
CHAPITRE XX. — De l'entrée d'Abou Istiaq roi des faiyayé, dans le Beît Roumayê ; de
la défaite de Theophilus, empereur des Romains; de la destruction cruelle de la ville
d'Amorium ; des phénomènes aériens; et récit des événements ecclésiastiques qui
eurent lieu à cette époque g4
CHAPITRE XXI. — De l'époque de la fin des deux rois ; Abou Ishaq des faiyayé et
Theophilus des Romains, qui firent la paix et moururent tous les deux peu de temps
après. Sur les terribles accidents qui survinrent à cette époque. Sur les rebelles qui
se montrèrent de nouveau dans l'empire des Taiyayê. Discours apologétiqae et per-
suasif placé par le bienheureux Mar Dionysius à la fin de son ouvrage. Sur son pieux
décès, qui eut lieu à cette époque loi
LIVRE TREIZIEME
CHAPITRE I". — De l'époque du commencement de Haroun II, roi des faiyayé, de
Michel III, empereur des Romains, et de Mar Jean III, patriarche 112
TABLE DES MATIERES 533
Pa^es,
CHAPITRE II. — De l'époque à laquelle régnaient, dans l'empire des Romains, Basilius
et Léon, et dans celui des Arabes Mouhtadi et ensuite Ahmed Mou^tamid ; avec men-
tion des pontifes qui se succédèrent dans notre Église ii6
CHAPITRE III. — De l'époque du commencement du règne de Romanus, empereur des
Romains, à laquelle des rois relâchés gouvernèrent l'empire des Taiyayè : C'est pour-
quoi les Romains prévalurent et enlevèrent des villes à l'empire des faiyayê. En
outre, histoire de deux couvents qui furent fondés à cette époque i3i
CHAPITRE IV. — De l'époque du règne de Constautinus et de ses successeurs : Roma-
nus II et ensuite Nicephorus ; auquel temps régnaient sur les Taiyayè Abou Is^aq, et
ensuite Abou 'I-Qaçimjct ensuite Mouti', A cette époque le patriarche fut Mar Jean de
Sarigta; et il bâtit le couvent de Bârîd 127
CHAPITRE V. — De l'époque à laquelle Symyékai régna sur les Romains, et ensuito
Basilius et Constantinus, les fils de Romanus. A celte époque régnaient sur les fai-
yayê al-Fadhl, Abou Bekr, et leurs successeurs. A cette époque le peuple des Armé-
niens émigra d'Arménie en Cappadoce i32
CHAPITRE VI. — Sur l'époque de Romanus, fils de Basilius, empereur des Romains,
et de Abou 'l-'Abbas Qadir, roi des faiyayê. Sur Mar Jean bar 'Abdoun, le saint
patriarche que les Chalcédoniens emmenèrent à cette époque à Conslantinople, et qui
finit sa vie en exil • i36
CHAPITRE VII. — De l'époque de la fin de la vie de Romanus; et fin du Livre XIII . . i4G
LIVRE QUATORZIEME
CHAPITRE le'. — Quel peuple sont les Tourqayê, qui sont les mêmes que les Tourkayé,
et en quelle contrée ils habitaient ,4g
CHAPITRE II. — Sur les mœurs de ces Turcs i5i
CHAPITRE III. — Comment ils commencèrent à émigrer de la région où ils habitaient. i52
CHAPITRE IV. — De la dernière invasion des Turcs, par laquelle ils régnèrent sur la
Perse, l'Assyrie, la Mésopotamie, l'Arménie, la Palestine, la Cilicie, jusqu'à ce jour;
et même sur l'Egypte i54
CHAPITRE V. — De l'union dans la religion du peuple des Turcs avec les Arabes ... i56
LIVRE QUINZIÈME
CHAPITRE 1". — Règne de Constantinus Monomachus, sur les Romains, de Abou '1-
'Abbas Qadir, sur les Arabes, de Togril-bek, premier roi des Turcs, dans le Khora-
sau. Élection du patriarche Mar Jean, neveu de Mar Jean bar 'Abdoun i58
CHAPITRE II. — De l'époque à laquelle les Turcs montèrent dans la région de Cappa-
doce ; à laquelle fut rebâti le mur de Mélitène ; à laquelle s'aggrava la lutte des Grecs
contre les Orthodoxes et entre eux lôS
CHAPITRE m, — De l'époque du commencement du règne de Romanus Diogenes,
empereur des Romains, qui fut vaincu et pris parles Turcs. Des affaires ecclésias-
tiques à cette époque 168
CHAPITRE IV. — De l'époque du commencement du règne de Michel, fils de Constan-
tinus, empereur des Romains. Commencement du second sultanat des Turcs dans la
contrée du Pont. Sur la perturbation des affaires ecclésiastiques à cette époque. Sur
Philaretus, arménien de celte époque 172:
534 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYIEN
Pagts.
CHAPITRE V. — De l'époque de Nicephorus et d'Alexandre, empereurs des Romains, à
laquelle les émirs des Turcs régnèrent. Des patriarches et des évêques qui résistèrent,
dans l'Église, à 'Abdoun lyS
CHAPITRE VI. — De l'époque du commencement du règne d'Alexis, empereur des Romains,
à laquelle le royaume des Turcs s'affermit davantage. Mauvais état des affaires ecclé-
siastiques 178
CHAPITRE VII. — De l'époque de l'exode des Francs qui régnèrent à Jérusalem. De la
descente du patriarche Athanasius à Bagdad, près du khalife 182
CHAPITRE VIII. — De l'époque à laquelle les Turcs s'emparèrent de Mélitène pour la
première fois ; du massacre de Gabriel et de Bar Hetom, et commencement du règne
de Kilidj-Arçlan ; construction du mur de Kaisoum. Des événements ecclésiastiques
de cette époque 187
CHAPITRE IX. — De l'époque du second siège de Mélitène ; époque à laquelle il y eut
du trouble dans l'empire des Turcs dans le Khorasan, et en Egypte, et en Syrie, et
parmi les Arméniens, et dans les affaire» ecclésiastiques igi
CHAPITRE X. — De l'époque à laquelle les calamités se multiplièrent sur Mélitène,
après la mort du sultan ; à cette époque les Francs prévalurent, puis la discorde
tomba parmi eux, et ils devinrent misérables; à cette époque le nouveau chef des
Turcs sortit du Khorasan et vint assiéger Edesse. Des affaires ecclésiastiques qui
allaient mal 194
CHAPITRE XI. — De l'époque à laquelle Mar'as fut renversée par un tremblement de
terre. Sur le Turc Balaq ; sur les Arméniens Basil-le-Voleur, Theodoros, Lebon et
Constantin, qui vécurent à cette époque. Sur les autres affaires séculières et ecclé-
siastiques 198
CHAPITKE XII. — De l'époque du commencement du règne de Jean, fils d'Alexis, em-
pereur des Romains, à laquelle les combats se multiplièrent entre les Turcs et les
Francs. A cette époque, la place de Bîrta fut pillée, et les Comaus furent soumis par
les Grecs. Sur les autres affaires civiles et ecclésiastiques 2o3
CHAPITRE XIII. — De l'époque à laquelle le roi de Jérusalem et Josselin d'Édesse
furent pris par Balaq. Sur la révolte qui eut lieu à Hesna de Ziad; sur la mort de
Balaq, et sur les autres affaires civiles et ecclésiastiques de cette époque 210
CHAPITRE XIV. — Nous avons copié entièrement ce chapitre, qui est placé à la fin de
ce Livre, dans un ouvrage écrit en arabe. On y trouve donc des histoires qui se sont
passées auparavant 2i3
LIVRE SEIZIÈME
CHAPITRE I". — Sur l'époque du siège de Mélitène, et sur les autres affaires civiles et
ecclésiastiques , 21g
CHAPITRE II. — De l'époque à laquelle les Francs prirent Tyr, ville du littoral, aux
Arabes égyptiens ; et sur les autres événements qui se passèrent à cette époque dans
tout l'Univers 222
CHAPITRE III. — De l'époque à laquelle fut tué Boémond, seigneur d'Antioche, et à
laquelle mourut Athanasius, patriarche d'Antioche. Des autres événements civils et
ecclésiastiques qui eurent lieu à cette époque 226
CHAPITRE IV. — De l'époque à laquelle Zangui sortit de Bagdad et régna sur Mossoul;
à laquelle Josselin régna sur Antioche; et à laquelle le patriarche Mar Jean fut
ordonné 229
TABLE DES MATIERES 535
CHAPITRE V. — De l'époque à laquelle Josselin I" mourut et son fils, Josseliu II,
commença à régner. Sur les divers événements q^ui se passèrent à cette époque dans
l'Église et entre les rois 232
CHAPITRE VI. — De l'époque à laquelle Bedawi régna à Antioche, et à laquelle mourut
Baudoin, roi de Jérusalem, et régna Foulques, son gendre. A cette époque mourut le
Turc Malik Ghâzi, et son fils Mohammed régna après lui; à cette époque Zangui
régna sur Alep; etc 236
CHAPITRE YIl. — De l'époque à laquelle il y eut un massacre à Damas, à laquelle il
y eut un complot contre le sultan arabe d'Egypte, et une guerre entre les sultans
Turcs du Khorasan ; et le reste , 239
CHAPITRE VIII. — Des événemeats qui se passèrent pendant l'espace de trois ans
parmi les rois de la terre et dans l'Eglise 244
CHAPITRE IX. — De l'époque de la mort du sultan du Khorasan, et de l'expédition de
son fils en Mésopotamie; époque à laquelle eut lieu l'ordination du patriarche Mar
Athanasius. Autres événements civils et ecclésiastiques qui eurent lieu à cette
époque 248
CHAPITRE X. — De l'époque de la mort de Malik Mohammed ; à cette époque mourut
aussi l'empereur des Grecs, Jean; à cette époque mourut le roi des Francs, à Jéru-
salem, qui est Sire Foulques ; à cette époque mourut Daoud, émir de Hesna de Ziad.
Autres événements civils et ecclésiastiques de cette époque 253
LIVRE DIX-SEPTIEME
CHAPITRE I*'. — De l'époque à laquelle Manuel régna sur les Grecs, Baudoin sur les
Fr.-mcs, et Ya'qoub-Arçlan sur les Turcs, à Sébaste. Autres événements qui eurent
lieu à celte époque 258
CHAPITRE II. — De l'époque à laquelle eut lieu la lamentable prise d'Édesse de Méso-
potamie, ville illustre des Chrétiens, que le glaive des Turcs ravagea, parce qu'à
cause de nos péchés, nous fûmes justement abandonnés de Dieu 260
CHAPITRE III. — De l'époque de la prise d'Edesse, à laquelle beaucoup d'événements
se passèrent parmi les rois de la terre et dans l'Eglise des Orthodoxes, etc. . . . 264
CHAPITRE IV. — De l'époque à laquelle Zangui fut tué. Autres événements qui eurent
lieu à cette époque 267
CHAPITRE V. — De l'époque de la seconde dévastation d'Edesse, et autres événements. 270
CHAPITRE VI. — De l'époque à laquelle un peuple nombreux s'ébranla et sortit de
rOccideat, à la suite des nouvelles déplorables d'Édesse. Du culte démoniaque qui
qui prit naissance à cette époque chez les Grecs ; et autres événements qui survinrent
dans l'Église 276
CHAPITRE VII. — Histoire d'Édesse. Chronique de Basilius, métropolitain de cette
ville "... 278
CHAPITRE VIII. — De l'époque à laquelle l'arménien Thopos régna en Cilicie ; des divers
événements survenus à cette époque dans le monde et dans l'Église de Dieu ... 281
CHAPITRE IX. — De la dévastation qu'eut à subir le couvent de notre seigneur Mar Bar
Çauma, en l'an i459, par le fait de Josselin 288
CHAPITRE X. — De l'époque à laquelle fut tué Bedawi, seigneur d' Antioche, ainsi que
Baudoin, et Baynald, seigneur de Kaiâoum. A cette époque les Turcs pillèrent les
bœufs et les moutons du couvent 288
536 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Pages.
CHAPITRE XI. — De l'époque à laquelle les Turcs s'emparèrent des pays que les Francs
possédaient. De la chute de Josselin; et comment la main droite de notre seigneur Mar
Bar Çauma revint au couvent SgS
CHAPITRE XII, — De l'époque qui suivit la chute de Josselin, à laquelle les Turcs
s'emparèrent des pays 296
CHAPITRE XIII, — Il est consacré à deux choses : premièrement, au prodige qui
eut lieu à Antioche et à l'église qui y fut bâtie; secondement, à une exhortation. 3oo
CHAPITRE XIV. — De l'époque à laquelle mourut Daulah, seigneur de Mélitène; et des
choses qui concernent cette ville et son territoire. Des autres événements qui arri-
vèrent à cette époque parmi les rois. De la discorde qui survint entre le maphrien
Ignatius et son diocèse 3o4
LIVRE DIX-HUITIÈME
CHAPITRE I". — De l'époque à laquelle les Francs enlevèrent aux Egyptiens Aéqalon,
qui est 'Asqalân. Autres événements de cette époque Sog
CHAPITRE II 3ii
CHAPITRE III 3i2
CHAPITRE IV 3i4
CHAPITRE V 3i5
CHAPITRE VI. 3i6
CHAPITRE VII 3j7
CHAPITRE VIII 319
CHAPITRE IX. — De l'époque à laquelle Qara-Arslan assiégea Amid. A cette époque on ■
amena les eaux au couvent de Mar Bar Çauma. 320
CHAPITRE X. — De l'époque à laquelle Boémond, fils de Bedavri, régna à Antioche, et
Amaury, roi de Jérusalem, entra pour la seconde fois en Egypte, A cette époque
Ya'qoub-Arçlan mourut, et aussi le maphrien Ignatius. A cette époque les Francs
furent battus près de Harîm et le seigneur d'Antioche et celui de Tripoli furent pris. 324
CHAPITRE XI 326
LIVRE DIX-NEUVIÈME
CHAPITRE I" 328
CHAPITRE II 329
CHAPITRE III 33i
CHAPITRE IV 332
CHAPITRE V 334
CHAPITRE VI • 336
CHAPITRE VII. — De l'époque à laquelle moururent le prince de Mossoul et le khalife de
Bagdad ; à laquelle Nour ed-Dîn descendit à Mossoul ; à laquelle le couvent de Mar
Mattai fut pillé, et à laquelle nous réunîmes un synode à Mar Hanania 339
CHAPITRE VIII. — De l'époque des attaques de Nour ed-Dîn contre Mossoul; et des
autres événements qui arrivèrent à cette époque 342
CHAPITRE IX. — De l'époque à laquelle le sultan Kilidj-A[r]çlan entra à Mélitène et les
émirs se réunirent de nouveau pour l'attaquer, à l'instigation de Nour ed-Dîn; à cette
époque, la fausse nouvelle de la mort de Nour ed-Dîn se répandit et la division tomba
entre les Turcs et les Arabes de ses étals 345
TABLE DES MATIERES 537
Pajei.
CHAPITRE X. — De l'époque à laquelle fut tué limaïl, prince de Cappadoce, auquel
succéda sou onole paternel Danoun ; à cette époque Nour ed-Din se montra guéri, et
la famine s'aggrava, par suite de la multitude des calamités violentes 349
CHAPITRE XI, — De l'époque à laquelle moururent Nour ed-Dîn et le roi Amaury. A
cette époque nous allâmes à Amid, et le catholicos Narsès mourut 352
LIVRE VINGTIÈME
CHAPITRE I*'. — De l'époque à laquelle cessa la principauté des Benê Tanousman, en
Cappadoce, quand le sultan d'Iconium y régna. A cette époque commença le règne
d'un autre Baudoin à Jérusalem; et notre église fut agitée par les nôtres 3S6
CHAPITRE II. — De l'époque à laquelle furent tués l'émir de Mélitène, et Mlelj,
prince de Cilicie, et Emîn ed-Dîn, gouverneur de Mardîn, et aussi le vizir du kha-
life de Bagdad, qui furent tués tous les quatre à la même époque. Des autres événe-
ments qui survinrent à cette époque : meurtre de l'évêque du Tour Abdîn ; Çalah cd-
Dîn l'Égyptien, qui s'empara de l'Arabie; le prince de Mossoul, qui reprit les pays
qui lui avaient été enlevés; les Turcs qui s'emparèrent des montagnes de Sassoun. . 36o
CHAPITRE III. — De l'époque à laquelle Çalah ed-Din sortit d'Egypte, s'empara de
Damas, et vainquit le seigneur de Mossoul. A cette époque, les Francs qui étaient
depuis longtemps emprisonnés à Alep furent délivrés. . 364
CHAPITRE IV. — De l'époque à laquelle mourut Nedjm ed-Dîu de Mardîn, et à laquelle
commença la guerre entre le sultan Kilidj-Arslan et l'empereur des Grecs, Manuel.
Autres événements qui arrivèrent alors , 368
CHAPITRE V. — De l'époque à laquelle Manuel, empereur des Grecs, fut vaincu par le
sultan Kilidj-Arçlan Î70
CHAPITRE VI. — De l'époque à laquelle le Sultan Kilidj-Arçlan s'empara de Mélitène ; .
et des antres événements qui se passèrent à cette époque en divers lieux 373
CHAPITRE VII. — De l'époque à laquelle Çalah ed-Dîn sortit d'Egypte en Palestine, fut
vaincu par les Francs et s'enfuit en Egypte. Des autres événements survenus à cette
époque 374
CHAPITRE VIII, — De l'époque à laquelle nous montâmes à Jérusalem pour la troisième
fois; et sur diverses autres choses 378
LIVRE VINGT-ET-UNIÈME
CHAPITRE I", — De l'époque à laquelle mourut Manuel, empereur des Grecs. A cette
époque Bar Wahboun osa tenter de ruiner les lois ecclésiastiques et tomba, comme
la foudre du ciel 38t
CHAPITRE II. — De l'époque à laquelle moururent subitement les émirs turcs, princes de
Mésopotamie. A cette époque le sultan vint à Mélitène et y convoqua ma Bassesse : et
je l'y rencontrai ; à cette époque aussi arriva un déplorable accident, c'est-à-dire l'in-
cendie du couvent de Mar Bar Çauma 38S
CHAPITRE III. — De l'époque à laquelle Isaacus, c'est-à-dire Ishaq, régna sur les Grecs;
et des autres faits et événements profanes qui eurent lieu à cette époque 393
CHAPITRE IV. — De l'époque à laquelle devait arriver, selon les prédictions des astro-
nomes, un ouragan, qui détruirait toute la terre habitée, comme autrefois le déluge
du temps de Noé. Autres événements qui eurent lieu à cette époque 3^6
III. 69
538 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Pagei.
CHAPITRE V. — De l'époque à laquelle les Curdes et les Turcomans massacrèrent,
pendant leurs guerres réciproques, les Chrétiens qui habitaient dans l'empire des
Taiyayê, ainsi que les autres nations ...,,... 4oo
CHAPITRE VI. — De l'époque à laquelle Jérusalem fut enlevée aux Francs par Çalah
ed-Dîn, sultan d'Egypte, et tomba au pouvoir des faiyayê. Des autres événements qui
eurent lieu à cette époque l^o'i
CHAPITRE VII. — De l'époque à laquelle les rois et les peuples francs partirent des
pays d'Italie, animés de zèle pour Jérusalem, Des autres événements qui se pas-
sèrent à cette époque f^o■J
CHAPITRE VIII. — De l'époque à laquelle moururent les deux rois Turcs : Kilidj-
Arçlan, sultan de Bithynie, Cappadoce et Petite-Arménie, et Çalah ed-Dîn, sultan
d'Egypte, Arabie, Palestine et Syrie. Des autres événements qui se passèrent à cette
époque 4io
Tableaux cbkonologiqves des livres XII-XXI 4i4
APPENDICES
î. — Noms des pontifes et des rois, écrits l'un après l'autre, comme ils sont rangés dans
ce livre '. 427
II. — Souvenir des empires qui ont été constitués dans l'antiquité par notre race des
Araméens, c'est-à-dire des descendants d'Aram, qui furent appelés Syriens ou gens
de Syrie. . '. 442
II. — Noms des patriarches qui ont existé successivement dans notre Église orthodoxe,
depuis le bienheureux Severus jusqu'aujourd'hui 448
IV. — Noms des évoques des divers sièges 49*
V. — Abrégé de l'histoire d'Arménie 5o5
VI. — Noms des Catholicos nestoriens. ' 52o
Tableaux oÉNÉALOGiQUEs des Khalifes abbassides, des Seldjoukides, de la famille du Daniâ-
mend, des Ortokides, des Mirdasides, des Oqailldes, des Atabecs de Mossoul, des
Ayoubides, des Princes de la Petite Arménie, et des Rois Francs de Jérusalem, . . 525
ANaiHS. — laPRIMKRIE ORIENTALI DB A. BDRDIN ET c'*i
CHRONIQUE
DE
MICHEL LE SYRIEN
PATRIARCHE JACOBITE D'ANTIOCHE
(1166-1199)
Éditée pour la première fois et traduite en français
PAB
J.-B. CHABOT
Ouvrage publié avec l'encouragement et sous le patronage de
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
TOME III
Fasoioule I
PARIS
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
28, RUE BONAPARTE, 28
1905
4
PUBLICATION DE 11 GHROIQIIE DB HIGHEL LE SYRIEN
La Chronique de Michel le Syrien formera 4 volumes in-4*.
Pour répondre aux vœux des Orientalistes, chaque volume paraîtra en
deux ou trois fascicules.
Chaque fascicule comprendra environ 100 pages de texte syriaque avec
la traduction correspondante.
Le texte aura une pagination continue, répondant aux 777 pages du
manuscrit, de manière à pouvoir être relié à part en un volume ; et la
traduction sera paginée de manière à former trois volumes.
L'Introduction, qui fait partie du premier volume, ne pourra être livrée
qu'à la fia de la publication, à cause des nombreux renvois qu'elle com-
porte aux difiérentes parties de l'ouvrage.
Des Tables très complètes, en syriaque et en français, seront jointes au
dernier fascicule.
Prix de chaque fascicule : 12 fr. 50.
CORPUS
SCRIPTORUM CHRISTIANORUM ORÎENTÂLIUM
CORANTIBCS
J.-B. CHABOT, I. GUIDI, H. HYVERNAT, B. CARRA DE VAUX
Ont déjà paru dans cette Collection :
Syriaca.
Ser. II, t. 64. ISôyahb III patriarcha, Liber Epistulai'um, éd. Rubens Duval.
— t. 93. DioNYSius Bar Salibi. Expositio liturgiae, éd. et interpr.
H. Labourt.
Ser. m, t. 4. Ghroniga minora, fasc. i, éd. et interpr. Ign. GoiDi.
— — Fasc. II, éd. E.-W. Brooks, interpr, J.-B. Chabot.
Aethiopica.
Ser. I, t. 31. Philosophi Abessini, éd. et interpr. E. LiTTMANN.
Ser. II, t. 5, fasc. i. Annales régis Iohannis, éd. et interpr. Ign. Guidi.
— 1. 17, fasc. i. Acta S. Ydréd et S. Pantdlêwon, ei. et interpr.
K. CONTI RossiNi.
— t. 22, fasc. I. Acta S. Mercurii, éd. et interpr. K. Conti Rossini ,
Arabica.
Ser. III. t. 1. Petros Ibn Rahib, Chronicon orientale, éd. et interpr. L.
Gheikho.
— t. 9. Severus Ben el Moqaffa'. Historia patriarcharum Alexan-
drinorum, éd. G. F. Seybold; fasc. i.
Huit autres volumes sont sous presse. — On peut se procurer séparément
la traduction de chaque volume.
PUBLICATIONS DE M. J.-B. CH4B0T
Histoire de Mar Jabalaha III, patriarche nestorien, et du moine Rabban
Çauma; 1895, in-S», pp. 278 (avec carte et planche).
Quatrième partie de la Chronique de Deays de Tell-Mahré. Texte syriaque
et traductioa française; 1895, in-S», pp. xx-247, et xlii-206.
jCes deux ouvrages oal été couronaés par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (prit Bordin).
De Santi Isaaci Niaivitsa vita, scriptis et doctrina; 1892, in-8°, pp. xiv-i48.
La Légende de Mar Bassus, martyr persan. Texte syriaque et traduction fran-
çaise; 1893, in-8°, pp. xvi-72.
Notice sur les Manuscrits syriae[u9S conservés dans la Bibliothèque du Patriar-
cat grec-orthodoxe de Jérusalem ; 189i, in-8i', pp. 47 .
Éloge du patriarche nestoriea Mar Oenha I". Texte syriaque et traduction
française; 1895, in-8'', pp, 32.
Pierre libérien, évèque raonophysite de Mayouina (Gaza) à la fin du v* siècle;
1895, in-8°, pp. 32.
Notice sur les Yézidis. Texte syriaque et trad. française; 1893, in-S", pp. 37,
Trois homélies de Proolus, év. deConstaatinople. Texte syr,; 1896, in-8», pp. 22.
L'École de Nisibe, ses statuts, son histoire; 1896, in-8°, pp. 55.
Notice sur les Manuscrits syriaques de la Bibliothèque Nationale acquis
depuis la publication du Catalogue; 1896, in-4'', pp, 19.
Le Livre de la Chasteté, cotnposé par Jésus-denah, év. de Baçrah. Texte sy-
riaque et traduction française; 1896, in-S", pp. 84-67.
Vie de Mar Youssef I", patriarche des Ghaldéens (1681-1695); in-8», pp. 29.
Vie de Jésus-Sabran, écrite par Jésus-yahb d'Adiabène. Texte syriaque avec
une Introduction; 1897, in-8", pp. 108,
Index analytique du Recueil des Insariptions grecques et latines de la Syrie de
Waddington; 1897, in-folio, pp. 23.
Lettre de Bar-Hâbreus au catholicos Denha I". Texte syriaque et traduction
Irançaise; 1889, in-8o, pp, 56,
Notes d'Épigraphie et d'Archéologie orientales, fasc. I-IV; 1897-1901, in-8»,
pp. 172 (avec 7 pi.).
Notice sur une Mappemonde syrienne duXIII° siôole; 1393, in-8<>, pp. 19;
— Notes compléinontaires; pp. 15 (avec 2 pi.).
Lettre du catholicos Mar-A.ba II aux membres de l'École patriarcale. Texte
syriaque et traduction française; 1899, in-8», pp. 42,
Régulas monasticae, saec. vi ab Abrahamo et Dadjesu conditee. Texte syr, et trad.
latine; 1898, in-8o, pp. 49.
Theodori Mopsuesteni Comtnentarius in Evangelium U, Johannis, tom. I,
(textus syriacus) ; 1897, in-8», pp. viii-412.
Les évoques Jacobites du viii* au xni» siècle; 1901, in-S», pp. 88.
Vie du moine Yousef Bousnaya, traduite du syriaque; 1900, in-8, pp, 248.
Synodicon Orientale ou Recueil de Syuoles Nestorieas. Texte syriaque
et traduct. française; 1902, in-4°, pp. 687 (Tome XXXVH des Notices et Ex-
traits des manuscrits publiés par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres),
Angers. — Imp. orientale A. Burdid et C",
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DE
MICHEL LE SYRIEN
PATRIARCHE JACOBITE D'AINTIOCHE
(IIG6-II99)
Éditée pour la première fois et traduite en français
PAR
J.-B. CHABOT
Ouvrage publié avec l'encouragement et sous le patronage de
f Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
TOME III
Fascicule II
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PARIS
ERNEST LEROUX, EDITEUR
28, RUE BONAPARTE, 28
1906
V
PDBLIGITION DE i\ GHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
La Chronique de Michel le Syrien formera 4 volumes in-4', en 8 fascicules.
Chaque fascicule comprendra environ 100 pages de texte syriaque avec
la traduction correspondante.
Le texte aura une pagination continue, répondant aux 777 pages du
manuscrit, de manière à pouvoir être relié à part en un volume ; et la
traduction sera paginée de manière à former trois volumes.
L'Introduction, qui fait partie du premier volume, et des Tables très
complètes, seront jointes au prochain et dernier fascicule.
Prix de chaque fascicule : 12 fr. 50.
J.-B. CHiBOT
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CHRONIUIIB
CORPUS
SCRIPTORUM CHRISTIANORUM ORIENTALIUM
CURANTIBDS
J.-B. CHABOT, I. GUFDI. H. HYVERNAT, B. CARRA DE VAUX
Ont déjà paru dans cette Collection :
Syriaca.
Ser. II, t. 64. lâôYAHB III patriarcha, Liber Epistularum, éd. et interpr.
Rubens Duval.
— t. 93. DioNYsius Bar Salibi. Expositio liturgiae, éd. et interpr.
H. Labourt.
— t. 98. fasc. DioNYsius Bar Salibi Commentarii in Evangelia, éd. et
interpr. I. SEOLACEKet J.-B. Chabot,
Ser. III, t. 4. CnRONicA umoax, éd. et interpr. I^n. GuiDi, E.-W. Brooks,
J.-B. Chabot.
Aethiopica .
Ser. I, t. 31. Philosophi Abessini, éd. E. Littmann.
Ser. II, t. 5, Annales regum Iohannis I, Iyasu I et Bakaffa, éd. et
interpr. Ign. Guidi.
— t. 17, fasc. I. Acta S. Ydréd, et S. Pantâléwon, éd. et interpr.
K. GONTI RossiNi,
— t. 20, fasc. I. Acta SS. Basalota Mikd'êl et Anoréiuôs, éd. et interpr.
K. CONTI ROSSINI.
— t; 21, fasc. 1. Acta S. Eustathii, interpr. B. Toraiev.
— t. 22, fasc. I. Acta S. Mercurii, éd. et interpr. K. Gonti Rossini.
— t. 23, fasc. 1. Acta S. Ferê Mikâ'êl et S. Zar'a Abrehàm, éd. et
interpr. B. Turaiev.
Coptica.
Ser. II, t. 2, fasc. i. Sinuthii Viia et opéra omnia, éd. 1. Leipoldt, adju-
vante E. W. Crum.
Arabica.
Ser. m. t, 1. Petros Ibn Rahib. Chronicon orientale, éd. et interpr. L.
Gheikho.
— t. 6. EuTYCmi PATR. Alexandr. Annato(parsprior)ed. L. CiiEiKHO.
— t. 9. Severus Ben el Moqaffa'. Historia patriarcharum Alexan-
drinorum, éd. G. F. Seybold ; fasc. i.
— t. 18. Synaxarium alexandrinum (pars prior), éd. I. Forget.
Six autres volumes sont sous presse.
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MICHEL
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TOME ih
Faseloule 11
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_ PARIS
E. LEROUX
£ditbbh
1916
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PUBLICATIONS DE M. J.-B. CHABOT
Histoire de Mar Jabalaha III, patriarcbe nestorien, et da moine Rabban
Çauma; 1893, in-S», pp. 278 (avec carte et planche).
Quatrième partie de la Chronique de Denys de Tell-Mahré. Texte syriaque
et traduction française; 1895, in-S», pp. xx-247, et xlii-206.
Ces deux ouvrages ont été couronoés par l'Académie dos ïnscrrptions et Belles-Lettres (prit Bordin).
De Sanoti Isaaci Ninivitse vita, scriptis et doctrina; 1832, in-8», pp. xiv-148.
La Légende de Mar Bassus, martyr persan. Texte syriaque et traduction fran-
çaise; 1893, in-S», pp. xvi-72.
Notice sur les Manuscrits syriaques conservés dans la Bibliottièque du Patriar-
cat grec-orthodoxe de Jérusalem; 1894, in-8», pp. 47.
Éloge du patriarche nestorien Mar Denha I". Texte syriaque et traduction
française; 1895, in-S», pp. 3i.
Pierre l'Ibérien, évèque monophysite de Mayounia (Gaza) à la fin du v siècle ;
1895, in-S", pp. 32.
Notice sur les Yézidis. Texte syriaque et trad. française; 189o, in-S», pp, 37.
Trois homélies de Proclus, év. de Gonslantinople. Texte syr. ; 1896, in-8'', pp. 22.
L'École de Nisibe, ses statuts, son histoire; 1896, in-8», pp. 55.
Notice sur les Manuscrits syriaques de la Bibliothèque Nationale acquis
depuis la publication du Catalogue; 1896, in-4», pp. 19.
Le Livre de la Chasteté, composé par Jésus-denah, év. de Baçrah. Texte sy-
riaque et traduction française; 1898, in-8», pp. 84-67.
Vie de Mar Youssaf I", patriarche des Chaldéens (1681-1695); in-8°, pp. 29.
Vie de Jésus-Sabran, écrite par Jésus-yahb d'Adiabène. Texte syriaque avec
une Introduction; 1897, in-8», pp. 108.
Index analytique du Recueil des Inscriptions grecques et latines de la Syrie de
Waddinglon; 1897, in-folio, pp. 23.
Lettre de Bar-Hébreus au catholicos Denha I". Texte syriaque et traduction
française; 1889, in-8», pp. 56.
Notes d'Épigraphie et d'Archéologie orientales, fasc. I-IV; 1897-1901, in-8»,
pp. 172 (avec 7 pi.).
Notice sur une Mappemonde syrienne duXIIt» siècle; 1893, in-8», pp. 19}
— Notes complémentaires; pp. 15 (avec 2 pi.).
Lettre du catholicos Mar-Aba II aux membres de l'École patriarcale. Texte
syriaque et traduction française; 1899, in-8", pp. 42.
Regulaa monasticse, ssec. vi ab Abrahamo et Dadjesu conditae. Texte syr. et trad.
latine; 1898, in-8o, pp. 49.
Theodori Mopsuesteni Gommentarius in Evangelium D. Johannis, lomus I,
(textus syriacus) ; 1897, in-8», pp. viii-412.
Vie du moine Yousef Bousnaya, traduite du syriaque; 1900, in-8, pp. 248.
Les évoques Jacobites du viii» au xjii» siècle; 1901, in-8», pp. 88.
Synodicon Orientale ou Recueil de Synodes Nestoriens. Texte syriaque
et traduct. française; 1902, in-4", pp. 687, tome XXXVII des Notices et Ex-
traits des manuscrits publiés par l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres).
La prétendue Chronique de Maribas le Chaldéen; 1905, in-8», pp. 16.
Narsai le Docteur et les origines de l'Ecole de Nisibe; 1905,in-8°, pp. 23.
Notes sur quelques monuments épigraphiques araméens; 1906, in-8°,
pp. 35.
Éclaircissements sur la Littérature syriaque; 1906, in-8», pp. 35.
Angers. — Imp. orientale A. Burdia et C",
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MICHEL LE SYRIEN
PATRIARCHE JACOBITE D'ANTIOCHE
(II66-II99)
Éditée pour la première fois et traduite en français
PAR
J.-B. CHABOT
Ouvrage publié avec l'encouragement et sous le patronage de
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
TOME III
Fascicule III
■ •> •
PARIS
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
28, RUE BONAPARTE, 28
1910
PGBIIGATION DE LA CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN
Le texte et la traductioa de la Chronique de Michel le Syrien forment
4 volumes iQ-4'.
Prix de l'ouvragée complet ; 100 francs.
Huit fascicules,, contenant le texte entier et sa traduction, ont été publiés.
Un fascicule supplémentaire renfermant V Introduction et les Tables sera
délivré gratuitement aux souscripteurs vers la fin de l'année 1911.
Avis pour la Reliure.
Les tomes II, 111, l'V peuvent être reliés dès maintenant.
Le tome IV doit être formé du texte syriaque retiré de chacun des huit
fascicules. Ce texte ainsi réuni comprend 94 feuilles paginées de 1 à 777.
On y ajoutera le Titre et l'Index qui sont encartés dans le présent fasci-
cule.
Le tome 111 et le tome 11, se composent de trois fascicules chacun. Ils
sont complets.
Le tome 1" n'est pas complet. Le fascicule supplémentaire renfermant
l'Introduction et les Tables devra être placé en tète du tome 1".
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J.-B. CHABOT
SI
MICHEL
LE SYRIEN
CORPUS
SCRIPTORUM CHRISTIANORUM ORIENTALIUM
CURANTIBUS
J.-B. CHABOT, IGN. GUIDI, H. HYYERNAT
TOUE m
Fasc/oule III
Cette collection, analogue à celle des Pères grecs publiée par l'Acadé-
mie de Berlin et à celle des Pères latins publiée par l'Académie de Vienne,
doit comprendre tous les textes syriaques, éthiopiens, coptes et arabes
d'origine chrétienne, à l'exception des textes bibliques et des ouvrages
lexicographiques.
Les textes sont accompagnés d'une traduction latine, qui se vend sépa-
rément.
Grâce au concours désintéressé d'un grand nombre d'Orientalistes fran-
çais et étrangers, la collection commencée en 1903 compte au 31 décembre
1910, soixante et un fascicules, savoir :
20 fascicules des Scriptores syri;
iii^ Ï-Asciciiles des S Clip tores aethiopici; »
4 fascicules des Scriptores coptici; *
fascicules des Scriptores arabici;
PARIS
E. LEROUX
19i0
Bemanier la liste détaillée aux librairies POUSSIELGUE, 15, raa Cassette, à Paris, et Ouo
HARRASSOWITZ, à Leipzig-
PUBLICATIONS DE M. J.-B. CHABOT
(Ea 1910, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a attribué le pri): Jean Reynaud "
à IVI. J.-B. Chabot, pour l'ensemble de ses travaux.)
Histoire de Mar Jabalaha III. patriarche nestorlen, et du moine Rabban
Çauma; 1893, ia-S», pp. 278 (avec carte et planctie). [Épuisé.]
Quatrième partie de la Chronique de Deays de Tell-Mahré. Texte syriaque
et traduction française; 1895, in-8», pp. xx-247,et xt,ii-206.
Ces deux ouvrages OQt été couromés par l'Académie des Inscriptions et BeUes-Lcttres (prix Bordin),
De Sancti Isaaci Ninivitae vita, scriptis et dootrina; 1832, in-8», pp. xiv-148,
La Légende de Mar Bassus, martyr persan. Texte syriaque et traduction fran-
çaise; 1893, in-8», pp. xvi-72.
Notice sur les Manuscrits syriaques conservés dans !a Bibliothèque du Patriar-
cat grec-orthodoxe de Jérusalem; 1894, in-8», pp. 47,
Éloge du patriarche nestorien Mar Denha I". Texte syriaque et traduction
française; 1895, in-8», pp. 32.
Pierre l'Ibérien, évoque monophysite de Mayouina (Gaza) à la fin du v* siècle ;
1893, in-8", pp. 32.
Notice sur les Yézidis. Texte syriaque et trad. française; 189û, in-8'', pp. 37.
Trois homélies de Proolus, év. de Gonslanlinople. Texte syr. ; 1896, in-8°, pp. 22.
L'École de Nisibe, ses statuts, son histoire; 1896, in-8», pp. 55. [Épuisé.]
Notice sur les Manuscrits syriaques de la Bibliothèque Nationale acquis
depuis la publication du Catalogue; 1896, in-4°, pp. 19.
Le Livre de la Chasteté, composé par Jésus-denah, év. de Baçrah. Texte sy-
riaque et traduction française; 189G, in-8», pp. 8i-67.
Vie de Mar Youssef I*', patriarche des Gtialdéens (1681-1695); in-8°, pp. 29.
Vie de Jésus-Sabran, écrite par Jésus-yahb d'Adiabène. Texte syriaque avec
une Introduction; 1897, in-8», pp. 108.
Index analytique du Recueil des Inscriptions grecques et latines de la Syrie de
Waddington; 1897, in-folio, pp. 23.
Lettre de Bar-Hébreus au catholicos Denha I". Texte syriaque et traduction
française; 1889, in-8«, pp. 56.
Notes d'Épigraphie et d'Archéologie orientales, fasc. I-IV; 1897-1901, in-8»,
pp. 172 (avec 7 pi.).
Notice sur une Mappemonde syrienne duXIH» siècle; 1898, in-8o, pp. 19 ;
— Notes complémentaires; pp. 15 (avec 2 pi.).
Lettre du catholicos Mar-Aba II aux membres de l'École patriarcale. Texte
syriaque et traduction française; 1899, in-8», pp. 42,
Regulae monasticœ, saec vi ab Abrahamoet Dadjesu conditae. Texte syr. et trad.
latine; 1898, in-S», pp. 49.
Theodori Mopsuesteui Gommcutarius in Evangelium D. Johannis, tomus I,
(textus syriacus); 1897, in-8», pp. viii-412.
Vie du moine Yousef Bousnaya, traduite du syriaque; 1900, in-8, pp. 248.
Les évéques Jacobites du viii* au xiii" siècle; 1901, in-8», pp. 88,
Synodicon Orientale ou Recueil de Synodes Nestoriens. Texte syriaque
et traduct. française; 1902, in-4°, pp. 687, tome XXXVII des Notices et Ex-
traits des manuscrits publiés par l'Académie desinscriptions et Relies- Lettres).
La prétendue Chronique de Maribas le Chaldéen; 1905, in-8o, pp. 16.
Narsai le Docteur et les origines de l'École de Nisibe; 1905, in-8'', pp. 23.
Notes sur quelques monuments épigraphiques araméens; 1906, in-8»,
pp. 35.
Éclaircissements sur la Littérature syriaque; 1906, in-8», pp. 35.
Les langues et les littératures araméennes ; 1910, in-8°, pp. 43.
Angers. — Imp. orientale A. Burdiu et G",
yk:^ /ni^Ai\3o? ^^Aà
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